Port Guillaume – une belle marina mais où sont donc les magasins?

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Port Guillaume notre f=résidence le Manoir est celle qui a une tourelle

Notre appartement dans la Résidence du Manoir possède un très grand balcon, presque une terrasse sur le port de plaisance. Port Guillaume est une grande marina entourée d’immeubles contemporains. L’appartement est vaste, très lumineux accessible par un ascenseur. Il est aussi très bien décoré. Dans la chambre une reproduction de l’ange de Matisse que je ne connaissais pas. Le luxe !

A peine installée, il faut songer aux courses. Et tout se complique. Dans la rue personne ne peut me renseigner. Aucune boutique d’alimentation en dehors des « casiers du port » proposant des produits de luxe à des prix prohibitifs destinés aux plaisanciers. Des restaurants,  des cafés, trois pizzerias mais aucun boulanger ni épicier encore moins de boucherie. Comment est-ce possible qu’un quartier artistiquement dessiné aux immeubles normands à pans de bois, tourelles et toits pentus, cerné de maisons basses colorées, qu’un quartier soit dépourvu de commerce traditionnel. Incrédule je pars avec mon cabas. Une dame en bas confirme, il faut aller au centre-ville ou à Lidl ou Aldi ? un couple passe, des sourds muets à qui je montre le sac, ils ne savent pas. Puis des retraités allemands du Pierre et Vacances. Rien à en  tirer.

la Dives à Marée basse

Le long de la voie ferrée, je trouve le Café de la Gare : si je longe la voie ferrée , un peu plus d’un kilomètre plus loin je trouverai Lidl. Allons-y pour un quart d’heure de promenade, au retour avec le cabas plein ce sera plus long. Je n’achèterai que l’essentiel. Je découvre une belle promenade le long de la Dives . me voici réconciliée avec le quartier. Sur les bords de la rivière des petites maisons colorées s’alignent et cachent les immeubles. Elles sont toutes légèrement différentes, toit de tuile ou d’ardoise, crépis pastel de couleurs variées. Ne pas se leurrer. Ce ne sont pas des logements mais des résidences secondaires qui font illusion. Dès la première semaine de septembre, elles sont déjà vides. Cela me fait penser à un autre village contemporain artificiel autour d’une marina : Port Grimaud. Aucune authenticité mais quand même charmant.

Comment des urbanistes ont-ils oublié les commerces de proximité ? Sont-ils négligents ? est-ce dans l’air du temps d’aller faire ses courses en voiture en grande surface ou de se faire livrer des pizzas ?

Une passerelle de bois pour les piétons et cyclistes enjambe la rivière et arrive à Cabourg. La marée basse découvre une plage immense

la plage de Cabourg Port Cabourg

 

Etape à Pont-Audemer

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

la Risle

Pause pique-nique sur les bords de la Risle, un peu à l’écart du bourg près d’une ancienne Cartonnerie transformée en pépinière d’entreprises. Sur les bords de la Risle, les ponts sont fleuris et les constructions soignées en un mélange de silex taillés en pavés cubiques et brique.

La Risle, longue de 144 km est le dernier affluent de la Seine qu’elle rejoint dans son estuaire. Elle fut navigable. Au Moyen Age les bateaux transportaient des poissons salés. En 1066, Pont- Audemer fournit 60 bateaux à Guillaume le Conquérant. François 1er autorisa la création d’un port . Au XVIIIème siècle, 200 navire apportaient grain, huile et coquillage.

La Risle se divise dans la ville en deux bras et plusieurs canaux.

la Risle bras sud

Ce village tranquille et pittoresque avec ses maisons à pan de bois fut autrefois un centre industriel avec la papeterie, cartonnerie et tannerie, industries très consommatrices en eau. La tannerie fut active dès le Xième siècle, au XIXème Pont-Audemer était considérée comme la deuxième capitale du cuir. Le bras sud de la Risle était bordé de tanneries. Les murs des maisons sont recouverts d’ardoises ou sont à pan de bois.

