Herbin : Route muletière à Céret (mon tableau préféré)
J’ai, à l’occasion, rencontré les tableaux de Herbin dans des visites diverses et chaque fois, je les ai remarqués sans savoir qui était le peintre.
Herbin – Autoportrait fauviste
Le charmant Musée de Montmartre le présente ainsi :
« Auguste Herbin est le secret le mieux gardé de l’aventure de l’art moderne »
Né en 1882 à Quiévy (Cateau-Cambrésy), fit ses études aux Beaux Arts de Lille et se passionne pour la peinture impressionniste.
Paysage nocturne à Lille
S’installe à Paris en 1901, de .
le Fauve (1902-1908)
1909-1927 au Bateau-Lavoir
paysage cubiste près du Cateau Cambrésis
Le fauvisme le mène au cubisme, j’aime beaucoup ces arbres cubistes!
la Famille, femme et enfants
Alors que les Cubistes, Picasso, Braque Gleizes ont tendance à affadir les couleurs, privilégiant les constructions, Herbin affirme la couleur
autoportrait cubiste
la nature morte au chapeau très coloré est une sorte d’autoportrait intime
nature morte au chapeau(1928)
Il séjourne en 1913 à Céret en même temps que Max Jacob, Kisling, Juan Gris et Picasso, il y retournera à plusieurs reprises.
Chemin du Bon ange à Vaison-la-Romaine
Avec un autre paysage méditerranéen je ne sais s’il faut le caractériser de cubiste ou pas.
Composition colorée
les Compositions colorées sont de plus en plus abstraites. Elles débouchent sur des grands tableaux abstraits appelés monumentaux.
Homme et Femme (1944)
Les tableaux suivants sont regroupés sous le titre L’alphabet plastique où couleurs et formes géométriques correspondent à la manière des Correspondances de Baudelaire ou de Voyelles de Rimbaud
Génération 1959
Toute une série colorée très séduisante conclue la rétrospective.
12 rue Cortot, tout près du Château d’eau de Montmartre. Le Musée occupe deux bâtiments dans un merveilleux jardin.
le jardin du Musée
Au fond de l’allée se trouvent les collections permanentes. A gauche, un vieux cognassier s’est couché puis a donné des rejets? A droite des merveilleux hortensias. Suzanne Valadon a peint cette façade
Suzanne Valadon : le 12 rue Cortot
Pour visiter, il faut faire le tour. Quelques pas dans le jardin sauvage et l’on découvre la Vigne de Montmartre
Vignoble de Montmartre
De 1894 à 1966, le 12 rue Cortot a vu travailler de nombreux artistes : Maximilien Luce(1894-1901) Raoul Dufy (1900-1901) Othon Friesz (1900-1902) en même temps que Maurice Utrillo et Suzanne Valadon (1898 -1905) Emile Bernard (1906-1912) Charles Camoin (1908)Francisque Poulbot(1911) Demétrius Galanis(1910-1966) puis le trio Valadon – Utrillo et André Utter.
Alfred Renaudin : Maison de Félix Ziem et moulin (1910)
Au rez de chaussée du Musée, des photos anciennes restituent le paysage au début du XXème siècle avec les moulins, les carrières. Jusqu’à 30 moulins s’élevaient sur la butte.
René Zimmermann La Maison d’Utrillo (1933)
Au premier étage s’affiche la vie de Cabaret : Le Chat Noir et le second Chat Noir, le Lapin Agile avec affiches, tableaux, sculptures…programmes
Le chat noir :Steinlein
Au Chat Noir on projetait des ombres chinoises, le théâtre d’ombre était l’oeuvre de Rivière mais aussi de dessins de Caran d’Ache. Un écran vidéo restitue certaines de ces pièces comme la Marche à l’Etoile, impressionnant défilé de soldats, lépreux avec leurs béquilles, caravane dans le désert…
Willette : parce domine parce populo tuo…(1882)
La farandole qui dégringole les rues de Montmartre qui évoquerait le French Cancan du Moulin rouge est une danse macabre « en fin de cortège, Pierrot se suicide » . Cette toile était un des décors du Chat Noir.
La peinture était à l’honneur, la musique aussi : Debussy et Erik Satie y jouèrent.
