« L’existence c’est formidable, paraît-il. C’est surtout long, estime Simone Guillou. A 85 ans, elle pense heureusement avoir fait le plus gros. Il ne peut plus rien lui arriver.
peut-on lire sur la 4ème de couverture.
C’est donc l’histoire un peu extraordinaire d’une vieille dame d’un village tranquille de Loire Atlantique, qui passe une retraite un peu trop tranquille dans le bourg vide hors saison. A 85 ans, elle se porte plutôt bien, de l’arthrose au genou la fait souffrir, mais c’est l’âge. Son fils la délaisse, il est occupé. Sa petite fille est plus attentive, mais elle est loin. Elle a bien des copines de son âge, mais l’entrain n’y est plus.
Et pourtant, il suffit de si peu pour que la curiosité de la vieille dame, l’imagination ne se mette en branle. L’histoire démarre comme un roman policier, avec constatation du gendarme… l’enquête de police n’ira pas loin. Si je ne veux pas divulgâcher il va falloir que je m’arrête bientôt!
marais salants
C’est un roman très agréable à lire, les pages se tournent toutes seules. Gentil dépaysement dans les Marais salants près de Guérande. Nostalgie pour les commerces de centre-bourg, remplacés par les grandes surfaces. Un bouquet de roses trémières. Et un espoir pour tous : l’aventure se présente à tout âge!
merci à l’éditeur et à Babélio qui m’ont fait ce cadeau!
Hier, rencontre dans les locaux de Babélio avec Alexia Stresi qui nous a livré quelques secrets de fabrication de son livre. C’était passionnant, mais attention « spoilers »! Autrice très sympathique, très bon contact avec les lectrices-eur. Et buffet excellent, encore merci Babelio
Le challengeLes deux George de la littératurevous invite à vous joindre à nous, Miriam et Claudialucia, et à partager nos lectures sur George Sand (1804-1876) et George Eliot ( 1819- 1880).
Vous pouvez lire leurs romans, leurs biographies, ou leur autobiographie, leur correspondance avec les personnalités de leur époque. Le choix est riche et variée
Ces deux écrivaines, française et anglaise, ont beaucoup de points communs, et d’abord le choix du même pseudonyme masculin, George, dans une société qui ne permettait pas aux femmes de s’affirmer comme telles lorsqu’elles écrivaient ou lorsqu’elles cherchaient à sortir du cadre étroit qui leur était assigné, foyer et maternité. Il s’agit donc d’une contestation de cette société dont les lois maintenaient les femmes sous la dépendance masculine tant au niveau juridique qu’intellectuel. Le prénom George ? Courant à l’époque, il permet de se libérer du carcan social.
Toutes deux vivront de leur plume. Toutes deux ont choisi d’être indépendantes, en bravant les interdits de leur société, selon une conduite jugée scandaleuse pour l’époque.
Amantine Aurore Dupin, baronne Dudevant, a secoué « l’affreux joug du mariage » en se séparant de son mari et en vivant de sa plume. Elle affiche ses amants dont Jules Sandeau à qui elle emprunte, par la suite, son pseudonyme Sand.
Mary-Ann Evans a d’abord eu une période de ferveur religieuse. Puritaine, elle observe une vie austère mais dans les années 1840 sa rencontre avec des intellectuels libres-penseurs vont faire évoluer sa pensée. Plus tard, elle vivra avec George Henry Lewes, un homme marié et père de famille, dont elle prendra le prénom pour écrire. Elle aussi connaîtra le succès littéraire.
Mais les différences entre les deux écrivaines sont aussi nettes et le challenge Les deux George nous permettront de les découvrir.
George Sand commence à écrire dans les années 1830 et illustre la seconde génération du romantisme. Son oeuvre est marquée les thèmes propres à ce mouvement, lyrisme, idéalisme, exaltation des passions, sens de la nature. Elle met la littérature au service de ses idées féministes puis de ses idées socialistes. Ses romans du monde rural dans les années 1840 sont réalistes dans la mesure où elle connaît bien ce milieu mais elle ne s’interdit pas l’idéalisme dans les descriptions des personnages. Ses romans sont engagés dans les débats sociaux, elle décrit les conditions de vie des paysans, elle prône l’égalité sociale. Elle est républicaine et socialiste et elle prend position lors de la révolution de 1848.
