la piana del Milis et Montiferru

CARNET SARDE

Milis la place et le campanile

Guide vert : itinéraire rose p.376-383

De Riola Sardo,  la petite route SP 11 conduit à Narbolia par des oliveraies très bien entretenues.

Energies renouvelables à Narbolia ?

Le long de la route se trouve une véritable centrale électrique : de nombreux panneaux photovoltaïques sont installées sur des grandes serres blanches où rien ne semble pousser. Après des recherches sur Internet, je trouve plusieurs articles citant ces installations CLIC , l’un d’eux (2015) est très critique et parle de cultures d’aloès et de subventions européennes captées par la mafia, un autre plus récent (2019) vante le projet de culture de spiruline (algues) CLIC ; si j’avais eu ces renseignements avant nous aurions arrêté la voiture pour approfondir la question pour visiter ces installations. Une centrale de méthanisation est associée à cette production électrique. De la route nous n’avons rien vu, ou plutôt des mauvaises herbes ; où en est le projet inauguré en 2019 ? la Société LiveGreen serait le producteur de spiruline.

Milis

Milis Palazzo Boyl

Milis est un bourg agricole de 1500 habitants. A 9 heures, sous la belle lumière du matin se montre sous son meilleur jour. Je suis étonnée de la qualité du bâti de la Villa Pernis : longs murs de gros moellons de basalte avec de plus petits pris dans les joints en ciment clair. Les encadrements des portes sont particulièrement soignés ave pierre et brique mêlés pour les souligner.

La place centrale – Piazza Martiri – est très vaste, dallée de belle pierre volcanique.

Un côté est occupé par le grand Palazzo Boyl (XVIIème siècle) qui abrite un Musée des Costumes et des bijoux sardes. Malheureusement fermé. Il aurait fallu prendre rendez-vous et s’adresser « alla Commune » comme me le dit un des habitués du café d’en face.

Au milieu de la place se trouve un monument aux morts « monumental » agrémenté de massifs fleuris.

Milis S. Sebastian rosace

Dans un coin, le grand campanile carré, très haut, moderne (années 50). L’église San Sébastian fur construite autour de 1500 de style gothique catalan. Sa façade est large, assez basse, claire, ornée d’une rosace de trachyte rose. De part et d’autre de la nef, deux travées séparées par des piliers. Surprenant, derrière l’autel très simple, pas d’abside ni de chœur, une simple fenêtre comme celle d’une maison. Saint Sébastien qui a protégé Milis de la Peste est peint au plafond. Etonnant contraste entre cette église blanche et son campanile sombre. Autre sujet d’étonnement : alors que je m’attendais au calme et au recueillement qui règne d’habitude dans une église, des femmes s’affairent en bavardant très fort comme des pies.

Les façades des maisons sont peintes de couleurs intenses : rouge du Palazzo Boyl, jaune face à l’église.

Milis S. Paolo

La petite église romane San Paolo, à l’entrée de la ville, est à moitié incluse dans le cimetière. Construite en deux étapes au XIIème siècle et au XIIIème avec une grande variété de matériaux. Sur la façade une alternance de pierre volcanique sombre et de grès clair et jolies arches romanes. On observe le contraste entre le porche et la façade noire et blanche avec l’abside dans le cimetière très claire. Selon le Guide Vert on aurait pu voir un retable catalan XVIème siècle si l’église avait été ouverte.

Face au cimetière, les beaux vergers d’agrumes sont enfermés derrière un grand mur noir et blanc surmonté d ’arceaux ; un peu plus loin, l’orangeraie Villaflor est précédée d’un grand portail. Les agrumes sont la spécialité de Milis.

La SP11 monte vers Bonacardo par des collines plantées de magnifiques chênes. On y élève des cochons en liberté qui sans doute mangent les glands.

Bonacardo

Bonacardo sanctuaire byzantin

Village (1600 habitants) très en pente qui s’étire le long de la route. Le groupe monumental Ste Marie Bonacardo est composé du sanctuaire de l’église et des ruines du monastère des camaldules. Un parc jouxte les monuments. Le vaste parvis pavé de dalles volcaniques sombres est planté de magnifiques tilleuls. Avec le petit vent il flotte une senteur délicieuse.

Le petit sanctuaire byzantin fut construit sur les ruines d’un établissement thermal romain, il reste une mosaïque et un bassin mais c’est fermé à clé . Au VIIIème/IX -ème siècle on a couvert le bâtiment et édifié la coupole. Non seulement il a traversé les temps mais il est aussi touchant par la variété des matériaux ; il intègre aussi des poteries, de la vaisselle et des briques. Chaque façade est différente. A l’arrière on voit des petits arcs en brique comme dans les églises grecques.

Eglise de Bonacardo

Basilique Santa Maria (XIIème/XIIIème s.)

La Basilique était l’église de l’Abbaye des Camaldules. C’est une grande église, très sobre ; le Guide Vert la qualifie d’austère. La sombre pierre volcanique est taillée avec soin presque sans ornements. La nef est très haute, dépouillée avec de hauts piliers, sur le mur du côté de l’abbaye deux grands arcades sont à peine marquées.

Nous quittons Bonacardo pour Seneghe, petit bourg tranquille (1770 habitants), spécialisé dans l’huile d’olive et l’élevage de bœufs blue rosso fournissant une viande de grande qualité. L’église possède un fronton classique. Les piliers basaltiques accolés à la façade blanche sont originaux. Elle est si grande si large qu’elle parait disproportionnée. En face une belle fontaine est ornée de chevaux de bronze. Je descends la via Pippia très très calme bordée de belles maisons. Ici aussi le mélange des matériaux de construction est remarquable : pierres volcaniques et brique. Les portes sont soignées. La plaquette de la mairie de Seneghe signale les maisons aragonaises.

Santu Lussurgiu

Nous retournons à Bonacardo pour trouver la route qui mène à Santu Lussuregiu et qui s’élève dans le Montiferru qui est un massif volcanique. Nous dominons la plaine. Les cultures verdoyantes d’agrumes et les oliveraies ont disparu remplacés par la forêt de châtaigniers et de yeuses. En ce moment les châtaigniers sont en fleur.

Santu Lussurgiu (2372 ha) est bâti sur l’ancien cratère d’un volcan en amphithéâtre. Il faut chercher le centre du village dans le creux. On s’arrête près d’un jardin public verdoyant à l’ombre ce qui est appréciable parce qu’il est passé 11 heures. Le Musée de la technologie contadine est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais (difficile à trouver) et fermé ; il n’ouvre qu’en Juillet et Aout, sur rendez-vous. Lot de consolation : une exposition de photos grand format représentant une course de chevaux Sa carela e’ nanti en costumes.

