Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement.
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)
j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »
Liz Johnson Arturexpose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters
Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.
Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone.
Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe.
Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation.
Figuresest une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie.
Mobutu, le léopard et l’idole pop
Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.
Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.
mondialisation
Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.
Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?
En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….
La semeuse
On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.
Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.
Rosie Pinhas-Delpuech m’accompagne lors de mes promenades quotidiennes, podcasts Radio-France, CLIC . Après cet épisode de Fous d’Histoire, j’ai téléchargé son dernier livre Naviguer à l’oreille après les Suites byzantines, La Faille du Bosphoreet le Typographe de Whitechapel que j’ai lus avec bonheur. Ecrivaine, Rosie Pinhas-Delpuech est également traductrice de l’hébreu.
« La nuit, je les écoute de mon lit, ils mélangent l’allemand, le français et l’espagnol : l’allemand pour que les enfants, la petite et la grande, die kleine et die grosse, ne comprennent pas ; le français pour articuler, raisonner ; l’espagnol domestique, par exaspération. »
A l’oreille, dès l’enfance à Istanbul elle naviguait dans un univers polyglotte : Allemand de sa mère, Français du père, Espagnol de sa grand-mère, Turc de la rue et de l’école. Ce qui, dans la ville cosmopolite n’était rien d’extraordinaire, Grec, Arménien, se faisaient entendre, entre autres…
Et comme si les mots ne suffisaient pas, s’ajoute la musique délivrée par le poste de radio Blaupunkt qui est un personnage à part entière dans sa famille
« Un grand oeil bleu-vert sur le front de la radio qui rétrécit ou se dilate selon la fréquence de la station et la stabilité des ondes,[…] je l’identifie à l’œil de Dieu qui regardait Caïn, à celui d’Atatürk qui surveille le pays de sa prunelle bleu d’azur au-dessus du tableau noir à l’école. Lui aussi me regarde sans jamais cligner les yeux. Et à un danger qui nous menace tous, à tout moment, qui plane sur le dedans et le dehors »
Deux chapitres de ce court livre font référence à la radio Blaupunkt et My radio days beaucoup plus tard avec l’apprentissage d’une nouvelle langue : l’Anglais et les chansons de Sinatra, Elvis Presley…et accessoirement La famille Duraton.
La radio diffuse aussi l’actualité : le procès de Yassiadia au tribunal militaire qui juge un Président de la République après le coup d’état qui renverse le gouvernement turc en 1960. Et Rosie découvre que
« La Blaupunkt mentait désormais, les adultes mentaient, dans ma culotte il y avait du sang, tout était trouble, tout basculait, il n’y avait plus de musique et il n’y avait pas encore de mots »
11 avril 1961, un autre procès est diffusé par une autre radio : Le Procès Eichman dans un autre pays qui évoque à la jeune fille l’Utopie de Thomas More
« Kol Israel est l’artère coronaire du pays, on l’entend partout, mais contrairement au Nous de Zamiatine,
à la série Le Prisonnier, ou aux films de propagande nazis, soviétiques ou chinois, avec les haut-parleurs
haut perchés dans le ciel et une voix unique omniprésente au-dessus des têtes des citoyens, Kol Israel reflète à la fois un tissu collectif fort, quasi familial, et ses trous, sa cacophonie, jusqu’à aujourd’hui, de guerre en guerre, de joie en chagrin. Il y a encore dans cette radio une part d’un Nous d’utopie »
Et le roman bascule avec ce Procès dont la diffusion doit trouver un compromis entre la justice et le témoignage devant l’histoire. Ici encore, le poids de la langue est capital.
Dans la bouche des survivants, sous le poids de ce qu’ils disent, cette langue neuve craque
[…]
Sans doute, à un certain degré d’horreur, n’y a-t-il plus de langue, ça s’efface dans la tête, leur hébreu est
psychotique, ils disent l’indicible avec le détachement et la distance d’une langue étrangère récemment
apprise.
