Jamais d’autre que toi – Rupert Thomson

“Masculin, féminin, tout ça je peux faire. Mais neutre – c’est là que je me sens à l’aise. Je ne me laisserai pas enfermer dans un rôle ni mettre en boîte. Jamais. J’aurai toujours le choix.”

J’ai « rencontré » Claude Cahun la première fois à l’Exposition Pionnières CLICau musée du Luxembourg. Une deuxième fois sur un podcast de RadioFrance qui raconte la Résistance surréaliste de Claude Cahun et de Suzanne Malherbe, sa compagne sur l’île de Jersey CLIC contre l’occupant nazi. Dernièrement, un documentaire sur Arte leur est consacré.

Avant notre départ pour Guernesey j’ai cherché un livre pour nous accompagner. Certes, l’action se déroule à Paris et à Jersey, île voisine. Mais l’occupation allemande sur Jersey et Guernesey ont marqué l’histoire de ces deux îles jusqu’aujourd’hui encore. 

Jamais d’autre que toi raconte l’histoire d’amour de Lucie Schwob et Suzanne Malherbe qui commença à l’adolescence, à Nantes pour durer toute leur vie. La narratrice est Suzanne. 

« Je ne nous considère pas comme des lesbiennes, dit-elle. Nous sommes simplement deux personnes – deux personnes dont il se trouve qu’elles s’aiment. — Nous sommes des femmes dont il se trouve qu’ elles s’aiment, dis-je. — Le genre n’a rien à voir. Je t’aimerais quoi que tu sois. Homme, femme, hermaphrodite…” 

Au tout début du XXème siècle, l’homosexualité féminine était complètement ignorée et non pas réprouvée comme l’homosexualité masculine. C’est donc en toute bonne foi que le père de Lucie Schwob confie Lucie, anorexique et dépressive, à la garde de Suzanne Malherbe de deux ans plus âgée. Les deux jeunes filles partent ensemble en vacances et partagent leur quotidien sans problème. Elle seront encore plus proches, demi-soeurs quand la mère de Suzanne épouse le père de Lucie. 

Artistes toutes les deux, Lucie est poète, Suzanne plasticienne. Elles inventent leur vie, se créent des identités, changent de nom Lucie devient Claude, Suzanne, Marcel. Elles jouent avec les apparences physiques

. Claude se rase le crâne, adore être prise pour un homme. Toutes deux se photographient dans des mises en scène androgynes ou carrément surréalistes.

Signé Moore

Elles fréquentent les surréalistes :

« André Breton, Robert Desnos, Philippe Soupault… C’est plus tard seulement que j’ai pris conscience de ce que signifiait ce dont j’avais été témoin ce soir-là – non de la naissance du surréalisme, sans doute, mais d’un aperçu du mouvement dans sa petite enfance. »

Nous ne fîmes néanmoins aucune tentative pour nous joindre à eux. […] il nous semblait que le mouvement était dominé par des hommes apparemment peu disposés à prendre les femmes au sérieux, ou incapables de le faire, et qui considéraient l’homosexualité avec méfiance, voire dégoût. En outre, nous n’étions pas réellement intéressées par l’affiliation.

Jamais d’autre que toi est un roman historique racontant la vie artistique et littéraire à Paris , on croise aussi Michaux, Gertrud Stein, Marguerite Moreno et des acteurs de théâtre un peu oubliés, Foujita, Dali…

A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, Lucie qui a déjà souffert de l’antisémitisme pendant son enfance pressent le drame qui se noue et les deux femmes vont chercher un refuge à Jersey. 

. Nous allions partir à Jersey, avec ses plages idylliques, ses vallons et ravins verdoyants, son délicieux isolement. Des amis viendraient de temps en temps nous rendre visite, mais nous aurions l’intimité et la paix. Notre vie serait tranquille, nous ferions des photographies. Nous nous aimerions

La paix? c’était sans compter l’invasion des îles anglo-normandes par les nazis qui les fortifièrent en les transformant en véritable bastion. Et les deux femmes deviennent un réseau de Résistance à elles toutes seules.

