Toute passion à Paris se résout par deux termes : or et plaisir.
Balzac fournit une mine inépuisables quand je suis en panne d’inspiration de lecture. Le titre m’a été suggéré par Proust.
Trois chapitres qui s’emboîtent :I. Physionomies parisiennes, II. singulière bonne fortune, III. la force du sang.
Paris, aucun sentiment ne résiste au jet des choses, et leur courant oblige à une lutte qui détend les passions : l’amour y est un désir, et la haine une velléité : il n’y a là de vrai parent que le billet de mille francs, d’autre ami que le Mont-de-Piété. Ce laissez-aller général porte ses fruits ;
La première introduit le personnage principal, Henri de Marsay le jeune homme qui a tout pour séduire et réussir. Il le replace dans la société parisienne analysée avec un humour acerbe. Je me suis beaucoup amusée dans ce chapitre.
De Marsay, aux Tuileries, se fait aborder par une charmante jeune fille
, ce qui m’a le plus frappé, ce dont je suis encore épris, ce sont deux yeux jaunes comme ceux des tigres ; un jaune d’or qui brille, de l’or vivant, de l’or qui pense, de l’or qui aime et veut absolument venir dans votre gousset !
Ces yeux de félins sont ceux de La Fille aux Yeux d’Or . Une fascinante jeune fille mais accompagnée d’une redoutable duègne espagnole. La Fille aux yeux d’or loge dans l’hôtel appartenant à Don Hijos, un Grand d’Espagne qui tient Paquita enfermée sous la surveillance de sa duègne. Toute romance ne pourra être que clandestine. Il s’en suit une aventure rocambolesque et brûlante dans des décors exotiques et raffinés.
Henri de Marsay sera-t-il digne de l’intérêt que Paquita lui porte, des risques insensés qu’elle encoure? Ce n’est pas sûr. peut-on le qualifier de fat?
Un fat qui s’occupe de sa personne s’occupe d’une niaiserie, de petites choses. Et qu’est-ce que la femme? Une petite chose, un ensemble de niaiserie
Le séducteur satisfait de sa personne mérite-t-il la passion que lui offre Paquita? passion ou désir? Travestissements, enlèvements, masques, tout y est!
A vous de lire la nouvelle si vous voulez connaître la réponse!
Enchantée par Sang d’encre à Marrakech, j’ai enchaîné avec Crépuscule à Casablanca qui est le premier opus de la série. A paraître Bons baisers de Tanger( Avril 2025).
J’ai vraiment aimé Gabrielle Kaplan, détective privée, quise livre davantage dans ce roman. A vrai dire, elle se présente. Juive de Salonique, elle est arrivée en 1941, échappant au destin des juifs de Salonique, déportés presque tous. Francophone, fille d’une parfumeuse, on comprend mieux ses allusions aux parfums qui m’avaient étonnée dans le premier livre.
Bizarre polar, où l’enquêtrice ne cherche pas à dénouer une énigme mais plutôt à fuit ses persécuteurs. Je n’en dirai pas plus….
Casablanca1951 est parcourue par de troubles courants, des rivalités, des luttes d’influence. La Résidence avec le général Juin, le sinistre Boniface qui règne sur des policiers corrompus, leitmotiv : pas de vagues. Les Américains arrivés en 1942 avec l’opération Torch en 1942, tête de pont du débarquement et de la reconquête du sud de l’Europe, ils souhaitent étendre leur influence chasser les français quitte à s’allier avec le Sultan et l’es indépendantistes. Les ultras, des colons ne font aucune concession . Sinistres personnages et mercenaires. Cagoulards, malfrat corses ou marseillais, agents du SDECE ou de la CIA. L’Istiqlal et le sultan luttent pour l’Indépendance du Maroc.
Et puis le reste de la population défini selon une hiérarchie précise:
Delmas faisait donc partie des grands propriétaires terriens et des industriels, ceux qui se situaient au sommet de la pyramide de la société coloniale, la « crème de la crème ». Venaient ensuite les ingénieurs et les cadres de l’administration, puis les « petits Français », fonctionnaires ou militaires. Les juifs, les Espagnols et les Italiens, artisans ou commerçants, complétaient l’édifice. À la base se trouvaient les Marocains, les plus nombreux et généralement les plus précaires, que l’on nommait « les indigènes ».
