Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!
Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille, belles, fières, actives.
Merci à JEA d’avoir attiré mon attention sur ce film distribué de façon furtive.
Le film s’ouvre sur un mariage traditionnel en Anatolie : les hommes dansent au son criard d’une trompette, du côté des femmes règne une atmosphère déconcertante. peur de l’inconnu de la jeune et jolie mariée, angoisse de la séparation et de l’exil, diverses tensions entre les belles-sœurs. Le mariage expédié tout le monde se retrouve à Vienne. Et là, rien ne se passe comme attendu. Le marié est jeune, beau, charmant, sauf qu’Aysé dormira avec le père, sexagénaire. Rien ne vient conforter nos idées reçues : la substitution ne vient pas d’un quelconque démon de midi du vieil homme, elle a été manigancée par Fatma, la mère de famille….Et le film enchaînera surprise sur surprise. Ne pas raconter la suite!
C’est du cinéma! Le suspens est ménagé jusqu’au bout. Si les décors ne sont pas flamboyants : l’essentiel du film se déroule dans un appartement quelque peu surpeuplé, en revanche les visages cadrés très près sont très expressifs et beaux. Merveilleuse Aysé – la perle – impressionnante Fatma. Les autres femmes sous le foulard de soie turc possèdent, chacune, des personnalités marquantes. Très fortes femmes, volontaires, allant jusqu’à la violence, mais aussi chaleureuses. Bien qu’enfermées dans leur appartement, en foulard traditionnel, elles ne se posent jamais en victimes passives. A côté d’elles, les hommes sont passifs, arrangeants, plutôt falots.
C’est que leur force, elle la tiennent de la conviction que la famille doit être une véritable forteresse dont il faut soutenir l’honneur devant le « qu’en dira-t-ton ». Chacune, à sa façon, en turc ou en allemand, avec ou sans la « rapportée » soutient violemment son idée de la famille.
La lecture de Kazantzaki peut être une épreuve pour une lectrice féministe. La société qu’il décrit vivait alors sous un machisme indéniable : le lynchage de la veuve dans Alexis Zorba en est le paroxysme. Alors, refermer le livre?
Zorba est un homme de son temps qui considère les femmes comme des êtres faibles qui ont besoin d’amour. Inutile de se voiler la face. Et de l’amour, il en a à revendre! Mais il ne faut pas se méprendre sur le petit nom de Bouboulina qu’il donne à la dame Hortense. Ce surnom affectueux n’a rien de condescendant comme la consonnance française pourrait le suggérer. Au contraire, c’est le nom le plus prestigieux qu’un Grec puisse connaître pour une femme. La Bouboulina fut une Kapetanissa, une femme-amiral, héroïne de l’Indépendance grecque.
Hortense, dans le temps de sa jeunesse fut une artiste renommée et assista à l’une des batailles fameuses de l’Indépendance de la Crète : le siège de La Canée (1897) par les navires des Puissances:
-....La Crète était en pleine révolution et les flottes des grandes puissances avaient jeté l’ancre dans le port de Souda. Quelques jours après, j’y jetais l’ancre aussi. A quelle magnificence! vous auriez dû voir les quatre amiraux: l’Anglais, le Français l’Italien et le Russe….
…..Souvent on se réunissait sur le vaisseau-amiral et on parlait de révolution,….. des conversations sérieuses et moi n’attrapais leurs barbes et je les suppliais de ne pas bombarder les pauvres chers Crétois. On les voyait, tout petits comme des fourmis, avec des braies bleues et des bottes jaunes. Et ils criaient , criaient, et ils avaient un drapeau…. » (c’est à cet épisode qu’est érigée la statue auprès du tombeau de Venizelos
« Combien de fois, moi qui vous parle, j’ai sauvé les Crétois de la mort! Combien de fois les canons étaient prêts à tirer et moi, je tenais la barbe de l’amiral » « Mon Canavaro – c’était son nom – pas faire boum boum!… »
Héroïne dérisoire, héroïne d’opérette, ou de café-concert…Canavaro devint le nom du perroquet. Mais Zorba a été capable de lui rendre son hommage.
