Water – film de Deepa Mehta (DVD)

 

SAISON INDIENNE

Dernier film de la trilogie de Deepa Mehta : Fire, Earth et Water. Ce n’est pas du cinéma de Bollywood. Réalisé avec la télévision canadienne,  tourné en partie au Sri Lanka, hors des conventions habituelles du cinéma indien, il aborde le sujet douloureux des veuves.

Chuya, la petite veuve

Quel âge peut avoir la petite veuve dont on rase la tête et qu’on habille de blanc? Sept ou huit ans. Son père l’abandonne dans la maison-refuge des veuves parmi des femmes de tout âge. La plantureuse matrone qui règne sur la cour ne l’impressionne pas, Chuya de fureur, lui mord la cheville de ses jeunes dents de « petite souris ». Elle est pleine d’énergie et capable des colères puissantes des jeunes enfants.

Kalyani, la  seule qui soit coiffée d’une abondante chevelure, vit à l’écart à l’étage. Elle élève en cachette un chiot et consolera Chuya lui faisant partager ses dévotions à Krishna. Je ne comprendrai que plus tard son éloignement des autres femmes. Une autre veuve exerce une autorité naturelle : dévote, austère, elle est aussi la seule femme instruite de l’ashram. Certaines sont infantiles, mariées enfants, elles n’ont rien connu du monde et rêvent de sucreries…Dans la résignation et la dévotion l’énergie de Chuya explose.

Film d’eau qui commence dans un champ de lotus, se poursuit le long du fleuve où se déroulent crémations et ablutions.  Obsession des purifications, pureté des castes. Le contact fortuit avec une veuve apparaît comme une souillure. Film de pluie bienfaisante qui apporte une joie éphémère pendant l’averse.

Film bleu. Bleu, la couleur de Krishna, dit Kalyani. Une lumière bleutée baigne la cour aux murs grisâtres, les saris blancs des veuves. Traces de peinture bleue qui s’écaille sur les planches patinées de l’étage. Le rouge n’apparaît qu’en flash-back: images de ces noces funestes qui ont lié ces femmes à un homme autrefois. Jaune et rose de la fête de Holi, un instant de bonheur. Ambiance nocturne souvent.

Recherche esthétique : certaines scènes sont sublimes : la rencontre de Kalyani de de Narayan sous un ciel rosissant, le jeune homme joue de la flûte comme Krishna.

 

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La figure de Gandhi se profile : l’action se situe en 1938. Évoqué par les deux amis diplômés, par les veuves de l’ashram qui n’apprécient pas son action en faveur des Intouchables. Plus défavorisés que les veuves, les Intouchables, voire….Joie de la population quand Gandhi est libéré de prison,  la foule converge vers la gare où se trouve le train de Gandhi, porteur de tous les espoirs!

 

Les Vagabonds Enchantés – chanteurs bauls – Mimlu Sen

SAISON INDIENNE

Les Vagabonds enchantés sont les chanteurs Bauls. Chanteurs itinérants au Bengale, vivant d’aumône dans les villages, héritiers d’une tradition séculaire remontant jusqu’au 16ème siècle. Confluence, syncrétisme,  entre les adorateurs de Vishnou, de Shakti, les tantriques,  les yogis de village, les fakirs, les soufis. Poésie mystique mais aussi grande tolérance.

La narratrice, est une indienne anticonformiste. Ayant approché les communistes naxalites, elle se retrouve en prison. Dans le Paris de Mai68, « fief du sexe, de la drogue et du rock n’roll […] du féminisme, de la psychanalyse et de l’existentialisme…. »elle se pose quelques années jusqu’au coup de foudre pour la musique baul. Elle suit alors au Bengale un musicien Paban. C’est leur histoire qu’elle raconte. Festivals, vie rurale, rencontre avec des musiciens et des gourous,  aussi une histoire d’amour!

