Judéobsession – Guillaume Erner

APRES LE 7 OCTOBRE

Chagall : le rabbin, la prise (exposition art dégénéré)

« Ce qui s’est passé, c’est qu’à un moment donné, tout le monde, ou presque, a été frappé de « judéobsession », mais pas la même que la mienne. Tout le monde ou presque s’est mis à parler des Juifs, sur les réseaux sociaux, dans les débats télévisés, sans compter les couvertures de magazines ou les unes des journaux qui leur ont été obligeamment consacrées. Alors, j’ai pris peur et j’ai décidé d’écrire. »

Depuis le 7 Octobre, je collectionne les ouvrages s’y rapportant de près ou de loin, et la liste s’allonge. Suis-je moi aussi atteinte de « judéobsession« ?

A la lecture du livre de Guillaume Erner, je me rends compte du sens double de cette expression « judéobsession ». La première concerne les Juifs, qui sont obsédés par les Juifs. Guillaume Erner se l’applique à lui-même, et se raconte. Ce qui donne une autobiographie savoureuse. Il se présente ainsi

 » 100 % ashkénazes, 100 % de gauche, 100 % dans la fripe, on dit schmates en yiddish »

Et quand il se définit « de gauche » c’est vraiment à gauche, et je rigole parce que j’en connais tant:

la réunion du Parti, c’était Yom au ProtocoleKippour sans le jeûne.

Plein d’humour, de sympathie….

La « judéobsession » ne frappe pas seulement les juifs, elle atteint aussi les goys, et là, elle rencontre les antisémites et c’est beaucoup moins drôle. Ceux qui voient des juifs partout, des complots. Guillaume Erner passe en revue les diverses versions de l’antisémitisme, du Moyen Age à nos jours, des expulsions des Juifs de France et d’Angleterre, au Protocole de Sion en passant par l’Affaire Dreyfus. 

Les versions les plus modernes de la Rumeur d’Orléans aux négationnistes ont pris un coup de jeune avec Dieudonné et les « humoristes » :

« Les pamphlétaires antisémites de jadis sont devenus rares ; ils ont été remplacés par des « humoristes »,
le premier d’entre eux s’appelle Dieudonné. »

« Édouard Drumont, l’antisémite notoire et auteur de La France juive, devait se réincarner, il ferait
probablement du stand-up. »

Dernier avatar de l’antisémitisme, l’antisionisme.

 » C’est parce que le mot « Juif » était trop
péjoratif qu’on a inventé l’Israélite ; maintenant, c’est parce que le mot « Juif » est trop présentable qu’on
parle des sionistes. »

Guillaume Erner analyse les nouvelles versions de l’antisémitisme, antisémitisme venant des musulmans, propalestiniens mais aussi de la gauche et même des verts comme Malm. Version sophistiquée : »normcore »

 Issu du milieu de la mode, il combine « normal » et « hardcore », décrivant un style
vestimentaire si banal qu’il en devient odieux.

Mais pourquoi diable les Juifs sont-ils donc devenus « normcore ?»

A la pointe de l’anticolonialisme, de l’antiracisme, pour certains « racisés », les sionistes seraient plus blancs que blancs, représentants ultimes du colonialisme. Moi qui croyais que les Juifs, minoritaires, seraient du côté des minorités…

Judéobsession est une sérieuse remise à jour de mes anciennes certitudes ébranlées depuis le 8 Octobre. Analyse poussée parfois un peu désordonnée, qui passe de la théorie à l’anecdote. Et tant mieux, parce qu’on ne s’ennuie pas ;  j’ai ri aux éclats dans le récit inénarrable de l’arrivée du camion des Loubavitch au milieu d’une manif des Gilets Jaunes.

Vif, bien écrit et intéressant.

Trésors sauvés de GAZA – 5000 ans d’Histoire – à L’IMA

Exposition temporaire à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 02 novembre 2025

Un patrimoine en exil 2006, 529 œuvres rejoignent Genève pour une exposition. Elle devaient constituer le futur musée archéologique de Gaza.

