Giovanni Torlonia(1754-1829) et Alessandro Torlonia (1800-1886) réunirent à Rome une importante collection de sculptures romaines. Le Louvre en présente dans les appartements d’été d’Anne d’Autriche, récemment rénovés les chefs d’œuvre.
Bustes d’empereurs : de gauche à droite Vespasien, Hadrien Vitellus
La sculpture romaine se distingue par les portraits très réalistes alors que les Grecs idéalisaient les modèles. Nous pouvons donc reconnaître les empereurs comme les simples citoyens.
Euthydème de Bactriane
Euthydème de Bactriane ne semble ni flatté ni idéalisé!
la Fanciulla di Vulci
En, revanche cette jeune fille au visage fin était sans doute aussi belle dans la réalité!
La statuaire romaine utilisait l’art grec en copiant les modèles qui avaient du succès. Avec les mesures de volume les reproductions étaient exactes. On reproduisait sans droits d’auteur les sculptures de Phidias, Lysippe, avec une prédilection pour les satyres et les groupes
Invitation à la danse Satyre et Aphrodite
Les styles du passé Grec étaient sémantisés : le style classique symbolisait l’ordre, la solennité tandis que le style archaïque donnait une idée du sacré. Les statues hellénistiques avaient beaucoup de succès.
la Tazza Albani : vasque présentée dans le jardin
les douze travaux d’Hercule ont beaucoup inspiré les romains. on les retrouve aussi bien sur la frise de la vasque que dans les sarcophages monumentaux
Sarcophage décoré aux travaux d’Herculele Nil
Une section de l’exposition s’attache à la Restauration de l’Antique, restauration romaine, mais aussi restauration tardive à la Renaissance ou au XIXème siècle. Au cours des restaurations les sujets perdent même leur identité, Satyre devient Narcisse, Aphrodite portant un bracelet en forme de serpent est nommée Cléopâtre.
Le Port de Rome
Certains sujets décrivent la réalité comme le Port de Rome près d’Ostie. plus trivial encore cet étal de boucherie où les carcasses sont pendues ou ce paysan qui évide un animal écorché
paysan écorchant une bête
Et bien sûr dans le décor somptueux des appartements ou la cour du Sphynx recouverte par une verrière.
Le matin : un petit tour de Ouistreham à Lion-sur-mer
Nous achetons des moules à la petite halle à poissons à l’entrée du port de Port Guillaume. Aujourd’hui, on trouve aussi des soles de toutes les tailles, même des petites épluchées très bon marché et des tourteaux.
Après, le golf de 18 trous de Cabourg, le Home-Varaville puis Sallenelles, très joli village. Le Pont Pegasus; sur le canal de Caen à la mer, relevé cause un bel embouteillage. Benouville est construit de blonde pierre de Caen avec sa petite église romane. Nous faisons le détour par le village ancien de Ouistreham avec sa belle église Saint Samson et sa Grange aux Dîmes qui loge une exposition Normandie Impressionniste.
La mer haute est toute proche de la digue . A Cabourg, les coquillages, surtout les couteaux, s’accumulaient à la limite du sable sec. Ici, ce sont les algues. Pas terrible de marcher dans les algues.
Sur la digue, à Hermanville, je peux admirer les belles villas, la plupart à colombages de style normand avec tourelles et toits pentus. Certains en pierre blanche sont de véritables petits palais. D’autres jouent avec le mélange de pierre et brique. Sous le soleil, des gens nagent, d’autres font du longe-côte. Je les imiterais volontiers mais de lourds nuages menaçants s’accumulent, la mer est passée de bleue à verte puis grise avec des crêtes d’écume blanche, le vent se lève. Quand je retourne à la voiture tous les nageurs sont sortis et il ne reste plus que deux planches à voile qui filent.
Après midi à Cabourg : La Villa du Temps Retrouvé
L’allusion à l’œuvre de Marcel Proust est claire. Venu enfant avec sa grand-mère, revenu adulte, il a toujours logé au Grand Hôtel dans la suite 414. Cette villa 15 avenue Raymond Poincaré se situe dans un quartier tranquille construit de très belles maisons dans des terrains arborés. Ce n’est pas un Musée Proust plutôt un Musée Belle Epoque qui abrite également des expositions temporaires.