Nous poursuivons le circuit sur la route de Cuglieri (SP 19) à traves une magnifique forêt de chênes. Pause à l’ombre. De temps en temps un affleurement volcanique est visible : neck ou dyke (filons volcaniques isolés par l’érosion) Le volcanisme est très présent dans le Montiferru quand on est attentif. Il se remarque partout dans les matériaux de construction, les murettes limitant les parcelles, en blocs dispersés. Trachyte ou basalte.

Cuglieri

Cuglieri (2671 ha) se voit de loin, perché sur la colline, dominé par son énorme église blanche à coupole : la Madona delle Neve. A notre arrivée à 13 heures, la ville est bruyante : discussions très animées au café et surtout passage du cortège de voitures ornées de nœuds et rubans d’une noce. Je croise des dizaines de très gros SUV étincelants tandis que je remonte à grand peine la pente, m’effaçant dans l’embrasure des portes. Des femmes en robes longues, des hommes en chemises blanches et cravates, des fillettes endimanchées descendent à pied. Les marches de l’église est couvert de riz. L’autel est très fleuri. Intérieur de ‘léglise peint en crème avec toujours des lustres en cristal. Le panorama vu du parvis est fantastique avec la mer bleu foncé et les villages environnants. Cela aurait été un bel endroit pour le pique-nique mais impossible de monter en voiture avec le cortège qui occupe toute la ville !

Il est bien trop tard pour essayer de visiter les deux musées : Museo dell’olio Zampa et Convento dei Cappuccini.

La sieste fait une grosse coupure dans la journée au moins jusqu’à 16 h parfois 17 heures. La journée des touristes est courte : de 10 à 12 ! (Bien sûr, les voyages organisés tiennent compte des horaires, prennent des rendez-vous….et ne perdent pas de temps à chercher d’improbables parkings).

A défaut de visites culturelles :  baignade  à Bosa Marina où la plage est abritée et la profondeur suffisante. Je nage plus d’une heure.

Nous rentrons par les zones incendiées en 2021.

Torre del Pozzo au coucher du soleil

les plages des environs de Torre del Pozzo

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S’Archittu : l’arche

Journée ensoleillée mais ventée. La mer est décorée de crêtes blanches quand nous la découvrons ce matin.

S’Archittu

S’Archittu est la station balnéaire à 2 km de Torre del Pozzo. La route longe le littoral puis entre dans S’Archittu. Il faut garer la voiture et gagner la petite promenade lungomare, jolie petite croisette fleurie, dallée avec des boutiques (peu) et des pizzerias au-dessus de la plage. Cette plage est le plus souvent rocheuse avec de petites criques de sable. Aujourd’hui, avec le vent, seuls les surfeurs sont à l’eau. Quelques zodiacs et bateaux à moteur se balancent et même un petit voilier à coque rouge ? Au bout du village, un parking permet d’accéder à une très belle promenade dallée et pavée de galets bordée d’une banquette de pierres volcaniques. De cette allée on voit l’arche blanche qui a donné son nom au village de S’Archittu. Creusée dans une roche d’un blanc éblouissant, elle me rappelle un site analogue à Milos.

Torre del Pozzo vu de s’Archittu

Des agaves se détachent sur la mer. Les vagues s’engouffrent dans l’arche, se fracassent sur les rochers à grand bruit. C’est spectaculaire Deux escaliers descendent à une plage minuscule qu’une famille à elle-seule a colonisée avec un drap de bain et une piscine d’enfants gonflable. D’autres personnes arrivent , ils vont devoir se replier et se tasser !

S’Archittu les vagues sous l’arche

Une plateforme rocheuse fait une banquette, sentier côtier qui relie une autre plage, un homme y est assis à côté de canoës et planches à louer.  La promenade se poursuit aussi en corniche et le sentier arrive sur l’arche elle-même. Je continue sur l’arche blanche, crayeuse ou marneuse ? creusée de cupules dans lesquelles cristallise le sel. D’autres anfractuosités déchirent le rivage. Les vagues s’y précipitent et battent les parois à grand coups de butoir.

Spiaggia di Is Arenas/ Spiaggia La Pineta

Spiaggia Is Arenas

De l’autre côté de Torre del Pozzo, en direction du sud, avant Riola Sardo, la route SS 292 passe devant une très belle pinède en bord de plage. Elle est occupée par deux campings et un condominium. J’avais peur que les campings ne se soient approprié la plage. Mais non !  il existe un parking devant l’entrée du camping et un passage entre la dune et le grillage. Une immense plage de sable fin commence à Torre del Pozzo et se poursuit loin, très loin vers la presqu’île de Sinis. Impossible de se baigner avec les vagues mais je peux marcher très loin les pieds dans l’eau ou sur le sable mouillé. Parfois une vague plus puissante me trempe jusqu’aux cuisses et me fait reculer.

A quelques kilomètres de Riola Sardo, la SP coupe la presque-île de Sinis en passant par de paisibles campagnes : champs moissonnés où paissent les brebis, cultures maraîchères. Au bout de la route Capo Mannu avec plusieurs plages.

Puzzu Idu, à l’arrière d’un bel étang, est la plus organisée. Une digue entre mer et étang est plantée d’une rangée de très hauts palmiers (genre palmiers à sucre). Elle est occupée par des Food trucks et Beach Bars dans des grosses boites métalliques comme des containers. D’autres containers abritent aussi des boutiques, articles de plage, location de surfs, de vélos. C’est très artificiel, très laid. Bien sûr, on aurait pu garer la voiture face à l’étang, tourner le dos à tous ces artefacts, oublier les installations…et j’aurais pu me baigner sur une plage abritée en toute sécurité. Mais vraiment toute cette foire nous dérange !

Mandriola

En face un petit massif boisé où sont nichées quelques maisons attirent le regard. Des maisons basses entourées de jardins sont sous les pins, un peu plus loin, au bord de l’eau, un bois de mimosas et de genévriers. Un couple âgé a sorti des chaises longues entre leur maison et le rivage. Une digue métallique un peu cabossée entre dans l’eau. Le littoral est rocheux, plein de posidonies, n’incite pas à labaignade amis un vent frais agite les mimosas. Si nous avions l’attirail des Sardes, chaises pliantes et glacière, nous aurions été très bien pour piqueniquer.

Su Pallosu : rochers

Nous traversons le petit cap de Capo Mannu et nous trouvons le site idéal à Su Pallosu : sur un panneau il est précisé Marina di Pallosu – Tonnara. Des rochers spectaculaires sont battus par les vents. Certains portent des pointes acérées, d’autres sont encroûtés d’une couche poreuse ressemblant à une éponge durcie. Un îlot, des cascades s’écoule nt après le passage de la vague. Le spectacle est magnifique. La promenade continue sur les rochers parmi les Hélicrises (immortelles de Corse) bien inodores et les plantes grasses jusqu’à une plage Spiaggia Messalonga, selon la carte. Des tours surveillent le rivage : Torre Scala e Sale, Torre Capo Mannu.

