Le décès d’Antonine Maillet, le 17 février 2025,m’a donné envie de la relire et de la faire lire aux blogueuses.eurs plus jeunes qui ne l’aurait pas connue. J’ai lancé une lecture commune ICI et réservé à la bibliothèque Pélagie-la- Charrette qui avait remporté le Goncourt en 1979.
J’ai ressorti mon petit volume de la Sagouine que j’ai découverte sur place « au Pays de la Sagouine », à Bouctouche au Nouveau Brunswick , reconstitution de l’ancien village avec acteurs-habitants en costume d’époque. La Sagouine – frotteuse de parquets, raconte en 16 monologues la vie du village.
« C’est point d’avouère de quoi qui rend une persoune benaise, c’est de saouère qu’a va l’avouère »
La Sagouine
Crache à pic (317p.) est un roman d’aventure, roman du temps de la Prohibition (années 1930), roman de marins puisque l’héroïne Crache à pic, est capitaine d’une vieille goélette, roman acadienqui se déroule sur les côtes des Provinces maritimes et celles du Maine (pour la contrebande). C’est aussi un roman très drôle avec des scènes hilarantes qui se succèdent mais que je ne divulgâcherai pas pour vous en laisser la surprise.
– Au nom de la loi! qu’il réussit à crier. Arrêtez!
Et la goélette vint se cogner à la coque du bateau des garde-côtes, en laissant tomber les voiles au pied du mât… comme la plus innocente petite fille du monde qui a déjà avalé toute la confiture et n’a plus rien à cacher. […] Crache à pic avait aperçu, flottant autour de son embarcation, une douzaine de fanions rouge et noir tombés du ciel comme de petits pains bénits.
Sainte Mère de Jésus-Christ! qu’elle s’est écriée, les trappes à homards!
Et à coup de poings dans le dos, elle poussait ses hommes jusqu’à la proue.
jetez le homard à l’eau qu’avait commandé le capitaine. Tobie et Jimmy, allez me qu’ri les caisses de vin et enlignez-mes sur le pont….
Pour le dépaysement total, il vous faudra vous familiariser avec le Français d’Acadie différent de celui du Québec, et très différent de celui de France. A l’oral, j’ai été très surprise et j’ai mis quelques jours à tout comprendre. Par écrit, cela le fait très bien. C’est une langue très savoureuse.
L’ombre d’Al Capone plane, Dieudonné riche bootlegger canadien dépouille les paysans naïf en achetant leurs terres et en spéculant sur les gramophones… je n’en dirai pas plus. Vous allez passer un bon moment.
Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »
Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue«
pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »
Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.
Atget
Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvillescomme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo
Bidonville de Nanterre
De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier
Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…
Banlieues engagées
les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires .
maquette de Nanterre
Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiréLaurent Kronental
Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre
Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches
Police personne ne bouge
1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse
année 80 : âge d’or du rock
1983 marche contre le racisme
1990 : le rap rythme les émeutes urbaines
2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)
Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .
Cindy Bannani
l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.
Beaucoup de thèmes sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?
A la sortie de l’Exposition Artémisia Héroïne de l’Art à Jacquemart André j’ai téléchargé cette biographie, j’ai découvert à l’ouverture du fichier qu’il s’agissait d’un pavé (660 p. en édition de poche) et qu’un cahier d’illustrations très complet était fourni -cela aurait été mieux sur papier.
Gros livre, très dense qui s’ouvre comme une galerie de tableaux, une succession de scènes théâtrales très baroques, très spectaculaires avec les funérailles d’Orazio Gentileschi, le père, à Londres, l’exécution de Béatrice Cenci(souvenir de Stendhal) et les funérailles de Prudenzia, la mère d’Artémisia. Un peu grandiloquent, peut-être? Je pense aux Judith, Cléopâtres, ou Suzanne. Artémisia ne fait pas dans la légèreté!
De tout temps, l’art a servi de signe extérieur de richesse. Mais, entre les mains des mécènes du XVIIe siècle, les peintres et les sculpteurs sont devenus monnaie d’échange, instruments de propagande, armes de chantage. [… tel génie qu’a réussi à s’attacher l’un] ou l’autre des potentats. Bref, en cette année 1639, l’art est devenu la pierre angulaire du pouvoir ; et l’artiste, son outil. […] la possibilité de s’immiscer dans toutes les cabales d’une cour étrangère ? Rubens, Vélasquez – émissaires, ils l’ont été tous deux. Comme le fut Orazio Gentileschi.