Comment cet oiseau inconnu

Peut-il ainsi à sa guise

Entrer et sortir de sa cage?

si je pouvais l’attraper

Je l’entraverais

Avec les chaînes de mon esprit.

Mais je ne parviens pas à le saisir,

Il continue d’entrer et sortir.

Sa cage a huit pièces et neuf portes,

Elle est couronnée par une galerie des glaces

Ô mon cœur, la cage dont tu rêves,

Faite de faible bambou

Peut se rompre à tout moment.

Ainsi dit Lallan, l’oiseau peut se libérer de sa cage,

Et s’enfuir, qui peut savoir où.

Lallan Shah Fakir (19ème siècle)

Rabinadrath Tagore a cité cette chanson au Musée Guimet en 1916

La figure de Tagore plane encore :le bungalow de Mimlu Sen, de ses enfants et de Paban se trouve dans la ville universitaire de Tagore : Shantiniketan, plus tard ils s’installeront dans une propriété évoquant les décors de Satyajit Ray…

 

Le livre foisonne de contes, de mythes, qui s’entremêlent avec le quotidien de ces musiciens comme la poésie, poèmes d’amour, épopée de Rhada et Krishna, mystique étrange

Une fille est Ganga, Jamuna et Saraswati :

Chaque mois, des marées montent en elle,

Forment le confluent de trois rivières de trois couleurs.

Le premier jour, il est noir, le lendemain blanc,

le troisième rouge nacré.

Qui peut sonder les profondeurs d’une femme?

Maheswara ne sait pas grand-chose d’elle

Étonnante chanson célébrant le flux menstruel, célébrations des déités féminines mais aussi statut arriéré de la femme dans la campagne bengalie.

Très éloignée de la philosophie hindoue ou de la musique ethnique, j’ai dévoré ce livre si riche! Il manque seulement un CD pour donner à entendre la voix de Paban!

 

 

Noces indiennes : Sharon Maas

 SAISON INDIENNE


Trois histoires s’entrecroisent dans ce roman, trois époques, trois personnages : Nataraj, près de Madras, 1947, Savritri, Madras 1921, Saroj, Guyane britannique années 1960. Assez rapidement, on comprendra que, malgré la distance, ces personnages entretiennent  d’étroites relations de famille.

J’ai cherché des romans indiens, et voici que j’ai l’impression que l’Inde déborde, vers le Cap avec la biographie de Gandhi, à l’Ile Maurice dans l’Océan de Pavots de Amitav Gosh, maintenant nous voici en Amérique du sud, sans parler de Naipaul….Multitude des habitants, multiplicité des peuples, des castes, des religions…et pourtant toujours cette constance d’une certaine tradition rigide qui glorifie la famille, octroie à la femme une place définie d’épouse dévouée et de mère.

Pourtant dans ce roman-feuilleton, l’ambiance bollywoodienne rappelle aussi celle d’une télénovela avec des intrigues compliquées, des rebondissements, des histoires d’amour. J’ai donc été scotchée par l’intrigue comme devant certaines séries télévisées, avec une certaine insatisfaction.

Comment la petite fille merveilleuse, douée du Pouvoir de guérison, capable de parler au cobra, de nager nue dans l’Océan Indien, de réciter des poèmes de Wordsworth peut- elle devenir l’épouse soumise d’un chef de gare ivrogne puis d’un avocat réactionnaire et raciste terrorisant sa famille ?

Comment toute la famille se recompose-t-elle à Londres ? Londres paraît être encore le pivot de cet univers. A Madras, comme en Guyane, il n’est question que d’études à Oxford, Cambridge ou pis aller à Londres.

