Deux Filles Nues – LUZ – Albin Michel

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par Laboucheaoreille

ART DEGENERE

C’est à l’occasion de la visite de l’exposition Art Dégénéré au Musée Picasso ICI que j’ai découvert de roman graphique : un véritable chef d’œuvre!

Un podcast à signaler : les Midis de Culture « Deux filles Nues » de Luz ICI 

Deux Filles Nues est le nom d’un tableau peint en 1919 par Otto Mueller (1874-1930) qui a subi les tribulations des tableaux de l’Art dégénéré selon les critères nazis. Il est actuellement accroché à Cologne. 

C’est donc une histoire vraie.

La BD  commence avec le making-of du tableau qui s’élabore sous nos yeux : plus de blanc que de couleur sur les premières pages. Il faut l’intervention d’un ramasseur de champignons. Au premier tiers du livre, Otto Mueller meurt…mais le livre est loin d’être fini. Le sujet, c’est le tableau et non le peintre. Acquis par un collectionneur juif, il se retrouve avec d’autres sur les murs.

La vente aux enchères de l’Art Dégénéré

Là, il faut être très attentif , la BD est beaucoup plus sophistiquée qu’il n’y paraît au début. Tous les éléments du décor ont leur importance : les autres œuvres accrochées correspondent à de réels tableaux. Il y a même les titres à la fin, sauf que Luz nous a fait une sorte de blague : il a supprimé les numéros des pages. On sait qu’il y a un Emil Nolde p. 101, mais on ne sait pas où est la page 101 et ainsi de suite. Avec un peu d’efforts, on a une véritable exposition de la peinture allemande,  expressionnisme, die Brücke etc

Autre lecture : l’histoire de la montée du nazisme ne se trouve que très partiellement dans les bulles de texte. C’est dans la rue, par la fenêtre qu’on voit se dérouler manifestations, violences et déprédations.

Fond noir : la nuit, la rue est éclairée et les incendies de la Nuit de Cristal l’illuminent. Ces pages noires sont d’une grande force et d’une grande beauté.

Le même procédé se retrouve quand le tableau est exposé dans les expositions d’art dégénéré. Regardez bien par la fenêtre.

Les voyages en train sont aussi  très impressionnants. Comme l’invasion des cafards…

Ce n’est pas un livre d’une seule lecture. Il faut le feuilleter, y revenir, l’étudier.

Je vais avoir beaucoup de mal à m’en séparer et à le rendre à la médiathèque.

 

Toutes les vies de Théo – Azoulai Nathalie

APRES LE 7 OCTOBRE…

Giacometti et Rothko

Depuis le 7 octobre, je suis saisie de « Judéobsession » comme l’a écrit Guillaume Erner dont je suis justement en train de lire le livre. Ecoute  compulsive de podcasts sur l’antisémitisme, les Juifs, la Shoah. J’ai découvert Toutes les vies de Théo en même temps que L’Annonce d’Assouline sur Répliques : la Littérature face aux attaques du 7 octobre. En même temps que l’Annonce, j’ai téléchargé Toutes les vies de Théo. Autant le livre d‘Assouline m’a parlé, autant j’ai été agacée par celui d’Azoulai

Théo, à moitié allemand par sa mère, à moitié breton, rencontre Léa à une séance de tir sportif, en tombe amoureux et l’épouse. La mère de Théo pour vaincre sa culpabilité d’allemande vis à vis de la Shoah, est ravie de cette union avec une juive, une sorte de rédemption par son fils. Ils ont une fille Noémie. le 7 octobre va déchirer cette union.

« Elle dit que l’histoire l’avait prise par le col, qu’elle l’obligeait à retourner dans sa niche. »

Léa se sent renvoyée à son identité juive, solidaire d’Israël. Théo se sent exclu. Il rencontre une plasticienne libanaise, en tombe amoureux et épouse la cause palestinienne sans réserve. Mais la belle est volage et il va se retrouver abandonné

La fracture que le 7 octobre peut induire dans un couple mixte, je la comprends ; son analyse m’aurait passionnée. Fracture réelle pour de nombreux juifs s’éloignant d’amis proches et de relations, de militants, et surtout de toute une gauche qui maintenant les rejette. Je pensais trouver cela dans le livre.