Plus tard, j’appris que les Allemands avaient un nom pour les gens comme nous, qui refusaient de reconnaître leur présence. Ils nous appelaient les “fantômes”. Comme il était curieux, me disais-je, qu’ils aient pensé à inverser ainsi les choses. Nous les traitions comme s’ils n’existaient pas et pourtant, d’une certaine façon, c’étaient nous qui étions devenus invisibles.

Elles agissent avec leurs talents : les mots et les dessins, rédigeant des tracts illustrés très impertinents dans un allemand parfait que possède Suzanne. Elle font croire que des séditieux sont infiltrés dans les troupes allemandes. Elles collent leurs tracts dans les endroits judicieux jusque dans les poches et les chaussures des officiers allemands. Elles vont même jusqu’à afficher une banderole dans le cimetière autour de l’église comparant la grandeur de Jésus à celle de Hitler. Provocations dans le plus pur surréalisme!

Dénoncées, elles sont incarcérées en 1944 et condamnées à mort. Un suicide raté leur sauvera la vie, leur épargnant la déportation.

Claude Cahun photographiée  par Suzanne avec l’aigle nazi dans la bouche.

Des personnalités remarquables, une histoire passionnante.

A lire, même si vous ne vous embarquez pas pour Jersey!

Cézembre – Hélène Gestern

UN ROMAN DE SAINT MALO

Cézembre vu du ferry

Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…

Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyr dont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman

« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de
lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas
éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »

Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale. 

Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une  enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti. 

Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?

Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.

Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si
atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines
dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles
Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets,
traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés,
minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.

Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca,  dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.

Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée

On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des
couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils
sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc.
Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion,
[…]
À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah,
la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique »
… Elle aussi, elle fait partie de la légende.

Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman  est décidément très riche.

J’ai eu  le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!

Erquy

SUR LA ROUTE DE PORT BLANC A SAINT MALO

le Port d’Erquy vu d’en haut

Erquy ou Cap Fréhel?

Les deux sont très fameux mais risquent d’être bondés en ce dimanche de juin par beau temps.

Erquy est une station balnéaire construite autour de son port et de sa plage. Les maisons s’étagent à flanc de colline et l’urbanisation s’étend presque en limite de la Zone Naturelle. De grands parkings sont aménagés au sommet du rocher mais nous préférons descendre à la mer. Une rangée de terrasses des  restaurants s’aligne près du port. Nous piqueniquons devant la plage. Des baigneurs en maillots sont à l’eau. J’aurais été mieux avisée de les imiter. Plus tard la mer descendra très loin, libérant un estran caillouteux.

Grès rose d’Erquy

Près du port,  une série d’escaliers de bois à la base de la falaise permet d’accéder au cap.  Jolie surprise : un petit lac se trouve au pied d’un  mur rocheux, le front de taille d’une ancienne carrière de grès. Le grès rose d’Erquy est très apprécié. Un peu plus loin, des engins de carrière sont disposés près du sentier : une benne remplie de cailloux et on distingue un rail sur la petite anse de galets

La promenade se déroule d’abord dans les pins et une végétation méditerranéenne. les Hélichryses jaunes rappellent même la Corse. puis on arrive dans une lande rase avec des ajoncs en fleur et des bruyères rose vif.

le cap d’Erquy est parcouru de nombreux sentiers piétonniers avec de nombreux piétons cet après-midi de dimanche. Chacun va se percher sur un petit piton ou un amoncellement de blocs.

La géologie d’Erquy est intéressante : le Grès blanc ou rose rubané s’et formé il y a 470 Millions d’années. On trouve aussi du volcanisme très ancien 600 MA avec des filons de dolérite (310MA) et des diorites 580 MA.

