Saint Vaast-la-Houguesera notre port d’attache pour une petite semaine.
Nous arrivons par la RN13 qui se rétrécit après Avranches , passe par Mère-Eglise. Je fais quelques emplettes dans une jolie épicerie à Montebourg encombrée de bombonnes de verre contenant un liquide doré. On y débite le whisky en vrac. Il doit y avoir une clientèle pour cela dans cette région des Plages du Débarquement.
Notre pique-nique se fera sur la plage de Ravenoville au nord d‘Utah Beach. Belle plage de sable qui semble infinie. Malgré la chaleur, pas de baignade, l’eau s’est retirée trop loin.
Notre gîte est une maison de ville sur le bord de la route principale. Décorée avec goût. Une véranda qui donne sur le jardin des logeurs.
C’est la Fête de la Musique, j’avais imaginé des animations dans les bars du port. Le spectacle se déroule sur la place du village voisin, Quettehou, sur une estrade. Il faudrait reprendre la voiture…
Nous avons passé quelques heures à Saint-Vaastau cours de notre dernier voyage dans la Manche CLIC
Nous connaissons donc le petit port, la chapelle des Marins et le Fort de la Hougue . La journée de demain sera consacrée à l‘Île Tatihou!
la cathédrale de Dol et devant le bateau de Granite qui a transporté Saint Samson
Pour arriver Saint Vaast-la-Hougue, à partir de Saint Malo nous disposons de tout notre temps pour flâner. Arrêt petit-déjeuner à Dol-de-Bretagne.
La silhouette de la cathédrale de Dolnous est familière. Elle voit de très loin du Mont Saint Michel et pourtant nous n’avions jamais fait le détour. De l’extérieur, c’est une forteresse de granite. Quand on entre je suis étonnée par la clarté et la légèreté de la nef gothique. Charmée aussi par les vitraux (XIIIème)
Vitrail du choeur : arrivée de Saint Samson sur son auge de pierre
J’ai observé ceux qui racontent l’histoire de Saint Samson à qui est dédié la cathédrale. Samson, évêque de Cardiff, est arrivé du Pays de Galles navigant sur une auge de pierre. J’ai déja lu à plusieurs reprises cette légende des auges de pierre flottantes (en réalité des curraghs, barques irlandaises très légères pas du tout en granite) qui ont traversé la Manche. Ce voyage est aussi raconté par le vaisseau de granite sculpté par Jean Yves Menez (voir photo ci-dessus). Selon Wikipédia cette barque de pierre aurait vraiment navigué.
Dol de Bretagne : puits
Une autre curiosité de l’église : le Double Puits. on voit ci-dessus le puits extérieur où la population pouvait puiser de l’eau. Un second puits a été découvert dans la « Chapelle du puits ». Ces deux puits auraient la même source et l’un des deux serait même gallo-romain.
A l’Office de Tourisme on peut acquérir un plan avec une visite de la ville.
A l’arrière de l’église, la Place de la Trésorerie rappelle le rôle du chapelain trésorier. Le Chapître était un élément de stabilité dans l’histoire de l’église., alors que els évêques se succédaient.
Rue Ceinte
La promenade aurait dû me conduire aux remparts de Dol mais je l’ai écourtée en empruntant la Rue Ceinte : jolie rue pavée dont les maisons de granite semblent intouchée par la modernité.
le marché du samedi à Dol de Bretagne
La grande rue principale formé par la Rue Lejamptel et la Grande rue des Stuarts est occupée aujourd’hui samedi par le marché. Elle est très encombrée par les étals variés aussi bien maraîchers que textiles. Tout est de très belle qualité. j’ai bien du mal à photographier les maisons à pan de bois derrière les auvents des marchands.
Chateaubriand tout jeune élève
A une extrémité, devant les halles (XIXème siècle) je reconnais le jeune Chateaubriand qui fut élève à Dol. Combourg est tout près. Plus loin, dans l’Hôtel Grand Maison une plaque explique que Victor Hugo et Juliette Drouet séjournèrent là en 1836. Cette coïncidence m’amuse, me rappelant que Victor Hugo a déclaré à 14 ans qu’il voulait être Chateaubriand sinon rien. Et ce n’est pas fini : c’est dans ce même hôtel que la dépouille de Chateaubriand fut veillée en 1848 avant de rejoindre son tombeau à Saint Malo sur l’ilot du Grand Bé.