Aujourd’hui, lundi, le marché occupe la place devant l’église magnifiquement ouvragée.

Signe du temps, les potées décorant l’entrée d’un restaurant sont plantées d’oliviers. Oliviers en Normandie. Signe du réchauffement climatique ?

la symphonie des nymphéas de Hiramatsu Reiji à Giverny

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024 

Hiramatsu : l’Etang de Monet derrière un feuillage

Arrivée à Giverny

Parties à 7 heures par beau temps et trafic fluide, nous arrivons à 9h à Giverny après les courses au Carrefour de Bonnières. Avant l’ouverture du Musée des Impressionnistes je dispose d’une heure pour me promener dans les rues fleuries.  Septembre, dominante jaune des topinambours fleuris, verges d’or et onagres, contrepoint rouge ou pourpre des dahlias, plumetis des sauges aux petites fleurs rouge et blanches.

la tombe de la famille Monet

Dépassant le Musée puis l’Auberge Baudy pavoisée, je trouve plus loin la Mairie et l’église et tout à côté le cimetière avec la tombe de la famille Monet. La route s’élève ensuite sur les contreforts de la falaise.

Nymphéas sur un fond doré

L’Exposition Hiramatsu Reiji est un véritable choc. Pas de tableaux, des paravents. Pas de style impressionniste. Pas de scènes peintes sur le motif. N i paysage, ni personnages. Pas de perspective. Des couleurs à plat qui claquent. Et pourtant, c’est bien de Giverny et de Nymphéas qu’il s’agit dans cette Symphonie des Nymphéas. Cette exposition est parfaitement à sa place ici.

Hiramatsu Reiji, né en 1941 à Tokyo, peint des Nihonga , peinture traditionnelle japonaise. Ce terme fut inventé en 1880 pour préserver la tradition face à l’engouement pour les peintures occidentales. Parallèlement, en Occident les peintres impressionnistes collectionnent les estampes japonaises et la mode du Japonisme sévit.

De grands paravents sont posés sur des estrades tout autour de la première salle. Immédiatement on reconnait l’étang de Monet.

J’ai été bien inspirée de prendre l’audioguide. Il y a très peu d’explications sur les cartels.

l’étang de Giverny

Les nymphéas sont stylisés, regroupés en petits amas à la surface d’un étang bleu intense où des nuages blancs en V se reflètent, inversion d’un  Mont Fuji enneigé ?  Autre inversion dans le miroir de l’eau : le reflet des arbres très haut près du bord du paravent. Avec une meilleure observation je reconnais les massifs fleuris. Il me faut encore beaucoup d’attention pour découvrir une libellule. Chaque paravent contient au moins un insecte ou un oiseau représentant le peintre lui-même.

En face, un paravent recouvert d’un papier peint blanc aux vaguelettes en éventail porte en son centre un cercle peint « tondo » représentant l’étang de Monet derrière des feuillages. Au premier plan, les branche de saule vert clair, se détachent sur l’eau presque noire tandis que les nymphéas fleuris sont très gais.

Souvenirs de Normandie!

Dans une pièce annexe, une curiosité touristique : un paravent au fond gris est décoré de pastilles rondes. Chaque pastille est un petit tableau très coloré : une ferme normande, une glycine, un petit paysage de Normandie, des personnages… Cela me fait penser aux cartes postales ou aux magnets souvenirs de voyage qu’on colle sur le frigo. C’est gai, primesautier, pas sérieux.

Bambous et nymphéas

Des bambous géants dessinent un tableau presque abstrait. Sommes-nous en Asie ? non, Monet a planté un rideau de bambous. Bambous verts d’eau, bleus, marrons aux nœuds blancs et aux bourgeons qui pointent. Ils se détachent à la surface de l’eau métallique (on reconnait les carrés de feuilles métalliques que le plasticien a collés). Et bien sûr, des nénuphars en fleur !