Les souvenirs de la guerre sont encore très prégnants. On se souvient, ou pas de ceux qui furent vichyistes, qui se sont compromis avec les Allemands. On se souvient aussi de l’héroïsme de la campagne d’Italie.
Gabrielle Kaplan et son lieutenant Brahim se trouvent pris dans ces rivalités. Roman d’action et d’aventure, leçon d’histoire aussi.
Gabrielle Kaplan, native de Salonique, exerce son métier de détective privé à Casablanca. L’enquête se déroule en 1952 dans le Maroc sous Protectorat.
promenade architecturale :
Casablanca est une ville dynamique, européenne. L’autrice Melvina Mestre a grandi à Casablanca : elle connaît bien la ville qu’elle nous fait visiter telle qu’elle était alors, avec les noms des rues et places du Protectorat. Elle décrit avec soin les bâtiments, s’intéresse à l’architecture pour mon plus grand plaisir.
Marrakechest encore un gros bourg tranquille, mais promis au développement touristique avec la construction du quartier de l’Hivernage, d’un casino. La Mamounia est déjà un hôtel luxueux et on assiste à une soirée organisée par le Glaoui.
L’autrice resitue l’intrigue dans le contexte historique et politique :
Je veille à ce que mes romans d’atmosphère s’inspirent de la grande Histoire, et qu’en me lisant mes lecteurs soient immergés dans le contexte historique, urbanistique et socio-culturel des années 1950.
En 1952, le souvenir de la guerreest encore très vif. Casablanca était un centre très important qui a vu le Général de Gaulle et les Forces Françaises libres, les Américains. On se souvient encore très bien de Joséphine Baker, de Saint-Exupéry. Les Marocains ont pris part à la Libération, lutté en Italie etc. La présence de nombreux militaires a pour conséquence le développement de la prostitution : à Casablanca se trouve le plus grand Quartier Réservé : le Bousbir.
C’est d’ailleurs ainsi que commence l’intrigue policière : une prostituée est retrouvée assassinée, dénudée et tatouée, puis une seconde….(mais je n’en dévoilerai pas plus). Les autorités locales ne veulent pas ébruiter la macabre découverte qui risque d’être exploitée politiquement. Le commissaire préfère faire appel à la détective privée, pour sa discrétion et parce qu’une femme pourra peut-être glaner des informations auprès des prostituées.
L’intrigue semble partir en tout sens, rebondissements, puis tout s’éclaire. Encore une fois, je ne spoile pas! J’ai été happée et je n’ai pas lâché cette lecture.
Un autre aspect intéressant est l’émergence des mouvements indépendantistes. La décolonisation s’amorce malgré l’aveuglement des autorités qui préfèrent diviser pour régner et s’appuyer sur le Glaoui de Marrakech.J’ai visité le palais du Pacha, et sa kasbah mais sans vraiment comprendre qui était ce personnage. Le roman répare cette lacune.
Et comme j’en redemande, j’ai déjà commencé une nouvelle enquête de Gabrielle Kaplan : Crépuscule à Casablanca
LECTURE COMMUNE A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA
logo de la lecture commune
Dix mois après le lancement de la lecture commune, nous avons réussi le défi de lire la Recherche (plus de 3000 pages quand même) il a fallu nous encourager mutuellement pour gravir ce sommet et nous sommes fières d’avoir enfin atteint le but. Plaisir du style, parfois agacement devant une société aristocratique pas spécialement sympathique.
J’ai découvert fortuitement Guillon Lethièreau musée de Saint François, en Guadeloupe et j’ai attendu avec impatience cette exposition.
Guillaume Guillon Lethière est né en 1760 à Sainte Anne, Guadeloupe fils d’un colon blanc exploitant une plantation et d’une mère esclave métisse. En 1774, son père l’emmène en métropole et lui fera bénéficier de ses relations pour réussir sa carrière de peintre. Artiste reconnu, il sera directeur de l’Académie de Rome, puis professeur à l’Ecole des Beaux Arts.