Le monde découvre l‘horreur de la Shoah
L’appareil judiciaire israélien est d’émanation allemande, nombre de ses juges ont été formés à
Francfort, la ville de la première Constitution démocratique allemande. J’entends leur accent quand ils parlent, je le connais, le reconnais. De l’hébreu à l’allemand, de l’allemand à l’hébreu, les deux langues commercent, de l’une à l’autre pour dire la Shoah devant un tribunal national, souverain…
Roman historique, avec l’histoire de la Turquie, l’oeil bleu d’Atatürk, les relations trouble entre la Turquie et l’Allemagne, la tragédie du Struma…
Aussi roman de la langue, des langues si bien illustrée par l’histoire biblique de Babel
« La langue, parce qu’elle a une vie qui lui est propre, qu’elle est un organisme vivant avec ses lois propres,
est toujours la cible et la convoitise des projets totalitaires. Dominer le monde non seulement par la
force, mais aussi par les mots. Imposer et contrôler une langue, amener un peuple à la parler, façonner
une pensée unique en créant un vocabulaire unique, l’appauvrir, la déformer, lui enlever toute sa
polysémie, son incertitude, son aptitude à circuler, à être traduite. En neuf versets concentrés et énigmatiques, l’épisode de Babel nous raconte l’histoire d’un tel projet et sa mise en échec. »
TOUR DU BOULEVARD PERIPHERIQUE AVEC LE VOYAGE METROPOLITAIN (4)
le Chalet des iles au Bois de Boulogne
De la Porte de Champerret à la Porte de Saint Cloud, le Périphériqueva contourner les Beaux Quartiers. En creux, occulté ou même enterré, il court sous le Lac Supérieuren toute discrétion, sous le Jardin des Poètes à la Porte d’Auteuil, nous allons randonner sans être incommodés ni par le bruit ni par la circulation.
Poème mythique de Jimenez Deredia -Costa Rica
Le Rendez-vous est Porte de Champerretdevant le café La Chope rendez-vous confortable. En face, le terminus des autobus est abrité sous un auvent sobre. Pour la première étape, l’introduction et les repérages sur la carte, le groupe s’installe confortablement dans le Square de l’Amérique Latine orné de nombreuses statues : Francisco Miranda(1760-1816) – militaire à la destinée romanesque que je découvre ici.
Francisco de Miranda – Place de l’Amérique Latine Porte de Champerret
En demi -cercle, 7 bustes d’autres hommes célèbres sud-américain dont je ne connais que José Marti (Cuba).
Retour sur l’histoire des fortifications de Thiers. La zone inconstructible, dans l’Ouest parisien, est dédiée à des activités de distraction : vestige de la boite de la Main jaune où fut tourné le film La Boum, a gardé son enseigne. de l’autre côté du Périf se trouve l’Espace Champerret qui accueil des salons et des évènements divers.
Un Drive Au bout du Champ qui propose des produits locaux divers, en face un potager est coincé sur le bord du périf, avec de très belles rangées de cardons et artichauts. Jardin exigu.
La Promenade Bernard Lafay très agréable, nous conduit à la Porte des Ternes. La Porte Maillot annoncée de loin par la tout de l’Hôtel Hyattdominant le Palais des Congrès.Ces constructions modernes occultent deux épisodes historiques : La Révolte (1750) rappelée par une Route de la Révolte . La Chapelle de la Compassion fut édifiée après le décès du fils de Louis Philippe (1842): le prince Ferdinand-Philippe d’Orléans, dont les chevaux de sa calèches se sont emballés effrayés par un tas de pierre qui barrait la route. Cette chapelle, Porte des Ternes, a été déplacée lors de la construction du périphérique. Au passage du groupe – nous sommes particulièrement nombreux – on vient nous l’ouvrir. Je ne suis pas spécialement intéressée par les églises du XIXème siècle, porche roman, vitraux colorés.
Au passage, vers la Porte Maillot, nous empruntons l’Avenue de Salonique ; je remarque qu’on a conservé la dénomination Salonique remplacée maintenant par la Thessalonique grecque.
Verdissement de la Porte Maillot
J’ai toujours connu la Porte Mailloten chantier et encombrée de circulation de voitures et autocars. je constate avec plaisir qu’elle a été verdie et qu’à l’occasion des Jeux Olympiques on a planté des prairies fleuries avec les logos olympiques et paralympiques. La Porte Maillot est un jalon sur l‘Axe Historique qui part du Louvre par la Place de la Concorde, les Champs Elysées, l’Arc de Triomphe et qui maintenant conduit à la Défense. Dans les années 30 deux concours architecturaux furent organisés pour baliser cette Voie Triomphaleprévue pour aboutir à la Croix de Noailles dans la Forêt de Saint Germain-en-Laie . Auguste Perret proposait une rangée de maisons-tours de 200 m de haut, d’autres architectes ont dessiné des pyramides mexicaines(Persitz) . La guerre en 1939 a mis fin aux aménagements.
Monument Emile Levassor à la Porte Maillot (1907)
Kitchissime, le monument à la gloire de l’automobile! Emile Levassor au volant de sa Panhard semble sortir du bas-relief à grande vitesse. Près de ce grand carrefour toujours embouteillé, à deux pas du périf, il a trouvé un emplacement idéal!
De l’autre côté du Périphérique, nous trouvons le Bois de Boulogneet suivons les rails du chemin de fer qui conduit au Jardin d’Acclimatation à travers bois. Sous des pins gigantesques, dans une clairière, Jens immobilise le groupe en un cercle pour les présentations traditionnelles et pour commenter le territoire que nous venons de traverser. Il rappelle la vocation de divertissementde cette Zone. A la Porte Maillot, sur l’emplacement du Palais des Congrès, se trouvait un LunaPark inspiré du parc d’attraction de Coney Island et le Vélodrome Buffalo. les grandes métropoles entretenaient une véritable compétition dans le domaine des foires internationales et des parcs d’attraction. Hyde park et Crystal Palace ont inspiré le Bois de Boulogne et les Serres d’Auteuil.
