Crit : balade en carriole – les charbonniers

Un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant

charbonniers

 

Les charbonniers ont érigé une sorte de tour avec de très gros rondins – ziggourat de bois impressionnante. A côté, de gros tas arrondis calcinés. Au fond, leur habitation : une roulotte ou un wagon, avec des potées fleuries aux fenêtres, un quad primitif et deux vieux tracteurs rouges avec des chaînes pour tirer les grumes des hêtres.
Les charbonniers ne sont que deux : un homme et une femme appuyés sur leur pelle, souriants, se prêtant avec beaucoup de grâce à la photo. Leur peau tannée par le soleil et par le charbon et leurs yeux apparaissent terriblement brillants surtout les yeux clairs du mari.

le charbon de bois

Ils ont couvert de paille le bois et sont en train d’enduire le tumulus d’une croûte de boue qui ralentira l’incendie. La femme nous montre une porte pour l’air nécessaire à la combustion. L’ensemble ressemble à une tombe étrusque ou à un dolmen infernal.

–    « combien de temps brûlera le tas ?
–    « treize jours »
–    « combien de temps  pour le bâtir ? »
–    « dix-huit ! »

A côté du tas calciné, des outils énigmatiques : des rondins de bois emmanchés de tiges métalliques recourbées servent sans doute à casser les gros morceaux de charbon, un hybride de la fourche et du râteau gît à terre.
En descendant de la carriole, D a fait basculer le rondin-marche-pied mis à son intention et a chu dans le charbon. Elle aurait pu se faire mal mais c’est l’occasion d’un bon fou-rire qui nous secoue encore plus que les cahots de la carriole pendant le voyage du retour.

Arrivées au village nous sommes escortées par trois gamins très sales qui prétendent s’accrocher à notre équipage.
Mais ce n’est pas encore la fin !

Crit : balade en carriole – la traite des chèvres

Un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant

Crit balade en carriole

 

Nous allons chercher les bidons de lait des chèvres.

Le cheval bifurque vers la colline.. La montée est raide. Le cheval s’arrête et refuse de repartir. Le cocher descend rattache les brancards, le flatte, l’encourage et marche à ses côtés puis remonte. A plusieurs reprises il va renâcler. Sans doute, nous sommes trop lourds. Le voyage s’éternise. Nous commençons à avoir mal aux fesses.
«  les chèvres sont loin ? »
– « A trois kilomètres ! »
Combien de temps faudra-t-il ? Combien de temps durera la traite ? Il y a 300 chèvres.
Au détour d’une colline, un magnifique cheval se détache à contre-jour. Il énerve notre cheval. Le jeune cocher le chasse en le poursuivant avec son fouet. L’animal s’enfuit au galop. C’est un spectacle splendide.

Non loin, nous apercevons un enclos. Nous sommes accueillis par cinq chiens très poilus et joyeux. Plus loin se tiennent les bergers, un petit feutre conique vissé sur la tête. Les enclos ont la forme d’un huit. Une très jeune fille tsigane à l’air très farouche conduit les chèvres vers un portillon. De l’autre côté deux femmes sont assises sur des tabourets bas. Elles empoignent la chèvre qui se présente à la porte, agrippent les poils et pétrissent vigoureusement les pis allongés. Une  chèvre donne peu de lait. La traite est très rapide et ne ressemble pas du tout à celle des vaches. La vache, aux mamelles très gonflées, semble soulagée de l’opération et s’y prête de bonne grâce. La chèvre est impatiente et ne songe qu’à s’échapper. Les femmes les réprimandent doucement mais fermement. Elles acceptent sans problème que je les photographie. Elles sont très belles. Leurs yeux clairs m’étonnent. Leur longue chevelure est retenue en chignon par des pinces en plastique. Il fait frais, elles portent des chandails rouge vif.
Alex  nous le confie un chevreau de deux jours adorable.

Crit : les chèvres

Quelques instants plus tard, les femmes redescendent avec des seaux plein de lait mousseux qu’elles passent dans un tamis fin à travers un linge. Il y a deux bidons, 50 l en tout.
Le cheval s’est reposé. Il a mangé l’herbe verte. Le chemin est en descente. Il est heureux de rentrer à l’écurie. Nous descendons en une joyeuse cavalcade. Parfois l’ornière est profonde et la carotza penche dangereusement. On va verser : fou-rire encore !

après la traite

Adrian et Helena nous attendent.

