La Roche-Jagu – château et jardins

CARNETS DU TREGOR

Le château derrière les roses

Situé un peu à l’intérieur des terres, nous avions négligé La Roche-Jagu. Et c’était une erreur, c’est une belle visite. Construit sur une boucle du Trieux, à 6 km au nord de Pontrieux. Il domine le petit fleuve, 70 m au-dessus d’une cale . 

Belvédère au-dessus du Trieux. En face on voit le train

Au XIème siècle, un seigneur breton nommé Jagu fit édifier une motte castrale, transformé en château de pierre. Détruit au XIV ème siècle. la noble dame Catherine de Trogundy le fit reconstruire en 1405. On le qualifie alors de maison forte avec un bâtiment massif à deux étages et deux fines tourelles rondes. Le toit est orné de 19 cheminées. Si le bâtiment semble austère, il est mis en valeur dans un écrin végétal : un parc de 64 ha qui descend jusqu’à la ria. Dévasté par une tempête en 1987, il fut confié au paysagiste Bertrand Paulet.

Cascade, ruisselets et bassins

A la billetterie on confie un plan pour une longue promenade de 2.4km en 26 étapes à travers les jardins fleuris, les terrasses gazonnées et au cœur de l’épaisse forêt qui tapisse la vallée du Trieux.

La première surprise, sur une terrasse à l’écart du château : la vue sur la boucle du petit fleuve qui serpente entres des bancs vaseux à marée basse. L’eau est salée dans la cale et l’influence des marées se fait sentir.

Escalier d’eau

Le sentier descend le dénivelé de 70 m. Les jeux d’eaux agrémentent la promenade. Un étroit canal est mis en valeur par des sculptures contemporaines en fer forgé. Je découvre des fontaines, un escalier d’eau. Je traverse une palmeraie puis une saulaie. Trois bassins carrés servaient à rouir le lin. Trois mares précèdent la source du Stanco dans un bassin, capté dans uncanal recourbé, il cascade dans de petites vasques. Tous ces jeux d’eau dans la nature luxuriante sn rafraîchissants.

Pour retourner au château j’emprunte des allées bordées de camélias dont la floraison est terminée, quelques fleurs jonchent encore le sol. Un labyrinthe d’ifs taillés en spirale conduit à une plateforme avec un point de vue d’ensemble sur les jardins. Deux rangées de cyprès donnent une touche italianisante.  

Le château est vide; Au rez de chaussée de nombreux cartels et panneaux racontent l’histoire du château : beaucoup à lire.

kachina

Les étages offrent un vaste espace pour des expositions présentées par le Domaine Départemental. L‘Esprit de la Nature : Art de peuples autochtones d’Amérique est une grosse exposition présentant les cultures amérindiennes. Beaux objets de la vie traditionnelle, cartes, photographies. C’est très complet et roboratif, couvrant aussi bien les peuples autochtones de l’arctique que du Nouveau Mexique.

Un peu trop à voir en fin de journée. Il faudrait y consacrer une bonne après-midi. 

 

Jardin de Kerdalo

CARNET DU TREGOR

Gunnera manicat spectaculaires

Promenade de rêve dans ce parc qui descend jusqu’au Jaudy – le petit fleuve ou ria de Tréguier. Il faut quand  même être bien chaussé, les sentiers sont pentus. Dans une nature exubérante, très nature, un peintre a dessiné des tableaux comme cette fabrique avec son bassin lisse et les pas japonais . 

au premier plan les roses embaument (rosa filipes)

Ensemble aquatique et parfumé  avec une cascade en escalier à peine masqués par les roses.

or et argent des feuillages graphiques

Jeu de volumes, de feuillages d’or et d’argent

5 jours en juin à Port-Blanc – quelques cartes postales du GR 34

CARNET DU TREGOR

Bugueles ; moulin à marée

Nous voici revenues, heureuses de retrouver le Sentier littoral, les jardins, chapelles sous le beau soleil de juin. Inutile de chroniquer au jour le jour des itinéraires du GR 34 déjà décrits sur le blog. Je me contente donc d’ajouter au Carnet du Trégor quelques photos un peu plus fleuries que celles de janvier, plus ensoleillées qu’en septembre…

