Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste
Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante
Sorcière kabyle
mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…
Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.
Gustave Caillebotte(1848-1894) peint les hommes autour de lui, ses proches, frères, amis, mais aussi les ouvriers au travail comme les raboteurs de parquet, les peintres en bâtiment peignant une devanture dans la rue, les bourgeois sur les balcons haussmanniens, ou les domestiques, les jardiniers.
peintres en bâtiment
J’ai pensé à l’ami Philfff qui avait remarqué que Harriet Backer avait privilégié les figures féminines dans les tableaux d’intérieur. Voici une exposition Peindre les Hommes qui rétablirait l’équilibre. Certains critiques ont même hasardé un « gay gaze« , démenti par d’autres. Le Baron de Charlus tranchera!
Homme s’essuyant la jambe
Caillebottepeint le Paris haussmannien, avec des cadrages audacieux, comme ce Pont de l’Europe où les personnages traversent le tableau et où le centre est bouché.
Pont de l’Europe
Autre perspective étonnante : vue du balcon, vue plongeante à partir de ces balcons filants des immeubles haussmanniens
peint du balcon
J’aurais pu présenter cet homme au balcon, cet autre en costume sombre bourgeois avec son gourdin à l’épaule comme le voulait la mode de l’époque…L’exposition d’Orsay a mis des costumes, chapeaux melon ou haute-formes, redingotes dans des vitrines.
Périssoires du l’Yerres
J’ai préféré les sportifs, rameurs dans les périssoires sur l’Yerres, ou régates sur la Seine
Gustave Caillebotte a également peint la Normandie : Etretat et Trouville
Chemin montant à Trouville
Le peintre s’est aussi représenté en collectionneur, avec le Renoir derrière lu
Autoportrait
Cette exposition draine les foules, pour la première fois, malgré ma Carte Blanche j’ai dû subir une grande queue.
Cour de la Bénédictine : mégalo, éclectique normand
Le Palais de la Bénédictine
Le Palais de la Bénédictine est une visite incontournable de Fécamp. Spectaculaire, sa « flèche » dépasse des maisons basses de la ville. Mais la visite dure 1h30 et elle est chère, il faut s’inscrire sur Internet à l’avance. Après ma longue visite aux Pêcheries j’y renonce. Trois dégustations font monter le prix du billet et je ne bois pas à jeun.
Nous allons voir les extérieurs des bâtiments. Extravagance mégalomane d’un industriel qui inventa la recette de cette liqueur, du nom d’Alexandre Le Grand – cela ne s’invente pas !
Fécamp et les falaises vue du Cap Fagnet
Pique-nique à la Chapelle N.D. du Salut perchée au-dessus de Fécamp au Cap Fagnet. Des éboulements récents ont fragilisé la falaise et la route qui y mène par la ville est interdite à la circulation automobile. Pour accéder en voiture il faut faire un grand détour : quitter la ville, trouver la D79 à Senneville-sur-Fécamp. Au Cap Fagnet la vue plongeante sur le port est spectaculaire et la vue s’étend sur les falaises jusqu’à Etretat. A nos pieds, le port et les maisons, la plage, l’Abbatiale. En plus de la chapelle, il y a un sémaphore et les bunkers du Mur de l’Atlantique et non loin, des éoliennes, vers le Nord Est les hautes falaises et en mer un important parc éolien offshore. Touristes et promeneurs sont nombreux. Pour descendre à pied j’ai pris la route et raté le GR qui passe par un camp romain. C’est une promenade facile qui se termine par des escaliers entre les maisons et la Sente des matelots débouche sur le quai Guy de Maupassant.
Autour de l’Abbatiale
Fécamp Abbatiale de la sainte Trinité
L’Office de Tourisme de Fécamp offre un livret Parcours Fécamp qui résume l’histoire de la ville et propose des circuits du Patrimoine. Je choisis celui de l’Abbatiale de la sainte Trinité. C ’est une église énorme qui a été enrichie au cours du temps. L’église romane consacrée en 1099 fut ravagée par un incendie en 1168 et reconstruite selon le style gothique avec une impressionnante et lumineuse tour-lanterne à la croisée du transept.