–    «  Super ! la balade était fantastique ! Mieux qu’une randonnée. »

La brouille est évitée. Le dîner est prêt ::
Une chorba très goûteuse et très légère où nagent des tripes en fins morceaux-pas grasse du tout. Elena apporte ensuite du chou cuit, de la crème aigre et des saucisses très sombres de porc et de chèvre mélangés, ainsi que de fines tranches de porc croustillantes. Pour dessert une sorte de mille-feuilles à la noix et au miel. Au lieu de pâte feuilletée, on dirait de la gaufrette.

Crit : slow food

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Crit : slow food

 

Au bout du village de Crit, se trouve un grand entrepôt avec des hangars abritant de grosses machines agricoles. Une coopérative ? Un reste de kolkhoze ?

Nous avons vu de grosses bottes de foin rondes emballées sous plastique et plus de tracteurs qu’à Gura Raului. Ce qui n’empêche pas les chevaux de traîner leurs carrioles. En revanche, personne ne va aux foins le râteau en bois sur l’épaule. Peut être ici les foins sont ils terminés ? Trois sortes de meules coexistent : les traditionnelles correspondant au ramassage à la fourche sur un trépied en bois, on laisse un trou au milieu si bien que la meule a l’air d’avoir des pattes. Les meules parallélépipédiques sont courantes. Plus rares sont es grosses roues.

De l’autre côté de la Nationale, des bâtiments allongés et bas semblent à l’abandon. Poulaillers industriels ? Étables collectives ? Leur déshérence correspond elle à la fin du communisme ou au départ des Allemands de Crit ?

Toutes ces questions que je pourrais poser à Adrian s’il n’était pas à Bucarest.

Elena, au petit déjeuner nous a dit:

–    «  Majorité des gens préfèrent agriculture biologique, pas chimique »

–    «  Majorité des jeunes préfèrent fast-food mais au village majorité des people préfère la soupe. »

Elena et Adrian sont adeptes de la Slow Food dont les fondateurs sont venus d’Italie goûter aux fromages d’Adrian. La telemea est servie ce matin sur une rondelle de tomate avec une feuille de basilic et un trait d’huile d’olive importée d’Italie.

Sighişoara: ville médiévale – Dracula – Eglise

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Sighisohara :ville médiévale
Sighisohara : escalier couvert

On monte à  la vieille ville de Sighişoara par un escalier qui débouche sous la tour de l’Horloge. Malheureusement, toute la ville est en chantier. Camions et pelleteuses ont défoncé le pavé. On patauge dans la gadoue. La jolie ville médiévale fait peau neuve. Peut être va-t-elle y perdre en authenticité ?

sighisohara

Entre la tour de l’Horloge et la jolie place Cetatii (malheureusement utilisée comme parking par les riverains) nous passons devant la maison natale de Dracula. Vlad Tepes, prince de Valachie, l’Empaleur,  a véritablement existé et opposé une résistance admirable face aux Ottomans. Sighişoara avec ses tours à toits pentus, ses clochetons, ses murs de guingois fait un cadre idéal à la légende de Dracula. Les marchands de souvenirs exploitent le filon de l’horreur et vendent des masques horribles, des perruques de sorcières et autres articles de vampires d’un goût douteux.

L’église de la colline est accessible par un escalier de 172 marches est couvert par une voûte de bois.
Construite de 1429 jusqu’à 1529. Dans la fresque au dessus du portail on peut lire :

« Cette œuvre a été achevée avec l’aide de Dieu en 1488 à la Saint Gerhardt lorsque une grande neige a détruit les arbres fruitiers »

Une autre inscription dans le chœur note :

« Celui qui veut s’asseoir dans cette stalle et qui ne sait pas parler latin, qu’il reste dehors pour qu’il ne soit pas chassé à coups de bâton » (1523)

En 1547, l’église passe à la Réforme !

On peut aussi voir un très beau retable, 21 pierres tombales et les trois emblèmes des rois Mathias Corvin, de sa femme Béatrice et du Prince Etienne Báthory.

