Pour le plaisir d’une promenade dans Paris 1920 dans des lieux aussi variés que les bouges de la Rue Monjol (19ème), les Halles de la Villette que les salons du Lutétia, les abords du 36 Quai des Orfèvres, une maison close très chic, la Zoneoù Lulu trait sa chèvre pour vendre le lait à Montparnasse.…
Gabie, une prostituée est retrouvée morte, puis un homme d’affaire chinois, hôte du Quai d’Orsay, et une autre prostituée dans une maison close très chic…les crimes se succèdent. Un criminel en série? L’Inspecteur Victor Dessange et son brigadier Max vont enquêter sur cette affaire plus complexe qu’il ne semble
Voilà, m’sieur : Gabie, elle fréquentait un groupe de poètes et d’chansonniers, la Muse rouge, vous connaissez ? – J’en ai entendu parler, oui, des anarchistes et des révolutionnaires. – Des poètes, m’sieur, surtout des poètes qui chantent la misère des ferlampiers et des gueux. La misère, m’sieur, vous connaissez ?
Et nous avons le plaisir de découvrir ces chansons anarchistes, d’assister aux réunions des anarchistes, des syndicalistes de la CGT, de rencontrer des révolutionnaires espagnols, italiens. Les Camelots du Roi saccagent leurs locaux. Qui les a renseignés?
La mort de l’homme d’affaire chinois aiguille l’enquête sur des trafics dans les Colonies, Indochine, Afrique, Maroc. Hommes d’affaires véreux, ministres mouillés…
Vous allez même croiser Soutine à l’enterrement de Modigliani (24 janvier 1920).
Un polar bien ficelé, une reconstitution historique parfaite et instructive. Et si vous voulez des images, allez sur Internet chercher les photos d‘AtgetCLIC
« 4 au 14 avril 1834, des émeutes ont ensanglanté le pays. Le premier foyer s’est allumé chez les ouvriers lyonnais. C’est la deuxième fois en trois ans que les canuts se révoltent, »
Le règne de Louis Philippe ne s’est pas déroulé tranquillement. J’avais retenu les Jours de Juillet 1830, qui avait mis fin au règne de Charles X, et plus tard à la Révolution de 1848. L’Affaire de la Rue Transnonain met en lumière des évènements moins bien connus.
Depuis quarante huit heures de l’Hôtel de Ville jusqu’au Temple, les insurgés ont érigé plus de six mille barricades […]Mais au moment où l’on pense que la paix est revenue, un coup de feu est tiré, un simple coup de feu. Et les hommes du 35e de ligne pénètrent au numéro 12 de la rue Transnonain.
La Rue Transnonain n’existe plus actuellement, confondue avec la Rue Beaubourg élargie au cours des modernisations de Paris. Une seule plaque rappelle son existence
numéro 62 de la rue Beaubourg, un immeuble cossu a remplacé le numéro 12 de la rue Transnonain.
Joseph Lutz, policier de la brigade des Mœurs, ancien « chien de Vidocq« est chargé de l’enquête de l’Affaire de la rue Transnonain. Ainsi, commence le roman que je croyais roman policier. Le 14 avril, quand les policiers et le médecin légiste viennent constater le massacre.
Il s’attendait à examiner les dépouilles d’insurgés, décidés à vivre libres ou à mourir. Pas une maisonnée de commerçants.
Douze victimes massacrés sauvagement, des bons bourgeois, des artisans, une femme, un enfant, le fils de la concierge, un jeune homme dans son lit….Pourquoi les militaires se sont-ils acharnés sur les habitants de cet immeuble? Officiellement, un coup de feu a été tiré et un officier est décédé, la troupe se serait précipitée pour lui rendre justice.
Une enquête est ouverte, des témoins entendus, des militaires principalement, des voisins qui répètent tous la même histoire. Officiellement on tient le nom du tireur qui a tué le capitaine. Fin de l’histoire, en attendant un procès.
Tout serait rentré dans l’ordre si Ledru-Rollin, n’avait pas publié un mémoire affirmant que Transnonain est un crime d’Etat et que Daumier n’avait pas réalisé une lithographie représentant une famille entière gisante dans son sang. La Presse s’est emparée de l’Affaire qu’il s’agit maintenant de classer.