« On aurait voulu inventer ta vie, Théo, qu’on n’aurait pas osé, dit Léa. Tu auras passé la première moitié à
vouloir être juif et la deuxième à vouloir être arabe. – Et toi, à vouloir oublier que tu étais juive puis à t’en
vouloir d’avoir voulu l’oublier, dit-il du tac au tac. – Au moins, moi, je me débrouille avec ce que je suis.
Mais qui sait, un jour, tu seras peut-être toi-même… »

Mais non, plutôt une caricature. Je n’ai pas pu m’attacher à la personnalité de Théo réduite à son attraction vers les Juifs puis les Palestiniens. Il est dessiné en creux, amoureux de l’autre différente, puis retourne à son identité. J’aurais aimé voir vivre la famille de Léa, comprendre les réactions différentes au départ des deux soeurs Léa et Rose qui vivent un mariage symétrique et un divorce aussi prévisible. Cette symétrie me semble bien artificielle. Quant à la conversion de Noémie au catholicisme puis son retour au judaïsme, cela m’ a paru bien superficiel.

 

Joie collective – Apprendre à Flamboyer au palais de Tokyo

Exposition temporaire 21/02 – 11/05/25

André Tot

Joie collective sur les Champs Elysées, années 70, manifestations heureuses.

 

Bandes portées au Carnaval de Sao Salvador de Bahia

Joie collective du Carnaval!

Le Palais de Tokyo est un lieu très cool. L’art contemporain n’est pas du tout rébarbatif ou difficile d’abord. On y est très bien accueilli. Des médiateurs.trices prennent en charge les visiteurs pour une visite de 30 minute personnalisée.

Moki Chery : textile

Des espaces invitent le public à participer dans une expérience collaborative. La couleur violette indique qu’on attend une participation active du public. Sur une petite scène une adolescente joue à la vedette. On peut colorier une œuvre qu’un plasticien, Dimitri Milbren a dessinée

Babyfoot panafricain de Bocar Niang (Sénégal)

Le babyfoot panafricain de Bocar Niang invite au jeu collectif . pas de boules pour jouer mais on peut voir de près les personnages, reconnaître Rosa Park ou Nelson Mandela.

Cosmorama Montreuil

Oeuvre collective que le Projet participatif à Montreuil dans le quartier Morillon où les habitants ont suspendu un maillot de foot de l’équipe malienne . Et où les enfants ont décoré la porte bleue

les enfants devant la porte bleue

Musique en vidéo sur un très grand écran des tubas cuivres et contrebasses se répondent à la Nouvelle Orléans. On regarde, on écoute, on commente on bavarde avec des inconnus;

Cindy Bannani – manifestation marche de 1983

Notre visite se termine en broderie. la brodeuse Cindy Bannani a imaginé une installation avec ses tableautins brodés des marcheuse en manif. sur une table une banderole doit être brodée : il y a du matériel, coton à broder, cercles de bois ajustables, aiguille, j’ai réclamé un dé. Chacun, chacune plutôt peut mettre son point à la création collective. En brodant on échange, on bavarde, on se lie. La plasticienne n’a pas pu afficher de keffieh, cela fait débat! 

on nous a tant promis. on nous a menti

je ne vous ai pas parlé des expos photos, des vidéos, de la musique….

Apocalypse à la BnF

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par La boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 8  juin 2025 à la Grande Bibliothèque

Anne Imhof – 2022 – huile sur toile dimension XXL

La toile d‘Anne Imhof – l’affiche de l’exposition – m’a induite en erreur. Je m’attendais à des documents sur la fin du monde, guerres, inondations, cyclones, ce que l’actualité télévisée nous sert quotidiennement et qui devient apocalyptique.