Au deuxième étage, les portraits d’Emile Bernard et de Francisque Poulbot attendent le visiteur. Une salle est dédiée à Renoir avec une tête de Renoir sculptée par Maillol.
Une autre salle expose les oeuvres de Suzanne Valadon, Utrillo, André Utter, Camoin…
café Renoir
Et si le temps le permet, si vous avez encore du temps , le Café Renoir dans le jardin est très accueillant!
Place Dalida
Pour rejoindre le métro, on peut flâner dans Montmartre, découvrir la basilique ou s’arrêter devant la statue de Dalida.
Ismène est la sœur d‘Antigone, l’héroïne tragique qui me fascine. Je collectionne textes, représentations théâtrales, autour de cette femme qui dit non, qui défie l’autorité.
La tragédie laisse peu de place à Ismène Le roman de Michel Serfati lui donne la place centrale ajoutant un personnage : Phénarète, la nourrice fidèle esclave. Ismène, la blonde, l’ainée, est celle qui dit oui à la vie, qui goûte les beautés de la nature, qui chante, prend des amants à sa guise, qui prodigue de l’affection à ses frères Etéocle et Polynice. Tout l’inverse d’Antigone la rebelle, dont un cauchemar dès son plus jeune âge a révélé sa destinée tragique.
La première partie du livre est un résumé du mythe des Labdacides. Pour ceux qui se perdent un peu dans les histoires de cette famille bien compliquée cette mise au point est bienvenue. Je vais retourner à Sophocle surtout à Œdipe-Roiet Œdipe à Colone que je connais moins bien qu‘Antigone.
p121, au mitan du livre, Ismène se retrouve seule avec Créon, enceinte de Hémon. Que peut-il donc lui arriver. La tragédie est close. L’enfant à naître transportera-t-il la malédiction des Labdacides? Ismène retrouvera-t-elle l’insouciance de sa jeunesse et son appétit de vivre. Commence une longue errance. Elle retourne à Athènes et y rencontre Sophocle et lui offre son histoire dont il fera une tragédie. Puis, dans un chariot, avec la fidèle Phénarète et une petite escorte que lui accorde Créon, elle retourne vers les amants de sa jeunesse. Une femme seule, même princesse, est une proie fragile. L’hospitalité – une tradition méditerranéenne – lui offrira parfois du répit, parfois une menace voilée. Après avoir fait le tour de la Grèce, elle arrive en Sicile et trouve refuge à Motyé, colonie phénicienne, puis à Carthage…Nous parcourons tout le pourtour de la Méditerranéejusqu’au Sahara. Un beau périple où la princesse grecque devenue nomade a gagné une belle indépendance.
Belle, trop belle, figure féminine, peut-être trop moderne pour être crédible!
Une lecture agréable, prenante mais loin de la tragédie grecque.
« Et ce contact-là, cette sensation furtive, l’image qu’elle déroula dans mon esprit, m’enseigna de ce lieu l’insolite secret. Oui, les murs pourrissaient, suintant de ce temps qui, coulant au-dehors, faisait pousser les arbres et vieillir les enfants ; mais ça, c’était dehors ! À l’intérieur, il semblait n’avoir plus cours, figé, suspendu par quelque sortilège, lévitant telle une goutte de pluie qui n’atteindrait jamais le sol. Les fleurs du papier peint pouvaient bien se flétrir, les moulures s’affaisser, rien ne passait ici «
Une histoire corse dans le style fantastique et mystérieux. Joseph (12 ans) et sa Mammo, son arrière-grand-mère forment un drôle de couple qui soulève les secrets de famille.
Au commencement, la famille, comme les autres, passe les dimanches au cabanon sur la plage, les oncles à la pêche, les enfants dans l’eau, les femmes préparent le repas. Joseph aime fouiner au grenier où l’ancien occupant a laissé un invraisemblable capharnaüm, des piles de disques, phonographes…le surnaturel intervient quand Joseph entend des mots effrayants provenant des objets. « ouvre moi » supplie une enveloppe…
Il perçoit plus tard un autre appel « derrière l’ange…« qui se trouve au coin de son lit. L’aïeule devine la malais de l’enfant et sait ce qui se trouve derrière l’ange : l’anneau de sa fille morte en couche dans ce lit!
