La pluie a laissé sur la voiture de vilaines taches de poussière. A Mazzara del Vallo, le temps est couvert. Nous laissons la voiture sur le Lungomare Mazzini qui est une jolie promenade plantée de platanes qu’on est en train d’élaguer sur le bord de la mer ; sur l’autre trottoir, des ficus et des palmiers donnent un air exotique.
L’Arco Romano est un vestige normand ! Un mur percé d’une belle porte gothique se trouve dans un jardin avec un bassin où nagent d’énormes poissons rouges. Rien d’autre ne subsiste du château du XIème siècle.
Duomo
Duomo et coupoles vernisées
la kasbah
Dominique se faisait une fête de se promener dans les ruelles de la kasbah. Nos guides étaient très prometteurs « des enfants interpellant les passants en arabe, des vieux fumant le narguilé … » Un petit voyage, en raccourci dans la Tunisie toute proche…Ce matin, il fait frais, les vieux n’ont pas envie de sortir leur chaise pour fumer dehors, les enfants sont à l’école. Deux femmes voilées sortent prestement, un cabas à la main. Rien de bien exceptionnel ! Dominique est déçue. Il aurait suffi d’un peu de soleil pour que la rue soit animée .Les ruelles ne sont pas bien différentes de celles de Sciacca ou de Trapani : murs beiges, jaunes, linge aux fenêtres. Parfois un balcon soutenu par des volutes baroques, avec une ferronnerie renflée pour les élégantes et leurs robes à panier, parfois un mur décoré en pointe de diamant, une belle porte…
La Piazza Santa Veneranda est calme. Assises sur les marches de la Chiesa S Veneranda nous levons les yeux dé découvrons un de ces balcons renflés qui paraît déplacé à la façade d’une église. Quelle élégante viendra se pavaner là ?
Nous nous dirigeons vers le fleuve pour voir le port. Et passons devant la Chiesa San Nicolo Regale : église cubique avec une coupole, plus grecque que normande. A l’arrière, l’abside forme de gros cylindres un peu comme en Croatie.
Musée du Satire
Le Musée du Satire est ouvert depuis peu (2003) dans une belle église à la façade très sobre. La statue est installée dans une enceinte noire, seule sur un piédestal. C’est une belle statue de bronze. Dans le reste du Musée des objets ayant un rapport avec la mer et l’archéologie marine sont très bien présentés dans des vitrines accompagnées de panneaux explicatifs très intéressants commentant le commerce en Méditerranée. En exergue : une citation de Braudel. Une vidéo raconte la découverte et la restauration du Satire. Tout le Musée est conçu pour mettre en valeur une seule statue. Plus je la regarde, plus je la trouve belle, si attachante que j’ai du mal à quitter le musée. C’est un éphèbe dansant en extase, comparé à un derviche tourneur. Son visage est tourné vers le ciel, ses cheveux aux longues mèches sont entraînés dans le mouvement tournant. Tout suggère le mouvement. Le bronze, patiné en mer a un aspect irréel. Après cette visite, nous rentrons au gîte. Pas envie de voir d’autres images qui brouilleraient celle de la statue.
Déjeuner à la maison, espadon et épinards (avec du parmesan, c’est encore meilleur).
Cave di Cusa
La pluie nous a laissé un répit d’une bonne heure pour visiter les Cave di Cusa, carrière près de Campobello d’ou a été extrait le tuf des temples de Selinunte. Les colonnes les plus anciennes monolithes font penser à l’obélisque inachevé d’Assouan .
Promenade agréable dans un site agreste au milieu des vergers d’oliviers. je suis impressionnée par le soin apporté aux oliveraies impeccables : pas de mauvaises herbes taille d’oliviers petits, irrigation au goutte à goutte :les oliviers portent un collier de caoutchouc noir . Je m’étonne : irriguer des oliviers alors qu’ils poussent depuis des temps immémoriaux dans ce climat méditerranéen ! Le site est planté d’amandiers, de caroubiers et de chênes verts. Des graminées portent de gros épis barbus. Les coquelicots rouges tranchent sur le vert. De l’ail aux délicates inflorescences blanches. Promenade romantique : les tambours gisent sous les arbres, abandonnés. D’autres sont encore en place dans les profondes entailles circulaires.
Sciacca est une ville en pente ! Nous descendons au port, très actif. Il y a, en fait, trois ports : un port de pêche pour les petits bateaux, un port de plaisance, petit, un dernier pour les gros bateaux. Les digues avancent dans la mer en dessinant des triangles. L’eau est d’un bleu magnifique, lisse. Le ciel, sans nuages. C’est une belle journée !
Contrairement à nos supputations, le centre-ville est situé en hauteur. Nous remontons par des rampes contournant la ville, arrivons à l’établissement thermal et finalement trouvons une place de parking sur la Plazza Triscia.
Malheureusement, les itinéraires des guides partent des portes de la vieille ville. Nous nous dirigeons au hasard, remontons des ruelles très raides entre des maisons hautes de deux ou trois étages. Les voitures ne peuvent pas passer ! Comme il fait beau, nous apprécions cette promenade. Sauf qu’il était complètement inutile de grimper ainsi. Les édifices remarquables sont construits en enfilade sur une même rue au niveau de la place où est garée la voiture.
monuments gothiques et baroques
Nous trouvons la Porte de Palerme, puis la Porte del Salvatore, arcs de triomphe, en face la Chiesa Santa Margherita et la Chiesa del Carmine. La première est un musée baroque avec un orgue peint extrêmement travaillé, des fresques et des angelots de stuc sur des nuages qui s’empilent. La façade de Santa Margherita est beaucoup plus sobre avec son porche gothique catalan. Sur le côté, un poche de marbre de Laurana. J’ai découvert ce sculpteur au palazzo Abatellis. Malheureusement sur le crépi crème, le marbre blanc ne se détache pas assez.
L’autre église del Carmine a une façade bizarre. Sur l’abbaye normande en pierre blanche très simple, décorée d’une jolie rosace, on a plaqué la moitié dune lourde colonnade baroque de pierre grise. La façade n’a pas l’air terminée. A t on changé d’avis ? L’a t on démontée plus tard ?
Sur la même rue, le Palazzo Steripinto avec sa décoration en pointe de diamant et ses fenêtres gothiques puis l’escalier gothique dans une cour. Nous suivons les indications des guides comme un jeu de piste.
Orgue très baroque!
Tout est plus accueillant quand il fait beau
Rien d’extraordinaire, la ville sous le soleil est vivante, les boutiques sont jolies. Les retraités sont assis sur les bancs de la place. Tout est plus accueillant quand il fait beau ! L’odeur de la fleur d’oranger nous fait sursauter. Depuis Trapeto, nous n’avons plus vu d’orangeraies, des vignes, du blé mais pas d’agrumes dans les alentours de Sélinunte . L’oranger en fleur est planté dans un petit jardin public avec une fontaine blanche, quelques palmiers où nous nous reposons pour une courte pause. Dominique cueille deux fleurs, les étamines sont dures, le stigmate collant, le parfum très fort.
Majolique
La majolique est la spécialité de Sciacca. De nombreuses boutiques proposent des assiettes décorées de grenades ou de citrons, des vases et autres céramiques. Curieusement un motif répandu est le portrait de Soliman le Magnifique ( ?) Nous aimerions rapporter à la maison des coquetiers et des cadeaux pour nos parents. Nous entrons dans une échoppe qui est aussi l’atelier du céramiste. Celui ci est jeune et parle français. Il emballe avec soin la marchandise fragile et insiste : « les plats doivent servir. Ils sont faits pour être utilisés et pas seulement pour décorer. »
château enchanté
Midi moins cinq – il reste peu de temps pour arriver au jardin du Château Enchanté. Le gardien, très aimable nous laisse entrer. Au flanc de la colline, le verger d’olivier a été aménagé avec des murettes de briques rouges très incongrues. Les herbes folles ont été coupées. Les têtes alignées font penser aux monstres de la Villa Palagonia. C’est uniquement l’accumulation de sculpture qui fait l’originalité de l’oeuvre.