Marcel Proust
Dans le jardin charmant et sans prétention la Une du Petit Journal raconte les nouvelles les plus sensationnelles de l’époque, exploration des pôles, projet de Tour du monde en avion. Excellente introduction à l’Exposition Jules Verne visible jusqu’au 11 Novembre 2024.
Au rez-de-chaussée, un mur d’images de tableaux impressionnistes de portrait m’intrigue. Toujours imprégnée de ma lecture récente de la Recherche ; je cherche les paysages qu’il a décrit, les personnages du roman, ceux que Proust aurait croisés. Encore plus immersive, la projection dans une salle ronde de séquences de films d’époque. J’ai surtout aimé l’arrivée d’un train, j’ai pensé à Zola et à la Bête Humaine qui se déroule dans la région. Les visages et les costumes d’autrefois, pêcheurs et dockers. Images parisiennes et pour finir la lune de Méliès.
Helleu : Deauville et le bassin
A l’étage, des tableaux de Helleu etd’autres peintres voisinent avec ceux de Vuillard . Dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024, l’Exposition Belle Epoque donne la vedette à Vuillard à Amfreville jusqu’au 22 septembre 2024. Qui a inspiré le personnage d’Elstir ? Whisler ou Helleu, on pourrait ajouter l’hypothèse Vuillard.
Vuillard Annette à la plage de Villerville
De tous les tableaux de cette exposition ce sont les Vuillard que je préfère. Annette sur la Plage de Villerville illustrerait bien les Jeunes Filles en Fleur . J’ai noté aussi Deauville et le bassin de Helleu, version Belle Epoque de la vue de notre balcon de Port Guillaume.
J.E Blanche portrait de Suzette Lemaire – Mme Verdurin?
De grands portraits de Eugen Von Blaas montrent les élégantes : Madame Lebreton ou Mademoiselle Suzette Lemaire qui a peut-être inspiré Madame Verdurin.Boldini a dessiné Helleu. Vais-je imaginer ainsi Elstir ?
Giovanni Boldini : portrait de Helleu – Elstir?
Les objets sont aussi évocateurs : une lanterne magique comme à Illiers-Combray, le piano de Reynaldo Hahn . Sous une vitre, sont présentées des lettres de Marcel Proust. Je ne connaissais pas son écriture. C’est un choc de les lire même si elles sont simples et factuelles. Je n’avais pas imaginé que Proust dessinait. Les petits croquis au crayon sont très vifs : une expédition en voiture, Reynaldo Hahn au piano.
Dessin de Marcel Proust
La salle suivante présente les « placards » de Celeste Albaret, ces collages d’épreuves corrigées, les rajouts sur les « paperolles » assemblés sur de grandes feuilles collées avec des manuscrits et des morceaux de tapuscrits. Quel travail de secrétaire ou plutôt d’éditrice ! s’y retrouver dans les ratures, les ajouts de l’écrivain. Cette visite est très dense.
Quayola : tempête
Davide Quayola , l’héritage digital de l’impressionnisme est une autre manifestation dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024, « inscrite dans une relecture contemporaine de l’Impressionnisme » comme le présente le livret. Ce sont des « tableaux numériques » de tempêtes. J’ai du mal à comprendre cette technique et je n’arrive pas bien à distinguer photo, vidéo de la construction digitale. Qu’est-ce qu’un « tableau numérique » ? Les vagues écumantes et les embruns m’ont bien plu.
Jules Verne, père de la Science-fiction est une autre exposition de la villa. On peut voir les couvertures originales de nombreuses œuvres, de belles maquettes, des idées innovantes. Science-fiction et technologie. Jules Verne a également inspiré de nombreux films dont on peut voir des séquences marquantes.
Beaucoup de sujets dans cette villa ?
Ce n’est pas tout : Les épis de faitage de la Côte Fleurie font aussi l’objet d’une exposition en collaboration avec la Poterie du Mesnil de Bavent.
En moins de cinq minutes à pied, par la passerelle, on est à Cabourg.