Faut-il oublier tous ces secrets de famille, ce passé enfoui qui surgit après tant d’années? Le passé insiste : une photo perdue réapparait, une clef…
Depuis l’anneau, j’avais percé bien des mystères, ne sachant plus que faire des testaments cachés, des
aïeux retrouvés et des secrets perdus ; des lettres aussi, bien trop de lettres, la plupart de soldats –
mobilisés à jamais –, qui, égarées, lestaient leur âme, les condamnant au sol. J’étais devenu l’esclave de
mon don, un véritable fonctionnaire, venant à craindre l’apparition du moindre signe.
Dans la persistance de ces drames oubliés, l’enfant et son arrière-grand-mère mènent une enquête qui les conduit à Saint Florent et au Cap Corse. Le fantastique, invraisemblable au début du livre se fait quête des origines, ombres de la guerre.
LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..
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NOTA BENE : la prochaine récapitulation n°3 est prévue le 13 septembre 2024 !
Le Côté de Guermantes fait suite A l’Ombre des Jeunes filles enFleurs.
La famille de Marcel, le narrateur, a déménagé dans l’Hôtelde Guermantes, partageant avec la Duchesse de Guermantes la cour. Leurs domestiques se fréquentent ainsi que Jupien, le giletier et le concierge de l’immeuble. En revanche grande discrétion entre les Guermantes et la famille de Marcel qui ne fait pas vraiment partie du même monde.
Le lecteur découvre le nouveau logement avec les yeux de Françoise, la servante de la Tante Eulalie à Combray qui a accompagné la grand-mère et Marcel à Balbec .
« Françoise vivait avec nous en symbiose »
Femme du peuple, simple paysanne, de caractère très marqué, ambivalent luttant pour garder le pouvoir sur la fille de cuisine, dévouée à sa patronne mais tyrannique envers les serviteurs. Apparaissent à l’office de nouveaux personnages : Jupien, l’ancien giletier, le jeune valet de pied des Guermantes...La fréquentation des domestiques des Guermantes complète les présentations :
« Je me demande si ce ne serait pas euss qui ont leur château à Guermantes, à dix lieux de Combray »
La vieille servante est un personnage pittoresque au parler savoureux. Elle assure aussi le lien avec Combray, Méséglise. J’ai beaucoup apprécié les ragots de l’office, la résistance passive des domestiques aux caprices des maîtres en allongeant la pause du repas de midi.
Françoise est un pilier de la famille du narrateur. Son rôle dans la maladie et la mort de la Grand-mère est important mais même quand sa présence est nécessaire auprès de l’aïeule, elle n’oublie pas de garder sa place dans les travaux domestiques, refusant de laisser capter la moindre des tâches par un autre serviteur. Cette position dominante, je l’avais déjà remarquée à Combray au service de la Tante Eulalie. Personnage complexe, elle déchiffre à sa manière les relations sociales, devine des interactions, intervient dans la vie de Marcel. A propos de son intrusion dans la chambre de Marcel alors qu’il allait embrasser Albertine :
« Françoise, ne pouvant nous répondre de façon explicite, parlait comme Tirésias et eût écrit comme Tacite «
La fascination de Marcel pour l’aristocratie que représentent les Guermantesdéjà agaçante à Combray quand la Duchesse apparaissait à l’enfant nimbée des couleurs des vitraux, continue sérieusement à m’agacer. La fréquentation de Saint-Loup, rencontré à Balbec, neveu de la duchesse aurait pu modérer cette fascination
« Mais alors j’avais connu Saint-Loup; il m’avait appris que le château ne s’appelait Guermantes que depuis le XVIIe siècle où sa famille l’avait acquis. Elle avait résidé jusque-là dans le voisinage, et son titre ne venait pas de cette région. Le village de Guermantes avait reçu son nom du château, après lequel il avait été construit, et pour qu’il n’en détruisît pas les perspectives, une servitude restée en vigueur réglait le tracé des rues et limitait la hauteur des maisons. Quant aux tapisseries, elles étaient de Boucher, achetées au XIXe siècle par un Guermantes amateur, »
Marcel idéalise la duchesse qui l’a reconnu et salué à l‘Opéra-Comique . Il en tombe amoureux. Toutes ses manœuvres pour croiser son regard au détour d’une promenade matinale, tentatives amoureuses vaines m’ont bien ennuyée. Je retrouve ces mêmes sentiments à l’égard de Gilberte et de madame Swann que j’avais trouvés convenus et artificiels. Et, à nouveau, je m’ennuie!