Fécamp abbatiale clôture Renaissance
Les clôtures de pierre des chapelles sont Renaissance, la pierre blanche est sculptée avec une grande finesse. L’horloge astronomique à marée est de 1667. Elle indique l’heure et les phases de la lune. (Au XVIIIème siècle nouvel embellissement du chœur dans le style rocaille. Les cloîtres et bâtiments abbatiaux sont occupés par l’Hôtel de Ville. Le palais des Ducs Richard se dressait en face de l’église. Il est maintenant bien ruiné. Je n’ai pas trouvé la Maison des Moines Insoumis, dommage l’intitulé me plaisait !
Fécamp palais des ducs Richard
Si notre séjour avait été plus long, nous aurions pu revenir et faire une visite plus complète. En tout cas Fécamp mérite au moins une grosse journée.
Nous descendons vers le port par des rues bordées de maisons toutes pareilles, briques, toutes les portes identiques, une ou deux fenêtres au rez de chaussée, deux ou trois à l’étage. Etonnante uniformité.
Le Musée des Pêcheries
Le port de Fécamp
Grand bâtiment blanc, sans surprise à côté de la Criée. 5étages, la visite se déroule de haut en bas, en descendant. Le ticket est valable toute la journée. On peut prévoir d’y revenir tant il est riche.
l’Abbatiale au dessus du port
Au 5ème, étage belvédère panoramique pour découvrir la ville et éventuellement d’étudier les plans-reliefs.
4ème : Histoire de Fécamp
Le nom Fécamp dérive du latin Fiscannum et du Fisk germain qui désigne le poisson.
Dans les vitrines fossiles de vertébrés préhistoriques : corne d’auroch et défense de mammouth recueillis au cours de l’approfondissement des bassins du port.
Âge de Bronze : les haches provenant de Cornouailles britanniques témoignent d’échanges maritimes transmanche. Le cuivre provenait d’Espagne
On a découvert de riches sépultures de l’époque romaine : belle bouteille carrée de verre romain
Le « Trésor de Fécamp » enfoui vers 980 contient 10.000 pièces de monnaie (intéressant pour les numismates)
Autour de l’An Mil, Richard II (978 – 1026), arrière-petit-fils de Rollon et grand-père de Guillaume le Conquérant fait de Fécamp la capitale du Duché de Normandie et fonde l’Abbaye
Pendant des siècles le monastère bénédictin régit la vie de la cité – rien à voir avec la Bénédictine. A la Révolution fermeture de l’Abbaye toute puissante. La Municipalité doit organiser la vie locale.
3ème étage : la Pêche à Fécamp
la pêche fraîche sur la plage d’Yport on remonte les caïques avec le cabestan
C’est la partie la plus intéressante du Musée. Très bien scénographiée avec de nombreuses maquettes, objets, explications .Passionnante, j’aurais dû rester moins longtemps au 4ème pour me consacrer plus à cet étage.
Trois pêches très différentes : La Pêche Fraîche, la Pêche à la Morue et la Pêche au Hareng
Caloge
La Pêche fraîche se pratiquait sur les plages d’Yport et d’Etretat à bord de barques ou caïques. La plage était le lieu de travail où l’on préparait le matériel. Au retour des pêcheur c’est là que le poisson était trié et vendu. Certains caïques usagés étaient transformés en cabanes couvertes de planches ou de chaume, les caloges installées sur le perré (plage) pour abriter le matériel de pêche.
Lougre pour la pêche au hareng
La Pêche au hareng se pratiquait depuis le Xième siècle et était source de profit et de rayonnement pour l’Abbaye. Selon le calendrier on pêchait en hiver en Hollande, en été en Ecosse et à l’Automne. On utilisait des filets dérivants. Le bateau, le Lougre fut remplacé par le dundee drifter à vapeur vers 1925. Des maquettes et des tableaux sont exposés.
Goelette 3 mâts jeanne d’Arc 1902
La Pêche à la Morue dès le XVIèUne me siècle. En 1903 Fécamp armait 73 voiliers c’était le premier port morutier devant Saint Malo. De très belles maquettes de Trois-Mâts et des « portraits de bateaux » sont présentées avec d’étonnantes cartes de pêche. maquette de doris montre comment les barques se répartissaient en étoile autour du grand navire allongeant ainsi 4 km de ligne. La pêche morutière prit fin en 1987. Le dernier chalutier de Fécamp était le Dauphin équipé de chaîne du froid qui rapportait le cabillaud congelé à la place de la morue salée.