Laskarina Bouboulina (1771-1825)
Les Carnets de Bérénice consacrent un article à cette héroïne de l’Indépendance grecque. Un autre blog consacre un billet illustré à la maison-musée de la Bouboulina à Spetses
L’excellent roman historique de Michel deGrèce est une biographie romancée de La Bouboulina.
Quelle vie romanesque que celle de Laskarina!
Née dans une prison sinistre de Constantinople, orpheline méprisée dans la maison patricienne de Hydra, exilée à Spetses alors dévastée par les Turcs. Adolescente, son beau-père lui offre un caïque, à l’âge où les jeunes filles étaient confinées dans le gynécée dans l’attente d’un mari. Deux fois mariée à des armateurs, elle accompagne son premier mari dans des expéditions à la limite de la piraterie mais devra attendre d’être veuve du second, Bouboulis, pour prendre sa mesure et devenir la Kapetanissa. Armateur-femme d’affaire, mais aussi conjurée de la Filikí Etería, elle conduit ses bateaux contre Nauplie en 1821 dans la guerre d’Indépendance grecque. Elle combattit aussi sur terre avec Kolokotronis….
« macédoine » balkanique: Héroïne grecque, Laskarina, comme les habitants de Spetses, parlait Arvanitika, une langue albanaise, et se disait Arvanite. Je remarque aussi le voile de Laskarina – comment aller en mer tête nue? – mais une femme turque aurait noué le même. Cherchant des renseignements sur la Filikí Etería sur Internet, j’arrive à Odessa et même en Roumanie. Toutes ces composantes, métissages ou interférences, s’opposent aux crispations actuelles, sur le voile chez nous, sur la pureté ethnique ailleurs et l’arrivée De Byron et des différents combattants étrangers philhéllènes rajoutera des pièces encore au puzzle.
Alors que chez nous on invalide le recours à la loi pour « harcèlement sexuel », ce motif a été reconnu en 2008 en Égypte. Fait divers et procès, qui a inspiré le réalisateur Mohamed Diab.
Le cinéaste a voulu montrer que le harcèlement concerne toutes les femmes égyptiennes : Seba et Nelly appartiennent à une bourgeoisie très favorisée, Fayza, au contraire est fonctionnaire et doit prendre quotidiennement le bus 678 où elle se fait quotidiennement harceler. Deux d’entre elles se font agresser sous les yeux de leurs compagnons. Une seule osera à déposer une plainte.
Tant qu’il n’y aura pas de plainte, le délit sera nié.
C’est ce raisonnement qui permettra aux harceleurs de continuer, mais aussi aux trois femmes d’agir, chacune à sa manière….et à l’inspecteur perspicace de les laisser en liberté.
Ne pas SPOILER! je n’en dirai pas plus. Allez voir ce film!
Il est réjouissant d’apprendre que le succès du film en Égypte a été considérable. La réaction machiste a aussi été virulente mais le cinéaste a gagné tous ses procès. Se garder de tout triomphalisme : la Révolution n’a pas libéré les femmes. Des femmes se sont fait violer place Tahrir. Les succès des islamistes en Tunisie ou en Égypte ne leur faciliteront probablement pas la vie. Mais ce film montre le chemin…
Dernier film de la trilogie de Deepa Mehta : Fire, Earth et Water. Ce n’est pas du cinéma de Bollywood. Réalisé avec la télévision canadienne, tourné en partie au Sri Lanka, hors des conventions habituelles du cinéma indien, il aborde le sujet douloureux des veuves.
Chuya, la petite veuve
Quel âge peut avoir la petite veuve dont on rase la tête et qu’on habille de blanc? Sept ou huit ans. Son père l’abandonne dans la maison-refuge des veuves parmi des femmes de tout âge. La plantureuse matrone qui règne sur la cour ne l’impressionne pas, Chuya de fureur, lui mord la cheville de ses jeunes dents de « petite souris ». Elle est pleine d’énergie et capable des colères puissantes des jeunes enfants.
Kalyani, la seule qui soit coiffée d’une abondante chevelure, vit à l’écart à l’étage. Elle élève en cachette un chiot et consolera Chuya lui faisant partager ses dévotions à Krishna. Je ne comprendrai que plus tard son éloignement des autres femmes. Une autre veuve exerce une autorité naturelle : dévote, austère, elle est aussi la seule femme instruite de l’ashram. Certaines sont infantiles, mariées enfants, elles n’ont rien connu du monde et rêvent de sucreries…Dans la résignation et la dévotion l’énergie de Chuya explose.