Heureusement, Proust sait décrire des scènes plus pittoresques comme cette représentation à l‘Opéra-Comique est une description et une analyse des rapports sociaux très savoureuse. Je m’amuse du spectacle qui se déroule dans la salle, orchestre, balcon et baignoires. aussi important que celui qui se joue sur la scène.
Dépité de n’avoir pas été présenté à la Duchesse de Guermantes, Marcel fait le voyage à Doncières retrouver Robert de Saint-Loup où le sous-officier est cantonné. Comme le voyage à Balbec dans le tome précédent, je le suis avec grand plaisir dans ses découvertes provinciales. Proust nous donne un aperçu de la vie militaire. Son amitié avec Saint-Loup est sincère. Saint-Loup est brillant, beau cavalier, esprit éclairé : malgré un environnement conservateur, il professe des idées avancées, dreyfusard. Sa maitresse, Rachel, est comédienne. La famille de Saint-Loup réprouve cette liaison et Marcel est témoin de la rupture.
La première partie du livre se termine avec le retour de Marcel à Paris.
J’ai retrouvé avec plaisir l’univers de la Recherche après avoir fait une longue pause. Variations infimes sur un même thème avec des personnages récurrents que j’ai plaisir à retrouver. Ses parents déménagent, les points de vue changent. L’enfant a grandi, l’adolescent de Balbec est un jeune homme que je commence à mieux connaître.
Merci à Dominique et Keisha qui m’ont donné envie de lire ce livre précieux!
Précieux et rare, la Médiathèque ne l’a pas et il n’existe pas sous forme numérique. J’ai attendu de longs mois avant de le trouver.
111 pages à déguster lentement, lire et relire.
Hiver 1705. Johann Sebastian Bach a 20 ans. Il est l’organiste de la ville de Arnstadtdonne quelques leçons de musique aux enfants des notables.
« Il était apprécié des fidèles. Il jouait son rôle avec ferveur et discrétion. jamais une note qui ne brillât d’un éclat feutré, d’un respect terrifié par la proximité du ciel. Il était apprécié, parce qu’il savait rester à sa place: il n’était en somme que le mécanicien du ciel, qu’un régisseur. Il avait ses tuyaux, et le pasteur avait son pain et son vin »
Un jour, par hasard il prend connaissance de trois cantates de Buxtehude et c’est une épiphanie.
Bach était comme l’amoureux transi[…]Bach était transi de froid, car il venait de se découvrir un maître, mais la grandeur du maître n’était pas faite pour le réchauffer
la partition est incomplète, il lui faut la suite. Mais le Consistoire prudent ne souhaite pas diffuser cette musique scandaleuse, miraculeuse
Cette partition est miracle et preuve des miracles. Par elle je crois au miracle et à la vérité
Bach demande un congé pour aller à Lübeck rencontrer Buxtehude. Il part à pied, avec la seule partition pour bagage…Voyage à pied comme un pèlerinage. Dans la neige, le froid de l’hiver.
Quand il rentrera à Arnstadtson jeu en sera transformé et ce ne sera pas du goût des paroissiens , dès 1707 on le pressa de quitter Arnstadt…
A lire, relire, sans modération. Et écouter Bach encore!
Les éditions Stock ont eu l’idée originale d’une collection « ma nuit au musée » : des écrivains ont été invités à passer une nuit dans un musée et de s’en inspirer pour rédiger un ouvrage. Leila Slimani a eu le privilège de passer une nuit à Venise au Palazzo Grassi, Punta della Dogana parmi les œuvres de la Collection Pinault
« Non, ce qui m’a plu dans la proposition d’Alina, ce qui m’a poussée à l’accepter, c’est l’idée d’être enfermée. Que personne ne puisse m’atteindre et que le dehors me soit inaccessible. Être seule dans un lieu dont je ne pourrais pas sortir, où personne ne pourrait entrer. Sans doute est-ce un fantasme de romancier. Nous faisons tous des rêves de cloître, de chambre à soi où nous serions à la fois les captifs et les geôliers. »
Ce ne sera pas un énième livre sur le voyage à Venise, pour le tourisme, gondoles ou vaporetti, passez votre chemin. Ce n’est pas non plus la critique d’un expert en Art Contemporain, seules quelques œuvres seront évoquées, quoique… plutôt une réflexion sur le regard,
Marcel Duchamp disait que c’est le regardeur qui fait l’œuvre d’art. Si on le suit, ce n’est pas l’œuvre qui n’est pas bonne ni intéressante. C’est le regardeur qui ne sait pas regarder.