Individuellement, les têtes seraient affreuses Le plus horrible : les agglomérations de têtes cimentées qui sortent d’un magma sont une vision infernale que Dominique refuse même de regarder.
Vers l’intérieur : route de Caltabelotta
Caltabelotta
La route de Caltabellotta est spectaculaire. Elle grimpe dans la montagne, très verte en cette saison, couverte de blé. Comment cultive-t-on sur de pareilles pentes ? Dans les herbages, en altitude, nous rencontrons nos premières vaches siciliennes. A droite, la mer, d’un bleu profond est bordée par une large bande turquoise ? Aux heures chaudes, une brume estompe l’horizon qui grisaille les couleurs : l’ennemie des photographe !
Une caravane de cycliste pédale vaillament : des touristes allemands ou hollandais, souvent à l’âge de la retraite. Ils ne semblent pas peiner malgré le dénivelé (950 m pour 18 km). Comme toujours, en Sicile, impossible d’arrêter la voiture. Aucune aire panoramique n’est aménagée. Dommage pour Dominique qui ne peut pas relâcher son attention de la conduite pour profiter de la vue.
Bien qu’on n’ait pas dépassé 1000m, le paysage est celui de la haute montagne : herbages et buissons d’euphorbes, petits pics rocheux comme des chicots. Me rappelant la route entre le Dévoluy et Valence. A l’entrée de Caltabellotta des cavités sont creusées dans une falaise, on dirait un pigeonnier cappadocien. Ce sont les nécropoles sicanes, les premiers occupants de la Sicile.
Caltabelotta
Caltabellota surgit au dernier moment, blottie sous trois éperons rocheux. Les maisons sont tassées les unes contre les autres. Les toits de tuile s’enchevêtrent. Je pense à Moulay Idriss et à ses deux collines avec la différence qu’au Maroc les maisons étaient d’un blanc éclatant tandis qu’ici elles forment un camaïeu beige rosé, ocre et jaune.
les toits de Caltabelotta
Je descends de voiture pour prendre photo sur photo. La route dépasse un plateau herbu où est plantée une grande croix qui s’avance dans le vide ? En face : les reste d’une construction gothique, normande sans doute. Après bien des lacets, nous parvenons sur une esplanade ? Il faut continuer à pied et grimper les marches herbues pour atteindre une petite église San Pellegrino : portail baroque délicat avec d’étranges nymphes nues. Accolé, un bâtiment plus fruste, tout en longueur, avec des ouvertures régulières est adossé à la montagne. Il me fait penser à ces monastères grecs inaccessibles qu’on ravitaille avec des paniers suspendus à de longues cordes ? Est ce un monastère ou le château où se réfugia Sibylle, femme de Tancrède de Hauteville à la suite de la guerre entre Souabes et Angevins déclenché par les Vêpres siciliennes ? Dans ce château, en 1302, le traité de paix fut signé. Lequel est le château ? Peut être les ruines près de la croix ?
Nous pique-niquons au pied de la croix pour jouir d’un panorama à 360 °
Au dessus du village, à la base de chacun des énormes cônes rocheux, une église. L’une d’elle, très petite presque miniature a un joli petit clocher ? Comment y parvenir ? Aucune route ne semble y conduire .Sans doute des escaliers.
De l’autre côté de Caltabellotta, symétriquement sur un autre plateau vert, la massive silhouette de la Chiesa Madre, abbaye normande de pierres blanches domine une vaste place. Plus bas, encore une église, encore au dessous, un massif couvent baroque.
Sur le plateau de La Chiesa Madre, rencontre insolite : des chèvres sont juchées sur un rocher. Un vieillard à la longue chevelure blanche, à la silhouette cassée s’appuie sur un curieux bâton au pommeau rouge vif bariolé entouré bizarrement de chiffons. Le chevrier ? Non, il se dirige vers l’église. Comme je lui demande si l’église est fermée, il lève la main d’un geste d’impuissance sans me répondre et détourne la tête .On dirait un pèlerin qui a fait vœu de silence jusqu’à la fin de son ascension.
Dans la ville, des panneaux destinés aux touristes expliquent que Caltabellotta fut peuplée depuis plus de 6000ans /les nécropoles sicanes sont les premières que nous voyons. Caltabellotta fut le siège de nombreux mouvements de résistance : les guerres Serviles sous les Romains, les Angevins et Souabes, et jusqu’à la 2ème guerre mondiale. Un adjectif peut résumer sa position géographique INEXPUGNABLE !
courses au rayon salumeria
Avant de rentrer à Sélinunte : courses au supermarché de Menfi. J’étais tentée par des tomates confites au rayon fromages et salumeria. Le supermarché vient d’ouvrir, je suis la troisième dans la queue La première, une dame, prétend acheter du parmesan en promotion, c’est du Grana, cela ne lui convient pas. Elle demande à goûter les deux qualités, choisit, puis demande à ce qu’on lui râpe le morceau bien choisi. Le monsieur suivant examine longtemps les salamis puis préfère la saucisse sèche enroulée sur un bâton suspendu au dessus du comptoir. Au bout de dix minutes, je renonce à mes tomates. Si chacun goûte, discute avant d’acheter cela risque de prendre des heures. Ce doit être la coutume : dans notre supérette de Sélinunte, des touristes n’arrivent pas à se décider. La vendeuse leur propose d’essayer les différentes variétés de fromages siciliens. Quand je commande les tomates confites fourrées qui restent, elle me dit d’attendre d’en préparer des fraîches. Celles du comptoirs son d’hier. La marchande les roule sous mes yeux et me donne la recette. Pecorino râpé (je mettrai du parmesan, plus facile à trouver à Créteil) chapelure, ail persil, piment séché. Mélanger le tout avec un peu d’huile d’olive et fourrer les tomates ou les olives dénoyautées.
En 1997, à Sorrente faire ses courses à l’épicerie était une expérience folklorique. La marchande allait chercher les marchandises perchées dans les rayons, café ou sucre invisible par le client. Aucun prix affiché. L’addition, une mauvaise surprise ? La seconde fois, j’avais protesté « Je ne suis pas américaine, je suis française et vos prix sont exagérés ! » Après cela nous sommes devenues amies, elle avait réduit de moitié ses prétentions et m’avais sonné des conseils de visites et signalé les événements intéressants et les processions. Maintenant, c’est fini. Les prix sont affichés. Est-ce l’Union Européennes ou Berlusconi, ou le modernisme ? L’addition est électronique. On vous inflige le scontrino. Si j’oublie de le prendre je me fais rappeler à l’ordre. Le règne du ticket de caisse a- t- il remplacé l’arbitraire ? Rien n’est moins sûr. Le panino qui coûtait 0.40 c hier est descendu à 20 c ce matin. A la pâtisserie c’est encore plus bizarre : la caisse facture 1.60 euros, le vendeur annonce 1.50E. Croyant avoir mal compris, je tends 2 euros. Il me rend 50 centimes. Pourquoi ce cadeau à moi, la cliente de passage ?
