Au Palais de la Porte Dorée : Chaque vie est une histoire

Exposition temporaire jusqu’au 9 février

Dans le Bonheur… Diadji Diop (époxy)

Le Palais de la Porte Dorée fut construit à l’occasion de lExposition Coloniale de 1931. Il a été transformé en Musée Permanent des Colonies, puis en Musée de la France d’Outremer jusqu’en 1960. Les collections ethnographiques furent transférées en 2003 au Musée du Quai Branly. l’actuel Musée de l’émigration, ouvert au public dès 2007 ne fut inauguré officiellement que 7 ans plus tard après des controverses par le Président Hollande en 2014. 

Le bâtiment de Laprade avec le bas-relief de la façade d’Alfred Janniot – tapisserie de pierre –  les fresques de la Salle du Forum de Ducos de la Haille, le Salon des Laques forment un ensemble Art Déco remarquable et classé.

Amalia Laurent – A l’usage des fantômes

Cependant toutes ces œuvres à la gloire de la Colonisation, de l’extractivisme sont difficiles à regarder aujourd’hui à l’heure de la Décolonisation. Le Palais a offert à 13 artistes de construire une promenade poétique en revisitant le monument par un regard critique. 

Le nageur rouge… « Dans le Bonheur«  CLIC qui accueille les visiteurs émergeant des buissons dans un crawl puissant, donne le ton. Sa couleur rouge transcende les couleurs de peau, il peut évoquer aussi l’émigration par la mer, dans les pirogues – l’artiste Djadji Diop est sénégalais. 

A l’usage des fantômes

Masquant l’entrée de la Salle du  Forum, Amalia Laurent, a suspendu un immense voilage teinté qui joue les effets de transparence et de lumière, l’œuvre, A l’usage des fantômes dansée sur la musique d’un gamelan javanais, se place à la limite du réel et des mondes parallèles. On devine, déformées les fresques, couleurs illisibles. Les fresques vantant l’action des colonisateurs et l’extraction coloniale des richesses de la natures se trouvent atténuées, brouillées par le voile. Il ne s’&git pas de détruire ou de faire disparaître l’héritage d’une période historique douloureuse mais d’ajouter un élément…

Kokou Ferdinand Makouvia (Togo)Aze zz Ame Are

Fantômes encore! L’artiste togolais, Kokou Ferdinand Makouvia, assailli d’étranges vibrations provenant d’une foule emprisonnée dans le Palais a inventé un rituel de purification pour apaiser ces présences. Il a confectionné d’étranges vases d’argile, cousus de fils de cuivre, dans lesquels des tubes sont destinés à recueillir les messages des visiteurs. Au pied des sculptures sont répandues des feuilles de Kpatima. Les messages sont brûlés, leurs cendres recueillies sont utilisées pour faire l’encre a disposition des visiteurs suivants….

Aung Ko House Project

Myanmar House Project de l’artiste birman Aung Ko

La maison-patchwork a été cousue par les visiteurs qui peuvent y trouver refuge. Une vidéo projetée montre la construction de maisons de bambous sur un fleuve, avec le transport fluvial des cannes puis la construction. La maison s’ouvre sur l’installation du togolais. 

La déambulation se poursuit entre des installations recyclant du matériel de bureau parlant, installation sonores de paroles d’enfants commentant les sculptures de la façade.

Teresa Fernandez-Pello

Teresa Fernandez-Pello a imaginé un mur électronique encadrant le grand To’o Mata des Îles des Marquises. Le dépliant du Musée a soutitré cette installation « se souvenir »

Rikrit Tiravanija et Vivien Zhang : Invasives

Une salle est tapissée de motifs phylogénétiques comme l’arbre de Ernst Haeckel.  Invasives , les plantes, un autre aspect de la migration.

Rive Droite

A l’étage, l’exposition est beaucoup plus fournie. Diverses œuvres évoquent plutôt des histoires personnelles de migrants, d’exils, d’errance ou de solitudes. Tableaux comme Rive Droite hyper-réaliste ou gravures, photos. Dans le Studio Rex des photos tentent de donner une présence et sortir de l’ombre ces hommes et ces femmes souvent sans-papiers, sans-droits

10 ans de Solitude – Assaf Shoshan

 

 

 

Albertine disparue – Marcel Proust

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

 

« Mais, ces mots: «Mademoiselle Albertine est partie» venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie. Comme on s’ignore! Il fallait faire cesser immédiatement ma souffrance. »

Le narrateur pense d’abord à lui-même, à sa propre souffrance avant de se demander pourquoi Albertine l’a quitté. Il pense la faire revenir en envoyant de l’argent aux Bontemps. Il songe à commander pour elle, un yacht, une Rolls Royce,  peut-être faire quelques concessions.

