Le Caire 2010 : Foulard or not foulard? Telle est la question!


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Le soleil tape dur en Égypte
A Rome fais comme les Romains, dit l’adage.

Vais-je sortir mon foulard?

Je n’aime pas les casquettes américaines, ni les bobs. Les capelines sont encombrantes de même que les chapeaux de paille qui ont une fâcheuse tendance à s’envoler..

Depuis des années, je noue en turban  un voile blanc bordé de petites perles, acheté à l’entrée d’une mosquée à Beysehir en Turquie.Au Caire, il y a deux ans j’avais senti les regards ironiques des femmes égyptiennes.

Qu’est-ce qui n’allait pas?
Le tissu trop simple, paysan, passé de mode alors que les Cairotes superposent des tissus chamarrés, brillants, soyeux?

Ou était-ce qu’une touriste ne doit pas se voiler comme une musulmane?

Je parle à M de mes observations récentes sur le voile. Hier, les doigts de mes deux mains auraient suffi pour compter les femmes en cheveux sur Kasr-en-Nil de Cosmopolitan à Felfella. Deux ans auparavant, elles étaient un bon tiers, et en 2002, les voilées n’étaient qu’une minorité.
–    « C’est une mode ! » lâche-t-elle d’abord
Elle affirme ensuite que c’est le moyen de distinguer les Coptes :
–    « Les Chrétiennes ne se voilent pas ! «
Elle est véhémente. Je sens une animosité envers l’autre communauté jamais ressentie à notre précédent voyage. Nabil le Copte et Ashraf « good Bolis »ne tarissaient pas de témoignages d’amitié lorsque nous passions devant une église ou une mosquée en Moyenne Egypte.

M réagit-elle en tant que Copte ou que femme ? Elle s’insurge contre le voile et surtout le niqab qui cache la figure. Selon elle, des attentats  pourraient être perpétrés par ces femmes fanatisées ou par des hommes déguisés en femme. Elle raconte l’histoire d’une étudiante qui a envoyé son mari passer l’examen de fac à sa place, démasqué par sa voix. Elle félicite les Français d’avoir « gagné la guerre du voile » tandis que l’Espagne ou l’Angleterre le tolèrent.

Lire pour Naples : Valeria PARELLA : Le ventre de Naples

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Valeria PARELLA : Le ventre de Naples SEUIL 167p.

Six nouvelles,  cinq femmes et un homme. Tous pris dans la vie quotidienne napolitaine. Rien de touristique, rien de pittoresque. Je reconnais quelques lieux. Pas les plus spectaculaires ! Les banlieues traversées par les lignes de Métro Circum-Vesuviana ou la Cumana. Les quartiers les plus défavorisés du vieux Naples. Petite Canaille rêve de devenir une dame. Elle choisira ses amants pour s’élever dans l’échelle sociale, le premier, un voyou, lui paye un appartement pour s’établir, qu’elle louera à des étudiantes quand un caïd la prendra sous sa protection et lui achètera une boutique, elle s’élèvera si bien qu’elle ira jusqu’à faire les élections municipales.

L’héroïne d’une autre nouvelle, luttera contre la spéculation immobilière et essaiera de faire respecter le plan d’occupation des sols..

Une autre, femme de convoyeur de fond mafieux sera contrainte à dealer.

Dans chaque nouvelle, l’ombre de la Camorra est sensible. Energiques ces femmes cherchent à s’en sortir dans une cavalcade éperdue, avec ou sans compromission. Comme elle le peuvent…

Une écriture prenante, vigoureuse, des caractères.

Valeria PARELLA : Le ventre de Naples –  SEUIL 167p.

Monica ALI : Sept mers et treize rivières

Lire pour voyager? Dacca ou Londres? peut-être? Mais j’ai choisi la grille féministe pour lire ce livre!

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Beau roman-fleuve évoquant l’histoire de deux villageoises bangladaises. Nazneen est mariée à Chanu, de 20 ans son ainé, pas beau, diplômé mais sans ambition,  vivant à Londres. Hasina, sa sœur fuit le village avec son amoureux et s’installe à Dacca. Lees deux sœurs resteront très proches et s’écriront.