Spiaggia Mari Ermi

Retournons à la SP292 presque jusqu’à Riola Sardo, et traversons à nouveau le Sinis(16 km) le long de l’étang de Cabras, nous aboutissons à un petit port d’où on s’embarquent les bateaux pour l’Ile du Mal de Ventre – aucune colique à craindre, c’est seulement une corruption du  Sarde qui fait allusion aux mauvais vents qui causent des naufrages. Aujourd’hui, hors saison et par gros temps, il n’y a  pas de passage. Deux restaurants, quelques cabanes de roseaux, un parking et une vaste plage de sable blanc qui s’étend sur des kilomètres. Ici encore, je dois renoncer à la baignade : les vagues semblent calmées, un seul rouleau se brise sur la plage. Mais quel reflux, je dois me cramponner pour ne pas être aspirée. D’ailleurs personne ne se baigne.

Barumini : site nuragique

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Barumini : Su Nuraxi et le village nuragique

Barumini

L’hôtesse de l’Office de tourisme d’Oristano nous avait conseillé d’y passer une journée. C’est un « incontournable » touristique « patrimoine Mondial de l’Humanité » très – très touristique !

Le « trop touristique » commence au bar : tramezzini infects pour 5€, pas de choix. Puis à la billetterie : 15€ la visite guidée obligatoire. Deux visites partent toutes les 30 minutes, l’une en Anglais, l’autre en Italien. J’ai choisi l’Italien et j’ai bien fait : c’est un tout petit groupe de 7 personnes en Anglais ils sont 30. Le guide est très sympathique, il sollicite les questions et y répond avec gentillesse.

Su nuraxi

Ce nuraghe qui ressemble de loin à une pyramide est un château-fort. Un donjon est flanqué de quatre tours. Le plus grand trésor est le puits. Les hommes des Nuraghes vénéraient l’eau qui était sacrée. L’eau c’est la vie. Le nuraghe a pour fonction (entre autres) e protéger le puits sacré.

Burrumini : les villaes nuragique à la base du nuraghe

Au pied de la forteresse sont installés deux villages nuragiques qui se sont succédé : le plus ancien est de l’âge du Bronze et a laissé des cercles de pierre plutôt sommaires : une grosse pierre pour la cuisine et peu d’autres aménagements. Celui de l’âge de Fer est beaucoup plus sophistiqué avec des séparations de pierre, une arche pour faire une porte, une banquette qui court autour de la salle ronde autour d’une vasque servant peut-être à des cérémonies lustrales. Dans la capanne n°80 on a trouvé une maquette du nuraghe (comme celles exposées à Cabras)

dans la tour

Dans le nuraghe, il faut se faufiler dans d’étroits passages pour découvrir les quatre tours situées aux points cardinaux. La tour nord est intacte. C’est aussi la plus fraîche, on pouvait y conserver du gibier. Comme à Armungia, l’intérieur a la forme de tholos : les pierres se chevauchent de proche en proche pour forme un cône évidé. On a construit un escalier métallique pour explorer la grosse tour centrale. C’est plus facile que de descendre l’escalier intérieur en pierres glissantes. La grande tour était occupée sur trois niveaux. On a retrouvé un morceau de poutre coincé dans les pierres qui a permis de dater au C14.

Dans le billet sont incluses les visites à la Casa Zapata et au Centre Giovanni Lilliu (le découvreur du nuraghe Su Nuraxi.

Casa Zapata

Casa Zapata : chapelle et jardin

La Casa Zapata est dans le centre du village de Barumini. C’est une belle villa du XVIème siècle de style espagnol, blanche avec les encadrements des portes et fenêtre en pierre finement sculptés. Elle fut construite en 1541 par le baron alcade de Cagliari.

Dans les communs, trois expositions :

launeddas

Les launeddas : instrument traditionnel sarde, le plus ancien instrument de musique méditerranéen polyphonique retrouvé sur des statuettes nuragique VIIème/VIIIème siècle. Flûte de roseau simple ou double. On peut en adjoindre une troisième .

La section historique traite de l’histoire de la maison et surtout des barons qui la possédaient. La dernière descendante a vécu au XX -ème siècle. On voit des lettres, et des documents . Les cartels expliquent les rapports entre la noblesse et les paysans.

Casa Zapata une villa espagnole

La surprise vient de la section archéologique . Les visiteurs sont mis en attente parmi les flûtes et les lettres . La guide nous conduit à la maison. Et, surprise ! On découvre un nuraghe à l’intérieur qui se trouve dans les fondations. Le baron Zapata le savait-il ? Surtout que ce n’est pas une simple tour mais un nuraghe avec quatre tours et une cour extérieure. Etonnant aussi, la pierre n’est pas la même qu’à Su Nuraxi pourtant tout proche. A la Casa Zapata il est construit en pierre claire alors qu’une tour en basalte se trouve à l’extérieur de la villa

Des bronzetti sont aussi exposés : l’un d’eux figure des bateaux, on voit aussi des animaux en bronze, un renard et un sanglier.

Les objets du village nuragique racontent la vie d’alors :  pintaderas en céramique (cercle décoré de motifs géométriques pour la panification.

Monte Arci – le musée et le sentier de l’obsidienne

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Monte Arci

Le Monte d’Arci (812 m) déploie sa large silhouette en bouclier près de la voie rapide S.S. 131 ; nous l’avions remarqué en arrivant dans la région lundi. Selon l’Île des Ames, le polar de Piergiorgio Pulixi, que je viens de terminer, au Monte d’Arci les forces telluriques attiraient les adeptes de la secte néo-nuragique. Ce volcan, un peu magique, ne pouvait que me plaire. Depuis longtemps, je collectionne les volcans.

Le Musée de l’Obsidienne est à Pau, sur les flancs du volcan. Non loin de là, le Parc Géominier aorganisé des points d’observation et des sentiers de randonnée.

Comme la route est longue, nous sommes parties tôt pour arriver à l’ouverture du musée. A Riola Sardo la petite route SP 12 nous fait éviter Oristano. Des petits champs rectangulaires vert vif attirent notre attention : des rizières ! Certaines sont même inondées.

31 km sur la S.S. 131 – route à 2×2 voies Cagliari-Sassari – qui ressemble à une autoroute. A la sortie Uras, la S.S. 442 s’élève dans la montagne par de larges virages et tourne dans les gros buissons des lentisques. Dans les vallées, des champs moissonnés où paissent des brebis. Des amandiers et de la vigne. Paysage de collines, presque de montagne, très paisible, ressemblant un peu au Massif Central et parfois à cause des cyprès à la Toscane. Les eucalyptus sont vraiment encombrants, on les voit partout en Sardaigne.

Nous traversons Ales – village natal de Gramsci .

Echantillons d’obsidienne et matériel pour la tailler au temps des nuraghes

9h30, en attendant l’ouverture du Musée de l’Obsidienne à 10 h, je fais un  tour dans les rues désertes pavées de basalte et de galets. Dans les murs je remarque des blocs noirs brillants : l’obsidienne. Je suis adepte de la « géologie des murs ». Un chemin de croix contemporain traverse le village : le visage du Christ modelé en terre est assez réussi.