«Ce retour, elle-même le désire sûrement; elle n’exige nullement cette liberté à laquelle d’ailleurs, en lui offrant chaque jour des plaisirs nouveaux, j’arriverais aisément à obtenir, jour par jour, quelque limitation. Non, ce qu’Albertine a voulu, c’est que je ne sois plus insupportable avec elle, et surtout — comme autrefois Odette avec Swann — que je me décide à l’épouser. »

Se précipite-t-il en  Touraine plaider sa cause? Pense-t-il emmener Albertine  à bord de la luxueuse Rolls Royce? Pas du tout, il délègue son ami Saint-Loup pour une démarche alambiquée auprès de sa tante. Démarche qui doit rester secrète et qui sera contrariée.

Au lieu de mettre tout en œuvre pour le retour d’Albertine, Marcel ne trouve rien de mieux que de séduire une petite fille pauvre et de lui remettre un billet de cinq cent francs ce qui va lui valoir des ennuis bien mérités.

« quand je résolus de vivre avec Albertine et même de l’épouser, c’était pour la garder, savoir ce qu’elle faisait, l’empêcher de reprendre ses habitudes avec Mlle Vinteuil. »

Et puis, sa jalousie, sa curiosité, son toujours aussi vives, il est obsédé par l’idée qu’Albertine a eu des relations avec des femmes. Il n’enquête pas lui-même mais délègue Aimé (le maître d’hôtel de Balbec) qui lui rapporte des ragots (une doucheuse de l’établissement de bains), puis une blanchisseuse en Touraine. Andrée lui fait des confidences bien contradictoires. Entre fantasmes et ragots, je continue à m’agacer.

Il aurait été si simple d’écrire à Albertine « Revenez! » Elle-même lui écrit :

« j’aurais été trop heureuse de revenir si vous me l’aviez écrit directement »

Finalement il se décide d’envoyer un télégramme. Ce télégramme venait de partir que le narrateur en reçoit un de Mme Bontemps:

« Mon pauvre ami, notre petite Albertine n’est plus. pardonnez-moi de vous dire cette chose affreuse, vous qui l’aimiez tant. Elle a été jetée par son cheval contre un arbre pendant une promenade »

Peu de temps plus tard, Marcel voit son salut dans l’oubli. Il avait bien oublié Gilberte, sa grand-mère, même. Il oublierait Albertine. Bien sûr d’abord il convoque ses souvenirs :

« Comment m’avait-elle paru morte, quand maintenant pour penser à elle je n’avais à ma disposition que les mêmes images dont quand elle était vivante je revoyais l’une ou l’autre: rapide et penchée sur la roue mythologique de sa bicyclette, sanglée les jours de pluie sous la tunique guerrière de caoutchouc qui faisait bomber ses seins, la tête enturbannée et coiffée de serpents, elle semait la terreur dans les rues de Balbec; les soirs où nous avions emporté du Champagne dans les bois de Chantepie, la voix provocante et changée, elle avait au visage cette chaleur blême rougissant seulement aux pommettes que, la distinguant mal dans l’obscurité de la voiture, j’approchais du clair de lune pour la mieux voir et que j’essayais maintenant en vain de me rappeler, de revoir dans une obscurité qui ne finirait plus. »

Mais rapidement, il se console. Il ne reconnait même pas à la première rencontre   Gilberte, devenue Mademoiselle de Forcheville. Il fantasme sur cette jeune femme croisée dans la cour des Guermantes. La lectrice s’interroge, retombera-t-il amoureux? Et bien non! Occasion de replacer Gilberte dans la société des Guermantes. Du vivant de Swann, jamais Odette et Gilberte n’avaient eu l’honneur d’être présentées à la Duchesse de Guermantes, pourtant amie de Swann. Oriane s’était fait une gloire de ne pas les fréquenter. Depuis qu’Odette a obtenu le titre de noblesse de Forcheville, Gilberte est devenue fréquentable…Hypocrisie de ce grand monde : Gilberte, par son père, est un très bon parti qui fera un beau mariage.

Le voyage à Venise est bien décevant : préparé avec soin, du vivant d’Albertine, tout était prêt, même les horaires des trains. C’est avec sa mère que le narrateur voyagera. J’attendais des merveilles. Depuis le début de la Recherche, Marcel se régale d’architectures byzantines, depuis l’église de Balbec! Voici qu’ils rencontrent les inénarrables Norpois et Madame de Villeparisis et nous infligent leur compagnie terriblement ennuyeuse.

Etrange péripétie : un télégramme signé Albertine parvient à Venise. On n’y croit guère.