Joseph Lutz n’est pas convaincu des résultats d’une enquête bâclée. La balistique contredit les hypothèses. Il est impossible que Louis Breffort, exécuté au 5ème étage, soit l’auteur du tir mortel. Les voisins n’ont pas été interrogés…un témoin-clé, Annette Vacher, la compagne de Louis a disparu…Le policier, malgré les consignes de sa hiérarchie, va mener ses investigations et chercher la jeune femme aux cheveux rouges dans les maisons closes.
je chercherais d’abord l’identité de celui qui a tiré le coup de feu. Il faut un certain cran, ou une bonne dose de folie, pour ouvrir une fenêtre et tirer sur un officier, au milieu d’une émeute. — Nous ne vous demandons pas de trouver les responsables, interrompt Gisquet. Nous les connaissons. Nous traînons cette affaire depuis quatre mois, et le ministre de l’Intérieur veut une résolution rapide.Vous savez l’ essentiel. Une agression des insurgés,
Sur une intrigue assez mince, le romancier va construire un roman historique très documenté.Il va aussi évoquer de manière très fouillée des personnages de fiction : Joseph Lutz et sa famille et Annette Vacher. Nous allons suivre ces héros pendant presque tout le siècle, des guerres napoléoniennes où Joseph a été blessé, à la Commune et même après. De Bayonne à Paris, pour Annette. Bien sûr, des figures historiques vont intervenir : Adolphe Thiers, ministre et le Général Bugeaud qui a déjà réprimé dans le sang la Révolte des Canuts.
L’enquête conduit Joseph dans le Paris encore médiéval du Marais, mais aussi dans les carrières de Gypse de Montmartre, dans la zone, aux portes de Paris où arrivent les immigrants, auvergnats ou bretons….Estaminets et bordels, imprimeries et autres artisanats. la reconstitution est très vivante et pittoresque. Argot des bouchers…
Sans oublier les Saint- Simoniens et le procès qu’on intenta à Enfantin eainsi que les premières feuilles féministes œuvres de Saint Simoniennes
Une bibliographie en fin de volume peut être consultée.
Je m’attendais à un roman policier, je me suis laissée embarquée dans un roman historique puissant et très documenté.
Depuis le 7 Octobre, l’actualité s’impose avec des images très douloureuses. Grâce à Facebook, j’obtiens des documents, au jour le jour, sur la page de LA PAIX MAINTENANT, la Newsletter de +972,. Je guette les prises de parole des écrivains israéliens que je suis depuis longtemps. Après la stupeur, les voix ont mis du temps à se faire entendre : DavidGrossman et sa tribune dans La Repubblica, Dror Mishani, Au ras du sol. Les paroles prémonitoires d’Amos Oz. Et récemment, de nombreux officiers.
Aimer Israël, soutenir la Palestine est un court essai de 212 pages, écrit et publié à compte d’auteur en 2022, traduit récemment par Bertrand Bloch avec un addendum rédigé après le 7 Octobre.
En 12 chapitres, Nir Avishaï Cohen présente son soutien à la solution à deux états et une analyse très pointue de la situation politique en Israël. Cet essai est très agréable à lire parce qu’il se lit comme un roman. Nir Avishai Cohen se raconte depuis son enfance dans un moshav, puis son service militaire, ses périodes de réserve, et son engagement politique au sein du parti Meretz et dans « Breaking the silence » organisation d’anciens militaires témoignant de l’action des militaires dans les Territoires occupés.
Bien qu’il ait été vilipendé, traité de traitre, même insulté de kapo, Nir Avishai Cohen se présente comme un patriote, un combattant, un officier de Tsahal qu’il ne renie jamais.
