La route vers Odorhieu Secuiesc franchit des collines verdoyantes. Au creux d’un vallon, un chapelet d’étangs : l’un est une réserve ornithologique, le suivant organisé pour la pêche. Nous remarquons les portails ciselés de plus en plus nombreux et les inscriptions en Hongrois. Les petites églises blanches avec les maisons blotties forment des taches rapprochées dans les vallées. On peut voir ensemble trois ou quatre églises à la fois.
Odorhieu Secuiesc est une ville moyenne hongroise. Nous y trouvons un supermarché CBA comme à Budapest où nous achetons des salamis au paprika, de la crème aigre, et des yaourts. Les vins proviennent de Hongrie et les prix sont élevés. D retrouve les sablés à la confiture qu’on achetait à Budapest. En revanche à la caisse, à part le « kösönem » automatique, la caissière n’est guère aimable. Dans la rue les incompréhensions linguistiques recommencent. Ici : Hongrois première langue, roumain deuxième langue personne ne fait l’effort de nous écouter, ni en anglais, ni en allemand encore moins en français !
un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant
coffre peint musée ethnographique des Sicules
La route 13A vers Mercurea Cuic traverse les belles forêts de la Montagne de Harghita. Sapins ou épicéas ? En tout cas très hauts ! Invitation à la promenade.
Mercurea Cuic est une ville peu engageante, moderne, industrielle, bétonnée. Nous ne voyons pas les belles maisons décrites dans les guides et avons toutes les peines du monde à nous faire expliquer le chemin du château. Finalement le mot magique est « castello » que je trouve après avoir essayé « château », » Schloss », « Burg», « castle» et même le hongrois « var »..
Le castello est un ensemble assez élégant de bâtiments en quadrilatère. Détruit par les Ottomans en 1661 reconstruit en 1713.
Un mariage sort d’un bâtiment de l’autre côté de la rue. Des musiciens sonnent du cor de chasse relayés ensuite par des accordéonistes. Les dames du Musée, tout au spectacle de la noce rentrent à contrecœur dans leur château.
Du château, lui-même, je n’apprendrai rien. Une aile est aménagée en Musée Ethnographique des Sicules : outils de menuiserie, bois gravés, bâtons de bergers décorés, costumes et surtout un très beau mobilier peint et des broderies au point de croix somptueuses, rouge sur blanc, parfois rouge et noir, plus rarement rouge et bleu. Une agréable musique folklorique accompagne le visiteur. Une autre aile présente de la sculpture et de la peinture hongroise contemporaine, de bonne facture, très colorée. Souvent des sujets religieux. Un peintre m’a déplu à cause de sa peinture lugubre. Un autre m’a intéressée avec ses couleurs vives et ses personnages grinçants. Je reconnais Pilate et les Romains. Cela m’amuse.
mercurea ciuc
56km séparent Mercuréa Cuic de Gheorgheni. La route traverse de nombreux villages sans intérêt aux maisons tristes des années 50 ou 60 derrière leurs grilles métalliques rouillées.
cortège nuptial
Intermède : un cortège nuptial suit des musiciens, le maître de cérémonie, seul à l’avant suivi de trois violoneux des accordéonistes et des mariés en costume modernes. La mariée toute jeune me sourit quand je la prends en photo porte une robe blanche courte. Tout le village suit en une longue colonne.
Le ciel s’est chargé. Les montagnes retiennent les nuages d’orage très menaçants.
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Château de Lazarea
Un pavillon moderne dans un magnifique jardin, une belle chambre avec des plantes vertes, des tapis rouge noir et beige et des rayonnages remplis de livres en Hongrois. Impression d’être vraiment « chez l’habitant », la dame nous a fait l’honneur de nous prêter sa chambre pour une nuit. Cela ne ressemble pas du tout à une chambre d’hôtel impersonnelle. Dans la cuisine, une table avec des bancs et partout des broderies multicolores aux fenêtres, au dessus des portes, du micro-onde…et toujours des plantes vertes.
Le château de Lazarea est bizarre avec ses tours massives comme celles des citadelles mais coiffées de créneaux d’opérette tarabiscotés.
Pas un mot d’explication. Le château pourrait aussi bien dater du 14ème que du 20ème siècle (16ème selon Evasion). Entrée 6LEI, toujours sans un mot. J’entre dans une très vaste salle meublée de deux tables vernies et de 136 chaises lourdes de bois sculpté aux coussins de cuir, une salle de banquets ornée de tableaux de peintres hongrois de style figuratif de valeur très inégale. A l’étage, une galerie boisée sous de magnifiques poutres sert de salle d’exposition pour des sculptures contemporaines, des dessins, gravures et lithographie d’artistes hongrois et roumains. Des œuvres soignées avec de réelles qualités, agréables à l’œil pas du tout « foutage de gueule » comme souvent l’art contemporain. Dans la grosse tour, encore des broderies du macramé et de la dentelle. Dans une autre : des œufs décorés.
Au dîner, soupe, haricots légumes et pommes de terre, poulet délicieux au paprika et des crêpes.
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le foin qui sèche
Départ sous la pluie.