Le Jardin d’Acclimatation répond à un objectif double : divertir avec des attractions et un zoo. L’acclimatation est d’abord celle des plantes exotiques venant de toutes les parties de l’Empire colonial ainsi que les animaux exotiques. Plus sombre face de l' »acclimatation« : les zoos humains avec des reconstitutions de la vie coloniale en Afrique et en Asie, vie quotidienne et scènes de chasse. J’avais pris connaissance de telles horreurs dans l’exposition coloniale dans le livre de David Diop : l’Attraction Universelle . J‘ignorais que ces zoos humains étaient des spectacles permanents. Il semble même qu’ils aient perduré jusqu’à la fin du XXème siècle. Le Vélodrome Buffalo conduit par Buffalo Billn’était pas exempt des mêmes reproches. Les entrées du Jardin d’Acclimatationrénovées et élégantes en ferronnerie verte sont masquées par des colonnes horribles. Un grand chantier avec un échafaudage important et plusieurs étages d’Algeco empilés masque la Fondation Vuitton. Une nouvelle attraction est en construction : des montagnes russes doivent remplacer le Dragon chinois.
A l’occasion, Jens nous parle de la Fête à Neu-Neu (Neu pour Neuilly) qui remonte à 1815 sur la demande d’un abbé pour fêter la Saint Jean Baptiste et qui a perduré jusqu’en 1935, déplacée alors puisqu’elle se tenait sur l’emplacement de L’Axe triomphal de la Porte Maillot.
La navette qui mène au chalet des îles
Nous traversons le Bois de Boulogne sous un beau soleil et longeons le Lac Supérieur. La Canotière est gratuite pour les porteurs de Pass Navigo .
Sur les bancs en cercle de la Cascade nous écoutons un rapide historique du Bois de Boulogne construit sur les fortifications de Thiers. A l’époque d’Haussmann Paris était dépourvus d’espaces verts. Alphandaménagea au Second Empire les Buttes Chaumont,(1867), à la suite le parc Montsouris les Bois de Vincennes et de Boulogne ainsi que les Serres d’Auteuil. Parcs aménagés « à l’anglaise » sur le modèle de Hyde Park et de Crystal Palace privilégiant la création de tableaux imitant les milieux naturels plutôt que de grands perspectives. La cascade en est un parfait exemple.L’eau des lacs provient de la Seine, pompée par la Pompe d’Auteuil. Le périphérique a été enterré à la Porte de la Muette pour ne pas gâcher l’ensemble.
En haut les ultra-riches /en bas les sans abris
La construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abris a causé un scandale retentissant que nous raconte avec talent et humour Monique Pinçon-Charlot, sociologue au CNRS qui a étudié avec son mari les Ultra-riches, et co-auteur de la bande dessinée Panique dans le XVIème
Monique Pinçon et son mari ont étudié les Très-riches comme d’autres anthropologues ou sociologues les Indiens du Brésil ou les papous d’Océanie. Ils ont assisté à la manifestation de 1500 riches à l’Université Paris-Dauphine toute proche le 14 mars 2016. Furieux, ils protestaient contre le projet de construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abris. Cette BD est actuellement épuisée mais disponible sous format numérique et au Théâtre Essaion une pièce l’a mise en scène.
Malgré les protestations, le Centre a bien été construit. Pendant la construction plusieurs incendies se sont déclarés. Pour ne pas nuire à la vue , le bâtiment est très discret, à l’ombre d’une rangée d’arbres, revêtu de bois. Il s’ouvre côté périphérique, pas de vis-à-vis gênant avec le voisinage. Seules les poubelles – bien rangées – témoignent de l’occupation du centre.
De la Porte de la Muette, nous découvrons l’hippodrome d’Auteuil et avons même la surprise d’assister derrière une grille à l’arrivée d’une course.
Ginko et magnolias
Les Serres d’Auteuilméritent une halte. Dans un cadre soigné aux couleurs d’automne l’or des gingkos, l’orange des érables contraste avec le vert soutenu des magnolias. Rivales de Crystal Palace, les serres sont de belle taille – on peut seulement regretter que la modernisation de Roland Garros ait empiété sur leur territoire.
orchidées
Orchidées, bégonias bromélies ou cactées. C’est un plaisir d’y flâner. Les serres sont ouvertes au public sauf celles des orchidées et celles des bégonias qui doivent être surveillées.
Porte de Saint cloud – Stade jean Bouin.