Comme nous y passerons la matinée nous préférons prendre la voiture. Longer la voie ferrée de la SNCF ligne Deauville-Dives-Cabourg. Ce train me rappelle celui de Proust très utilisé par les estivants. Les invités de Madame Verdurin s’y retrouvaient régulièrement Marcel rapporte les conversations. Il y avait une autre ligne de train vers vers les gares de Dozulé – Putot et Mézidon mais elle a été fermée dès les années 30 et remplacée par des autocars. La ligne TER actuelle fonctionne de manière intermittente seulement en saison. Il y a deux gares, une à Port Guillaume, l’autre près du pont routier qui va à Cabourg.
Cabourg est une station balnéaire conçue selon un plan rayonnant en demi-cercle dont le centre serait le Grand Hôtel et le Casino. La Digue, Promenade Marcel Proust, longe la mer. Les rues se déploient en éventail, les plus petites portent des noms d’arbres : sycomores, tamaris, platanes…Dominique se gare rue des Sycomores en face d’un joli golf miniature orné de monuments ; tour Eiffel, Statue de la Liberté, Big Ben.
J’entreprends ma promenade pieds nus dans l’eau mais comme la marée est haute le franchissement des épis brise-lames est malcommode. En plus des rares promeneurs je remarque des hommes munis de détecteurs de métaux et des femmes portant des pinces et un sac poubelle. Curieuse, j’interroge l’une d’elles : une association Côte Fleurie Propre convoque les bénévoles par sa page FaceBook chaque jour sur une plage différente. Les hommes des détecteurs ne s’intéressent qu’aux pièces de monnaie perdues.
Quand je passe devant le majestueux Grand Hôtel, je marque l’arrêt pour la photo, cherchant sa chambre 414 (on ne visite pas mais on peut la réserver) et la salle à manger l’ »aquarium » me revient en mémoire.
A force de marcher dans l’eau, il me vient l’envie de me baigner. Le soleil chauffe bien, la température de l’eau est de 19°2 (plus que la température de l’air). Facile de rentrer dans l’eau très calme de la mer étale sans même une vague. Une dame me croise en nageant :
« Cela fait du bien que les vacanciers soient partis ! » dit-elle
« Mais je suis une vacancière ! »
Nous rentrons déjeuner sur notre balcon ensoleillé. Auparavant courses dans les grandes surfaces de Dives. A Aldi et Lidl je ne trouve rien de ce que je cherche ; je me perds dans un Intermarché immense. En rentrant nous passons devant le lycée Paul Eluard. Le GPS annonce les rues Maurice Thorez, Elsa Triolet. Nous sommes loin des Guermantes avec cette toponymie communiste. Avant la fermeture des dernières industries métallurgiques Dives était une ville ouvrière.
Nous avons des invités, des cousins de Dominique qui viennent avec leur chien d’Houlgate. Moins de 3 kilomètres à pieds que je fais avec eux vers le soir sous le crachin qui se transforme rapidement en pluie drue.
Port Guillaume notre f=résidence le Manoir est celle qui a une tourelle
Notre appartement dans la Résidence du Manoir possède un très grand balcon, presque une terrasse sur le port de plaisance. Port Guillaume est une grande marina entourée d’immeubles contemporains. L’appartement est vaste, très lumineux accessible par un ascenseur. Il est aussi très bien décoré. Dans la chambre une reproduction de l’ange de Matisse que je ne connaissais pas. Le luxe !
A peine installée, il faut songer aux courses. Et tout se complique. Dans la rue personne ne peut me renseigner. Aucune boutique d’alimentation en dehors des « casiers du port » proposant des produits de luxe à des prix prohibitifs destinés aux plaisanciers. Des restaurants, des cafés, trois pizzerias mais aucun boulanger ni épicier encore moins de boucherie. Comment est-ce possible qu’un quartier artistiquement dessiné aux immeubles normands à pans de bois, tourelles et toits pentus, cerné de maisons basses colorées, qu’un quartier soit dépourvu de commerce traditionnel. Incrédule je pars avec mon cabas. Une dame en bas confirme, il faut aller au centre-ville ou à Lidl ou Aldi ? un couple passe, des sourds muets à qui je montre le sac, ils ne savent pas. Puis des retraités allemands du Pierre et Vacances. Rien à en tirer.