Dans la préface de la Mare au diable elle écrit : « Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (…) . Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale… »
George Eliot décrit avec réalisme la vie provinciale de l’Angleterre victorienne. Ce qui l’intéresse c’est la justesse de la description psychologique des personnages et elle présente une critique de la société et de ses hypocrisies. Elle critique la condition féminine et les interdits moraux de la société victorienne. Mais elle n’a pas l’engagement politique de George Sand. Elle veut réformer la société par une approche morale et philosophique. Dans un lettre de 1968, elle écrit : « Le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui les lisent soient davantage capables d’imaginer et de ressentir les peines et les joies de ceux qui sont différents d’eux. »
Leurs oeuvres
George Eliot
George Eliot en a écrit 7 romans et des nouvelles :
Adam Bede (1859),
Le Moulin sur la Floss (1860),
Silas Marner (1861),
Romola (1862–1863),
Felix Holt, le radical (1866),
Middlemarch (1871–1872)
Daniel Deronda
Scènes de la vie cléricale : trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil’s Love-Story et Janet’ Repentance paru en 1857
George Sand
Théodore Rousseau intérieur de la forêt du grand dormoir
George Sand a écrit plus de 70 romans et 50 volumes d’oeuvres diverses, nouvelles, contes et légendes, correspondance, pièces de théâtre, essais, articles. Impossible de les citer tous ! Voici les oeuvres principales classées par thème :
Féminisme, amour et mariage
Œuvres qui dénoncent le mariage imposé, l’inégalité entre hommes et femmes et défendent l’émancipation féminine.
• Indiana
• Valentine
• Lélia
• Jacques
• Lucrezia Floriani
Romans champêtres : Nature, ruralité et idéalisme
Inspirés du Berry, ils mettent en valeur les qualités du peuple, leur sagesse, leur dignité.
• La Mare au Diable
• François le Champi
• La Petite Fadette
• Les Maîtres sonneurs
Justice sociale, peuple et politique
Sand prône l’égalité sociale et la valeur des travailleurs.
• Le Compagnon du tour de France
• Le Meunier d’Angibault
• Horace
• La Ville noire
Art, musique et création
Réflexion sur le rôle de l’artiste, la création, la grandeur de l’art en particulier de la la musique.
• Consuelo
• La Comtesse de Rudolstadt
• Les Beaux Messieurs de Bois-Doré
• Les maîtres sonneurs
Philosophie, idéalisme
Œuvres marquées par le romantisme.
• Lélia
• Spiridion
• Gabriel
Autobiographie et écrits personnels
Histoire de ma vie/correspondances
Fantastique, Contes et Légendes
le château de Pictordu
légendes rustiques
Contes de grand-mère
la fée aux gros yeux
la fée poussière
Théâtre dont 31 pièces
Le roi attend (1848)
Claudie (1851)
Le Marquis de Villemer (1864)
**************
Biographies
George Sand
George Sand Martine Reid
Lélia ou la vie de G Sand André Maurois
George Sand ou le scandale de la liberté Joseph Barry
George Sand Audrey Pennel
George Sand Danielle Netter
George Eliot
L’autre George de Mona Ozouf
Une passion pour George Eliot de Kathy o’Shaughnessy
George Eliot Rosemary Ashton Édition en Anglais
Comment participer ?
Le challenge durera un an : Du mois de Février 2026 au mois de Février 2027
Vous pouvez participer en lisant librement un livre de George Sand et/ou de George Eliot de votre choix et en publiant un billet le 30 du mois (pour Février le 27).
Ou /et nous rejoindre dans des Lectures communes.
Pour le 27 Février
George Eliot : le moulin sur la Floss et un livre de Sand soit Le Moulin d’Angibault, soit La Petite Fadette au choix
Pour le 30 mars
Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand au choix
pour le 30 Avril
La ville noire de Sand et Felix Holt le radical d’Eliot
Pour le 30 Juin
Une biographie de George Eliot (en français ou en anglais) et une biographie de George Sand.
Pour le 30 juillet et le 30 août: Liberté de découverte pas de LC.
et l’on verra par la suite pour la reprise des LC.