Boilly : Guillon Lethière et Carle Vernet
La première section de l’exposition le montre à différentes étapes de sa vie. Boillyle représente parmi ses pairs, peintre respecté entouré d’autres artistes fameux comme Ingres, Redouté…Pour se maintenir et maintenir son rang, il faut participer à des salons. Il faut aussi s’adapter aux changements politiques
Don patriotique des femmes à l’Assemblée Nationale septembre 1789
La peinture de Guillon Lethière est un témoignage de l’évolution politique . Un autre dessin Thermidorien est un véritable manifeste comme le tableau de La Patrie en danger (1799)
La Patrie en danger (1799)
Guillon Lethière trouve un mécène en Lucien Bonaparte qui lui commande des portraits de la famille Bonaparte et des tableaux historiques.
Lucien Bonaparte contemplant sa maîtresse Alexandrine Jouberton
Un très grand tableau représentant les Préliminaires de la Paix de Leoben restera à l’état d’esquisse. Il sera terminé trop tard après la Restauration. mais la tapisserie qui en a été tissée a traversé l’Histoire.
tapisserie prise des Préliminaires de la Paix signée à Leoben
Guillon Lethière traverse les différents régimes de la Restauration et peint même La Fayette présente Louis Philippe au Peuple de Paris après les 3 Glorieuses
La Fayette présente Louis Philippe au Peuple de Paris
Guillon Lethière meurt en 1832 du choléra, la chronique historique s’arrête là!
Homère chantant l’Iliade aux portes d’ Athènes
Classicisme :
La grande peinture reconnue au Salon, c’est la peinture historique avec des références à l’Antiquité. Guillon Lethière suit les sujets romains de David.
Brutus condamnant ses fils à mmort
Répondant à l’Enlèvement des Sabines, les Horace est les Curiace … Guillon Lethière illustre des tragédies patriotiques, héroïques et édifiantes :La Mort de César, La mort de Camille, ce(sœur d’un Horace, fiancée à un Curiace exécutée par son frère)Brutus condamnant ses fils à mort, (ce n’est pas le Brutus connu, celui qui a tué César mais un bien plus ancien du temps des rois Tarquin)
la mort de Camille
La mort de Virginie, héroïne antique d’un récit de Tite-Live qui préfère la mort à devenir esclave sexuelle de Marcus ClaudiusCes deux dernières tableaux sont de « Grandes machines » exposées dans le salon Denon (salle 701) au premier étage de l’aile Denon. Ils n’ont pas été descendus dans l’exposition. Tableaux énormes 4mx8m. Guillon Lethière a repris pendant de longues années ses études, esquisses au crayon ou huiles petit format sur ces thèmes avant d’aboutir au tableaux exposés au Louvre; l’exposition montre les différentes étapes et métamorphoses. Un dessin garde encore les tracés à la règle de la perspective, les personnages sont nus, le peintre les habillera ensuite…la mort de Virginie avait tout d’abord pour sujet principal Virginius, le père.
le Serment des Ancêtres (1822)
Le Serment des Ancêtres est une sorte de fantôme qui plane sur l’exposition. Il est en majesté et sert d’affiche (voir ci-dessus). Il se trouve en Haïti mais n’a pas pu faire le voyage. On peut uniquement voir une photographie noir et blanc mais expliqué par des cartels et un audioguide très complet. Alors que Napoléon a rétabli l’esclavage aux Antilles, aboli par la Révolution, que ce dernier a envoyé la troupe combattre Toussaint Louverture et que Guillon Lethière avait pour mécène Lucien Bonaparte. Le peintre peint en secret ce grand tableau à la gloire des héros de l’indépendance d’Haïti : Dessaline et Pethion. Au centre du tableau, comme les tables de la loi, une stèle gravée des articles de la Constitution haïtienne, en arrière plan, le peuple de Haïti….
Une signature originale est apposée au Serment des Ancêtres : Le Thiere né en Guadeloupe.
Ce tableau montre une certaine ambiguïté de l’artiste : obligé de plaire aux gouvernants pour maintenir ses commandes et sa gloire, il n’oublie pas son origine. Il fréquente les abolitionnistes mais continue à percevoir les revenus de la plantation de son père esclavagiste. Je n’arrive pas à avoir d’opinion tranchée.