Du plateau on a une vue jusqu’au Cap Fréhel – spectaculaire!

Nous comptions ensuite suivre le littoral et voir les Stations de Saint Cast, Saint Briac et Saint Lunaire. Des travaux sur le Pont de Lancieux nous bloquent le passage. Nous traversons deux fois le village de Matignon, sommes déviées et passons enfin le barrage de la Rance

Etape à Guingamp

SUR LA ROUTE DE PORT BLANC A SAINT MALO

Château de Pierre II –  Guingamp

Nous sommes passées nombreuses fois sur la RN 12 tout près de Guingamp. Pressées d’arriver après le long trajet, nous n’avons jamais  fait le détour. Cette première visite est donc une découverte.

Le château de Pierre II est actuellement en réfection. Il fut fondé en 1034.

L’arpenteur de Cyrille André est une curieuse statue contemporaine métallique d’un homme qui porte un nuage ; périodiquement la pluie se déclenche. Pas spécialement beau mais amusant.

La Rue Saint Jacques et ses escaliers montent à la grande église N.D. de Bon Secours. Curieusement les façades triangulaires s’accumulent accolées à une tourelle ronde et à une haute nef. Faisant le tour de l’église, je passe devant beau porche qui s’ouvre sur une rue étroite, puis une autre entrée. je suis désorientée. Beaux décors Renaissance, thème récurrent de la coquille. Un ruban court sur une partie de la façade.

Détail du porche

Curieuse, je pousse la porte, timidement, c’est la messe. L’église est pleine, je me retire aussi doucement que possible.

Fontaine Plomée

La grande place rectangulaire est bordée d’intéressantes façades, certaines à pans de bois, d’autres recouvertes d’ardoise. Une fontaine à figures de plomb dans deux vasques superposées domine de sa hauteur des jeux d’eau très contemporains, petits miroirs d’eau, jets qui surgissent du sol le long de la promenade. Plus bas une autre place héberge un Bambi géant, Sitis d’Alain Leboile. Je suis peu fan de l’univers Disney que m’évoque le faon. 

Le guide Gallimard recommande la visite de couvents et chapelles. Aujourd’hui, dimanche l’Office de Tourisme est fermé. Faute de plan, j’écourte la visite. J’aurais bien flâné sur les bords du Trieux .

Nous avons trouvé notre pique-nique dans une boulangerie très chic et sommes pressées de retourner à la mer pour midi.

En quête du pique-nique, une belle surprise :l’enclos paroissial de Runan

SUR LA ROUTE DE PORT-BLANC A SAINT MALO

Notre Dame du Bon Secours – Enclos paroissial de Runan

Nous ne sommes pas pressées d’arriver à Saint Malo.

 Au lieu d’emprunter  la grande route D767 comme le propose le GPS, nous nous attardons dans la campagne à la recherche d’un charcutier pour du pâté ou de l’andouille et d’une boulangerie pour une baguette bien craquante. Nous nous déroutons à la vue d’un clocher et d’un village. 

Façade ornée

Les dimensions de l’église sont impressionnantes pour un si petit village (253 habitants). L’église est précédée d’une imposante chaire à prêcher. L’église est ouvragée, son porche, comme les piliers carrés délimitant les travées de la nef à l’intérieur. Deux magnifiques retables de bois peint ry une chaire en bois sombre.

Pour le pique-nique, c’est loupé. Il y a bien une boulangerie qui fait aussi épicerie et propose même des poulets rôtis avec des pommes de terre. Tous ces villages sont jolis, fleuris mais il n’y a plus aucun petit commerce sur place.

Claude-François Denecourt (1788-1875) « L’amant de la forêt de Fontainebleau » Jean-Claude Polton

MASSE CRITIQUE BABELIO

Théodore Rousseau : intérieur de la forêt, le grand dormoir

Toutes les randonneuses connaissent les sentiers Denecourt balisés en Forêt de Fontainebleau, la Tour Dénécourt et les petites fabriques, fontaines ou médaillons, étapes des randonnées en forêt. 