Anse de Gouermel

En juin, les randonneurs sont nombreux autour de Plougrescant. Il faut faire la queue pour avoir une bonne photo de Castel Meur. Au Sillon de Talbert, la marée était haute, impossible de passer

Face à Bréhat entre l’Arcouest et Loguivy de la mer

Et pour me  baigner, c’est la plage de Trestel que j’ai préférée

 

Le voyage à Paimpol – Dorothée Letessier

« J’étouffe, je vais prendre un bol d’air. À bientôt, je t’embrasse. Maryvonne. »

Maryvonne, ouvrière à Saint Brieuc, mariée, mère d’un petit garçon, à la faveur d’un arrêt maladie, décide de s’offrir des vacances. Elle prend le car pour Paimpol. Ce n’est pas bien loin : 45 kilomètres.

« On arrive à Paimpol. C’est drôle. C’est là que j’ai voulu aller. Paimpol, cela ne fait pas sérieux, c’est un
nom d’opérette, Paim-pol, Paim-Paul, Pain-Pôle, Pin-Paule, Paimpol, un nom tout rond, impossible à
chuchoter. La Paimpolaise… Paimpol et sa falaise… des relents de folklore bouffon me font sourire toute
seule. »

Nous partons en vacances à Port-Blanc, nous irons à Paimpol chercher la falaise. J’ai téléchargé le roman pour nous accompagner en Bretagne. Titre trompeur : pas du tout de la littérature de voyage. Du Paimpol de Maryvonne, nous ne connaîtrons qu’une chambre d’hôtel avec une belle salle de bain, un salon de coiffure et l’aventure se terminera à Monoprix. Sans voir la falaise. 

Ce roman féministe est paru en 1980 .  Gallimard l’a ressorti en mai 2025  Il est augmenté de deux préfaces de Maylis de Kerangal et de Rebecca Zlotowski. Très bien écrites ces préfaces, mais redondantes, disproportionnées, pour un court livre qui se suffit à lui-même et que j’aurais préféré découvrir par moi-même.

Roman féministe, roman social. Maryvonne et son mari travaillent à l’usine Chaffauteaux  qui comptait  2200 ouvriersdans les années 80.La grosse usine de métallurgie a fermé en 2009 ICI  Ce livre est un témoignage du travail en usine, des grèves menées. Maryvonne, déléguée syndicale a été une des porte-paroles des grévistes. Erosion de son couple, ennui de la vie de mère de famille étouffante. Elle décide de partir quelques jours, de vivre un rêve, de bouleverser le quotidien.

Sans valise ni alliance, je me grise de cette bolée de liberté. À l’heure qu’il est, je devrais être au boulot

Mais que faire de cette aventure? La vie d’usine, le ménage occupent son esprit. Ce n’est pas facile de s’inventer une vie. Alors Maryvonne achète un flacon de bain moussant .

Elle se  fantasme en Marilyn dans la baignoire de l’hôtel :

Marilyn vaporeuse. Marilyn voluptueuse. Marilyn pulpeuse, langoureuse. Marilyn amollie, abolie. Marilyn jouit […] Marilyn a du poil aux pattes. Marilyn a de gros genoux. Marilyn travaille à la chaîne. Marilyn s’appelle
Maryvonne. Et Maryvonne a les seins qui tombent.

Pas facile d’affronter le regard des autres, de la gérante de l’hôtel, des clientes habillée avec quatre fois le salaire mensuel de Maryvonne.

Toujours d’actualité presque un demi-siècle plus tard? Sûrement pour le quotidien de la mère de famille. Mais l’usine a été délocalisée!

Tous Léger au Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 20 juillet 2025

Yves Klein/Fernand Léger Forêts

Visiter une exposition comme jouer à faire des paires!