Saroj se rebellera contre la tradition des mariages arrangés. Elle fréquentera une féministe militante. Elle décrétera qu’elle refuse toute idée de mariage mais tombera amoureuse, romantiquement comme il le faut dans tout feuilleton.  Au final, son acte de rébellion le plus violent sera de ses couper les cheveux ! Et tout se terminera par un mariage et une naissance attendue…

Je suis peut être sévère de réduire ce très gros roman de 660 pages à l’intrigue familiale. Des tableaux décrivent les jardins d’une belle villa de Madras du temps de la colonisation,  une inondation d’un village pauvre pendant une mousson cataclysmique, le grouillement de la ville de Madras… Les tensions entre les différentes communautés en Guyane britannique sont aussi bien analysés. Ambiances de la communauté indienne en Angleterre.  En revanche les luttes de l’Indépendance,  sont à peine évoquées même si elles sont au centre de la tragédie de Savriti.

The Lady – Besson

TOILES NOMADES

Même si la critique est un peu tiède, même si le film est un peu trop mélo, avec des méchants trop grimaçants…. ce film est à voir!

Leçon d’histoire? Il manque peut être une analyse des forces politiques birmanes, mais qu’importe. Il est parfois suffisant qu’une figure se lève, symbolise la résistance, la force de la lutte non-violente (je viens de terminer la lecture de la biographie de Gandhi et Gandhi apparait en image subliminale ou presque) .Un film, même de plus de 2 heures ne peut rendre compte de 15 ans de luttes..

Très belle histoire d’amour. Bien que séparés, la Dame de Rangoon et son mari sont associés dans la lutte.

Performance d’une actrice Michelle Yeoh, qui est aussi à l’initiative de ce film.

Danielle Mitterrand : une militante

accès à l'eau pour tous !

La nouvelle du décès de Danielle Mitterrand endeuille cette matinée ensoleillée qui commence. C’est une des figures de mon panthéon personnel qui disparait, non pas la first lady mais la Militante des Porteurs d’eau que j’ai eu la joie d’écouter il y a quelques temps à Villeneuve Saint Georges à l’occasion du Festival de l’Oh. octogénaire mais si dynamique transmettant tout son enthousiasme et son énergie au service d’une cause mondiale : le Droit à l’eau et l’accès à l’eau.

Je lui dédie cette photo d’une porteuse d’eau africaine.

Les porteurs d’eau boiront à leur feuille d’eau un breuvage un peu amer aujourd’hui.

 

Elles changent l’Inde – Expo photo au Petit Palais


Quelle expo! quelle pêche! quelles couleurs!

Je suis sortie toute optimiste et ragaillardie de cette merveilleuse exposition au Petit Palais .

Loin de tout misérabilisme, des couturières, des PDG, des agent(es) de sécurité, des politiciennes,  des chauffeur(es) de taxi, une cinéaste,  des paysannes qui irradient de leur regard de braise, de leurs saris chatoyants, de leur énergie qui s’exprime sur les photos grand format.

Des photos de groupe, des portraits, des parcours individuels ou collectifs : ce ne sont pas des icônes, des modèles, ce sont des histoires racontées, dans toute leur complexité.Avec le soin de ne pas oublier les luttes sociales, les plus pauvres. De ne pas oublier une culture millénaire.

« en Occident, ils ont façonné la femme à partir de la côte d’un homme et lui ont attribué un rôle de tentatrice ou de vierge innocente. En Inde nous avons toujours été mieux inspiré. Elle est à l fois Devi, ou Shakti, la part féminine du divin, maîtresse de l’univers ; Durga, protectrice des dieux : Saraswati, déesse de l’art de la culture et de la musique ; Laxmi, la richesse, Kali, la destruction ; Parvati, la création ; Sita la dévotion ; et Radha, l’amour infini.

mais au fil des millénaires, nous l’avons oublié. par la force physique, nous avons écrit une piètre histoire de domination et d’oppression…. »Tarun J. Teipal

 

Loin de mon père – Véronique Tadjo

LIRE POUR L’AFRIQUE

Nina rentre à Abidjan pour les funérailles de son père, le Docteur Kouadio Yao, avec le regret de n’avoir pas pu assister à ses derniers instants. Son père ne l’encourageait pas à rentrer en côte d’Ivoire déchirée par la guerre civile.

