De Ravenne vers le Delta

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L’option de rendre la ville piétonnière a été poussée à bout. Les voitures sont des intruses même là où elles peuvent rouler. La signalisation n’est pas pour elles. Cyclistes et piétons revendiquent la préséance et ne se laissent pas doubler.

La Romea, route Ravenne-Venise est infestée de camions.

Première tentative de la quitter pour rejoindre la mer. Une bande de forêt classée Natura 2000 borde la route et la plage mitée par les lidi à urbanisme approximatif. On se trompe et se retrouve à la limite de Ravenne non loin de l’embarquement des ferries pour la Croatie.

Deuxième essai un peu plus loin au nord. Les accès à la plage ont été goudronnés, chacun mène à un restaurant qui gère le parking et les installations de plage. Heureusement le 14 avril,  la plage est encore sauvage. Coquillages, bois flottés, algues et laissées de l’hiver n’ont pas encore été balayés. Mais cela commence ! Des africains avec des brouettes emportent les laissées indésirables. Pour Pâques, s’il fait encore beau, les lidi s’animeront et la plage deviendra détestable ! En attendant, je me livre à ma marche pieds nus à la lisère de la vague. L’eau est fraîche et les coquillages coupants. Je ne reste pas longtemps pieds nus dans l’eau.

Notre nouveau gite, Prato&Pozzo,  est bien différent du palais de Ravenne. C’est un bungalow dans un centre hippique qui est aussi un Centre d’observation des Oiseaux. Nous sommes en pleine Réserve Naturelle. Il suffit de marcher 100m et nous entrons dans le premier affût le long d’un bassin. Les limicoles sont nombreux. Un grand héron blanc arpente les bords d’une pièce d’eau. Le bassin suivant est rempli de plantes aquatiques ; l’eau est si immobile que la surface est un miroir. Les hirondelles qui volent bas s’y reflètent. Avant d’arriver, nous avons vu des flamands roses (pas très roses), trois spatules, des aigrettes ainsi que des canards variés, colverts et tadornes. Les tamaris en, fleurs font des haies roses très légères.

Comacchio

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La route de Comacchio longe une grande étendue d’eau tranquille comme un lac. Une lagune ? Saumâtre ou eau douce ? On le saura demain !

Comacchio a un air de Venise avec ses ponts aux arches bombées. Venise bien simplette, des barques de pêcheurs en guise de gondole. Des maisons d’un étage aux façades jaune vif, jaune pâle, vert amande. Sur les bords des canaux des restaurants proposent la spécialité du pays : l’anguille. Les monuments de brique paraissent disproportionnés, l’église est immense et son campanile très haut. La tour de l’Horloge est imposante. A Bologne, les tours étaient carrées, à Ravenne, rondes ici elles ne sont ni carrées ni rondes un peu des deux octogonales à la base.

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Je visite un musée consacrée aux bateaux romains, en vitesse, il est déjà tard.

Delta du Pô : Abbaye de Pomposa

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Sur la Romea, on  dépasse Comacchio et ses lidi quelques km plus loin le haut campanile de l’abbaye de Pomposa se voit de la route. L’église fut d’abord construite en 751 jusqu’en 874, et agrandie au 11ème siècle. Le campanile date de 1063. Comme à Ravenne,  les ouvertures sont de plus en plus grandes vers le haut. Il ne s’agit pas d’esthétique mais d’alléger la construction. Le terrain du delta est peu stable, les tours moyenâgeuses ont une fâcheuse tendance à pencher.

L’intérieur est couvert de fresques de Vitale da Bologna sur trois registres : en haut l’Ancien Testament, au milieu la Vie du Christ en bas autour des arches : l’Apocalypse, le plus original avec ses monstres à plusieurs têtes. Les groupes de scolaires se succèdent.

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jugement dernier, l’Enfer

 A la tête de l’un d’entre eux, un conférencier pédant donne un cours d’astronomie médiévale. Les enfants sont sages, je ne sais si cela les intéresse, moi oui. Il rappelle que les églises ne sont pas orientées au hasard, mais selon les points cardinaux. De la fenêtre au dessus de l’autel, au soleil levant, le 21 mars, le rayon doit toucher le Christ du Jugement dernier au dessus du portail. Ce n’est pas évident d’atteindre une telle précision compte tenu que les fresques ont été peintes cinq siècle après la première construction de l’église, et de la précession de l’équinoxe. Les scolaires ont-ils entendu parler de la précession de l’équinoxe ? Ce monsieur est également intéressé par les matériaux constituant les colonnes.  Il montre aux enfants la pierre de Vérone rose, le marbre grec blanc, le granite. L’église est une véritable collection de colonnes romaines, corinthiennes, byzantines ou médiévales. L’utilisation de la feuille d’acanthe témoigne de ces différences

Dans une chapelle, des documents tentent de prouver que l’inventeur de la gamme, Guido Monaco, n’était pas d’Arezzo comme je le croyais mais de Pomposa.