A la plage
Nous terminons cette belle journée à la grande plage de la Réserve. Le restaurant « la Pineta » organise sa plage privée : parasols, lits pliants mais aussi chemin de dalles en plastique. On peut aller bronzer à la plage sans se salir avec le sable !
Dominique s’installe dans la dune. Je recommence ma promenade favorite à la limite des vagues. Comme je suis en short, je me mouille jusque aux genoux. On se croirait en été.
De retour à la maison, le telefonino a disparu. Course à la plage à la nuit tombante, je suis nos empreintes, retrouve l’endroit et même les pétales de la fleur d’oranger cueillie à Sciacca, mais c’est tout. Dominique va au supermarché. Toujours pas de téléphone. Il était au fond du sac. Cela m’a tellement contrariée que j’en ai perdu l’appétit. Incapable d’avaler une miette de l’espadon.
La météo a enfin promis un beau jour que nous passerons dans « notre » site de Sélinunte.
A 8h, j’achète chez « notre » épicier deux panini, la bouchère, dans la boutique d’ à côté, tranche du salami et du fromage « per fare degli panini ».
les temples
le temple E et les fleurs
A 9h, nous sommes les premières pour photographier le temple E. Les coquelicots explosent après la pluie. Un corbeau rigolo essaie de faire entrer un grand morceau de sopalin dans un trou. J’aimerais bien cadrer les colonnes écroulées du temple F avec les tambours décalés. Sans premier plan, ce n’est que de la pierraille. Quant à l’énorme G, le chaos est indescriptible, la taille des blocs, énorme. L’unique colonne fait plutôt penser à une cheminée d’usine. J’essaie de comparer ses dimensions à celles des colonnes de Karnak (les plus grosses que je connaisse). Elle semble monstrueuse au milieu de la montagne de blocs. Quel séisme a fait tout écrouler N ? S’est il effondré seul sous son propre poids ?
Temple G et F
De l’autre côté du fleuve Modione
Nous négligeons l’Acropole, étudiée en détail dimanche, et allons droit au Melophoros de l’autre côté du fleuve Modione. La promenade est toujours aussi agréable. La mer a pris une jolie teinte turquoise. Passant le fleuve, au dessus des roseaux, nous ne retrouvons pas les hirondelles. Elles rasaient l’eau sous la pluie. Par beau temps elles se sont dispersées ? Les moutons ne sont pas au rendez vous non plus.
Melophoros
Sous le soleil, le sanctuaire de Mélophoros ne correspond pas à l’image que je m’en étais faite. L’herbe me semblait plus verte, plus drue. Dans mon souvenir, l’endroit était frais, humide, plus verdoyant.
Je m’installe pour dessiner tandis que Dominique explore le site méthodiquement. Le petit édifice de 4 colonnes que j’avais pris pour le temple, n’en est que les propylées. Le temple est situé derrière, très différent de ceux de l’Acropole : rectangulaire fermé par des murs, sans colonnade. La notice parle de mégaron. Bien conservés, ses murs sont hauts. Sur le dallage : deux demi cercles, empreinte de la lourde porte. Dominique découvre un enclos avec des pierres levées, des stèles et des urnes. Une nécropole ?Autant que les vestiges, je dessine le paysage de collines molles plantées d’oliveraies bien entretenues, rangées d’arbres régulières et aussi de rases prairies. Du côté de l’Acropole des lentisques et autres buissons .le long du chemin, un vieux tamaris et une rangée de roseaux. Brusquement, le troupeau envahit le site. Dominique a l’Olympus. Encore une photo spectaculaire ratée ! J’essaie de dessiner les moutons. Dominique a découvert la fontaine que j’avais cherchée Dimanche et un autre site envahi par les herbes.
Déjeuner à l’Acropole
Acropole
Nous suivons une belle allée de cyprès le long d’une vigne qui monte à l’Acropole. Nous nous installons sur la muraille qui encercle la ville. Nous entrons ensuite par une rue perpendiculaire à la rue principale. Ce « quartier » est envahi de lentisques. Nous reconnaissons les maisons, les boutiques. La ville nous semble familière. Nous remontons la rue principale,- remarquons les trottoirs, les façades – jusqu’à la porte Nord et à la forteresse de trois étages.
maisons puniques
Nous continuons hors de la ville sur un plateau. Des terrassiers armés de pioches font des fouilles au loin.
Nous rentrons à 4 heures à la maison avec des coups de soleil.
Nous espérons trouver le marchand de poissons sur le port. Les bateaux de pêche sont sortis par ce beau temps, trois rentrent sous nos yeux. Mais toujours pas de poisson !
La Réserve de Belice
A la recherche d’une nouvelle plage, nous entrons par l’entrée Est de la Réserve de Belice à l’arrière de la dune. Des chemins de planches dans les roseaux rejoignent la plage et l’embouchure du fleuve Belice. Ils sont en bien mauvais état, par endroit, les planches ont été enlevées et même les poteaux brûlés (malveillance ?) Cette Réserve est bien petite et peu organisée. Elle est nécessaire pour contenir la pression des promoteurs. Au bout de la plage, un hôtel énorme se vante de la proximité de la réserve ; du côté de Sélinunte on a construit un lotissement de petits cubes de ciment, tous pareils, serrés au bord du marais, et il y a encore d’autres chantiers…
Dominique rebrousse chemin sur les planches, je la retrouverai à notre endroit sur la plage près du restaurant. Comme il fait beaucoup plus chaud, je peux marcher dans l’eau jusqu’à mi mollets.
Ciel bleu, déjà à 8h30, des nuages se bousculent sur les montagnes. De chaque côté de l’autoroute, les blés verts ondulent comme les vagues d’une mer verte. Dominique se cramponne au volant se la Punto. Ces autoroutes sur pilotis offrent un paysage magnifique sur les collines mais les rafales y sont dangereuses. A la fourchette nous prenons la direction de Trapani et découvrons Ségeste après un long tunnel. Ségeste
segeste
Le temple perché sur un petit plateau encadré par des falaises et des pentes boisées apparaît de loin dans sa splendeur.
Nous grimpons un chemin pentu bordé d’agaves. Le soleil éclaire la pierre blonde. Le temple est entier, intact ; Construit en 408 il est inachevé, pas de toit ni de dallage. Comment s’est il si bien conservé ? A l’arrière une petite rivière a creusé un canon dans le calcaire blanc. Le site est splendide.
Des cars déversent des écoliers coiffés de casquettes rouges. Nous avons profité du calme des premières minutes du matin.
Pour parvenir au théâtre, il faut monter une vingtaine de minutes. Des cars bleus assurent la navette sur une route en lacets. Ce n’est pas très agréable de marcher sur une route. Heureusement nous trouvons des raccourcis dans les fleurs ? Au premier tournant, le Temple apparaît derrière un massif d’anthémis jaune éclatant taches bleues et oranges des soucis. Je ne peux pas résister à prendre photo sur photo. Plus nous montons, plus les fleurs se diversifient. Jolie image que celle d’un troupeau de moutons sur cette pente fleurie.
A
Théâtre
u sommet du Monte Barbaro des ruines plus récentes : les fondation d’une mosquée rectangulaire et un fort normand. Le théâtre grec curieusement ne s’adosse pas à la colline mais il est complètement construit. Il paraît tout petit et pourtant contient 4000 spectateurs. Comme à Epidaure, il s’intègre dans le paysage de montagnes splendides. Une rénovation récente, (2001) a relevé tous les gradins ? Nous ne profiterons pas du calme longtemps .les scolaires remplissent les gradins, se photographient. Finalement, dans un théâtre, des spectateurs, rien que de très normal !
A mi pente, un peintre a installé son chevalet, il porte u béret et des gants.