Le Musée  qui a pour sujet unique l’Obsidienne,  utilise tous les moyens modernes : audioguide multilingues, écrans tactiles, belles photographies en couleur grand format. Mise en scène soignée et jolies vitrines où les lames, éclats et nucléus d’obsidienne sont présentés comme des bijoux.

L’Obsidienne résulte de la solidification rapide d’une lave fluide, une vitrification. La teneur en silicium varie selon les variétés.

Dans la première salle, des échantillons de silex, glauconie, marnes amorphes, sont présentés à côté de l’obsidienne noire ou teintée de brun et de gris. Certains échantillons d’obsidienne sont rubanés et très beaux.

La salle suivante montre comme les hommes, pendant la Préhistoire ont appris à débiter les blocs en nucléus, lames, pointes, et comment ils ont commercé à travers la Sardaigne et au-delà de la mer pour exporter l’obsidienne au nord de l’Italie et même jusqu’en Gaule et en Catalogne. Une pirogue monoxyle occupe le fond de la salle.

L’obsidienne est le plus souvent noire mais pas toujours elle peut être colorée et rubanée

Un joli musée pour un sujet très pointu !

Pau a très bien indiqué les sites du parc Géominier. Nous trouvons facilement le Sentier de l’Obsidienne recouvert d’éclats noirs et brillants. Des panneaux bilingues nous interdisent de prélever des échantillons avec des amendes prohibitives de 500€ pour un petit éclat et 5000€ pour un gros. L’obsidienne sarde ne s’exporte pas : la boutique propose de jolies pointes mais en obsidienne d’Arménie. Jolie promenade un peu escarpée dans un  sous-bois de chênes. Une autre promenade est proposée un peu plus bas sur le thème de la faune de la forêt.

Nous retournons à Ales pour visiter le Musée du Jouet. Sur la brochure il y avait de jolis objets en liège. Impossible de le trouver à Ales puisqu’il se trouve à Zappara. Introuvable à Zappara, il est fermé depuis deux ans. Un monsieur très bavard nous conseille d’aller plutôt à Burrumini qui est à 20 km.

 

Bosa et les villages des environs de Cuglieri

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les maisons colorées de Bosa

En route

Sur la route de Bosa,  S’Archittu et Santa Catharina de Pittinuri sont de petites stations balnéaires avec des rochers blancs. La route quitte ensuite le littoral. Sur des kilomètres elle traverse une zone desséchée, calcinée, témoignant de l’énorme incendie de Juillet 2021 qui a ravagé la région de Cuglieri. Certains chêne-liège reprennent des feuilles vertes, quelques oliveraies ont été épargnées, les oliviers semblent très vieux.

Cuglieri domine le paysage avec sa grande église qui se voit de très loin. Après Cuglieri les traces d’incendies sont plus erratiques, ici tout est mort, à côté c ’est tout vert. Un arbre a été épargné et pas son voisin. La route de Cuglieri à Sennariolo fait de nombreux virages. Un panneau routier signale que les équipements spéciaux sont nécessaires en cas de neige, on descend de 479 m à 274 m en 5 km.

De Sennariolo à Tresnuraghes, partout des vignes du vin de Malvoisie, cru réputé. Il y a même un Musée du vin.

Bosa Marina

Bosa marina

Avant d’arriver à Bosa, la route longe la mer. Une île reliée par une digue porte une grosse tour ronde Torre del Porto – tour aragonaise XVIème siècle. La digue est nommée via Muraglione  Cadute di Cefalonia rappelant un épisode meurtrier en 1943. A l’abri de cette digue, une très belle plage : grande, à l’eau claire très tranquille aux rares installations balnéaires. Chacun s’installe à sa guise sous son parasol. Il y a aussi des restaurants de plage. L’un d’eux est installé dans un galion.

Bosa

Arrivée sur Bosa de l’autre côté du fleuve

La ville de Bosa est bien cachée, on ne la découvre qu’après avoir passé le fleuve Temo. Elle se dévoile enfin, colorée, coiffée d’un grand château en haut de sa colline. Le Castello Malaspina fut édifié en 1112 par une famille toscane. Je ne le visiterai pas, il est fermé pour restauration (quand ce n’est pas le Covid, ce sont les travaux) je regrette l’église peinte à fresques et les remparts que je peux voir… de l’extérieur.

Bosa fleuve et château

Le panorama est magnifique : la petite ville aux maisons colorées, étroites, peintes de vives couleurs est à mes pieds.

Bosa les petites maisons peintes

Des escaliers et une rampe passent par des ruelles. Sur les fenêtres et la rambarde on a disposé des jardinières fleuries. Le moindre carré de terre est occupé par de gros massifs de lauriers roses. Je ne me lasse pas de prendre des photos.

Une dame travaille dans la rue à sa dentelle : le filet de Bosa. Le cadre est carré d’environ 50 cmx50cm, le fil écru est tendu en formant une trame, la brodeuse remplit les petits carrés avec une aiguille. Au mur elle a épinglé sa production. Comme toutes les dentelles artisanales, elle est chère ! Et d’ailleurs que puis-je faire de la dentelle ? l’offrir ?

la dentelière de Bosa au travail

Plus je descends, plus les maisons sont bourgeoises, moins colorées, plus sophistiquées avec de belles parures de pierre, des plantes vertes en pots le long des murs.

La Chiesa Madonna del Carmine est assez sobre avec son encadrement de trachyte rouge. A l’intérieur, elle est baroque et les lustres de cristal m’étonnent toujours. L’autel de marbre est impressionnant.

Je retrouve Dominique garée Place Jean XXIII, facile à trouver avec son grand monument et ses tilleuls.

De la place part le Corso Vittorio Emanuele II, la rue principale de Bosa animée avec de nombreuses boutiques, des bars et restaurants qui ont installé leurs terrasse suir la Piazza della constituzione. Emplettes de touristes : cartes postales, souvenirs, spécialités sardes, pâtisseries, vin de Malvoisie. Etonnante, cette église coincée entre les maisons ; l’Oratorio Madona del Rosario, portail Renaissance et Horloge de la Ville. D’une façade dégouline de la vigne.

Tanneries

Un vieux pont en pierre volcanique enjambe le fleuve Temo ainsi qu’une élégante passerelle pour piétons et cyclistes. Sur la rive opposée, Sas Conzas les ateliers des tanneurs, aux façades étroites, oranges, jaunes, vertes à un étage et un toit à double pente forment un alignement pittoresque. Un musée de la Tannerie occupe l’un d’eux : en rez de chaussée les grosses cuves rondes creusées dans la roche sont recouverte d’un plancher de verre. Tout le processus de tannerie est expliqué avec des machines pour affiner les peaux et des photographies anciennes montrant que l’activité a perduré jusque dans les années 50. A l’étage, on voit d’autres machines, le système pour épiler les peaux, les outils à main pour les finitions.