Dans la salle capitulaire  il reste une fresque du style de Giotto. Des panneaux racontent le déclin du monastère : en 1152 le Pô sortit de son lit inondant les terres. Ce changement géographique fut fatal au monastère. Au 11ème siècle il y avait là 100 moines, il n’en restera plus que 10 en 1306. Il fut complètement fermé en 1663. A l’abandon, il devint même un hangar pour le matériel agricole.

Des jardiniers  plantent des bordures originales  qui sentent très bon, mélangeant thym et impatiens, 8 plants de thym et 12 fleurs.

Delta du Pô : Goro, Gorino, Mesola Delizia du duc d’Este

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Torre Abate

Coupant par Bosco de Mesola nous trouvons par hasard la Torre Abate (16ème) bâtiment rectangulaire sur un pont de cinq arches, coiffé d’une pièce carrée au deuxième étage. Cette tour contrôlait les écluses. Elle faisait partie des fortifications de la muraille d’enceinte du château de Mesola. Nous avons raté la Tour Palu. La route longe le Pô sur une levée jusqu’à Goro, ensuite la circulation est réservée aux bicyclettes et aux piétons (8.9km). La route pour les voitures coupe dans le marais asséché planté de cultures maraîchères et de maïs.

Pique-nique sur le port de Gorino, port double, d’un côté des bateaux embarquent des passagers pour des croisières sur le Pô. De l’autre de nombreuses barques de pêche sont entassées dans la lagune « Valle de Gorino », vasière occupée à la mytiliculture, l’ostréiculture et la pêche des anguilles.

La brochure de l’Office de Tourisme de Pomposa propose une promenade de 4km jusqu’à la Lanterna Vecchia pour les cyclistes et les piétons. Les rares cyclistes ( Suisses) renoncent après quelques mètres. Le chemin n’est pas cyclable. Des bouteilles plastiques salissent l’environnement mais on marche bien. Il est bien tracé et longe la lagune. L’intérêt de la promenade est plutôt l’exercice physique que le paysage monotone tout du long. A droite les roselières cachent le Pô tout proche (j’entends les micros des bateaux de promenade. A gauche les marais et les vasières qu’arpentent quelques aigrette garzettes et hérons avec bien sûr les inévitables goélands. Le restaurant à la place du vieux phare a brûlé. Au bout de 40 minutes je me décide à rentrer.

Le soleil tape dur. J’ai tombé la veste, noué mon pull à ma ceinture. Le soleil a éveillé des millions de moucherons et mouches qui m’escortent et me harcèlent. J’essaie de les disperser avec forces moulinet.

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Chateau de Mesola

photo googlearth Claudio Pedrazzi

Le château de Mesola flanqué de ses quatre tours est visible de la route. Edifié en 1578 par le Duc Alfonse II, dernier duc d’Este – maitre de Ferrare – on lui donne le nom de Delizia à ce château voué aux plaisirs de la cour de Ferrare. La résidence de Mesola n’était qu’une parmi les nombreuses Delizie. Cependant, cette résidence destinée à la chasse dans la forêt environnante, est une bâtisse carrée aux 4 tours bizarrement placées aux coins. Avec son allure de forteresse et son enceite fortifiée de tours entourant un vaste territoire, on peut imaginer qu’Alphonse avait une idée secrète. On raconte qu’il rêvait d’une nouvelle cité capable  de supplanter Venise. Ce projet ambitieux ne vit jamais le jour. E, 1598, le Duché de Ferrare passa sous l’autorité pontificale. De son côté, Venise détoura le cours du Pô à son bénéfice…

Les errances du Pô ne devraient pas me surprendre : étudiante en 3ème cycle j’avais reconstitué d’’anciens lits d’un fleuve disparu dans les Corbières. Les strates entrecroisées sont des marqueurs de dépôts fluviatiles dans un delta. Les incidences politiques de ces errances n’ont de cesse de m’étonner. Etrange aussi que le Pô empruntait le même lit que le Reno actuel. Un caprice du fleuve mit fin à la richesse de Pomposa. Venise comme Ferrare rêvaient d’en détourner le cours.