Quittant la Bretagne par l’autoroute de Caen, nous frôlons Villedieu-les-Poêles que nous devions visiter. 31°C nous dissuade. Toujours aussi chaud devant Saint Lô. Nous sommes pressées de voir la mer et un peu de fraîcheur.
Agnès Riva raconte la naissance d’une Ville Nouvelle : Créteildans les débuts des années 70 quand grues et pelleteuses étaient au travail. Ces débuts m’amusent beaucoup puisque je me suis installée à Créteil en 1980. Presque tout était en place, tout beau, tout neuf avec l’optimisme de construire une nouvelle vie.
« C’est du jamais-vu », pensa Gilles ébahi en découvrant face à lui le quartier de la Haye-aux-Moines, un ensemble de résidences, de tailles et de volumes différents, agencées comme une casbah, dotées de terrasses créées çà et là dans les angles par d’habiles décrochés cubiques, et bâties avec des matériaux modernes laissant présager des appartements dernier cri. »
Le héros de l’histoire, Gilles, est un jeune étudiant qui s’installe dans le Quartier de la Haye-aux-Moines. Il est embauché par le Maire comme animateur pour la promotion de la ville nouvelle avec la mission de sonder les habitants et d’animer une vie de quartier. Gilles tombe amoureux d’une secrétaire à la Mairie. Il imagine un projet avec l’école primaire du quartier : retaper un bateau qui naviguera sur le Lac de Créteil à peine aménagé…
Disons le tout de suite. L’histoire d’amour entre Gilles, godiche, et Aline, la brunette pétillante n’est pas passionnante.
En revanche, je me suis bien amusée de trouver l’ancien magasin Carrefour avant la construction de Créteil-Soleil, d’apprendre que
« C’est le premier McDonald’s qui a ouvert en France, et il a choisi de s’installer à Créteil, »
et que le Cinéma de Créteil Village était le Gémini. Tous ce qui n’existe plus et ce qui existe encore éveille mon intérêt de Cristolienne. L’opposition entre les pavillons de Bord de Marne et les constructions moderne est bien vue. L’ambiance antillaise aussi avec l’attraction de l’Hôpital Henri Mondor. Dans ma tour (construite en 1946) elle était très sensible aussi avec les Postiers. En revanche, le Mont-Mesly barres et tours des années 60, pour accueillir rapatriés d’Algérie et travailleurs maghrébins, n’est pas du tout évoquée.
Intéressante anecdote sur un avortement au Planning Familial (ou était-ce le MLAC) . Aline qui y a accompagné une amie se fait journaliste pour témoigner.
Je me suis amusée mais je ne suis pas sûre que les lecteurs qui ne connaissent pas ma ville prennent autant de plaisir à cette lecture. A moins que la découverte de la banlieue ne devienne un sujet exotique… j’ai remarqué d’autres parutions dans ce genre.
“Masculin, féminin, tout ça je peux faire. Mais neutre – c’est là que je me sens à l’aise. Je ne me laisserai pas enfermer dans un rôle ni mettre en boîte. Jamais. J’aurai toujours le choix.”
J’ai « rencontré » Claude Cahun la première fois à l’Exposition Pionnières CLICau musée du Luxembourg. Une deuxième fois sur un podcast de RadioFrance qui raconte la Résistance surréalistedeClaude Cahunet de Suzanne Malherbe, sa compagne sur l’île de Jersey CLIC contre l’occupant nazi. Dernièrement, un documentaire sur Arte leur est consacré.
Avant notre départ pour Guernesey j’ai cherché un livre pour nous accompagner. Certes, l’action se déroule à Paris et à Jersey, île voisine. Mais l’occupation allemande sur Jersey et Guernesey ont marqué l’histoire de ces deux îles jusqu’aujourd’hui encore.
Jamais d’autre que toi raconte l’histoire d’amourde Lucie Schwobet Suzanne Malherbe qui commença à l’adolescence, à Nantes pour durer toute leur vie. La narratrice est Suzanne.