Des photos certaines taille humaine, des vidéos, des montages, de nombreux tableaux font vraiment ressentir au visiteur l’ambiance de ces pêches
2ème étage : Beaux Arts
Une très belle Sainte Barbe
Reliquaire paperolles dorées
en pierre polychrome se tient à l’entrée. Les différentes œuvres sont très variées, j’ai bien aimé les « paperolles » reliquaires et tableaux confectionnés par des religieuses avec de minuscules papiers roulés et dorés mettant en valeur les figures des saints et les reliques. J’ai pensé » au travail contemporain d’Eva Jospin.
Jules Noël : Crinolines sur la plage de Fécamp 1871
J’ai surtout prêté attention aux représentations de Fécamp par les peintres : les Falaises d’Yport par Gumery et Rochers à Yport par Schuffenecker
Gumery : les falaises d’Yport en ocre
Je suis restée deux bonnes heures dans les 3 étages supérieurs. Il me reste peu de temps pour découvrir l’Exposition temporaire dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024 : Anita Conti, la Dame aux semelles de vent. Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025
Anita Conti
Anita Conti( 1899-1997) est une personnalité hors du commun. D’abord relieuse de livres d’Art, journaliste, photographe, elle s’embarque comme océanographe sur un terreneuva, le Viking en 1939 puis en 1952 sur le Bois-Rosé, un navire-usine. Elle a également fait des recherche et établi des pêcheries dans les eaux chaudes du Golfe de Guinée.
Elle a pris conscience très tôt de la surexploitation des fonds océanique et du gaspillage, effets destructeurs du chalutage et a écrit en 1953 Racleurs d’océan (Payot), Le Carnet Viking (Payot)
J’ai quand même pris mon temps pour admirer les magnifiques tirages, photos des marins au travail et d’écouter sa voix dans une vidéo prise chez elle.
Une rencontre !
Et comme cela n’a pas étanché ma curiosité j’ai été sur l’application RadioFrance où plusieurs podcasts sont disponibles .
CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE….
lecture commune
« Toute mon adolescence, j’ai entendu parler des personnages de la Recherche, persuadée qu’ils étaient des oncles ou des cousines que je n’avais pas encore rencontrés, dont on rapportait les bons mots exactement comme on citait les saillies dans les dîners »
Avant de me lancer dans l’aventure deLa Recherche.., je m’étais fixé la règle de ne pas lire les commentaires avant d’avoir fini l’œuvre, afin de garder la surprise de la découverte. De nombreuses blogueuses ont lu le livre de Laure Murat :Aifelle, Claudialucia , Dominique, Keisha et Luocine (es liens sur le Bilan 4 de Claudialucia)
La radio que j’écoute pendant mes promenades, m’a fait déroger à cette règle. Dimanche dernier sur Musique Emoi(FranceMusique), j’ai écouté Laure Murat et j’ai craqué. (CLIC)Comme Laure Murat assure qu’au cours de lectures et relectures on découvre toujours une nouvelle vision du texte, je me suis pardonnée mon craquage.
Plusieurs lectures sont possibles : décrypter les clés de la Recherche, chercher les personnes cachées sous les personnages. Parfois, plusieurs ont inspiré un caractère. Parfois un seul, transparent, ce qui a permis à Le Cuziat de se vanter « Moi, monsieur, je suis Jupien« . Au contraire, la comtesse de Chevigné s’est reconnue dans la Duchesse de Guermantes et furieuse brûla les lettres que Proust lui avait adressées…. L’exercice est plus amusant pour l’écrivaine qui connaît de réputation ces personnes qui lui sont souvent apparentées.
« Que Proust, longtemps chroniqueur mondain, ait été fasciné par ces différences de traitement dans les
classes sociales ne doit pas étonner. Chacune incarne un rapport au Temps, à son épaisseur, à sa puissance
d’accumulation, des croisades aux guerres napoléoniennes. C’est dans cette distance avec l’origine de l’anoblissement que Proust »
Lecture sociologique. La Recherche se déroule presque exclusivement dans la société aristocratique du Faubourg Saint Germain et dans les salons satellites comme celui de madame Verdurin ou Madame Swann. La fascination de Proust pour l’aristocratie m’a beaucoup agacée. Laure Murat démontre au contraire qu’il critique de la noblesse, souvent inculte et vulgaire.
Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire. » Ce lien intime entre
mauvais goût et aristocratie, vulgarité de sentiment et noblesse de rang, loin d’être une contradiction,
constitue un paradoxe de surface dont Proust a fait une constante dans la Recherche, vaste mise en scène
du dessillement social, où les personnages, de l’aveu même de l’auteur, se révèlent être à la fin le contraire
de ce qu’ils apparaissaient au début. Sous le sadique, le tendre. Sous l’homme du monde, le rustre. Sous
une duchesse de légende, une femme ordinaire. Le viril s’avérera l’efféminé, le noble l’ignoble. La
Recherche ou le grand livre de l’inversion.
Le livre de l’inversion!
Plusieurs acceptations à ce mots, la plus large comprend une notion et son contraire:
« Proust un auteur aussi inclassable qu’annexé d’autorité à telle ou telle cause. Juif et catholique, exemple
modèle et critique de l’assimilation à la française, chantre et contempteur de l’inversion, il sera ici
mobilisé par les sionistes et là taxé d’antisémitisme, réclamé comme un trophée par les mouvements
homosexuels et blâmé pour son homophobie. Je me figure souvent Proust comme Dieu »
L’usage le plus courant de l »inverti »c’est l‘homosexuel. Et c’est un des thèmes les plus traités dans la Recherche comme dans Proust, roman familial.Charlus, Jupien sont ouvertement gays, mais quid du narrateur qui laisse planer le doute. En revanche, Laure Murat, un siècle plus tard, en sortant du placard, montre l’hypocrisie de son milieu « aristocratique ». Tant que les choses ne sont pas dites….le comportement serait supportable, l’important est de ne pas en parler.
Les invertis et les lesbiennes de la Recherche se soumettent tous et toutes sans exception à ce commandement, passent leur temps à se cacher et à mentir
[…]
Une seule situation est rigoureusement exclue : l’aveu. À moins qu’il ne soit involontaire et ne donne lieu à un quiproquo à l’irrésistible charge comique, comme dans l’épisode consacré au duc de Châtellerault.
Lecture littéraire et universitaire
Proust, mode d’emploi s’attache au plaisir de lire, à la bibliothèque de son père, aux rééditions dans la Pléiade de la Recherche annotées dont elle a hérité. Plaisir de relire, de redécouvrir de nouvelles facettes de l’œuvre. Lecture universitaire de la chercheuse qui traque dans la correspondance et même dans les archives de la Police toute trace de Marcel Proust. Enseigner Proust, le faire lire aux étudiants californiens et susciter la curiosité et le plaisir de lire pour un public très éloigné dans le temps et dans l’espace.
Laure Murat, l’héroïne d’un roman historique
Et si le sujet n’était pas Marcel Proustmais bien Laure Murat? La Princesse, héritière de toutes les aristocraties, descendante aussi bien de Joachim Murat, fait roi de Naples par Napoléon, que des Ducs de Luynes dont elle décrit le château où elle a fait des châteaux de sables, enfant. Noblesse d’Empire comme légitimiste. Pour moi, c’est exotique et passionnant!
Enfin le beau temps : soleil, vent et fraîcheur après toutes les intempéries depuis une semaine.
Mercredi, c’est jour de marché à Yport. Un poissonnier est venu avec son camion mais « il y a peu de choix, c’est la tempête ! », quelques carrelets, maquereaux et des grosses soles.
Plusieurs maraîchers proposent des produits tout juste récoltés ce matin. J’achète des petits poireaux frais, de la rhubarbe et des oignons bien lourds.
La crèmerie bio vend des œufs au détail crème et fromage frais, elle fait son addition avec un pic sur du papier à petits carreaux.
A la fin de mes emplettes, un camion de fringues est arrivé, la marchande déballe des cirés avec doublure à rayures bleues et blanches. Il y en justement un à ma taille. Je me féliciterai aussitôt de cet achat : le vent est très frais quand je monte sur le plateau.