Comacchio : Pêcheurs d’anguilles et excursion sur le valle en bateau

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casone des pêcheurs d’anguille

Promenade matinale sur la digue

La route sur l’Argine Agosta, entre Valle de Comacchio et canal, est très fréquentée ce samedi matin. Les pêcheurs sont alignés, sans doute pour un concours.

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Le bateau de 11h est déjà complet. Je réserve pour 15h et nous allons faire un tour sur la digue le long de la saline qui paraît à l’abandon peuplée de nombreux flamands roses. Ces derniers vivent en eau salée ou saumâtre. Les adultes ont le dessous des ailes bien rose, les juvéniles sont moins colorés. En face de l’autre côté de l’eau se détachent les silhouettes des clochers de Comacchio. Un panneau raconte l’histoire de la ville qui passa sous la domination de Ferrare en 1325 puis sous l’autorité du Pape avec le Dévolution en 1598 jusqu’à l’unité italienne en 1858. C’est une belle promenade matinale à pas vifs sous un beau soleil. Je rencontre de nombreux cyclistes. La bicyclette est le mode de déplacement le plus adapté au Delta. Les distances sont trop grandes pour le parcourir à pied. Il n’y a pas de dénivelée. Le vélo passe partout. On peut en louer au musée des Marinati, notre agriturismo Pozzo& Prato en prête.

Manufattura dei Marinati

Les marinati ne sont pas des mariniers comme je l’avais pensé d’abord. Ce sont des marinades. La manufacture, une conserverie d’anguilles, a été transformée en musée. Elle a encore une activité en saison. La rue est bordée de longues arcades jusqu’à l’église des Capucins qui cachent l’entrée de l’usine. Une série de cheminées de brique dépasse du toit, sur le flyer la photo est spectaculaire, nous n’arrivons pas à l’imiter.

La première pièce a une baie vitrée qui donne sur un canal, on a installé une vitrée bleue où sont présentés les barques marota ou marutini : embarcations complètement fermées, fines et plates destinées au transport des anguilles vivantes. Le bois est fendu de nombreuses entailles horizontales si bien que l’eau baigne le chargement. Les anguilles arrivent vivantes à destination parfois très lion jusqu’à Naples. Les pêcheurs se déplaçaient dans des barques pointues et rapides.

Dans la salle suivante tout un mur est occupé par les cheminées où l’on fume les anguilles, préalablement coupées en tronçons et enroulées sur de longues broches horizontales, une douzaine par foyer, superposées. Dans un troisième local les anguilles marinent dans  d’énormes tonneaux de saumure ou de vinaigre. On pèse et conditionne les poissons. La machine à emboîter les conserves fonctionne encore ; La fabrique des marinati reprend du service à l’automne au moment de la pêche à l’anguille. Les quantités ont considérablement baissé.

A l’étage on projette une vidéo des films des années 50 avec des enfants en casquette, des femmes avec les coiffures de l’après-guerre. Les pêcheurs rapportent les anguilles vivantes dans des paniers, tranchent les têtes à la hache, les enfilent sur les broches, les femmes emballent… Il y a aussi des photos du film de Soldati (1955= la Donna del Fiume)

Cabanes sur pilotis

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Pique-nique sous la digue où sont installées les cabanes des pêcheurs qui ressemblent aux trabucchi du Gargano  ou aux carrelets de Gironde, avec leurs filets carrés remontés avec tout un système de poulies, poteaux, câbles. Des passerelles  de planches conduisent aux cabanes sur pilotis. Hier tout était en dormi. Aujourd’hui, samedi, les propriétaires s’activent. Certains pêchent avec leur grand filet et remontent de tout petits poissons argentés dans des épuisettes, d’autres tondent la pelouse autour de l’escalier qui monte à la digue, d’autres encore bricolent. Cette animation serait  très sympathique sans le bruit des moteurs ou des groupes électrogènes.

Excursion en bateau

De loin, le bateau ressemble à un autobus avec sa proue arrondie, son toit et ses bancs parallèles. Les passagers sont tous équipés d’appareils-photos et de jumelles.  Au dernier moment montent les spécialistes avec des téléobjectifs à rallonge. L’un d’eux est des dimensions d’un bazooka, avec le pare-soleil doublé de tissus de camouflage militaire. Dès qu’un oiseau passe, il le vise en rafales, cela fait un bruit agressif. Je n’avais pas pensé au recul. Je reçois le coude du tireur dans la figure et migre au dernier rang. Enfin la naturaliste arrive. Nous partons pour deux heures de promenade !