Film d’eau qui commence dans un champ de lotus, se poursuit le long du fleuve où se déroulent crémations et ablutions. Obsession des purifications, pureté des castes. Le contact fortuit avec une veuve apparaît comme une souillure. Film de pluie bienfaisante qui apporte une joie éphémère pendant l’averse.
Film bleu. Bleu, la couleur de Krishna, dit Kalyani. Une lumière bleutée baigne la cour aux murs grisâtres, les saris blancs des veuves. Traces de peinture bleue qui s’écaille sur les planches patinées de l’étage. Le rouge n’apparaît qu’en flash-back: images de ces noces funestes qui ont lié ces femmes à un homme autrefois. Jaune et rose de la fête de Holi, un instant de bonheur. Ambiance nocturne souvent.
Recherche esthétique : certaines scènes sont sublimes : la rencontre de Kalyani de de Narayan sous un ciel rosissant, le jeune homme joue de la flûte comme Krishna.
La figure de Gandhi se profile : l’action se situe en 1938. Évoqué par les deux amis diplômés, par les veuves de l’ashram qui n’apprécient pas son action en faveur des Intouchables. Plus défavorisés que les veuves, les Intouchables, voire….Joie de la population quand Gandhi est libéré de prison, la foule converge vers la gare où se trouve le train de Gandhi, porteur de tous les espoirs!
Les Vagabonds enchantés sont les chanteurs Bauls. Chanteurs itinérants au Bengale, vivant d’aumône dans les villages, héritiers d’une tradition séculaire remontant jusqu’au 16ème siècle. Confluence, syncrétisme, entre les adorateurs de Vishnou, de Shakti, les tantriques, les yogis de village, les fakirs, les soufis. Poésie mystique mais aussi grande tolérance.
La narratrice, est une indienne anticonformiste. Ayant approché les communistes naxalites, elle se retrouve en prison. Dans le Paris de Mai68, « fief du sexe, de la drogue et du rock n’roll […] du féminisme, de la psychanalyse et de l’existentialisme…. »elle se pose quelques années jusqu’au coup de foudre pour la musique baul. Elle suit alors au Bengale un musicien Paban. C’est leur histoire qu’elle raconte. Festivals, vie rurale, rencontre avec des musiciens et des gourous, aussi une histoire d’amour!
Comment cet oiseau inconnu
Peut-il ainsi à sa guise
Entrer et sortir de sa cage?
si je pouvais l’attraper
Je l’entraverais
Avec les chaînes de mon esprit.
Mais je ne parviens pas à le saisir,
Il continue d’entrer et sortir.
Sa cage a huit pièces et neuf portes,
Elle est couronnée par une galerie des glaces
Ô mon cœur, la cage dont tu rêves,
Faite de faible bambou
Peut se rompre à tout moment.
Ainsi dit Lallan, l’oiseau peut se libérer de sa cage,
Rabinadrath Tagore a cité cette chanson au Musée Guimet en 1916
La figure de Tagore plane encore :le bungalow de Mimlu Sen, de ses enfants et de Paban se trouve dans la ville universitaire de Tagore : Shantiniketan, plus tard ils s’installeront dans une propriété évoquant les décors de Satyajit Ray…
Le livre foisonne de contes, de mythes, qui s’entremêlent avec le quotidien de ces musiciens comme la poésie, poèmes d’amour, épopée de Rhada et Krishna, mystique étrange
Une fille est Ganga, Jamuna et Saraswati :
Chaque mois, des marées montent en elle,
Forment le confluent de trois rivières de trois couleurs.
Le premier jour, il est noir, le lendemain blanc,
le troisième rouge nacré.
Qui peut sonder les profondeurs d’une femme?
Maheswara ne sait pas grand-chose d’elle
Étonnante chanson célébrant le flux menstruel, célébrations des déités féminines mais aussi statut arriéré de la femme dans la campagne bengalie.
Très éloignée de la philosophie hindoue ou de la musique ethnique, j’ai dévoré ce livre si riche! Il manque seulement un CD pour donner à entendre la voix de Paban!