Sur la plage d’Yport trois caïques
A l’Office de Tourisme on trouve des circuits de promenades avec fiche descriptive. Le circuit 18 – 605 km, 1h40 Le domaine des Hogues part du Casino d’Yport. Il est balisé avec de gros points verts. Je monte d’abord dans le village entre des murs de silex et brique enfermant des jardins encore fleuris. Cela grimpe bien sur le sentier de la Mare au Loup puis on redescend. Le dénivelé n’est pas important, on dépasse à peine la cote 100 mais si on cumule descentes et remontées cela finit par être sportif. Sur le plateau, je marche entre le maïs bien haut, les betteraves et le blé à peine levé. Le vent souffle fort, je relève la capuche de ma nouvelle acquisition.
Petite frayeur à l’approche de la Ferme des Hogues. Les fermes isolées ont des chiens, pas toujours attachés. Justement après la bétaillère et le tracteur, un gros chien traverse la route. Il ne me calcule pas. Je l’imite. Je n’ai rien vu, je regarde ailleurs.
Vaucottes vallon charmant
Le sentier qui descend ressemble plutôt à une ravine d’un ruisseau qui aurait emporté le chemin et creusé des ornières entre les blocs de silex qui affleurent. Heureusement je m’assure avec mon bâton pour éviter les glissades. Je débouche dans un vallon ravissant : gazon anglais, courts de tennis en terre battue, des cottages normands à pans de bois et iris poussant sur le faîte d’une chaumière. Un petit kiosque au toit de chaume. Des maisons fleuries. J’arrive à Vaucottes. Le village se blottis au creux de la valleuse. On est prié de laisser la voiture sur le parking ombragé de tilleul à l’entrée. Seuls les PMR sont tolérés jusqu’à la plage. J’ai ajouté le détour à la balade très courte.
la plage de Vaucotte
La mer est basse. L’estran est pierreux. Les falaises blanches. Je découvre le champ d’éoliennes offshore qui brille sous le soleil. Pour retourner à Yport, un sentier pentu rejoint la route et coupe les virages mais il faut marcher sur l’asphalte un moment et partager la route avec de nombreux cyclistes. Le chemin longe la falaise mais très loin du bord. Depuis les éboulements récents le GR21 a été dévié. On ne devine la mer que rarement. Des vaches normandes se détachent à l’horizon. Elles profitent de la vue.
remonter une barque
Pique-nique sur la plage d’Yport puis un petit tour sur celle de Vaucotte à la place « handicapé ».
la ramendeuse, sa chaufferette, ses sabots, sa tabatière de nacre
Pour explorer le GR21 au nord d’Yport(circuit N°16) il faut aller le chercher à Saint Léonard, trouver la route de Grainville, puis celle de Criqueboeuf et le Chemin des Amoureux introuvables habitants indiquent le GR21 / Le chemin des Ramendeuses. Les Ramendeuses sont les femmes qui réparent les filets. Au Musée de Fécamp une statuette de terre cuite de la Ramendeuse est présentée avec . ses accessoires : chaufferette en bois perforé, tabatière en nacre pour le tabac à priser et aiguilles. Le GR est toujours à travers champs éloigné des falaises.
Dans les hauteurs du Havre, 17 hectares dans les vestiges du Fort militaire de Sainte Adresse bâti au XIXème siècle désaffecté en 1979.
La Roseraie est proche de l’entrée nord. J’accède par un escalier et un tunnel au Jardin des Robinsons. Ces jardins du Havre sont connectés à l’activité portuaire, à l’exploration du monde, à l’importation des plantes du monde entier. Dans ce Jardin des Robinsons, de curieuses huttes sont tressées avec les tiges des saules vivants selon la technique du plessis.
jardins suspendus : jardin des robinsons
Un plan est fourni pour ceux qui souhaitent une visite exhaustive : suivant les flèches on découvre les jardins d’Amérique, d’Asie ou d’Australie. Sous la pluie battante, je préfère ne pas tremper mon plan et me laisse porter par le hasard.
Près de l’entrée sud je découvre un Labyrinthe qui occupe une terrasse.
jardins suspendus entrée sud
Le centre du fort est occupé par un « Tapis vert » encadré par des carrés odorants où l’on cultive des plantes aromatiques. Sous une température plus chaude ils sentent sûrement plus. Même sous la pluie fraîche ils embaument.