Musée de la Tannerie

Baignade très agréable à Bosa Marina l’eau est tiède, calme, limpide et même profonde. Je prends pour cap une bouée orange. Avoir un but me motive.

Nous trouvons l’emplacement du piquenique sur la place de l’église de Santa Maria del Mar. L’église est minuscule, une petite coupole peinte en rouge surmontée d’une croix la distingue des maisons environnantes. Porter close (pas de porche). Cette église est le centre d’un important pèlerinage. Les abords sont aménages avec une sorte d’amphithéâtre avec une scène et des gradins, belles dalles en pierre volcanique ? une banquette de pierre court tout autour et surplombe la mer.

Porto Alabe a une très belle plage accessible en voiture.

Nous repassons par Tresnuraghes, bourgade tranquille avec sa grande église Saint Georges, sombre au plafond jaune décoré d’une frise.

Punta di foghe tour

10 km d’une route très étroite, sur la fin d’une mauvaise piste nous conduisent à Punta di Foghe : cette pointe très fine s’avance dans la mer dans un environnement très sauvage de falaises sombres et très hautes. Une grosse tour en basalte se dresse dans le maquis. Au retour on remarque la vallée très profonde taillée dans la roche.

Punta di Foghe falaises

S’Archittu : sa petite « croisette » lungomare domine les plages. Quelques restaurants y sont installés. Plus loin, une très belle promenade piétonne permet d’admirer l’arche creusée par la mer dans une roche blanche éblouissante. Malheureusement le ciel est gris et la lumière ne met pas en valeur le site. Il faudra revenir !

Cabras et San Salvatore

CARNET SARDE

les Géants de Cabras

San Salvatore

Cumbessias de San Salvatore

San Salvatore est un village-fantôme, ou plutôt un village qui ne vit que quelques jours par an, en septembre à l’occasion d’un pèlerinage. Les petites maisons sont bâties autour d’une aire sacrée depuis els temps nuragiques. L’église est elle-même construite sur un ancien temple romain dédié à Vénus, Mars et Hercule. Dans la crypte on pourrait accéder à l’hypogée où sourd une source sacrée dédiée à l’époque punique à Sid, dieu guérisseur. On pourrait aussi voir une mosaïque romaine. Malheureusement, c’est fermé pour cause de Covid-19, depuis deux ans, m’explique le propriétaire du restaurant. Autour de l’église les Cumbessias (chambre des pelerins depuis le XVII ème siècle. Le premier samedi de septembre a lieu la Corsa degli Scalzi , 800 hommes vêtus de blancs, déchaussés courent de Cabras à San Salvatore.

Ce village vide, mais pittoresque, a été le décor de westerns-spaghetti.

Cabras

les barques et l’étang de Cabras

Nous garons la voiture à côté de la Coopérative des Pêcheurs sous des eucalyptus qui donnent de l’ombre. L’étang de Cabras est maintenant gris et ses eaux agitées. Les barques des pêcheurs attendent posées sur le rivage, alignées toutes pareilles, blanches avec un moteur noir.

Au Musée  de Cabras sont exposées les grandes sculptures de pierre, les Géants  de Mont’e Prama.

Comme il n’y a personne, j’ai une visite guidée privée.

Civilisation nuragique

Géant de Cabras

Pendant l’âge de Fer, la civilisation nuragique a créé de grandes statues anthropomorphiques, retrouvant et développant la tradition des bétyles.

Les bronzetti sont des petites statues d’environ 15 cm réalisées à la cire perdue. On pense que la technique vient de Chypre. Les statuettes sont des ex-votos représentant des chefs de tribu, des archers, guerriers, lutteurs ainsi que des figures féminines et quelques animaux. Le code stylistique s’apparente à celui de la Méditerranée Orientale, les artistes sont peut être venus du Proche Orient

maquette de nuraghe

Des maquettes de nuraghe qui permettent d’imaginer les structures manquantes au sommet de la tour, pour les tours simples ou multi-tours.

Pour le site de Cuccuru-Is Arrius sur la rive sud-est de l’étang de Cabras on a établi la chronologie de la fréquentation humaine du site allant du Néolithique moyen (4800-4300 av. JC jusqu’au néolithique récent (Ozieri 4000-3500) au Bronze (2200-900) puis à l’âge de fer : (730-600)

Céramique Ozieri

Des céramiques sont exposées avec des outils de pierre lames de silex et bifaces d’obsidienne. Les figures féminines correspondent à la culture d’Ozieri.

Idoles féminines

Salle des Géants

Ils furent découverts en 1974 par un fermier. En 1975 on effectua les premiers sondages des fouilles, la campagne d’excavation eu lieu en 1979, en 2005 restauration au laboratoire et 2014 Exposition au musée en 2014

Tharros punique

Cabras tophet urnes et stèles

Tophet : stigmatisé par les prophètes de l’Ancien Testament comme étant un «abominable passage par le fer de leurs propres enfants , on n’a trouvé aucune confirmation archéologique dans le Proche Orient. On a retrouvé les cendres de bébés morts ou de fœtus.

On voit donc des urnes funéraires, des stèles : cippes et bétyles. Certaines stèles sont décorées de figures féminines.

Il relitto di Mal de Ventre

Lingots de plomb retrouvé dans l’épave de Mal de Ventre

En 1988 on a découvert une épave du temps des Romains (80 à 50 av. JC) en provenance d’Espagne contenant un chargement de lingots de plombs transportés à travers la Méditerranée au large de l’Île de Mal de Ventre. Chaque lingot contient des inscriptions de provenance du propriétaire…ce qui en fait un trésor pour les archéologues étudiant le commerce maritime.

J’avais déjà visité ce musée et je me souvenais surtout des Géants. Cette nouvelle visite m’a fait découvrir d’autres aspects de l’archéologie de la région.

J’ai relu avec un grand plaisir La Guerre des Saints de Michela Murgia qui se déroule à Cabras (appelé Crabas, allusion transparente).

Presqu’île de Sinis : Tharros, San Giovanni di Sinis

CARNET SARDE

Tharros temple

Traversée de la Presqu’île de Sinis par la campagne très tranquille.  Ce matin, pas de circulation automobile, quelques tracteurs avec du matériel de fauchage assez archaïques. A côté des grandes roues de paille et de foin il y a encore des petites bottes parallélépipédiques. Un troupeau vient à notre rencontre occupant toute la route, poussé par trois bergers à vélo, un Sarde aux cheveux blancs et deux jeunes Africains. Des maraichers s’apprêtent à repiquer des plants dans des cagettes disposées sur des films plastiques : poivrons ou aubergines. Il y a aussi des champs de cardons.

L’étang de Cabras est très grand, très bleu .

