Deux procès en cours donc, – Celui d’une femme qui a tué́ sauvagement son mari après avoir subi de sa part durant des années des violences physiques et sexuelles. – Celui d’un humoriste célèbre, auteur d’une blague fort malheureuse sur les violences faites aux femmes durant l’une de ses chroniques quotidiennes sur une station de radio populaire. Deux histoires qui se croisent indirectement. Deux affaires qui enflamment tout un pays.
Sur le dépliant de présentation il est précisé que la pièce s’inspire de jacqueline Sauvage dont le verdict fut de dix ans de prison, et des déboires d’un humoriste à la radio. Il s’git de « montrer frontalement la violence pour offrir une catharsis ». On ne s’attendait à rien de réjouissant.
C’était mal connaître Jean-Christophe Meurisse et sa troupe des Chiens de Navarre. Nous avons passé deux heures à rire à gorge déployée.
Décors inventifs : le bureau de la directrice de l’école primaire, un commissariat, un studio de Radio, la cour d’appel. Et chaque fois des trouvailles!
Une excellente soirée et une dénonciation efficace des violences faites aux femmes
J’avais envie d’un polar d’une nouvelle série après des lectures difficiles.
Si on considère que Gennevilliers, son port, les bords de la Seine, L’Île Saint Denis, sont le sujet du livre, c’est tout à fait réussi et intéressant. J’aime explorer les coins reculés du Grand Paris, son histoire, ses mutations. J’aime bien les références géologiques des carrières, l’histoire maraîchère un peu ancienne maintenant, les tours et les quartiers du 9-3, avec les chantiers des Jeux Olympiques, grues, darse de Haropa, le port Havre-Rouen- Paris qui exploite également des darses à côté de chez moi à Bonneuil.
En revanche, en ce qui concerne l’intrigue policière j’ai été déçue. Les personnages d’abord ne m’ont guère intéressée. Nora, brillante élève, reçue première de sa promotion est écartée de l’enquête. Est-ce à cause du machisme de ses collègues et de son chef, elle est reléguée à des patrouilles de routines et même placardisée quand elle se rebelle. Son personnage est peu crédible, naïveté adolescente dans sa foi catholique, puis casse-cou et redoutable batailleuse sur le terrain. Ses collègues sont tout aussi schématisés, des flics ripoux, vulgaires. peu de finesse.
L’irruption du fantastique et les invraisemblances m’ont rebutée. Je suis mauvaise cliente pour les maléfices.
Malgré ces bémols, ce polar se lit bien, on tourne les pages pour savoir comment cela va se terminer même si l’intrigue se dévoile assez tôt.
Il faudra encore patienter une bonne année avant que le Métro du Grand Paris Express,Ligne 15 sud ne soit mis en service. Comme on a retiré la palissade et les Algécos au coin de l’Université de Créteil, j’imaginais que l’ouverture de la ligne était imminente. Mais non! La gare Saint Maur Créteil est encore en chantier. C’est la gare la plus profonde de France (55 m) et son creusement a retardé d’une bonne année la mise en route.
La géologie explique ce chantier titanesque : en superficie on a implanté le RER A, en dessous, le sous-sol est d’abord très humide du fait de la proximité de la Marne et en dessous une épaisse couche d’argiles plastiques ne se prête pas au creusement d’un tunnel. Il a fallu creuser dans la craie . Creusement d’un puits vertical avec 9 niveaux horizontaux tandis que le tunnelier forait horizontalement. J’imaginais un tunnel horizontal, il fait plutôt des montagnes russes! L’emplacement d’une gare à Saint Maur est nécessaire pour l’interconnexion avec le RER A en direction de Boissy-Saint-Léger, une autre gare relie le RER A à Champs sur Marne, mais il s’agit de la branche qui va à Marne la Vallée.