Cerisiers et nymphéas

Trois grand panneaux frôlent encore l’abstraction : nymphéas et cerisiers en leurs mêlent Japon et Giverny. Mélange anachronique puisque la floraison des cerisiers a lieu au début du printemps et celle des nénuphars en été. Les pétales délicats forment sur les nymphéas dorés une spirale enchantée. Monet avait collectionné les estampes, avec Hiramatsu, le Japonisme des impressionnistes retourne au Japon !

l’hiver

L’audioguide m’instille des notions de culture japonaise : les Nihongas sont imprégnés de shintoïsme et de bouddhisme qui considèrent les éléments naturels comme des divinités. Le cyscle des saisons a une connotation religieuse<. Après le printemps les érables rouges symbolisent l’automne. Deux panneaux représentent l’hiver avec de grosses boules de neige sur des arbres dénudés aux branches et rameaux d’une grande finesse.

Sur les panneaux suivants, l’artiste s’est attaché à figurer les reflets sur l’eau : papiers métallisés colorés

les nuages se reflètent à la surface de l’eau

Les derniers panneaux montrent les nuages qui se reflètent dans l’eau. Les nymphéas sont noirs, rouge orange avec des fleurs bleues.

Je sors de l’exposition éblouie !

Challenge A la Recherche du Temps perdu – Récapitulation N°3 – Le Côté de Guermantes

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA et d’autres….

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Nous avons terminé, avec plus ou moins de plaisir, le très long Côté de Guermantes fidèles au poste et au défi de la lecture commune

Claudialucia

Proust Le côté de Guermantes  Helleu, Eltsiret la duchesse de Guermantes
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/le-jeudi-avec-marcel-proust-paul-cesar.html
Proust Le côté de Guermantes : le nom propre

Proust Le côté de Guermantes    lucidité et pessimisme

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/marcel-proust-le-cote-de-guermantes.html

Proust Le côté de Guermantes : les peintres flamands
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/09/le-jeudi-avec-marcel-proust-le-cote-de.html

Miriam

Proust Le côté de Guermantes :(1ère partie) Le téléphone

Proust Le Côté de Guermantes :(2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de madame de Villeparisis

Proust Le côté de Guermantes :  (3ème partie) Un dîner chez la Duchesse de Guermantes

 

j’ai eu le grand plaisir de visiter la Maison de tante Léonie (Musée Proust) à Illiers-Combray

La 4ème récapitulation sera au début Octobre pour Sodome et Gomorrhe

 

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le Narrateur est retourné à Balbec il est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurin qui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes. 

Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé
charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc.,
et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot
(et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord)
et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru
particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord
aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…

[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.  

Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania

« Homme  » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…

Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de  Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.

Les Secrets de la Princesse de Cadignan- Balzac

UNE NOUVELLE DE BALZAC SUR LE CONSEIL DE PROUST

 

« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »

Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette  nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée. 

La princesse de Cadignan, autrefois duchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :

« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas
à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »

Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre

je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,

Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement.  Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards  qui provoque la rencontre avec  la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse

Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption  des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.

La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise,  qu’évoquait le Baron de Charlus.

« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce
pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, « 

Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.

Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre
deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames
noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine
scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la
nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice

Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!

Et la lecture en vaut la peine.

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, 

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Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!

Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs   et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs  rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.

Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.

« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »

qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlus est bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux,  médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.

M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.

Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :

La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances»,
c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous
comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable
tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?

Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.

Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un  jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de  la meilleure éducation!

Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swann qui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,

« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »

Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et

ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.

Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!

 

 

 

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le jeune Marcel, caché pour guetter la pollinisation de l’orchidée de la Duchesse de Guermantes, est le témoin fortuit d’un échange entre Jupien et Le Baron de Charlus. Intrigué par cette rencontre, il espionne les deux hommes et surprend un rapport sexuel qu’il rapporte de manière très explicite.

Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les trace du crime

Je suis surprise par la brutalité du récit. Précédemment Proust avait éludé l’attirance homosexuelle et l’attitude ambiguë de Charlus, nous avait baladé avec des jeunes filles en fleurs qu’il ne désirait pas vraiment et des manœuvres amoureuses pour se rapprocher d’ Odette Swann ou Oriane de Guermantes. Ici, il énonce les faits crus et précis.

La suite du texte est une analyse de la façon dont sont perçus les homosexuels.

Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu
pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande
douceur de vivre

Une allusion à Oscar Wilde ? 

Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime; sans situation
qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de
Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête,
tournant la meule comme Samson …

Il fait un parallèle entre la situation des Juifs et la position des homosexuels dans la société :

rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par
prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race,

Il poursuit la comparaison jusqu’à imaginer l’équivalent du sionisme,

De même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome.

Il ne faut pas oublier que le roman se déroule en pleine Affaire Dreyfus et que l’antisémitisme est virulent.

Laissons pour le moment de côté ceux qui, le caractère exceptionnel de leur penchant les faisant se croire
supérieurs à elles, méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des
époques glorieuses, et quand ils cherchent à faire partager leur goût, le font moins à ceux qui leur
semblent y être prédisposés, comme le morphinomane fait pour la morphine, qu’à ceux qui leur en
semblent dignes, par zèle d’apostolat, comme d’autres prêchent le sionisme, le refus du service militaire, le
saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie.

Un constat clair, presque militant? Politique en tout cas. Comme pour l’Affaire Dreyfus, Proust ne se perd pas en périphrase. A mon grand étonnement.

 

 

 

La Fuite aux Agriates – Marie Ferranti – folio

LIRE POUR LA CORSE

Plage de l’Ostriconi l’entrée des Agriates

Court roman (145 pages) paru en 2000.

145 pages de tragédie et de violence.

Passion et désir amoureux d’une jeune femme qui se définit comme libre et ne s’interdit rien. Ni de tromper son fiancé, ni de vivre une relation passionnée avec le fiancé de sa sœur.

Passion et désirs attisés par la violence des hommes actifs dans les attentats indépendantistes. Tragédie antique avec le chœur des femmes tenues à l’écart de la folie des hommes

Ainsi pour Clorinde, la politique était une affaire d’hommes jusqu’au jour où ceux qu’elle considérait toujours comme des enfants étaient devenus des assassins. Alors Clorinde, Mathilde, et peut être Francesca, avaient dû penser qu’elles avaient eu tort de ne s’être pas intéressées à la politique, de n’avoir rien tenté pour faire cesser cette barbarie qui n’était pas nouvelle, mais qui avait dégénéré en guerre civile. Elles étaient coupables d’avoir été indifférentes au monde et elles payaient le prix du sang versé

Le désert des Agriates est la petite région comprise entre Saint Florent et lÎle Rousse restée sauvage à l’écart des axes routiers. Région restée vierge de toute installation moderne, où bergers et randonneurs seuls ont accès. Grottes, maquis impénétrable, Julius, le berger croit pouvoir s’y cacher. Pourquoi Francesca choisit-elle de le suivre? Cette Fuite aux Agriates se déroule dans la sauvagerie d’une nature magnifique. 

J’ai lu d’un trait ce court texte sans éprouver  d’empathie pour les personnages. Hommes terriblement imbus de leur virilité, préférant une lutte armée qui ne se justifie que par leur désir d’héroïsme.  Femmes correspondant à l’image d’Epinal de la femme corse :  Mathilde, la mère, drapée dans sa dignité, Marie, la faible asthmatique, jalouse mais soumise. Francesca, la passionnée (?) qui ne sait pas vraiment ce qu’elle désire.

Un aspect m’a plu : la photographie, et le rôle de la lumière dans cette brutale lumière Corse. Et j’ai pensé à un autre livre A son Image de Jérôme Ferrari où l’héroïne est photographe. Renseignements pris, il date de 2018 et donc largement postérieur pour être mis en miroir. 