Tharros tour espagnole et plage

A San Giovanni de Sinis d’interminables parkings contiennent les flots de touristes loin des sites de Tharros et de l’église byzantine.

Tharros

Castellum aquae

 

Le Castellum aquae – citerne romaine – est très bien conservé mais je suis passée à côté de l’aqueduc sans le voir. Les rues de la ville s’adaptent au relief et à la ville carthaginoise préexistante, je ne retrouve pas le plan en damier caractéristique des villes antiques romaines.

Palimpseste : le site a été occupé depuis la Préhistoire par un village nuragique, puis par les Phéniciens (8ème siècle), les Carthaginois (510) commerçant avec toute la Méditerranée, les romains (238), les Byzantins. Finalement, les Espagnols ont construit la tour.

Les constructions romaines comme les thermes (il y en a trois) sont les plus reconnaissables. Les quartiers d’habitation sont différents des villas romaines que je connais. Simples maisons avec un étage, construites en longueur avec une courette me font penser aux maisons des artisans des Tombes des Rois de Gurnah. Certaines ont plusieurs pièces en enfilades mais pas d’atrium.

Tharros maisons puniques

Les temples sont bien ruinés. Le petit temple K à flanc de colline est à peine visible. Le temple à 2 colonnes se résume aux colonnes. Le temple de Démeter pareil. Au contraire, le Temple sémitique est vaste et mieux conservé. Mais qu’est-ce qu’un temple sémitique ?

Après les Thermes n°1 j’ai cherché le baptistère paléochrétien. Puis j’ai remonté le Cado maximus et je suis arrivée sur une sorte d’esplanade gardé par des fortifications spectaculaires : murs et fossé, tandis que de l’autre côté, se trouvent le Tophet et le village nuragique avec les habitations circulaires.

Je monte à la tour espagnole (fin XVème/début XVIème siècle) édifiée pour protéger la baie d’Oristano des pirates barbaresques. Déjà, cinq siècles plus tôt les incursions sarrasines avaient vidé la région et l’abandon de la ville de Tharros est définitif en 1070. La tour de 11 m de hauteur est surmontée d’une terrasse construite au XIX -ème siècle pour traquer les contrebandiers.

San Giovanni di Sinis

San Giovanni di Sinis

La basilique “byzantine ”visible de la route, à l’entrée de la bourgade, sur la route romaine Tharros  est une église basse toute en rondeur avec une coupole et la façade plate formant trois arrondis. Elle me fait penser à certaines constructions de Djerba. Elle fut bâtie au VIème siècle et conserve des structures byzantines en croix grecque. Entre le IX ème et le Xième siècle elle a un plan rectangulaire. L’intérieur est très sobre en dehors du très beau bénitier roman sculpté. Sa nef comporte trois travées séparées par d’épais piliers et une petite coupole qui repose sur des archivoltes reliées à quatre robustes piliers. La restauration au XIème siècle coïncide avec l’arrivée des Navarrais entre 1050 et 1070.

San Giovanni di Sinis

Il fait très frais, je reste un bon moment.

Restaurant da Marina Pau

A l’extrémité de l’allée où sont trattorie et restaurants, c’est le plus beau de tous. Sa terrasse est bien aérée et donne sur la dune. Plat du jour sur l’ardoise : ravioli asperges et scampi17€, mulet grillé 18 €. Je prends des spaghetti con vongole e bottarga. La boutargue (œufs de mulet séché) est qualifié d”Or de la Sardaigne ». Elle est célèbre depuis l’Antiquité ; on dit que les Phéniciens furent les premiers à la confectionner. Les mulets sont élevés dans des bassins. On prélève les ovaires qu’on fait sécher et qu’on presse. Les  spaghetti à la boutargue sont une spécialité de la cuisine sarde. Délicieux, servis dans une grande assiette très creuse au milieu, la boutargue décore le bord de l’assiette. Les raviolis sont vraiment aux asperges, on voit la pointe et les scampi sont de très grosses langoustines servies au-dessus de gros ravioli avec une sauce rouge, de la bisque avec de la tomate fraîche.

A travers la Sardaigne : de Muravera à Torre dela Pozzo par Oristano

CARNET SARDE

En route !

Selon Googlemaps :  entre Muravera et Torre del Pozzo via Strada statale del Gerrei 387 : 166 km, 2h33

Goni : le paysage du Gerrei vu du nuraghe

Nous avons quitté Muravera dans la senteur des tilleuls en fleurs pour reprendre la route de Gerrei SS387 le long du Flumendosa et revu les paysages que nous avons découverts. Je remarque une grosse roche en forme de tour de Babbel avec les arêtes soulignées par des buissons. Je note la floraison des genets. Les blés sont déjà moissonnés. Nous traversons Ballao adossé à la colline avec de nombreuses fresques (entre autres Mère Théresa) et nous perdons un peu la route et passons par la très tranquille SP23 dans des paysages sauvages, on ne voit pas une voiture, et pas une maison pendant des kilomètres.

A Goni je tente la visite du nuraghe que j’avais négligée. Encore une belle grimpette sur une route dallée, je passe près d’un élevage de porcs en semi-liberté et arrive au sommet de la colline. Panneaux de financement de la restauration du nuraghe par l’Europe mais interdiction de s’approcher : il se trouve dans un enclos. Cette tour avait peut-être une finalité stratégique de surveillance parce que le panorama est très étendu et magnifique. Je n’aurai pas grimpé pour rien !

Nous traversons les belles forêts de chêne-liège et passons à côté du site de Pranu Muttendu puis à côté d’un parc d’éoliennes sur les crêtes puis nous redescendons dans une vaste plaine agricole mais aussi industrielle avant de monter sur la voie rapide SS 131 Cagliari/Sassari, véritable autoroute très fréquentée et très roulante que nous quittons juste avant Oristano.

Oristano

Oristano cathédrale

Nous devons arriver à Oristano avant 12h30 à l’Office de tourisme Pro Loco qui ferme à 13 heures et que j’ai contacté par téléphone pour éviter les déconvenues de la semaine dernière. Nous avons bien l’intention de prépare nos visites dans la région avec des documents en papier et non pas avec Internet. L’hôtesse est très aimable : elle nous propose des activités pour chaque jour de la semaine que nous allons passer dans la région et nous recopie à la main les numéros de téléphone des contacts si nous voulons prendre rendez-vous.  Elle me donne même l’adresse de pizze a taglio pour le déjeuner et un plan de la ville.

Ortistano céramiques les paysannes

Nous trouvons un coin ombragé et tranquille au pied de la cathédrale d’Oristano Santa Maria Assunta dont l’extérieur austère ne laisse pas présager l’intérieur très décoré : tous les murs sont peints, pas de fresques, c’est plutôt dans le style « papier peint» marbres et stucs, autel en marbre et pierres dures. Dans chaque chapelle des retables baroques avec des colonnes torses et des marbres mais pas trop de dorures. La structure romane fut démolie en 1729, de la cathédrale gothique XIV on voit les murs extérieurs. Le campanile octogonal est coiffé d’une coupole tuiles vernissées.  A la sortie, je remarque les portes de bronze signées Antonio Desogus représentant des épisodes historiques de la ville.