Puits et escalier monumental : Sculpture de lumière
L’aménagement de la Gare a été attribuée par concours à l’architecte Cyril Frétout (ANIMA) . Les 68 gares du Grand Paris Express sont conçues en Tandem, un architecte et un artiste. Suzanne Fritscher. Le problème était de meubler le puits de 42 m de profondeur et d’y amener la lumière. Un escalier monumental se déroule « comme une pelure d’orange en spirale. Et pour meubler et sculpter la lumière des câbles fins blancs et transparents se déploient comme une nébuleuse lumineuse. En périphérie, une batterie de 11 ascenseurs (25 personnes) dessert la galerie.
Dans le tunnel, pas d’affiches publicitaires géantes comme dans le métro parisien mais des décors imaginés par des plasticiens qui font allusion à l’environnement en surface.
Un dernier mot laissé à l’architecte (trouvé sur le site du Grand Paris Express)
Milady n’est pas une femme qui pleure…Elle est de celles qui se vengent
Evelyn de Morgan – La potion d’amour. La sorcière, une autre femme puissante
Les Trois Mousquetaires se distingue. Dans cette épopée fraternelle courent une énergie et une candeur
viriles jamais égalées. Elle a été adaptée, analysée, réinventée des dizaines de fois. Rarement une oeuvre
aura connu une telle longévité ni une telle fécondité. Après tant de reprises littéraires réussies et ratées,
tant de feuilletons, de parodies et de navets, tant de dessins animés, de bandes dessinées, pourquoi y
revenir ?
[…]
Autres temps, autres mœurs. Je ne révise pas. Je n’accuse pas non plus. Je me glisse dans les blancs de ton texte, dans les angles morts, et j’invite ceux qui, comme moi, sont épris de justice à ouvrir les yeux et les
oreilles.
Récemment, les chefs d’œuvres de la littérature classique, ont inspiré les auteurs contemporains pour des succès primés. J’ai lu successivement On m’appelle Demon Copperfield de Barbara Kingsolver, d’après David Copperfieldde Dickens, James de Percival Everett, à la suite de Huckleberry Finn. Et, à la suite, l’Essai de Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses qui se penche sur les phénomènes de récriture et de réécriture. La récriture étant une « correction » politiquement correcte afin de gommer des éléments choquant le public contemporain (racisme, sexisme et autres. La Réécriture étant la production d’un ouvrage original en s’inspirant d’un livre ancien.
Je voulais vivre emprunte ses personnages aux Trois Mousquetaires,les replace dans les situations du roman de Dumas mais raconte l’histoire du point de vue de Milady qui devient le personnage principal. Une histoire de cape et d’épée racontée par une femme. Jamesest construit sur le même principe, le personnage principal est un esclave dans l’Amérique encore esclavagiste. On dit souvent que l’Histoire est racontée par les vainqueurs, la littérature contemporaine tente de redonner la parole aux opprimés.
Anne de Breuil, Comtesse de la Fère, Milady de Winter, Charlotte Backson, sous toutes ses identités est jugée à Armentières et exécutée par un tribunal improvisé d’hommes sûrs de leur bon droit. Meurtrière, empoisonneuse, bigame, séductrice, manipulatrice, elle mérite la peine capitale et sera exécutée. Je ne spoile guère, nous connaissons tous ce jugement.
Je voulais vivre raconte l’histoire de la petite orpheline qui fuit les meurtriers de sa mère, qu’on va enfermer dans un couvent et qui ne s’évadera de ses persécutrices qu’en suivant un prêtre….Quand a-t-elle perdu sa pureté, ce qui fait la valeur d’une jeune fille? Avec la perte de sa virginité ou avec la flétrissure que lui inflige le bourreau? J’ai lu les 3 Mousquetairesà 12 ans et je n’avais rien compris de cette fleur de lys imprimée sur son épaule.
Très belle, Milady, mais surtout intelligente, instruite, excellente cavalière sachant aussi manier l’épée et la dague. Une telle femme pouvait-elle exister en liberté dans le monde des Mousquetaires? On aurait pu l’accuser de sorcellerie, on la fait criminelle.