« Je ne nous considère pas comme des lesbiennes, dit-elle. Nous sommes simplement deux personnes – deux personnes dont il se trouve qu’elles s’aiment. — Nous sommes des femmes dont il se trouve qu’ elles s’aiment, dis-je. — Le genre n’a rien à voir. Je t’aimerais quoi que tu sois. Homme, femme, hermaphrodite…”
Au tout début du XXème siècle, l’homosexualité féminine était complètement ignorée et non pas réprouvée comme l’homosexualité masculine. C’est donc en toute bonne foi que le père de Lucie Schwob confie Lucie, anorexique et dépressive, à la garde de Suzanne Malherbe de deux ans plus âgée. Les deux jeunes filles partent ensemble en vacances et partagent leur quotidien sans problème. Elle seront encore plus proches, demi-soeurs quand la mère de Suzanne épouse le père de Lucie.
Artistes toutes les deux, Lucie est poète, Suzanne plasticienne. Elles inventent leur vie, se créent des identités, changent de nom Lucie devient Claude, Suzanne, Marcel. Elles jouent avec les apparences physiques
. Claude se rase le crâne, adore être prise pour un homme. Toutes deux se photographient dans des mises en scène androgynes ou carrément surréalistes.
Signé Moore
Elles fréquentent les surréalistes :
« André Breton, Robert Desnos, Philippe Soupault… C’est plus tard seulement que j’ai pris conscience de ce que signifiait ce dont j’avais été témoin ce soir-là – non de la naissance du surréalisme, sans doute, mais d’un aperçu du mouvement dans sa petite enfance. »
Nous ne fîmes néanmoins aucune tentative pour nous joindre à eux. […] il nous semblait que le mouvement était dominé par des hommes apparemment peu disposés à prendre les femmes au sérieux, ou incapables de le faire, et qui considéraient l’homosexualité avec méfiance, voire dégoût. En outre, nous n’étions pas réellement intéressées par l’affiliation.
Jamais d’autre que toi est un roman historique racontant la vie artistique et littéraire à Paris , on croise aussi Michaux, Gertrud Stein, Marguerite Moreno et des acteurs de théâtre un peu oubliés,Foujita, Dali…
A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, Lucie qui a déjà souffert de l’antisémitisme pendant son enfance pressent le drame qui se noue et les deux femmes vont chercher un refuge à Jersey.
. Nous allions partir à Jersey, avec ses plages idylliques, ses vallons et ravins verdoyants, son délicieux isolement. Des amis viendraient de temps en temps nous rendre visite, mais nous aurions l’intimité et la paix. Notre vie serait tranquille, nous ferions des photographies. Nous nous aimerions
La paix? c’était sans compter l’invasion des îles anglo-normandes par les nazis qui les fortifièrent en les transformant en véritable bastion. Et les deux femmes deviennent un réseau de Résistance à elles toutes seules.
Plus tard, j’appris que les Allemands avaient un nom pour les gens comme nous, qui refusaient de reconnaître leur présence. Ils nous appelaient les “fantômes”. Comme il était curieux, me disais-je, qu’ils aient pensé à inverser ainsi les choses. Nous les traitions comme s’ils n’existaient pas et pourtant, d’une certaine façon, c’étaient nous qui étions devenus invisibles.
Elles agissent avec leurs talents : les mots et les dessins, rédigeant des tracts illustrés très impertinents dans un allemand parfait que possède Suzanne. Elle font croire que des séditieux sont infiltrés dans les troupes allemandes. Elles collent leurs tracts dans les endroits judicieux jusque dans les poches et les chaussures des officiers allemands. Elles vont même jusqu’à afficher une banderole dans le cimetière autour de l’église comparant la grandeur de Jésus à celle de Hitler. Provocations dans le plus pur surréalisme!
Dénoncées, elles sont incarcérées en 1944 et condamnées à mort. Un suicide raté leur sauvera la vie, leur épargnant la déportation.
Claude Cahun photographiée par Suzanne avec l’aigle nazi dans la bouche.
Des personnalités remarquables, une histoire passionnante.
A lire, même si vous ne vous embarquez pas pour Jersey!
Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…
Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyrdont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman
« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »
Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale.
Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti.
Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?
Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.
Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets, traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés, minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.
Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca, dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.
Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée
On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc. Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion, […] À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah, la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique » … Elle aussi, elle fait partie de la légende.
Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman est décidément très riche.
J’ai eu le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!
Les deux sont très fameux mais risquent d’être bondés en ce dimanche de juin par beau temps.
Erquyest une station balnéaire construite autour de son port et de sa plage. Les maisons s’étagent à flanc de colline et l’urbanisation s’étend presque en limite de la Zone Naturelle. De grands parkings sont aménagés au sommet du rocher mais nous préférons descendre à la mer. Une rangée de terrasses des restaurants s’aligne près du port. Nous piqueniquons devant la plage. Des baigneurs en maillots sont à l’eau. J’aurais été mieux avisée de les imiter. Plus tard la mer descendra très loin, libérant un estran caillouteux.
Grès rose d’Erquy
Près du port, une série d’escaliers de bois à la base de la falaise permet d’accéder au cap. Jolie surprise : un petit lac se trouve au pied d’un mur rocheux, le front de taille d’une ancienne carrière de grès. Le grès rose d’Erquy est très apprécié. Un peu plus loin, des engins de carrière sont disposés près du sentier : une benne remplie de cailloux et on distingue un rail sur la petite anse de galets
La promenade se déroule d’abord dans les pins et une végétation méditerranéenne. les Hélichryses jaunes rappellent même la Corse. puis on arrive dans une lande rase avec des ajoncs en fleur et des bruyères rose vif.
le cap d’Erquy est parcouru de nombreux sentiers piétonniers avec de nombreux piétons cet après-midi de dimanche. Chacun va se percher sur un petit piton ou un amoncellement de blocs.
La géologie d’Erquy est intéressante : le Grès blanc ou rose rubané s’et formé il y a 470 Millions d’années. On trouve aussi du volcanisme très ancien 600 MA avec des filons de dolérite (310MA) et des diorites 580 MA.
Du plateau on a une vue jusqu’au Cap Fréhel– spectaculaire!
Nous comptions ensuite suivre le littoral et voir les Stations de Saint Cast,Saint Briac et Saint Lunaire. Des travaux sur le Pont de Lancieuxnous bloquent le passage. Nous traversons deux fois le village de Matignon, sommes déviées et passons enfin le barrage de la Rance
Nous sommes passées nombreuses fois sur la RN 12 tout près de Guingamp. Pressées d’arriver après le long trajet, nous n’avons jamais fait le détour. Cette première visite est donc une découverte.
Le château de Pierre II est actuellement en réfection. Il fut fondé en 1034.
L’arpenteur de Cyrille André est une curieuse statue contemporaine métallique d’un homme qui porte un nuage ; périodiquement la pluie se déclenche. Pas spécialement beau mais amusant.
La Rue Saint Jacques et ses escaliers montent à la grande église N.D. de Bon Secours. Curieusement les façades triangulaires s’accumulent accolées à une tourelle ronde et à une haute nef. Faisant le tour de l’église, je passe devant beau porche qui s’ouvre sur une rue étroite, puis une autre entrée. je suis désorientée. Beaux décors Renaissance, thème récurrent de la coquille. Un ruban court sur une partie de la façade.
Détail du porche
Curieuse, je pousse la porte, timidement, c’est la messe. L’église est pleine, je me retire aussi doucement que possible.
Fontaine Plomée
La grande place rectangulaire est bordée d’intéressantes façades, certaines à pans de bois, d’autres recouvertes d’ardoise. Une fontaine à figures de plomb dans deux vasques superposées domine de sa hauteur des jeux d’eau très contemporains, petits miroirs d’eau, jets qui surgissent du sol le long de la promenade. Plus bas une autre place héberge un Bambi géant, Sitis d’Alain Leboile. Je suis peu fan de l’univers Disney que m’évoque le faon.
Le guide Gallimard recommande la visite de couvents et chapelles. Aujourd’hui, dimanche l’Office de Tourisme est fermé. Faute de plan, j’écourte la visite. J’aurais bien flâné sur les bords du Trieux .