« Oui, c’est comme ça aujourd’hui dans de nombreux endroits en Israël: si vous ne faites pas partie du courant dominant, vous êtes automatiquement quelqu’un qui hait les Juifs et un ennemi de votre pays. »
Il raconte comment il a pris conscience des aspects négatifs de la colonisation au fil de son histoire personnelle et de ses faits d’armes. Jeune recrue, il n’a pas eu conscience tout de suite des conséquences de ses actions, au Liban d’abord puis dans les territoires :
« au plus profond de moi que les deux valeurs fondamentales dans lesquelles j’avais grandi, l’amour de la terre et l’amour de l’autre, étaient bafouées. Ces valeurs n’étaient pas prises en compte à Jénine en 2002. Mes actions militaires n’avaient rien à voir avec cet amour de la terre et mon respect de l’autre. »
Cette prise de conscience n’a pas été immédiate du fait du lavage de cerveau que tous subissent.
C’est un véritable lavage de cerveau orienté à droite, qui glorifie les colonies, et maintient ces jeunes dans une ignorance certaine. Moins ces garçons et ces filles en savent, plus le système peut introduire dans leur cerveau le mantra “Les Arabes sont mauvais et les Juifs sont bons”.
Ajouter à ceci qu’il n’est pas souhaitable de douter ou de discuter. Un militaire agit d’abord et réfléchit (peut-être) après….
Il découvre finalement un véritable apartheid. Son sens moral, et ses conviction démocratiques, ne sont pas les seuls arguments. Selon lui, défendre les colonies est aussi une très mauvaise stratégie pour la défense d’Israël :
de plus, les colonies nuisent à la sécurité du pays puisque leurs positions rendent impossible le tracé d’une frontière solide entre les Palestiniens et l’État d’Israël.
Les colonies constituent aussi un véritable obstacle, probablement le seul, à un traité de paix entre Israël et les Palestiniens
Le lecteur suit le cheminement de la pensée dans ces témoignages criants qui débouchent sur l’action militante. Une voix discordante porteuse d’optimisme quand même.
J’aime mon pays, mais je n’en suis pas fier. J’aspire à ce moment où je serai fier d’Israël, où je pourrai parcourir le monde et dire fièrement que je suis Israélien. Je crois que ce jour viendra; le bien finira par prévaloir.
Classé BD Doc., je l’ai emprunté à la médiathèque sans l’ouvrir. Format BD bros album de 170 pages. Une claque!
J’attendais une bande dessinée, point de dessins : des photos. Soigneusement encadrées de noir, disposées comme les vignettes d’une bande dessinée. Si le sujet n’était pas aussi grave, on penserait à un roman-photo. Plutôt un photo-reportage. Très belles photos, très travaillées. Noir et blanc ou sépia avec des plages colorisées. Le gris domine ou le marron, avec des personnages colorés, des plages vertes de l’herbe parfois….Et le thème récurrent des hommes en route, des barbelés, des miradors.
Publié en Espagnol en 2016, ce reportage glaçant est prémonitoire. Il annonce les guerres actuelles, les faiblesses de l’Europe, ses fissures.
« Cela fait quelques temps que nous y réfléchissons. En suivant la frontière extérieure, la grande fissure, nous avons trouvé des dizaines d’entailles dans le rêve européen. C’est l’immense faille des réfugiés, les brèches du nationalisme, la fermeture des frontières et l’ombre du Brexit ; le populisme et l’islamophobie, la crise qui a opposé le Nord et le sud, la f^lère d’un bloc de l’Est qui considère Bruxelles comme la nouvelle Moscou, les cassures de la Syrie, de l’Orak, fr la Lybie. Et puis il y a la Russie, une énorme crevasse sur laquelle nous voulons à présent nous pencher »
Le livre rassemble plusieurs reportages des journalistes espagnols, Carlos Spottorno, photographe et Guillermo Abril, grand reporter pour El Pais Semanal en divers points brûlants des frontières de l’Europe : Mellilaet sa haute barrière que les Africains sautent. Passages de Syriens de Turquie en Europe, à Lesbos, en Thrace et en Bulgarie.
Lampedusa : ils rapportent un reportage de l’Opération mare nostrum sauvetage en Méditerranée de bateau de migrants. (2014)
Ils suivent les colonnes de migrants à travers la Hongrie, la Serbie, la Croatie, toujours des barbelés à franchir!