Kiki Smith – tapisserie – guide l’aigle du malheur

Les conservateurs de l’Exposition mettent dès l’entrée les pendules à l’heure. Dans le monde contemporain, l’Apocalypse évoque des catastrophes, mais  il n’en a pas toujours été ainsi. Au sens étymologique, elle correspond plus à une révélation ou un dévoilement et annonce le Royaume de Dieu.

jean le visionnaire – tapisserie – Angers

Les premières salles vont donc raconter l’Apocalypse telle que l’a écrite Jean de Patmos, comme la Tapisserie de l’Apocalypse du Château d’Angers.  Des œuvres modernes illustrent cet effroi comme l’aquarelle de Gustave Moreau ou la petite peinture d’Henri Michaux, la lettre du voyant de Rimbaud ou les textes d’Antonin Artaud. 

Unica Zürn

N’oublions pas que l’exposition se tient à la Grande Bibliothèque, qui présente naturellement de merveilleux manuscrits enluminés 

BEAtus de Saint Sever

Collection merveilleuses de gravures de Dürer  qui a dessiné toute une série 

Dürer les quatre cavaliers de l’Apocalypse

Sans parler de celles de Goya, j’ai eu bien du mal à choisir mes préférées , bien grinçantes fantastiques 

Goya

Etonnantes aussi celles d’Odilon Redon. L’ordre chronologique adopté par l’Exposition 

Odilon Redon

Au XXème siècle, l’Apocalypse n’est plus le texte de Jean mais la Grande Guerre. Otto Dix s’en est inspiré

Otto Dix  – Errinnerungen an die Spielsale von Brüssel

On voit également des photos de Brassai, une grande tapisserie de Lurçat

La fin de l’exposition présente des œuvres contemporaines intéressante comme les aquarium d’Hicham Berrada que je retrouve avec beaucoup de bonheur

Hicham Berrada

Je découvre  l’énorme tapisserie d’Otobung Nkanga sur des thématique marines : surexploitation des fonds océaniques

Otobong Nkango : Unearched midnight

 

je me suis laissée surprendre!

L’Annonce – Pierre Assouline

APRES LE 7 OCTOBRE….

« De quoi s’agit-il ? D’un pogrom. Le premier depuis 1945, date qui pour l’Histoire sonnait en principe le glas des massacres de masse des Juifs. »

[…]

« Fin de l’innocence pour tout le monde. Et dire que tout cela arrive au moment où disparaissent les derniers témoins de la Shoah… »

 

La sidération du 7 octobre ne s’efface pas. A l’horreur du massacre, s’ajoutent les manifestations antisémites.  Mon effarement devant la vengeance sans limites de Netanyahou sur Gaza, la découverte qu’il existe des fascistes juifs, des racistes juifs et qu’ils sont en capacité de nuire, capables d’oublier les otages et de saboter toute solution raisonnable.

Au réveil, je dépouille le Monde, les posts de La   sur Facebook, et tout ce que la Presse écrite veut bien délivrer.

Et bien sûr la littérature!

La pensée magique ne m’a pas imposé de me lancer dans ce projet de livre. Un autre l’a déclenché bien en
amont après une dizaine d’années de ruminement, de maturation, de décantation : Une femme fuyant l’
annonce.

Pierre Assouline a placé ce livre sous le patronage de Grossman. Le titre L’Annonce fait penser à Une Femme Fuyant l’AnnonceEt le livre commence avec une citation de Grossman en épigraphe . J’aimerais tant lire Grossman depuis le 7 octobre!

50 ans séparent les deux parties du livre :

6 Octobre 1973, guerre de Kippour dont Raphaël, le narrateur, 20 ans alors, apprend le déclenchement à la synagogue. Comme de nombreux jeunes juifs, Raphaël part volontaire. Il se retrouve dans un moshav à remplacer un agriculteur mobilisé pour s’occuper des dindons. Belle histoire d’amour de jeunesse, au hasard d’une partie d’échecs, il rencontre Esther, une jeune soldate de son âge

7 octobre 2023, Raphaël se trouve en Israël. Il est confronté avec l’évènement

Je suis revenu seul avec mon paquet de souvenirs, sans imaginer que mon in memoriam serait percuté de
plein fouet par un bis repetita.