Et encore nous avons de la chance! Bucarest est inondée et toute la Roumanie est en alerte. C’est un peu tristounet pour les photos.
30 km de route qui tortille jusqu’à Toplitsa. La route suit ensuite la rivière Mures sur 60 km jusqu’à Reghin. (La Mures traverse toute la Roumanie et se jette dans la Tisza à Szeged en Hongrie.) Au début, c’est un torrent qui a creusé des gorges étroites dans les roches volcaniques. Le train passe sur des viaducs. Malgré la pluie, les Roumains campent et, pêchent. Ils ne semblent nullement incommodés. Un parapluie, des bottes pour les plus prévoyants. Le plus souvent rien du tout. Nous arrivons à Reghin avec une « bonne » moyenne de 55km/h. Après 10h les villages s’animent, tout le monde se rend à l’église endimanché malgré la pluie.
De Reghin à Bistrita, la route suit des collines et traverse des villages pavoisés. Bistrita est une grande ville, concessionnaires de voitures, immeubles en béton. Qui a entendu parler de Bistrita ?
Nous nous dirigeons maintenant plein nord et traversons des vergers de pommiers. Dans les champs le blé est mûr.
Pour atteindre Maramures la route franchit un petit col. Les meules de foin, ici, ont des formes étranges. Certaines sont très hautes et minces ; deux piquets servent d’armature. La nouveauté ce sont les « meules-murs »Le foin est déposé sur des cadres rectangulaires et sèche en faisant des sortes de murs sur les terrasses.
Un mois autour de la Roumanie en Logan et chez l’habitant
Il pleut mais tout le monde est dans la rue. Les portails sculptés sont tous des auvents ainsi que les bancs de bois accolés aux murs. Les vieilles femmes tout en noir, avec leur fichus noirs, les lus jeunes aux fichus colorés sont alignées et bavardent. On leur demande la permission de les prendre en photo. Cela les amuse.
La vieille église en bois « monument istoric »est à deux pas d’une grande église neuve en ciment qui éclipse complètement la première. Impossible de faire une photo de l’église de bois sans qu’apparaisse l’autre affreuse.
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Danses folkloriques
Ion en costume folklorique et sa famille partent jouer de la musique au village distant d’un kilomètre. Oubliée la fatigue de la route !
Au village, personne n’a entendu parler du concert. Les gens très aimables nous dirigent vers l’église de bois. Que peuvent chercher des touristes? Ou vers le centre culturel – fermé. Devant un café, de nombreuses femmes portent la tenue traditionnelle : jupe froncée avec des fleurs rouges ou roses sur un fond noir ou bleu marine. La jupe est très courte, parfois plissée, bouffante, comme s’il y avait plusieurs jupons, Sur la tête, un foulard coloré. Les jambes nues, souvent des chaussures à talon. Non! Elles ne savent pas où sont les musiciens ? Bien sûr, elles connaissent Ion et nous indiquent le chemin de notre pension. Enfin, un homme sort de sa voiture. Il parle français et nous dirige vers une rue latérale où nous trouverons la musique après trois quarts d’heure à errer dans le village.
Au milieu de la cour, Ion au violon, son fils au tambour, Anka, sa fille, debout brandissant une guitare. Ana chante. Une ronde les entoure. Filles et garçons en costume traditionnel mais aussi des adultes. Bientôt une dame vient nous inviter à entrer dans la ronde. Le groupe de jeunes est en vacances. C’est une ambiance de fête. Les jeunes ont des appareils-photos numériques et des téléphones portables mais ne semblent pas gênés de faire des danses folkloriques.
Nous avions prévu de dîner dans la gloriette du jardin. Une pile d’assiette sur une belle nappe blanche est posée. Ana et Ion attendent d’autres convives qui arrivent pour dîner. Embrassades : ce sont des habitués, des Français qui parlent roumain.
chiez Ion et Ana, gloriette à musique
Ana apporte la chorba aux haricots dans laquelle elle a ajouté de la crème. Puis deux bols de salade froide : caviar d’aubergines et une salade de fromage et œufs durs pilés. Enfin une grande soupière contenant de la purée de pommes de terre et des saucisses. Pour finir un gâteau.
Ion et Ana ont revêtu leur tenue de spectacle, un cousin est arrivé ainsi que Petricu, 7 ans avec sa belle blouse brodée, son petit chapeau et son petit violon. Nous avons un concert exprès pour nous. La voisine, la mère du petit violoniste descend se joindre à nous. Les musiciens sont contents de faire de la musique ensemble. Ils ne se forcent pas pour leurs hôtes. Au contraire ils prolongent la soirée.
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crucifix peint
Sieu, encouragée par le beau ciel bleu, je photographie l’église en bois. Une voisine sort précipitamment et propose de l’ouvrir. Nous ne sommes qu’au début de nos surprises. Très jolies couleurs et une Tarasque, la Tour de Babel et l’Arche de Noé.
La dame me fait ensuite lire un papier imprimé où il est question du communisme allié à l’église Orthodoxe et de la visite de Jean Paul II. Ici, l’église est Grecque-Catholique, reconnaissant l’autorité du Pape mais ayant gardé les rites orthodoxes. Compromis historique avec l’Autriche catholique afin de garder les traditions au 18ème siècle.
