Lire pour l’Afrique: Mary KINGSLEY : Une Odyssée Africaine, Une exploratrice victorienne chez les mangeurs d’hommes

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Quel régal ce récit d’aventure!

Qui ne connaît Stanley, Livingstone…. ces explorateurs, hommes courageux, héros de notre enfance?

Mais il y avait aussi des exploratrices :

Mary Kingsley, Anglaise érudite, autodidacte mais fille d’un médecin explorateur, spécialisée en ichtyologie, part en Afrique de l’Ouest explorer les fleuves en pirogue, remonte des rapides, fait l’ascension du Mont Cameroun.

Roman d’aventure, description précise des coutumes (5 chapitres sont intitulés « Fétichisme ») Elle raconte aussi bien ses rencontres avec les blancs, Anglais, Français et Allemands au Cameroun que ses expéditions avec ses porteurs. Administrateurs ou missionnaires, commerçants des factoreries et des comptoirs perdus le long des fleuves, bateliers, porteurs tous sont décrits avec sympathie.

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L’humour très british avec lequel elle se dépeint dans les circonstances les plus invraisemblables et les plus cocasses, rend le récit délicieux. Jamais elle ne semble se prendre au sérieux. Très british aussi, la cérémonie du thé avant même de prendre un bain alors qu’elle doit arriver couverte de boue !

les Citronniers Film d’Eran Riklis

Destins de femmes dans un contexte dramatique.

 

Les larmes de Salma (Hiam Abbas, remarquable) qui pleure ses arbres,sa dignité bafouée quand le ministre de la Défense installe sa villa à quelques mètres de son verger…

Les larmes de Mira, la femme du ministre, devant un tel gâchis. Elle qui s’extasiait devant la vue paradisiaque sur les agrumes , délaissée et prisonnière de ses gardiens de l’armée et des services secrets.Pleure-t elle ses illusions? le massacre du paysage? l’hypocrisie de son mari?

Les miennes enfin, larmes de honte, de regrets. Absurdes. Je m’apitoye sur les citronniers! Arbres merveilleux qui déperissent, sans soin. Je ne sais pas pourquoi les arbres coupés me mettent dans une telle rage surtout quand il s’agit d’oliviers centenaires…Je ferais mieux de m’indigner quand on installe des barrages, quand on affamme Gaza. Et je pleure des citronniers!

Salma, figure admirable de dignité et de courage, qui défie l’armée israélienne, défi pacifique utilisant tous les recours juridiques pour sauver ses citronniers.

Eran Riklis est le réalisateur de la Fiancée syrienne, tragédie que javais aussi aimé.

Le Chant des mariées film de Karin Albou

 

Le chant des Mariées résonne singulièrement dans ma mémoire après avoir vu Les Secrets de Raja Amari. Est-ce parce que ces deux films se déroulent en Tunisie, que ce sont des films de femmes qui montrent les femmes dans leur intimité? Pourtant l’histoire est bien différente, ainsi que les décors et le propos… Me saute aux yeux ce bleu!  Films d’un bleu unique. correspondance de la couleur?

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Tunis, 1942
Myriam et Nour, les petites mariées sortent à peine de l’enfance. Elles sont amies  comme on l’est à quinze ans….Nour est amoureuse de Khaled son fiancé, sans travail, son mariage repoussé.
Les Allemands imposent une « amende » à la communauté juive. Tita, la mère de Myriam, a perdu son travail.
Myriam, brocardant le Maréchal a été exclue du lycée.
La solution à leur précaire survie est le mariage à un riche médecin qui désespère Myriam.
Les Allemands jouent le nationalisme arabe contre la colonisation.
L’antisémitisme séparera Nour de Myriam;
On entre dans l’intimité des femmes, hammam populaire, préparation de la mariée. Douloureuse épilation au caramel. Tendresse entre les amies, les mères, violence extrême, suggérée, aussi…Une grande douleur.
Subissant le sort qu’on impose aux femmes, aux juifs. Ces jeunes  filles ne sont ni passives ni soumises.

Festival de L’oh – Porteurs d’eau Fondation Danielle Mitterand

Chaque année, en Juin le Conseil Général du Val de Marne organise cette  manifestation célébrant l’Eau sous toutes ses formes. Sur la Seine et la Marne, des escales le temps d’un week-end proposent des expositions, dees conférences, des spectacles. Mais tout le long de l’année des activités passionnnantes se déroulent.

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Pour mes élèves, ce fut l’occasion de visiter une station d’épuration. Ils ont adoré! de faire une minicroisière d’Alfortville à Villeneuve et de découvrir la batellerie. L’an passé, le fleuve invité était le Niger. Le Festival de l’Oh  a offert à mes élèves du clubPobèCréteil une soirée africaine à Créteil où nous avons monté un spectacle théâtral mettant en scène La Flûte à Parler de Chantal Serrière en présence de l’auteur,souvenir inoubliable !

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Le Festival de l’Oh : c’est aussi l’Université de l’Oh où se tiennent des conférences de très haut niveau. Rencontre avec une des personnalités de mon panthéon personnel : Aminata Traoré.