Nous avons trouvé notre pique-nique dans une boulangerie très chic et sommes pressées de retourner à la mer pour midi.
Notre Dame du Bon Secours – Enclos paroissial de Runan
Nous ne sommes pas pressées d’arriver à Saint Malo.
Au lieu d’emprunter la grande route D767 comme le propose le GPS, nous nous attardons dans la campagne à la recherche d’un charcutier pour du pâté ou de l’andouille et d’une boulangerie pour une baguette bien craquante. Nous nous déroutons à la vue d’un clocher et d’un village.
Façade ornée
Les dimensions de l’église sont impressionnantes pour un si petit village (253 habitants). L’église est précédée d’une imposante chaire à prêcher. L’église est ouvragée, son porche, comme les piliers carrés délimitant les travées de la nef à l’intérieur. Deux magnifiques retables de bois peint ry une chaire en bois sombre.
Pour le pique-nique, c’est loupé. Il y a bien une boulangerie qui fait aussi épicerie et propose même des poulets rôtis avec des pommes de terre. Tous ces villages sont jolis, fleuris mais il n’y a plus aucun petit commerce sur place.
Théodore Rousseau : intérieur de la forêt, le grand dormoir
Toutes les randonneuses connaissent les sentiers Denecourt balisés en Forêt de Fontainebleau, la Tour Dénécourt et les petites fabriques, fontaines ou médaillons, étapes des randonnées en forêt.
J’ai attendu avec impatience l’arrivée du livre de J.C Polton dans ma boite aux lettres dans le cadre de la Masse Critique de Babélio que je remercie ainsi que l’éditeur les Editions du Sabot Rouge pour cet envoi.
Denecourt est un personnage singulier dont la vie a traversé presque un siècle, de la Révolution de 1789, aux Campagnes napoléoniennes, à la Restauration, Révolutions de 1830, 1848, Second Empire, jusqu’à la IIIème République. Pour la lectrice, une leçon d’histoire! L’enfant Franc-Comtois a été élevé dans les légendes villageoises mais aussi dans une famille favorisée par la Révolution . Il gardera des idées hostiles à l’Ancien Régime, aux tyrans même s’il était très jeune quand les troupes patriotiques défendant la Patrie en danger sont passées dans Luxeuil.
A 20 ans, en 1809, il s’enrôle dans les régiments de Napoléon en Autriche puis en Espagne. Blessé en 1812, démobilisé, il s’engage à nouveau en 1813. Son passé de grognard de Napoléon va le suivre.
Court apprentissage chez un bijoutier à Paris. A la faveur des Cent jours, Denecourt retrouve sa cocarde tricolore et se porte au devant du Petit Caporal. Ses états de service militaires lui procurent une place de portier concierge qu’il va perdre puis retrouver.
A Versailles, le portier-concierge va faire des affaires, il vend du vin aux militaires de la caserne, s’enrichit, devient même prêteur. Personnage balzacien (j’ai téléchargé César Birotteau à l’occasion).Le jeune voiturier quasiment illettré s’instruit. Il gère son commerce mais il fréquente aussi les bibliothèques publiques et les cabinets de lecture . Il découvre la politique s’engage dans la propagande libérale
En 1832, il s’installe à Fontainebleau, toujours portier-concierge, mais perd son emploi à cause de la répression. Rentier ayant réussi à faire fructifier ses affaires, il va découvrir une nouvelle entreprise : il se passionne pour la forêt de Fontainebleau. Il va baliser des promenades et mettre sur pied une véritable entreprise touristique en relation avec son gendre qui a des calèches. Non seulement il balise les chemins avec les petites flèches bleues qu’on suit encore, mais il publie des guides pour les promeneurs, s’édite lui-même, collabore avec des artistes pour les illustrations, aménage les curiosités, engage des carriers pour sécuriser grottes et rochers, construit un observatoire….En 1849, le train arrive à Avon. Ces trains de plaisir correspondent tout à fait à l’entreprise de tourisme que Denecourt a mis en place.
Promoteur de tourisme, il se veut aussi écrivain. Fréquente des artistes, des hommes de lettre. Gagne le surnom de Sylvain que lui donne Théophile Gautier.