Raphaël va confronter ses souvenirs

Je ne reconnais plus le pays. Plus je le dévisage, moins je le retrouve. Nous nous sommes tant aimés, mais
c’est loin. Deux générations ont surgi.

Pour le reportage gore, rembobiner les images . Tout le monde les connaît. Idem pour les combats, les bombardements, même les alertes. Ce n’est pas le propos du livre. Raphaël raconte la vie des civils qui se mobilisent, rencontre des manifestants de la Place des Otages, analyse les réactions des parents, des endeuillés et de ceux qui ne savent rien de leurs proches.

« C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de comparer 1973 et 2023, ne serait-ce que pour des
détails anodins.
[…]
1973, c’est le triomphe du système pileux en liberté, on croirait une bande de hippies ; 2023, la boule à
zéro ou presque pour tout le monde »

Dans les couloirs de l’hôpital Tel Hashomer, le passé vient télescoper le présent. Devant un échiquier, il rencontre Eden, la fille d’Esther. L’histoire bégaie.

Esther, en 1973, avait pour mission d' »Annoncer« . » Annoncer » c’était rencontrer la famille pour annoncer le décès de leur mari, enfant. C’est cette « Annonce » que la mère du livre de Grossman fuit, pensant protéger la vie de son fils. C’est une mission difficile et Esther en a eu le cœur brisé, une attaque cardiaque simulant l’infarctus. Le « syndrôme du coeur brisé » est aussi désigné sous le nom de « syndrôme de mawashi-geri« . Nurit, la petite-fille d’Esther en est victime. Et pour la même cause. Elle aussi « Annonce« la mort.

« Cette fois, ce n’est pas comme en 1973. Il n’y a pas que la mort des soldats à annoncer. Il y a des
disparitions. Il y a des otages. Annoncer, des mois après le 7 octobre, que l’on a enfin pu identifier les
ossements de ce qui fut un corps. Et parfois annoncer l’inverse et oser dire en face que le corps que l’on
croyait être, en fonction de la dentition, celui de leur fils ou de leur fille et qui a peut-être déjà été
inhumé n’est pas celui que l’on croyait »

 

L’Annonce est un roman très personnel, pas un reportage, peu d’analyse politique. Quand il évoque le triomphalisme, l’hybris, dans le début de la guerre de 1973 au début du roman, il pourrait recopier le paragraphe pour expliquer l’absence de l’armée en octobre 2023. 

Y a aussi l’esprit. Je ne sais plus comment tu appelles ça, tu l’as dit l’autre jour… — L’hubris, ce satané
orgueil israélien qui s’est endormi sur sa réputation de supériorité (réelle) et d’invincibilité (ça se
discute). Jusque-là, Israël paraissait bourrelé de certitudes. Il ne craignait rien ni personne. Aveuglés par
un narcissisme collectif, une surestimation de soi et un excès de confiance, ils se sont laissé enfumer par
les fausses nouvelles de la propagande, sans parler de l’obsession du terrorisme international qui a tout
focalisé aux dépens de la vigilance. Leur triomphalisme de la guerre des Six-Jours, ils l’ont payé cash

Quand le narrateur évoque le roman qu’il va écrire, on lui demande s’il parlera des Palestiniens. Et bien, non! parce que vus d’Israël, les Palestiniens sont bien absents :

« Les Israéliens semblent parfois s’être enfermés dans une bulle cognitive qui les rendrait insensibles au
sort des Palestiniens. »

Cette histoire m’a parlé : à l’inverse de Raphaël, j’étais en Israël, au kibboutz Yekhiam le  6 Octobre 1973, et à Créteil en 2023.Pour moi aussi, la bande musicale sera de Leonard Cohen. Et Grossman un de mes écrivains favoris. Terminant d’écrire cette chronique je suis retournée à relire l’oraison de Grossman.

Ecouter aussi le podcast de Répliques Radio France

Musée Historique du Gaz de Ville –

TOURISTE DANS MA VILLE

Lustre à gaz

Sur les bords de Seine, 25 quai de la Révolution, à Alfortville, sur l’emplacement de l’ancienne usine à gaz, se trouve un Musée du Gaz de Ville géré par l’association AFEGAZ-COPAGAZ. La visite est accompagnée, le site est sensible, il faut donc réserver. 