Rome, à l’aube du XVIIème siècle concentre de nombreux artistes qui terminent les décors de Saint-Pierre, décorent les palais prestigieux des Borghèse, Le Caravage obtient la commande de Saint-Louis-des-Français, Le Cavalier d’Arpin, Saint-Jean-de Latran. L’émulation, la concurrence, la jalousie n’adoucissent pas les mœurs. Artémisia grandit dans l’atelier de son père Orazio Genteleschi, peintre reconnu. Elle va broyer les couleurs, tendre les toiles, et apprendre tous ses secrets. Et la lectrice découvre la « cuisine « des pigments et des teintes. Comment peindre à fresque en ne disposant que de sept heures pour accomplir le travail de la journée.. Et ce n’est pas l’aspect le moins intéressant de ce livre.
Épées, poisons, poignards. Amazones, pécheresses, séductrices, Marie-Madeleine, Galatée, Esther et Bethsabée, toutes se débattent entre l’amour, la mort et la liberté. Toutes s’affranchissent. Toutes triomphent.
Histoire de viols, Meetoo à Rome, Beatrice Cenci, parricide, violée par son père. Prudenzia, la mère d’Artemisia peut-être abusée par Cosimo Quorli. Artemisia violée par Agostino Tassi, l’ami de son père, qui était chargé de lui apprendre la perspective et le dessin. Tassi bon peintre était un personnage peu recommandable. Il avait promis le mariage à Artémisia alors qu’il était déjà marié. Orazio le traîne en justice. Procès retentissant que l’écrivaine étudie en détail.
Tu ne peux pas tout avoir, lui avait crié Orazio, tu ne peux pas avoir l’amour de ton époux et la perfection de ton art!…Non, tu ne peux pas tout avoir : le bonheur ici-bas et l’immortalité
Déshonorée par le viol, Artemisia doit se marier à un peintre florentin de peu d’envergure. Elle quitte Rome et son père pour Florence où elle remporte un grand succès. A la cour de Cosme II de Médicis, il règne une vie intellectuelle intense et raffinée. Artémisia, arrivée illettrée apprend la musique, la poésie, expose au Palais Pitti décroche des commandes officielles.
Minerve
Artemisia voyage, s’installe un temps à Venise, puis à Naples métropole presque aussi peuplée que Paris, sous la domination espagnole. La vie artistique y est aussi très violente. Les échafaudages des peintres étrangers s’effondraient, les couleurs de leurs fresques s’effaçaient . Trois artistes faisaient régner la terreur, à leur tête Juseppe de Ribera (dont j’ai vu l’exposition l’hiver dernier au Petit Palais ICI
Pendant ce temps, Orazio Gentileschi est à Londres. A ma grande surprise, je découvre que les peintres jouaient un rôle politique inédit : celui d’espion. Le peintre avait l’oreille des souverains quand ils peignaient leurs portraits. Ils apprenaient des secrets d’état en ce temps de Guerre des Trente ans. je croise Buckingham et Mazarin (souvenirs d’Alexandre Dumas) .
Difficile d’énumérer tous les sujets abordés dans ce gros livre.
La relation père-fille, transmission mais aussi rivalité, occupe une bonne partie de l’histoire. Qui est le meilleur peintre, le père ou sa fille?
Les histoires d’amour d’Artémisia qui était de caractère passionné….
Roman historique ou livre d’Histoire? Dans le dernier quart du bouquin, Alexandra Lapierre fournit une abondante bibliographie. Surtout elle raconte ses cinq années de recherches pour aboutir à la rédaction du livre. Elle cite en Italien et même en latin les archives. Pour illustrer les rapports entre les artistes elle cite les libelles injurieux et va même jusqu’à établir une liste des insultes et gestes grossiers en cours au début du XVII ème siècle. Ambiance! Très instructif.
J’ai donc fait la connaissance d’une artiste exceptionnelle, mais aussi une plongée dans le monde artistique italien (mais pas que) de l’époque.
J’ai réservé notre dernière matinée à Arcachon pour l’exploration autonome de la Ville d ‘Hiver selon l’itinéraire proposé par l’Office de Tourisme : 19 points d’intérêt. En scannant un QR code on obtient l’audioguide des principales curiosités.