Cette exposition s’inscrit dans une démarche de préservation des trésors culturels du monde. Dans le même esprit, j’avais beaucoup apprécié l’exposition Cité millénaires – Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul à l’IMA en 2018 ICI

Dromadaire chargé d’amphores

Les images de Gaza sont désolation et ruines, on n’imagine pas que sous les décombres une histoire très riche se cache. Gaza, oasis, à la limite du désert et de la mer, fut selon Strabon la plus grande ville de Syrie. Elle est entrée dans l’Histoire avec Thoutmosis (1504 – 1450). Au mur, une immense carte incluant la Méditerranée et  l’Arabie montre les routes commerçantes convergeant vers cette cité maritime. 

Des ancres de pierre, des anneaux d’amarrage témoignent de cette vocation maritime dès l’Age de Bronze. Egyptiens, Hittites, Philistins, Nabatéens y convergèrent. Alexandre de Macédoine livra bataille pour la conquérir. De la période hellénistique l’exposition présente une série d’amphores et une jolie statue d’Aphrodite (ou Hécate)

97 av. JC, Gaza est conquise par un royaume Juif puis laissée à l’abandon. En 61 av. JC, Pompée s’en empare et construit une cité romaine. De cette époque témoignent de très fines lampes à huile

Cupidon lance ses filets dans les vagues

Au IVème siècle  s’installent. le monachisme se développe avec le monastère de Saint Hilarion, l’église Saint Porphyre.

Une belle mosaïque occupe le centre de la pièce avec des motifs d’animaux exotiques, girafes, éléphants, béliers, aigle et des grappes de raisin séparant les médaillons.

631 : la ville est conquise par les armées musulmanes, la population étant majoritairement chrétienne avec de petites communautés juives et samariennes.

Gaza : une ville commerçante balance romaine, pièces de monnaie et trésor de pièces agglomérées

Les Croisades 1149 et 1187 induisent une nouvelle période de violence.

Les Mamelouks l’occupent (1260 – 1279).

En 1516 Gaza devient ottomane

Gaza au début du XXème siècle

La deuxième partie de l’exposition contient des photographies anciennes de l’Ecole Biblique et Archéologique française de Jérusalem (1905-1922). Elles montrent les monuments et surtout une campagne paisible ainsi que les monuments.

Au centre de la pièce, des photos récentes en couleur (2022 à 2025) Certaines témoignent des destructions récentes. Le Qasr al Basha, siège du pouvoir mamelouk était le musée depuis 2010. Bonaparte y a passé trois jours;

Photo émouvante de la cérémonie de Noël célébrée dans l’église orthodoxe Saint Porphyre le 7 janvier 2025.

Une vidéo en images de synthèse reconstitue le monastère Saint Hilarion.

Enfin au mur on voit la cartographie des sites archéologiques bombardés.

Deux Filles Nues – LUZ – Albin Michel

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par Laboucheaoreille

ART DEGENERE

C’est à l’occasion de la visite de l’exposition Art Dégénéré au Musée Picasso ICI que j’ai découvert de roman graphique : un véritable chef d’œuvre!

Un podcast à signaler : les Midis de Culture « Deux filles Nues » de Luz ICI 

Deux Filles Nues est le nom d’un tableau peint en 1919 par Otto Mueller (1874-1930) qui a subi les tribulations des tableaux de l’Art dégénéré selon les critères nazis. Il est actuellement accroché à Cologne. 

C’est donc une histoire vraie.

La BD  commence avec le making-of du tableau qui s’élabore sous nos yeux : plus de blanc que de couleur sur les premières pages. Il faut l’intervention d’un ramasseur de champignons. Au premier tiers du livre, Otto Mueller meurt…mais le livre est loin d’être fini. Le sujet, c’est le tableau et non le peintre. Acquis par un collectionneur juif, il se retrouve avec d’autres sur les murs.