Le Gaz de Ville ou gaz manufacturé provient de la distillation de la Houille. Son inventeur est Philippe Lebon (1767-1804) qui déposa en 1799 le brevet de « thermolampe« ., ouvrant ainsi la voie à l’éclairage à gaz. Parallèlement cette technologie se développa en Angleterre. 

maquette d’une petite usine à gaz – à côté maquette des fours- morceau de coke obtenu après chauffage.

Les premières usine à gaz d’éclairage se trouvaient à Paris en centre ville. Ces petites usines en ville donnèrent le nom de ce gaz manufacturé de Gaz de Ville. Et Paris qui fut équipée en éclairage urbain gagna celui de Ville-lumière.

 Le gaz était obtenu dans des fours où était chauffée la houille. Le gaz obtenu était un mélange d’hydrogène, de gaz, de monoxyde de carbone (5 à 8%). Le résidu solide était le coke, d’autres produits résiduels, goudrons, brai et divers produits chimiques utilisés par les industries chimiques, premiers début d’une industrie pharmaceutique. 

La houille arrivait de Lorraine et le coke y retournait pour les aciéries. Ces usines à gaz étaient donc également des cokeries. La toponymie garde le souvenir de la Cokerie, l’arrêt de l’autobus 103 s’appelle justement « Cokerie ». L’usine d’Alfortville était de très grande dimension; elle ne fut active qu’entre 1950 et 1970. La houille arrivait par le rail et par voie fluviale, un port avait été aménagé à proximité dans une darse sur la Seine.  L’arrivée du Gaz Naturel ou Gaz de Lacq ayant provoqué sa fermeture. A noter que la composition du Gaz naturel est tout à fait différente de celle du gaz de ville. 

Au cours du XIXème siècle le réseau du gaz s’est étendu dans la ville de Paris. Tout d’abord les tuyaux étaient en bois, puis utilisa la fonte, la tôle bitumée et même le carton bitumé. Actuellement, ils sont en polyéthylène. Les usines à gaz quittent progressivement le centre de Paris pour la Banlieue, principalement Saint Denis, Gennevilliers et Alfortville. Quand les usines s’agrandissent les canalisations se compliquent et s’enchevêtrent : ce qui a donné l’expression bien connue d »usine à gaz » désignant une organisation très complexe.

Nos conférenciers sont d’anciens gaziers qui donnent leur expertise et leur sincérité à leur discours passionnant. A l’aide de photographies d’époque, ils décrivent la pénibilité des travaux et de la manutention.

L’utilisation du gaz d’éclairage changea complètement la vie quotidienne et permit avec l’éclairage des ateliers et par là la Révolution Industrielle. Le musée présente une magnifique collection d’objets usuels. Une curiosité : une sorte de bouteille de grès avec un purgeur pour recueillir l »eau dans le gaz » en effet, ce gaz de ville était très humide et la condensation de la vapeur en liquide pouvait obstruer le conduit. Encore une expression que l’on emploie sans en connaître l’origine!

Rééverbère

l‘éclairage urbain avec ses réverbères (et ses allumeurs de réverbères) est bien représenté. Une démonstration d’allumage avec une haute canne montre le procédé.

lampe de salon

Une recherche de meilleur éclairage, en orientant les becs, en ajoutant des manchons, des réflecteurs, est couplée avec une recherche esthétique . les lampes à gaz sont de véritables œuvres d’art déco. Grande technicité aussi pour les lampes destinées aux dentistes et aux ophtalmologistes.

gazinières émaillées en couleur

Gaz pour l’éclairage mais aussi pour le chauffage et la cuisine. Le gaz apporte le confort dans les maisons et les ateliers (terrifiant casque de coiffeur).

Publicité!

le musée montre aussi une collection de publicités d’époque souvent croquignolesques

Publicité pour un chauffage tout à fait sophistiqué (mais les gaz de combustion se dispersaient dans la pièce)

Dans la salle de bain aussi :

Chauffe eau!