Après la vocation de parc d’attraction, celle de promenades, vient le sport : équitation, tennis, sports chics mais aussi football et rugby.
La piscine Molitorque j’ai fréquentée lycéenne, piscine découverte l’été/patinoire l’hiver a été remise en service après abandon par un hôtel de luxe qui a conservé le style Art Déco (la piscine est classée) et quelques graphs de sa période Street Art. 70 artistes de Street Art ont décoré les cabines, on peut visiter cette exposition mais elle n’est pas à notre programme. On passe à côté de la Rolls que Cantona a offert à la fondation de l’Abbé Pierre.
Le stade Jean Bouin est enserré dans une résille élégante de Rudy Riciotti, l’architecte qui a réalisé celle du MUCEM .
Boulogne : maison Le Corbusier
Grand style pour cet immeuble signé Le Corbusier,la colonne semble porter l’élégante construction. Grande baies vitrées, pavés de verre : la lumière et l’air s’invitent.
Parc des Princes et périf
Nous enjambons le périf et traversons Boulogne pour arriver au Point du Jourjoli nom évoquant le départ au point du jour pour une partie de chasse.
Ile Saint Germain Dubuffet
Fin du voyage dans l’île Saint Germain les gardiens du parc nous laissent quelques minutes pour un arrêt-photo : il est 17 heures. Petite balade pour finir au bord de Seine avec les péniches.
Le narrateur a embarqué Albertine à Paris. En l’absence de sa mère partie à Combray , il cache la jeune fille dans son appartement sous bonne garde (Françoise et le chauffeur de la voiture). Ma proustolâtrie plonge. Je m’agace de ces manières. Je cherche à comprendre comment Albertine supporte cette situation. Comme Proust ne peut s’empêcher de fréquenter les Guermantes et les salons mondains, il nous livre une nouvelle version d’une soirée chez Madame Verdurin
LECTURE COMMUNE : A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA….
logo de la lecture commune
Quand le narrateur n’est pas occupé à traquer les sorties d’Albertine, quand il n’est pas en train de deviner les mensonges de la Prisonnière. (Comment s’évader sinon élaborer des subterfuges?) Il s’accorde une soirée chez les Verdurin.
Je retrouve la verve mondaine de Proust et la lecture s’anime.
la force de Mme Verdurin, c’était l’amour sincère qu’elle avait de l’art, la peine qu’elle se donnait pour les
fidèles, les merveilleux dîners qu’elle donnait pour eux seuls, sans qu’il y eût des gens du monde conviés.
Madame Verdurin qui réunit musiciens et poètes, peintres et artistes, a convié le violoniste Morel, le protégé du Baron de Charlus, pour interpréter une œuvre inédite de Vinteuil. Monsieur de Charlus, de son côté a convié toute une clique Faubourg Saint Germain curieuse d’écouter le violoniste et les nouveautés musicales mais méprisant les habitués du salon Verdurin. Conforté par son succès mondain, et le succès de Morel, Charlus se montre particulièrement odieux. Familiarité avec le personnel :
Il a une figure drôlette, ce petit-là, il a un nez amusant et, complétant sa facétie, ou cédant à un désir, il abattit son index horizontalement, hésita un instant, puis, ne pouvant plus se contenir, le poussa irrésistiblement droit au valet de pied et lui toucha le bout du nez en disant : « Pif ! » « Quelle drôle de boîte », se dit le valet de pied, qui demanda à ses camarades si le baron était farce ou marteau. « Ce sont des manières qu’il a comme ça, lui répondit le maître d’hôtel (qui le croyait un peu « piqué », un peu « dingo »), mais c’est un des amis de Madame que j’ai toujours le mieux estimé, c’est un bon cœur.
Charlus ne se contente pas de facéties et de provocations,
Ce qui perdit M. de Charlus ce soir-là fut la mauvaise éducation – si fréquente dans ce monde – des personnes qu’il avait invitées et qui commençaient à arriver . Venues à la fois par amitié pour M. de Charlus, et avec la curiosité de pénétrer dans un endroit pareil, chaque duchesse allait droit au baron comme si c’était lui qui avait reçu, et disait juste à un pas des Verdurin qui entendaient tout : « montrez-moi où est la mère Verdurin … »
La vengeance de Madame Verdurin sera cruelle.
Cette soirée mémorable est aussi un grand moment musical. Le narrateur reconnait la phrase musicale de la sonate de Vinteuil (celle de Swann et Odette)
Mais c’est le petit chemin qui mène à la petite porte du jardin de mes amis X… ; je suis à deux minutes de chez eux », et leur fille est en effet là qui est venue vous dire bonjour au passage ; ainsi, tout d’un coup, je me reconnus, au milieu de cette musique nouvelle pour moi, en pleine sonate de Vinteuil ; et, plus merveilleuse qu’une adolescente, la petite phrase, enveloppée, harnachée d’argent, toute ruisselante de sonorités brillantes, légères et douces comme des écharpes, vint à moi, reconnaissable sous ces parures nouvelles.