La vente aux enchères de l’Art Dégénéré

Là, il faut être très attentif , la BD est beaucoup plus sophistiquée qu’il n’y paraît au début. Tous les éléments du décor ont leur importance : les autres œuvres accrochées correspondent à de réels tableaux. Il y a même les titres à la fin, sauf que Luz nous a fait une sorte de blague : il a supprimé les numéros des pages. On sait qu’il y a un Emil Nolde p. 101, mais on ne sait pas où est la page 101 et ainsi de suite. Avec un peu d’efforts, on a une véritable exposition de la peinture allemande,  expressionnisme, die Brücke etc

Autre lecture : l’histoire de la montée du nazisme ne se trouve que très partiellement dans les bulles de texte. C’est dans la rue, par la fenêtre qu’on voit se dérouler manifestations, violences et déprédations.

Fond noir : la nuit, la rue est éclairée et les incendies de la Nuit de Cristal l’illuminent. Ces pages noires sont d’une grande force et d’une grande beauté.

Le même procédé se retrouve quand le tableau est exposé dans les expositions d’art dégénéré. Regardez bien par la fenêtre.

Les voyages en train sont aussi  très impressionnants. Comme l’invasion des cafards…

Ce n’est pas un livre d’une seule lecture. Il faut le feuilleter, y revenir, l’étudier.

Je vais avoir beaucoup de mal à m’en séparer et à le rendre à la médiathèque.

 

Toutes les vies de Théo – Azoulai Nathalie

APRES LE 7 OCTOBRE…

Giacometti et Rothko

Depuis le 7 octobre, je suis saisie de « Judéobsession » comme l’a écrit Guillaume Erner dont je suis justement en train de lire le livre. Ecoute  compulsive de podcasts sur l’antisémitisme, les Juifs, la Shoah. J’ai découvert Toutes les vies de Théo en même temps que L’Annonce d’Assouline sur Répliques : la Littérature face aux attaques du 7 octobre. En même temps que l’Annonce, j’ai téléchargé Toutes les vies de Théo. Autant le livre d‘Assouline m’a parlé, autant j’ai été agacée par celui d’Azoulai

Théo, à moitié allemand par sa mère, à moitié breton, rencontre Léa à une séance de tir sportif, en tombe amoureux et l’épouse. La mère de Théo pour vaincre sa culpabilité d’allemande vis à vis de la Shoah, est ravie de cette union avec une juive, une sorte de rédemption par son fils. Ils ont une fille Noémie. le 7 octobre va déchirer cette union.

« Elle dit que l’histoire l’avait prise par le col, qu’elle l’obligeait à retourner dans sa niche. »

Léa se sent renvoyée à son identité juive, solidaire d’Israël. Théo se sent exclu. Il rencontre une plasticienne libanaise, en tombe amoureux et épouse la cause palestinienne sans réserve. Mais la belle est volage et il va se retrouver abandonné

La fracture que le 7 octobre peut induire dans un couple mixte, je la comprends ; son analyse m’aurait passionnée. Fracture réelle pour de nombreux juifs s’éloignant d’amis proches et de relations, de militants, et surtout de toute une gauche qui maintenant les rejette. Je pensais trouver cela dans le livre.

« On aurait voulu inventer ta vie, Théo, qu’on n’aurait pas osé, dit Léa. Tu auras passé la première moitié à
vouloir être juif et la deuxième à vouloir être arabe. – Et toi, à vouloir oublier que tu étais juive puis à t’en
vouloir d’avoir voulu l’oublier, dit-il du tac au tac. – Au moins, moi, je me débrouille avec ce que je suis.
Mais qui sait, un jour, tu seras peut-être toi-même… »

Mais non, plutôt une caricature. Je n’ai pas pu m’attacher à la personnalité de Théo réduite à son attraction vers les Juifs puis les Palestiniens. Il est dessiné en creux, amoureux de l’autre différente, puis retourne à son identité. J’aurais aimé voir vivre la famille de Léa, comprendre les réactions différentes au départ des deux soeurs Léa et Rose qui vivent un mariage symétrique et un divorce aussi prévisible. Cette symétrie me semble bien artificielle. Quant à la conversion de Noémie au catholicisme puis son retour au judaïsme, cela m’ a paru bien superficiel.