Les Serres ferment pour la pause méridienne. Il nous faut revenir un peu plus tard.
Le havre jardins supendus
En attendant leur ouverture, nous descendons au Port que nous parcourons en voiture, nous le plus près possible des bassins et des portiques immenses. Un grillage enferme de très longs tubes effilés. Il faudra un bon moment avant que je n’identifie les éléments d’éoliennes offshore de l’usine Siemens Gamesa. J’ai été très surprise de lire que ces éoliennes n’étaient pas en métal mais en balsa et résine. Nous sommes impressionnées par les dimensions.
éoliennes
Retour dans les Serres
Je suis restée deux bonnes heures pour profiter d’une promenade abritée de la pluie dans les 10 serres abritant les collections végétales. Chaque serre est dédiée à un botaniste.
Serre Poivre : les plantes utiles qui ont toutes voyagé : le cotonnier (Gossypium) a été rapporté par Alexandre le Grand. Le piment (pili-pili),introduit à Séville par Christophe Colomb. Le sucre fut extrait dès le VIème siècle Av.J.C. en Chine, la Canne à sucre arriva en Martinique apportée par les Juifs chassés du Brésil en 1654
Les premiers grains de café arrivèrent au havre en 1728 en provenance des Antilles. Les plantes étaient apportées dans des caisse de Ward, l’une d’elles est présentée ici.
La serre Adanson(1727-1808) abrite des plantes de sous-bois tropical. Souvenir de lecture la Porte du Voyage sans Retour de David Diop a pour héros le botaniste qui vint herboriser au Sénégal(1748-1754)
Serres des jardins suspendus épiphytes
La serre dédiée à Bonpland (1773-1858) contient des broméliacées et des orchidées, plantes épiphytes. Souvenir de lecture encore, Bonpland s’est lié d’amitié avec Humboldt et l’a accompagné en Amérique Centrale. Leur voyage est relaté dans le livre d’Andrea WulfL’Invention de la Nature
La serre Plumier (1646-1704) présente toutes les variétés possibles de bégonias. Plumier part à la découverte de l’Amérique avec Michel Bégon (1638-1710)
La serre suivante est attribuée à Lamarck(1744-1829) et à Armand David (1826-1900) avec des plantes sans fleurs : fougères et mousses, les premières dans l’Evolution.
Henri Cayeux (1869-1963) directeur des jardins de la ville du Havre est honoré par la flore des zones humides, avec de beaux nymphéas dans des bassins peuplés de charmants poissons minuscules. .
Il y a également une serre Tournefort(1656-1708) pour les plantes tropicales.
Non seulement la balade dans les serres est charmante mais c’est une leçon d’histoire de la botanique très instructive. Je suis tout à fait preneuse !
plante carnivore
Des serres, on arrive dans les Carrés d’essais de plantes fleuries très colorées. Mon temps est compté je suis déjà restée très longtemps.
Le Musée du Havre, MuMa est un musée d’Art Moderne initié par Malraux.
Il est précédé par une grande tour : Le Havre Porte de l’Europe est peint verticalement sur sa base. C’est la Tour de contrôle de la Capitainerie. Non loin, la Catène des containers confirme la double vocation, portuaire et artistique.
Dans le cadre de la saison Normandie Impressionnistes 2024, le Musée présente l’Exposition Photographier en Normandie 1840-1890.
Gustave Le Gray – voiliers quittant le port du Havre
Photographes et peintres impressionnistes ont beaucoup dialogué. La première exposition impressionniste de 1874, célébrée cette année au Musée d’Orsay eut lieu chez Nadar boulevard des Capucines.
Le Port du Havre des années 1850 est à l’entrée de l’exposition : La photographie de Le Gray1856 montre d’élégants voiliers et la Tour François 1er, dans le daguerréotype de Macaire , des silhouettes occupent le premier plan. La tour François 1er édifiée en 1517 fut démolie en 1861 pour permettre le passage des navires à vapeur. Non seulement ces images sont d’une beauté étonnante mais ce sont les témoignages d’un monde disparu. La technique photographique de l’époque exigeait un temps de pause important, ces arrivées de voiliers sont un véritable exploit. La technique imposait aussi une composition parfaite : la lumière est dorée dans les œuvres sépia. Une merveille dans le coucher de soleil de Le Gray.