C’est donc un roman moderne, féministe qui a du souffle comme les Trois Mousquetaires dont il s’inspire. Plaisir de lecture. Un prix Renaudot tout à fait mérité!
les caryatides à l’entrée du Passage de Bourg l’Abbé
C’est une visite guidée par Monsieur Bac trouvée sur le site Explore Paris. Bien que parisienne de naissance, j’ai parfois besoin qu’on me fasse découvrir des endroits un peu secrets que je n’ai pas exploré seule.
J’étais passée la semaine passée par le Passage Brady en allant à la Galerie Marteloù Art Spiegelman et Joe Sacco signaient leur BD Never Again!..And Again… (jusqu’au 10 janvier 2026) et cela m’avait donné envie d’en savoir plus sur ce quartier très vivant, cosmopolite et dépaysant.
Théâtre Antoine boulevard de Strasbourg
La promenade commence au métro Réaumur Sébastopol pour s’achever une station de métro plus loin à Strasbourg-Saint Denis dans un périmètre très restreint limité au sud par le métro Sentier et la Place du Caire.
passage de Bourg l’Abbé
Nous découvrons les passages couverts. Ces passages furent aménagés à la fin du XVIIIème siècle : 1785 pour le Passage du Prado, 1798 passage du Caire, et dans les années 1830 . Ils permettaient aux Parisiens de faire leurs achats dans des boutiques fermées sans se salir dans la boue des rues, raccourci entre les artères passantes et lieux de promenade agréable. Ces passages furent amputés par les travaux d’Haussmann et le percement du boulevard de Sébastopol (1854) puis concurrencés par l’essor des Grands Magasins.
Nous entrons dans le Passage de Bourg l’Abbé sous le porche dessiné par Blondel avec ses deux cariatidesa, allégories du Commerce, et de l’Industrie pour découvrir des boutiques sous une verrière très haute. Ce lundi 29 Décembre n’est pas très propice au shopping, nombreuses enseignes sont fermées. Ce passage est privé, l’accès n’est autorisé qu’en semaine et aux heures ouvrables. Aux étages supérieurs des résidents disposent d’une clé.
L’entrée du Passage du Grand Cerf est moins spectaculaire. Reliant le 145 de la rue Saint Denis au 10 de la rue Dussoubs, il doit son nom à l’ancienne « Maison de roulage » du même nom, terminus des diligences. Des merceries et boutiques de laine sont encore très actives
lilweasel, boutique de laine et mercerie
ainsi que des brocantes et boutiques d’articles religieux ou décoratifs
Et encore plus pittoresque cet opticien vintage « Pour vos beaux yeux »
Pour vos beaux yeux lunettes vintage
la place Goldoni en l’honneur du dramaturge qui a vécu 21 rue Dussoubs et qui y mourut « pauvre » comme le rappelle une plaque de marbre commémorative. Non loin, la petite Rue Marie Stuartrappelle le passage de l’éphémère reine de France, petite rue mal famée à l’époque, Rue Tire-boudin ou Tire-vit comme on n’avait pas osé le prononcer devant la reine.
Notre conférencier pianote sur un digicode pour nous faire découvrir un très élégant hôtel particulier caché aux yeux des passants. Il appartenait au gouverneur de la Bastille, de Launay. Des merveilles sont ainsi invisibles et secrètes. Un guide est bien nécessaire.
vitrine du Café Royal à l’entrée du passage de Bourg l’Abbé
Des constructions récentes ont été bâties à la place de l’ancienne Cour des Miracles souvenir littéraire dont il ne reste plus rien. Rue Réaumur, près du métro Sentier, Monsieur Bac nous parle de l’ancien quartier de la Presseet nous montre le siège de l‘Indépendant, évoque Paris-Soir, puis France-Soir, Pierre Lazareff….temps révolu, il ne reste plus d’imprimerie de Presse maintenant. Heureusement qu’une visite guidée peut me rafraîchir la mémoire. Nous sommes dans le Quartier du Sentier, quartier du textile et de la passementerie et arrivons Place du Caire
passage du Caire
Le Passage du Cairea été construit après l’expédition de Bonaparte. Sur la façade des figures d’Hathor sont surmontées d’une frise ressemblant aux bas relief de RamsèsII et au sommet de l’immeuble des hiéroglyphes fantaisistes intègrent une caricature du profil d’un professeur des Beaux Arts.