De l’Office de Tourisme, suivre l’avenue Regnault . Régnault (1827 – 1879) neveu d’Emile Pereire, ingénieur à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, appartenant aux Frères Pereire, Emile (1800 – 1875) et Isaac (1806-1880).
La Ville d’Hiver fut construite en 1860 pour rentabiliser la voie ferrée ; un médecin, le Docteur Pereira avait remarqué que marins et résiniers ne contractaient pas la tuberculose. Pereire eut l’idée de génie de mettre les tuberculeux dans les meilleures conditions possibles. Emile pereire acheta les hauteurs d’Arcachon et construisit la Ville d’Hiver pour en faire une sorte de sanatorium. Les rues et allées furent dessinées en courbe pour supprimer les courants d’air. Les Vents marins en traversant la forêt de pin avaient perdu leur agressivité
Casino mauresque
J’arrive au pied de l’ascenseur qui monte au Parc Mauresque, parc arboré autour du Casino de style mauresque s’inspirant de l’Alhambra et de la Mosquée de Cordoue. Malheureusement ce casino a brûlé. Une maquette avec les structures métalliques permet de se l’imaginer ; Regnault a également construit une passerelle et un observatoire en collaboration avec Gustave Eiffel.
Me voici plongée dans le Second Empire . Souvenirs de Zola pour les constructions, spéculations immobilières, Proust pour les mondanités, j’imagine Swann fréquentant les Pereire.
Villa Teresa
A la sortie du parc, la grande villa Teresa a vu passer le sultan du Maroc. De l’extérieur on ne peut pas deviner les boiseries et les plafonds à caissons que décrit l’audioguide. Une grande bâtisse L’Hôtel Régina a été la résidence de souverains, musiciens (Camille Saint Saëns) et d’hommes politiques ;
J’arrive à l’allée du Docteur Lalesque, puis du Dr Hameau Dr Pereira, Dr Festal et l’allée pasteur. La toponymie rappelle la vocation de sanatorium de la Villa D’Hiver.
jardins luxuriants
Sur le papier, le parcours semble simple. En réalité, je me perds dans ce labyrinthe tout en sinuosités (voulues pour couper les courants d’air). Comme si les courbes ne suffisaient pas il faut aussi tenir compte des dénivellations ; la ville est construite sur des dunes. Au passage je cherche els belles villas. Certaines sont vraiment imposantes. D’autres, petites sont cachées dans la verdure. Les trottoirs sont moussus. Les jardins luxuriants. Les mimosas sont passés comme les camélias. La floraison des lauriers est à son apogée avec des boules jaune vif.
La promenade s’achève villa Alexandre Dumas. L’écrivain ne l’a pas connue. Elle a été construite 25 ans après sa mort. Le propriétaire, Daniel Iffla dit Osiris a fait graver le nom des écrivains qu’il admirait. Parmi les noms des villas beaucoup de prénoms féminins, c’était la coutume, mais aussi des musiciens : Chopin, Walkyries, Faust…
l’Observatoire : la Tour Eiffel d’Arcachon
Enfin, je trouve la passerelle Saint Paul qui enjambe une rue et mène à l’ »Observatoire » qui 0est la Tour Eiffel d’Arcachon. 70 marches métalliques pour atteindre la Plateforme qui domine le Bassin. J’y découvre l’Île aux Oiseaux que je n’ai pas eu le temps de visiter en mini-croisière ; je n’ai donc pas vu les cabanes tchanquées que toute la ville vante.
Audenge est une petite ville sur le bord du Bassin 28 km d’Arcachon. Nous connaissons bien la route par Gujan-Mestras et Le Teich suivant la ligne ferroviaire. Les communes se touchent, nous traversons des zones pavillonnaires. De nombreux commerces et moyennes surfaces sont répartis le long de la D650 où l’on circule à très petite vitesse. Cette urbanisation contraste avec la ville-jardin très chic qu’est Arcachon.
Me promenant dans les belles rues de la Ville d’Hiver ou du Pyla-sur-Mer et ses belles villas, je m’étais demandée où pouvaient donc vivre les gens ordinaires, pas les très-riches. Le trajet vers Audenge me donne un élément de réponse ; Pas de HLM non plus. Certaines maisons ont elurs volets fermés, des maisons de vacanciers sans doute. Mais il y a également des collèges, un lycée, des administrations avec des services sociaux d’une ville vivante.