Oristano musée diocésain

La piazza Duomo est un beau parvis, les briques rayonnent autour du campanile, des massifs fleuris l’égaient et elle se poursuit par une belle place devant le Musée Diocésain dans un beau bâtiment mêlant brique et pierre.

Elena d’Arborea

Promenade dans la ville et agréables de cette ville où nous sommes passées à notre précédent voyage CLIC. Je retrouve donc devant l’Hôtel de Ville la statue en marbre blanc d’ Elena d’Arborea, la reine(1340-1404) à l’origine de la Charte constitutionnelle  Carta de Logu, premier code civil en Europe . J’emprunte une rue animée où on a suspendu des jarres colorées (cela change des inévitables parapluies à la mode en ce moment et dont je me suis lassée.

Tour Mariano

J’arrive à la Tour Mariano. Une exposition de céramiques agrémente les places et les rues de la ville. Certaines me plaisent bien.

A l’Antiquarium Arborense est présentée une curieuse exposition sur les idoles sardes et leurs falsifications. Des bronzetti -statuettes d’idoles sardes furent réalisée à Cagliari pour satisfaire un évêque danois Münter auteur d’un livre sur la religion des Carthaginois et le roi de Sardaigne Charles Albert de Savoie, (1831-1849) Etrange exposition de faux qui dit aussi beaucoup sur les fantasmes modernes. J’aurais préféré voir de vrais spécimens mais il nous faudrait visiter les musées de Cagliari et de Sassari !

lesd faux bronzetti

  «Charles Albert, archéologue en Sardaigne. Les fausses idoles»: l’histoire est digne d’un polar avec fraude à la clef et voit comme protagonistes rien de moins qu’un souverain et un habile fonctionnaire de l’Etat.

Cette histoire raconte la vente de 330 fausses statuettes en bronze « les idoles sardo-phéniciennes » au roi de Sardaigne Charles Albert ainsi qu’au musée de Lyon et au musée de Cagliari de la part du directeur du musée des Antiquités de l’Université Royale de Cagliari, Gaetano Cara.

De ces idoles, 70 appartiennent aux Musées Royaux de Turin et sont visibles durant l’exposition « Charles Albert, archéologue en Sardaigne » au musée des Antiquités de Turin, tandis que 150 statuettes du musée de Cagliari sont exposées auprès de l’Antiquarium Arborense de Oristano.

 

Faux bronzetti

En plus de cette exposition, à l’étage les trouvailles des sites de la région : Tharros et Cabras, et une belle maquette de Tharros.

Deesse mère

Nous sommes pressées de découvrir notre nouveau gîte à Torre del Pozzo 250km plus au nord où nous devons arriver pour 16h. Torre del Pozzo est une localité plutôt diffuse avec des maisons construites sur la pente dominant la mer. Pas un village. Nous trouverons quelques commerces et une jolie croisette à S’Archittu quelques kilomètres plus loin.

Notre nouveau gîte n’a pas la classe du précédent. L’appartement est situé en rez de chaussée et s’ouvre sur une terrasse carrelée et bien aérée (que l’on partage avec un autre appartement mais vide cette semaine) Une belle table à l’ombre, quelques plantes vertes. Il faut chercher la trouée entre les maisons voisines et les arbres pour deviner la mer. Le coucher de soleil n’en sera que plus précieux. A l’intérieur, mobilier sans prétention, mais tout ce qu’il faut dans la cuisine. Notre propriétaire a fermé les volets et fait courant d’air, il règne une agréable fraîcheur.

Les courses seront à Riola Sardo (12 km). Les plages sont accessibles à pied en moins de 5 minutes : deux petites criques de part et d’autre du petit cap où est bâtie la Tour qui donne son nom à Torre del Pozzo. Très petites criques rocheuses, il faut apporter les chaussons et le masque de plongée. Elles conviennent plutôt aux enfants tellement les « piscines » sont petites et peu profondes.

 

Muravera : dimanche à la plage

CARNET SARDE

panorama vu de la tour de Porto Corallo, la baie de Muravera avec la plage de San giovanni et de salinas

Pour notre dernier jour à Dolce Luna nous avons prévu de profiter de notre merveilleux gîte.

Au programme baignade à San Giovanni, le matin  et l’après-midi à Spaggia Collostrai . 

Ce matin, nous sommes allées chez la dame de San Priamo acheter oranges pamplemousses, cerises et courgettes et faire nos adieux.  Depuis le début du séjour, j’avais envie de parcourir la grande plage qui part de Torre di Salinas jusqu’à San Giovanni : 4.5 km. L’idée était de me baigner plusieurs fois chaque fois que j’aurais chaud. Pour me protéger du soleil, un chapeau, un paréo, et mes tongs.

Et si la plage était coupée par un cours d’eau? si je ne pouvais pas arriver, comment prévenir Dominique ? J’ai donc emporté mon téléphone et renoncé aux baignades. Pas de longe-côte, seulement  marche les pieds dans l’eau.

Sur les grandes plages de l’Atlantique ou de la Manche où il y a des marées c’est un plaisir de marcher sur le sable mouillé et c’est facile. Ici soit le sable sec est brûlant, soit il faut marcher les pieds dans l’eau dans la zone de sable battue par les vagues et très en pente. Je marche en me déhanchant et marcher de travers est pénible. Pour retrouver l’équilibre je remonte sur la plage et alors je me brûle et cours me tremper à nouveau. J’avance beaucoup plus lentement que prévu. Dominique garée à côté de Marina Gio est assaillie par des hordes de moucherons.

Baignade devant le restaurant Marina Gio qui a belle allure vu de la plage avec une barque fleurie et un tapis de Griffes de sorcières (Carpobrotus edulis).

Pendant que je nage, je me distrais avec les installations sophistiquées des Sardes en famille le dimanche. Sur un diable, ils ont fixé des parasols (3 ou4) un ou deux lits de plage, des sièges pliants. Généralement quelqu’un d’autre se charge des glacières. Ils ont aussi étalé des draps de plage, fixé des voiles entre les parasols. Près de là où j’ai planté mes tongs bleus (achetés au Cambodge il y a maintenant 11 ans)je compte quinze personnes sous trois parasols bleus. Un peu à l’arrière, une autre famille a installé un barnum (type de ceux des pharmacies pour les test PCR). Vu aussi trois parasols et une voile avec des sacs remplis de sable au bout des cordages pour assurer la stabilité. Dans l’eau, les petits s’amusent. Certains nagent même très bien rn faisant des cabrioles de dauphins sous l’œil attendri des mères debout dans l’eau qui leur arrive à mi-cuisse. Pratiquement aucun adolescent ni adulte dans la mer. Il y a aussi les traditionnels pistolets à eau, bouées et jeux de raquettes. Mais l’essentiel est de se regrouper en famille.

tour Dieci Cavalli

Visible de la plage, légèrement en retrait une tour originale celle des Dieci Cavalli construite sur une arche.