A la naissance de Nazneen, on l’a crue morte et sa mère a invoqué le Destin « Quoi qu’il arrive, je l’accepte. Mon enfant ne gaspillera pas son énergie à lutter contre le Destin «  On imagine donc l’existence de soumission à laquelle elle est promise. Elle débarque à Londres et découvre Chanu, mari gentil et diplomé mais pas beau et velléitaire .La vie de la communauté bangladaise et surtout celle des femmes est racontée ici, des commères, des amies, une usurière Mme Islam. Certaines  vivent enfermées,  Razia au contraire arbore l’Union Jack sur un sweat-shirt avec son passeport britannique, elle s’émancipe. Nazneen s’intègre progressivement à la vie londonienne. Son mari lui achète une machine à coudre et elle commence à prendre sa vie en main et tombe amoureuse de Karim, l’intermédiaire qui lui apporte le travail à domicile. Ce dernier fonde un groupe d’activistes islamique les Tigres du Bengale. Nazneen participe aux activités du groupe. 11 septembre, vu à la télévision.

Chanu, déçu par son échec londonien veut rentrer au Bengladesh. il repartira seul. Nazneen a conquis seule assez d’autonomie pour, enfin dire non et s’affirmer, malgré son attachement à sa soeur qu’elle devait retrouver à Dacca. Elle refusera aussi d’épouser Karim.

Nazneen enfin patinera avec ses filles sur une patinoire anglaise, libre!

Monica ALI : Sept mers et treize rivières – domaine étranger 10/18 – 573p

Marie NDIAYE – Trois Femmes Puissantes

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Ces trois femmes puissantes, avant d’ouvrir le livre, il me semblait les voir, ces femmes sénégalaises, négociantes  en poisson, ou mères d’élèves, ces grandes filles déjà des femmes en 6ème souvent très mûres. Marie Ndiaye ne s’arrête pas à ces clichés, ces trois femmes seront bien différentes de celles des idées reçues.

 Ce roman raconte trois histoires tragiques : trois femmes si différentes Norah, Fanta et Khady Demba. Trois femmes qui disent non, annonce le 4ème de couverture.

Il n’est pas facile de se laisser entraîner par l’écriture de Marie Ndiaye. Ce n’est pas mon premier essai. Pas assez motivée, j’avais abandonné d’autres ouvrages dans les premières pages. L’écriture est ardue, les phrases souvent s’enroulent sur elles mêmes. On ne sait pas où l’auteur veut en venir. Ecriture sophistiquée, le style soigné. Puis je me laisse happer sans y prendre garde en suivant les personnages.

Je suis désarçonnée : plutôt que des femmes bien campées, bien charpentées, ce sont des femmes défaites dans des histoires tragiques.  Et plutôt que la puissance des femmes c’est l’inconsistance des hommes, la vieillesse et la déchéance du père de Norah. Le destin de Rudy Descas, le mari de Fanta, tourne à la tragédie.  Quant au mari de Khady Demba, il meurt. On ne verra jamais Fanta la déracinée, l’orpheline qui avait cru réussir sa vie en devenant professeur au lycée Mermoz, en faisant un beau mariage, en venant en France. Sa présence est récurrente, son mari la traque au téléphone. Sa puissance serait-elle sorcellerie quand intervient la buse qui poursuit Rudy Descas ?

 Dans l’histoire de Khady Demba des oiseaux malfaisants font aussi irruption, les corbeaux, oiseaux de mauvais augure quand se noue le destin de l’héroïne, poussée à l’exil sans l’avoir même envisagé. Histoire poignante de celle qui ne demandait rien que d’exister, elle Khady Demba, dans la dignité.

Marie NDIAYE – Trois Femmes Puissantes – nrf –  Gallimard 316p

Lire pour l’Afrique: Mary KINGSLEY : Une Odyssée Africaine, Une exploratrice victorienne chez les mangeurs d’hommes

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Quel régal ce récit d’aventure!

Qui ne connaît Stanley, Livingstone…. ces explorateurs, hommes courageux, héros de notre enfance?