La deuxième partie de l’ouvrage les conduit plus au Nord et plus à l’Est : Pologne, Lituanie, Estonie, Finlande aux frontières de la Russie alors que la première guerre d’Ukraine fait rage au Dombass, avec l’annexion de la Crimée et l’intervention de Poutine en Syrie. La présence des réfugiés est toujours là mais la menace se fait plus précise : Kaliningrad, Narva et même au delà du cercle polaire.
Les fissures dans la glace de la banquise symboliseraient elles ces cassures préfigurant les conflits d’aujourd’hui?
Depuis les Jeux Olympiques, j’ai découvert que Saint Denis était tout à fait accessible (RER D, métro ligne 13 et 14). Aucune excuse. Comme je suis un peu perdue dans les Mérovingiens, Carolingiens, les Capétiens, Valois et Bourbons, j’ai opté pour une visite guidée de Explore Paris.
La visite commence devant une maquette de la ville, de nombreux édifices ont disparu, la Basilique avait deux tours dont une de 90 m, la Tour nord qui, fissurée, fut démontée en 1846. Elle est cette année en cours de reconstruction dans un chantier-école. Autre édifice disparu : la Rotonde des Valois qui devait abriter le mausolée de Henri II et Catherine de Medicis.
Porche gothique et rosace
Notre conférencier insiste sur le caractère complexe de l’édifice, construit par petits bouts sur une église mérovingienne, puis romane, enfin gothique. Ce serait la première manifestation du gothique dans le monde .
Chœur gothique
L’abbé Suger(1081 -1151), abbé de Saint Denis reconstruit de 1140 à 1144 le chevet lumineux avec ses merveilleux vitraux. Aérien, les murs ont presque disparu la lumière inonde l’église.
Constructions, destructions aussi. La Révolution a pris la Basilique pour cible : symbole de la Royauté et de l’Eglise. Au XIX ème siècle, Viollet-le-duc, entreprend la restauration avec le démontage de la tour nord, la restauration de la crypte. Il veut faire de Saint Denis un musée et réarrange les gisants. Ils sont le plus souvent sculptés dans le marbre blanc, idéalisés porteur de la couronne royale et du sceptre, reposant parfois sur une plaque de marbre noir de Tournai. Aucune ressemblance pour ceux qui ont été sculptés des siècles après la disparition. Les gisants de Pépin le bref(708)et Berthe au Grand Pied (790) ont été commandés par Louis IX (1226-1270) donc 5 siècles plus tard, inutile de chercher des ressemblances! De m^me pour Clovis mort en 511 dont le gisant date de 1230. Peut être plus réalistes, Charles V et Jeanne de Bourbon à ses côtés, Duguesclin est proche. A Saint Denis on trouve les rois, les reines mais aussi des nobles. Si le marbre blanc est immaculé actuellement, les gisants à l’origine étaient peints, sur le gisant de Philippe Dagobert (1222 -1235), on retrouve quelques couleurs, bleu et fleurs de lys dorées. Plus étonnant le tout petit gisant de Jean 1er le Posthume,fils de Louis X le Hutin ,qui a régné (et vécu) 5 jours. en 1316.
Je me perds un peu dans tous ces capétiens, leurs reines et enfants…
mausolée de François 1er
Plus spectaculaires, les mausolées Renaissance de François 1er et de Henri II . les gisants décharnés reposent sur les tombeaux sous l’arche alors qu’ils sont représentés en prière au sommet du monument.
la bataille de Marignan
A la base : la Bataille de Marignan
Encore plus fastueux : le mausolée de louis XII et Anne de Bretagne entouré des Vertus cardinales aux quatre coins et des douze apôtres en marbre de Carrare
mausolée Louis XII
Un peu plus loin, les gisants de Henri II (1547-1559) et Catherine de Medicis sont habillés en costume du sacre de tissu prestigieux où figure le monogramme de Henri II qui comporte aussi les initiales de Diane de Poitiers, la maîtresse du roi, honorée jusque dans l’éternité. Son mausolée a été commandé par Catherine de Medicis d’après les plans de Primatice. Il était destinée à être exposé dans la Rotonde des Valois qui a disparu.