Audenge sentier côtier
Entre Le Teich et Audenge, le delta de la petite rivière, l’Eyre et un bois donnent une respiration à ce trajet avec des promenades à pied, en canoë ou en kayak.
La Mairie d’Audenge en pierre beige est jolie. La vieille église romane du XIIème siècle est très simple avec son porche à décor géométrique.
Deux promenades à pied trouvées sur Visorando pour occuper la journée :
La petite boucle du Domaine de Graveyron 6.4 km, facile 1h50
Le domaine de Certes et les Plages de Lanton ; 14.5 km 4h05
La petite boucle commence au port aménagé comme une piscine naturelle, elle passe dans le marais par la Ferme de Graveyron et le Domaine de Certes.
Le Domaine de Certes, propriété du Conservatoire du Littoral est un espace naturel de 530 ha. Aménagé au XVIIIème siècle par le Marquis de Civrac pour la production du sel en creusant des bassins et des écluses protégés par une digue. L’exploitation du sel était rentable sans les taxes. Quand on les a introduites le marquis meurt ruiné en 1773. Au XIX ème siècle, le domaine est transformé en établissement piscicole , le château reconstruit en 1840 a été ravagé par un incendie en 2010. Actuellement les bâtiments d’exploitation et les dépendances sont occupés par le Conservatoire BotaniqueSud Atlantique et la LPO avec un centre de soin pour les oiseaux blessés. On peut voir une brande exposition de photos et vidéos – prévoir 1h30. Malheureusement nous arrivons trop tard.
Pique-nique à Lanton à la Plage Suzette
Un petit pique-nique avec vue sur le Bassin – basse mer, la mer semble s’être retirée du Bassin. Pour se baigner, on peut aller à Audenge dans la piscine creusée dans le chenal.
Après le pique-nique j’entreprends la deuxième promenade, sur le sentier du littoral en direction du château de Certes. Certains passages seraient, selon l’hôtesse du château de Certes, impraticables avec des grosses flaques et de la boue. J’emporte donc mon bâton télescopique. J’aurais été mieux avisée de le déplier avant de me retrouver aspirée dans une boue gris-vert extrêmement collante. Cette promenade dans le marais est agréable mais plutôt monotone. Je préfère revenir au bout d’une demi-heure à la voiture.
Lanton villa sur la mer
Comme nous ne sommes pas pressées de rentrer dans notre logis sans fenêtres nous continuons vers le nord jusqu’à Taussat-les-bains pour voir les belles villas sur le front de mer. Toulouse-Lautrec et François Mauriac en furent les visiteurs les plus fameux. Le Castel Landon édifié à la fin du XIXème siècle est maintenant un centre de vacances accueillant des scolaires. Sa façade est défigurée par une véranda moderne disgracieuse. Les pignons et tourelles en font un manoir un peu fantastique ;
A l’occasion de cet anniversaire ta d loi du ciné a lancé ce challenge auquel je m’associe volontiers. Jules Verne m’accompagne dans nombreux voyages. Comme je n’ai pas de voyage lointain en perspectives je retourne, en livre, en Roumanie où j’ai de très bons souvenirs.
Le Château des Carpathes , au premier abord est un roman gothique qui m’a fait penser à Walpole et son Château d’Otrante CLIC
Un château hanté, des villageois superstitieux, des légendes locales… et des assertions antisémites, il faut vraiment contextualiser et resituer l’œuvre dans l’époque où il a été publié (1892) où le lecteur friand de dépaysement était peut être moins susceptible. Ces paysans arriérés qui gobent les diableries ne sont plus de saison.
En revanche, au milieu du récit, un détour par Naplesva dérouter le lecteur. Et nous allons retrouver le Jules Verne de science-fiction, entre diablerie et technique sophistiquée. Mais je divulgâche…, je n’en dirai pas plus. Et le roman qui était plutôt mal parti m’a bien accrochée.
Paul Klee – légende des marais. pourquoi Klee? Exposition Art Dégénéré
J’ai écouté Marie Drucker sur FranceInter : « il y a des millions de manières de se sentir juif ou de ne pas se sentir particulièrement juif » et j’ai eu envie de lire Nos cœurs déracinés.