la Dives à Marée basse
Le long de la voie ferrée, je trouve le Café de la Gare : si je longe la voie ferrée , un peu plus d’un kilomètre plus loin je trouverai Lidl. Allons-y pour un quart d’heure de promenade, au retour avec le cabas plein ce sera plus long. Je n’achèterai que l’essentiel. Je découvre une belle promenade le long de la Dives . me voici réconciliée avec le quartier. Sur les bords de la rivière des petites maisons colorées s’alignent et cachent les immeubles. Elles sont toutes légèrement différentes, toit de tuile ou d’ardoise, crépis pastel de couleurs variées. Ne pas se leurrer. Ce ne sont pas des logements mais des résidences secondaires qui font illusion. Dès la première semaine de septembre, elles sont déjà vides. Cela me fait penser à un autre village contemporain artificiel autour d’une marina : Port Grimaud. Aucune authenticité mais quand même charmant.
Comment des urbanistes ont-ils oublié les commerces de proximité ? Sont-ils négligents ? est-ce dans l’air du temps d’aller faire ses courses en voiture en grande surface ou de se faire livrer des pizzas ?
Une passerelle de bois pour les piétons et cyclistes enjambe la rivière et arrive à Cabourg. La marée basse découvre une plage immense
Pause pique-nique sur les bords de la Risle, un peu à l’écart du bourg près d’une ancienne Cartonnerie transformée en pépinière d’entreprises. Sur les bords de la Risle, les ponts sont fleuris et les constructions soignées en un mélange de silex taillés en pavés cubiques et brique.
La Risle, longue de 144 km est le dernier affluent de la Seine qu’elle rejoint dans son estuaire. Elle fut navigable. Au Moyen Age les bateaux transportaient des poissons salés. En 1066, Pont- Audemer fournit 60 bateaux à Guillaume le Conquérant. François 1er autorisa la création d’un port . Au XVIIIème siècle, 200 navire apportaient grain, huile et coquillage.
La Risle se divise dans la ville en deux bras et plusieurs canaux.
la Risle bras sud
Ce village tranquille et pittoresque avec ses maisons à pan de bois fut autrefois un centre industriel avec la papeterie, cartonnerie et tannerie, industries très consommatrices en eau. La tannerie fut active dès le Xième siècle, au XIXème Pont-Audemer était considérée comme la deuxième capitale du cuir. Le bras sud de la Risle était bordé de tanneries. Les murs des maisons sont recouverts d’ardoises ou sont à pan de bois.
Aujourd’hui, lundi, le marché occupe la place devant l’église magnifiquement ouvragée.
Signe du temps, les potées décorant l’entrée d’un restaurant sont plantées d’oliviers. Oliviers en Normandie. Signe du réchauffement climatique ?
Hiramatsu : l’Etang de Monet derrière un feuillage
Arrivée à Giverny
Parties à 7 heures par beau temps et trafic fluide, nous arrivons à 9h à Giverny après les courses au Carrefour de Bonnières. Avant l’ouverture du Musée des Impressionnistesje dispose d’une heure pour me promener dans les rues fleuries. Septembre, dominante jaune des topinambours fleuris, verges d’or et onagres, contrepoint rouge ou pourpre des dahlias, plumetis des sauges aux petites fleurs rouge et blanches.
la tombe de la famille Monet
Dépassant le Musée puis l’Auberge Baudy pavoisée, je trouve plus loin la Mairie et l’église et tout à côté le cimetière avec la tombe de la famille Monet. La route s’élève ensuite sur les contreforts de la falaise.
Nymphéas sur un fond doré
L’Exposition Hiramatsu Reiji est un véritable choc. Pas de tableaux, des paravents. Pas de style impressionniste. Pas de scènes peintes sur le motif. N i paysage, ni personnages. Pas de perspective. Des couleurs à plat qui claquent. Et pourtant, c’est bien de Giverny et de Nymphéas qu’il s’agit dans cette Symphonie des Nymphéas. Cette exposition est parfaitement à sa place ici.