Autre étonnement : comment un peintre arrivé au faite de la gloire, académicien, professeur aux Beaux Arts, est-il tombé dans l’oubli?
Je continue à m’interroger.
Cette peinture classique n’est pas vraiment de mon goût, en revanche l’exposition est passionnante du point de vue historique: une vraie leçon d’histoire!
J’ai eu envie de suivrePassage à l’Estdans le Caucase, les algorithmes de ma Kindle m’ont proposé Sous les cyprès d’Eyoub et j’ai sauté sur l’occasion. J’ai fait autrefois la promenade sur la Corne d’Or à Istanbuljusqu’au cimetière d’Eyoub, j’y retournerais volontiers. Le patronyme de l’auteur en –ian, me laissait entendre qu’on parlerait des Arméniens et de l’Arménie…. Il ne m’en fait pas plus pour télécharger un livre!
De Gümri alors appelée Alexandropol, à Granville dans le Cotentin. De chapitre en chapitre nous sautons de 2014, au décès du père du narrateur, en 1914 à la veille de la Révolution quand l’Empire Russe s’étendait jusqu’au Caucase. Grandes traversées dans l’histoire et la géographie. Avec des escales à Constantinople, Bolis, la Ville,et à Venise – la promenade dans Venise est particulièrement agréable.
C’est la quête des racines et de l’histoire familiale du narrateur, Alexis, natif de Granville, de parents normands qui enquête sur son grand-père arménien qu’on lui a interdit de fréquenter. Que cache cet ostracisme familial? C’est l’histoire de trois générations de combattants dans la première Guerre mondiale et les armées blanches, dans la seconde et la guerre d’Algérie. Patriotisme et héroïsme guerrier : pas forcément ma tasse de thé. En filigrane, des femmes au caractère bien trempé.
Une histoire très romanesque, agréable lecture mais le côté historique reste un peu superficiel.
Un grand merci àDominiqueivredelivres qui a chroniqué ce livre que j’ai immédiatement téléchargé.
à quoi tient, ma, notre appétence pour la géographie et pour ses motifs ? Ils sont, me semble-t-il, comme des buttes-témoins de notre culture enfantine. Comme une parcelle de notre passé et des paysages jadis traversés, les dimanches ou durant les vacances. »
Au fil de l’abécédaire j’ai parcouru de nombreux paysages à la recherche de « motifs » tels qu‘alpages, bocage, brumes et brouillards, Chemin, col, colline..Piémont, plaine, plateau jusqu’à Verger…
J’ai reconnu mon bocage percheron, et le Dévoluy dans les mots de Philippe Jacottet, la Brenneet ses étangs, landes et marais…
Célébration de la Géographie physique et aussi de la Géologie, comme m’a touchée ce distingo entre le Granite des géologues, roche rugueuse et intrusive et le Granit (sans e) des tailleurs de pierre, des maçons creusois:
« Granit, c’est le son de la pointe ou du ciseau cognant la pierre »
A fil des pages, j’ai découvert, reconnu, rêvé, de roches, de paysages, des plantes, des parfums. Et j’ai adoré.
J’ai aussi marché en très bonne compagnie, l’auteur cite Borges, Jacottet, Giono, Lacarrière, Kenneth White, Ramuz, Elysée Reclus, Gilles Clément, George Sandet j’en oublie….de moins connus que j’aimerais fréquenter qui sont soigneusement répertoriés dans les nombreuses notes.
J’aime les surprises . Rien ne me ravit autant que la découverte d’un peintre inconnu dans un musée de province!
Alexandre Antigna (1817 – 1878) est un peintre orléanais, comme Corsaire qui édite sa biographie par Christian Jamet, historien de l’art. Biographie illustrée, 190 pages .