Une visite surprenante! J’attendais un site industriel et je vois une collection de beaux objets! Deux siècles de modernité?

Itinérances – Annette Wieviorka – Albin Michel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

J’ai coché cet ouvrage parce que j’ai beaucoup apprécié Anatomie de l’Affiche rouge, Seuil Libelle, pour sa rigueur et  sa clarté d’historienne. Mais ce « libelle » est un ouvrage très court, presque un tract (46 pages);

Itinérances est un gros pavé de près de 600 pages : somme de nombreux articles parus depuis une quarantaine d’années. Il  les regroupe selon  des  allers et retours de l’historienne en quête de documents et témoignages autour de la Shoah ou de rencontres avec d’autres écrivains, chercheurs, vivants ou disparus. 

« Tout dépend de ceux qui transmettront notre testament aux générations à venir, de ceux qui écriront l’histoire de cette époque. L’histoire est écrite, en général, par les vainqueurs. Tout ce que nous savons des peuples assassinés est ce que les assassins ont bien voulu en dire. Si nos assassins remportent la victoire, si ce sont eux qui écrivent l’histoire de cette guerre, notre anéantissement sera présenté come une des plus belles pages de l’histoire mondiale et les générations futures rendront hommage au courage de ces Croisés. »

Ce texte a été rédigé dans le ghetto de Varsovie. les archives du ghetto de Varsovie ont été retrouvées presque par miracle.

Pour raconter l’histoire de ces mondes disparus, les historiens ont étudié et réuni des archives. Dans ces lieux où sont conservées les archives, Annette Wiervioka a choisi de faire des étapes qui ancrent le récit d‘Itinérances 17 rue Geoffroy-l’Asnier, l’adresse du Mémorial de la Shoah et du CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine), à New York , le YIVO, Institut pour la recherche de la civilisation juive de l’Est, où des cours de Yiddish sont également dispensés, le YIVO américain est l’héritier du centre de Wilno  créé dès les années 20. Impossible de passer à côté de Yad Vashem. Une étrange rivalité a opposé les soutiens à la création du Mémorial de Paris aux autorités israéliennes de Yad Vashem. Ne pas oublier le MAJH, à Paris,  de création plus récente. 

Itinérances comme un voyage de Paris à New York, Varsovie, Auschwitz, Drancy…Itinérances comme des rencontres avec des historiens, écrivains, ou simples témoins. Au hasard des pages, je croise Léon Poliakov, Saul Friedländer, Hannah Arendt,  Serge Klarsdfeld, Vidal-Naquet dont les noms me sont familiers, mais aussi de nombreux spécialistes dont les méthodes et les points de vue diffèrent. Ces rencontres sont passionnantes d’autant plus qu’on retrouve historiens ou héros à plusieurs reprises au cours de cette lecture au long cours.

Comment nommer le sujet d’étude? Solution finale si on s’intéresse aux modes d’extermination des nazis, Génocide si on se place comme Lemkin du point de vue du Droit, Shoah ou Holocauste, Hurbn  si on prend le parti des victimes.

Dans le chapitre Varsovie, le récit de lInsurrection du Ghetto et une rencontre très émouvante avec Emanuel Ringelblum « l’archiviste du Ghetto »…tant de rencontres que je ne peux lister ici! 

Ce volume est aussi une mine de titres, de lectures . Ma PAL va sérieusement s’allonger. Et pas seulement d’études scientifiques, aussi de romans et même de BD.

Comme j’étais effrayée par le gros volume et que chaque chapitre était un article indépendant publié dans une revue, je pensais le lire par petits bouts, un chapitre de temps en temps. J’ai été happée par cette lecture qui ne ressemblait pas à un page-turner à priori.

La danse de Gengis Cohn – Romain Gary

Lire ou Relire Romain Gary? 

Delphine Horvilleur m’y a fortement incité à plusieurs reprises dans Il n’y a pas d’Ajar et à plusieurs reprises dans d’autres livres. 