La dernière partie du roman semble conclure le cycle de la Recherche, avec des mariages très inattendus : Robert de Saint-Loup et Gilberte (très riche héritière , la nièce (fille?) de Jupien, protégée de Charlus, épouse le fils de Cambremer. Le Faubourg Saint Germain s’encanaille-t-il? Le Côté de chez Swann a rejoint le Côté de Guermantes. Une nouvelle facette de la personnalité de Saint-Loup se découvre..

Il reste encore un volume: le Temps Retrouvé que nous réservera-t-il?

 

 

Myriam Minhidou – Praesentia au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Myriam Minhidou est une plasticienne franco-gabonaise que j’ai découverte récemment au Musée du Quai Branly CLIC . J’avais été impressionnée par l’exposition Ilimb l’essence du deuil : le « serpent » musical qui réagissait au passage du visiteur, les larmes de sel sculptées, les instruments traditionnels m’avaient parlé.

Services

J’étais donc impatiente de voir plus d’œuvres dans les grandes salles du Palais de Tokyo. J’ai été désarçonnée par la diversité de la présentation.

 Objets, rituels, présence du corps de l’âme et de la mémoire dans notre relation au monde sans cesse déséquilibrée

peut-on lire sur la feuille de présentation.

Aer bulla

Je suis perdue dans des notions étranges comme la « Transsudation » ou les « mondes subtils » ou « Dechoukaj »

les vidéos m’ont mise très mal-à-l’aise Folie et La robe envolée

Je suis ressortie avec un  sentiment très mitigé, avec l’impression d’avoir raté cette rencontre.

 

Tituba – Qui pour nous protéger? au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

 

 

Tituba est l’héroïne du roman de Maryse Condé : Moi Tituba, sorcière noire de Salem (CLIC)

Cette exposition collective expose les livres de Maryse Condé . Onze artistes sont invitée, entre France, Caraïbes, Grande Bretagne et Etats Unis :

 Naudline Pierre, Abigail Lucien, Rhea Dillon, Miryam Charles, Monika Emmanuelle Kazi, Naomi Lulendo, Inès Di Folco Jemni, Liz Johnson Artur, Tanoa Sasraku, Claire Zaniolo, Massabielle Brun
Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement. 
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)

j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »

Liz Johnson Artur expose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters

Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.

Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone. 

Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe. 

Massabielle Brun

Un ensemble, un peu étrange, envoûtant.


 

Figures – Malala Andrialavidrazana – Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Figures : fresque entière

Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation. 

Figures est une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque  principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie. 

Mobutu, le léopard et l’idole pop

Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.

Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.

mondialisation

Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours  personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.

Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?

En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….

La semeuse

On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.

Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.

 

Naviguer à l’oreille – Rosie Pinhas-Delpuech

 

 

Rosie Pinhas-Delpuech m’accompagne lors de mes promenades quotidiennes, podcasts Radio-France, CLIC . Après cet épisode de Fous d’Histoirej’ai téléchargé son dernier livre Naviguer à l’oreille après les Suites byzantines, La Faille du Bosphore et le Typographe de Whitechapel que j’ai lus avec  bonheur. Ecrivaine, Rosie Pinhas-Delpuech est également traductrice de l’hébreu. 

« La nuit, je les écoute de mon lit, ils mélangent l’allemand, le français et l’espagnol : l’allemand pour que les enfants, la petite et la grande, die kleine et die grosse, ne comprennent pas ; le français pour articuler,
raisonner ; l’espagnol domestique, par exaspération. »

A l’oreille, dès l’enfance à Istanbul elle naviguait dans un univers polyglotte : Allemand de sa mère, Français du père, Espagnol de sa grand-mère, Turc de la rue et de l’école. Ce qui, dans la ville cosmopolite n’était rien d’extraordinaire, Grec, Arménien, se faisaient entendre, entre autres…

Et comme si les mots ne suffisaient pas, s’ajoute la musique délivrée par le poste de radio Blaupunkt qui est un personnage à part entière dans sa famille

« Un grand oeil bleu-vert sur le front de la radio qui rétrécit ou se dilate selon la fréquence de la station et la stabilité des ondes,[…] je l’identifie à l’œil de Dieu qui regardait Caïn, à celui d’Atatürk qui surveille le pays
de sa prunelle bleu d’azur au-dessus du tableau noir à l’école. Lui aussi me regarde sans jamais cligner les
yeux. Et à un danger qui nous menace tous, à tout moment, qui plane sur le dedans et le dehors »

Deux chapitres de ce court livre font référence à la radio Blaupunkt et My radio days beaucoup plus tard avec l’apprentissage d’une nouvelle langue : l’Anglais et les chansons de Sinatra, Elvis Presley…et accessoirement La famille Duraton. 