Les arbres bleu Klein rencontrent la forêt aux arbres bleus de Fernand Léger. Tout au long de la visite, je continue le jeu des correspondances

Arman – Birds (1981)  accumulation de pinces métalliques  formant une nuée  d’oiseaux, murmuration solide

Birds d’Arman figure près de la Composition de deux oiseaux de Fernand Léger. Correspondance, dialogues anachronique : Léger est mort en 1955, il n’a pu voir les oiseaux d’Arman. Et pourtant cela fonctionne très bien

Fernand Léger : composition avec deux oiseaux (1940)

L’exposition Tous Léger propose un dialogue entre l’école des Nouveaux Réalistes et l’œuvre de Fernand Léger qui a ouvert la voie en peignant la réalité urbaine dans sa trivialité. La première partie est consacrée aux Cinq Eléments : Air, Eau, Feu, Terre auquel on ajoute la Couleur. Fernand Léger enregistre les mutations de l’époque moderne tandis que les Nouveaux réalistes poussent la critique de la surconsommation, de l’obsolescence programmée, la gestion des déchets.

La vie des objets

May Wilson : Untilted

Ces accumulations de d’objets du quotidien May Wilson correspondent à cette critique comme les objets piégés de Spoerri, l’accumulation des pinces métalliques d’Arman et les ciseaux de Niki de Saint Phalle pris dans le plâtre

Niki de Saint Phalle Ciseaux/ Fernand Léger

« pour moi la figure humaine, le corps humain n’ont pas plus d’importance que des clés ou des vélos. C’est vrai. Ce sont paour moi des objets valables plastiquement et à disposer selon mon choix »

« il n’y a pas de beau catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur un mur blanc aussi bien que dans un musée… »,

Fernand Léger

Lichtenstein Interior with chair

Fernand Léger a séjourné longtemps aux USA et a exercé son influence sur Lichtenstein

Lettres – tampons – affiches

Cette section s’organise autour de Métro Arts et Métiers de Villeglé qui trône au centre de collages encadrés par les tampons et cachets d’Arman 

Fernand Léger – L’Homme au chapeau bleu

Continuons le jeu des paires avec le Chapeau bleu de Spoerri cachant les œufs d’un éventuel larcin qui correspond au tableau de Fernand Leger

Martial Raysse Nissa Bella

 

toujours le jeu  avec Nissa Bella de Raysse avec le Petit témoin au visage vert de Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle Le petit témoin

Acrobates et cyclistes rapprochent Niki de Saint Phalle de Léger 

Léger a beaucoup peint des cyclistes célébrant ainsi les congés payés.

Niki de Saint phalle : Footballers

La couleur dans l’espace est le thème de la dernière salle où les oeuvres monumentales de Fernand Léger sont confrontées au Jardin des Tarots et au street-art de Keith Haring tandis que Miles Davis très coloré tient la vedette. 

Miles Davis et Keith Haring

Andreï Makine – L’ami arménien

RUSSIE

incipit :

« il m’a appris à être celui que je n’étais pas »

Je m’étais promise de lire Makine et je l’avais laissé de côté : quelle erreur. 

L’Ami Arménien est une véritable découverte. Un court roman (188 p.) qui se lit d’un trait. Tout en finesse et en délicatesse.

Roman d’apprentissage. Roman d’amitié entre ces deux adolescents 13 ou 14 ans qui, du fond de la Sibérie, découvrent le monde, l’amitié, la violence, les prisons et la tragédie du génocide arménien. Cette énumération suggère une lecture sombre. Pas du tout, malgré les tragédies qui les entourent, les deux garçons découvrent la légèreté de l’air qui compose les nuages, les étoiles en plein jour, l’étreinte d’un couple d’amoureux, et la beauté du « Royaume d’Arménie » que les exilés ont emporté avec eux en Sibérie au « Bout du Diable ».

« tu veux que je touche le ciel? Comme ça avec mes doigts… »[…] »Là , à notre hauteur, c’est le même air qu’au milieu des nuages, n’est-ce pas? Donc, le ciel commence à partir d’ici, et même plus bas, tout près de la terre – en fait , sous nos semelles »

 

Un point de vue très décalé. Une leçon de vie. Vous allez découvrir des surprises.