Les hérons sont alignés  mais les vedettes sont les flamands roses. Leur présence est nouvelle ils viennent de Camargue comme les chevaux du delta. Avocette, aigrettes garzettes s’envolent. La guide s’enflamme : elle vient de repérer les milans. Estivants dans le delta ils arrivent en principe plus tard. Le sirocco de la semaine dernière leur a fait traverser la Méditerranée en avance. Tout le monde grimpe, debout sur les bancs pour prendre de la hauteur et observer les nids des goélands dans l’herbe de la digue, à peine visibles, plutôt herbe écrasée avec deux ou trois œufs verts mouchetés de noir, plus gros que des œufs de poule.

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Le bateau fait halte dans un casone : maison basse crépie de rouge orangé, couvert de tuile sur une île où il sert d’abri aux pêcheurs.. Jusque dans les années 50 ils mettaient quatre heures pour rentrer à Comacchio. La pêche de l’anguille est collective. On la pêche à l’automne, par des nuits sans lune avec du vent en bourrasque. Les pêcheurs qui ne pouvaient rentrer chez eux pouvaient passer plusieurs jours au casone. Nous atteindrons plus tard deux autres casone séparés par un chenal. Dans l’un se trouvait le chef de pêcherie ; Il était même équipé d’un téléphone et la pièce du chef était parquetée, luxe dans le delta où ne poussent que des tamaris arbustifs !

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Dans l’autre casone se trouve une fumerie où nous trouvons les mêmes équipements qu’à la Manufattura ce matin.

La guide naturaliste montre comment on piégeait les anguilles dans un dispositif triple où des poteaux plantés en V permettaient de prendre d’abord le tout venant, puis le poisson blanc enfin les anguilles. Elle raconte le cycle des anguilles qui naissent et meurent dans la Mer des Sargasses. Les prises se raréfient à cause de la surpêche. Dans d’autres pays on pêche les civelles sans attendre qu’elles aient atteint l’âge de se reproduire. Une autre cause plus insidieuse décime les effectifs : toutes les anguilles pêchées seraient femelles. La cause de ce déséquilibre, les œstrogènes des pilules contraceptives mais surtout les phtalates composant des matières plastiques. La guide est intarissable sur els effets nocifs des phtalates dont on vient d’interdire l’usage dans la fabrication des biberons. Selon elle, ils seraient présents dans d’autres plastiques y compris dans les bouteilles d’eau :

          « je ne bois plus jamais d’eau en bouteille. Je filtre l’eau du robinet ! »               affirme-t-elle.

Un peu abattus par ces déclarations, un  peu fatigués et frigorifiés par le petit vent frais qui vient de se lever, nous rentrons sans mot dire. Seules les « photographes » montrent les clichés à qui veut les regarder.

Delta du Pô : un dimanche à la mer

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 Cabane de pêcheur sur le Valle de Comacchio

Tout près de Prato&Pozzo la digue entre le Valle et le canal est équipée de petits parkings, passing places, pour que les véhicules se croisent mais aussi miradors pour l’observation des flamands roses et des chevaliers d’Italie aux longues pattes rouges. Un peu plus loin, en contrebas, le traghetto(bac) fait ses allers-retours. J’avais appris ce mot à Venise, je ne savais pas que le traghetto  pouvait  être un transport plus rustique qu’une gondole comme une plate-forme relevée aux deux bouts. On prie les conducteurs de monter et de descendre adagio ce qui na qu’un rapport lointain avec la musique !

Le village de S. Alberto est bloqué par une fête rurale ; Il est pavoisé aux couleurs italiennes. Le nombre de drapeaux m’étonne. Chez nous, on ne hisse pas les couleurs à sa fenêtre à moins d’être sympathisant FN ou supporter de foot un soir de finale ! Il semble que ce soit différent en Italie, peut être à cause des Fêtes des 150 ans de l’Unité Italienne !

Pour ce dimanche, nous avons envie de mer. Comacchio s’enorgueillit de ses sept lidi. A la jumelle sur la digue du Valle j’ai vu de grands immeubles modernes hideux et je crains le pire ! Au moins, au début avril, les lits de plage n’encombreront pas le sable.