La radio diffuse aussi l’actualité : le procès de Yassiadia au tribunal militaire qui juge un Président de la République après le coup d’état qui renverse le gouvernement turc en 1960. Et Rosie découvre que

« La Blaupunkt mentait désormais, les adultes mentaient, dans ma culotte il y avait du sang, tout était trouble, tout basculait, il n’y avait plus de musique et il n’y avait pas encore de mots »

11 avril 1961, un autre procès est diffusé par une autre radio : Le Procès Eichman dans un autre pays qui évoque à la jeune fille l’Utopie de Thomas More

« Kol Israel est l’artère coronaire du pays, on l’entend partout, mais contrairement au Nous de Zamiatine,
à la série Le Prisonnier, ou aux films de propagande nazis, soviétiques ou chinois, avec les haut-parleurs
haut perchés dans le ciel et une voix unique omniprésente au-dessus des têtes des citoyens, Kol Israel reflète à la fois un tissu collectif fort, quasi familial, et ses trous, sa cacophonie, jusqu’à aujourd’hui, de guerre en guerre, de joie en chagrin. Il y a encore dans cette radio une part d’un Nous d’utopie »

Et le roman bascule avec ce Procès dont la diffusion doit trouver un compromis entre la justice et le témoignage devant l’histoire. Ici encore, le poids de la langue est capital.

Dans la bouche des survivants, sous le poids de ce qu’ils disent, cette langue neuve craque
[…]
Sans doute, à un certain degré d’horreur, n’y a-t-il plus de langue, ça s’efface dans la tête, leur hébreu est
psychotique, ils disent l’indicible avec le détachement et la distance d’une langue étrangère récemment
apprise.

Le monde découvre l‘horreur de la Shoah 

L’appareil judiciaire israélien est d’émanation allemande, nombre de ses juges ont été formés à
Francfort, la ville de la première Constitution démocratique allemande. J’entends leur accent quand ils parlent, je le connais, le reconnais. De l’hébreu à l’allemand, de l’allemand à l’hébreu, les deux langues commercent, de l’une à l’autre pour dire la Shoah devant un tribunal national, souverain…

Roman historique, avec l’histoire de la Turquie, l’oeil bleu d’Atatürk, les relations trouble entre la Turquie et l’Allemagne, la tragédie du Struma…

Aussi roman de la langue, des langues si bien illustrée par l’histoire biblique de Babel

« La langue, parce qu’elle a une vie qui lui est propre, qu’elle est un organisme vivant avec ses lois propres,
est toujours la cible et la convoitise des projets totalitaires. Dominer le monde non seulement par la
force, mais aussi par les mots. Imposer et contrôler une langue, amener un peuple à la parler, façonner
une pensée unique en créant un vocabulaire unique, l’appauvrir, la déformer, lui enlever toute sa
polysémie, son incertitude, son aptitude à circuler, à être traduite. En neuf versets concentrés et énigmatiques, l’épisode de Babel nous raconte l’histoire d’un tel projet et sa mise en échec. »

Un court texte mais si riche.

J’ai encore adoré!

 

 

Balade autour du Périf de la Porte de Champerret à Issy-les-Moulineaux avec le voyage Métropolitain

 TOUR DU BOULEVARD PERIPHERIQUE AVEC LE VOYAGE METROPOLITAIN (4)

le Chalet des iles au Bois de Boulogne

De la Porte de Champerret à la Porte de Saint Cloud, le Périphérique va contourner les Beaux Quartiers. En creux, occulté ou même enterré, il court sous le Lac Supérieur en toute discrétion, sous le Jardin des Poètes à la Porte d’Auteuil, nous allons randonner sans être incommodés ni par le bruit ni par la circulation. 

Poème mythique de Jimenez Deredia -Costa Rica

Le Rendez-vous est Porte de Champerret devant le café La Chope rendez-vous confortable. En face, le terminus des autobus est abrité sous un auvent sobre. Pour la première étape, l’introduction et les repérages sur la carte, le groupe s’installe confortablement dans le Square de l’Amérique Latine orné de nombreuses statues : Francisco Miranda(1760-1816) – militaire à la destinée romanesque que je découvre ici.

Francisco de Miranda – Place de l’Amérique Latine Porte de Champerret

En demi -cercle, 7 bustes d’autres hommes célèbres sud-américain dont je ne connais que José Marti (Cuba).

Retour sur l’histoire des fortifications de Thiers.  La zone inconstructible, dans l’Ouest parisien,  est dédiée à des activités de distraction : vestige de la boite de la Main jaune où fut tourné le film La Boum, a gardé son enseigne. de l’autre côté du Périf se trouve l’Espace Champerret qui accueil des salons et des évènements divers. 

Un Drive Au bout du Champ qui propose des produits locaux divers, en face un potager est coincé sur le bord du périf, avec de très belles rangées de cardons et artichauts. Jardin exigu. 