Trois histoires s’entrecroisent dans ce roman, trois époques, trois personnages : Nataraj, près de Madras, 1947, Savritri, Madras 1921, Saroj, Guyane britannique années 1960. Assez rapidement, on comprendra que, malgré la distance, ces personnages entretiennent d’étroites relations de famille.
J’ai cherché des romans indiens, et voici que j’ai l’impression que l’Inde déborde, vers le Cap avec la biographie de Gandhi, à l’Ile Maurice dans l’Océan de Pavots de Amitav Gosh, maintenant nous voici en Amérique du sud, sans parler de Naipaul….Multitude des habitants, multiplicité des peuples, des castes, des religions…et pourtant toujours cette constance d’une certaine tradition rigide qui glorifie la famille, octroie à la femme une place définie d’épouse dévouée et de mère.
Pourtant dans ce roman-feuilleton, l’ambiance bollywoodienne rappelle aussi celle d’une télénovela avec des intrigues compliquées, des rebondissements, des histoires d’amour. J’ai donc été scotchée par l’intrigue comme devant certaines séries télévisées, avec une certaine insatisfaction.
Comment la petite fille merveilleuse, douée du Pouvoir de guérison, capable de parler au cobra, de nager nue dans l’Océan Indien, de réciter des poèmes de Wordsworth peut- elle devenir l’épouse soumise d’un chef de gare ivrogne puis d’un avocat réactionnaire et raciste terrorisant sa famille ?
Comment toute la famille se recompose-t-elle à Londres ? Londres paraît être encore le pivot de cet univers. A Madras, comme en Guyane, il n’est question que d’études à Oxford, Cambridge ou pis aller à Londres.
Saroj se rebellera contre la tradition des mariages arrangés. Elle fréquentera une féministe militante. Elle décrétera qu’elle refuse toute idée de mariage mais tombera amoureuse, romantiquement comme il le faut dans tout feuilleton. Au final, son acte de rébellion le plus violent sera de ses couper les cheveux ! Et tout se terminera par un mariage et une naissance attendue…
Je suis peut être sévère de réduire ce très gros roman de 660 pages à l’intrigue familiale. Des tableaux décrivent les jardins d’une belle villa de Madras du temps de la colonisation, une inondation d’un village pauvre pendant une mousson cataclysmique, le grouillement de la ville de Madras… Les tensions entre les différentes communautés en Guyane britannique sont aussi bien analysés. Ambiances de la communauté indienne en Angleterre. En revanche les luttes de l’Indépendance, sont à peine évoquées même si elles sont au centre de la tragédie de Savriti.
C’est sa voix qui nous avait fait aimer le Cap Vert avant d’y aller. Elle nous a accompagnée là-bas et longtemps après. A Mindelo, sa ville, sa maison a été notre première visite.
Une étoile, dans la galaxie de mes admirations… heureusement la musique reste.
Même si la critique est un peu tiède, même si le film est un peu trop mélo, avec des méchants trop grimaçants…. ce film est à voir!
Leçon d’histoire? Il manque peut être une analyse des forces politiques birmanes, mais qu’importe. Il est parfois suffisant qu’une figure se lève, symbolise la résistance, la force de la lutte non-violente (je viens de terminer la lecture de la biographie de Gandhi et Gandhi apparait en image subliminale ou presque) .Un film, même de plus de 2 heures ne peut rendre compte de 15 ans de luttes..
Très belle histoire d’amour. Bien que séparés, la Dame de Rangoon et son mari sont associés dans la lutte.
Performance d’une actrice Michelle Yeoh, qui est aussi à l’initiative de ce film.
La nouvelle du décès de Danielle Mitterrand endeuille cette matinée ensoleillée qui commence. C’est une des figures de mon panthéon personnel qui disparait, non pas la first lady mais la Militante des Porteurs d’eau que j’ai eu la joie d’écouter il y a quelques temps à Villeneuve Saint Georges à l’occasion du Festival de l’Oh. octogénaire mais si dynamique transmettant tout son enthousiasme et son énergie au service d’une cause mondiale : le Droit à l’eau et l’accès à l’eau.
Je lui dédie cette photo d’une porteuse d’eau africaine.
Les porteurs d’eau boiront à leur feuille d’eau un breuvage un peu amer aujourd’hui.