 

Cicéron – Stefan Zweig

LETTRES ALLEMANDES

Le vieillard d’Otricoli coll. Torlonia- Louvre

« C’est notre homme qui est mort pour nos idées dans une époque qui ressemblait cruellement à la nôtre ».

Zweig est inépuisable. Je reviens à ses romans, ses biographies, le Monde d’hier. Aujourd’hui, quand la peste brune se répand, ressemble terriblement au monde dont il parle.

Cette courte biographie, moins de 100 pages, se concentre à la fin de la vie de Cicéron, autour de la mort de Jules César, qui est aussi la fin de la République romaine. Ce n’est plus l’avocat des procès douteux l’accusateur de Catilina dont la phrase apprise au lycée est restée fichée dans ma mémoire

« Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? »

C’est un homme aux cheveux gris qui appelle le peuple romain à se montrer digne de l’honneur de ses ancêtres. Il pressent la fin de la République :

Mais à présent, le coup d’État de César, qui l’écarte des affaires publiques (la res publica) lui donne enfin l’ occasion de faire croître et éclore sa vie personnelle (la res privata), qui constitue ce qu’il y a de plus important au monde ; Cicéron se résigne à abandonner le Forum, le Sénat et l’imperium à la dictature de Jules César.

Il fulmine contre Antoine dans les Philippiques. il choisit Octave, mais les trois bandits s’unissent dans le triumvirat. Octave, Lepide et Antoine se partagent le monde mais Antoine réclame la tête de Cicéron.

Pour sauver sa vie, Cicéron pourrait s’exiler en Grèce, au-delà des mers.

Mais Cicéron s’arrête toujours au dernier moment : celui qui a connu un jour la tristesse de l’exil ressent même en plein danger le bonheur que lui procure la terre familière, et l’indignité d’une vie passée à fuir. Une volonté mystérieuse, au-delà de la raison, et même contraire à la raison, l’oblige à faire face au destin qui l’attend.

Comment ne pas penser à Zweig, à ses exils jusqu’au Brésil où il se suicidera.

Merci à Dominiqueivredelivres qui m’a donné envie de le lire ICI

Apocalypse à la BnF

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par La boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 8  juin 2025 à la Grande Bibliothèque

Anne Imhof – 2022 – huile sur toile dimension XXL

La toile d‘Anne Imhof – l’affiche de l’exposition – m’a induite en erreur. Je m’attendais à des documents sur la fin du monde, guerres, inondations, cyclones, ce que l’actualité télévisée nous sert quotidiennement et qui devient apocalyptique.

Kiki Smith – tapisserie – guide l’aigle du malheur

Les conservateurs de l’Exposition mettent dès l’entrée les pendules à l’heure. Dans le monde contemporain, l’Apocalypse évoque des catastrophes, mais  il n’en a pas toujours été ainsi. Au sens étymologique, elle correspond plus à une révélation ou un dévoilement et annonce le Royaume de Dieu.

jean le visionnaire – tapisserie – Angers

Les premières salles vont donc raconter l’Apocalypse telle que l’a écrite Jean de Patmos, comme la Tapisserie de l’Apocalypse du Château d’Angers.  Des œuvres modernes illustrent cet effroi comme l’aquarelle de Gustave Moreau ou la petite peinture d’Henri Michaux, la lettre du voyant de Rimbaud ou les textes d’Antonin Artaud. 