La Promenade Bernard Lafay très agréable, nous conduit à la Porte des Ternes. La Porte Maillot annoncée de loin par la tout de l’Hôtel Hyatt dominant le Palais des Congrès. Ces constructions modernes occultent deux épisodes historiques : La Révolte (1750) rappelée par une Route de la Révolte . La Chapelle de la Compassion fut édifiée après le décès du fils de Louis Philippe (1842): le prince Ferdinand-Philippe d’Orléans, dont les chevaux de sa calèches se sont emballés effrayés par un tas de pierre qui barrait la route. Cette chapelle, Porte des Ternesa été déplacée lors de la construction du périphérique. Au passage du groupe – nous sommes particulièrement nombreux – on vient nous l’ouvrir. Je ne suis pas spécialement intéressée par les églises du XIXème siècle, porche roman, vitraux colorés. 

Au passage, vers la Porte Maillot, nous empruntons l’Avenue de Salonique ;  je remarque qu’on a conservé la dénomination Salonique remplacée maintenant par la Thessalonique grecque.

Verdissement de la Porte Maillot

J’ai toujours connu la Porte Maillot en chantier et encombrée de circulation de voitures et autocars. je constate avec plaisir qu’elle a été verdie et qu’à l’occasion des Jeux Olympiques on a planté des prairies fleuries avec les logos olympiques et paralympiques. La Porte Maillot est un jalon sur l‘Axe Historique qui part du Louvre par la Place de la Concorde, les Champs Elysées, l’Arc de Triomphe et qui maintenant conduit à la Défense. Dans les années 30 deux concours architecturaux furent organisés pour baliser cette Voie Triomphale prévue pour aboutir à la Croix de Noailles dans la Forêt de Saint Germain-en-Laie . Auguste Perret proposait une rangée de maisons-tours de 200 m de haut, d’autres architectes ont dessiné des pyramides mexicaines(Persitz) . La guerre en 1939 a mis fin aux aménagements. 

Monument Emile Levassor à la Porte Maillot (1907)

Kitchissime, le monument à la gloire de l’automobile! Emile Levassor au volant de sa Panhard semble sortir du bas-relief à grande vitesse.  Près de ce grand carrefour toujours embouteillé, à deux pas du périf, il a trouvé un emplacement idéal!

De l’autre côté du Périphérique, nous trouvons le Bois de Boulogne et suivons les rails du chemin de fer qui conduit au Jardin d’Acclimatation à travers bois. Sous des pins gigantesques, dans une clairière, Jens immobilise le groupe en un cercle pour les présentations traditionnelles et pour commenter le territoire que nous venons de traverser. Il rappelle la vocation de divertissement de cette Zone. A la Porte Maillot, sur l’emplacement du Palais des Congrès, se trouvait un LunaPark inspiré du parc d’attraction de  Coney Island et le Vélodrome Buffalo. les grandes métropoles entretenaient une véritable compétition dans le domaine des foires internationales et des parcs d’attraction. Hyde park et Crystal Palace ont inspiré le Bois de Boulogne et les Serres d’Auteuil. 

Le Jardin d’Acclimatation répond à un objectif double : divertir avec des attractions et un zoo. L’acclimatation est d’abord celle des plantes exotiques venant de toutes les parties de l’Empire colonial ainsi que les animaux exotiques. Plus sombre face de l' »acclimatation « : les zoos humains avec des reconstitutions de la vie coloniale en Afrique et en Asie, vie quotidienne et scènes de chasse. J’avais pris connaissance de telles horreurs dans l’exposition coloniale dans le livre de David Diop : l’Attraction Universelle .  J‘ignorais que ces zoos humains étaient des spectacles permanents. Il semble même qu’ils aient perduré jusqu’à la fin du XXème siècle. Le Vélodrome Buffalo conduit par Buffalo Bill n’était pas exempt des mêmes reproches. Les entrées du Jardin d’Acclimatation rénovées et élégantes en ferronnerie verte sont masquées par des colonnes horribles. Un grand chantier avec un échafaudage important et plusieurs étages d’Algeco empilés masque la Fondation Vuitton. Une nouvelle attraction est en construction  : des montagnes russes doivent remplacer le Dragon chinois. 

A l’occasion, Jens nous parle de la Fête à Neu-Neu (Neu pour Neuilly) qui remonte à 1815 sur la demande d’un abbé pour fêter la Saint Jean Baptiste et qui a perduré jusqu’en 1935, déplacée alors puisqu’elle se tenait sur l’emplacement de L’Axe triomphal de la Porte Maillot. 

La navette qui mène au chalet des îles

Nous traversons le Bois de Boulogne sous un beau soleil et longeons le Lac Supérieur. La Canotière est gratuite pour les porteurs de Pass Navigo . 