Mais il y avait aussi des exploratrices :

Mary Kingsley, Anglaise érudite, autodidacte mais fille d’un médecin explorateur, spécialisée en ichtyologie, part en Afrique de l’Ouest explorer les fleuves en pirogue, remonte des rapides, fait l’ascension du Mont Cameroun.

Roman d’aventure, description précise des coutumes (5 chapitres sont intitulés « Fétichisme ») Elle raconte aussi bien ses rencontres avec les blancs, Anglais, Français et Allemands au Cameroun que ses expéditions avec ses porteurs. Administrateurs ou missionnaires, commerçants des factoreries et des comptoirs perdus le long des fleuves, bateliers, porteurs tous sont décrits avec sympathie.

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L’humour très british avec lequel elle se dépeint dans les circonstances les plus invraisemblables et les plus cocasses, rend le récit délicieux. Jamais elle ne semble se prendre au sérieux. Très british aussi, la cérémonie du thé avant même de prendre un bain alors qu’elle doit arriver couverte de boue !

les Citronniers Film d’Eran Riklis

Destins de femmes dans un contexte dramatique.

 

Les larmes de Salma (Hiam Abbas, remarquable) qui pleure ses arbres,sa dignité bafouée quand le ministre de la Défense installe sa villa à quelques mètres de son verger…

Les larmes de Mira, la femme du ministre, devant un tel gâchis. Elle qui s’extasiait devant la vue paradisiaque sur les agrumes , délaissée et prisonnière de ses gardiens de l’armée et des services secrets.Pleure-t elle ses illusions? le massacre du paysage? l’hypocrisie de son mari?

Les miennes enfin, larmes de honte, de regrets. Absurdes. Je m’apitoye sur les citronniers! Arbres merveilleux qui déperissent, sans soin. Je ne sais pas pourquoi les arbres coupés me mettent dans une telle rage surtout quand il s’agit d’oliviers centenaires…Je ferais mieux de m’indigner quand on installe des barrages, quand on affamme Gaza. Et je pleure des citronniers!

Salma, figure admirable de dignité et de courage, qui défie l’armée israélienne, défi pacifique utilisant tous les recours juridiques pour sauver ses citronniers.

Eran Riklis est le réalisateur de la Fiancée syrienne, tragédie que javais aussi aimé.

Le Chant des mariées film de Karin Albou

 

Le chant des Mariées résonne singulièrement dans ma mémoire après avoir vu Les Secrets de Raja Amari. Est-ce parce que ces deux films se déroulent en Tunisie, que ce sont des films de femmes qui montrent les femmes dans leur intimité? Pourtant l’histoire est bien différente, ainsi que les décors et le propos… Me saute aux yeux ce bleu!  Films d’un bleu unique. correspondance de la couleur?

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Tunis, 1942
Myriam et Nour, les petites mariées sortent à peine de l’enfance. Elles sont amies  comme on l’est à quinze ans….Nour est amoureuse de Khaled son fiancé, sans travail, son mariage repoussé.
Les Allemands imposent une « amende » à la communauté juive. Tita, la mère de Myriam, a perdu son travail.
Myriam, brocardant le Maréchal a été exclue du lycée.
La solution à leur précaire survie est le mariage à un riche médecin qui désespère Myriam.
Les Allemands jouent le nationalisme arabe contre la colonisation.
L’antisémitisme séparera Nour de Myriam;
On entre dans l’intimité des femmes, hammam populaire, préparation de la mariée. Douloureuse épilation au caramel. Tendresse entre les amies, les mères, violence extrême, suggérée, aussi…Une grande douleur.
Subissant le sort qu’on impose aux femmes, aux juifs. Ces jeunes  filles ne sont ni passives ni soumises.

Festival de L’oh – Porteurs d’eau Fondation Danielle Mitterand

Chaque année, en Juin le Conseil Général du Val de Marne organise cette  manifestation célébrant l’Eau sous toutes ses formes. Sur la Seine et la Marne, des escales le temps d’un week-end proposent des expositions, dees conférences, des spectacles. Mais tout le long de l’année des activités passionnnantes se déroulent.