Unica Zürn

N’oublions pas que l’exposition se tient à la Grande Bibliothèque, qui présente naturellement de merveilleux manuscrits enluminés 

BEAtus de Saint Sever

Collection merveilleuses de gravures de Dürer  qui a dessiné toute une série 

Dürer les quatre cavaliers de l’Apocalypse

Sans parler de celles de Goya, j’ai eu bien du mal à choisir mes préférées , bien grinçantes fantastiques 

Goya

Etonnantes aussi celles d’Odilon Redon. L’ordre chronologique adopté par l’Exposition 

Odilon Redon

Au XXème siècle, l’Apocalypse n’est plus le texte de Jean mais la Grande Guerre. Otto Dix s’en est inspiré

Otto Dix  – Errinnerungen an die Spielsale von Brüssel

On voit également des photos de Brassai, une grande tapisserie de Lurçat

La fin de l’exposition présente des œuvres contemporaines intéressante comme les aquarium d’Hicham Berrada que je retrouve avec beaucoup de bonheur

Hicham Berrada

Je découvre  l’énorme tapisserie d’Otobung Nkanga sur des thématique marines : surexploitation des fonds océaniques

Otobong Nkango : Unearched midnight

 

je me suis laissée surprendre!

Le Roi et l’Horloger – Arnaldur Indridason

LITTERATURE ISLANDAISE

Arnaldur Indridason est mon écrivain de policiers islandais favori. Je me délecte de ses séries avec Erlendur et Konrad. Le Roi et l’Horloger n’est pas un polar mais un roman historique. Sur le conseil de Claudialucia, j’ai téléchargé ce livre il y a bien longtemps dans ma liseuse.

« Il se souvenait avoir entendu parler de ce territoire septentrional éloigné uniquement pour ses volcans, tremblements de terre et famines. Il y avait une dizaine d’années, la moitié de l’île avait été ravagée par des éruptions qui avaient causé une terrible disette, les Islandais avaient donné à cette catastrophe un nom qu’il n’avait jamais réussi à prononcer correctement. Möduhardidi1, et qui signifiait Famine de la Brume ou quelque chose comme ça. »

Le narrateur est un horloger islandais, Jon Sivertsen, fasciné par l’horloge astronomique de Habrecht, réplique en miniature de celle de la cathédrale de Strasbourg, en ruine dans les greniers du palais royal de Christianborg, à Copenhague. Jon Sivertsen se donne pour mission de réparer la merveille.

Pendant qu’il démonte la pendule et fait l’inventaire des pièces manquantes, il a la surprise d’avoir la visite du roi Christian VII (1745-1808), en robe de chambre et passablement aviné.

Le roi Christian VII est considéré comme fou à la cour et a perdu toute autorité. Il erre dans son palais et trouve un certain réconfort à observer l’horloger travailler et à lui tenir compagnie en racontant des histoires de son île lointaine et inconnue : l’Islande.

Le roman est construit en entrelaçant deux récits : l’histoire tragique des parents de Jon, exécutés comme des criminels, et celle de la restauration du chef d’œuvre. Au fil des pages on comprend l’intérêt du souverain pour l’histoire des parents de Jon. Ils ont commis l’adultère et pire encore l’usurpation de paternité. Dans la société prude et luthérienne, la fornication et l’usurpation de paternité sont punis de mort.

Malheur à ceux qui de dogmes odieux

Profitent pour se servir et prospérer

Plutôt que de servir la vérité

Et souillent le nom de notre Seigneur Dieu.

Christian VII a subi les dures punitions de son père Frédéric V dans son enfance, sa rigueur. Il est aussi concerné par l’usurpation de paternité : la rien Caroline-Mathilde avait pour amant le médecin de la cour Johann Struensee et a conçu un enfant : la princesse Louise-Augusta que le roi a reconnu comme sa fille tout en sachant très bien qu’elle était la fille de Struensee. Christian VII. Le récit de l’horloger le fascine mais déclenche aussi de violentes crises de folie que redoutent les courtisans du palais.

Finalement, Jon réussit à retrouver les statuettes manquantes et à remonter les mécanismes.