Mamelouks (1250 – 1517) au Louvre

Exposition Temporaire jusqu’au 28 juillet 2025

Brûle parfum

De 1250 à 1517, les sultans mamelouks régnèrent sur l’Egypte, la Syrie. 1260 – ils arrêtent l’avancée des Mongols, 1291, prennent Acre et mirent fin au Royaume Croisé de Jérusalem, 1400 arrêtent Tamerlan jusqu’en 1517 où il furent défait par l’armée ottomane de Sélim 1er.

Caparaçon

Les mamelouks étaient des esclaves militaires, enfants ou adolescents achetés ou enlevés dans les plaines de Russie puis dans le Caucase. Cavaliers d’élite, ils formaient un e caste militaire parlant turc. Cet honneur n’était pas héréditaire, les fils des mamelouks devaient intégrer un autre corps ou se lacer dans une carrière civile.

Clé de la Kaaba au nom du sultan Faraj (1399-1412)

Protecteurs des lieux saints, à la Mecque et Médine les sultans possédaient la clé de la Kaaba. –

La visite commence au Caire dans le Complexe de Qalawun (1284-1285) comprenant une madrasa, un hôpital et le mausolée de Qalawun. Projetées sur trois murs, les images et les zooms nous offrent toute la variété des décors, stucs, marbres, colonnes antiques, géométries élaborées….

Lampe au nom de l’émir

De magnifiques objets accompagnent les images, brûle-parfum, bassins, coupes et chandeliers  en métal cuivreux, incrusté d’or et d’argent finement ciselé. Ouvrages à décor géométrique, ou arabesques ou portant des écritures calligraphiées et même des scènes de chasse ou équestres

Bassin orné de scènes de chasse

De petits encarts présentent les sultans les plus fameux :

Baybars, (1260_1277) le fondateur

Qaytbay (1468-1496) « la force tranquille » (1501-1516)

Qansawa Al Ghawri (1501 – 1516)

Ainsi que d’autres personnages  :

Muhammad ibn Khalil Al-Samadi qui aurait vécu à Damas et aurait soutenu les troupes mamlouks de son tambour soufi.

Qawsun, grand émir et favori, arrivé en Egypte en 1320 comme marchand. Séduit par sa beauté, le sultan l’achète, le fait émir et lui donne sa fille pour épouse.

l’épouse de Qaytbay, Khawand Fatima, « sultane d’affaire »

Si les objets, d’une grande sophistication, sont toujours un peu les mêmes, cette présentation des mamelouks est passionnante.

Coran monumental

De nombreux manuscrits sont exposés, des Corans monumentaux fastueusement enluminés d’or et de couleurs. Des encyclopédies contiennent toutes les connaissances scientifiques de l’époque. Des manuels de chasse ou de technique militaire représentent des mamlouks à l’exercice, en effet la Furusiya ou art équestre est à la base de la culture de ces cavaliers.

Furusiya : exercices à la lance

Cavaliers turcophones dans un environnement composite où coexistent diverses cultures et religions

Certificat de pèlerinage à la Mecque Hajj

mais aussi certificat juif de pèlerinage sous forme de rouleau dessiné figurant la route du sud du Caire jusqu’au Liban à travers la Terre Sainte, annoté en italien et en hébreu

Rouleau de pèlerinage juif

ou bois sculpté des églises Coptes du Vieux Caire

Eglise copte du Caire

La littérature est présente, elle a même traversé les siècles et est parvenue à nous à travers les contes qui animent encore les cafés traditionnels ou avec les théâtres d’ombre. Influences persanes, et même indiennes comme dans ce livre

Conte indien avec un éléphant et un lion

Au centre des réseaux de commerce avec Venise, la Perse et même la Chine, plus étonnant les vases africains ashanti. Commerce maritime et de caravanes.

Grand gobelet aux oiseaux 1330-1350

Travail du métal ciselé, travail du bois et marqueterie de toute beauté, tapis témoignent du raffinement de cette civilisation.