J’ai attendu avec impatience l’arrivée du livre de J.C Polton dans ma boite aux lettres dans le cadre de la Masse Critique de Babélio que je remercie ainsi que l’éditeur les Editions du Sabot Rouge pour cet envoi. 

Denecourt est un personnage singulier dont la vie a traversé presque un siècle, de la Révolution de 1789, aux Campagnes napoléoniennes, à la Restauration, Révolutions de 1830, 1848, Second Empire, jusqu’à la IIIème République. Pour la lectrice, une leçon d’histoire! L’enfant Franc-Comtois a été élevé dans les légendes villageoises mais aussi dans une famille favorisée par la Révolution . Il gardera des idées hostiles à l’Ancien Régime, aux tyrans même s’il était très jeune quand les troupes patriotiques défendant la Patrie en danger sont passées dans Luxeuil.

A 20 ans,  en 1809, il s’enrôle dans les régiments de Napoléon en Autriche puis en Espagne. Blessé en 1812, démobilisé, il s’engage à nouveau en 1813. Son passé de grognard de Napoléon va le suivre.

Court apprentissage chez un bijoutier à Paris. A la faveur des Cent jours, Denecourt retrouve sa cocarde tricolore et se porte au devant du Petit Caporal. Ses états de service militaires lui procurent une place de portier concierge qu’il va perdre puis retrouver.

A Versailles, le portier-concierge va faire des affaires, il vend du vin aux militaires de la caserne, s’enrichit, devient même prêteur. Personnage balzacien (j’ai téléchargé  César Birotteau à l’occasion).Le jeune voiturier quasiment illettré s’instruit. Il gère son commerce mais il fréquente aussi les bibliothèques publiques et les cabinets de lecture . Il découvre la politique s’engage dans la propagande libérale

En 1832, il s’installe à Fontainebleau, toujours portier-concierge, mais perd son emploi à cause de la répression.  Rentier ayant réussi à faire fructifier ses affaires, il va découvrir une nouvelle entreprise : il se passionne pour la forêt de Fontainebleau. Il va baliser des promenades et mettre sur pied une véritable entreprise touristique en relation avec son gendre qui a des calèches. Non seulement il balise les chemins avec les petites flèches bleues qu’on suit encore, mais il publie des guides pour les promeneurs, s’édite lui-même, collabore avec des artistes pour les illustrations, aménage les curiosités, engage des carriers pour sécuriser grottes et rochers, construit un observatoire….En 1849, le train arrive à Avon. Ces trains de plaisir correspondent tout à fait à l’entreprise de tourisme que Denecourt a mis en place.

Promoteur de tourisme, il se veut aussi écrivain. Fréquente des artistes, des hommes de lettre. Gagne le surnom de Sylvain  que lui donne Théophile Gautier.

Toute la suite de sa  vie est une recherche de reconnaissance : le jeune illettré est maintenant respecté, fêté même. Il ambitionne la Légion d’Honneur. Et, enfin la IIIème République consacre ses idéaux démocratiques….

Le personnage très original m’a donc beaucoup intéressée.

 

Mais le récit très détaillé, très documenté comporte des longueurs pour qui ne connait pas les subtilités de l’histoire locale bellifontaine. Les rivalités, les jalousies de personnages oubliés maintenant, polygraphes ou concurrents, prennent beaucoup de place. En revanche j’aurai voulu en apprendre plus sur l’Ecole de Barbizon, les initiatives des artistes, de George Sand, Théodore Rousseau dont je me souvient de la très belle exposition au Petit Palais.

 

 

Le Gardien du Feu – Anatole Le Braz

CARNET DU TREGOR

Anatole Le Braz (1859 -1926) possédait une maison à Port-Blanc, puis, après le terrible naufrage qui engloutit de nombreux membres de sa famille, s’installa à l’Arcouest. Cet écrivain régionaliste qui collectionna les légendes et récits bretons nous accompagne parfaitement dans notre escapade à Port-Blanc.