Son métier lui avait apporté l’apaisement dont il avait besoin. N’avait-il pas justement cherché une consolation en réparant les horloges parce qu’il avait sur elles un pouvoir et qu’il pouvait remettre en état ce qui s’était brisé, cassé en morceaux ? N’avait-il pas passé sa vie entière à réparer les rouages du temps de manière à ce qu’ils puissent à nouveau fonctionner aussi bien que s’ils n’avaient jamais été endommagés ? À rassembler les morceaux pour les reconstituer en un seul objet ?

Ce Roi fou a inspiré un roman Le médecin personnel du Roi  d’Olov Enquist et un film Royal Affair.

Lire aussi l’article sur le blog de Dominique ivre de livres

Et  celui d‘Inganmic 

Art « Dégénéré » : le procès de l’Art moderne sous le nazisme – Musée Picasso

Exposition temporaire du 18 février au 25 mai 2025

Georg Grosz : Metropolis (1919-1917)

Le concept de dégénérescence : Entartrung correspond à une publication de Nordau en 1892, avec la publication de Kunst und Rasse en 1928, la dégénérescence fut intégrée à l’idéologie raciste.

Ernst Ludwig Kirchner : rue de Berlin avec auto

 

 

En 1937 fut inaugurée à Munich une exposition d’Art dégénéré, en parallèle à la Grosse Deutsche KunstAusstellung, art officiel du Reich. L’exposition du Musée Picasso présente les tableaux sur les murs qui rappellent cette exposition et où sont visionnées des scènes de rue de la visite de Hitler, des processions avec drapeaux nazis, un drakkar accompagné de jeunes filles, des cavaliers…

Fragments de sculptures trouvées dans une fouille pour le chantier du métro de Berlin

Le visiteur est accueilli par 4 très belles sculptures, 16 fragments de sculptures retrouvées dans une fouille archéologique avant la construction du métro de Berlin. Sculpture martyres détruites dans la purge nazie attribuées à Karel Niestrath, Emy Roeder, Marg Moll et Richard Harzman.

Paul Klee : légende des Marais

Kandinsky, Paul Klee, enseignants reconnus du Bauhaus, subirent cet ostracisme. 

Deux amies – Karl Hofer

Je découvre ici Karl Hofer, renvoyé de l’Académie des Beaux Arts en 1934 à cause des origines juives de sa femme Mathilde, assassinée à Auschwitz en 1942. 

Chagall le Rabbin La Prise

Sans surprise Chagall est « dégénéré » mais pas seulement , il est pris comme exemple dans la propagande antisémite, il illustre une nouvelle de Peretz ; le rabbin vend son âme à Satan pour une pincée de tabac. 

 

Otto Freundlich : Hommage aux peuples de couleur

A partir de 1924, Otto Freundlich vit en France mais il fait partie des 1935 du collectif des artistes allemandes antifascistes. Dans une vitrine on peut lire quelques lettres de sa correspondance avec Picasso. D’une famille juive convertie au protestantisme, il se réfugie dans les Pyrénées Orientales mais il est arrêté, conduit au camp de Gurs puis à Drancy et meurt à Sobibor .

Max Beckmann ; Cabine de bain

20 000 oeuvres furent retirées des musées allemands : Berckmann, Picasso, Kandinsky,  Nolde, Hofer .Goebbels développe une exploitation lucrative de cette purge en mettant aux enchères les œuvres les plus connues : Van Gogh, Matisse, Gauguin, Picasso etc…furent vendus comme La Famille Soler qui fut acquis par le Musée de Liège.

Picasso : La famille Soler

j’attendais Otto Dix, sans surprise à côté d’un masque à gaz, cette sortie d’usine: 

Otto Dix : Fin de la journée des ouvriers de la Métallurgie

 

 

Musée Historique du Gaz de Ville –

TOURISTE DANS MA VILLE

Lustre à gaz

Sur les bords de Seine, 25 quai de la Révolution, à Alfortville, sur l’emplacement de l’ancienne usine à gaz, se trouve un Musée du Gaz de Ville géré par l’association AFEGAZ-COPAGAZ. La visite est accompagnée, le site est sensible, il faut donc réserver. 