Baptistère de Saint Louis;

La visite se termine autour d’un chef d’œuvre étonnant : le Baptistère de Saint Louis signé Muhammad ibn al Zayn arrivé au château royal de Vincennes au XVème siècle et qui a servi au baptême de Louis XIII puis à celui d’Henri d’Artois en  1821 et à celui du prince Napoléon Eugène en 1856. on pourrait rester des heures à détailler les personnages dans les médaillons, mamelouks à la chasse, les frises d’animaux, éléphants et félins, oiseaux étranges…..

mamelouks à la chasse

 

 

Mon palmarès de cinéma – 2024 -2025

mon cinéma préféré!

Quand revient le mois de mai, revient le goût du cinéma, rediffusions de films palmés à la télé. Avant-goût des films montrés à Cannes….

Temps des bilans personnels. Aucune ambition de critique cinématographique. Pas assez cinéphile pour motiver mes choix. Comme j’ai gardé les Bandes annonces sur mon blog Toiles Nomades ICI

Il me suffit d’y revenir pour sélectionner les dix films qui m’ont le plus marquée – pas nécessairement les plus grands chefs d’œuvre -ceux qui font encore écho dans mon  souvenir

  1. Les Graines du Figuier sauvage (Iran) est le gagnant, un grand film, une grande cause 
  2. The Brutalist – Brady Corbet –  Monumental! Grandiose. Retraçant l’histoire d’un architecte juif hongrois; Brutaliste comme les Choux de Créteil, alors forcément ….
  3. La chambre de Mariana Emmanuel Finkiel d’après le roman d’Appelfeld, forcément….excellente prestation de Mélanie Thierry en Ukrainien
  4. Soudan, souviens-toi  – Hind Meddeb – Une révolution. Le documentaire le plus poétique et le plus touchant qui soit
  5. La plus précieuse des marchandises  Michel Hazanavicius -un graphisme magnifique, une façon sensible  d’aborder la Shoah, sans la nommer dans un conte de Jean-Claude Grumberg . 
  6. L’Histoire de Souleymane Boris Lojkine . Vous n’oublierez plus le pourboire au livreur de pizza! Un acteur magnifique. 
  7. Ghostlight –Kelly O’Sullivan – Roméo et Juliette, le théâtre dans le théâtre, mise en abyme. Juliette Dolly de Leon merveilleuse Juliette de 50 ans ! pour shakespeare, toujours….
  8. Tehachapi – JR – JR dans une prison américaine fait entrer l’art avec ses photos géantes
  9. Everybody loves Touda (Maroc) Nabil Ayouch l’histoire d’une Cheikha, une chanteuse traditionnelle, on découvre une musique et un Maroc inattendu
  10. Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde (Roumanie)Queer Palm, Emanuel Parvu, dépaysement dans le Delta du Danube, pratiques moyenâgeuses …

J’ai oublié de citer de plus grands films, encore une fois, je ne suis pas critique. je vais au ciné pour m’évader, rêver et un peu réfléchir.

Contrebandiers – Michèle Pedinielli/Valerio Varesi

ROMAN POLICIER A LA FRONTIERE DES HAUTES ALPES ET DE L’ITALIE

« Ce qui a changé, c’est la marchandise qui y passe. – Il y en a une qui est restée la même : ce sont les personnes qui veulent entrer en France. À une époque, c’était nous, les Italiens, parce qu’on était antifascistes, ou qu’on voulait travailler, maintenant, ce sont les migrants qui arrivent d’Afrique. – Nous, les Italiens, on nous appelait les Macaronis ou les Ritals »

Roman policier écrit à quatre mains par Michèle Pedinielli dont j’ai suivi les enquêtes de Ghjulia Boccanera à Nice et en Corse avec beaucoup de plaisir et Varesi qui m’a fait découvrir les secrets de Parme. Chacun s’est déporté de sa région d’origine pour situer l’action sur la frontière entre la France et l’Italie. Un randonneur français découvre du côté italien un cadavre. Nous ne retrouverons pas Ghjulia mais Suzanne Valadon, guide de montagne qui rapporte sur son dos un très jeune burkinabé transis dans le froid.

