Precious life – film israélien de Shlomi Eldar

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Sous le coup de l’émotion, parce que personne ne peut être aussi innocent que Muhammad, âgé de quelques semaines, dépourvu de système immunitaire, qui ne pourra pas être soigné à Gaza… Parce que le hasard a voulu que le sauvetage de cet enfant – une greffe de moëlle osseuse, qui ne peut être effectuée qu’en Israel – s’est déroulée quelques mois avant la guerre à Gaza, et que le tournage du film a continué malgré la guerre.

Absurdité

La vie est précieuse veut expliquer le cinéaste, tellement précieuse que l’enfant sera sauvé par un donateur anonyme dont nous savons seulement qu’il est israélien et qu’il a perdu un fils pendant une opération militaire.

La mort est normale, dit la mère qui a perdu deux filles de la même anomalie génétique et qui ne sait pas si elle gardera Mohammad vivant. La mort est normale, dit la mère qui a vu tellement mourir à Gaza. La mort est normale, répète-t-elle, imaginant même que le bébé pourrait devenir un martyr s’il grandit….

Etrange métaphore que le combat entre les cellules de l’enfant et le greffon de moëlle osseuse que sa cousine lui a donné, et que bien que compatible, est rejeté puis accepté au prix de longs traitements.

Absurdité que la situation de ce médecin qui attend qu’on lui donne l’ordre d’entrer dans la bande de Gaza en pleine opération Plomb durci et qui garde le contact avec son patient justement à Gaza.

Et pourtant,

des médecins, des journalistes, des hommes de bonne volonté poursuivent leur lutte pour que Mohammad vive, parce que la vie est précieuse.

Et pourtant,

des médecins, des journalistes, des hommes de bonne volonté poursuivent leur lutte pour que Mohammad vive, parce que la vie est précieuse.

Sari NUSSEIBEH Anthony DAVID : Il était un pays – une vie en Palestine

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La biographie de Sari Nusseibeh est écrite à la première personne( je ne comprends pas bien le rôle d’A David). Sari Nusseibeh est actuellement le président de l’Université El Quds (université arabe de Jérusalem). C’est aussi un acteur politique qui a représenté le Fatah à Jérusalem et qui a tout mis en œuvre pour un dialogue israélo-palestinien quand ce dialogue était possible. Professeur de philosophie, à Bir Zeit mais aussi à Harvard, ancien élève des meilleures écoles britanniques, il est éloigné de toutes les idéologies qui ont enflammé le Moyen Orient faisant aussi bien référence à Locke, Kant qu’aux philosophes arabes médiévaux.

Le personnage est admirable dans sa ténacité de pédagogue avec ses étudiants, de négociateur, choisissant toujours les solutions pacifistes quand celles-ci pouvaient être mise en œuvre, y compris pendant la première Intifada, dans son opposition au mur qui devait passer à travers le campus de son université.

C’est aussi un témoin averti qui raconte l’histoire de Jérusalem (pendant 13 siècles) et celle de la Palestine, pendant le Mandat Britannique où son père jouait un rôle de premier plan, puis sous contrôle jordanien et enfin sous l’occupation israélienne. C’est donc une grande leçon d’une histoire que j’ignorais. Si le livre date de 2008, la narration s’arrête un peu avant. On comprend mieux les prémisses de la situation actuelle : je découvre comment Israël a favorisé l’ascension du Hamas pour embarrasser le Fatah, mais également comment la distribution des fonds du Fatah a fait le lit de la corruption. Fidèle à Arafat, Sari Nusseibeh est néanmoins critique de sa gestion.

Sari NUSSEIBEH Anthony DAVID : Il était un pays – une vie en Palestine Lattès CLIC

Sayed KASHUA – Et il y eut un matin

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Traduit de l’hébreu.