La famille n’est pas un vain mot en Afrique, proche ou étendue, tous participent aux cérémonies en formant un véritable comité de campagne, accueil, transport, restauration….Nina n’est donc pas isolée dans son deuil. Elle doit toutefois se plier à la coutume, aux exigences des anciens du village qui repoussent la date de l’enterrement. Déchargée des corvées matérielles, son rôle consiste à mettre de l’ordre dans les papiers de son père.

Elle en profite pour retrouver les albums-photos de famille, les carnets intimes du père, d’évoquer sa sœur Gabrielle dont l’absence est pesante. Elle va faire des découvertes déstabilisantes: une femme  prétendra que son fils est le fils du docteur, Nina accueillera volontiers ce demi- frère, mais d’autres se présenteront. Le médecin, étudiant à Paris, époux d’une femme française menait une vie de polygame au su de tous, sauf de sa femme et de ses filles qui ne se doutaient de rien.

Un cousin lui annonce que son père avait contracté des dettes importantes. En fouillant, Nina découvre que le père avait recours aux service de marabouts et de sorciers.

Plus on avance dans la lecture, plus on sent la jeune femme tiraillée entre Afrique et Occident entre son  père, éduqué à Paris mais tellement impliqué dans la tradition africaine,  et sa mère, blanche qui aimait l’Afrique, mais restait enfermée dans sa tour d’ivoire d’artiste. métissage insoupçonné au début du livre. On la sent se rapprocher de sa mère alors qu’elle cherchait le souvenir de son père.

Nina pense un moment rester à Abidjan, prendre soin de la maison, jouer son rôle d’héritière. La fin est ouverte.

J’avais été éblouie par La Reine Pokou, que j’offre à l’occasion quand je veux faire un cadeau, Loin de mon père ne m’a pas déçue.

 

Satin rouge film tunisien de Raja Amari avec Hiam Abbas

ARTE nous a donné l’occasion de découvrir ou de revoir ce film de 2002 avec grand plaisir.

  Hiam Abbas, joue le rôle de Lillia, veuve qui a une grande fille.  Couturière, elle découvre l’univers du Cabaret avec ses danseuses du ventre, découvre le plaisir de danser, la possibilité d’avoir une vie à elle, de braver la nuit interdite aux femmes seules et le regard soupçonneux des voisines.

J’ai découvert une facette que je n’imaginais pas de Hiam Abbas dont j’ai vu nombreux films, de Noces en Galilée , La Fiancée Syrienne, Les Citronniers, Free Zone, Amerrika.   Ses personnages tragiques ne correspondent pas à l’image d’une danseuse de cabaret, et pourtant elle sait danser et s’amuser! Toujours avec une dignité et une force impressionnante.

le film ne se résume pas à une performance d’actrice, c’est aussi, visuellement, un très beau film. La cinéaste, Raja Amari,  s’attarde sur de bien belles images, tissus aux couleurs chaudes chatoyantes dans le décor du cabaret et des tenues orientales des danseuses. Blanc et bleu des films tunisiens, des Secrets, film  que j’ai aussi aimé.

Et maintenant on va où? film de nadine Labaki

chœur antique?

Des femmes en noir s’avancent, tel un chœur antique dans une tragédie grecque, le décor s’y prête. Réminiscence d’un film d’Almodovar, elle vont frotter les tombes…. l’atmosphère est lourde, le Liban se déchire.

Les femmes en ont assez, elles sont prêtes à tout pour empêcher leurs maris et leurs fils de s’entretuer. C’est un sujet en or. Des actrices magnifiques, de l’impertinence, de la musique, des gags. Tous les ingrédients pour faire un excellent spectacle!

Et pourtant, j’ai préféré Caramel de la même réalisatrice. Avec trop de bonne volonté, elle en  fait trop, elles veulent tellement bien faire, qu’elles en font des tonnes. C’est sympathique, drôle, mais un peu trop lourd.

affiche