Crypte romane et pierres tombales en hommage aux Bourbons
On descend dans la Crypte avec un joli chevet roman autour de la relique de Saint Denis. les pierres tombales noires sont aux noms de Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. A la Révolution le plomb des tombes des rois a été fondu et les restes se trouvent dans l’ossuaire. On peut voir le cœur de Louis XVII .
Nécropole mérovingienne
sous la crypte : la nécropole mérovingienne. Nombreux étaient ceux qui voulaient alors être inhumés à proximité des relique de Saint Denis.
Denis premier évêque de Paris, alors Lutèce était venu évangéliser la Gaule. Ayant déplu aux autorités romaines il est arrêté, supplicié, condamné à mort et décapité à Montmartre (mont des Martyrs) . Denis prend alors sa tête dans sa main, la porte contre sa poitrine et s’écroule à Saint Denis. Ce n’est pas le seul saint céphalophore. Cette légende est une manière de créer un pèlerinage dont l’importance économique permet à l’abbaye de se développer. Cette dévotion aux reliques et le potentiel économique des pèlerinages a poussé à partitionner les corps des saints et distribuer les reliques dans différentes église.
Après deux heures je sors un peu ahurie de cette promenade dans l’histoire de France, visitée dans le désordre. Il me faut consulter Wikipédia pour les dates et la vérification de mes notes griffonnées.
Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), l‘histoire des Juifs. Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert: le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever ce mystère.
A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo, Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.
Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.
La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!
Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est un peu laborieuse. .
Pierre Michon, dans son style époustouflant nous emmène au Louvre découvrir le célèbre tableau Les Onze peint par François-Elie Corentin représentant les onze membres du Comité de Salut Public. Roman historique faisant revivre la Terreur .
«Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les Commissaires. Le Grand Comité de la Grande Terreur. Quatre mètres virgule trente sur trois, un peu moins de trois. Le tableau de ventôse.»
Connaissez-vous le grand peintre François-Elie Corentin ?
Il convient de le présenter sa généalogie, ses origines. Né en 1730 à Combleux, où des bataillons de Limousins ont remué la terre boueuse de la Loire pour creuser le canal d’Orléans à Montargis pour l’enrichissement du grand-père du peintre, Corentin-La Marche Ingénieur des turcies et levées de Loire. Enfant, il a rêvé devant les paysages, les hérons de la Loire….
Avant de revenir aux Onze, faisons un détour dans la peinture par l’Italie, Véronèse et Tiepolo qui ont inspiré François-Elie qu’on a surnommé « le Tiepolo de la Terreur ». Pierre Michon nous éblouit dans la description d’un magnifique Tiepolo
C’est toute l’Italie mythologique qui vous regarde de son haut, toutes les trois marches. C’est large comme un boulevard pour monter à ce ciel que Tiepolo peint mais qu’il n’a pas inventé : le projet, le canevas mental, deux savants jésuites le lui ont versé dans le creux de l’oreille, deux Germains de Rome. Le page qui monte quatre à quatre ce boulevard céleste vient de France, le page irrésistible qui deviendra ce peintre que nous savons. […] Tiepolo là-haut riait en jurant que Dieu est un chien, Dio cane, comme jurent les Vénitiens, ce qui en l’ occurrence était une façon de dire, évidemment ; car que peut-on demander de plus à Dieu que cela, des contrats et des devis célestes entre peintres de très haute stature et princes nains, les uns toutes couleurs et mythologie, les autres tout sequins – qui étaient peut-être des thalers dans ce fond de Germanie, ou des guinées –, mais les peintres dans les formes rendant hommage aux autres, les Monseigneurs, avec de la révérence : les princes n’ont pas besoin d’être grands, ils n’exercent pas et jouissent. Dio cane. Vous imaginez cela, Monsieur ?
Pierre Michon nous étourdit avec son style ; il anéantit notre sens critique. Et si tout était une fiction, le tableau et le peintre?
Ce tableau que je n’ai jamais vu au Louvre est une commande :
« un piège en forme de peinture, un joker politique«
« Tu vas donc nous représenter. Prends garde à toi Citoyen-Peintre, on ne représente pas à la légère les Représentants »
Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…
Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyrdont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman
« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »
Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale.
Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti.
Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?
Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.
Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets, traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés, minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.
Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca, dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.
Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée
On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc. Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion, […] À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah, la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique » … Elle aussi, elle fait partie de la légende.
Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman est décidément très riche.
J’ai eu le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!
Théodore Rousseau : intérieur de la forêt, le grand dormoir
Toutes les randonneuses connaissent les sentiers Denecourt balisés en Forêt de Fontainebleau, la Tour Dénécourt et les petites fabriques, fontaines ou médaillons, étapes des randonnées en forêt.
J’ai attendu avec impatience l’arrivée du livre de J.C Polton dans ma boite aux lettres dans le cadre de la Masse Critique de Babélio que je remercie ainsi que l’éditeur les Editions du Sabot Rouge pour cet envoi.
Denecourt est un personnage singulier dont la vie a traversé presque un siècle, de la Révolution de 1789, aux Campagnes napoléoniennes, à la Restauration, Révolutions de 1830, 1848, Second Empire, jusqu’à la IIIème République. Pour la lectrice, une leçon d’histoire! L’enfant Franc-Comtois a été élevé dans les légendes villageoises mais aussi dans une famille favorisée par la Révolution . Il gardera des idées hostiles à l’Ancien Régime, aux tyrans même s’il était très jeune quand les troupes patriotiques défendant la Patrie en danger sont passées dans Luxeuil.
A 20 ans, en 1809, il s’enrôle dans les régiments de Napoléon en Autriche puis en Espagne. Blessé en 1812, démobilisé, il s’engage à nouveau en 1813. Son passé de grognard de Napoléon va le suivre.
Court apprentissage chez un bijoutier à Paris. A la faveur des Cent jours, Denecourt retrouve sa cocarde tricolore et se porte au devant du Petit Caporal. Ses états de service militaires lui procurent une place de portier concierge qu’il va perdre puis retrouver.
A Versailles, le portier-concierge va faire des affaires, il vend du vin aux militaires de la caserne, s’enrichit, devient même prêteur. Personnage balzacien (j’ai téléchargé César Birotteau à l’occasion).Le jeune voiturier quasiment illettré s’instruit. Il gère son commerce mais il fréquente aussi les bibliothèques publiques et les cabinets de lecture . Il découvre la politique s’engage dans la propagande libérale
En 1832, il s’installe à Fontainebleau, toujours portier-concierge, mais perd son emploi à cause de la répression. Rentier ayant réussi à faire fructifier ses affaires, il va découvrir une nouvelle entreprise : il se passionne pour la forêt de Fontainebleau. Il va baliser des promenades et mettre sur pied une véritable entreprise touristique en relation avec son gendre qui a des calèches. Non seulement il balise les chemins avec les petites flèches bleues qu’on suit encore, mais il publie des guides pour les promeneurs, s’édite lui-même, collabore avec des artistes pour les illustrations, aménage les curiosités, engage des carriers pour sécuriser grottes et rochers, construit un observatoire….En 1849, le train arrive à Avon. Ces trains de plaisir correspondent tout à fait à l’entreprise de tourisme que Denecourt a mis en place.
Promoteur de tourisme, il se veut aussi écrivain. Fréquente des artistes, des hommes de lettre. Gagne le surnom de Sylvain que lui donne Théophile Gautier.
Toute la suite de sa vie est une recherche de reconnaissance : le jeune illettré est maintenant respecté, fêté même. Il ambitionne la Légion d’Honneur. Et, enfin la IIIème République consacre ses idéaux démocratiques….
Le personnage très original m’a donc beaucoup intéressée.
Mais le récit très détaillé, très documenté comporte des longueurs pour qui ne connait pas les subtilités de l’histoire locale bellifontaine. Les rivalités, les jalousies de personnages oubliés maintenant, polygraphes ou concurrents, prennent beaucoup de place. En revanche j’aurai voulu en apprendre plus sur l’Ecole de Barbizon, les initiatives des artistes, de George Sand, Théodore Rousseau dont je me souvient de la très belle exposition au Petit Palais.
De 1250 à 1517, les sultans mamelouks régnèrent sur l’Egypte, la Syrie. 1260 – ils arrêtent l’avancée des Mongols, 1291, prennent Acre et mirent fin au Royaume Croisé de Jérusalem, 1400 arrêtent Tamerlan jusqu’en 1517 où il furent défait par l’armée ottomane de Sélim 1er.