C’est une relecture, après treize ans. Je l’avis trouvé dans le gros bouquin Phares. J’y ai pris un réel plaisir de relecture. De toutes les façons, le dénouement est annoncé dès le début. Ce n’est pas l’histoire d’amour de Goulven Denes, éloigné d’Adèle, son épouse, par sa fonction de gardien du phare qui m’a le plus intéressé mais toutes les coutumes, les légendes, la nature sauvage qui sont si bien décrits. A la relecture, j’ai prêté plus attention à ces détails et j’ai adoré cette lecture. 

Un navire sans mâts ni gréement d’aucune sorte, et dont la coque avait plutôt la structure d’un énorme cercueil, avait été aperçu un matin dans le Raz, louvoyant en face de la Baie des Trépassés. Nul simulacre de matelots à bord. Tout à coup, de cet extraordinaire caboteur, une fumée s’était exhalée, une fumée opaque et lourde comme celle que dégagent les feux de goémons. Puis, se rembrunissant, elle avait pris corps, s’était changée en un fantôme de femme, d’une stature démesurée, qui, sinistre en ses flottantes mousselines de deuil, avait gagné la côte. À toutes choses comme à tous êtres son approche fut mortelle. L’herbe se dessécha, les fontaines tarirent ; les bœufs au labour se couchaient en plein sillon et bavaient de terreur, le mufle à moitié enfoui dans la glèbe. Quant aux humains, ils périrent comme mouches : il ne demeura point assez de vivants pour enterrer les cadavres. On montre, dans le pays, des champs d’ une fertilité proverbiale, qu’on ne fume jamais ; les blés y poussent sur des charniers qui suintent encore après des siècles.

A propos de Loguivy-de- la mer, où je suis passée plusieurs fois sur le sentier côtier

Une procession de voiles vient d’émerger des profondeurs du septentrion. Ce sont les barques loguiviennes, à n’en pas douter. Elles s’avancent comme une troupe de cygnes noirs. Chaque printemps, elles émigrent de la sorte, des confins du Goëlo, emportant une tribu entière, hommes, femmes, et les enfants qui ne sont pas encore sevrés. Il ne reste au pays que les aïeules, pour garder les maisons vides et les lits défaits. Six mois durant, elles vieillissent là, solitaires, assises sur les seuils à filer de la laine pour les tricots, en attendant les expatriés. Voilà des années que les Loguiviens ou, comme on dit ici, les Paimpolais, accomplissent périodiquement cet exode vers les eaux de Sein, riches en homards. Ils prennent à l’île leurs quartiers d’été, s’installent par familles chez l’habitant, qui les exploite le plus qu’il peut et les poignarderait volontiers d’une main, tandis qu’il accepte leur argent de l’autre. Les deux populations logent sous les mêmes toits, sans jamais se mêler ni se fondre.

A propos, Anatole Le Braz est le personnage d’une série policière de Gérard Lefondeur « les Enquêtes d’Anatole Le Braz » dont j’ai bien aimé Le sang de Douarnenez et L’ouvrier et la mort.

La Roche-Jagu – château et jardins

CARNETS DU TREGOR

Le château derrière les roses

Situé un peu à l’intérieur des terres, nous avions négligé La Roche-Jagu. Et c’était une erreur, c’est une belle visite. Construit sur une boucle du Trieux, à 6 km au nord de Pontrieux. Il domine le petit fleuve, 70 m au-dessus d’une cale . 