Casal Borsetti construit de part et d’autre du canal que nous avons traversé avec le traghetto . Un pont de bois, arche légère enjambe le canal, utilisable uniquement  par les piétons et les cyclistes. Station tranquille. Le restaurant de plage a sorti son menu (20€) mais ni lits de plage ni parasols. Courte promenade et courses pour le pique-nique. A la sortie, nous traversons un complexe touristique à peine terminé : maisons à étage au toit en berceau  et balcons métalliques, dernier cri à al mode contemporaine, duplexes aux larges baies. A l’agence on voit en projet une marina dans un  canal en colimaçon. Immobilier haut de gamme !

Retour sur la Romea

Nous évitons les premiers lidi que j’ai vus à la jumelle. Peut être aurons nous plus de chance avec les plus éloignés Lido di Scacchi ou Lido delli Nazione ? Immeubles barrant la vue sur mer, pas de promenade lungamare. Quand, par hasard, on aperçoit l’eau entre deux cabines il n’y a pas moyen de se garer ! Théoriquement (sur la carte) on pourrait rejoindre le Lido de Volano sans retourner sur la grande route. Dans les faits les sens interdits inopinés compliquent tout et nous errons dans les villas et immeubles lamentablement. Retour sur la Romea !

Sortie Lido de Volano

On entre dans la campagne, double des cavaliers sur le bord d’un étang ; Nous reprenons espoir. Une bande de forêt protégée par des grillages est entrecoupée d’accès à la plage (ou plus exactement au restaurant qui exploite son morceau de plage). Enfin, dernier chemin, parking possible et une plage libre ! Enfin, pas pour longtemps : de gros engins de chantier – arrêtés aujourd’hui dimanche – sont là pour des aménagements substantiels.

Je médite pendant ma promenade pieds dans l’eau. Puisqu’on est arrivé à chasser les fumeurs des espaces clos, les voitures des centres-villes, il ne devrait pas être impossible de nettoyer les plages de toutes ces verrues horribles tels que palmiers en plastique, igloos multicolores châteaux-forts mauves. On pourrait aussi interdire de bloquer avec des murs en parpaings ou des planches le passage sur le sable. Cette volonté existe-t-elle ? La clientèle du centre-ville historique avec boutiques de luxe, restaurants huppés, magasins d’antiquité, tolère à peu près les limitations de circulation. Les bénéfices des flâneries piétonnières compensent largement les incommodités des livraisons. Les « Italiens moyens » qui « consomment de la plage » n’ont rien à voir avec les bobos à vélo. Quelqu’un a-t-il jamais envisagé une « nationalisation de la plage » ou une Loi Littoral comme en France. En passant je me félicite encore de l’existence de cette Loi Littoral !

Après cette journée de farniente nous rentrons au gite avec tous les automobilistes du dimanche. Même sans les camions de la semaine, le trafic de la Roméa est stressant : files en accordéon, arrêts imprévus et freinages en urgence, sans parler des cinglés qui doublent toute la file en coupant la ligne blanche.

17h30 Retour à Prato&Pozzo. J’emprunte un vélo et retourne sur la digue. Les vélos en libre prêt sont lourds et robustes mais ils n’ont pas de dérailleur. Pour grimper sur la digue je suis obligée de mettre pied à terre. En haut, rouler est un véritable plaisir. Après le  traghetto, la digue est interdite aux voitures. Je pédale sans crainte sur un beau chemin blanc entre canal et anciennes salines où des milliers de flamands roses très bruyants pêchent avec leur fameux bec plongé dans l’eau, avançant à pas comptés.

Menu poisson

La salle à manger de Prato&Pozzo est pleine de clients. Le menu du dîner est spécial : salade de calamars, céleri, câpres, un petit morceau de poisson frit tartiné de crème d’anchois, salade et tomate. La cuisinière passe avec un bol de minuscules crevettes frites dans une pâte à beignets très légères (le menu des flamands ?) On mange tout, tête et queue.

Le risotto crémeux bien jaune aux moules est délicieux.

Secundo piatto : encore du poisson frit merluzza mais aussi minuscules poulpes. Comme chaque soir il y a des pommes de terre ce soir,  accompagnées d’oignons confits entiers farcis de chapelure, sucrés, doux et fondants.

du Delta du Pô à Ferrare

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le traghetto sur le canal

Sur la route de Prato&Pozzo à Ferrare

Au lieu d’aller chercher la grand route à Argenta nous avons suivi la digue,  longé un  canal dans des terrains agricoles. D’énormes canons arrosent les cultures avec l’eau du canal. Blé, pois, asperges qu’on récolte à la main.

 Et toujours ces installations de méthane !  Une recherche sur Internet me le  confirme : on exploite bel et bien un gisement de méthane dans le delta.