Toute la suite de sa vie est une recherche de reconnaissance : le jeune illettré est maintenant respecté, fêté même. Il ambitionne la Légion d’Honneur. Et, enfin la IIIème République consacre ses idéaux démocratiques….
Le personnage très original m’a donc beaucoup intéressée.
Mais le récit très détaillé, très documenté comporte des longueurs pour qui ne connait pas les subtilités de l’histoire locale bellifontaine. Les rivalités, les jalousies de personnages oubliés maintenant, polygraphes ou concurrents, prennent beaucoup de place. En revanche j’aurai voulu en apprendre plus sur l’Ecole de Barbizon, les initiatives des artistes, de George Sand, Théodore Rousseau dont je me souvient de la très belle exposition au Petit Palais.
Anatole Le Braz (1859 -1926) possédait une maison à Port-Blanc, puis, après le terrible naufrage qui engloutit de nombreux membres de sa famille, s’installa à l’Arcouest. Cet écrivain régionaliste qui collectionna les légendes et récits bretons nous accompagne parfaitement dans notre escapade à Port-Blanc.
C’est une relecture, après treize ans. Je l’avis trouvé dans le gros bouquin Phares.J’y ai pris un réel plaisir de relecture. De toutes les façons, le dénouement est annoncé dès le début. Ce n’est pas l’histoire d’amour de Goulven Denes, éloigné d’Adèle, son épouse, par sa fonction de gardien du phare qui m’a le plus intéressé mais toutes les coutumes, les légendes, la nature sauvage qui sont si bien décrits. A la relecture, j’ai prêté plus attention à ces détails et j’ai adoré cette lecture.
Un navire sans mâts ni gréement d’aucune sorte, et dont la coque avait plutôt la structure d’un énorme cercueil, avait été aperçu un matin dans le Raz, louvoyant en face de la Baie des Trépassés. Nul simulacre de matelots à bord. Tout à coup, de cet extraordinaire caboteur, une fumée s’était exhalée, une fumée opaque et lourde comme celle que dégagent les feux de goémons. Puis, se rembrunissant, elle avait pris corps, s’était changée en un fantôme de femme, d’une stature démesurée, qui, sinistre en ses flottantes mousselines de deuil, avait gagné la côte. À toutes choses comme à tous êtres son approche fut mortelle. L’herbe se dessécha, les fontaines tarirent ; les bœufs au labour se couchaient en plein sillon et bavaient de terreur, le mufle à moitié enfoui dans la glèbe. Quant aux humains, ils périrent comme mouches : il ne demeura point assez de vivants pour enterrer les cadavres. On montre, dans le pays, des champs d’ une fertilité proverbiale, qu’on ne fume jamais ; les blés y poussent sur des charniers qui suintent encore après des siècles.
A propos de Loguivy-de- la mer, où je suis passée plusieurs fois sur le sentier côtier
Une procession de voiles vient d’émerger des profondeurs du septentrion. Ce sont les barques loguiviennes, à n’en pas douter. Elles s’avancent comme une troupe de cygnes noirs. Chaque printemps, elles émigrent de la sorte, des confins du Goëlo, emportant une tribu entière, hommes, femmes, et les enfants qui ne sont pas encore sevrés. Il ne reste au pays que les aïeules, pour garder les maisons vides et les lits défaits. Six mois durant, elles vieillissent là, solitaires, assises sur les seuils à filer de la laine pour les tricots, en attendant les expatriés. Voilà des années que les Loguiviens ou, comme on dit ici, les Paimpolais, accomplissent périodiquement cet exode vers les eaux de Sein, riches en homards. Ils prennent à l’île leurs quartiers d’été, s’installent par familles chez l’habitant, qui les exploite le plus qu’il peut et les poignarderait volontiers d’une main, tandis qu’il accepte leur argent de l’autre. Les deux populations logent sous les mêmes toits, sans jamais se mêler ni se fondre.
A propos, Anatole Le Braz est le personnage d’une série policière de Gérard Lefondeur « les Enquêtes d’Anatole Le Braz » dont j’ai bien aimé Le sang de Douarnenez et L’ouvrier et la mort.