 

Pour mes élèves, ce fut l’occasion de visiter une station d’épuration. Ils ont adoré! de faire une minicroisière d’Alfortville à Villeneuve et de découvrir la batellerie. L’an passé, le fleuve invité était le Niger. Le Festival de l’Oh  a offert à mes élèves du clubPobèCréteil une soirée africaine à Créteil où nous avons monté un spectacle théâtral mettant en scène La Flûte à Parler de Chantal Serrière en présence de l’auteur,souvenir inoubliable !

Le Festival de l’Oh : c’est aussi l’Université de l’Oh où se tiennent des conférences de très haut niveau. Rencontre avec une des personnalités de mon panthéon personnel : Aminata Traoré.

Dimanche, à l’escale de Villeneuve Saint Georges, Danielle Mitterrand s’est déplacée our présenter la Campagne des  Porteurs d’Eau

dont je recopie

la Charte des Porteurs d’Eau

1. l’eau n’est pas une marchandise, l’eau est un bien commun non seulement pour l’Humanité mais aussi pour le Vivant
2.Afin de garantir la ressource pour les générations futures, nous avons le devoir d restituer l’eau à la nature dans sa pureté d’origine.
3.L’accès à l’eau est un droit humain fondamental qui ne peut être garanti que par la gestion publique, démocratique et transparente, inscrite dans la loi.

 Pour devenir Porteur d’Eau il suffit de signer la Charte des Porteurs d’Eau sur http://www.france-libertes.fr et vous procurer votre feuille d’eau : la feuille d’eau est une sorte de jolie gourde transparente à remplir avec l’eau du robinet et surtout à ne pas jeter!

Femmes du Caire, de Yousry Nasrallah

Les films se répondent parfois, résonnent en une polyphonie, il y a trois jours j’ai vu Les Secrets,film tunisien, Femme du Caire vibre ensemble. Pourtant ce n’est pas une redite : les femmes des Secrets étaient modestes un peu frustres, Hebba est une star, une présentatrice vedette de la télé qui évolue dans un monde moderne occidentalisé très glamour

Le générique commence avec de belles images de tomates au coeur noir, d’oignons roses, citrons translucides. la femme est elle toujours vouée aux arts ménagers? Le film semble hésiter dans un appartement de rêve. Ils sont riches, ils sont jeunes, ils sont beaux et amoureux évoluent dans les hautes sphères des médias.

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Karim, le jeune mari, attend une promotion dans la Presse officielle, Hebba évoque des sujets provocateurs dans un talk show embarrassants pour la carrière de son mari. Est-ce la demande de se dernier d’abandonner les émissions politiques ou la rencontre inopinée avec une vendeuse dans un très chic magasin de parfumerie, Hebba quitte les actualités pour une emission consacrées aux femmes, à l’amour, à la sexualité. Hebba fait venir sur le plateau des femmes qui racontent des histoires singulières. Le titre en version originale est Sheherazade. Elles sont instruites, belles, institutrices, dentiste…mais toutes victimes de la mysogynie et elles se rebellent à leur manière. Il est intéressant de noter que toutes les anecdotes correspondent à un fait divers qui s’est déroulé dans la vraie vie.

http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/04/femmes-du-caire-quand-scheherazade-conte-la-vie-des-egyptiennes_1346391_3476.html

Jaffa de Keren Yedaya avec Ronit Elkabetz

 Il y a un an ce film est sorti sur nos écran, j’aimerais le mettre en parallèle avec Ajami, plus récent. 

Jaffa, ville mixte où se côtoient Juifs et Arabes.
Un garage: le patron est juif , il emploie ses enfants, mais aussi deux mécanos Hassan et Toufik.
une cohabitation exemplaire?
Mali est amoureuse de Tooufik, on pressent dès le début que ce ne sera pas si simple.
L’histoire tourne à la tragédie.
Des acteurs magnifiques, une mise en scène efficace.
Ronit Elkabetz incarne un personnage fort, dur, fermé c’est une actrice extraordinaire.
Ce n’est pas franchement un film qui fait voyager, l’essentiel se déroule dans le garage ou dans le salon des Wolf.
L’essentiel est ailleurs, dans l’intimité de la famille, dans la confrontation des deux peuples, dans le non-dit…

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