Verrière Passage du caire
Le Passage du Cairea été construit dans l’esprit d’un bazar oriental sur un plan en Y avec 3 différentes allées rejoignant la rue du Caire, et la Rue Saint Denis. Les boutiques ne sont guère jolies, ce sont plutôt des entrepôts et des ateliers de textiles. L’endroit ne respire pas la prospérité. Discrétion des grossistes ou crise du textile?
Encore un passage : Le passage du Ponceau et la découverte d’un autre hôtel particulier ravissant.
Nous passons Rue Blondel, puis Rue Saint Denis très animée depuis des temps très anciens : voie qu’empruntaient les rois de France pour aller à la Basilique Saint Denis. L’arc de Triomphe est élevé en l’honneur des campagnes militaires de Louis XIV et de la victoire sur la Hollande, érigé en 1673 par Blondel. Nous traversons ensuite leBoulevard Bonne Nouvelle pour un dépaysement certain : nous sommes en Turquie! Cette petite Turquie est très animée avec des commerces de bouche et de nombreux restaurants.
passage du Prado
Art déco ou indien, le décor métallique qui soutient la verrière du Passage du Prado ? nous continuons le voyage en Orient, Pakistan ou Afghanistan, des officines de traducteurs sont décorées de l’ancien drapeau afghan. Barbiers à prix dérisoires, commerces exotiques.
passage Brady
Passage Brady, ,nous sommes en Inde avec des restaurants très appétissants, des épiceries exotiques et des coiffeurs. Perruques, extensions, teintures…Un peu plus loin, après le Château d’Eau nous arriverions au Château Rouge, concentration de coiffeurs africains….mais nous ne ferons pas le voyage ce jour.
Bouillon Julien
Dernière découverte : le Bouillon Julien, nombreuses tables dans un décor Art Nouveau (ouvert en 1906)verrière à motifs végétaux, mosaïque de Trezel sur des motifs de Mucha, stucs et un comptoir en bois précieux de Cuba. Les prix sont tout à fait raisonnables et j’ai prix la carte pour réserver à la prochaine occasion.
J’ai découvert Soulages, chez lui, dans son musée de Rodez. Découvert l‘Outrenoir sur des toiles où le noir appliqué au pinceau, au couteau, griffé gratté joue avec la lumière qui transforme le tableau selon l’angle d’incidence. De grands tableaux noirs et tant de variété…une visite passionnante. CLIC
J’ai suivi Soulages à Conques et observé comme la lumière modifie les vitraux selon le temps qu’il fait, l’angle d’incidence… Et toujours la sobriété des abbayes cisterciennes CLIC
Soulages, peintre du noir ou de la lumière.?
« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs lorsqu’il illumine les plus obscures il leur confère une grandeur sombre »
Soulages 2005
Quoique… Soulages n’a pas toujours peint du noir. Quand il s’est installé à Paris à la fin des années 40, il a surtout utilisé du brou de noix à la riche teinte brune.
L’exposition présente des papiers marouflés sur toiles. Ordre chronologique, on peut deviner l’évolution du travail. Bou de noix, gouache noire, encre. Peinture abstraite : ne pas chercher d’intention, les titres donnent une date, et les dimensions de l’œuvre. Rien pour guider le regardeur qui se fera son interprétation personnelle. Ou pas.
On découvrira des séries qui se répondent,
Intrigué, je zoome :
surprise! une timide apparition de la couleur
il y a aussi une exposition « immersive » avec casque numérique mais j’ai horreur du casque, je ne peux donc pas vous en parler.