 

 

les Enquêtes d’ANATOLE LE BRAZ – L’Ouvrier de la Mort – Gérard Lefondeur – Palémon

POLAR BRETON

L’Ankou – parc des statues Perros Guirec

Anatole Le Braz est un écrivain breton qui s’est intéressé aux légendes celtiques et a compilé traditions et contes à la fin du XIXème siècle. Un de ses ouvrages est justement La Légende de la Mort.

Gérard Lefondeur imagine une série de romans policiers ayant pour  enquêteurs le Commissaire Le Dantec et Anatole Le Braz. Le commissaire fait appel à l’écrivain comme expert de la culture bretonne. C’est le premier livre de la série Les enquêtes d’ANATOLE LE BRAZ que Babélio m’avait fait connaître avec Le sang de Douarnenez (CLIC)que j’avais beaucoup apprécié.

L’Ouvrier de la Mort qu’on appelle aussi l’Ankou est représenté brandissant une faux conduisant une charrette grinçante. 

« Je vous chante qu’il me semble les avoir croisés ce matin, en revenant de la Croix du Chaos du Moulin, sur
une drôle de charrette tirée par un postier breton ; une sacrée belle bête, soit dit en passant. Dans leur
équipage, ils avaient rien des deux moitiés de vagabonds qui ont disparu il y a belle lurette. Et puisqu’on en parle, maintenant que j’y pense, j’ai eu l’impression qu’ils revenaient par le chemin vicinal qui conduit à la demeure de Goadec, justement. »

 

Deux décès suspects dans les alentours de Braspart, petit bourg des monts d’Arrée, n’ont pas alerté la gendarmerie : une vieille femme malade décède d’arrêt cardiaque, le garde champêtre et son chien écrasé sous la roche branlante de la forêt de Huelgoat. Le Commissaire Dantec, inspecteur de police d’origine bretonne mais venant de Paris,  est intrigué par un détail : une petite faux sculptée en bois, retrouvée chez les deux victimes. C’est à ce propos qu’il fait appel  à Anatole Le Braz. 

La scène avait quelque chose d’un peu ridicule : un homme bien charpenté et vêtu comme un Anglo-
Saxon, suivant à moins de deux mètres un pilote automobile aux lunettes de conduite remontées sur le casque, totalement inutiles car couvertes de condensation ; quel couple étrange…

Le folkloriste habitué à aborder les paysans recueille plus de témoignages que le policier à bord de sa Dion Bouton. Il sait aussi désamorcer les susceptibilités des gendarmes à l’égard du policier supposé Parisien. Le duo va nous faire vivre des aventures étonnantes et sanglantes que je ne révèlerai pas ici. L’humour tempère la teinte sombre du thème de l’Ankou

Vous n’aurez qu’à suivre les pommes et quand leur piste s’arrêtera, sur votre droite, vous verrez l’Arbre
aux Pendus. Dans le champ. C’est là, juste au bord, qu’on l’a retrouvé.[…]les premières pommes sur la chaussée. Cela avait quelque chose d’un roman de Lewis Carroll, mâtiné de Charles Perrault ou des Frères Grimm, le tout illustré par Gustave Doré

Le roman décrit les coutumes et croyances de la Bretagne à l’aube du XXème siècle. Coutumes rurales mais aussi irruption de la modernité. Répression de l’usage de la  langue bretonne, opposition entre les laïcards et les calotins. Modernité de l’automobile, et du téléphone. Comment Monsieur le Comte n’a pas le téléphone dans son manoir? Arrivée du tourisme comme cet hôtelier belge à Port Blanc…

Cependant, Le sang sur Douarnenez que j’ai lu précédemment m’avait paru plus riche avec les luttes sociales dans les conserveries. J’y avais croisé Conan Doyle avec grand plaisir. 

Nous devions passer les deux semaines des JO en Bretagne, j’avais téléchargé ce roman que j’ai lu avec grand plaisir après l’annulation du séjour.