Deux procès en cours donc, – Celui d’une femme qui a tué́ sauvagement son mari après avoir subi de sa part durant des années des violences physiques et sexuelles. – Celui d’un humoriste célèbre, auteur d’une blague fort malheureuse sur les violences faites aux femmes durant l’une de ses chroniques quotidiennes sur une station de radio populaire. Deux histoires qui se croisent indirectement. Deux affaires qui enflamment tout un pays.
Sur le dépliant de présentation il est précisé que la pièce s’inspire de jacqueline Sauvage dont le verdict fut de dix ans de prison, et des déboires d’un humoriste à la radio. Il s’git de « montrer frontalement la violence pour offrir une catharsis ». On ne s’attendait à rien de réjouissant.
C’était mal connaître Jean-Christophe Meurisse et sa troupe des Chiens de Navarre. Nous avons passé deux heures à rire à gorge déployée.
Décors inventifs : le bureau de la directrice de l’école primaire, un commissariat, un studio de Radio, la cour d’appel. Et chaque fois des trouvailles!
Une excellente soirée et une dénonciation efficace des violences faites aux femmes
J’avais envie d’un polar d’une nouvelle série après des lectures difficiles.
Si on considère que Gennevilliers, son port, les bords de la Seine, L’Île Saint Denis, sont le sujet du livre, c’est tout à fait réussi et intéressant. J’aime explorer les coins reculés du Grand Paris, son histoire, ses mutations. J’aime bien les références géologiques des carrières, l’histoire maraîchère un peu ancienne maintenant, les tours et les quartiers du 9-3, avec les chantiers des Jeux Olympiques, grues, darse de Haropa, le port Havre-Rouen- Paris qui exploite également des darses à côté de chez moi à Bonneuil.
En revanche, en ce qui concerne l’intrigue policière j’ai été déçue. Les personnages d’abord ne m’ont guère intéressée. Nora, brillante élève, reçue première de sa promotion est écartée de l’enquête. Est-ce à cause du machisme de ses collègues et de son chef, elle est reléguée à des patrouilles de routines et même placardisée quand elle se rebelle. Son personnage est peu crédible, naïveté adolescente dans sa foi catholique, puis casse-cou et redoutable batailleuse sur le terrain. Ses collègues sont tout aussi schématisés, des flics ripoux, vulgaires. peu de finesse.
L’irruption du fantastique et les invraisemblances m’ont rebutée. Je suis mauvaise cliente pour les maléfices.
Malgré ces bémols, ce polar se lit bien, on tourne les pages pour savoir comment cela va se terminer même si l’intrigue se dévoile assez tôt.
Milady n’est pas une femme qui pleure…Elle est de celles qui se vengent
Evelyn de Morgan – La potion d’amour. La sorcière, une autre femme puissante
Les Trois Mousquetaires se distingue. Dans cette épopée fraternelle courent une énergie et une candeur
viriles jamais égalées. Elle a été adaptée, analysée, réinventée des dizaines de fois. Rarement une oeuvre
aura connu une telle longévité ni une telle fécondité. Après tant de reprises littéraires réussies et ratées,
tant de feuilletons, de parodies et de navets, tant de dessins animés, de bandes dessinées, pourquoi y
revenir ?
[…]
Autres temps, autres mœurs. Je ne révise pas. Je n’accuse pas non plus. Je me glisse dans les blancs de ton texte, dans les angles morts, et j’invite ceux qui, comme moi, sont épris de justice à ouvrir les yeux et les
oreilles.
Récemment, les chefs d’œuvres de la littérature classique, ont inspiré les auteurs contemporains pour des succès primés. J’ai lu successivement On m’appelle Demon Copperfield de Barbara Kingsolver, d’après David Copperfieldde Dickens, James de Percival Everett, à la suite de Huckleberry Finn. Et, à la suite, l’Essai de Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses qui se penche sur les phénomènes de récriture et de réécriture. La récriture étant une « correction » politiquement correcte afin de gommer des éléments choquant le public contemporain (racisme, sexisme et autres. La Réécriture étant la production d’un ouvrage original en s’inspirant d’un livre ancien.