On passe Anita appelé ainsi en l’honneur de la femme de Garibaldi qui mourut à Comacchio. Elle ne fut pas seulement la femme d’un homme célébrissime mais également une femme intrépide et combattante.

A Pontemaggiore nous ne trouvons pas le château Delizia d’Este promis par la brochure.

Arrivée à Ferrare

L’arrivée sur Ferrare est facile. Le pont sur le Pô de Volano donne un bon repère pour se situer sur le plan du G. du Routard. Dès qu’on entre dans le Centre historique (interdit aux voitures) commence le casse-tête. Non seulement on a dû être filmé par les cameras, mais encore il y a des sens interdits qui nous empêchent de progresser logiquement. Des passants nous ont tracé un itinéraire mais la rue Mazzini est interdite complètement à la circulation. J’empoigne la valise verte et parcours au pas de course la Via della Vittoria où se trouve notre Pensione delli Artisti. La dame prend son temps pour m’explique sur le plan comment rejoindre le Parking Centro Storico, elle faxera notre numéro d’immatriculation à la police pour nous éviter une lourde contravention. A son insistance à propos du fax, je comprends qu’on a déjà été filmé dès qu’on a pénétré la zone interdite et que l’amende n’est pas une plaisanterie. Heureusement la voiture est garée sur une place destinée au déchargement. Je retourne pour chercher la valise bleue qui roule. Tellement précipitée que j’en oublie le G du Routard et mon cahier sur le comptoir de l’hôtel. Dès l’entrée de la rue je trouve le patron avec un diable qui est venu à ma rencontre.

Les panneaux lumineux du Parking indiquent « Complet ». On insiste. Il reste des places. Le péage est à l’heure 3.2€ au maximum par jour et 1€ la nuit. On peut même louer une bicyclette à la sortie. C’est vraiment très raisonnable !

Lundi est un mauvais jour pour visiter Ferrare : tous les musées sans exception sont fermés. Restent les églises et les extérieurs. La Pensione est très bien placée dans l’ancien Ghetto à 20m de la Via delle Volte, rue moyenâgeuse – aux multiples arches qui l’enjambent – et à deux minutes de la cathédrale et de la belle place Trente e Trieste.

Ferrare médiévale

Promenades historiques

L’Office de Tourisme de Ferrare propose trois promenades historiques balisées.

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via delle Volte

Le circuit médiéval fléché en bleu.

Les arches gothiques de la Via delle Volte permettent le passage entre le dépôt des marchandises (côté Pô de la rue) au magasin (côté ville). Ces ponts me font penser aux villages toscans ou à Mesta (Chios). Mais la communication avait un autre but – défensif. La Via San Romano est bordée d’arcades devant des magasins variés un peu comme à Bologne mais en plus petit. Elle va au marché Piazza Travaglio(près du parking). Il y a donc beaucoup de monde. Et débouche sur la grande place Trente e Trieste où nous découvrons la Cathédrale flanquée de son campanile rose et blanc. La façade latérale de la Cathédrale est sur cinq niveaux au sol des colonnettes forment un passage couvert devant des boutiques sous un étage couvert de toits de tuile. Au dessus une loggia à colonnes, et encore au dessus une autre colonnade très jolie avec des colonnes curieuses, vairés brisées, en zigzag ou couvertes d’une liane de pierre. En haut on voit les tours qui dépassent, massives.

 

Tout autour de la place, de grands bâtiments, certains anciens d’autres reconstruits après les bombardements de la seconde guerre mondiale.

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la cathédrale vue de la place Trente é Trieste

Le parvis de la cathédrale est gardé par six lions et des chimères en pierre de Vérone, marbre rose, qui portent des bestioles bizarres collées à leur dos. Deux lions soutiennent  les colonnes du portail. Les sculptures du porche sont amusantes observés à la jumelle et représentent classiquement le Jugement dernier, superposition du roman (1135 Nicolaus) et du gothique.

Le Château d’Este est superbe avec ses tours carrées, ses créneaux, balustrades, douves. Nous déjeunons à la terrasse d’une birreria installée dans un pavillon de verre et fer (art déco ?) accolé au château. (Salade compose trévise, roquette, frisée, maïs, tomate mozzarella et thon) devant la statue de Savonarole né à Ferrare en 1452. Le personnage de Savonarole ne m’inspire pas tellement de sympathie, réforme contre les abus et la corruption mais surtout intolérance. Au dessus du portail du Palazzo Municipale deux personnages trônent : le duc Borso et le Marquis Niccolo III.