Aux alentours de Dolce Luna : plage de Feraxi, étang de Collostrai

CARNET SARDE

L’heure magique

l’heure magique : lever de soleil sur Dolce Luna

6 heures du matin : l’heure magique. La grosse boule tamisée par la brume apparait derrière le caroubier dans les siliques vert tendre sont déjà formée. Les clochettes des chèvres tintent. Bientôt, le berger leur fera traverser la route. Chant des oiseaux.

Je dessine l’étang de Salinas avec ses reflets. Les reflets ne sont visibles que le matin et à la tombée de la nuit. L’étang est alors un miroir argenté tandis que la surface de la mer est plus rugueuse. L’hôtel ressemble à un paquebot proche du rivage. Bientôt il fera trop chaud mais pendant l’heure magique je porte ma chemise à manches longues.

J’aimerais que ce miracle s’étire.

Balade le long de l’étang de Collostrai

le Capo Ferrato et l’étang de Collostrai qui brille derrière les arbres

Après San Priamo, la SP18 se dirige vers Capo Ferrato. Il fait encore frais à 9h30. Je marche le long de la route le long de l’étang et je m’amuse à herboriser avec l’application PlàntNet les touffes roses au bord de la route m’intriguent ; PlantNet propose canche mais aussi orpin(sedum) j’élimine la canche qui est une graminée.

mylabres inconstants

Les fleurs roses sont des Centaurées à feuille de navet(Centaurea napifolia) . L’application détermine un chardon d’Espagne à fleurs jaunes et un chardon bleu qui porte un groupe d’insectes noirs et orange qu’iNaturalist identifie comme Mylabres inconstants. J’ai été bien inspirée de ne pas y toucher : ils secrètent de la cantharidine toxique et irritante. Certains chardons portent de très belles capitules comme des artichauts.

Pendant que j’herborise Dominique m’appelle : une tortue a tenté de traverser la route. Elle a prévenu les autres automobilistes en faisant des appels de phares qui ne les ont pas ralenti. Par chance la tortue est passée sous le châssis entre les roues, puis elle a fait demi-tour. Sur le bord de l’étang de Collostrai poussent surtout des tamaris, le long de la route on a planté des eucalyptus. Etrangement, malgré la grosse chaleur je ne sens pas leur parfum.

Spiaggia di Feraxi

buissons de cistes jaunes

Après 3 km, une piste est fléchée Spiaggia di Feraxi avec une tête de poisson dans la flèche et ITTITURISMO qui indique soit des activités de pêche soit un restaurant de poisson proposant de la pêche locale. Dominique prend la piste en voiture tandis que je continue à pieds. La promenade est égayée par des buissons jaunes éclatant : cistes jaunes Cistus halimifolius qui forment de gros massifs. A droite les pistes sablonneuses vont vers la mer. Un peu trop sablonneuse à mon goût : j’ai peur qu’on ne s’enlise. Nous nous garons près d’autres voitures à quelques centaines de mètres de la mer sous des pins. La spiaggia di Feraxi est une immense plage vierge de toute installation. Chacun apporte son (ses) parasol(s), sièges et glacière. Le sable est très blanc, très fin. L’eau merveilleusement claire. Les affiches Anticovid19 indiquant les distances de sécurité à respecter semblent une vaste blague : sur des kilomètres à la ronde, il y a à peine une vingtaine de personnes. Une plage de rêve. Très belle baignade mais pas de nageurs. Je reste près du bord.

Nous avions prévu d’aller au restaurant mais il est trop tôt.

colonie pénitentiaire

Je programme le Musée ethnographique de la colonie Pénitentiaire de Castriadas recommandé par le Guide Vert que GoogleMaps reconnaît parfaitement et m’indique « ouvert jusqu’à 14h » 17 km de notre position. A 11h30, nous arrivons sur le parvis de l’immense établissement peint en rose (mais en travaux) . la région aurait été dévastée par la malaria et la peste. Devenue déserte, on auait utilisé des prisonniers pour bonifier els terres et développer l’agriculture.

A la petite station-service, la dame pompiste m’explique que le musée a fermé et a été transféré à Sa Manduria dans le voisinage. On cherche. Pas de fléchage, évidemment on ne trouve pas.

Cela fait beaucoup de visites loupées dans le coin : les 53 menhirs, le nuraghe, les restaurants fermés….je commence à douter de mon organisation avec le smartphone, GoogleMaps et TripAdviser, le site officiel du tourisme  Sardegnaturismo.it n’est pas plus fiable. Le Covid a fait fermer de nombreux sites qui n’ont pas encore re-ouvert. Est-ce négligence des propriétaires ou des autorités qui ne mettent pas à jour les informations sur Internet ? Ou tout simplement est-ce que la saison touristique n’a pas encore démarré ?

Après la déconvenue du musée Ethnographique, une autre nous attend à San Giovanni. Nous arrivons à 12h30 au restaurant Marina Gio . On nous a promis une réduction en nous recommandant de Dolce Luna. Marina Gio est une très belle pizzeria très bien située sur la plage. Personne encore dans la salle vide. « Vous avez réservé ? C’est complet ! » Comme on se prévaut de Dolce Luna, le serveur nous trouve une table au beau milieu de la pièce loin des fenêtres et de la terrasse. Nous sortons. Un autre établissement pizzeria-bar est l’annexe du beau restaurant avec des tables à l’extérieur qui nous conviennent tout à fait. On veut bien de nous, en revanche le menu est restreint : entrées de la mer, salade verte, bifteak-frites ou calamar grillé. Pas de pizza (pour une pizzeria c’est un comble !) pas de pâtes (en Italie ??)

Nous allons à Muravera chez Conad où j’achète des hamburgers de luxe (4.4€) et des courgettes. Ce n’est pas festif mais tant pis ! Nous faisons la sieste au gîte. Je lis L’Île des Âmes de Piergiorgio Pulixi , polar sarde qui me sert aussi de guide touristique. Je dessine. Notre gîte Dolce Luna est merveilleux : plutôt en profiter que de battre la campagne à la recherche de attractions invisibles.

Baignade à la Spiaggia di Collostrai. Je reconnais les retraités qui étaient là hier (sans cannes à pêche), chacun le nez dans le smartphone. La mer est d’huile, je nage parallèlement à la côte de parasol en parasol. Un groupe de parasols multicolores signale des familles nombreuses avec une ribambelle de gamins.

Maudits soient les moustiques ! Au coucher du soleil malgré les vêtements couvrants et les répulsifs ils foncent au visage. Après en avoir écrabouillé deux d’un coup, je rentre.