La première partie Les années de formation (1817-1845) présentent le jeune peintre dans sa ville : Orléans . J’ai apprécié apprendre comment un peintre apprenait le métier, d’abord à l’école de dessin dépendant de la municipalité selon « l’ancienne méthode » qui formait à la gravure, formation rigoureuse. Puis, à vingt ans le jeune peintre rejoint la capitale auprès d’un maître – Norblin – célèbre à Orléans pour son grand tableau La mort d’Ugolin. Le jeune Alexandre surnommé « en tignasse » se forme dans l’atelier du Père Suisse, « académie ouverte » fréquentée plus tard par Corot, Manet Cézanne et Renoir. Il suit l’enseignement de Delaroche qui lui transmet un grand sens de la mise en scène théâtrale et qui stimule ses élèves par des concours. En 1869, Antigna est admis ) l’Ecole des Beaux-Arts où le dessin est la discipline-reine et l’enseignement complété par des cours d’Art antique et de mythologie selon le modèle académique. En 1841, il présente un e Naissance du Christ au Salon. C’est donc un parcours académique classique.
Dans la seconde partie Sous la bannière du réalisme, l’auteur contextualise l’œuvre dans la perspective historique. Antigna est le peintre des pauvres gens. Il vit dans un quartier surpeuplé où la précarité, conséquence de la Révolution Industrielle, est criante. Une nouvelle classe émerge « l’espèce ouvrière » . Comme Courbet, Antigna va peindre des miséreux, des mendiants, des familles indigentes. La très belle peinture de Courbet : Les Casseurs de pierreillustre ce propos. Ce tableau détruit dans les bombardements de Dresde est extraordinaire. Antigna va subir des critiques féroces pour ce parti-pris « peintre rabat-joie qui cultive la misère« , « peintre des engelures », « gros mélodrames bien pantelants hier l’incendie, aujourd’hui l’inondation «
La Halter forcée
Ces tableaux L’éclair, L’incendie, la Halte forcée sont impressionnants. Le peintre met en scène des femmes et des enfants dans une mise en scène dramatique.
Mais Antigna ne s’engagera pas politiquement comme Courbet. par la suite il va même accepter des commandes officielles avec la visite de Napoléon III à Angers auprès des ouvriers de Trélazé dont la grève a été réprimée sauvagement, puis ayant souffert d’une inondation de la Loire.
Le scandale , à Orléans, sera déclenché par tout autre chose : un grand tableau de Baigneuses nues qui va choquer les bien-pensants et l’évêque d’Orléans Dupanloup.
Antignava aussi trouver son inspiration lors de ses voyages, à Gargilesse, il rencontre George Sand. La Bretagne sert aussi de cadre à ses compositions, il y peint des scènes pittoresques mais il a tendance à embellir la réalité
La troisième partie : l‘Apaisement (1860-1878)
Après les années 60, il obtient des reconnaissances du pouvoir impérial, des commandes, des décorations. Les tableaux sont parfois symbolistes. La couleur égaie des scènes d’enfants. Aimable peinture qui ‘intéresse moins.
J’ai apprécié ce voyage au cours du XIXème siècle, en très bonne compagnie. C’est donc une très agréable et très instructive lecture. Néanmoins, j’aurais apprécié peut être moins d’illustrations mais de plus grands formats. Seule la Visite de S.M. à Angers occupe une double page.
De Kiki de Montparnasse, je ne connaissais qu’une image, la photo de son dos prise par Man Ray.
Catel et Bocquetont mis en lumière cette « clandestine de l’Histoire« . C’est le 4ème roman graphique que je lis dans cette collection après Olympe de Gouge, Anita Conti et Joséphine Baker. Les auteurs ont appliqué la même recette : une grosse BD (336 pages) en noir et blanc avec des chapitres séparés par des pages illustrées d’une maison sous une adresse et une date. Une chronologie pour remettre de l’ordre dans les idées. Une série de fiches biographiques pour les personnages secondaires illustres, et enfin une bibliographie. Travail historique sérieux!
Kiki de Montparnasseest née Alice en 1901 à Châtillon-sur-Seine, petite campagnarde délurée plus encline à l’école buissonnière qu’aux grandes études. A 12 ans, elle monte à Paris gagner sa vie comme bonne chez une boulangère qui l’exploite. Un sculpteur l’engage comme modèle .