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ancien ghetto via Vittoria

La via Vittoria faisait partie de l’ancien ghetto : au 41 se trouvait l’ancienne synagogue espagnole, via Mazzini la synagogue et le Musée juif (fermés pour cause de Pessah). Je lève la tête pour chercher les balcons en fer forgé des maisons juives ; même réflexe qu’au Maroc dans le Mellah. Le ghetto de Ferrare accueillit les juifs espagnols après 1492. Ici a vécu Béatriz de la Luna, la Senora dont Catherine Clément raconte la vie. Il faudra que je retrouve le livre et que je le relise. Rue Mazzini, sur une plaque gravée, une liste de noms, les déportés.Bassani, dans leRoman de Ferrare a écrit une nouvelle : Une plaque commémorative via Mazini qui raconte le retour de Geo Josz de déportaation en 1945 découvrant son nom sur la plaque « Cent quatre vingt-trois sur quatre cent! »

15h, la Cathédrale est ouverte. Déception. Le bâtiment énorme est très sombre. Une décoration en grisaille ne l’éclaire pas. Systématiquement je visite chaque tableau indiqué dans le guide. Seuls Saint Pierre et Saint Paul de Garofalo (1481 – 1559) échappent à mon humeur grincheuse.

Ferrare : parcours Renaissance

Suivant les itinéraires proposés par l’Office de Tourisme de Ferrare,

Le parcours « ville Renaissance » se déroule au-delà du Corso Giovecca. En face du Castello, le Corso Ercole 1 d’Este rejoint la Porta degli Angeli dans la muraille. Rectiligne, contrairement aux ruelles médiévales tortueuses, il est large, pavé de petits galets ronds entre de hauts palais de brique aux énormes portails soulignés de décors en pierre blanche et aux fenêtres grillagée.

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Dominique Fernandez : dans le Voyage en Italie

« la visite de la ville débuta par un exposé sur l’urbanisme ferrarais et la modernité des Este.la cité reçu des princes pendant les deux siècles de la Renaissance, une ordonnance géométrique d’un  type absolument inédit en Europe. On perça des avenues de seize mètres de large (corso Giovecca, corso Porta a mare). Le corso Ercole d’Este fut le pourvu de trottoirs, les premiers au monde … »

Les palais sont le plus souvent occupés par des administrations ou des facultés – là, de nombreuses bicyclettes sont posées. Pas de voiture. Le Palais des Diamants fait le coin avec le Corso Porta a mare. Il se démarque de la brique par son revêtement de marbre découpé en facettes les « diamants » et abrite la Pinacothèque, fermée le lundi.

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Après avoir traversé le Corso Porta a Mare la promenade se déroule dans un cadre beaucoup plus vert avec le Parc Masari puis une allée verte mène jusqu’à la Certosa (chartreuse) edifiée en 1452 par Borso d’Este. Au début, dans le grand parc, on ne comprend pas tout de suite qu’on se trouve dans un cimetière. L’église San Christoforo alla Chiesa est très claire très simple. Deux peintres ont réalisé les tableaux dont Roselli dont j’ai beaucoup aimé la simplicité des expressions, les couleurs vives et la fraîcheur.

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Bassani, dans les premières lignes de la nouvelle LES DERNIERES ANNEES DE CLELIA TROTTI dans  le roman de Ferrare:

« Qualifier de beau le vaste ensemble architectural du cimetière municipal de Ferrare, beau au point d’être réconfortant, c’est risquer chez nous comme ailleurs de susciter les fameux éclats de rire, les inévitables signes de conjuration toujours prêts, en Italie, à répondre à tout discours qui prétend traiter de la mort sans la déplorer…..Pour avoir une idée de ce qu’est la piazza  della Certosa, que l’on pense une prairie ouverte, à peu près vide, parsemée de loin en loin de rares monuments funéraires, ceux de non-catholiques illustres du siècle dernier : à une sorte de place d’arme, en somme.… »

Par des chemins agrestes je retourne au Corso porta Mare bordé par le  jardin public de la Piazza Ariostea puis par des rues très calmes et des jardins je parviens au cimetière israélite, paisible, ombragé, fleuri d’iris. Je lis les noms. Les mêmes que ceux qui sont gravés à la synagogue.