Leila Slimani est écrivaine, elle souligne la nécessité de l’enfermement, de la concentration dans l’acte d’écriture. Elle fait partager au lecteur cette nécessité. Le Parfum des Fleurs la nuit est d’abord une méditation sur l’acte d’écrire.
« L’écriture est un combat pour l’immobilité, pour la concentration. »
Quel rapport avec le Musée? A premier abord, ce n’est pas clair
« Le musée reste pour moi une émanation de la culture occidentale, un espace élitiste dont je n’ai toujours pas saisi les codes. »
L’autrice sera interpellée par quelques œuvres, quelques artistes. La peintre et poétesse libanaise Etel Adnan, « dont la figure plane au dessus-des autres » comme Leila Slimani,
« elle a grandi dans un pays arabe au sein d’une famille francophone. Elle est ensuite devenue une immigrée aux Etats-Unis. Toute sa vie elle a vécu dans le pays des autres »
Le Rideau de Felix Gonzàlez-Torre lui inspire une impression de malaise, le chatoiement de rouge évoque le sang, l’hémorrhagie. Un instant, elle est tentée de tirer sur le fil et de répandre les billes rouges, tentation fugace du vandalisme? .
L’ œuvre de Hicham Barrada :grands monolithes noirs éclairés de l’intérieur, terrariums géants contient les branches et les feuilles du Galant de nuit, une plante marocaine très odorante que Leila Slimani connait bien et dont le parfum ne s’exhale que la nuit. Rencontre inattendue qui donnera le titre du livre.
Hicham Berrada, qui a conçu cette installation, a choisi d’inverser le cycle de la plante. Durant la journée, le terrarium reste opaque, le jasmin est plongé dans l’obscurité mais l’odeur embaume le musée. La nuit, au contraire, l’éclairage au sodium reproduit les conditions d’une journée d’été ensoleillée. Tout est inversé, sens dessus dessous,
J’aime beaucoup les expériences chimico-spacio-temporelles de ce plasticien que j’ai vues à plusieurs reprises ICI
Du parfum du Galant de nuit, Leila, glisse dans des souvenirs marocains. Des souvenirs de sa familles sont aussi évoqués par une sculpture de Tatiana Trouvé : le corps d’un homme a creusé des coussins évoquant l’absence de celui qui vient de se lever. De fil en aiguille, elle pense à son père , à son incarcération à la prison de Salé. Injustice que la fille se doit de venger.
« Mon père est en prison. Et je suis écrivain. […]
j’écris et je le sauve, je lui offre des échappatoires…. »
Et à ce propos, elle cite l’écrivain turc incarcéré :
Comme tous les écrivains, j’ai des pouvoirs magiques. Je peux traverser les murs avec facilité », écrit Ahmet Altan (Je ne reverrai plus le monde).
Cette nuit à la Dogana a été propice à la rêverie, à la méditation que l’écrivaine nous fait partager. je me suis laissé embarquer jusqu’au bout de la nuit.
« Son nom recouvre un mythe, celui du journalisme au long cours »
Albert Londres (1884-1932)
La biographie du Grand Reporter, très complète, très détaillée (632 pages) qui se lit comme un roman d’aventure, de voyages ou comme un livre historique. Une compilation, une synthèse de ses articles souvent regroupés édités en livres. Une contextualisation dans le milieu journalistique et politique de l’époque. Passionnant!