La suite est un bonheur d’écoute de cette musique à la fois nouvelle et familière. Poésie champêtre des fleurs, chèvrefeuilles et géraniums blancs, matin d’orage empourpré, rose d’aurore. Proust nous transporte. Il nous emmène à Combray. Il décrit ensuite les instrumentistes, le violoncelliste, la harpiste, et bien sûr Morel et sa mèche faisant boucle sur le front.
Les mondes qu’avait crées Vinteuil le ramènent à son amour pour Albertine ou plutôt à ses velléités à l’aimer.
Malgré ma mauvaise humeur, j’ai trouvé de belles pages!
CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, et d’autres
logo de la lecture communesein contre sei
Albertine est une des Jeunes filles en fleurs quele narrateur a découvertes sur la digue de Balbec comme une volée de mouettes. Dans les premiers tomes de la Recherche elle ne se distingue pas vraiment de ses camarades. jeunes filles sportives, effrontées, vives, qui intriguent beaucoup le narrateur qui ne semble pas faire son choix. Il a envie de tomber amoureux. Albertine ou Andrée? ou une troisième? Il ne semble pas très fixé.
Qu’avait-il voulu dire par mauvais genre ? J’avais compris genre vulgaire, parce que, pour le contredire d’avance, j’avais déclaré qu’elle avait de la distinction. Mais non, peut-être avait-il voulu dire genre gomorrhéen. Elle était avec une amie, peut-être qu’elles se tenaient par la taille, qu’elle regardaient d’autres femmes …
Le docteur Cottard fait remarquer au narrateur que les jeunes filles dansent sein contre sein et lui explique le plaisir féminin « gomorrhéen »qui semble exciter le jeune homme. La proximité d’Albertine et de l’amie de la fille du compositeur Vinteuil (lesbiennes notoires) semble encore plus l’attirer. Fantasme bien masculin : quelle idée étrange de vouloir séparer des lesbiennes. Alors que l’homosexualité masculine est un des thèmes-phares de la Recherche, le regard sur les amours saphiques est bien mâle. C’est d’ailleurs à ce propos que le narrateur veut faire d’Albertine sa fiancée et qu’il l’enlève à Paris. Eloigner Albertine de ses fréquentations féminines est le fil conducteur de La Prisonnière.
Elles étaient de ces femmes à qui leurs fautes pourraient au besoin tenir lieu de charme[…]Ce qui rend douloureuses de telles amours, en effet, c’est qu’il leur préexiste une espèce de péché originel
de la femme, un péché qui nous les fait aimer, de sorte que, quand nous l’oublions, nous avons moins
besoin d’elle et que, pour recommencer à aimer, il faut recommencer à souffrir.
Mais qui est donc Albertine?
En lisant et relisant, je découvre qu’elle est brune. Grande ou petite? Mince ou potelée? Il est une fois question de ses joues. Il me semble que ses yeux sont noirs mais l’auteur ne s’embarrasse pas de description précise. Elle est attirante quand elle dort. Quand elle est passive. Il la compare même à une plante. Le narrateur est-il amoureux d’une jeune fille vivante ou d’une plante qui dort?
Le narrateur est-il attiré par ses dons artistiques ou intellectuels? Sans doute. A Balbec, Albertine peignait, ou dessinait. Elle joue du pianola. le narrateur est étonné de l’amélioration du vocabulaire de son amie. Certes, quand il la laisse enfermée dans l’appartement, elle lit!
Pendant que vous dormez je lis vos livres, grand paresseux. – Petite, voilà, vous changez tellement vite et vous devenez tellement intelligente (c’était vrai, mais, de plus, je n’étais pas fâché qu’elle eût la
satisfaction, à défaut d’autres, de se dire que, du moins, le temps qu’elle passait chez moi n’était pas
entièrement perdu pour elle) que je vous dirais, au besoin, des choses qui seraient généralement
considérées comme fausses et qui correspondent à une vérité que je cherche. Vous savez ce que c’est que
l’impressionnisme ? – Très bien. – Eh ! bien, voyez ce que je veux dire : vous vous rappelez l’église de
Marcouville l’Orgueilleuse qu’Elstir n’aimait pas parce qu’elle était neuve ?
On sait qu’elle est coquette et que Marcel , tel Pygmalion, va chercher des leçons d’élégance chez Oriane de Guermantes pour faire d’Albertine une élégante. Il la couvre de toilettes de prix comme n’importe quelle cocotte.
