Les Silences du Palais – film de Moufida Tlati (DVD)

CARNET TUNISIEN 

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J’avais vu en salle ce film à sa sortie en 1994 et j’avis gardé un souvenir très vif.

Cherchant un CD de Anouar Brahem à la médiathèque, j’ai emprunté le DVD et l’ai visionné avec autant de plaisir .

Le Palais se trouve aux environ de Tunis, l’histoire se déroule à la fin du Protectorat, dans les années 50.

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Les Silences concernent les secrets des femmes enfermées dans le palais des princes. Cuisinières ou servantes, amantes ou esclaves, ces femmes ne quittent jamais la maison ou les maîtres. Qui est le père de la jeune Allia? Sarah la petite princesse est elle son amie, sa cousine ou sa sœur. Khedija, la mère d’Allia ne trahira pas son secret et mourra d’un énième avortement sans rien expliquer à sa fille.

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Allia a cru trouver la liberté en suivant Lotfi,  le jeune instituteur, agitateur politique qui se cache dans le Palais et qui croit dans le talent de la jeune musicienne. Hélas, des années plus tard, et des avortements passés, Allia est amère. Elle aimerait garder l’enfant qu’elle porte. Lotfi ne l’épousera pas. Son talent de chanteuse ne lui apporte pas la gloire mais plutôt l’humiliation des riches qui la draguent.

 

A la mort du prince Sid Ali, Allia revisite le Palais et ses souvenirs….

 

 

 

la Kahina – Gisèle Halimi

LIRE POUR LA TUNISIE

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Le personnage  de la Kahina s’est imposée à Tamrezet au musée berbère où le Monji Bouras a montré les arches du Capitole d’El Jem sur des voiles et parures de mariée berbères. Reine berbère, princesse juive ou devineresse?

 

 

Guerrière en tout cas qui a unifié les tribus berbères contre l’envahisseur Hassan venu apporter l’Islam dans le Maghreb. Guerrière et stratège, elle n’hésite pas à pratiquer la politique de la terre brûlée pour limiter l’avance arabe, au risque de s’aliéner les tribus qui refusent de détruire leurs récoltes.

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On raconte aussi qu’enfermée dans le Colisée de Thysdrus (El Jem), elle creusa un souterrain qui lui permit de soutenir le siège et de s’échapper.

 

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Qui mieux que l’avocate féministe Gisèle Halimi aurait pu faire revivre cette flamboyante figure de reine guerrière?

 

L’abondante bibliographie témoigne du sérieux de l’étude.

Le handicap, pour moi, dans cette lecture, c’est que je viens tout juste de refermer Salambô. Aucun roman historique ne peut lui être comparé. j’ai donc regretté l’absence de descriptions précises, la flamboyance du style. Mais encore un fois, on ne peut demander d’égaler Flaubert!

les arches du Colisée
les arches du Colisée

 

 

Dans la grande Histoire des relations entre juifs et musulmans d’Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, un article montre la Kahina comme symbole partagé entre Berbères et Juifs jusque dans la Diaspora .

Le Lait de l’Oranger – Gisèle Halimi

LIRE POUR LA TUNISIE

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Une personnalité intéressante : Gisèle Halimi n’est pas seulement une féministe de combat, c’est aussi l’avocate des procès d’Alger, une jeune tunisienne issue d’un milieu plutôt traditionnel qui a su prendre son envol très tôt.

Elle raconte sa vie dans un désordre chronologique charmant. Elle a rencontré Coty, De Gaulle, Giscard, Chirac et Mitterrand (recours en grâce), nagé avec Bourguiba, fréquenté Sartre et Simone de Beauvoir… mais son grand homme: c’est Edouard, son père, le magicien.
Tendresse familiale, combats militants, passion du Droit. C’est une autobiographie passionnante et une collection de portraits intéressants

 

L’Obèle – Martine Mairal

LIVRE VOYAGEUR

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Claudialucia l’a envoyé, puis Gwennaëlle, puis Eimelle, puis…..Il est arrivé chez moi enrichi de beaux marque-pages, je l’ai dévoré, il va bientôt repartir et je vais le regretter – enfin pas trop puisque je vais l’offrir pour Noël à mes proches et que je saurai ainsi où le retrouver….Je me suis interdit de lire les billets de leurs blogs pour me réserver encore la surprise. Maintenant, c’est bien difficile d’ajouter quelque chose aux analyses si complètes venant de lectrices nourries de Montaigne. ICI l’article de A sauts et à Gambades