La vie personnelle d’Albert Londres se confond avec son métier de journaliste. Il devient journaliste, quand il publie l’incendie de la Cathédrale de Reims en septembre 1914. Reporter de guerre il visite le front dévasté en Flandres et ailleurs multiplie les rencontres, les points de vue pour obtenir des articles variés. En 1915, il devine que quelque chose d’important se joue en Orient et couvre l’expédition des Dardanelles. J’ai lu cette « épopée » comme un roman d’aventures en passant par Athènes, Chios, Gallipoli, Salonique mais aussi à travers la Serbie, l’Albanie ou la Macédoine
« mars 1916. Allons voir à Corfou si la Serbie n’y est pas »
Entre Venizelos et le Roi Constantin, Albert Londres a ses préférences, il sort même de son rôle de journaliste pour comploter et ourdir l’assassinat d’un général britannique.
Toutes ces aventures balkaniques m’amusent beaucoup. Le point de vue décalé est intéressant.
Anasthasie, la censure rend ses articles méconnaissables. Après le règne des fausses nouvelles au début de la guerre vient l’absence de mauvaises nouvelles :
« il est formellement interdit de porter préjudice aux intérêts de l’Armée »
Le grand reportage à Moscoul’obsède. Pour parvenir en Russie, il est prêt à tous les subterfuges, y compris l’espionnage. Il finira par entrer dans le Pays des Soviets mais ce fut un voyage éprouvant…
1920, il ne se passe rien dans la vieille Europe, mais cela bouge dans les Balkans…En passant par l’Italie, il fait la connaissance de Gabriele d’Annunzio.
Dépaysement total au Japon, et en Chineoù la situation est encore plus complexe « la Chine en folie » est le titre du chapitre . Difficile de se retrouver dans ce chaos. De Chine, il passe en Indochine où il découvre la vie aux colonies. Il y est déçu, pas d’aventure. Même la chasse au tigre l’ennuie !
En 1922, en Inde, Trois hommes incarnent l’Indeà venir : Nehru, Gandhiet Tagore. Leçon d’histoire du XXème siècle!
Après 1923, « le flâneur salarié devient redresseur de torts ».
Après des reportages dictés par les points chauds de la politique internationale, des reportages en Allemagne sur le thème des réparations, Albert Londres se penche sur des sujets moins compromettants politiquement.
Il part enquêter au Bagne , à Cayenne, dans les îles du Salut. Ce qu’il découvre est effroyable. Il met en scène des personnages, s’attache au « traître », Benjamin Ullmo qui a su se repentir et s’amender et surtout à l’anarchiste Eugène Dieudonné, ouvrier ébéniste qui l’a touché au cœur et qu’il suivra le reste de sa vie. Pire que le bagne de Cayenne, Biribi, les bagnes militaires. L’enquête n’y sera pas facile!
Plus léger : Le Tour de France et les forçats de la route. la joyeuse caravane qui suit le Tour, Londres la tient pour un convoi de pompes funèbres. Il célèbres trois champions, trois frères, les Pélissier qui sans prévenir disparaissent du peloton et qu’il retrouve au bistro!
Pour faire son reportage Chez les fous,Londres rencontrera presque autant de blocages que pour visiter le Pays des Soviets. Ni le Préfet de la Seine, ni les médecins aliénistes ne sont prêts à subir ses critiques. Il va devoir contourner les obstacles, feindre la folie, se lier avec des familles. Et il découvrira, et fera découvrir des horreurs.
Au Djebel Druze, avec les Comitadjis macédoniens en Bulgarie le reportage est plus classique.
Il poursuit l’étude des sujets de société avec La traite des Blanches qui le conduit en Argentine. La Traite des Noirs qui aurait dû être son pendant symétrique, rend compte de la colonisation et du « chemin de fer qui tue » . sans manifester une opposition politique à la colonisation il dénonce ses manifestations les plus abominables : le drame du Congo-Océan, chemin de fer libérateur?
Ce chantier avait une particularité : le nègre y remplaçait tout à l’exception des explosifs. On lui demandait de tout faire avec ses mainq: la grue, le camion…Bilan6 à 8000 morts selon l’administration 17000 selon Albert Londres
Le Juif errant est arrivé le mène de Londres à Varsovie, de Roumanie en Palestine. Il aimerait découvrir le monde musulman et les lieux saints de la Mecque. Impossible, il va remplacer le voyage en Arabie par une enquête sur les Pêcheurs de Perle à Bahreïnet dans le Golfe Persique….
La mort d’Albert Londres est romanesque, dans un incendie sur le bateau qui le ramenait de Chine avec un reportage « explosif ».