EN REVENANT DE L’EXPO…GABRIELE MÜNTER et KANDINSKY
1929 la sténographe Suisse en pyjama
« Ecrire. Gabriele peint le portrait de la féminité et aussi celui de la femme active, qui a une fonction propre et réalise un métier. Sténographe, le premier métier officiel attribué au genre féminin. La femme représentée, motif central, occupe tout l’espace du tableau. La frontalité et le peu de perspective accordée au sujet peint nous rapprochent. Une coupe de cheveux à la garçonne. Plutôt courte, crantée. Le pantalon a la forme « harem », la mode de l’époque. Les chaussures rouges indiquent qu’elle aime aller danser, mais qu’elle s’est rendue immédiatement disponible au travail. Elle serait vêtue sous son pull d’un pyjama, le tissu apparaît, souple. Panoplie de la femme émancipée. L’artiste utilise peu de couleurs, du bleu outremer au fond, plus clair[…] Gabriele vient de peindre la « femme nouvelle » en France, « Neue Frau » en Allemagne.
Je me souviens très bien de ce tableau à l‘Exposition Gabriele Münter au MAM au printemps dernier (CLIC), mais je n’avais pas acheté le livre de Florence Mauro à cette occasion. En visitant l’Exposition Kandinsky à la Philharmonie( CLIC) j’ai pensé à elle.
1907 Kandinsky à l’harmonium
Courte biographie (109 pages en comptant les annexes), Florence Mauro s’attache à décrire certaines œuvres majeures de la peintre. Si bien que j’ai lu ce texte en 3 jours, m’arrêtant pour chercher dans la galerie-photo de mon ordinateur, ou sur Internet les tableaux du livre. Lecture hachée mais très plaisante.
Paul Klee assis dans un fauteuil.
Plaisir aussi de croiser au fil des pages les peintres du Cavalier Bleu, ceux de Montparnasse, Paul Klee, et de découvrir des noms inconnus.
Suivre cette voyageuse, partie très jeune aux Etats Unis d’où elle a rapporté de belles photographies (dans l’exposition du MAM), qui a voyagé avec Kandinsky, d’abord son professeur, puis son compagnon, à Paris avant la Grande Guerre, puis en Suède où elle avait imaginé vivre avec Kandinsky qui n’était plus le bienvenu dans l’Allemagne en guerre.
1936 Route menant aux montagnes
Encore une fois, mesurer comme la notoriété était plus compliquée pour une femme. Revenue seule en Allemagne, oubliée alors qu’elle était une figure majeure de l’Avant-Garde du temps du Blau Reiter tandis que Kandinsky et Klee avaient intégré le Bauhaus et étaient au faite de la célébrité.
Je compte persister dans la lecture de cette collection Le roman d’un chef d’oeuvre afin de continuer les visites des expositions et musées.
Par ces temps mauvais, l’actualité me déprime, Guerre au Moyen Orient, Guerre en Ukraine, 7 Octobre, Anéantissement de Gaza, pogrom en Australie
les chevaliers de l’Apocalypse, Galerie Martel , Art Spiegelman et Jo Sacco signent leurs livres
Toujours la même interrogation : est-ce le retour du fascisme?
Le RN de Marine Le Pen et Bardella est-il fasciste? les attaques contre l’Etat de Droit et les juges de la part de Retailleau, est-ce du fascisme? Trump est-il fasciste? Et l’accusation de fascisme de Poutine quand il fait la guerre à l’Ukraine, c’est le monde à l’envers. Et Netanyahou et son gouvernement? Sans parler du retour de l’antisémitisme de plus en plus inquiétant.
Il me semble urgent de revenir à une définition du fascisme, et à étudier son histoire et ses racines. Sternhell a consacré toute sa carrière d’historien à cette question. Il était donc urgent de lire ce livre.