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Bassani évoque à plusieurs reprises le cimetière israélite. Dans le Jardin des Finzi-Contini. Si j’avais eu le temps d’ouvrir Le Romande Ferrare qui est resté dans ma valise, j’aurais cherché la fastueuse tombe monumentale des Finzi-Contini

Le sentier du retour traverse une véritable exploitation agricole écolo, à l’intérieur des murs de la ville !. Puis je passe devant le Jardin Botanique. La promenade commencée entre de hauts murs de briques a finalement été très verte.

Comme il n’est pas trop tard, j’entreprends le troisième circuit balisé intitulé « Palais et Eglises de la Renaissance ». Comme les palais sont fermés et les églises aussi à cette heure, je m’amuse à lire les plaques de marbres très nombreuses. Ici, un poète que je ne connais pas, là, des combattants de l’Unité Italienne… Au hasard, j’apprends que Montaigne est passé dans cette maison…je longe la via Savonarola me demandant pourquoi Ferrare tient tellement à honorer ce personnage. Je rentre par des rues tranquilles de plus en plus étroites à mesure que je me rapproche du quartier médiéval.

Ferrare – Palais Schifanoia – Palazzina Marfisa d’ Este

 

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Prima collazione

Pas de petit déjeuner à la pension des artistes. La patronne m’indique une pâtisserie qui fait aussi bar non loin de la Piazza Travaglio. Les établissements plus touristiques ou plus chics sont encore fermés à huit heures. Je commande au bar un cappuccino (pas de cacao) et une brioche , un croissant fourré à la crème anglaise et à la confiture. Les gens déjeunent ici avant le travail, lisent le journal du matin, mangent leur pâtisserie debout serrée dans un papier. J’aime bien cette ambiance.

Au lieu d’aller directement au palais Schifanoia j’emprunte des ruelles et m’égare dans les quartiers bas de l’ancien Pô avant de retrouver la via Saraceno et la via scandiana où se trouve le Palais.

Le palais Schifanoia, bâtiment fin 14ème relevé en 1605, est le plus célèbre des Delizie d’Este voué aux plaisirs son nom signifie « chasse l’ennui » fur érigé par Alberto V (1347 -1393). Une exposition archéologique montre des objets trouvés dans une citerne Via Vittoria (cela m’amuse parce que notre hôtel s’y trouve) mais je passe vite sur l’archéologie pour intéresser davantage aux splendides plafonds et aux fresques, malheureusement en mauvais état, on devine une scène de bataille.

On présente aussi une collection numismatique (réservée aux initiés) et des ivoires.

Mais le clou de la visite est le Salon des Mois : une immense salle couverte des plus belles fresques données à voir. Bien sûr divisé  en mois, chaque mois est partagé en trois registres en haut : le mois, dessous les signes du zodiac en dessous une grande scène figurative montrant Borso et son cortège ou Ercole dans une richesse extraordinaire de couleurs, une foule de personnages et une richesse indescriptible de sujets.

Au mois de Mars je trouve la construction étonnante : une arche est fendue, d’un  côté elle est recouverte par une prairie avec un chien et un arbre tandis qu’au dessous de l’arche passe un cortège à cheval. A gauche la campagne, à droite un palais. Agrippés au fronton  du palais : quatre angelots et en dessous une foule à pied, femmes et enfants tandis qu’à gauche sont représentés des cavaliers sous le paysage agreste.

En observant mieux les autres mois, je remarque une certaine cohérence : je retrouve avec des variations, la campagne, l’arche, le palais et toujours la foule…

Sur le registre supérieur le mois est représenté par un chariot portant une divinité féminine entre deux groupes de passants. Je m’amuse à noter qu’en mars la charrette est tirée par des chevaux blancs, en avril par deux cygnes, en mai (gémeaux) par un cheval bai et un cheval blanc, sous le signe du cancer, deux corbeaux sous celui du lion, deux lions, deux bœufs, deux hommes tirent aussi la charrette…

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Palazzina Marfisa Este

Non loin de Schifanoia, la Palazzina est un très joli palais de petites dimensions .Encore les plafonds retiennent l’attention. Dans la première salle, à dominante rouge,  Artémis Éphèse avec ses multiples mamelles se trouve aux quatre coins avec des motifs spiralés, des médaillons contenant des portraits. Dans la seconde la couleur passe au jaune/vert. Je relève les armes de Francesco d’Este « fons Manduriae » s’agit-il de Manduria dans les Pouilles ? « si non sors tolerantia » « pari animo ».

Dans la salle d’apparat le plafond est décoré de très étonnantes figures avec une permanence des seins (Artémis encore ???) aux figures féminines humaines mais aussi animales.

Je traverse un jardin pour arriver à une loggia (une orangeraie ?)