Sighishoara : les remparts

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sighisohara

 

 On rejoint le tour des remparts en passant par le cimetière au pied de l’Eglise de la Colline.

La promenade à l’ombre des grands arbres entre les tombes et les herbes folles et les fleurs est très romantique. Les noms sont en majorité allemands : Wagner, Roth…parfois hongrois, très exceptionnellement roumains. Sans doute, les Roumains avaient un autre cimetière dans la ville basse. Promenade tranquille. Je descends de la colline pour me heurter à une grille fermée. Il me faut tout remonter.

des fleurs à la fenêtre

 

Le tour des remparts est une jolie promenade dans des ruelles moyenâgeuses entre des maisons basses. Les tours carrées sont celles des corporations : tour des Bouchers, des Fourreurs, des Tailleurs…Je retrouverai toutes ces corporations avec leurs outils et leurs emblèmes, les enseignes (celle des chapeliers est très belle) dans le Musée Historique de la Tour de l’Horloge.

Sighishoara : Tour de l’Horloge

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Sighishora : Tour de l’Horloge

 

 

Le Musée Historique se trouve dans la Tour de l’Horloge

(entrée: 6LEI)

 Bric à brac hétéroclite : pots de pharmacie aux armoires baroques peintes en passant par les peignes à carder…Tous ces objets rappellent que la ville de Sighişoara (Schässburg) était une ville tenue par les corporations, ville commerçante jouissant de privilèges (entre autres de battre monnaie).

Clou de la visite: le mécanisme des automates de l’Horloge.Tourné vers  la Ville Basse, un personnage en bois changeait chaque jour à Minuit. Dimanche avait une couronne aux rayons d’or tandis que Lundi portait une lune ? Mardi, jour de Mars…Du côté de la Ville haute, un groupe représente une allégorie : le Droit et la Justice avec une balance.
Attention, le droit de les photographier est exorbitant (30 LEI).

Sighishoara : ville basse

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Sighisohara maison verte

Dans la ville basse, de nombreuses banques bordent la rue principale. Elles occupent des maisons colorées décorées de stucs et volutes gracieuses. D’autres maisons ont un style moyenâgeux, historicisme éclectique austrohongrois comme nous l’avons vu en Hongrie.

Sighishorara 2 pignons de la banque

Crit: un gite de charme : Casa cu zorele

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Crit : gîte de charme

 

Le soleil a baissé et les murs font de l’ombre, je m’installe dans la rue pour dessiner la plus belle maison du quartier. Comme elle est grande je choisis d’étudier la décoration multicolore par le détail : mur jaune d’or ocré, tour des fenêtres blanc éblouissant, motifs bleu roi. Les persiennes projettent leur ombre rayée sur le mur jaune. J’observe spirales et volutes bleues.

Je viens tout juste de terminer le dessin d’une fenêtre qu’une dame sort, habillée d’une élégante robe à plumetis blanc sur noir  me propose de visiter sa belle maison, et les trois chambre d’hôtes . Ils reçoivent des « invités » du monde entier, récemment, du Brésil

Raffinement des meubles peints  aux motifs floraux. Vastes chambres toutes différentes, salles d’eau luxueuses. Ils ne jouent pas dans la même cour qu’Adrian et Elena. Catégorie luxe. La table  aussi, est raffinée : « invités » font le déplacement de Bucarest ou de Brasov pour un bon repas.
Son mari emmène ses hôtes dans la forêt pour observer la faune sauvage : renards, chevreuils et oiseaux. Connaisseur en vins, il commande directement au producteur. Je décline l’offre d’une dégustation malgré son insistance.
Ils ont conduit eux-mêmes la restauration.
Caroline de Viscri (la fille de la dame guide) s’occupe de la fondation pour la conservation des façades qui finance les ravalements. Il faut ensuite consolider la maison, refaire les toits. Avec leur camionnette, ils ont écumé les villages pour rapporter 6000 tuiles, des fenêtres anciennes et des meubles peints pour donner à la maison son aspect traditionnel. Le plus difficile fut de convaincre les artisans d’utiliser des matériaux d’origine, de démolir le neuf, la véranda métallique, les grandes baies pour mettre à la place les cadres vermoulus des fenêtres de bois, les planchers à peine équarris, la peinture à la chaux. Je ne veux pas abuser de leur hospitalité mais ils sont si fiers de montrer le résultat.