Sur les bancs en cercle de la Cascade nous  écoutons un rapide historique du Bois de Boulogne construit sur les fortifications de Thiers. A l’époque d’Haussmann Paris était dépourvus d’espaces verts. Alphand aménagea au Second Empire les Buttes Chaumont,(1867), à la suite le parc Montsouris les Bois de Vincennes et de Boulogne ainsi que les Serres d’Auteuil. Parcs aménagés « à l’anglaise » sur le modèle de Hyde Park et de Crystal Palace privilégiant la création de tableaux imitant les milieux naturels plutôt que de grands perspectives. La cascade en est un parfait exemple. L’eau des lacs provient de la Seine, pompée par la Pompe d’Auteuil. Le périphérique a été enterré à la Porte de la Muette pour ne pas gâcher l’ensemble. 

En haut les ultra-riches /en bas les sans abris

La construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abris a causé un scandale retentissant que nous raconte avec talent et humour Monique Pinçon-Charlotsociologue au CNRS qui a étudié avec son mari les Ultra-riches, et co-auteur de la bande dessinée Panique dans le XVIème

Monique Pinçon et son  mari ont étudié les Très-riches comme d’autres anthropologues ou sociologues les Indiens du Brésil ou les papous d’Océanie. Ils ont assisté à la manifestation de 1500 riches à l’Université Paris-Dauphine toute proche le 14 mars 2016. Furieux, ils protestaient contre le projet de construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abris. Cette BD est actuellement épuisée mais disponible sous format numérique et au Théâtre Essaion une pièce l’a mise en scène.

Malgré les protestations, le Centre a bien été construit.  Pendant la construction plusieurs incendies se sont déclarés. Pour ne pas nuire à la vue , le bâtiment est très discret, à l’ombre d’une rangée d’arbres, revêtu de bois. Il s’ouvre côté périphérique, pas de vis-à-vis gênant avec le voisinage. Seules les poubelles – bien rangées – témoignent de l’occupation du centre.

De la Porte de la Muette, nous découvrons l’hippodrome d’Auteuil et avons même la surprise d’assister derrière une grille à l’arrivée d’une course. 

Ginko et magnolias

Les Serres d’Auteuil méritent une halte. Dans un cadre soigné aux couleurs d’automne l’or des gingkos, l’orange des érables contraste avec le vert soutenu des magnolias. Rivales de Crystal Palace, les serres sont de belle taille – on peut seulement regretter que la modernisation de Roland Garros ait empiété sur leur territoire. 

orchidées

Orchidées, bégonias bromélies ou cactées. C’est un plaisir d’y flâner. Les serres sont ouvertes au public sauf celles des orchidées et celles des bégonias qui doivent être surveillées.

Porte de Saint cloud – Stade jean Bouin.

Après la vocation de parc d’attraction, celle de promenades, vient le sport : équitation, tennis, sports chics mais aussi football et rugby.

La piscine Molitor que j’ai fréquentée lycéenne, piscine découverte l’été/patinoire l’hiver a été remise en service après abandon par un hôtel de luxe qui a conservé le style Art Déco (la piscine est classée) et quelques graphs de sa période Street Art. 70 artistes de Street Art ont décoré les cabines, on peut visiter cette exposition mais elle n’est pas à notre programme. On passe à côté de la Rolls que Cantona a offert à la fondation de l’Abbé Pierre. 

Le stade Jean Bouin est enserré dans une résille élégante de Rudy Riciotti, l’architecte qui a réalisé celle du MUCEM .

Boulogne : maison Le Corbusier

Grand style pour cet immeuble signé Le Corbusier, la colonne semble porter l’élégante construction. Grande baies vitrées, pavés de verre : la lumière et l’air s’invitent. 

Parc des Princes et périf

Nous enjambons le périf  et traversons Boulogne pour arriver au Point du Jour joli nom évoquant le départ au point du jour pour une partie de chasse. 

Ile Saint Germain Dubuffet

Fin du voyage dans l’île Saint Germain les gardiens du parc nous laissent quelques minutes pour un arrêt-photo : il est 17 heures. Petite balade pour finir au bord de Seine avec les péniches. 

 

 

A la Recherche du Temps Perdu – Récapitulation 5 – La Prisonnière

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

Le narrateur a embarqué Albertine à Paris. En l’absence de sa mère partie  à Combray , il cache la jeune fille dans son appartement sous bonne garde (Françoise et le chauffeur de la voiture). Ma proustolâtrie plonge. Je m’agace de ces manières. Je cherche à comprendre comment Albertine supporte cette situation. Comme Proust ne peut s’empêcher de fréquenter les Guermantes et les salons mondains, il nous livre une nouvelle version d’une soirée chez Madame Verdurin

La Prisonnière – Marcel Proust – Emprise, jalousies et mensonges.

La Prisonnière : mais qui est donc Albertine?