Je recopie quelques passages que j’ai notés (j’aurais pu en choisir d’autres tant le livre est riche)

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L’Obèle

« – Voyez ce signe Marie. Trois traits y suffisant. Une barre verticale ferrée de deux traits brefs à chaque extrémité. Tant me plait cette petite broche que les copistes alexandrins dénommaient obélos. J’ai fait mien de leurs hésitations sur l’authenticité de tel ou tel vers d’Homère. Il saura vous parler quand je me serai tu. Suivez le à la trace. Il indique le point de bifurcation où enchâsser mon ajout dans mon texte. Prenez garde toutefois qu’il m’arrive de mettre des additions aux allongeails, non par goût de vous compliquer la lecture mais par devoir de précision et volonté de ne rien celer de l’acheminement de la pensée vers son terme…. »

Montaigne explique à Marie de Gournay comment elle éditera les Essais quand il aura quitté ce monde. Marie de Gournay y consacrera sa vie à cette tâche.

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Malgré son grand âge, elle conserve un regard acéré, et beaucoup d’humour,  sur le siècle et sur la vie littéraire.

Ainsi commence le roman :

« La peste soit de l’Académie et des  Académiciens! Aussi soumis à la voix de Richelieu que fille transie à son galant. »

Richelieu dont elle dresse un plaisant portrait :

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« Ma foi, il était à peindre. le cabinet tendu de damas purpurin, la robe cramoisie le grenat de sa bague, le carmin de ses lèvres et contre ça, l’éclat immaculé d’un roncier de dentelles fines blanchies à mourir, de son visage glabre sous un trait de moustache  un pinceau de barbe charbonneux à souhait autant que prunelle d’encre qui m’examinait jusqu’à l’os,  non moins impertinent que la mienne…. »

 

 

Quand son récit se noue avec les mots des Essais, il m’est difficile de dénouer ce qui appartient à Marie et ce qui vient de Michel. Amitié amoureuse en miroir avec le lien de Michel de Montaigne et de La Boétie. Citations des Anciens, parfois savoureuses quand Saint Augustin est convoqué à propos de pets, ridiculisant au passage les Précieuses

Essais de MontaigneIl faudrait vraiment que je relise les Essais!

Niki de Saint Phalle au Grand Palais

PARIS EN EXPOS

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Je connaissais bien sûr ses Nanas, et la Fontaine Stravinski à Beaubourg et le Cyclope près de Milly-la-Forêt  réalisé avec Tinguely. L‘exposition d Grand Palais permet de découvrir de nouvelles facettes, des techniques inconnues et d’appréhender l’oeuvre de Niki de Saint Phalle dans une dimension plus globale. Variété des œuvres et des inspirations.

Moi je vois une femme paysage enceinte d'un bateau mais ce n'est pas le titre du tableau
Moi je vois une femme paysage enceinte d’un bateau mais ce n’est pas le titre du tableau

Collages et montages d’objets dans du plâtre, scies, couteaux, objets de morts ou jouets colorés, sortes de mosaïques avec grains de cafés ou cailloux pour des paysages et des femmes paysages, femmes enceintes de bateaux ou de paysages. Fonds noirs avec  taches blancheset drippings inspirés de Pollock qui me rappelle que Niki de Saint Phalle est aussi américaine

Inquiétante parturiente
Inquiétante parturiente

. Mariées et parturientes incorporant des objets divers du quotidien, fleurs ou jouets d’enfants. Ces femmes sont plutôt inquiétantes. La condition féminine ici n’a rien de réjouissant ni d’enviable. Ces maternités n’ont rien de tendre ni de  « maternel ».