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les mocassins du marché
A Bogdan Voda, les chevaux sont installés au fond du pré. Un magnifique cheval blanc à la belle crinière et à la queue peignée retombant jusqu’au sol, fait l’admiration de tous. Comme de nombreux villageois sont venus au marché en carriole les chevaux sont nombreux.
On peut s’approvisionner en articles divers et variés : vêtements de toutes sortes, coupons de tissu fleuri dont sont faites les jupes des femmes, châles qui me font envie mais aussi panta-courts chinois, sous-vêtements ou savates.
Les mocassins pointus faisant partie de la tenue traditionnelle avec des chaussettes de laines blanches et des laces de cuir sont proposés en deux versions : marron en cuir (ou simili) et noir en chambre à air de pneu.
Des stands proposent des pièces métalliques variées, faux avec leur pierre à aiguiser, fourches et râteaux en bois, plus légers sur l’épaule. Au rayon ferraille, il y a aussi des pédaliers, des chaînes et dérailleurs de vélo, raccords de plomberie et plein d’objets énigmatiques qui manquent probablement dans une ferme ou dans un garage ; évidemment si on préfère une bassine en plastique ou des boîtes à pique-nique, cela se vend aussi !
A Calinesti, les églises sont invisibles. Plusieurs allers-retours dans le village n’y changent rien. Une église, avec un clocher pointu cela se voit ! « Se vede » ! Et bien non ! Il faut demander aux passants. Le mot magique est « biserica ». Autre astuce. Dans chaque village ou presque, les églises vont par paire, l’une qualifiée de Josani (du bas) et l’autre de Susani (du haut). Là où cela se complique, c’est quand l’église du bas est perché sur une pente très raide au flanc de la montagne. Un petit sentier y monte. Je m’apprête à redescendre quand mon téléphone vibre :
– « ne redescends pas ! Une dame va t’ouvrir l’église ! »
C’est une très vieille dame toute ridée, très alerte malgré son age qui grimpe la pente, me salue en français m’explique que nous nous trouvons dans une église Gréco-catholique puis ouvre toutes les fenêtres pour que je puisse admirer les fresques. Je suis éblouie, au propre comme au figuré. Quand mes yeux habitués à la pénombre déchiffrent les scènes la dame les commente. J’en sors bien catéchisée.
A Sarbi, nous faisons encore des allers-retours à petite vitesse pour trouver le panneau « biserica ». même d’ »en bas » l’église se mérite par une grimpette. Elle est en travaux : on a creusé des tranchées pour la remettre sur des fondations solides. Les anciennes paraissent vermoulues. L’église d’en haut est encore plus cachée. Il nous faut chercher la rue « oulitsa ». Malheureusement l’église et fermée. Il nous reste à admirer le travail d’assemblage sans clou et surtout cette corde qui entoure l’église qui ressemble à celle d’Horezou.
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Eglise de bois de Budesti
Budesti possède aussi son église d’en bas et son église d’en haut.
La « bisérica Josani » (celle du bas) est facile à trouver elle est devant la mairie « primaria ». Avec ses 4 clochetons elle est originale. La clé est à la Mairie. C’est une clé bizarre avec un grand manche on croirait un ciseau de menuisier.
Les fresques ne nous déçoivent pas. Ni celles du narthex, ni les plus élaborées mais moins colorées du naos. Les animaux fantastiques nous amusent ainsi que celle sur le thème de la Chute où finalement Adam laboure tandis qu’Eve, assise, file.
La dame de la Mairie nous montre la cote de maille du Haïdouk Pintea Viteazul. Malheureusement, son français n’est pas suffisant pour qu’elle nous en conte l’histoire..
Trouver la « biserica susani » est encore toute une affaire. Le chemin entre la Mairie et le Centre culturel va à la rivière. Après on demande. Il faut retrouver l’asphalte, sans problème. Enfin, nous passons un pont alors qu’il aurait fallu bifurquer. C’est l’heure de midi, les routes sont vides, personne pour nous remettre dans la bonne route.
La route grimpe dans la montagne, ce qui ne nous inquiète pas puisque nous cherchons une église « d’en haut ». Le goudron fait place à une route forestière très bien entretenue qui nous emmène après 6km à un monastère perdu dans la montagne. Les sommets culminent vers 1600m et nous avons l’impression d’être beaucoup plus en altitude. Il fait frais presque froid. Un ruisseau coule. Les sapins sont très hauts. A deux pas, les alpages, puis es crêtes. A défaut d’église en bois, nous piqueniquons auprès du ruisseau.
Piquée de ne pas avoir trouvé, nous continuons notre recherche ? Au pont, un jeune nous indique la route. L’église est fermée. Par une fenêtre, nous devinons les fresques. Je crois même reconnaitre une représentation de la Cène.
Pour passer dans la vallée de Mara, la route enjambe les collines. La vue est très étendue. Comme il fait beau, déformation professionnelle, j’étudie le panorama, cherche les appareils volcaniques bien identifiables. Sur la roue du monastère dans la forêt, la roche volcanique était exploitée et concassée