La Prisonnière : Une soirée musicale chez madame Verdurin

 

Proust, roman familial – Laure Murat

Claudialucia nous offre 5  billets très très bien illustrés

vous découvrirez la mode et les robes de Fortuny avec ce premier article https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/le-jeudi-avec-marcel-proust-la.html

les bruits de la rues, les cris de Paris :  citation que j’avais envie également envie de mettre en avant https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/normandie-calvados-caen-exposition-le.html

Etude de personnage – Marcel https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/marcel-proust-la-prisonniere-marcel-1.html

Etude de personnage Albertinehttps://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/marcel-proust-la-prisonniere-albertine-2.htmlhttps://claudialucia-

le mythe de Pygmalion  : malibrairie.blogspot.com/2024/11/marcel-proust-la-prisonniere-le-mythe.html

Keisha devait nous rejoindre mais a renoncé.

Si vous avez d’autres liens déposez les ici!

Rendez-vous le mois prochain avec Albertine disparue

La Prisonnière : Une soirée musicale chez madame Verdurin

LECTURE COMMUNE : A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA….

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Quand le narrateur n’est pas occupé à traquer les sorties d’Albertine, quand il n’est pas en train de deviner les mensonges de la Prisonnière. (Comment s’évader sinon élaborer des subterfuges?)  Il s’accorde une soirée  chez les Verdurin.

Je retrouve la verve mondaine de Proust et la lecture s’anime. 

la force de Mme Verdurin, c’était l’amour sincère qu’elle avait de l’art, la peine qu’elle se donnait pour les
fidèles, les merveilleux dîners qu’elle donnait pour eux seuls, sans qu’il y eût des gens du monde conviés.

Madame Verdurin qui réunit musiciens et poètes, peintres et artistes, a convié le violoniste Morel, le protégé du Baron de Charlus, pour interpréter une œuvre inédite de Vinteuil. Monsieur de Charlus, de son côté a convié toute une clique Faubourg Saint Germain curieuse d’écouter le violoniste et les nouveautés musicales mais méprisant les habitués du salon Verdurin. Conforté par son succès mondain, et le succès de Morel, Charlus se montre particulièrement odieux. Familiarité avec le personnel :

Il a une figure drôlette, ce petit-là, il a un nez amusant et, complétant sa facétie, ou cédant à un désir, il abattit son index horizontalement, hésita un instant, puis, ne pouvant plus se contenir, le poussa irrésistiblement droit au valet de pied et lui toucha le bout du nez en
disant : « Pif ! » « Quelle drôle de boîte », se dit le valet de pied, qui demanda à ses camarades si le baron
était farce ou marteau. « Ce sont des manières qu’il a comme ça, lui répondit le maître d’hôtel (qui le
croyait un peu « piqué », un peu « dingo »), mais c’est un des amis de Madame que j’ai toujours le mieux
estimé, c’est un bon cœur.

Charlus ne se contente pas de facéties et de provocations,

Ce qui perdit M. de Charlus ce soir-là fut la mauvaise éducation – si fréquente dans ce monde – des personnes qu’il avait invitées et qui commençaient à arriver . Venues à la fois par amitié pour M. de Charlus, et avec la curiosité de pénétrer dans un endroit pareil, chaque duchesse allait droit au baron comme si c’était lui qui avait reçu, et disait juste à un pas des Verdurin qui entendaient tout : « montrez-moi où est la mère Verdurin … »

La vengeance de Madame Verdurin sera cruelle.

Cette soirée mémorable est aussi un grand moment musical. Le narrateur reconnait la phrase musicale de la sonate de Vinteuil (celle de Swann et Odette)

Mais c’est le petit chemin qui mène à la petite porte du jardin de mes amis X… ; je suis à deux minutes de
chez eux », et leur fille est en effet là qui est venue vous dire bonjour au passage ; ainsi, tout d’un coup, je
me reconnus, au milieu de cette musique nouvelle pour moi, en pleine sonate de Vinteuil ; et, plus
merveilleuse qu’une adolescente, la petite phrase, enveloppée, harnachée d’argent, toute ruisselante de
sonorités brillantes, légères et douces comme des écharpes, vint à moi, reconnaissable sous ces parures
nouvelles.

La suite est un bonheur d’écoute de cette musique à la fois nouvelle et familière. Poésie champêtre des fleurs, chèvrefeuilles et géraniums blancs, matin d’orage empourpré, rose d’aurore. Proust nous transporte. Il nous emmène à Combray. Il décrit ensuite les instrumentistes, le violoncelliste, la harpiste, et bien sûr Morel et sa mèche faisant boucle sur le front.

Les mondes  qu’avait crées Vinteuil le ramènent à son amour pour Albertine ou plutôt à ses velléités à l’aimer.

Malgré ma mauvaise humeur, j’ai trouvé de belles pages!