Le Gaz de Ville ou gaz manufacturé provient de la distillation de la Houille. Son inventeur est Philippe Lebon (1767-1804) qui déposa en 1799 le brevet de « thermolampe« ., ouvrant ainsi la voie à l’éclairage à gaz. Parallèlement cette technologie se développa en Angleterre. 

maquette d’une petite usine à gaz – à côté maquette des fours- morceau de coke obtenu après chauffage.

Les premières usine à gaz d’éclairage se trouvaient à Paris en centre ville. Ces petites usines en ville donnèrent le nom de ce gaz manufacturé de Gaz de Ville. Et Paris qui fut équipée en éclairage urbain gagna celui de Ville-lumière.

 Le gaz était obtenu dans des fours où était chauffée la houille. Le gaz obtenu était un mélange d’hydrogène, de gaz, de monoxyde de carbone (5 à 8%). Le résidu solide était le coke, d’autres produits résiduels, goudrons, brai et divers produits chimiques utilisés par les industries chimiques, premiers début d’une industrie pharmaceutique. 

La houille arrivait de Lorraine et le coke y retournait pour les aciéries. Ces usines à gaz étaient donc également des cokeries. La toponymie garde le souvenir de la Cokerie, l’arrêt de l’autobus 103 s’appelle justement « Cokerie ». L’usine d’Alfortville était de très grande dimension; elle ne fut active qu’entre 1950 et 1970. La houille arrivait par le rail et par voie fluviale, un port avait été aménagé à proximité dans une darse sur la Seine.  L’arrivée du Gaz Naturel ou Gaz de Lacq ayant provoqué sa fermeture. A noter que la composition du Gaz naturel est tout à fait différente de celle du gaz de ville. 

Au cours du XIXème siècle le réseau du gaz s’est étendu dans la ville de Paris. Tout d’abord les tuyaux étaient en bois, puis utilisa la fonte, la tôle bitumée et même le carton bitumé. Actuellement, ils sont en polyéthylène. Les usines à gaz quittent progressivement le centre de Paris pour la Banlieue, principalement Saint Denis, Gennevilliers et Alfortville. Quand les usines s’agrandissent les canalisations se compliquent et s’enchevêtrent : ce qui a donné l’expression bien connue d »usine à gaz » désignant une organisation très complexe.

Nos conférenciers sont d’anciens gaziers qui donnent leur expertise et leur sincérité à leur discours passionnant. A l’aide de photographies d’époque, ils décrivent la pénibilité des travaux et de la manutention.

L’utilisation du gaz d’éclairage changea complètement la vie quotidienne et permit avec l’éclairage des ateliers et par là la Révolution Industrielle. Le musée présente une magnifique collection d’objets usuels. Une curiosité : une sorte de bouteille de grès avec un purgeur pour recueillir l »eau dans le gaz » en effet, ce gaz de ville était très humide et la condensation de la vapeur en liquide pouvait obstruer le conduit. Encore une expression que l’on emploie sans en connaître l’origine!

Rééverbère

l‘éclairage urbain avec ses réverbères (et ses allumeurs de réverbères) est bien représenté. Une démonstration d’allumage avec une haute canne montre le procédé.

lampe de salon

Une recherche de meilleur éclairage, en orientant les becs, en ajoutant des manchons, des réflecteurs, est couplée avec une recherche esthétique . les lampes à gaz sont de véritables œuvres d’art déco. Grande technicité aussi pour les lampes destinées aux dentistes et aux ophtalmologistes.

gazinières émaillées en couleur

Gaz pour l’éclairage mais aussi pour le chauffage et la cuisine. Le gaz apporte le confort dans les maisons et les ateliers (terrifiant casque de coiffeur).