Autour de la ville basse, nous observons les fortifications antiques et même un tas de boulet destiné aux catapultes.
Calatafimi
Calatafimi perché sur la colline
Calatafimi, perchée sur une colline, étagée en cubes multicolores, ocre, jaune, gris, est une très jolie ville . Rien de spécial à visiter « les églises sont fermées » dit la dame du bar qui nous réchauffe deux panini au jambon. Nous montons au château normand par une belle rampe pavée de galets. Nous déjeunons à l’abri du vent de petits pains de sésame encore chauds et canoli à la ricotta cadeau ainsi que de petits croissants feuilletés achetés au poids (8euros/kg) emballés dans un papier vert ressemblant à un papier cadeau .
château normand
En route vers Salemi
Quitter Calatafimi est toute une aventure ! Les rues étroites sont à sens unique. On se perd le sens de l’orientation dans les épingles à cheveux, nous ne savons plus quelle direction prendre à la sortie du village. Les panneaux n’indiquent que Palerme ou Trapani, les deux directions à éviter, Salemi n’est pas fléchée. Nous arrivons dans une sorte de ville fantôme – ville dortoir- invisible sur la carte, sans doute un quartier neuf de Calatafimi à l’étroit sur sa butte. Retour en arrière sur une route en zigzag qui traverse une très belle campagne plantée de vignes .pas une voiture, pas un village. Une belle montagne pointue ressemble à la butte d’Erice. Allons nous parvenir à Trapani ? Les maisons sont très rares dans les vignes, tout juste une remise pour les outils. Un groupe de maison mérite bien la photo.
vignoble près de Calatafimi
Nous aboutissons à la voie ferrée, un groupe de maisons crépies de rouge foncé ressemble à une coopérative vinicole.
Nous demandons à un homme « où sommes nous ? » « Stazione de Alcamo «. Je lui tends la carte, je ne suis pas sûre qu’il sache lire, il cherche beaucoup trop au sud, vers Castelvetrano. « Pour arriver à Salémi, prendre à droite la route en haut là-bas, puis encore à droite jusqu’à Gallitello » ». Il me prend par le bras pour me montrer la route qui court au dessus de l’autoroute. A mes pieds un adorable chiot marron glacé me mordille le pied, tout dodu . Je le soulève pour le caresser. Il avait raison, la S119 reliant Alcamo à Castelvetrano passe dans les blés à perte de vue.
Les ruines de Gibellina
la dalle recouvrant le site de Gibellina
Les ruines de Gibellina sont fléchées en marron comme tous les sites touristiques. La route tortille, franchit un petit col, on se croirait en montagne (Gibellina viendrait il de djebel ?)Nous arrivons dans un véritable désert. Gibellina a été anéantie par le séisme de 1968, il ne reste plus une maison debout. Les décombres ont été « vitrifiées », cimentées dans des dalles de béton. La colline porte ces écailles blanches comme une carapace de tortue.
Drôle d’endroit pour du tourisme, voyeurisme du malheur. Cette chape de béton, énorme monument aux morts du sinistre a été conçue par un artiste plasticien. Toute curiosité paraît déplacée.
Partanna
Nous renonçons à visiter Salémi , trouvons un raccourci passant par Partanna que nous traversons à l’heure de la sieste, donc vide. La Chiesa Madre est ouverte, baroque . L’orgue de bois sculpté est beau ainsi que le plafond. Deux chapelles sont kitsch : angelots et religieux grimpent au plafond. Par chance, nous, trouvons facilement la via Selinunte qui nous ramène directement sans passer par Castelvetrano, la honnie.
La Réserve de Belice
La réserve du fleuve Belice
La réserve du Fiume Belice se trouve à quelques centaines de mètres du port. Une guérite de planche fermée en garde l’entrée, la route est barrée aux autos. Nous sommes un peu déçues, nous nous attendions à l’équivalent de Zingaro avec des promenades balisées et des panneaux explicatifs. Une belle plage de sable brun orangé est bordée d’une petite dune et d’une pinède. A l’extrémité de la plage, un restaurant, pavillon de bois carré, des tables recouvertes de nappes bleues en terrasse. Il ressemble à une taverne grecque.
La plage est vide, il y a seulement une famille de Hollandais. Le vent a construit de jolies petites rides sur le sable sec. Le ciel est nettoyé de ses nuages. Je fais ma promenade rituelle le long de la plage au bord de l’eau, pieds nus dans le sable sec, le sable mouillé est trop froid. Le vent d’Ouest dans mon dos me pousse, je redoute le retour face au vent.
Comme tous les soirs, vers 7 heures nous envoyons nos SMS. C’est un nouveau jeu qui m’amuse : résumer la journée en moins de 160 caractères. C’est aussi un jeu de hasard. Pile, Maman répond, face non. Le message d’hier sur les Phéniciens a eu une réponse immédiate. Avant le départ, Papa m’avait demandé si nous allions chez les Grecs ou chez les Phéniciens.
soirée télé
Le soir, je m’installe devant la télé pour guetter la météo sur RAI3. J’écoute distraitement les infos en écrivant. L’affaire des otages italiens occupe la majeure partie du journal, ainsi que le retrait des troupes espagnoles d’Irak ? C’est amusant de comparer le traitement de l’information avec le journal télévisé français. La télé française insiste sur les pertes américaines et les actions de rébellion irakienne. La RAI montre beaucoup d’images de revues militaires, les soldats italiens, américains ? On voit peu les irakiens. De la politique française, pas un mot. Seule info de France, la rénovation de Pigalle.
Dominique fait griller des courgettes à l’huile avec de fines tranches de veau.
A la Télé, la météo a annoncé beau temps le matin, pluie l’après midi. Nous nous levons très tôt pour arriver à 9h au débarcadère de l’île de Mozia. La pluie nous devance, devant Mozia d’énormes gouttes s’écrasent sur le pare-brise.
Marsala
Le Musée archéologique de Marsala estinstallé dans une ancienne cave à vin: le Baglio Anselmi, face à la mer. Les salles, très vastes, ont des plafonds en ogive, un peu comme la coque d’un navire inversé. La première salle est consacrée aux fouilles locales à Marsala et à Mozia. Beaucoup de « pots cassés » comme dirait Dominique. Le plus intéressant réside dans les explications, bonne introduction à la visite de la ville phénicienne. Difficile de tout assimiler. Je retiens quelques bribes : le nom de la roche jaune et friable pleine de fossiles de coquillages : calcarénite. Aussi l’appareil caractéristique des maisons puniques avec leurs longs blocs levés verticalement comblés par des moellons plus petits .La deuxième salle contient une galère carthaginoise presqu’entière, dans un très beau décor d’amphores de toutes provenances. Cylindriques, venant de Tunisie, plus arrondies, les Grecques, venant de Turquie, d’Espagne, de Gaule …Dans une vitrines, des anses cassées, cela paraît anodin. En regardant mieux, on voit imprimé, le sceau, la provenance, une mine d’information pour les archéologues. Cela fait rêver
Route du Sel…
Embarquement pour l’île de Mozia
L’averse a cessé. Nous retournons L sur la Route du Sel sous le ciel bleu. A la sortie de Marsala, un joli port de pêche, plein de petites barques multicolores. Les salines sont bien entretenues, entre les bassins les petites levées sont soignées construites avec de jolis blocs de pierre es tas de sel sont recouverts de tuile, les moulins ont gardé leurs ailes.
Mozia
Nous embarquons pour Mozia devant un beau moulin dans une vedette blanche qui s’engage dans un chenal avant une courte traversée de 5minutes.