Je voulais vivre emprunte ses personnages aux Trois Mousquetaires,les replace dans les situations du roman de Dumas mais raconte l’histoire du point de vue de Milady qui devient le personnage principal. Une histoire de cape et d’épée racontée par une femme. Jamesest construit sur le même principe, le personnage principal est un esclave dans l’Amérique encore esclavagiste. On dit souvent que l’Histoire est racontée par les vainqueurs, la littérature contemporaine tente de redonner la parole aux opprimés.
Anne de Breuil, Comtesse de la Fère, Milady de Winter, Charlotte Backson, sous toutes ses identités est jugée à Armentières et exécutée par un tribunal improvisé d’hommes sûrs de leur bon droit. Meurtrière, empoisonneuse, bigame, séductrice, manipulatrice, elle mérite la peine capitale et sera exécutée. Je ne spoile guère, nous connaissons tous ce jugement.
Je voulais vivre raconte l’histoire de la petite orpheline qui fuit les meurtriers de sa mère, qu’on va enfermer dans un couvent et qui ne s’évadera de ses persécutrices qu’en suivant un prêtre….Quand a-t-elle perdu sa pureté, ce qui fait la valeur d’une jeune fille? Avec la perte de sa virginité ou avec la flétrissure que lui inflige le bourreau? J’ai lu les 3 Mousquetairesà 12 ans et je n’avais rien compris de cette fleur de lys imprimée sur son épaule.
Très belle, Milady, mais surtout intelligente, instruite, excellente cavalière sachant aussi manier l’épée et la dague. Une telle femme pouvait-elle exister en liberté dans le monde des Mousquetaires? On aurait pu l’accuser de sorcellerie, on la fait criminelle.
C’est donc un roman moderne, féministe qui a du souffle comme les Trois Mousquetaires dont il s’inspire. Plaisir de lecture. Un prix Renaudot tout à fait mérité!
EN REVENANT DE L’EXPO…GABRIELE MÜNTER et KANDINSKY
1929 la sténographe Suisse en pyjama
« Ecrire. Gabriele peint le portrait de la féminité et aussi celui de la femme active, qui a une fonction propre et réalise un métier. Sténographe, le premier métier officiel attribué au genre féminin. La femme représentée, motif central, occupe tout l’espace du tableau. La frontalité et le peu de perspective accordée au sujet peint nous rapprochent. Une coupe de cheveux à la garçonne. Plutôt courte, crantée. Le pantalon a la forme « harem », la mode de l’époque. Les chaussures rouges indiquent qu’elle aime aller danser, mais qu’elle s’est rendue immédiatement disponible au travail. Elle serait vêtue sous son pull d’un pyjama, le tissu apparaît, souple. Panoplie de la femme émancipée. L’artiste utilise peu de couleurs, du bleu outremer au fond, plus clair[…] Gabriele vient de peindre la « femme nouvelle » en France, « Neue Frau » en Allemagne.
Je me souviens très bien de ce tableau à l‘Exposition Gabriele Münter au MAM au printemps dernier (CLIC), mais je n’avais pas acheté le livre de Florence Mauro à cette occasion. En visitant l’Exposition Kandinsky à la Philharmonie( CLIC) j’ai pensé à elle.
1907 Kandinsky à l’harmonium
Courte biographie (109 pages en comptant les annexes), Florence Mauro s’attache à décrire certaines œuvres majeures de la peintre. Si bien que j’ai lu ce texte en 3 jours, m’arrêtant pour chercher dans la galerie-photo de mon ordinateur, ou sur Internet les tableaux du livre. Lecture hachée mais très plaisante.
Paul Klee assis dans un fauteuil.
Plaisir aussi de croiser au fil des pages les peintres du Cavalier Bleu, ceux de Montparnasse, Paul Klee, et de découvrir des noms inconnus.
Suivre cette voyageuse, partie très jeune aux Etats Unis d’où elle a rapporté de belles photographies (dans l’exposition du MAM), qui a voyagé avec Kandinsky, d’abord son professeur, puis son compagnon, à Paris avant la Grande Guerre, puis en Suède où elle avait imaginé vivre avec Kandinsky qui n’était plus le bienvenu dans l’Allemagne en guerre.