Monet – plage d’Etretat
La confrontation entre les photographies et les peintures impressionniste est détonante. La Cathédrale de Rouen de Monet est accrochée au milieu de plusieurs photographies dont une de John Ruskin. Dès le milieu du XIXème siècle, sous l’impulsion de Prosper Mérimée qui a initié l’Inventaire des Monuments Historiques dès 1831, les photographes ont pris pour sujet les monuments. Il est possible que des peintres se soient inspirés de ces photographies. Jongkind a peint un tableau correspondant parfaitement à la photographie exposée à côté. Parmi les nombreuses photos sont exposés les tableaux de Boudin, Monet et Courbet qui répondent aux images des mêmes sites. Cette confrontation est passionnante.
Jules Camus – Lison
Surprise ! Je découvre la Lison, la locomotive de Lantier, un personnage à part entière dans la Bête Humaine. Une véritable émotion me submerge.
Beaucoup plus récente cette photographie du quartier Perret en construction
Les collections permanentes du MuMa sont présentées à l’étage.
Boudin – Trouville le chenal
Un mur entier est couvert de petits tableaux de Boudin. Un enchantement.
boudin lever de lune
Le coucher de soleil, on croirait un Turner, le Lever de lune sur un bassin (1885), presque abstrait. Je connaissais les ciels, les nuages sur la côte normande….La série de vaches normandes m’a fait sourire. Il y a aussi des personnages, des lavandières.
Boudin étude de vaches normandes
Ces collections sont variées : peinture espagnole, italienne. Ma capacité d’émerveillement est épuisée après tout ce que je viens de voir. Je préfère passer à autre chose.
Le Havre, terminus, tout le monde descend, un terminus qui porte mal son nom : rien ne saurait se
terminer dans cette ville, tu penses que ça s’arrête, qu’on y est à bout de continent, mais tu descends du
train et tout de suite c’est la mer, alors ça continue.
Rentrée littéraire 2024 – lecture de circonstance pour moi qui rentre de Normandie. Rester encore un moment dans les courants d’air des quartiers construits par Augustin Perret… écouter les galets qui roulent sur la plage, se prendre une belle vague et être trempée.
je remontais alors les artères du quartier Perret tels des couloirs de vent, tête baissée, mon sac US pendu à
l’épaule, je filais sur le plan en damier, de case en case, de bloc en bloc, ignorant à l’époque que cette
géométrie modulaire, ces canyons perpendiculaires et ces carrefours récurrents, ces tours et ces
intersections, multipliant les risques de collision, les angles morts et les lignes de fuite, créaient un espace
propice au hasard, au fortuit, aux coïncidences, un espace devenu la matrice de ma rêverie.
C’est une très belle évocation de la ville, de l’atmosphère du port, marins, trafiquants.
Ville bombardée détruite, comme les villes ukrainiennes ou Gaza…témoignage d’une habitante, rencontre avec deux étudiantes ukrainiennes.
j’étais à genoux sur la plage, tordue, à imaginer l’extraordinaire fossile que serait la ville, une fois ramenée à la surface de la Terre après avoir été engloutie durant des milliers d’années, à me figurer cette mixture géologique urbaine – l’argile de la brique, le fer de l’acier, le sable, le calcaire du béton, le cuivre des fils électriques, l’aluminium des casseroles, le chanvre des tapis, le vinyle des disques, le papier des livres, les microprocesseurs des ordinateurs et des téléphones portables – et comment elle évoluerait dans le temps sous l’effet des forces tectoniques qui élèvent ou enfoncent, de l’érosion sédimentaire, de la dégradation chimique,
Roman policier? La narratrice, doubleuse de cinéma, mère d’une jeune adulte, mariée reçoit un curieux appel de la police du Havre. Un homme est retrouvé mort sur la plage. La seule piste pour l’identifier serait un ticket de cinéma portant son numéro de téléphone mobile. Justement, elle a passé son enfance et son adolescence au Havre. Des souvenirs ressurgissent….
Je ne me suis pas attachée à l’intrigue policière, ni tellement à l’héroïne. Le Havre a suffi à mon bonheur de lecture.