Au temps des Phéniciens la ville était reliée au continent par une digue pavée. Le niveau de la mer était plus bas de 50 cm, la grande île de Stagone était une presque île. Mozia était une île au milieu d’un golfe fermé. Pour protéger la ville, la situation insulaire n’était pas suffisante. Tout le pourtour était fortifié d’une épaisse muraille renforcée par de nombreuses tours. Les envahisseurs étaient les Grecs de Syracuse (397 av JC).
Nous négligeons le petit musée pour profiter de l’embellie et parcourons l’île sous un soleil radieux. De nombreux plans et panneaux sont à la disposition des visiteurs. Les fouilles ne sont pas mises en scène pour les touristes. Nous traversons l’île par une belle allée de vieux oliviers et découvrons par hasard le site au nom énigmatique de Cappidazu .les fouilles sont protégées par des tôles et des toiles, les explications sont plutôt destinées aux spécialistes. Nous ne devinons pas ce qui pouvait bien se passer au Cappidazu. Les anthémis jaunes, les épais trèfles aux inflorescences énormes presque des grappes, les chardons bleus, les fenouils fleuris avec leurs grosses boules, jaune acide forment un tapis coloré.
la ville phénicienne
Nous aurons plus de chance à la « cité industrielle » quartier des potiers, des teinturiers et des tanneurs situé à l’extérieur de la ville pour ne pas polluer de leurs fumées et de leurs odeurs les quartiers résidentiels (on pense à Fès ou à Marrakech). Dominique trouve une très belle coquille qu’elle me donne : un murex. Peut être a t il servi à teindre les étoffes de pourpre ? Sans le vouloir, nous ramassons un petit fragment de l’histoire de Mozia.
Nous parvenons à la Porte Nord. On reconnaît bien les tours de garde, la poterne et les traces de roues dans la dalle calcaire. Dominique se prend au jeu du repérage mais s’intéresse moyennement aux explications historiques. Nous commençons à nous sentir moins désorientées. Nous suivons un sentier côtier trouvons une curieuse nécropole avec de petites urnes de pierre rectangulaires avec leurs couvercles, noyées dans les fleurs pas de stèles, elles sont au Musée.
Le Tophet, lieu de culte et des sacrifices d’animaux et d’enfants gardera ses secrets.
Nous trouvons un joli endroit pour manger de délicieux arancine aux épinards et à la ricotta.
Enfin, nous arrivons au Cothon, petit bassin rectangulaire relié à la mer par un chenal du côté de la porte sud. D’après nos sources il servait de débarquement des marchandises, le chenal peu profond ne laissant entrer que de petites barques. Pourtant la galère de Marsala était de bonne taille.
Devant la maison des mosaïques, nous avons ramassé de l’aloès. La tempête de vendredi a fait des dégâts de magnifiques pins sont déracinés et les aloès décapités.
l’éphèbe énigmatique
Le Musée ouvre en principe à 15h, mais comme nous sommes les seules visiteuses on nous laisse entrer avant. A l’entrée se trouve l’Ephèbe de marbre que je connais déjà par la lecture de Fernandez. Il imagine qu’il s’agit d’un androgyne à cause de sa robe légère plissée féminine. Les ephébes étaient représentés nus et les femmes habillées. Dans les autres salles beaucoup de « pots cassés ». Plus intéressantes :les stèles qui montrent des personnages originaux très différents des Grecs avec des coiffures plutôt égyptiennes A côté de ce musée moderne, les collections Whitaker . Le personnage de Whitaker fait penser à Schliemann.
Nous quittons Mozia sous une pluie battante, le retour se fait par les itinéraires connus sous un ciel bien gris.
Il fait bien gris. Peut être est ce dommage de découvrir le site sous le mauvais temps?
Nous sommes les premières au guichet, on nous laisse entrer avant l’heure. Le site est à nous !
A trois minute à pied de la maison, sur le plateau de Marinella : trois temples E F G/ Cette dénomination paraît un peu rébarbative, nos livres sont peu prolixes en renseignements.
Les fleurs font un décor coloré. Pâques est vraiment la plus belle saison pour les ruines archéologiques, nous pensons à Volubilis et à Paphos, l’an dernier. Même si le beau temps est loin d’être garanti.
le temple E, (celui d’Héra ?) est le plus complet : ses colonnes ont été relevées. C’est un grand temple dorique assez massif du Vème siècle de pierre jaune très érodé. Pas de décor, les métopes sont à Palerme.
Les temples F et G sont des amas de ruines. Les deux colonnes du G – attribué à Phébus Apollon- sont colossales.
Au début, difficile de retrouver les temples, d’imaginer leur silhouette. Nous sommes plus sensibles au paysage et aux fleurs.
Une jolie promenade d’une vingtaine de minutes nous mène à l‘Acropole. La silhouette du temple D se détache sur le ciel. Au lointain, des collines bleutées. Au bord de la mer très verte, les cubes jaunes, ocres, blancs du village de Marinella s’étagent au flanc de la colline.
Si le temps avait été plus ensoleillé, nous aurions pu nous arrêter, j’aurais aimé dessiner. Nous nous promettons de revenir par un meilleur jour faire des photos.
Acropole
L’Acropole n’est pas très haute, d’imposantes fortifications l’entourent. Dès notre arrivée sur le site, nous avons la bonne surprise de trouver de nombreux panneaux explicatifs qui animent notre visite. Le jeu de repérage que nous pratiquons toujours, nous amuse toujours autant. Il nous faut identifier 5 temples, la Stoa, les maisons carthaginoises, la grande forteresse au nord.
Je lis avec attention les notices. L’une explique l’évolution de la construction des temples doriques, d’abord à colonnes monolithiques puis à tambours. Les proportions changent avec l’écartement des colonnes .C’est affaire de spécialistes, mais cela aiguise le regard.
D’autres panneaux détaillent l’histoire de cette grande cité. 409, grande bataille contre Hannibal et les Carthaginois. J’essaie de grappiller quelques renseignements des guides cornaquant les groupes de touristes.
L’une d’elle raconte le culte de Baal dans une sorte de labyrinthe à ciel ouvert le Tophet. Une statue de Baal a les bras articulés. On déposait un enfant dans les mains du dieu, actionnées par un mécanisme qui précipitait l’enfant dans le vide. Des études dans la nécropole de Mozia montrent une anomalie, une proportion très basse d’enfants alors que la mortalité infantile était sans doute élevée. Cette observation s’est répétée dans l’étude d’autres sites puniques. Les études récentes des cendres des sacrifiés à Salambô en Tunisie montrent que les enfants sacrifiés étaient très jeunes, parfois des fœtus. L’hypothèse actuelle est que ces « sacrifices humains » seraient plutôt des dons d’enfants morts naturellement. Ce qui expliquerait l’absence d’enfants dans les nécropoles. Je suis contente d’entendre parler des Carthaginois qui semblent très présents dans cette région de la Sicile : à Erice nous avons vu les fondations des murailles, à Trapani, les Phéniciens introduisirent les maris salants. Invités inattendus dans nos vacances.
Malgré un ciel très menaçant nous continuons l’exploration du site en quittant l’acropole pour chercher le temple de Démeter ou le Malephoros.
Le sentier descend dans la vallée du petit fleuve Modione (ou Selinon) occupée par des roseaux. Un petit pont l’enjambe. Les hirondelles, très nombreuses volent au ras de l’eau et offrent un spectacle très animé. Le pont est gardé par deux gros chiens blancs. Le berger, abrité dans son 4×4 nous fait signe de passer. Le troupeau de moutons paît derrière le pont.