1936 Route menant aux montagnes
Encore une fois, mesurer comme la notoriété était plus compliquée pour une femme. Revenue seule en Allemagne, oubliée alors qu’elle était une figure majeure de l’Avant-Garde du temps du Blau Reiter tandis que Kandinsky et Klee avaient intégré le Bauhaus et étaient au faite de la célébrité.
Je compte persister dans la lecture de cette collection Le roman d’un chef d’oeuvre afin de continuer les visites des expositions et musées.
Couverture rose pour les petites filles? un carnet de lecture pour noter chaque chapitre….192 pages en tout, quand je retranche les notes au lecteur, liste des oeuvres de Zola, préfaces, glossaires, pages pour écrire….il ne reste que 150 pages du roman initial. Selon le 4ème de couverture, « abrégé mais pas adapté », j’en doute fort. Le roman intégral a entre 450 et 500 pages selon les éditions. 300 en moins, c’est beaucoup.
Le roman original est un de mes préférés de la série des Rougon-Macquart. Encore très actuel avec les techniques de marketing dignes de celles de nos grandes surfaces2025. On vend à perte (à peine ) le Paris-Bonheur, et la cliente qui a fait une bonne affaire va acheter tout plein de bricoles inutiles…Procédé digne des « Bons Prix anti-inflation » des magasins actuels vont gagner de la marge sur le reste du panier…. Cela reste très bien démontré dans ce Bonheur des dames abrégé. Les Grandes Expositions, s’appellent maintenant les Evènements, les Soldes.…Les petites consommatrices du CM2 peuvent comprendre cela . Excellente introduction à une consommation critique!
Mais pour le style! Etourdissant, foisonnant, Zola sait me charmer, ici est devenu plat. Je tourne les pages mollement sans me laisser capter. Certes, je ne suis pas le public attendu, de plus, je connais l’histoire.
Dans mon entourage je ne connais pas d’enfant CM2/ 6ème pour tester le livre. J’interroge mes anciennes collègues. Catégoriques! « Au bonheur des damesc’est pour les 4èmes », disent-elles. D’ailleurs dans la boutique kindle, il existe au moins 2 éditions abrégées destinées à ce niveau : 250 pages. la moitié de l’original, presque le double de l’édition du « Premier Zola« .
Est-ce bien nécessaire d’anticiper les lectures? Le plaisir c’est aussi de se laisser engloutir par un pavé luxuriant, foisonnant, de jouer avec les mots, même démodés, même désuets. Pour cela, il faut être un bon lecteur. Laissons les très bons lecteurs voler dans les bibliothèques pour adultes les livres « qui ne sont pas pour les enfants » qui auront le goût du plaisir défendu. Et choisissons des contes, des poèmes, des romans-jeunesse !
A la sortie de tous les musées, les visiteurs sont conduits à la boutique-librairie, j’ai trouvé ce roman de Gaëlle Josse à l’issue de ma visite à l’exposition Georges de La Tour – maître du Clair-obscurau Musée Jacquemart-André.
Court roman, 192 pages.
Roman choral, trois narrateurs mêlent leurs voix : De La Tour, le peintre, Laurent son apprenti, et de nos jours, une jeune femme traductrice, amoureuse éperdue.
Cette lumière, et la nuit tout autour. Cette autre femme qui détourne son regard. Elle a raison, il faut
savoir se protéger. Il faudrait. Ces mains, qu’on devine douces, légères, attentives à ne pas aggraver la
blessure.
Georges de La Tour, dès le premier chapitre commence son Saint Sébastien soigné par Irène, tableau présenté à l’exposition. C’est passionnant d’imaginer le Maître préparer son matériel, choisir ses modèles, donner ses instructions. Avec le témoignage de son apprenti, on voit se peindre le tableau sous nos yeux.
Saint Sébastien est celui que nous invoquons pour nous protéger du fléau de la peste, car il a survécu aux flèches, dans lesquelles nous voulons voir aujourd’hui une représentation de la violence de l’épidémie. équilibre de l’ensemble, et jusqu’à ces derniers jours son image m’échappait. Enfin, j’ai trouvé. Elle est un témoin. Elle éclaire la scène mais s’en détourne.