…contre le fascisme sous toutes ses formes, dont la définition qui est retenue dans ces pages est celle, matricielle, de Marie-Anne Matard-Bonucci : le fascisme est un mouvement ou système politique ultranationaliste, opposé à la philosophie des Lumières (libéralisme et communisme) qui vise à transformer la société et l’individu sur la base d’une conception holistique de la société, c’est-à dire qui ne laisse rien de côté, soit au moyen de la dictature d’un parti unique, soit de l’État et au moyen de la violence. (p. 12)
dans la présentation de Pierre Serna.
Ce sont donc près de 50 ans d’histoire de l’extrême droite et des fascismes qui marquent la longue carrière de Sternhell entre 1972 et 2020. (p. 12)
Cet ouvrage n’est pas un biographie de Sternhell ni un résumé de son oeuvre. C’est une compilation d’articles de spécialistes de l’histoire des idées politiques listées dans le sommaire ci-dessous :
DU SOLDAT CITOYEN A L’HISTORIEN HUMANISTE-Pierre Serna
ENTRE GUERRES DICIBLES ET GUERRES INDICIBLES – de Annette Becker
SIONISTE FACE AU SIONISME – Philippe Gumplowicz
LA QUESTION DES FASCISMES FRANCAIS -LE NATIONALISME BARRESIEN ET SES ECHOS DANS LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS D’AUJOURDHUI – Philip Nord
NI DROITE NI GAUCHE ENTRE 1983 ET 2020 LES FONDEMENTS D’UNE CONTROVERSE HISTORIOGRAPHIQUE -Olivier Forlin
STERNHELL ET LA THESE IMMUNITAIRE – Kevin Passmore
UN IMAGINAIRE HISTORIQUE OU LA CONTRE-REVOLUTION REFOULEE – de Baptiste Roger-Lacan
PLUTÔT HITLER QUE BLUM LE NAZISME COMME TENTATION DES « ELITES OCCIDENTALES » DANS LES ANNEES 30 -Johann Chapoutot
LES ANTI-LUMIERES DE VICO A CROCE – Frédéric Attal
FLEURIR LA TOMBE DU DICTATEUR (1936-2024) Pierre Salmon
VU D’ITALIE : UN DEBAT D’HISTORIENS – Valeria Galimi
EN ALGERIE AUSSI LA DROITE REVOLUTIONNAIRE – Benjamin Stora;
CONCLUSION D’UNE RENCONTRE – Henry Rousso
C’est donc un ouvrage de spécialiste, destiné à un public averti de l’histoire des idées politiques. Les sujets traités sont plus ou moins abordables pour la lectrice lambda que je suis.
Dans ce système, l’Autre, c’est-à-dire le Juif, l’étranger, l’indigène, le communiste, l’humaniste, la femme
ou l’homme des Lumières, est pensé comme un être à détruire, au point de rendre possible la culture
politique de la violence, voire de justifier la provocation à la guerre civile et la conquête du pouvoir par la
force, en négation totale avec les principes des républiques démocratiques,
Page 20
J’ai été très intéressée par l’histoire sur le temps long, qui fait remonter le débat aux Idées des Lumières, à la Révolution de 1789 et au cheminement des idées s’opposant aux Lumières au cours du XIXème siècle, à travers le Boulangisme, l’Affaire Dreyfus, Barrès… L’idée reçue que le fascisme découlerait des suites de la Grande Guerre, aussi bien en Italie et en Allemagne se trouve battue en brèche par l’analyse au long cours de Sternhell. qui remonte plus loin dans les origines :
Avec le boulangisme et l’antidreyfusisme, le rejet des Lumières passe ensuite des sphères intellectuelles
à l’espace public. Cette fois, la politique des anti-Lumières « est un phénomène de masse »
Autre idée que Sternhell apporte : le concept de Droite révolutionnaire, droite qui ne cadre pas avec la classification habituelle faite par René Rémondde trois Droites : bonapartiste, légitimiste, orléaniste. Opposition aussi de Sternhellà l’idée que la France serait immunisée au fascisme, idée répandue chez les intellectuels français qui éviterait de penser Vichy comme fasciste mais comme un épisode passager de l’Histoire de France.