Ils sont aussi préoccupés de l’image de la Roumanie en Europe et bien conscients de la mauvaise réputation et de la criminalité et de la mendicité des Tsiganes. Evidemment, je leur parle de Cioran, d’Ionesco et de Brancusi (notre prononciation française les amuse ils prononcent Brancouch, le i final est muet).

Au cours de la conversation, nous parlons des Tsiganes qui vivent au village.
–    « Non, ils ne squattent pas. Ils payent un loyer à la Mairie. »
Propriétaires d’un gite de luxe, ils ne voient pas d’un mauvais œil ces occupants. Le fait de vivre dans une maison contribue à son entretien et l’empêche de s’écrouler. Comme Helena, ils ne les trouvent pas fiables comme employés, sans prendre cela de façon dramatique :
–    « Ils viendront travailler deux jours et pas le troisième »
Nous terminons la visite au jardin. Le  potager est vraiment grand et très bien entretenu : tomates, carottes, cornichons, oignons mais aussi brocolis, céleris, aneth. Les haricots prennent le maïs pour tuteur (nous avons vu cela chez les indiens du Canada, les Indiens appelaient maïs, haricots et courge les trois sœurs).

Finalement nous regardons les géraniums et les volubilis. Les volubilis ont une place spéciale : ils ont donné leur nom à la maison. Leur bleu rappelle celui des décors extérieurs et leur camionnette en est couverte !

Crit : Dernier dîner chez Elena

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la table dressée et Elena notre hôtesse

 

Chorba avec des haricots mange-tout puis un  ragoût avec de la purée et des cornichons. La viande est très tendre. Sous la dent, je sens du cartilage.
–    « Baby goat », répond Helena

quand je lui demande ce que c’est. Heureusement que j’avais terminé mon assiette !

Pour finir des crêpes roulées avec de la confiture d’églantine.

Traversant le pays sicule : église d’Ocland

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Eglise d(Ocland

Route de Brasov jusqu’à Rupea que nous connaissons déjà.

Homorod : petit village et pourtant à l’entrée des immeubles sinistres et décrépis montent la garde. La citadelle possède trois tours carrées ramassées sur elles même. Il est 9heures et les gens vont aux foins. Nous dépassons trois hommes à vélo. L’un a une plume à la casquette de base-ball.

D’Homorod à Ocland, une méchante route de terre traverse Jimbor. Dans un pré, je compte 11 cigognes. A Satu Nou je remarque les premiers portails en bois ciselé.

Nous retrouvons le goudron aux portes d’Ocland qui est un petit village perdu dont les maisons n’ont aucun caractère particulier, rarement bien crépies, cachées derrière une tonnelle de vigne, le plus souvent mal fichues, en ciment avec des fenêtres modernes.

Une flèche « Monument » nous guide vers un petit porche surmonté d’un auvent avec une pointe très aiguisée et un toit de tuiles vertes de mousse. La barrière a été repeinte récemment .Les inscriptions sont en hongrois. Le jardin qui entoure l’église est très joli avec ses bancs bleus, ses buis et troènes taillés, ses rosiers entourés d’un rond de pierres chaulées. Une glycine accueille les visiteurs qui passent par un petit porche sans intérêt. L’église est fermée. Par un carreau on peut découvrir cette très jolie église unitarienne. L’autel est une table rustique sculptée recouverte d’une nappe brodée au point de croix avec des motifs rouges sur fond grège, fleurs et oiseaux. Une armoire verte est peinte. La chaire en pierre est ornée de tissu brodé, au dessus le bis sculpté est peint en bleu et vert. Les bancs et les dossiers sont également en bois peint en bleu. Sur chaque dossier, un livre de prières et des bandes de broderie. Au sol, un tapis rouge-noir-beige aux dessins en losanges. A l’extérieur l’église est encore blanche et bleue. Sous un auvent de travers un « totem » sculpté porte les couleurs hongroises, des rubans verts-blancs-rouges.

Dans les rues se promènent des troupeaux d’oies.  A la sortie du village la pension s’appelle Siculus : nous sommes chez les Sicules qu’on appelle aussi Szeklers. Nous croisons  des enfants très blonds.