Chien blanc a été adapté au cinéma, récemment, par la réalisatrice canadienne Anaïs Barbeau-Lavalette CLIC   Adapté également au théâtre par Les Anges au plafond dans une mise en scène étonnante, marionnettes, papiers pliés, ombres chinoises. Et bien sûr j’ai lu le livre CLIC

La lecture de La danse de Gengis Cohn est la suite logique de ma visite au Musée du Judaïsme avec l’exposition Dibbouk CLIC

 

Mon nom est Cohn, Gengis Cohn. Naturellement, Gengis est un pseudonyme : mon vrai prénom était Moïché, mais Gengis allait mieux avec mon genre de drôlerie. Je suis un comique juif et j’étais très connu jadis, dans les cabarets yiddish : d’abord au Schwarze Schickse de Berlin, ensuite au Motke Ganeff de Varsovie, et enfin à Auschwitz.

Gengis Cohn est un Dibbouk : son fantôme est « collé » à un vivant; Gengis Cohn ne hante pas une jeune fille, sa fiancée, comme le Dibbouk d’Anski. Gengis Cohn s’est attaché à un nazi : Schatz, celui-là même qui a donné l’ordre de faire feu pour l’exécuter avec un groupe de Juifs évadés du camp. Cette cohabitation dure depuis une vingtaine d’années ; pour le libérer il faudrait un exorcisme. 

Schatz sait qu’il est habité par un dibbuk. C’est un mauvais esprit, un démon qui vous saisit, qui s’installe
en vous, et se met à régner en maître. Pour le chasser, il faut des prières, il faut dix Juifs pieux,
vénérables, connus pour leur sainteté, qui jettent leur poids dans la balance et font fuir le démon

La Danse de Gengis Cohn est une farce tragique. Farce parce que le nazi possédé profère au moment où on l’attend le moins des paroles suggérées par Cohn 

Mazltov. Félicitations. Vous avez une mémoire. – Zu gesundt. – Tiens, vous parlez yiddish ? –
Couramment. – Berlitz ? – Non. Treblinka. Nous rions tous les deux. – Je me suis toujours demandé ce que
c’est, au juste, l’humour juif, dit-il. Qu’est-ce que vous croyez ?

On rit beaucoup : Romain Gary livre toute une collection de blagues juives qui surgissent dans le récit aux moments les plus inattendus. Schatz se livre à des démonstrations grotesques.

Humour juif, humour très grinçant rappelant les épisodes les plus graves.

Au début, l’action se déroule au commissariat où Schatz est confronté à un crime. Un roman policier? Crimes étranges, les victimes sont dénudées mais leur physionomie est heureuse « des mines paradisiaques« . Les victimes se multiplient, aucun motif valable.

Schatz : « C’est la première fois, dans mon expérience, dit-il solennellement, que quelqu’un se livre à un massacre collectif sans trace de motif, sans l’ombre d’une raison… En voilà assez. Il n’est pas question de laisser passer une telle hutzpé, sans réagir. »

Cohn : « Lorsque je l’entends affirmer que c’est la première fois dans son expérience que quelqu’un se livre en Allemagne à un massacre collectif sans l’ombre d’une raison, je me sens personnellement visé. Je me
manifeste. »

Tandis que l’enquête piétine, deux personnages, un Comte et  un Baron, font irruption au commissariat pour déclarer la disparition d’une femme qui a déserté le domicile conjugal avec son amant, le jardinier.

Le roman policier se déplace dans la forêt de Geist où les protagonistes enquêtent et retrouvent le jardinier et la femme Lily. L’enquête policière laisse place à une série de scènes « érotiques » ou humoristiques sur le lieu-même des exécutions. Scènes grotesques bourrées de références culturelles 

« les sanglots longs des violons de l’automne – automne 1943 pour être précis »

poésie, mais aussi peinture ou sculpture, psychanalyse …C’est amusant de chercher les sources.