Nous découvrons un très joli petit site verdoyant adossé à une pente. Sur le panneau, on signale une fontaine que je cherche en suivant une petite rigole taillée dans les pierres antiques. Malheureusement, le nuage très noir crève. Quand nous rentrons à la maison, nous sommes trempées. Heureusement nous pouvons nous sécher et manger un repas chaud.
Après midi à Castelvetrano sous la pluie
Nous tournons longtemps dans les rues laides, désertes et mouillées, de cette petite ville. Au centre, une rue animée, un petit quartier piétonnier : une petite place le Vieux Palais, une belle fontaine de la nymphe. La Chiesa Madre a un très beau portail finement décoré. A l’avant du chœur, je remarque une sorte de rideau qui descend du plafond ajouré de sculptures de stucs, angelots blancs.
l’éphèbe de Sélinunte
Le Musée civique de Castelvetrano est composé d’une salle unique bien présentée. L’attraction majeure est une petite sculpture de bronze originale : un éphèbe trouvé à Sélinunte. Autour, dans des vitrines, des céramiques grecques bien présentées. Anachronique mais très belle, une madone de Laurana en marbre très fin.
Nous tournons longtemps à la recherche de la petite église de la Trinité, en vain. Nous revenons à Selinunte avec un très joli paquet, beau papier, faveur dorée contenant de bons gâteaux : les croissants à la crème que Dominique attend depuis le début du séjour. Et des cannoli à la ricotta pour moi. Castelvetrano nous a laissé une mauvaise impression, petite ville mal fichue avec des quartiers pauvres très laids. Dominique la trouve déprimante.
9h30 le propriétaire me rend la caution amputée de 30 Euros pour les draps et le linge . Je proteste : « A ce prix, j’aurais pu en acheter des neufs ! »
La route du Sel
Autoroute de Trapani, une bretelle va plus au sud et nous trouvons la route du Sel.
Les îles de Stagone et Mozia sont très proches du rivage. Les tas de sel sèchent sous des tuiles rondes poreuses , en pyramides régulièrement alignées le long de la route . Les moulins forment des alignements en diagonale. Certains ont gardé leurs ailes en bon état mais sans les voiles. La route suit le littoral jusqu’à Marsala .
le sel sèche sous les tuiles rondes
Entre Marsala et Mazzara del Vallonous cherchons une plage pour déjeuner. et nous arrêtons derrière Pétrosino. Nous montons sur l’autoroute pour éviter Mazzara et en sortons à Campobello di Mazzara, bourg désert, peu attirant et plutôt sinistre sous le ciel gris à l’heure de la sieste.
Arrivée trop tôt à Sélinunte
Notre maison, cube rose évidé pour un balcon et un escalier de marbre extérieur est via Castor e Polluce. Il faudra attendre l’arrivée des propriétaires fixée à 16 h.
Autant essayer de faire les courses à Castelvetranoplus joli que Campobello, belles églises, belles maisons. Par chance quelques magasins ouverts.
A 15h30, nous sommes de retour Via Castor e Polluce. Les propriétaires sont ponctuels et charmants. Antonella a une allure très soignée, coiffure moderne avec des mèches rouges, une veste à revers de fourrure (genre renard, sans doute faux) Stefano ressemble à un pêcheur ou à un paysan.
La maison est immense, 110m2, salon deux chambres, belle cuisine. Les pièces sont vastes, l’ameublement est moderne, sobre .Tout reluit. Les lits sont faits avec des draps brodés. Tout le confort est prévu, belle vaisselle surtout une batterie de cuisine qui fait notre admiration.
Antonnella me fait découvrir Marinella di Selinunte à bord de leur Alfa Roméo. Il y a tout sur place : épicerie, fruitier, une belle boucherie. Nous demandons conseil aux dames de l’Office du Tourisme, très aimables. Il y a tant à faire dans la région qu’une semaine n’y suffira pas.
Les marais salants se trouvent au sud de Trapani vers Marsala. Le vent a chassé les nuages .Un Musée du sel est installé à la Contrada Nubia dans un bâtiment bas couvert de tuiles surmonté d’un moulin à vent portant encore ses ailes. En attendant l’ouverture du musée, nous faisons le tour d’un bassin agité par la tempête. De belles giroflées bleues violettes donnent une note de couleur supplémentaire. Difficile de faire des photos, le vent me déstabilise, elles seront peu être floues.
Le Moulin
le moulin
Visite guidée du musée : les salines datent des Phéniciens il y a 2500 ans.
Le moulin avait un double rôle dans le pompage de l’eau et dans le raffinage (pour faire tourner la meule qui écrase les gros cristaux. La conférencière, jupe longue et grande étole, nous explique comment l’eau piégée dans les grands bassins y reste sept jours avant d’être montée dans les bassins de moins en moins profonds, passant dans quatre séries de bassins. Un mois est nécessaire pour la cristallisation.
Ici, intervient un épisode comique. Deux familles italiennes suivent la visite, deux messieurs, l’un jeune, l’autre plus âgé de belle prestance. Le jeune est un âne. Déjà, lorsque la guide avait mentionné le pompage il n’avait rien compris. Elle avait répété « pomper, aspirer, quoi »- « Aspirer quoi ? » »Aspirer quoi ? »-« Eh bien l’eau ! »Le monsieur aux cheveux blancs avait montré sa science et la pompe : « une vis d’Archimède » ce qui avait cloué le bec à l’âne. Il faut un mois pour obtenir du sel, on peut donc faire 4 récoltes en un été
L’obtus la contredit« Mais non, puisque qu’un bassin se vide en une semaine, on peut faire une récolte par semaine » – la guide recommence : « 4 bassins, 4 semaines cela fait un mois, c’est mathématique » ; son contradicteur insiste. Elle recommence pour une troisième fois, en haussant le ton. « C’est la première fois que quelqu’un ne comprend pas quelque chose d’aussi simple ! » Le ton monte encore. Je crois que je vais être saisie par le fou-rire. Les dames sont hilares. La conférencière recommence. Le monsieur cultivé veut mettre tout le monde d’accord, dit que chacun a raison. C’est du plus haut comique. En France, ou ailleurs, je n’ai jamais vu contredire un guide. Les gens écoutent attentivement ou distraitement, posent parfois une question pour étaler leur érudition mais jamais n’attaquent avec une telle véhémence et surtout une telle obstination. Je pense à ce berger de SuperDévoluy se plaignant du peu de questions posées par les touristes. La guide aurait dû expliquer que si la première arrivée de sel au bout d‘un mois ne pouvait être récoltée chaque semaine. Seulement 5 cm se forment, il en faut 30 pour racler le bassin.
Nous ne pouvons pas monter au moulin à cause du vent. Arrive le meunier, le vieux propriétaire du moulin. L’obstiné commence son interrogatoire « Est-ce vraiment une tempête exceptionnelle? » . Le meunier est moins affirmatif mais il prédit du mauvais temps pour la fin de la semaine. Soupirs appuyés de toute l’assistance. Le meunier revient à la pompe. Bien que je connaisse depuis longtemps le principe de la vis d’Archimède »e je ne l’avais jamais vu fonctionner. C’est une coïncidence de faire sa connaissance en Sicile, patrie d’Archimède. L’âne ne comprend pas si c’est la vis ou le tube qui tourne. Le monsieur aux cheveux blancs lui explique « c’est comme une bétonnière, avez vous vu une bétonnière ? ». Quand le meunier affirme que 21 m3 d’eau peuvent passer d’un bassin à l’autre en une minute au rythme de 70 tours à la minute, c’est le monsieur distingué qui conteste. Les voilà à calculer le pas de vis, le volume du cylindre. Tout le monde s’emmêle entre les tours à la seconde et les tours à la minute, entre les m3 et les litres. Les voilà convertissant, oubliant ou rajoutant des zéros. L’ignorant bée d’admiration « Vous êtes ingénieur ? » Je m’éclipse dans la confusion des nombres. Dominique attend dans la voiture. Ce qui était une aimable comédie tourne au pensum. Comment calculer de tête un volume de cylindre et un débit sans papier ni crayon ? J’ai raté la fin de la visite mais il se fait tard ? En tout cas, j’ai eu un spectacle fort divertissant.