Les 620 pages se sont tournées avec frénésie. Une belle leçon d’histoire. Une personnalité hors du commun.
LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, NATHALIE, ATHALIE, KEISHA et d’autres…..
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Claudialucia et Miriam ont avancé dans la lecture de A l’Ombre des Jeunes filles en fleur. Nathalie et Athalie ont préféré faire des lectures autour de Marcel Proust. Ce bilan 2 sera suivi d’autres récapitulations à mesure que nous avancerons dans la lecture de la Recherche. Nous espérons que d’autres blogueuses.eurs nous rejoindrons (je suis nulle en point médian)
KEISHA
Thierry Laget : Proust prix Goncourt, une émeute littéraire
« Un transit, c’est l’autorisation de traverser un pays, lorsqu’il est bien établi que l’on ne veut pas y rester. »
Anna Seghers (1900-1983) est une écrivaine de langue allemande, juive communiste. Après son arrestation par la Gestapo, elle fuit en Suisse puis en France. Son mari est interné en 1940 dans le Camp du Vernet, elle se réfugie à Marseille et prépare leur exil au Mexique.
Transit se déroule à Marseille en 1940-1941. Son héros anonyme s’est échappé d’un camp de concentration en Allemagne, puis d’un autre en France. C’est un anonyme, ni juif, ni militant, il s’est opposé aux autorités nazies, a été interné, s’est évadé. Après des pérégrinations à travers la France, il arrive à Marseille. Il s’y établirait volontiers.
Une foule de réfugiés juifs, communistes, républicains espagnols, campe à proximité du port dans l’attente du bateau qui les conduira hors de l’Europe. Foule hétéroclite, qui s’entasse dans les cafés ou qui part assiéger les consulats à la recherche d’un hypothétique visa. Pour avoir le droit de séjourner provisoirement à Marseille, il faut fournir des preuves qu’on désire émigrer. Il faut donc un visa, pour l’obtenir un contrat de travail est souvent exigé, il faut aussi un billet, un transit et l’autorisation de quitter le territoire. quand on obtient le visa le bateau est parti, quand on a le transit c’est le visa qui est périmé.
« Partir, partir de ce pays écroulé, de cette vie écroulée, de cette planète ! Les gens vous écoutent avidement tant que vous parlez de départs, de bateaux capturés qui jamais n’arriveront au port, de visas achetés et de visas falsifiés, et de nouveaux pays de transit. Tous ces racontars servent à abréger l’attente, car les gens sont rongés par l’attente. »
Une galerie de personnages originaux défile, une femme cherche désespérément son mari, un chef d’orchestre polonais erre dans son costume défraîchi. Et puis ce sont les ragots, les racontars qui occupent les conversations. Les queues devant le Consulat mexicain…
« C’étaient les antiques commérages des ports, aussi vieux que le Vieux-Port lui-même, encore plus vieux,
peut-être. Merveilleux et antiques ragots des ports, qui jamais ne se sont tus, depuis qu’il y a une
Méditerranée, ragots phéniciens et crétois, ragots grecs et romains, jamais la race des bavards ne s’était
éteinte, de ceux qui tremblaient pour leur place »
Surtout ne négligez pas la Postface de Christa Wolf qui éclaire d’un jour nouveau ce texte littéraire mettant des noms souvent très connus sur ces visages qui composaient la foule des émigrants de Marseille des années 40.
Transit est un formidable témoignage mais c’est aussi un texte littéraire qui conservera sa valeur littéraire universelle tellement sont bien illustrée les sentiments d’incertitude, l’angoisse des migrants, et toujours teinté d’ironie, on pense à l’humour juif
« Vous connaissez peut-être le conte de l’homme mort. Il attendait dans l’Éternité que le Seigneur décidât de
lui. Il attendait, attendait toujours. Un an, dix ans, cent ans. Puis il implora son verdict. Il ne pouvait plus,
disait-il, supporter l’attente. On lui répondit : « Qu’est-ce que tu attends donc ? Il y a longtemps que tu es
en enfer ». Et l’enfer, c’était cela : l’attente imbécile de rien. Quoi de plus infernal ? La guerre ? Elle vous
rejoint d’un bond par-dessus l’océan. Maintenant, j’en ai assez ! Je veux rentrer chez moi. »
Marcel Proust : Les Plaisirs et les jours
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