la réalité est déformée par des mains impies, comme si quelque affreux Chagall s’était emparé d’elle. Un
khassid du ghetto de Vitebsk, assis sur les classeurs, et qui a la tête de Gengis Cohn, joue du violon,
cependant qu’une vache, tous pis dehors, vole au-dessus du portrait officiel du président Luebke.
D’affreux Soutine se tordent sur les murs, des nus du Juif Modigliani crachent leur obscénité dans les
yeux de nos vierges aux tresses innocentes. Freud se glisse dans la cave et va réduire en ordure nos
trésors artistiques. Des masques nègres grimaçants s’engouffrent à sa suite, en même temps qu’une
salière et une bicyclette, et se composent déjà en un tableau cubiste dégénéré. Ils reviennent…

« Nous voulons des cadavres propres C’était la plus grande commande culturelle du siècle. « 

me renvoient à Prévert (l’Avènement d’Hitler et à Paul Morand. les recherches sur mon téléphone mobile qui coupent la lecture sont assez jouissives. 

Je m’égare, survient le Messie (ou Jésus qui s’exile en Polynésie à la manière de Gauguin), et puis le Général de Gaulle.

Certaines pages loufoques me font rire aux éclats. L’accumulation de nonsenses me lasse un peu. Il faut une belle trouvaille pour me dérider. Tant mieux, il y en a.

Mais que symbolise donc Lily, la plus belle des femmes? Une nymphomane? la Joconde? la Culture? l’Humanité?  Je me perds dans les conjectures.

L’imagination de Romain Gary est sans frontière. Il ne s’interdit rien. Il ne se limite pas à l’Holocauste. Nous nous retrouvons en pleine Guerre du Vietnam. Les crimes ne s’arrêtent pas en 1945. L’histoire n’est pas finie. les victimes deviennent bourreaux. J’en sors essorée.

Relisons Antonine Maillet!

CANADA / NOUVEAU BRUNSWICK

Notre album photos des vacances 1998 au Nouveau Brunswick

Le meilleur hommage qu’on puisse faire à une autrice c’est de la relire, de la faire lire!

Je vous propose une lecture commune, disons à la fin mars pour laisser le temps de retrouver ses livres éparpillés dans nos bibliothèques.

Avec Pélagie la Charrette, Antonine Maillet a obtenu le Prix Goncourt

Mon préféré reste la Sagouine découverte sur place à Bouctouche, mis en scène dans la reconstitution de son village, avec l’accent (pas facile pour une parisienne, les Acadiens se sont bien moqués de notre français

 

Le Jardin d’Agronomie Tropicale du Bois de Vincennes

TOURISTE DANS MA VILLE

La porte chinoise

La Porte Chinoise accueille le promeneur dans un jardin paradoxal.

Jardin René Dumont (1904-2001), agronome, pionnier de l’écologie.

En 1899, un jardin d’essai colonial est créé, abrite en 1907 l’Exposition coloniale . Un hôpital militaire, des monuments aux morts des soldats originaire des colonies . Des serres historiques, des pavillons abritent des laboratoires, une bibliothèque. le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)occupe des bâtiments divers.

les ruines de l’empire colonial français, le coq perché sur le globe terrestre

Entre colonies et écologie, entre urbex et recherche universitaire, c’est une promenade étrange. Durassienne peut-être?

la Serre du Dahomey et ses fétiches devant le Pavillon de l’Indochine

Promenade mystérieuse, la Chrysalide de Guillerm, sculpture contemporaine orne une mare. 

Chrysalide de Guillerm
Pavillon de la Réunion

le pavillon de la Réunion est caché par les bambous.

un mont cambodgien conduit à une stupa
Maison cochinchinoise

La maison cochinchinoise disparaît sous le lierre. En face une pagode rouge confirme : nous sommes bien en Indochine!

pagode rouge

Ces pavillons ont été construits pour les Expositions coloniales, certains sur place d’autres au Trocadéro et même à Marseille. La Belle Gabrielle est un restaurant installé dans le pavillon de la Tunisie. Ouvert en semaine seulement, aujourd’hui samedi, fermé. La carte est alléchante et les prix très modestes. Le pavillon du Maroc est en ruine, celui du Congo a disparu

la Belle Gabrielle

Et je ne vous montre pas les monuments aux africains ou indochinois morts pour la France au cours de la Première Guerre mondiale!

J’ai bien envie de revenir pour une visite organisée pour répondre à toute les questions que je me pose!