«Être juif, c’est se confronter à la vastitude des possibilités d’être. Cela peut être affaire de religion, de croyance, de foi, d’appartenance, de non-appartenance, de mysticisme, de culture. On n’est ni croyant ni pratiquant, mais à la question : vous êtes juif ? on se doit de répondre « oui » sans conditions. Car, plus que toute autre, notre identité est aussi faite de nos morts.»
Percutée par le 7 octobre, Marie Drucker explore ses racines, comme le suggère le titre des « coeurs déracinés »
« Exclusivement guidée par ma liberté que je crains à tout moment de perdre, je refuse d’être estampillée et réduite à cette seule part de mon identité.
Alors pourquoi m’attaquer à ce sujet hautement inflammable ?
Parce que aujourd’hui, c’est différent. Depuis le 7 octobre 2023, c’est différent. Je ressens le besoin impérieux d’explorer l’inexploré – je viens de ces familles où l’inconnu n’est pas l’avenir mais le passé, le saut dans le vide n’est pas demain mais hier. »
J’ai beaucoup aimé l’évocation de ses grands-parents qui
« avaient un amour immodéré pour la France, pour ses valeurs, et un attachement viscéral à la laïcité »
Venus d’Europe de l’Est, Pologne ou Roumanie. Attachement à la langue allemande, celle de Zweig. L’étoile jaune encadrée. Evocation de l’antisémitisme en Pologne qui a poussé à l’exil sa famille paternelle. Vie cachée pendant la guerre.
Drancy, le Dr Drucker, le grand père, est médecin du camp « Abraham Drucker s’est bien comporté » selon Serge Klarsfeld. Installation du cabinet médical en Normandie.
« n’est-ce pas cette condition extraterritoriale, sans contrainte de frontières, qui a donné le meilleur du
judaïsme et tant apporté à l’Europe et au monde ? Puisque les Juifs ont, de tous temps ou presque, été
détachés de la question territoriale, la préoccupation majeure était alors la circulation des idées. Le vrai
territoire est celui de l’échange oral, qui fonderait notre identité malgré nous »
La suite est une réflexion sur l’identité juive, les rapports avec le sionisme : indifférence du côté paternel, ou adhésion au sionisme pour le côté maternel. Confiance dans l’Europe, rempart contre l’oubli. Maternité.
Et pour terminer ce crédo :
« je crois aux sciences humaines, à la littérature, au cinéma comme valeurs refuges et échappatoires. malheureusement c’est vers la télévision et les réseaux sociaux que nous nous tournons par paresse… »
Crédo désabusé de l’ancienne journaliste après le 11 septembre et le 7 octobre quand l’actualité est traitée par les chaines d’information continue 24 h/24 et les téléspectateurs voraces d’images, de son, de violence. Sans parler des réseaux sociaux.
J’ai aimé cette voix lucide qui parle de notre monde.
Le Teich est une commune au sud du Bassin d’Arcachon là où la petite rivière L’Eyre forme un delta.
Le Parc ornithologique est payant (9.80 €). Un circuit de 6 km est organisé sur des chemins de planches, des sentiers bien entretenus de gravillons blancs et allées sableuses avec de nombreux affûts d’observation. 6 km, mais avec les détours, le podomètre en marque 8. Compter 2h30 à 3h de visite, et même plus pour l’observation des oiseaux.
Nous traversons différents milieux : rivière sous couvert forestier, grandes pièces d’eau rectangulaires, chenaux et bassins vaseux peu profonds. Les affuts d’observation sont très bien aménagés : belles cabanes avec des ouvertures horizontales à différentes hauteurs avec des tablettes bien pratiques pour les photographes, planches illustrées de détermination des espèces d’oiseaux. Pour l’optique, il vaut mieux apporter son matériel, longue-vue et jumelles, on peut aussi emprunter des jumelles. De nombreux panneaux renseignent les visiteurs sur tout ce que vous voudrez savoir sur les oiseaux d’eau. Certains sont passionnants. Il y a beaucoup à lire (à tenir en compte dans le temps de promenade).
marais vase
Sur le circuit, une vingtaine de points d’observation. Ne pas s’entêter si les oiseaux ne sont pas là, il y en aura sûrement une concentration ailleurs ! Ne pas oublier d’éteindre le portable et chutchoter. Les ornithos ne sont pas bavards, sauf pour échanger sur les déterminations des oiseaux.
La Réserve du Teich se trouve sur le parcours des grandes migrations.