On imagine aussi l’arrière plan, à Lunéville, duché de Lorraine, les ravages de la Guerre de Trente ans (1618-1648) et des épidémie de peste qui ont emporté les parents de Laurent, recueilli par le peintre. Ce dernier veut présenter son chef d’œuvre à Louis XIII. Il fera le le voyage par route et sur le coche d’eau sur la Marne. Présentation à la Cour.
J’ai bien aimé le roman historique.
En revanche, l’histoire d’amour entre la traductrice et son amant mystérieux ne m’a pas du tout accrochée. Relation toxique. Décor convenu. Issue prévisible. Je n’ai pas vu le rapport avec le tableau. Quel intérêt?
Hafsia Herzi est venue présenter son film La Petite Dernière aux Cinémas du Palais à Créteil la veille de la sortie en salles. Je n’aurais voulu rater cette occasion de rencontrer la réalisatrice que j’admire beaucoup. Surtout qu’elle n’est pas venue seule, elle était accompagnée de Nadia Meliti et de l’actrice qui joue la mère.
j’ai beaucoup aimé ce film qui semblait jouer très juste. Sujet délicat: l’homophobie est très présente dans les quartiers mais pas dans le film. Les garçons tolèrent très bien cette fille « garçon-manqué », cela m’a étonné. Côté Paris, bars lesbiens et Gay Pride, très belles images quand Fatima porte sa copine dans le défilé. j’ai consigné mes impressions, sortie de salle, dans mon autre blog Toiles NomadesCLIC
Bien sûr, j’ai voulu lire le livre.
« Ca raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec une homophobie intégrée. Quoi d’autre ? Je pense très
fort. »
J’ai été surprise par la forme. Roman en prose ou vers libres? Chants murmuré en confidence ou chanté avec l’affirmation « Je m’appelle Fatima Daas. », comme un refrain. Elle décline ses identités multiples, sa place dans la fratrie, son asthme, les origines de son prénom Fatima la plus jeune fille du prophète, la « petite chamelle sevrée ».
Je m’appelle Fatima
Je suis une petite chamelle sevrée.
je suis mazoziya, la dernière
Avant moi, il y a trois filles
Mon père espérait que je serais un garçon
Son destin dès sa naissance, ses origines algériennes, et sa religion très assumée, très importante. Sa ville Clichy. Mais aussi son dilemme
Je m’appelle Fatima Daas
Je suis une menteuse
Je suis une pécheresse.
Je lis d’un trait ce chant.
Je n’y retrouve pas tout à fait la Fatima du film. Et je trouve cela très bien. Les adaptations trop littérales affadissent le texte et l’histoire. La réalisatrice a choisi une période courte dans la vie de l’héroïne : la dernière année au lycée et ses premières expériences d’étudiante à Paris avec la découverte de la sexualité, de l’amour, du milieu lesbien. Elle fait de Fatima une sportive, fan de foot. Ce n’était pas dans le texte et pourtant c’est très bien. Elle a montré la jeune fille faire ses prières, une visite à la mosquée mais n’a pas donné à la religion toute la place qu’elle tient dans le livre. Peut être plus difficile à mettre en scène.
j’ai aimé les deux, le film et le livre et j’ai apprécié qu’ils ne soient pas identiques. Quoique fidèle.
Certes, l’auteure est française, le livre écrit en français, mais Kafka est un grand littérateur de langue allemande, je pense que ce livre a sa place dans les Feuilles Allemandes!
Lu d’une traite, ou presque, à la sortie du film Franz K. d’Agnieszka Holland. La figure de Kafka rôde, présence en filigrane, référence familière. Figure très floue parfois quand j’ai vu Les Deux Procureurs de Loznitsa qui m’a rappelé Le Procès avec ces couloirs, ces portes fermées, ces gardiens énigmatiques, mais attention les procès staliniens sont datés de 1937 alors que Franz Kafka est décédé en 1924. Référence intemporelle.
« Kafka est un mort-vivant : il était mort de son vivant, il vivra après sa mort. » (p41)
J’irai chercher Kafka de Léa Veinstein est une enquête littéraire. L’écrivaine, qui a consacré sa thèse à Kafka, part, en Israël, à la sortie du confinement, voir les manuscrits et enquêter sur les manuscrits de Kafka.