J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les réactions violentes des historiens de Science Po (J’ai moi-même eu Touchard et René Rémond comme professeurs à Science Po).
Encore plus de mal à comprendre les implications italiennes de Vicoet Croce dans l’Histoire du Fascisme. En revanche, le culte que certains vouent encore à Franco est plus facile à saisir. Le chapitre consacré à l’Algérie par Benjamin Stora est limpide. On comprend très bien comment les lois excluant les Juifs pendant la Guerre se sont si bien appliquées dans des régions pourtant éloignées de Vichy et encore plus de l’Allemagne.
Tel que je le conçois, le sionisme était avant tout le retour du Juif à la normalité. Les Juifs ne devraient
plus être à la merci du bon vouloir d’autres peuples, mais fixeraient eux-mêmes leur destin. En ce sens, j’
ai été “archi-sioniste” et je le suis aujourd’hui encore.
Le chapitre Sionisme face au sionisme m’a particulièrement interpellée. Il est tout à fait d’actualité même si Sternhell est décédé en 2020.qu’il aurait dit pour le 7 Octobre, puis la Guerre à Gaza m’aurait intéressée. Sternhell se définit comme israélien, il a combattu pendant 4 guerres mais il a adopté une position très critique vis à vis de la politique de colonisation. A tel point qu’il a subi un attentat : une bombe déposée en 2008. Sa critique dépasse celle du gouvernement de droite : la gauche sioniste aussi est caractérisée par le nationalisme
la synthèse entre socialisme et idée nationale était revendiquée par le courant central du travaillisme —
« De la classe à la nation », tel était le slogan asséné par David Ben Gourion dans maintes tribunes de
congrès —, la dissolution du socialisme dans le nationalisme prôné par la droite sioniste ne pouvait qu’
irriter la gauche israélienne.
primat de la nation commandait tous les autres. Le drapeau rouge du socialisme des défilés du 1er Mai
dans les rues de Tel-Aviv n’était qu’un leurre. Le corpus idéologique des fondateurs d’Israël était bien
moins marxiste qu’inspiré par « le nationalisme organique, le nationalisme historique et culturel(p.72)
Ce recueil est difficile à lire quand on ne dispose pas de la culture historique suffisante. A relire! Je n’ai toujours pas de réponse à mes interrogations initiales mais l’Histoire des idées se précise.
Pour mieux connaître Sternhell le podcast de RadioFrance: L’Histoire à Bras le corpsinterview par Philippe Gumplowicz CLICest passionnant et surtout très éclairant . 5 épisodes de 28 minutes permettent un abord chronologique plus méthodique. Parcours de vie de l’enfant de Galicie occupée par les nazis, caché par des Justes polonais, orphelin qui arrive en Avignon, à 16 ans s’engage en Israël . L’étudiant à Sciences Po, élève de Touchard qui fait une thèse sur Barrès (pas du tout à la mode) . L’universitaire qui disserte sur les Lumières et les Anti-Lumières, explique Herder et Kant, Rousseau. Le polémiste dont les travaux ont été contestés jusque dans les tribunaux quand il a écrit que Jouvenel avait collaboré sous Vichy.
Sternhell a accompagné mes promenades en forêt, compagnon de route. Quelle merveille ces podcasts qui permettent de faire entendre la voix de telles personnalités!
Couverture rose pour les petites filles? un carnet de lecture pour noter chaque chapitre….192 pages en tout, quand je retranche les notes au lecteur, liste des oeuvres de Zola, préfaces, glossaires, pages pour écrire….il ne reste que 150 pages du roman initial. Selon le 4ème de couverture, « abrégé mais pas adapté », j’en doute fort. Le roman intégral a entre 450 et 500 pages selon les éditions. 300 en moins, c’est beaucoup.