Les chapitres s’enchaînent, dans un refuge italien et dans les bergeries d’estive côté français…Mais l’ensemble est cohérent, on oublie qu’il y a deux auteurs. Ce n’est pas le premier polar écrit par deux auteurs : Meurtre aux poissons rouges résultait de la collaboration de Camilleri et Lucarelli . La collection POINTS compte d’autres livres « deux auteurs deux pays, une seule enquête » j’aime bien ce concept et je compte m’aventurer dans cette collection.

Chaque fois que je chronique un polar, j’ai peur de divulgâcher et de donner trop d’éléments concernant l’intrigue. Je vous dirai seulement que j’ai lu d’une traite en une journée (et deux longs trajets en métro Créteil/Auteuil) sans le lâcher. Comme le titre est Contrebandiers,  je ne spoile pas  trop en divulguant qu’il s’agira de faire passer des cigarettes et des migrants 

De la contrebande ? Ça sonne presque romanesque. – Eh bien, c’est loin de l’être, figure-toi. La contrebande, c’est juste l’autre nom du trafic et les contrebandiers ne sont pas des aventuriers de romans. Ils sont tous connectés à une mafia ou une autre. Et la mafia, Suzanne, ça n’a aucun état d’âme, aucun scrupule ; le code de l’honneur, ça n’existe que dans les films. La mafia ne réfléchit qu’à un profit immédiat.

à celà interroge Lassane, le jeune burkinabé :

C’est grave ? Aucune provocation dans la question, plutôt un étonnement sincère. C’est grave de porter des cigarettes ? Par rapport à quoi ? Aux violences, aux viols, aux tortures, aux naufrages ? C’est plus grave que remettre sa vie entre les mains d’inconnus ? Plus grave que se faire vendre ?

 

E. Boudin à Marmottan

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 31 Août 2025

Esquisse de Trouville

C’est toujours avec plaisir que je retrouve Boudin familier et encore surprenant. Voyages en Normandie, à Honfleur, Trouville, Le Havre…et pourtant des tableaux inconnus puisqu’il font partie de la collection Guyonvarc’h. 

« Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet »

Déclare celui qui est « le père de l’impressionnisme » qui, néanmoins à cause de la météo normande capricieuse et changeante, termine un tableau à l’atelier. Il rencontre Claude Monet âgé de 16 ans, encore lycéen mais déjà caricaturiste, et l’emmène peindre en plein champ

Claude Monet caricaturiste : Anglais à moustache 1857

A la Ferme Saint Siméon se réunit un cercle d’artistes Jongkind, Monet et Boudin

A la Ferme Saint Siméon – De gauche à droite Jongkind, Emile van Marcke, Claude Monet Achard

Boudin : de papetier-encadreur à artiste peintre, autodidacte, il subit les influences de la peinture néerlandaise et de l’Ecole de Barbizon. Il peint des scène maritimes et rurales et rencontre au début peu de succès. La Fête dans le bassin de Honfleur est refusée au Salon 

Fête au Bassin de Honfleur

Scènes de plage – Longchamp au bord de mer

Trouville : scènes de plage

En 1858 le Duc de Morny découvre Deauville . Boudin invente la « scène de plage ». 1870, les familles de Claude Monet et de Boudin se retrouvent à Trouville. 

Toute une section est consacré à la Bretagne

marché en Bretagne

Autant qu’aux paysages et aux marines, Boudin s’intéresse aux gens, aux costumes et coutumes : marché, sortie de messe….

Port de Brest et débarquement des marins

J’ai été bluffée par ce tableau du Port de Brest, ciel dramatique, silhouette des voiliers et à droite le débarquement des marins. En regardant bien on voit dans le coin gauche les goélands…multitude de détails qui captent mon attention. Il peint une mer turquoise très lumineuse au Croisic,

Pendant la guerre de 1870 Boudin se réfugie en Belgique, il peint « de Dordrecht à Bordeaux » , Etaples, Berck, Saint Valéry sur Somme offrant tout un panorama des ports du littoral y compris en Méditerranée. En 1893 il fait un bref séjour à Venise. 

Rouen : pont Corneille 1896

Cette exposition élargit le champ des peintures de Boudin qui n’a pas peint que la Normandie, même s’il l’a très bien peinte.