Car, suivre ces morceaux de papier c’est se plonger dans un espace où le réel piège la fiction, la moque ; c’est se plonger dans un temps à la fois précis et éternellement retardé, divisé, un temps élastique comme celui des Mille et Une Nuits. Ces manuscrits vont connaître les autodafés nazis, se cacher dans une valise pour fuir Prague vers Tel-Aviv, être revendus à une bibliothèque en Allemagne, être scellés dans des coffres-forts en Suisse. Et comme pour défier les nuances, ils vont se retrouver au cœur d’un procès long de presque cinquante ans, un procès dont le verdict citera le Talmud et concédera que le tribunal est incapable de répondre à la seule question qu’il aura eu le mérite de poser : à qui appartient Kafka ? (p.21)
Ces manuscrits ne devrait pas exister : Max Brod a désobéi à l’ordre de Kafka de tout brûler après sa mort. Non seulement il a collecté, réuni, lettes, notes, manuscrits de roman, mais il les a sauvés, a traversé l’Europe pour les emmener en Palestine loin des autodafés nazis. Et même arrivés à Tel Aviv, l’histoire ne s’arrête pas. C’est cette histoire que raconte le livre.
pourquoi suis-je là, pourquoi suis-je persuadée de venir ici rencontrer Kafka alors qu’il n’a jamais que
posé son doigt sur la carte à l’endroit de ce pays qui n’existait pas encore au moment où il est mort
8 jours passés à Tel Aviv et Jérusalem, très chargés d’émotion que l’écrivaine nous fait partager. A travers des prétextes très triviaux, Kafka surgit quand on s’y attend le moins. Un choucas perché, mais c’est Kafka bien sûr!
Le nom de famille Kafka, écrit avec un -v-, signifie choucas en tchèque, et Franz a plusieurs fois signifié qu’il prenait cette descendance très au sérieux. Dans les Conversations avec Gustave Janouch, on trouve cet échange : – Je suis un oiseau tout à fait impossible, dit Kafka. Je suis un choucas – un « kavka ».
Un chauffeur de taxi rend un faux billet de Monopoly : méditation sur authenticité posée par Kafka
Et si Kafka continuait à me provoquer? Tu veux jouer? Au Monopoly maintenant? Alors jouons. (p.35)
Un rat pendu dans une exposition d’Annette Messager, encore une rencontre kafkaïenne!
Au cours du voyage Lé Veinstein fit référence à Valérie Zenatti, écrivaine que j’aime beaucoup, Nicole Krausse et son livre Forêt Obscure dont je note le titre, une poétesse israélienne Michal Govrin…
Le Procès des manuscrits de Kafka est l’objet du voyage, Léa Veinsteinrencontre les avocats qui ont plaidé, l’un Eva Hoffe, l’héritière de Max Brod, qui compte disposer des manuscrits comme elle le souhaite, les vendre aux enchères, y compris à un musée allemand. L’autre pour la Bibliothèque d’Israël, et derrière la Bibliothèque il y a l’Etat d’Israël qui considère que Kafka lui appartient.
En 2011, avant que le premier verdict ait été rendu, la philosophe américaine Judith Butler signait un
texte important dans la London Review of Books, intitulé « Who Owns Kafka ? »
Et cette controverse va très loin
l’idée est de rassembler tout le judaïsme en Israël, pas seulement les personnes physiques. Ils ont « récupéré » des tableaux de Chagall à Paris, ou encore des fresques peintes par Bruno Schulz, rapportées ici par des agents du Mossad. C’est un projet politique et symbolique. Or Kafka fait partie de cet héritage. Il devait physiquement être amené ici. (p.240)
Le Procès, tout à fait kafkaïen, Léa Veinsteinl’écrit avec une majuscule, ou plutôt les procès puisque ils iront jusqu’à la Cour Suprême , vont durer jusqu’en 2018. Deux ans après le verdict, les documents sont à la Bibliothèque nationale à Jérusalem.
Et Kafka dans cette histoire? L’écrivaine est très nuancée là-dessus. d’ailleurs la volonté de Kafka étaient que les manuscrits soient brûlés.