Parmi les Palestiniens, Cisjordaniens, Gazaouis, Fatah, Hamas, Musulmans, Chrétiens,  Druzes…. On oublie parfois les Arabes Israéliens qui, parfois, se revendiquent tels. Sayed Kashua écrit en hébreu. Le titre de son roman Et il y eut un matin, sonne biblique.

Le héros est un journaliste dans un journal israélien . Avant de retourner dans son village, il habitait Tel Aviv et menait une vie ordinaire avec sa femme, enseignante, et leur bébé. C’est à cette vie ordinaire qu’ils aspirent. Pour la sauvegarder, le narrateur est prêt à toutes sortes de concessions. Hélas, il perd son emploi, et doit retourner au village pour ne plus subir les tracasseries de ses voisins.

Le retour au village, la construction de la nouvelle maison n’est pas vécue dans l’allégresse. Ni sa femme, ni le journaliste ne regrettaient la vie du village, étriquée. Ils aspiraient à l‘anonymat de la grande ville.

Pourtant tout se déroule sur le mode de la comédie. Beaucoup d’humour. On sourit beaucoup dans ce livre. Même quand le village n’est soumis à un blocus inexplicable. Le village est encerclé comme un village des territoires occupés. Bons israéliens, la plupart des habitants ne comprennent rien à l’arrivée des chars et à l’encerclement. L’électricité est coupée, comme le téléphone, Internet.

Enfin le journaliste tient un scoop ! Mais il ne peut pas joindre son journal.
En quelques heures toute la vie quotidienne se désorganise. On stocke la nourriture, mais les frigos sont en panne, l’eau vient à manquer, les égouts, eux débordent. C’est l’enfer auquel personne n’est préparé! Mais toujours sur le mode humoristique.

Le dénouement ne tardera pas, l’occupation ne durera que quelques jours. La fin est surprenante.

Aujourd’hui les bombes tombent sur Gaza. Le blocus de la ville dure depuis des semaines. Qui aurait envie de lire une comédie ? Et puis vendredi, jour de la colère, les palestiniens se solidarisent avec Gaza bombardée. Comment réagiront les Arabes Israéliens finalement intégrés comme le journaliste de l’histoire ? L’auteur écrirait il un tel roman maintenant ? Ecrit pour voix-nomades en décembre 2009

Sayed KASHUAEt il y eut un matin POINTS 280p

 

Fix me de Raed Andoni film palestinien

Toiles Nomades

Une migraine tenace harcèle Raed Andoni. Son médecin de famille ne trouve aucune explication physiologique « migraine due au stress » et lui conseille d’aller « voir en face » , qui? l’Autorité Palestinienne? l’occupant?  « Yaani, » La situation à Ramallah est en soit une prise de tête!

Au désespoir de sa famille et de ses amis, Raed ne veut pas faire un film militant. Il filme sa thérapie dans un centre de santé magnifique établissement, qui domine la ville,  un miroir sans tain destiné aux étudiants, permettra à l’équipe de filmer. Equipe qui ne parle pas l’Arabe et qui laisse donc l’analyse se dérouler sans comprendre ce qui se dira. Il nous fait aussi entrer dans l’intimité de sa famille.

Raed Andoni se met en scène avec humour. C’est à Woody Allen qu’on pense!

Il filme avec une incroyable liberté d’esprit. D’ailleurs  c’est sa liberté individuelle qu’il affirme: ne pas se laisser enfermer dans une case! Alors qu’on le voudrait résistant, porte-parole de la Palestine, il prend  la liberté de ne rien faire, de s’occuper à des jeux aussi puérils  qu’inutiles, pianoter sans fin sur ses deux ordinateurs allumés en même temps…Il n’a pas de complexe vis à vis de ses amis militants. Comme eux, il a fait de la prison. Mais il revendique le droit du « peut être » et du doute. Il n’a pas peur du ridicule quand il se dépeint, regardant le monde de haut, comme sur un chameau.

D’ailleurs un magnifique chameau harnaché attend au croisement sur la route qui va vers la Mer Morte….