En 1918, elle s’installe à Montparnasse et continuera à poser pour les artistes. Elle fait la connaissance de Modigliani, Soutine, Kisling, Foujita...et devient Kiki. Elle partage la vie d’un peintre polonais Maurice Mendjisky mais continue à poser pour tous les artistes de Montparnasse s’essaie elle-même à la peinture et mène une vie très libre sans dédaigner alcool ni drogues..
Au début des années vingt, Man Ray l’introduit dans les cercles dadaïstes avec Tzara, chez Picasso et les surréalistes. Nous allons croiser et les Surréalistes, BretonCocteau. Kiki s’essaie aussi au cinéma. Elle est la muse des films expérimentaux surréalistes mais le cinéma américain la dédaigne, trop fantaisiste pas assez pro!
Nous la suivons dans ses aventures qui se terminent parfois très mal….A vous de lire!
J’ai beaucoup apprécié les scènes de café très vivantes et amusantes. En revanche, je suis restée sur ma faim en ce qui concerne les œuvres des artistes. Les amours et les brouilles m’ont un peu lassée. Kiki n’a pas l’envergure d’Anita Conti ni de Joséphine Baker!
Chacun des volumes composant la Recherche contient le récit d’une soirée parisienne, nous y retrouvons toute cette société du Faubourg Saint Germain. Le prince de Guermantes a fait construire un nouvel hôtel avenue du bois et la Princesse de Guermantes n’est autre que Madame Verdurin. Quelques nouveautés mais aussi permanence des souvenirs comme les pavés inégaux sur le chemin des jardins des Champs-Elysées pris autrefois, enfant, avec Françoise
« comme un aviateur qui a jusque-là péniblement roulé à terre, «décolle» brusquement, je m’élevais lentement vers les hauteurs silencieuses du souvenir. Dans Paris, ces rues-là se détacheront toujours pour moi en une autre matière que les autres. »
En route il croise Monsieur de Charlus accompagné par Jupien, après une attaque, le baron est assez pitoyable, aveugle, mais toujours entreprenant avec les jeunes gens.
Un autre pavé inégal lui fait remonter tous ses souvenirs : la madeleine, les clochers de Martinville, les images de Combray et de Venise.
Le maître d’hôtel fait patienter le narrateur dans la bibliothèque pour ne pas interrompre le morceau de musique qui se joue au salon. Il y fait toute une méditation sur les souvenirs
« de la jouissance immédiate, chaque fois le miracle d’une analogie m’avait fait échapper au présent. Seul il avait le pouvoir de me faire retrouver les jours anciens, le Temps Perdu, devant quoi les efforts de ma mémoire et de mon intelligence échouaient toujours »
Et voici le Temps Retrouvé qui affleure par un jeu de mémoire :
je m’étais dit en cataloguant les illustrations de ma mémoire : « j’ai tout de même vu de belles choses dans ma vie
Et ce retour de la mémoire est une condition pour écrire.
Or, à toutes ces idées, la cruelle découverte que je venais de faire relativement au Temps qui s’était écoulé ne pourrait que s’ajouter et me servir en ce qui concernait la matière même de mon livre.
Il poursuit sa méditation en réfléchissant sur la théorie littéraire
je sentais que je n’aurais pas à m’embarrasser des diverses théories littéraires qui m’avaient un moment
troublé — notamment celles que la critique avait développées au moment de l’affaire Dreyfus et avait
reprises pendant la guerre, et qui tendaient à «faire sortir l’artiste de sa tour d’ivoire», à traiter de sujets
non frivoles ni sentimentaux, à peindre de grands mouvements ouvriers, et à défaut de foules, à tout le
moins non plus d’insignifiants oisifs — «J’avoue que la peinture de ces inutiles m’indiffère assez», disait
Bloch — mais de nobles intellectuels ou des héros.
D’où la grossière tentation pour l’écrivain d’écrire des oeuvres intellectuelles. Grande indélicatesse. Une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix
La découverte dans la bibliothèque du prince d’un exemplaire de François le Champi le ramène à Combray, à son enfance, sa grand-mère qui aimait tant George Sand!
Ayant conscience du Temps perdu de sa collection d’images, de sensations, de goûts…il va pouvoir écrire son livre!