Il faut tenir compte des saisons (les calendriers des présences sont affichés). Tenir compte également de l’heure : certains oiseaux quittent les lieux pour se nourrir ailleurs. Les canards s’alimentent volontiers le soir et dorment en plein midi. Les marées jouent aussi leur rôle à marée basse les limicoles préfèrent l’estran dégagé du bassin et ne reviendront qu’à marée haute sur la réserve. Autre paramètre : la hauteur de l’eau. Un système de bondes et d’écluse régule la profondeur optimale. Enfin : la salinité. La rivière apporte de l’eau douce qui se mélange à l’eau du Bassin.
Toutes ces variables expliquent la diversité des observations.
l’abreuvoir
Le premier affût est spécial : on y accède par un sas fait par des rideaux noirs, une glace sans tain permettant de surveiller sans être vu un abreuvoir, bassin carré peu profond, miroir d’eau. Beau dispositif mais il n’y a personne. Pas étonnant, l’eau est partout, pourquoi viendraient ils plutôt ici que sur la rivière toute proche ou dans les flaques.
Les affuts suivants sont décevants. Pendant ma promenade, j’écoute les passereaux dans les arbres très bruyants ; il n’y a pas encore de feuilles. Une surprise : en grimpant un escalier d’un affut dominant un plan d’eau, je tombe nez à bec d’une mésange qui s’envole quand je sors mon téléphone.
La promenade se déroule entre deux haies d’aubépine fleurie, un enchantement qui me fait penser à Marcel Proust à Combray.
le sentier entre les haies d’aubépines fleuries
Enfin un rassemblement de canards : colverts, chipeau et sarcelles d’hiver. Au fil de la promenade je rencontre d’autres sarcelles. Tous els canards dorment la t^te sous l’aile, pumage gonflé près des nids en construction. C’est amusant d’assister à la sieste des canards mais cela ne facilite pas la détermination des espèces.
la sieste des canards
Quand le sentier se rapproche de la côte, les limicoles font leur apparition. Les bécasseaux sont bien bruns, peut-être des barges qui sont signalées sur les panneaux, mais les becs sont beaucoup plus longs. Des limicoles gris sont tassés les uns contre les autres à la limite de la portée de mes jumelles, bécasseaux, pluviers ou gravelots à collier interrompu ? Impossible de les distinguer sans longue-vue. Je regarde avec envie les ornithos « pros » vêtus de treillis qui portent des téléobjectifs impressionnants, des bazookas !
Gujan Mestras Port de Larros
Nous retournons au Port de Larros. La terrasse de L’Annexe de la Marine est accessible PMR avec un plan incliné. Le plat du jour : tortilla au chorizo et moules frites 16€50. Je commande de la friture d’éperlan qui sont servies dans un cornet comme les frites. Les moules sont excellentes du persil et de l’ail sont haches très fin dans une émulsion de jus de moule et d’huile d’olive. Délicieux.
Les flèches jaunes de bois de randonnées pédestres signalent le sentier côtier vers Le Teich. La balade commence mal : les marques rouge et blanches de GR ont été recouvertes de peinture blanche. Pas de sentier, une chaussée goudronnée entre des hangars et des entrepôts en ruine. Assez déprimant.
Le Port du Canal est un port ostréicole plus petit et moins touristique que le Port de Larros, les cabanes de bois n’ont pas été repeintes. Un écriteau raconte l’histoire de chaque port qui est l’œuvre du travail de l’homme. Les colons de la Compagnie Ouvrière de la Colonisation des Landes de Gascogne, en 1850, ont creusé un canal menant à l’établissement de bains des Mestras. La première vocation de ce port fut donc balnéaire. Large de 10 m, il ressemblait à un canal. Il fut ensuite transformé en port de pêche avec le creusement d’une darse. Un autre canal a été consacré à l’ostréiculture. Information intéressante, mais toujours pas de GR.
Un chemin le long des cabanes me conduit à un autre port : le Port de la Barbotière, le port le plus ancien de Gujan qui date du XVIIIème siècle, relié aussi à un établissement de bains d’où son nom. Sur place, un beau terrain de boules très animé avec son chalet. Des chantiers navals aussi et le grand Lycée de la Mer.