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Au contraire, la Hon femme-maison de Stockolm- 28m – quand même! figure une femme en rondeur, accueillante, bienveillante comme les Nanas occupant la grande salle, nanas dansantes sur un piédestal tournant, immense nana noire,

 

Nana-Rosa Parks   figure desluttes anti-ségrégationnistes. L »oeuvre de Niki de Saint Phalle s’inscrit dans les luttes des années soixante, politiques, féministes. Ces nanas joyeuses par leur taille énorme, leur formes exagérées écrasent la masculinité. Elles prennent le po

Imposante Rosa Parks, la femme qui a refusé de céder sa place dans l'autobus
Imposante Rosa Parks, la femme qui a refusé de céder sa place dans l’autobus

luttes anti-ségrégationnistes. L »oeuvre de Niki de Saint Phalle s’inscrit dans les luttes des années soixante, politiques, féministes. Ces nanas joyeuses par leur taille énorme, leur formes exagérées écrasent la masculinité. Elles prennent le pouvoir dont elles sont exclues. Ceci sans acrimonie. Sur les   murs sont exposés de véritables lettres d’amour graphiques destinées à l’amoureux, l’amant ou le mari?

 

 

 

 

 

 

On quitte cette  salle chaleureuse par un intermède plus grinçant des mères dévorantes,

elles mangent, elles mangent
elles mangent, elles mangent

vieillissantes. Vision amère de la famille se terminant par la mort du père dans son cercueil tandis qu’un oiseau rouge est crucifié

 

 

 

 

 

On arrive enfin dans la section la plus violente de l’exposition, celle que rappelle l’affiche : l’art à la carabine. La plasticienne a inclus des sachets de peinture, des oeufs dans du plâtre et le public est inviter à tirer sur l’oeuvre préparée d’où dégoulinera de la peinture. Violence politique, non pas gratuite?

Reconnaissez vous les Maîtres du Monde?
Reconnaissez vous les Maîtres du Monde?

Enfin Niki elle même assise dans un coque, fauteuil, serine :

« Moi, je m’appelle Niki de Saint Phalle et je fais des sculptures monumentales »

nous invitant à découvrir ses sculptures d’extérieur, Golem de Jérusalem, jardin des Tarots en Toscane rappelant Gaudi.

Prémonitoire, ce ptérodactyle sur New York?
Prémonitoire, ce ptérodactyle sur New York?

Une oeuvre variée, politique. Une personnalité marquante de la fin du 20ème siècle.

ARNALDUR INDRIDASON – La rivière noire

POLAR ISLANDAIS

 

Est-ce ainsi que les vrais policiers travaillent ? Sont ils aussi consciencieux ?

L’inspectrice Elinborg ne dispose que de maigres indices : un châle qui sent le curry et la présence de la drogue du viol. Personne n’a rien vu, ni rien entendu, sauf une vieille folle obsédée par les ondes élecro-magnétiques. Et pourtant, patiemment  Elinborg dénouera l’intrigue après mains tâtonnements et interrogatoires dans un village de taiseux – les Islandais ne semblent pas très bavards. Traques aléatoires et minutieuses.

L’auteur ne nous épargne aucune piste même très éloignée, même les culs de sacs. Je perds patience et m’accroche pour la suivre. Dans un polar, il faut de l’action, sinon quoi ? Cela traîne deux cent pages… et puis, cent pages avant la fin, sans crier gare, enfin ! Quelque chose se dénoue, et je me laisse entraîner.

Finalement,  je comprends pourquoi les bloggeuses de ma connaissance ont recommandé cet auteur. Regard sur une Islande que je ne connais pas, mais surtout un roman autour du thème du viol, le fait que le policier soit une femme n’est pas indifférent.

 

Mariama BÂ : Une si longue lettre

LIRE POUR LE SÉNÉGAL

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Cette lettre nous vient du Sénégal.

Ramatoulaye, la narratrice vient de perdre son mari. Elle écrit à sa meilleure amie Aïssatou. Ce texte est un réquisitoire contre la polygamie. Les deux femmes ont épousé des hommes éduqués, influents de valeur. Toutes les deux ont été aimées. Elles ont élevé de nombreux enfants. Mais leur mari a pris une seconde épouse. Aïssatou n’a pas accepté et a préféré partir. La narratrice est restée.

La force de ce texte est d’abord la clarté du style. Pas de folklore, peu d’africanisme. Une langue claire et nette. Pas de pleurnicherie non plus. Ces femmes même abandonnées, sont de fortes personnalités. Pas de manichéisme. La narratrice ne cherche pas à abaisser les hommes qu’elle rencontre. Elle montre l’iniquité de la position des femmes dans une société polygame.

j’ai lu ce livre il y a bien longtemps, et écrit ce billet il y a trois ans, mais cette lecture est si gravée dans ma mémoire qu’il trouve sa place dans ce carnet sénégalais. C’est aussi un livre que j’ai offert à plusieurs amies, chaque fois que j’ai envie d’offrir un livre c’est lui que je choisis.