Le roman original est un de mes préférés de la série des Rougon-Macquart. Encore très actuel avec les techniques de marketing dignes de celles de nos grandes surfaces2025. On vend à perte (à peine ) le Paris-Bonheur, et la cliente qui a fait une bonne affaire va acheter tout plein de bricoles inutiles…Procédé digne des « Bons Prix anti-inflation » des magasins actuels vont gagner de la marge sur le reste du panier…. Cela reste très bien démontré dans ce Bonheur des dames abrégé. Les Grandes Expositions, s’appellent maintenant les Evènements, les Soldes.…Les petites consommatrices du CM2 peuvent comprendre cela . Excellente introduction à une consommation critique!
Mais pour le style! Etourdissant, foisonnant, Zola sait me charmer, ici est devenu plat. Je tourne les pages mollement sans me laisser capter. Certes, je ne suis pas le public attendu, de plus, je connais l’histoire.
Dans mon entourage je ne connais pas d’enfant CM2/ 6ème pour tester le livre. J’interroge mes anciennes collègues. Catégoriques! « Au bonheur des damesc’est pour les 4èmes », disent-elles. D’ailleurs dans la boutique kindle, il existe au moins 2 éditions abrégées destinées à ce niveau : 250 pages. la moitié de l’original, presque le double de l’édition du « Premier Zola« .
Est-ce bien nécessaire d’anticiper les lectures? Le plaisir c’est aussi de se laisser engloutir par un pavé luxuriant, foisonnant, de jouer avec les mots, même démodés, même désuets. Pour cela, il faut être un bon lecteur. Laissons les très bons lecteurs voler dans les bibliothèques pour adultes les livres « qui ne sont pas pour les enfants » qui auront le goût du plaisir défendu. Et choisissons des contes, des poèmes, des romans-jeunesse !
A la sortie de tous les musées, les visiteurs sont conduits à la boutique-librairie, j’ai trouvé ce roman de Gaëlle Josse à l’issue de ma visite à l’exposition Georges de La Tour – maître du Clair-obscurau Musée Jacquemart-André.
Court roman, 192 pages.
Roman choral, trois narrateurs mêlent leurs voix : De La Tour, le peintre, Laurent son apprenti, et de nos jours, une jeune femme traductrice, amoureuse éperdue.
Cette lumière, et la nuit tout autour. Cette autre femme qui détourne son regard. Elle a raison, il faut
savoir se protéger. Il faudrait. Ces mains, qu’on devine douces, légères, attentives à ne pas aggraver la
blessure.
Georges de La Tour, dès le premier chapitre commence son Saint Sébastien soigné par Irène, tableau présenté à l’exposition. C’est passionnant d’imaginer le Maître préparer son matériel, choisir ses modèles, donner ses instructions. Avec le témoignage de son apprenti, on voit se peindre le tableau sous nos yeux.
Saint Sébastien est celui que nous invoquons pour nous protéger du fléau de la peste, car il a survécu aux flèches, dans lesquelles nous voulons voir aujourd’hui une représentation de la violence de l’épidémie. équilibre de l’ensemble, et jusqu’à ces derniers jours son image m’échappait. Enfin, j’ai trouvé. Elle est un témoin. Elle éclaire la scène mais s’en détourne.
On imagine aussi l’arrière plan, à Lunéville, duché de Lorraine, les ravages de la Guerre de Trente ans (1618-1648) et des épidémie de peste qui ont emporté les parents de Laurent, recueilli par le peintre. Ce dernier veut présenter son chef d’œuvre à Louis XIII. Il fera le le voyage par route et sur le coche d’eau sur la Marne. Présentation à la Cour.
J’ai bien aimé le roman historique.
En revanche, l’histoire d’amour entre la traductrice et son amant mystérieux ne m’a pas du tout accrochée. Relation toxique. Décor convenu. Issue prévisible. Je n’ai pas vu le rapport avec le tableau. Quel intérêt?