La Prisonnière : mais qui est donc Albertine?

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, et d’autres

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Albertine est une des Jeunes filles en fleurs que le narrateur a découvertes sur la digue de Balbec comme une volée de mouettes. Dans les premiers tomes de la Recherche elle ne se distingue pas vraiment de ses camarades. jeunes filles sportives, effrontées, vives, qui intriguent beaucoup le narrateur qui ne semble pas faire son choix. Il a envie de tomber amoureux. Albertine ou Andrée? ou une troisième? Il ne semble pas très fixé. 

Qu’avait-il voulu dire par mauvais genre ? J’avais compris genre vulgaire, parce que, pour le contredire
d’avance, j’avais déclaré qu’elle avait de la distinction. Mais non, peut-être avait-il voulu dire genre
gomorrhéen. Elle était avec une amie, peut-être qu’elles se tenaient par la taille, qu’elle regardaient d’autres femmes …

Le docteur Cottard fait remarquer au narrateur que les jeunes filles dansent sein contre sein et lui explique le plaisir féminin « gomorrhéen » qui semble exciter le jeune homme. La proximité d’Albertine et de l’amie de la fille du compositeur Vinteuil (lesbiennes notoires) semble encore plus l’attirer. Fantasme bien masculin : quelle idée étrange de vouloir séparer des lesbiennes. Alors que l’homosexualité masculine est un des thèmes-phares de la Recherche, le regard sur les amours saphiques est bien mâle. C’est d’ailleurs à ce propos que le narrateur veut faire d’Albertine sa fiancée et qu’il l’enlève à Paris. Eloigner Albertine de ses fréquentations féminines est le fil conducteur de La Prisonnière. 

Elles étaient de ces femmes à qui leurs fautes pourraient au besoin tenir lieu de charme[…]Ce qui rend douloureuses de telles amours, en effet, c’est qu’il leur préexiste une espèce de péché originel
de la femme, un péché qui nous les fait aimer, de sorte que, quand nous l’oublions, nous avons moins
besoin d’elle et que, pour recommencer à aimer, il faut recommencer à souffrir.

Mais qui est donc Albertine?

En lisant et relisant, je découvre qu’elle est brune. Grande ou petite? Mince ou potelée? Il est une fois question de ses joues. Il me semble que ses yeux sont noirs mais l’auteur ne s’embarrasse pas de description précise. Elle est attirante quand elle dort. Quand elle est passive. Il la compare même à une plante. Le narrateur est-il amoureux d’une jeune fille vivante ou d’une plante qui dort?

Le narrateur est-il attiré par ses dons artistiques ou intellectuels? Sans doute. A Balbec, Albertine peignait, ou dessinait. Elle joue du pianola. le narrateur est étonné de l’amélioration du vocabulaire de son amie. Certes, quand il la laisse enfermée dans l’appartement,  elle lit!

Pendant que vous dormez je lis vos livres, grand paresseux. – Petite, voilà, vous changez tellement vite et vous devenez tellement intelligente (c’était vrai, mais, de plus, je n’étais pas fâché qu’elle eût la
satisfaction, à défaut d’autres, de se dire que, du moins, le temps qu’elle passait chez moi n’était pas
entièrement perdu pour elle) que je vous dirais, au besoin, des choses qui seraient généralement
considérées comme fausses et qui correspondent à une vérité que je cherche. Vous savez ce que c’est que
l’impressionnisme ? – Très bien. – Eh ! bien, voyez ce que je veux dire : vous vous rappelez l’église de
Marcouville l’Orgueilleuse qu’Elstir n’aimait pas parce qu’elle était neuve ? 

On sait qu’elle est coquette et que Marcel , tel Pygmalion, va chercher des leçons d’élégance chez Oriane de Guermantes pour faire d’Albertine une élégante. Il la couvre de toilettes de prix comme n’importe quelle cocotte.

On sait aussi qu’elle est orpheline et que sa tante aimerait qu’elle fasse un beau mariage. Le narrateur est-il un bon parti? Odette Swann s’est élevée ainsi socialement (mais à Combray elle n’était pas fréquentable) . Rachel, l’amante de Robert de Saint Loup acceptait les parures. Albertine accepte-t-elle d’être entretenue? Sa captivité est-elle le prix du mariage promis ou des cadeaux?  Triste sort des jeunes filles sans fortune! lecture frustrante!

On découvre ensuite que, pour échapper aux filets de la jalousie maladive de son amant, Albertine déploie de nombreuses ruses, des stratégies, des mensonges, des cachoteries. Elle ne se laisse pas faire. Ses inventions sont insoupçonnables. Par ses stratégies d’échappement, elle me devient plus sympathique et le roman moins ennuyeux. Elle est plus fine que son jaloux!

Comment cela se terminera-t-il?