J’avais définitivement perdu l’espoir de trouver le sentier littoral quand deux dames chaussées en randonneuses m’expliquent comment le rejoindre : derrière l’internat du lycée, un chemin longe la baie. Bordé de haies, très agréable et bien fréquenté. Il faut retourner à la route pour trouver le dernier et plus petit port de Gujan-Mestas : le Port de la Môle. Ensuite le sentier continue jusqu’au Teich entre ses aubépines fleuries.
Hors délai pour le BOOKTRIP EN MER je remercie tous les marins du Challenge de m’avoir donné envie de lire ce livre : Claudialucia, keisha, fanja
Les aventures et les naufrages ont accompagné ma semaine à Arcachon et dans les Landes du Médoc . Le décor, dunes, marais et forêts, était planté sous mes yeux. J’ai adoré la petite maison d’Hélène la sorcière:
Les pins, ici, sont plus clairsemés, et après eux apparaît une maison étrange. Elle est faite de planches grossières et de poutres, de pièces de bateaux, et son pignon tourné face à l’ouest a presque disparu sous le sable qui s’amoncelle. On pourrait monter cette dune pour marcher sur le toit où une cheminée dégage une fumée grise rabattue par le vent. Derrière, le haut d’un pin fourchu émerge d’une autre colline de sable, et plus loin on peut voir des troncs morts. Des têtes d’arbres auxquelles s’accrochent encore quelques aiguilles marron sortent du sol. Tout un monde semble avoir été englouti,
Le naufrage de la caraque portugaise en janvier 1627 sur les côtes du Médoc a vraiment eu lieu et a été documenté, c’est un fait historique même si l’ouvrage est une fiction.
Même si le Royaume du Portugal est tombé sous la tutelle de l’Espagne, même si la domination de la flotte portugaise est contestée sur les mers par les Anglais et les Hollandais il reste assez de fierté à Dom Manuel de Meneses, le Capitaine-mor, pour engager la flotte portugaise dans des aventures sur tous les continents connus alors : Europe, Afrique, Indes, Brésil.
« Il allait donc falloir se préparer à un combat déséquilibré et, éventuellement, pensa Fernando, prier pour trouver un morceau de bois auquel s’accrocher si le bateau venait à couler. Le genre de prière qu’il était plus facile de voir exaucée que celle qui aurait consisté en un apprentissage accéléré de la natation. Car si les prêtres enseignaient la prière et organisaient même des concours en la matière pour tuer l’ennui et détourner les hommes du jeu, si les officiers enseignaient le maniement du mousquet pour les mêmes raisons, si les soldats comme Gonçalo Peres vous enseignaient un peu malgré eux qu’il fallait toujours se tenir sur ses gardes, il ne venait à l’idée de personne, en embarquant pour un voyage de six mois sur des océans déchaînés, de vous apprendre à nager. »
Nous suivons les aventures de deux amis Fernando et Simao, soldats engagés en partance pour Goa, puis celles de Diogo, le fils de Nouveaux Chrétiens de Salvador de Bahia et de son ami Ignacio, indien Tupinamba, réunis après la prise et l’incendie de Sao Salvador de Bahia par la flotte hollandaise et enfin la cavale de Marie, la landaise, qui a assassiné à Bordeaux un jeune noble qui voulait abuser d’elle.
Fernando et Simao, après leur engagement comme soldats tenteront leur chance dans le trafic des diamants. Histoire de tigre dans la jungle, prisons de l’Inquisition..
Ignacio et son arc, Diogo seront engagés par le Capitaine-mor à la suite d’une expédition des flottes portugaises et espagnoles pour déloger les Hollandais de Salvador de Bahia.
Voyages au long cours, naufrages, batailles navales et aventures sanglantes sur terre. C’est un roman d’action, picaresque, historique, très bien écrit et très distrayant!
Une journée magnifique se prépare. Nous passons derrière l’Office de Tourisme, montons dans la Ville d’Hiver et ses villas fabuleuses dans des quartiers huppés. Descendons côté mer par d’autres quartiers très verts aux villas plus récentes mais toujours luxueuses. Nombreuses ont adopté le style basque avec boiseries marron ou vertes et lettres au graphisme basque. Nous longeons la mer dans les quartiers des Abatilles eu Moulleau et du Pyla-sur-mer (je note que l’orthographe diffère de celle de la Dune du Pilat). Les panneaux routiers ne mentionnent plus la Dune, nous voici égarées. Le GPS nous remet sur la bonne route. On accède à la Dune du Pilat par l’arrière dans la forêt sur un immense parking payant (7€) très bien organisé et ombragé.