Singué sabour film d’Atiq Rahimi

L’ INÉPUISABLE RÉSISTANCE DES FEMMES

Qui aurait pu imaginer la capacité de cette femme à faire face au malheur?

Son mari dans le coma, abandonnée par sa famille, sans argent, sans eau, seule avec ses deux filles dans les bombardements et les exactions de soldats. On imagine d’abord une épouse soumise, toute entière consacrée aux soins de celui-qui ne parle pas, ne souffre pas, respire avec entêtement, seule preuve de vie. On voit la mère de deux fillettes qui préfère les confier à une tante, se privant de leur affection. La femme qui traverse la ville telle une ombre cachée sous sa burqa moutarde….elle pleure, se plaint mais ne capitule pas.Elle résiste et même sourit….

Qui aurait pu imaginer que cette femme simple, mariée sans son consentement à un portrait et à un poignard puisque son mari était un combattant, recluse ou presque, aurait pu avoir des secrets.

Elle parle, parle, à la pierre de patience qu’est l’homme dans le coma, qui ne peut répondre, qui sans doute n’entend pas, entend-il? Elle va lui servir toute sa révolte, tous ses secrets. Et ses secrets seront beaucoup plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer.

Inépuisables ressources des femmes, qui doivent inventer la résistance, inventer le plaisir qui leur est dénié, inventer des ruses incroyables pour survivre. Inventer même une théologie et une interprétation féministe du Coran. Inventer aussi la beauté et la séduction.

Lucidité implacable envers les valeurs des hommes, de leur honneur leur virilité mal employée, leur ignorance.

Quand on ne sait pas faire l’amour, on fait la guerre!

J’avais été éblouie par la fulgurance du livre, sur l’ambiguïté de la fin, j’avais dû faire’ une seconde lecture pour confirmer ce que j’avais cru lire. Le film ne m’a pas déçue, porté par l’étonnante performance de Golshifteh Farhani dont le visage peut prendre les expressions des facettes de la personnalité de l’héroïne qui parle, parle…une Shéhérazade dont le but ne serait pas de charmer le sultan mais au contraire de délivrer une parole libératrice.

 

Wajdja – de Haifaa Al-Mansour :1er film saoudien

LES PETITES ET LES GRANDES VICTOIRES DES FEMMES

Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!

Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement  sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille,  belles, fières, actives.

Une seconde femme d’Umut Dag

TOILES NOMADES

Merci à JEA d’avoir attiré mon attention sur ce film distribué de façon furtive.

Le film s’ouvre sur un mariage traditionnel en Anatolie : les hommes dansent au son criard d’une trompette, du côté des femmes règne une atmosphère déconcertante. peur de l’inconnu de la jeune et jolie mariée, angoisse de la séparation et de l’exil, diverses tensions entre les belles-sœurs. Le mariage expédié tout le monde se retrouve à Vienne. Et là, rien ne se passe comme attendu. Le marié est jeune, beau, charmant, sauf qu’Aysé dormira avec le père, sexagénaire. Rien ne vient conforter nos idées reçues : la substitution ne vient pas d’un quelconque démon de midi du vieil homme,  elle a été manigancée par Fatma, la mère de famille….Et le film enchaînera surprise sur surprise. Ne pas raconter la suite!

C’est du cinéma! Le suspens est ménagé jusqu’au bout. Si les décors ne sont pas flamboyants : l’essentiel du film se déroule dans un appartement quelque peu surpeuplé, en revanche les visages cadrés très près sont très expressifs et beaux. Merveilleuse Aysé – la perle – impressionnante Fatma. Les autres femmes sous le foulard de soie turc possèdent, chacune, des personnalités marquantes. Très fortes femmes, volontaires, allant jusqu’à la violence, mais aussi chaleureuses. Bien qu’enfermées dans leur appartement, en foulard traditionnel, elles ne se posent jamais en victimes passives. A côté d’elles, les hommes sont passifs, arrangeants, plutôt falots.

C’est que leur force, elle la tiennent de la conviction que la famille doit être une véritable forteresse dont il faut soutenir l’honneur devant le « qu’en dira-t-ton ». Chacune, à sa façon, en turc ou en allemand, avec ou sans la « rapportée » soutient violemment son idée de la famille.