Hiramatsu Reiji, né en 1941 à Tokyo, peint des Nihonga , peinture traditionnelle japonaise. Ce terme fut inventé en 1880 pour préserver la tradition face à l’engouement pour les peintures occidentales. Parallèlement, en Occident les peintres impressionnistes collectionnent les estampes japonaises et la mode du Japonisme sévit.
De grands paravents sont posés sur des estrades tout autour de la première salle. Immédiatement on reconnait l’étang de Monet.
J’ai été bien inspirée de prendre l’audioguide. Il y a très peu d’explications sur les cartels.
l’étang de Giverny
Les nymphéas sont stylisés, regroupés en petits amas à la surface d’un étang bleu intense où des nuages blancs en V se reflètent, inversion d’un Mont Fuji enneigé ? Autre inversion dans le miroir de l’eau : le reflet des arbres très haut près du bord du paravent. Avec une meilleure observation je reconnais les massifs fleuris. Il me faut encore beaucoup d’attention pour découvrir une libellule. Chaque paravent contient au moins un insecte ou un oiseau représentant le peintre lui-même.
En face, un paravent recouvert d’un papier peint blanc aux vaguelettes en éventail porte en son centre un cercle peint « tondo » représentant l’étang de Monet derrière des feuillages. Au premier plan, les branche de saule vert clair, se détachent sur l’eau presque noire tandis que les nymphéas fleuris sont très gais.
Souvenirs de Normandie!
Dans une pièce annexe, une curiosité touristique : un paravent au fond gris est décoré de pastilles rondes. Chaque pastille est un petit tableau très coloré : une ferme normande, une glycine, un petit paysage de Normandie, des personnages… Cela me fait penser aux cartes postales ou aux magnets souvenirs de voyage qu’on colle sur le frigo. C’est gai, primesautier, pas sérieux.
Bambous et nymphéas
Des bambous géants dessinent un tableau presque abstrait. Sommes-nous en Asie ? non, Monet a planté un rideau de bambous. Bambous verts d’eau, bleus, marrons aux nœuds blancs et aux bourgeons qui pointent. Ils se détachent à la surface de l’eau métallique (on reconnait les carrés de feuilles métalliques que le plasticien a collés). Et bien sûr, des nénuphars en fleur !
Cerisiers et nymphéas
Trois grand panneaux frôlent encore l’abstraction : nymphéas et cerisiers en leurs mêlent Japon et Giverny. Mélange anachronique puisque la floraison des cerisiers a lieu au début du printemps et celle des nénuphars en été. Les pétales délicats forment sur les nymphéas dorés une spirale enchantée. Monet avait collectionné les estampes, avec Hiramatsu, le Japonisme des impressionnistes retourne au Japon !
l’hiver
L’audioguide m’instille des notions de culture japonaise : les Nihongas sont imprégnés de shintoïsme et de bouddhisme qui considèrent les éléments naturels comme des divinités. Le cyscle des saisons a une connotation religieuse<. Après le printemps les érables rouges symbolisent l’automne. Deux panneaux représentent l’hiver avec de grosses boules de neige sur des arbres dénudés aux branches et rameaux d’une grande finesse.
Sur les panneaux suivants, l’artiste s’est attaché à figurer les reflets sur l’eau : papiers métallisés colorés
les nuages se reflètent à la surface de l’eau
Les derniers panneaux montrent les nuages qui se reflètent dans l’eau. Les nymphéas sont noirs, rouge orange avec des fleurs bleues.
LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..
logo de la lecture commune
Le Narrateur est retourné à Balbecil est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurinqui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes.
Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc., et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot (et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord) et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…
[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.
Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania
« Homme » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…
Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.
« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »
Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée.
La princesse de Cadignan, autrefoisduchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :
« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »
Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre
je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,
Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement. Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards qui provoque la rencontre avec la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse
Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.
La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise, qu’évoquait le Baron de Charlus.
« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, «
Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.
Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice
Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!
Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!
Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.
Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.
« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »
qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlusest bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux, médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.
M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.
Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :
La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances», c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?
Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.
Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de la meilleure éducation!
Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swannqui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,
« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »
Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et
ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.
Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!