On sait aussi qu’elle est orpheline et que sa tante aimerait qu’elle fasse un beau mariage. Le narrateur est-il un bon parti? Odette Swann s’est élevée ainsi socialement (mais à Combray elle n’était pas fréquentable) . Rachel, l’amante de Robert de Saint Loup acceptait les parures. Albertine accepte-t-elle d’être entretenue? Sa captivité est-elle le prix du mariage promis ou des cadeaux? Triste sort des jeunes filles sans fortune! lecture frustrante!
On découvre ensuite que, pour échapper aux filets de la jalousie maladive de son amant, Albertine déploie de nombreuses ruses, des stratégies, des mensonges, des cachoteries. Elle ne se laisse pas faire. Ses inventions sont insoupçonnables. Par ses stratégies d’échappement, elle me devient plus sympathique et le roman moins ennuyeux. Elle est plus fine que son jaloux!
CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE et d’autres….
logo de la lecture commune
Près de deux semaines pour venir à bout de ce tome V de la Recherche du Temps perdupourtant pas si long (329 pages sur la Kindle, 544 en édition de poche ) . Paru en 1923 – livre posthume – un siècle avant Meetoo – ce roman qui narre une emprise, se lit difficilement aujourd’hui.
cette obéissance d’Albertine, non pas sa compensation, mais son complément, m’apparaissait comme
autant de privilèges que j’exerçais ; car les devoirs et les charges d’un maître font partie de sa domination,
et le définissent, le prouvent tout autant que ses droits. Et ces droits qu’elle me reconnaissait donnaient
précisément à mes charges leur véritable caractère : j’avais une femme à moi qui, au premier mot que je lui
envoyais à l’improviste, me faisait téléphoner avec déférence qu’elle revenait,
Quelle idée d’emprisonner une jeune fille à qui on a fait miroiter le mariage dans un appartement parisien? Albertine n’est pas captive jour et nuit dans l’appartement du narrateur, elle sort chaperonnée et surveillée. Elle fait l’objet d’une surveillance tatillonne (et coûteuse). Le narrateur est encore plus enfermé tiraillé à chaque instant par sa jalousie soupçonneuse.
Avec un luxe de détails, pas à pas, le narrateur cherche à éloigner Albertine de ses fréquentations, de l’amie de Mlle Vinteuil, de l’actrice Léa, et d’autres femmes gomorrhéennes. Si Albertine souhaite se rendre dans le salon de madame Verdurin, il la persuade d’aller au Trocadéro jusqu’à ce qu’il apprenne que justement Léa doit se produire. Il envoie la fidèle Françoise quérir Albertine au Trocadéro. Chaque piège déjoué révèle une nouvelle occasion de tromperie…
D’ailleurs, si la jalousie nous aide à découvrir un certain penchant à mentir chez la femme que nous aimons, elle centuple ce penchant quand la femme a découvert que nous sommes jaloux.
La jalousie de Marcel lui dicte un comportement aberrant qui fatigue la lectrice. On apprendra vers la fin du roman que les mensonges d’Albertine sont tout aussi incroyables. Malgré la surveillance de chaque instant Albertine se ménage des espaces de liberté, invente des voyages. Elle est capable de nier les évidences, et même de nier ses affirmations avec effronterie.
Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses. Mais une vérité plus profonde que celle que nous dirions
si nous étions sincères peut quelquefois être exprimée et annoncée par une autre voie que celle de la
sincérité.
Et la lectrice a bien du mal à suivre. D’ailleurs, dans ce jeu qui prêche le faux pour entrevoir un peu de vrai, je ne vois pas l’intérêt de m’infliger des pages et des pages pour un résultat si minime. Même la brave Françoise a le mauvais rôle. Proust est peut être très subtil mais je me lasse.
Albertine m’effrayait en me disant que j’avais raison, pour ne pas lui faire tort, de dire que je n’étais pas son amant; puisque aussi bien, ajoutait-elle « c’est la vérité que vous ne l »êtes pas ». Je ne ne l’était peut être pas complètement en effet, mais alors que fallait-il penser que toutes les choses que nous faisions ensemble elle les faisait aussi avec tous les hommes dont elle me jurait qu’elle n’avait pas été la maîtresse?
Sont-ils même amants, ces deux-là, alors qu’ils jouent à des jeux étranges de séductions en échangeant des baisers adolescents? Etrange érotisme à travers la cloison de salles de bains séparées mais contiguës. Une véritable gêne me saisit quand il manipule Albertine endormie, comme une poupée de chiffon. Résonnance actuelle du procès de Mazans.
Moi aussi, depuis que j’étais rentré et déclarais vouloir rompre, je mentais aussi. Et cette volonté de
séparation, que je simulais avec persévérance, entraînait peu à peu pour moi quelque chose de la tristesse que j’aurais éprouvée si j’avais vraiment voulu quitter Albertine.
Au jeu truqué de la vérité s’ajoute un autre jeu pervers : celui de la rupture. provoquer une rupture pour ne pas se séparer. Albertine va-t-elle supporter cela longtemps?