Retour à Trappeto sous le soleil. J’avais pensé qu’en rentrant dans les terres il y aurait moins de vent. J’avais oublié les viaducs de l’autoroute panoramique. Les très grosses voitures roulent normalement, les petites au ralenti. Dominique se cramponne au volant. Elle me maudit d’avoir préféré l’autoroute à la route. A Alcamo le trafic est dévié, accident ? Ou précaution ?
Quand nous arrivons à la maison le vent est complètement tombé, la mer est lisse, sans une ride, la terrasse est ensoleillée. Notre lessive est tombée juste sous le séchoir. Nous profitons une dernière fois de notre belle vue. J’attends sur la terrasse que la grosse boule jaune du soleil disparaisse derrière les crêtes. La soudaineté du coup de vent nous a étonné.
Le ciel est gris uniforme. Pas une ride sur la mer. Les pêcheurs jettent leurs filets près de notre plage. Dominique appelle de ses vœux le vent qui disperserait les nuages.
L’autoroute de Trapani, distante de 50 km, court le plus souvent sur des viaducs dominant les vallées. La vue est merveilleuse. C’est beaucoup plus agréable que sur nos autoroutes françaises, en creux protégées par des remblais et de la végétation qui cache le paysage.
La ferme sur son éperon rocheux est toujours aussi spectaculaire. Nous traversons une campagne très verte plantée pour moitié de vignobles, pour moitié de champs de céréales mais aussi de fèves en fleurs. Quelques oliveraies. Le relief devient accidenté. Trois tunnels pour franchir les collines.
Trapani, par temps gris
Trapani, Musée Pepoli
Trapani est une grande ville. Les faubourgs sont plus étendus que prévu. Premier arrêt devant le Musée Pepoliinstallé dans un ancien couvent de carmélites à côté de l’église de l’Annunziata.
Le couvent ressemble plutôt à un palais baroque. Le cloître est entouré de hautes arcades, il est planté de hauts palmiers et d’orangers. Au rez de chaussée, je retrouve les sculptures des Gagini : le Franciscain de Palerme avait bien expliqué qu’il s’agissait d’une famille. Le plus ancien, venu de Livourne, est arrivé en Sicile à la fin du 15ème siècle. La plus belle statue est un San Giacomo (Saint Jacques) plus épuré que ceux que nous avons vus à Compostelle.
L’escalier
Le chef d’œuvre architectural de ce couvent est un escalier ! Théâtral, digne d’un opéra : la rampe est décorée d’incrustations de marbre polychrome aux motifs compliqués. Les balustres de marbre vert sont finement ciselés. Une autre rampe est curieusement creusée dans le mur, elle aussi en marbre vert toute en courbures .On imaginerait plutôt les divas descendant l’escalier (festival de Cannes) que les religieuses en habit.
Les salles du premier étages sont celles d’un palais, plafond blanc, nous sommes quand même dans un couvent, mais avec des stucs : angelots, nuages et religieux en soutane. Nous passons assez rapidement à travers la galerie de tableaux. Toujours la même impression : les primitifs du XIIème et XIV même Xvème me séduisent, les yeux révulsés, les couleurs sombres des tableaux classiques ne me plaisent pas du tout. Dans une salle, des paysages aux ruines antiques romantiques sont datés des années 1700. Il faudrait que je me documente sur les dates du début du Romantisme !
Crèches
Finalement, ce qui me plaît le plus, ce sont les crèches anciennes et les santons du XVIII et XIXème, certains en bois peint, d’autres habillés comme des poupées en habits contemporains. Marie et Joseph en habits de cour ! D’autres crèches miniatures sont en corail et en ivoire. Le travail du corail est une spécialité de Trapani. Des compositions avec des ormeaux nacrés, des brins de corail, de l’ivoire et des perles sont de pures merveilles. Crèches précieuses avec des portiques et des colonnes antiques dorées, compositions compliquées rappelant certaines icônes crétoises où toute l’histoire sainte est figurée en scènes miniatures . On reconnaît la construction d’une tour de Babel en corail, l’entrée de Jésus dans une Jérusalem d’ivoire, la construction d’une Arche de Noé. Au centre un Jésus d’ivoire en ascension au dessus du sépulcre de pierres précieuses. Tout cela haut d’une quarantaine de centimètres !
majolique
Autre spécialité de Trapani : la majolique. Le carrelage du sol d’une église fréquentée par des pêcheurs montre le plan de Trapani avec sa baie en forme de faucille (drepanon, la faux, a donné son nom à Trapani). Départ des pêcheurs et une très réaliste mattanza (pêche au thon traditionnelle. Les gros poissons sont prisonniers dans la nasse encerclée par une foule de barques de thoniers ;
L’Annunziata
L’église de l’Annunziata est très vaste, intérieur blanc et gris, pas trop surchargé, plutôt froide et ennuyeuse. Derrière le chœur, les chapelles sont plus intéressantes. Une Madone de marbre est très réputée. La chapelle est magnifiquement décorée de marbres marquetés. Equivalent religieux de la décoration de la salle des glaces de la Villa Palagonia. Des lampes orientales sont suspendues comme dans une mosquée. L’ensemble est éblouissant, mais difficile d’y jouer les touristes. Cette Vierge est très vénérée, plusieurs hommes sont en prière . Il serait malvenu de s’attarder trop longtemps pour faire des photos (comme à Santa Caterina à Palerme) Je n’ai pas réussi à débrayer le flash. Dominique s’enfuie de honte. Une autre chapelle est insolite : la chapelle des pêcheurs et celle des marins. Pièces toutes simples décorées de tableaux naïfs, bateaux en perdition sur une mer agitée de vagues blanches. Une femme est en dévotion, elle se recueille, touche une plaque.
Lorsque nous sortons du Musée, le vent s’est levé .Dans les palmes, il fait un bruit effrayant. J’imagine que les palmiers amplifient l’impression de tempête.
Tempête
Trapani est construite sur une flèche qui avance dans la mer. Dans la vieille ville, nous voyons la mer de chaque côté des rues transversales au corso. Elle ressemble à la mer des ex-voto : bleue marine zébrée de lames blanches. Quelques petits bateaux rentrent au port dans l’écume blanche. C’est la tempête.
Les Mystères
les mystères de Trapani
Nous laissons la voiture sur un vaste parking et nous dépêchons de rejoindre la Chiesa del Purgatorio où sont déposés les Mystères : groupe de statues représentant la Passion que l’on promène toute la soirée et la nuit du Vendredi saint. Dominique Fernandez a écrit un chapitre entier à leur sujet et a aiguisé ma curiosité ? Comme dans le livre, l’église est fermée. Pourtant les horaires placardés sur la porte sont les bons. Je vais me renseigner dans les boutiques voisines ? Le vieux fleuriste debout sur le pas de sa porte me dit que c’est fermé pour nettoyage, je m’étonne, il mime le balayage. Entre-temps la porte s’ouvre devant Dominique. J’accours. Les nettoyeurs sont là, raclette sur un long manche, ils grattent le carrelage. Nous faisons quelques pas en avant, « Non, c’est fermé, revenez cet après midi ! » Nous regardons donc de loin les groupes de statues très réalistes dans une église vide qui fait un peu hangar.