Caparaçon
Les mamelouks étaient des esclaves militaires, enfants ou adolescents achetés ou enlevés dans les plaines de Russie puis dans le Caucase. Cavaliers d’élite, ils formaient un e caste militaire parlant turc. Cet honneur n’était pas héréditaire, les fils des mamelouks devaient intégrer un autre corps ou se lacer dans une carrière civile.
Clé de la Kaaba au nom du sultan Faraj (1399-1412)
Protecteurs des lieux saints, à la Mecque et Médine les sultans possédaient la clé de la Kaaba. –
La visite commence auCaire dans le Complexe de Qalawun(1284-1285) comprenant une madrasa, un hôpital et le mausolée de Qalawun. Projetées sur trois murs, les images et les zooms nous offrent toute la variété des décors, stucs, marbres, colonnes antiques, géométries élaborées….
Lampe au nom de l’émir
De magnifiques objets accompagnent les images, brûle-parfum, bassins, coupes et chandeliers en métal cuivreux, incrusté d’or et d’argent finement ciselé. Ouvrages à décor géométrique, ou arabesques ou portant des écritures calligraphiées et même des scènes de chasse ou équestres
Bassin orné de scènes de chasse
De petits encarts présentent les sultans les plus fameux :
Baybars, (1260_1277) le fondateur
Qaytbay (1468-1496) « la force tranquille » (1501-1516)
Qansawa Al Ghawri (1501 – 1516)
Ainsi que d’autres personnages :
Muhammad ibn Khalil Al-Samadi qui aurait vécu à Damas et aurait soutenu les troupes mamlouks de son tambour soufi.
Qawsun, grand émir et favori, arrivé en Egypte en 1320 comme marchand. Séduit par sa beauté, le sultan l’achète, le fait émir et lui donne sa fille pour épouse.
l’épouse de Qaytbay, Khawand Fatima, « sultane d’affaire »
Si les objets, d’une grande sophistication, sont toujours un peu les mêmes, cette présentation des mamelouks est passionnante.
Coran monumental
De nombreux manuscrits sont exposés, des Corans monumentaux fastueusement enluminés d’or et de couleurs. Des encyclopédies contiennent toutes les connaissances scientifiques de l’époque. Des manuels de chasse ou de technique militaire représentent des mamlouks à l’exercice, en effet la Furusiya ou art équestre est à la base de la culture de ces cavaliers.
Furusiya : exercices à la lance
Cavaliers turcophones dans un environnement composite où coexistent diverses cultures et religions
Certificat de pèlerinage à la Mecque Hajj
mais aussi certificat juif de pèlerinage sous forme de rouleau dessiné figurant la route du sud du Caire jusqu’au Liban à travers la Terre Sainte, annoté en italien et en hébreu
Rouleau de pèlerinage juif
ou bois sculpté des églises Coptes du Vieux Caire
Eglise copte du Caire
La littérature est présente, elle a même traversé les siècles et est parvenue à nous à travers les contes qui animent encore les cafés traditionnels ou avec les théâtres d’ombre. Influences persanes, et même indiennes comme dans ce livre
Conte indien avec un éléphant et un lion
Au centre des réseaux de commerce avec Venise, la Perse et même la Chine, plus étonnant les vases africains ashanti. Commerce maritime et de caravanes.
Grand gobelet aux oiseaux 1330-1350
Travail du métal ciselé, travail du bois et marqueterie de toute beauté, tapis témoignent du raffinement de cette civilisation.
Baptistère de Saint Louis;
La visite se termine autour d’un chef d’œuvre étonnant : le Baptistère de Saint Louis signé Muhammad ibn al Zayn arrivé au château royal de Vincennes au XVème siècle et qui a servi au baptême de Louis XIII puis à celui d’Henri d’Artois en 1821 et à celui du prince Napoléon Eugène en 1856. on pourrait rester des heures à détailler les personnages dans les médaillons, mamelouks à la chasse, les frises d’animaux, éléphants et félins, oiseaux étranges…..