Le 7 octobre, l’horreur, le pogrom, le séisme. Déchirement. Urgence de vérifier qui va bien, qui est touché… Sidération.
Mais, pourquoi Eva Illouz a-t-elle choisi le 8 octobre ?
« Pourquoi ce 8 octobre a-t-il été la date où la compassion, même froide et convenue, s’est aussi mystérieusement absentée ? »
Comment, devant l’horreur des crimes, des viols, des enlèvements de bébés, la jubilation de certains intellectuels s’est exprimée? Non pas les foules de Gaza, Beyrouth, ou Damas. On aurait compris mais celle d’universitaires américains, canadiens, suédois qui ont théorisé cette jubilation.
« Le négationnisme et la joie face à la fureur annihilatrice du Hamas continuent d’être pour moi, une énigme obsédante »
la déclaration de Andreas Malm, écologiste de l’université de Malmö est particulièrement choquante :
« la première chose que nous avons dite dans ces premières heures [du 7 octobre] ne consistait pas tant en des mots qu’en des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez : ce labyrinthe de tours en béton, d’enclos et de systèmes de surveillance, cette installation consommée de canons, de scanners et de caméras – certainement le monument le plus monstrueux à la domination d’un autre peuple dans lequel j’ai jamais pénétré – tout d’un coup entre les mains de combattants palestiniens qui avaient maîtrisé les soldats de l’occupation et arraché leur drapeau. Comment ne pas crier d’étonnement et de joie»
De la résurgence de l’antisémitisme en France, de l’absence de Macron à la manifestation contre l’antisémitisme, ou des déclarations aberrantes de Mélanchon, il n’en est pas question dans ce livre qui se concentre sur l’aspect théorique de ce qui se nomme outre-Atlantique la « French Theory« .
French, à cause de Foucault, Derrida, apparue sur les campus américains dans les années 1970 « Antiaméricanisme, anticapitalisme et anticolonialisme en constituaient les fondements »
L’essai de Eva Illouz a pour but d’analyser et de démonter cette théorie. je l’avais écoutée à la radio ICI J’ai eu envie de la lire. Cette lecture s’avère ardue pour qui n’est pas familier du vocabulaire des sciences humaines. Elle permet de mettre des concepts précis derrière le mot très très flou et connoté politiquement de « woke » qu’elle n’utilise pas. L’analyse marxiste se trouve dépassée , remplacée par le pantextualisme
« l’extension de la métaphore du texte à la vie sociale, ce que j’appelle le pantextualisme. […]
La déconstruction de Jacques Derrida a peut-être été la forme la plus aboutie du pantextualisme. »
On s’éloigne des catégories habituelles s’appuyant sur des faits pour décrypter des textes. Eva Illouz introduit un nouveau concept : le pouvoirisme
les notions de « discipline », de « surveillance » et « d’orientalisme» n’étaient certes pas marxistes mais faisaient du pouvoir le signifié ultime à extirper des textes. Ce pouvoir était abstrait et sans agent et englobait la totalité des pratiques textuelles et des sphères sociales. […]
J’appelle cette position épistémologique le « pouvoirisme
Marx avait situé le pouvoir dans la propriété, dans les moyens de production et le contrôle des termes du contrat de travail. Pour Max Weber, le pouvoir était défini par la capacité de prendre des décisions pour les autres et (ou) d’affecter leur comportement Les deux conceptions du pouvoir sont empiriques et font la distinction entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. Le pouvoirisme ne veut pas et ne peut pas faire cette distinction, parce que le pouvoir est vu comme constitutif de toutes les relations sociales. […] le pouvoirisme, la critique des textes était plus qu’un exercice d’herméneutique : elle devenait une performance morale de la dénonciation.
De l’analyse critique on glisse vers la dénonciation, acte politique ou moral, en tout cas loin de la rigueur universitaire pour atteindre toutes les approximations, la concurrence entre les dénonciations et toutes les outrances sont les bienvenues. L’oubli de l’histoire est acté.
« Elles racontent le monde à travers des catégories narratives qui effacent le chaos de l’histoire, l’ordonnent moralement et créent une nouvelle intuition morale : la cause palestinienne, même défendue par un groupe génocidaire, est intrinsèquement bonne, Israël, même quand il répond à une attaque, incarne le mal. »
Et enfin, la concurrence victimaire qui est la négation de l’horreur de la Shoah, les Juifs n’étant plus perçus comme victimes mais comme privilégiés.
« L’antisémitisme et l’antisionisme sont devenus des marqueurs-clés de l’identité sociale grâce à deux processus sociologiques sous-jacents : la concurrence socio-économique et victimaire des minorités »
Instinctivement, je saisis ces concepts de « pantextualisme », « pourvoirisme » mais je me trouve intellectuellement bien démunie! A l’heure de l’Intelligence Artificielle et des Fake News, il va être bien difficile pour le citoyen lambda de séparer le vrai du faux. Et j’ai peu d’espoir du côté des universitaires.