Publicité!

le musée montre aussi une collection de publicités d’époque souvent croquignolesques

Publicité pour un chauffage tout à fait sophistiqué (mais les gaz de combustion se dispersaient dans la pièce)

Dans la salle de bain aussi :

Chauffe eau!

Une visite surprenante! J’attendais un site industriel et je vois une collection de beaux objets! Deux siècles de modernité?

Itinérances – Annette Wieviorka – Albin Michel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

J’ai coché cet ouvrage parce que j’ai beaucoup apprécié Anatomie de l’Affiche rouge, Seuil Libelle, pour sa rigueur et  sa clarté d’historienne. Mais ce « libelle » est un ouvrage très court, presque un tract (46 pages);

Itinérances est un gros pavé de près de 600 pages : somme de nombreux articles parus depuis une quarantaine d’années. Il  les regroupe selon  des  allers et retours de l’historienne en quête de documents et témoignages autour de la Shoah ou de rencontres avec d’autres écrivains, chercheurs, vivants ou disparus. 

« Tout dépend de ceux qui transmettront notre testament aux générations à venir, de ceux qui écriront l’histoire de cette époque. L’histoire est écrite, en général, par les vainqueurs. Tout ce que nous savons des peuples assassinés est ce que les assassins ont bien voulu en dire. Si nos assassins remportent la victoire, si ce sont eux qui écrivent l’histoire de cette guerre, notre anéantissement sera présenté come une des plus belles pages de l’histoire mondiale et les générations futures rendront hommage au courage de ces Croisés. »

Ce texte a été rédigé dans le ghetto de Varsovie. les archives du ghetto de Varsovie ont été retrouvées presque par miracle.

Pour raconter l’histoire de ces mondes disparus, les historiens ont étudié et réuni des archives. Dans ces lieux où sont conservées les archives, Annette Wiervioka a choisi de faire des étapes qui ancrent le récit d‘Itinérances 17 rue Geoffroy-l’Asnier, l’adresse du Mémorial de la Shoah et du CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine), à New York , le YIVO, Institut pour la recherche de la civilisation juive de l’Est, où des cours de Yiddish sont également dispensés, le YIVO américain est l’héritier du centre de Wilno  créé dès les années 20. Impossible de passer à côté de Yad Vashem. Une étrange rivalité a opposé les soutiens à la création du Mémorial de Paris aux autorités israéliennes de Yad Vashem. Ne pas oublier le MAJH, à Paris,  de création plus récente. 

Itinérances comme un voyage de Paris à New York, Varsovie, Auschwitz, Drancy…Itinérances comme des rencontres avec des historiens, écrivains, ou simples témoins. Au hasard des pages, je croise Léon Poliakov, Saul Friedländer, Hannah Arendt,  Serge Klarsdfeld, Vidal-Naquet dont les noms me sont familiers, mais aussi de nombreux spécialistes dont les méthodes et les points de vue diffèrent. Ces rencontres sont passionnantes d’autant plus qu’on retrouve historiens ou héros à plusieurs reprises au cours de cette lecture au long cours.

Comment nommer le sujet d’étude? Solution finale si on s’intéresse aux modes d’extermination des nazis, Génocide si on se place comme Lemkin du point de vue du Droit, Shoah ou Holocauste, Hurbn  si on prend le parti des victimes.

Dans le chapitre Varsovie, le récit de lInsurrection du Ghetto et une rencontre très émouvante avec Emanuel Ringelblum « l’archiviste du Ghetto »…tant de rencontres que je ne peux lister ici! 

Ce volume est aussi une mine de titres, de lectures . Ma PAL va sérieusement s’allonger. Et pas seulement d’études scientifiques, aussi de romans et même de BD.

Comme j’étais effrayée par le gros volume et que chaque chapitre était un article indépendant publié dans une revue, je pensais le lire par petits bouts, un chapitre de temps en temps. J’ai été happée par cette lecture qui ne ressemblait pas à un page-turner à priori.