Dimanche, à l’escale de Villeneuve Saint Georges, Danielle Mitterrand s’est déplacée our présenter la Campagne des  Porteurs d’Eau

dont je recopie

la Charte des Porteurs d’Eau

1. l’eau n’est pas une marchandise, l’eau est un bien commun non seulement pour l’Humanité mais aussi pour le Vivant
2.Afin de garantir la ressource pour les générations futures, nous avons le devoir d restituer l’eau à la nature dans sa pureté d’origine.
3.L’accès à l’eau est un droit humain fondamental qui ne peut être garanti que par la gestion publique, démocratique et transparente, inscrite dans la loi.

 Pour devenir Porteur d’Eau il suffit de signer la Charte des Porteurs d’Eau sur http://www.france-libertes.fr et vous procurer votre feuille d’eau : la feuille d’eau est une sorte de jolie gourde transparente à remplir avec l’eau du robinet et surtout à ne pas jeter!

Femmes du Caire, de Yousry Nasrallah

Les films se répondent parfois, résonnent en une polyphonie, il y a trois jours j’ai vu Les Secrets,film tunisien, Femme du Caire vibre ensemble. Pourtant ce n’est pas une redite : les femmes des Secrets étaient modestes un peu frustres, Hebba est une star, une présentatrice vedette de la télé qui évolue dans un monde moderne occidentalisé très glamour

Le générique commence avec de belles images de tomates au coeur noir, d’oignons roses, citrons translucides. la femme est elle toujours vouée aux arts ménagers? Le film semble hésiter dans un appartement de rêve. Ils sont riches, ils sont jeunes, ils sont beaux et amoureux évoluent dans les hautes sphères des médias.

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Karim, le jeune mari, attend une promotion dans la Presse officielle, Hebba évoque des sujets provocateurs dans un talk show embarrassants pour la carrière de son mari. Est-ce la demande de se dernier d’abandonner les émissions politiques ou la rencontre inopinée avec une vendeuse dans un très chic magasin de parfumerie, Hebba quitte les actualités pour une emission consacrées aux femmes, à l’amour, à la sexualité. Hebba fait venir sur le plateau des femmes qui racontent des histoires singulières. Le titre en version originale est Sheherazade. Elles sont instruites, belles, institutrices, dentiste…mais toutes victimes de la mysogynie et elles se rebellent à leur manière. Il est intéressant de noter que toutes les anecdotes correspondent à un fait divers qui s’est déroulé dans la vraie vie.

http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/04/femmes-du-caire-quand-scheherazade-conte-la-vie-des-egyptiennes_1346391_3476.html

Jaffa de Keren Yedaya avec Ronit Elkabetz

 Il y a un an ce film est sorti sur nos écran, j’aimerais le mettre en parallèle avec Ajami, plus récent. 

Jaffa, ville mixte où se côtoient Juifs et Arabes.
Un garage: le patron est juif , il emploie ses enfants, mais aussi deux mécanos Hassan et Toufik.
une cohabitation exemplaire?
Mali est amoureuse de Tooufik, on pressent dès le début que ce ne sera pas si simple.
L’histoire tourne à la tragédie.
Des acteurs magnifiques, une mise en scène efficace.
Ronit Elkabetz incarne un personnage fort, dur, fermé c’est une actrice extraordinaire.
Ce n’est pas franchement un film qui fait voyager, l’essentiel se déroule dans le garage ou dans le salon des Wolf.
L’essentiel est ailleurs, dans l’intimité de la famille, dans la confrontation des deux peuples, dans le non-dit…

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Lola de Brillante Mendoza

Lola - de Brillante Mendoza

 

Brillante Mendoza nous emmène à Manille sur les pas de deux grands- mères.Les grands -mères sont appelées « Lola ».
La première, accompagnée de son petit fils, tente d’allumer une bougie
à la mémoire de son fils assassiné pour un vol de portable. Sous la
pluie et dans les rafales la flamme vacille…la grand mère s’entête….
L’autre grand mère est celle du tueur. Elle va tenter de le sortir de prison, à tout prix.

Plongée dans une ville sordide, sous une pluie persistante.

Les
deux femmes sont à la recherche de la somme nécessaire à l’enterrement
pour l’une. De l’argent qui permettra de faire cesser l’action en
justice.

Car c’est bien d’argent qu’il s’agit! Quête chez les
voisins, emprunts, mise en gage de la télévision, des titres, de la
pension de retraite même, trafics minables…

Si elles sont dignes toutes les deux, la deuxième Lola n’est pas exempte de roublardise.

Le talent de Brillante Mendoza transforme  ce fait divers sordide un
film magnifique. Il sublimer la pauvreté de la ville lacustre (ou
inondée, on ne sait pas bien) et réalise de belles images de la ville
trempée (je pense à In the Mood for Love). Magnifique procession
funèbre en barque.

Étrange langue, le Philippin que parlent
ces gens! quand il s’agit de grosses sommes on compte en anglais, en
espagnol des petites coupures. Anglais comme espagnol apparaissent dans
des dialogues incompréhensibles, on croit entendre des mots arabes.