Fou jouant de la cornemuse – Cathédrale de Bois-le-duc, Pays Bas, 1510-1520 – outre pleine de vent mélange du sacré et du profane
L’ordre chronologique s’impose mais différents thèmes sont abordés:
marginalia
Au Moyen âge , aux marges du monde, Monstres et Marginalias
chimère
Chimères et hybrides, êtres étranges dans les pavés des abbayes, dans les vitraux, les gargouilles, les boiseries , dragons bipèdes,
Au commencement, le Fou et Dieu
le Fou est l’incarnation de celui qui refuse Dieu. on le retrouve avec ses attributs dans la lettrine de la lettre D du psaume 52.
Egalement dans la parabole des Vierges sages et des Vierges folles.
La Vierge folle laisse éteindre la lampe, renverse la cruche dans l’idée que son insouciance et sa paresse conduit à l’oubli de Dieu.
par une étrange inversion Saint François d’Assise est le « jongleur de Dieu » oubliant sa bonne position sociale pour parler aux oiseaux.
La figure du Juif se mêle à celle du fou dans l’antisémitisme croissant du XIII et XIVème siècle
le Fou d’Amour
Aristote et Phyllis gravure Maître MZ Allemagne vers 1500
le Philosophe Aristote est transformé en bête de somme, fouetté par la belle Phyllis ce qui implique le pouvoir des femmes sur les hommes : une inversion de l’ordre habituel. Des manuscrits sont exposés illustrés avec la Folie de Lancelot, celle de Tristan…la folie de Roland dans l’Arioste. Le maître E. S. s’est fait une spécialité de la dénonciation de la folie de l’amour.
Tapisserie La Collation Tournai 1520 Dans le jardin d’Amour, le fou accoudé à la fontaine perturbe la scène
un nouveau personnage lubrique s’introduit dans le Jardin d’amour avec des gestes obscènes
Le Fou devient symbole de la Luxure
le fils prodigue chez les courtisanes
le thème du Fils prodigueest répandu avec le Vieil Amant
Des objets de la vie quotidiennes comme des moules à confiseries ou des porte-serviettes dénoncent l’amour charnel
Porte-serviette fou enlaçant une femme
Le fou à la cour
la sagesse royale trouve son antithèse dans le fou ou le bouffon, simple d’esprit ou au contraire plein d’esprit. on se souvient de Kunz, le fou de Maximilien er ou de Triboulet le fou du bon roi René d’Anjou. Le fou s’amuse, participe aux tournois et aux jeux.
Amman : joute des compagnons
Les fous figurent aussi sur la très belle marqueterie du Banc d’orfèvre du prince Electeur Auguste de Saxe qui est une pièce magnifique.
le Fou en ville : il mène la danse du Carnaval ou de la Fête des Fous entre Noël et Epiphanie. Présent dans des pièces de théâtres écrites pour Mardi Gras. Musique et danse dans les figurines des danses mauresquesavec ses attributs spécifiques : la marotte en guise de sceptre, les grelots, le capuchon à oreilles d’âne.
Danse mauresque
le Fou partout
Erasme : Eloge de la Folie « C’est bien la pire folie que de voulir être sage dans un monde de fous » (1511)
Bosch : la nef des fous
Deux ouvrages : l’Eloge de la folie et la Nef des fous annoncent la Réforme protestante dénonçant la décadence de l’Eglise. Les illustrations de Dürer, Bosch et Brueghel
J Bosch Extraction de la pierre de folie
Pour Bosch comme pour Brueghel, le fou passe au second plan et devient témoin de la folie des êtres humains.
Brueghel le jeune : Les Proverbes flamands
Eclipse et métamorphoses du fou au XVIIème et XVIIIème siècle
le fou prend de nouvelles silhouettes avec Don Quichotte ou les personnages de la Commedia del Arte.
Vers la fin du XVIIIème siècle et le romantisme, le fou revient avec Füssli : portrait de Till Eulenspiegel, et Lady Macbeth ou Goyaoù le sommeil de la raison engendre des monstres
XIX ème siècle : Naissance de la psychiatrie et romantisme
un très grand tableau montre le Dr Pinel, médecin en chef de la Salpêtrière. toute une série de tableaux historiques mettent en scène la folie de Jeanne de Castille, Jeanne la folle ou celle de Charles VI ainsi que les exorcismes censés chasser cette folie.
Courbet : l’Homme fou de peur
Le fou tragique est une figure romantique, Le roi Lear, Lady Macbeth, Quasimodo, Rigoletto . La visite de l’exposition se termine avec la projection de films de Notre Dame de Paris et de Rigoletto.