Un cheminement stabilisé conduit aux « chalets » de bois abritant l’Accueil, les toilettes, des salles de projection. C’est vraiment très (trop) bien organisé. Le souffleur d’aiguilles fait un boucan épouvantable. Les souffleurs de feuilles déclenchent ma fureur : aussi bien en février quand les arbres ont perdu leurs feuilles depuis longtemps qu’en Aout où elles sont solidement attachées aux branches. Les rangers du parc dans le bâtiment d’accueil ne comprennent pas ma colère ; « il faut que ce soit propre » me répondent-ils. En effet la forêt landaise ne tolère pas une aiguille par terre.
Banc d’Arguin
Le chemin de la dune est bien indiqué. A partir d’Avril, un escalier de bois facilite la montée. Je suis ravie qu’il ne soit pas encore installé. J’ai mes chaussures de randonnée, mon bâton de marche et monte à l’assaut des 100 m de sable sec. Bien sûr, je m’arrête pour reprendre mon souffle et prends des photos, genre arrêt photo et pas randonneuse qui flanche. En à haut du raidillon je suis éblouie par le sable fin, doré. Les courbes sont somptueuses, les arêtes durcies. Le sable vole, emporté par le vent. Il fait très froid. Les randonneurs sont habillés comme aux sports d’hiver avec parkas, capuches, bonnets et écharpes. La dune me fait penser aux pistes de ski. Je suis la ligne de crêtes. Sur l’arête, je ne m’enfonce pas. Sur ma droite, l’océan, la vue est somptueuse avec le Cap Ferret et le Banc d’Arguin. Comme la mer descend plusieurs bancs sont visibles formant des chevrons. En observant plus attentivement, je surveille les allers et retours des bateaux à fonds plats des ostréiculteurs. A gauche, c’est le désastre. Les mégafeux de ont ravagé la forêt le long de la Dune du Pilat. Les campings se reconstruisent. Sans la verdure, les mobil homes de bois ressemblent à des barraques de chantier tassées les unes contre les autres. Cela ne fait vraiment pas envie. A mon retour, peu avant midi, le raidillon de la montée ressemble à une queue à l’enregistrement d’un aéroport. Des cars ont déversé des lycéens américains, espagnols, allemands qui se se pousse même pas pour me laisser passer en sens inverse.
Plage de la Lagune : ganivelles
La route de Biscarosse est bordée d’arbres calcinés. Les pins verts réapparaissent par bouquets. Les parkings des plages sont proches de l’eau. Pas de dune pour cacher la& mer au parking de la Plage de la Lagune. La plage est immense. Au nord une dune et avant quelques pins.
Sur le sable mouillé, je remarque quelques galettes noires. Un dégazage sauvage ? Les galettes ont de plus en qui craque sous mes pas ; plus grosses et noires. Je m’approche et reconnais la structure du bois. Ce n’est pas du mazout mais le bois brûlé transporté depuis les grands incendies de 2022 ou peut être arrivé récemment ? La dune est fixée par des oyats et d’autres plantes maritimes. Pour éviter le piétinement des ganivelles barrent le passage. Je m’amuse à dessiner les pins, le bois flotté qui sert d’appui aux vélos, les ganivelles et les graminées. Dessiner est mon grand plaisir même si le résultat n’est pas à la hauteur.
L’après-midi, je retourne marcher pieds nus dans l’eau. La marée monte. Je laisse l’eau me baigner les jambes avant le reflux. Parfois je marche sur la croûte sèche qui craque sous mes pas. Je n’arrive pas à imaginer la limite de cette longue plage du Pilat à Biscarosse, 17 km au sud. Les promeneurs sont plus nombreux, souvent avec leurs chiens. Quelques pêcheurs ont installé leurs cannes sur de hauts supports ; ils ont apporté fauteuils pliants, appâts et tout un matériel lourd.
Coucher du soleil Plage Pereire
Pour terminer cette journée ensoleillée pas question de s’enfermer à l’appartement même si Filip a réparé la télévision – nous avions vécu le bug comme une catastrophe. Nous allons attendre le coucher du soleil. Il nous faut une plage orientée à l’ouest. La plage Pereire est bien à l’ouest mais le Cap Ferret borde l’horizon. Elle est longée par une très jolie promenade que je me promets de revenir la parcourir.