Belvédère au-dessus du Trieux. En face on voit le train

Au XIème siècle, un seigneur breton nommé Jagu fit édifier une motte castrale, transformé en château de pierre. Détruit au XIV ème siècle. la noble dame Catherine de Trogundy le fit reconstruire en 1405. On le qualifie alors de maison forte avec un bâtiment massif à deux étages et deux fines tourelles rondes. Le toit est orné de 19 cheminées. Si le bâtiment semble austère, il est mis en valeur dans un écrin végétal : un parc de 64 ha qui descend jusqu’à la ria. Dévasté par une tempête en 1987, il fut confié au paysagiste Bertrand Paulet.

Cascade, ruisselets et bassins

A la billetterie on confie un plan pour une longue promenade de 2.4km en 26 étapes à travers les jardins fleuris, les terrasses gazonnées et au cœur de l’épaisse forêt qui tapisse la vallée du Trieux.

La première surprise, sur une terrasse à l’écart du château : la vue sur la boucle du petit fleuve qui serpente entres des bancs vaseux à marée basse. L’eau est salée dans la cale et l’influence des marées se fait sentir.

Escalier d’eau

Le sentier descend le dénivelé de 70 m. Les jeux d’eaux agrémentent la promenade. Un étroit canal est mis en valeur par des sculptures contemporaines en fer forgé. Je découvre des fontaines, un escalier d’eau. Je traverse une palmeraie puis une saulaie. Trois bassins carrés servaient à rouir le lin. Trois mares précèdent la source du Stanco dans un bassin, capté dans uncanal recourbé, il cascade dans de petites vasques. Tous ces jeux d’eau dans la nature luxuriante sn rafraîchissants.

Pour retourner au château j’emprunte des allées bordées de camélias dont la floraison est terminée, quelques fleurs jonchent encore le sol. Un labyrinthe d’ifs taillés en spirale conduit à une plateforme avec un point de vue d’ensemble sur les jardins. Deux rangées de cyprès donnent une touche italianisante.  

Le château est vide; Au rez de chaussée de nombreux cartels et panneaux racontent l’histoire du château : beaucoup à lire.

kachina

Les étages offrent un vaste espace pour des expositions présentées par le Domaine Départemental. L‘Esprit de la Nature : Art de peuples autochtones d’Amérique est une grosse exposition présentant les cultures amérindiennes. Beaux objets de la vie traditionnelle, cartes, photographies. C’est très complet et roboratif, couvrant aussi bien les peuples autochtones de l’arctique que du Nouveau Mexique.

Un peu trop à voir en fin de journée. Il faudrait y consacrer une bonne après-midi. 

 

Jardin de Kerdalo

CARNET DU TREGOR

Gunnera manicat spectaculaires

Promenade de rêve dans ce parc qui descend jusqu’au Jaudy – le petit fleuve ou ria de Tréguier. Il faut quand  même être bien chaussé, les sentiers sont pentus. Dans une nature exubérante, très nature, un peintre a dessiné des tableaux comme cette fabrique avec son bassin lisse et les pas japonais . 

au premier plan les roses embaument (rosa filipes)

Ensemble aquatique et parfumé  avec une cascade en escalier à peine masqués par les roses.

or et argent des feuillages graphiques

Jeu de volumes, de feuillages d’or et d’argent

5 jours en juin à Port-Blanc – quelques cartes postales du GR 34

CARNET DU TREGOR

Bugueles ; moulin à marée

Nous voici revenues, heureuses de retrouver le Sentier littoral, les jardins, chapelles sous le beau soleil de juin. Inutile de chroniquer au jour le jour des itinéraires du GR 34 déjà décrits sur le blog. Je me contente donc d’ajouter au Carnet du Trégor quelques photos un peu plus fleuries que celles de janvier, plus ensoleillées qu’en septembre…

Anse de Gouermel

En juin, les randonneurs sont nombreux autour de Plougrescant. Il faut faire la queue pour avoir une bonne photo de Castel Meur. Au Sillon de Talbert, la marée était haute, impossible de passer

Face à Bréhat entre l’Arcouest et Loguivy de la mer

Et pour me  baigner, c’est la plage de Trestel que j’ai préférée