Promenade dans le centre
Nous nous promenons au hasard dans les rues très calmes, les rues principales : Corso Italia, Corso V Emmanuele ou Via Garibaldisont bordées de palais aux balcons en arceaux. Les petites ruelles sont plus agréables pas de voitures et surtout pas de vent. Vers la pointe de la flèche les maisons sont plus simples, toutes pareilles, sans balcons ni ornement. Les façades sont peintes de très belles teintes ocre, jaune, beige, sable parfois rouges. Seules les lanternes de l’éclairage public se détachent sur ce camaïeu aux couleurs du désert. Une digue est terminée par une tour carrée : la Tour Ligny. La mer est déchaînée. Pour rentrer, nous essayons de suivre les quais du port : Bateaux de pêche, ferries pour les îles Egades et même quelques très gros bateaux. Le vent projette du sable et même des petits cailloux. Des Vespas sont renversées. Nous tenons à peine debout, peinant pour avancer. Si on se réfugie dans les ruelles, j’ai peur que les inévitables échafaudages ne s’écroulent sur nous. Cela ressemble à un vent de sable au Maroc ou au khamsin. Peut être est ce le sirocco qui vient de Tunisie ?
Nous cherchons les ruelles en lacis du casalicchio « quartier arabe » aux ruelles tortueuses mais pas arabes. Puis, la Giudecaet le palais original au bossage en pointe de diamant et aux fenêtres Renaissance presque manuelines.
Dans un bar, Dominique achète un arancini. Je ne sais quel panino choisir tellement ils sont appétissants. J’élis jambon blanc, mozzarelle, artichaut confit rehaussé de quelques brins d’une sorte de pissenlit amer et très parfumé. Nous les mangeons à l’intérieur de la voiture sur la digue de la Tour Ligny devant une mer démontée. Je repense à la femme de la chapelle des marins. Peut être savait elle que la tempête allait se lever et son mari ou son fils étaient ils en mer ?
Il fait un temps magnifique. Six barques de pêcheurs sont sous nos fenêtres, ils ont installé un filet rond.
Nous partons en short pour la réserve de Zingaro située juste après la Tonnara sur le petit cap qui sépare Scopello de San Vito lo Capo sur une montagne très sauvage, escarpée et aride.
Le droit d’entrée de 3 euros, on nous donne une carte au 1/25.000ème. Nous choisissons le chemin côtier de 6 km très bien entretenu. Les poubelles en vannerie sont recouvertes d’un rectangle de canisse.
Jusqu’à une période récente, le cap était habité. Les petites maisons cubiques de pierre ont gardé leurs toits de tuiles rondes.Les vergers d’amandiers et d’oliviers sont bien entretenus . On a installé des petits musées dans les maisons : centres d’interprétation de la faune et de la flore, écomusée des contadini.
Botanique
Cette promenade rappelle le chemin des Bains d’Aphrodite à Chypre, en moins spectaculaire mais aussi fleuri.
orchidée
C’est un ravissement de marcher dans ce parterre fleuri de toutes les couleurs, soucis oranges anthémis jaunes, moutarde jaune acide, dans les bleus je reconnais les chardons, les myosotis mais d’autres sont inconnues, je dénombre au moins 5 espèces de trèfles, incarnat, rose, bleu, deux variétés de luzerne, des lotiers jaunes et rouges, des orchidées violettes très foncées presque noires, une sorte de sauge à petites fleurs bleu très pâle formant des buissons. Les fenouils commencent à fleurir, de grosses crosses font une gaine autour de la hampe florale.
asphodèles et glaïeuls roses
Je craque de ravissement devant les glaïeuls roses et les tout petits iris bleus. Les euphorbes forment de gros buissons avec des troncs comme de petits arbres. Leurs fleurs jaunes forment une grosse boule. Quelques caroubiers portent déjà leurs gousses vertes bien formées. Les lentisques viennent de débourrer, leurs feuilles sont encore fines et rouge orangé.
palmier endémique
L’arbre le plus répandu est un palmier nain qui pousse en groupe. Les plus hauts atteignent à peine 2.50m, ce qui est vraiment très bas pour un palmier ! Je reconnais les mêmes feuilles que notre palmier de Créteil. Quelques années auparavant, un incendie a ravagé la Réserve. Les grands arbres ont souffert, on voit des troncs calcinés. Curieusement les petits paliers ont leurs troncs noircis mais leurs palmes en éventail ne semblent pas avoir brûlé.
halte dans une petite crique
Parties à 9h15, nous nous installons vers midi dans une petite crique après avoir marché seulement 5 km selon la carte . Ne jamais se fier aux distances sur ces petits sentiers qui montent et descendent ! Ecomusée des contadini
Avant le déjeuner nous visitons l’écomusée des contadini. Un vannier fait une démonstration des différentes techniques de fabrication des paniers. La matière première est principalement fournie par la feuille des petits palmiers. Séchée, elle forme des balais (scopa, décidément après l’escobar cubain, je suis confrontée à ce mot dans toutes les langues alors que les méthodes le négligent). On peut tresser ses fibres en bandes de 5 à 7 cm de large que le vannier coud ensemble sur une forme de bois rectangulaire (un cadre tout simple). Pour coudre, il utilise une ficelle qu’il fabrique lui même en torsadant les fibres du palmier. Un groupe de touristes allemands assiste à la démonstration, certains s’essaient au tissage. Les paniers souples servent aux provisions, à la nourriture des mules, et aux sacs des chargements de ces animaux. Il tresse aussi des paniers ronds profonds pour les olives, et les amandes de longs paniers étroits pour le séchage de la charcuterie et du fromage. Ces paniers rigides sont faits d’osier mais aussi d’olivier. Les cannes des roseaux sont tressées en nattes. Une de ces nattes rigides enroulée forme le petit silo à grain avec une ouverture carrée en bas que Dominique avait pris pour une chatière.
Dans une autre pièce des outils et des photos en exposition expliquent le travail de la terre : labours, semis, moisson et battage des grains. Les objets sont très beaux et bien présentés.
Une crique blanche nous invite au pique-nique. L’eau limpide me tente. La descente est raide, il faudra remonter au retour !
Nous sommes un peu déçues de voir la crique déjà occupée, deux ou trois couples arrivés avant nous se baignent malgré la fraîcheur de l’eau . je me contente de rentrer dans l’eau jusque aux genoux . Dommage que j’aie oublié mon maillot. Je ne pense pas que j’aurais réussi à me plonger entièrement dans l’eau glacée.
Je reste dessiner les petites maisons blanches d’Uzzo et la tour en ruine. Un bel eucalyptus est planté devant la maison, es agaves et des figuiers de barbarie poussent de côté. Au dessus, une belle amandaie.
Vers 15h, le ciel s’embrume et se voile, la mer devient laiteuse pastel, vert pâle.
De retour au gîte, nous nous installons sur la terrasse dans une sorte de camaïeu de gris, la côte estompée par la brume. Les crêtes bleuâtres se détachent sur le ciel gris mais le rivage est flou. Mer et rivage se confondent. Pas une vague ne vient rider la surface lisse de la mer. Sur notre plage, un petit clapotis remplace la rumeur des vagues. Un tout petit liseré d’écume blanche frange le sable. Fera t il beau demain ? Cela n’empêche de faire une grande lessive.