le livre des prodiges – Olivier Ciechelski – éditions du Rouergue

POLAR BANLIEUSARD

Trouvé sur le blog de Dasola

J’avais envie d’un polar d’une nouvelle série après des lectures difficiles.

Si on considère que Gennevilliers, son port, les bords de la Seine, L’Île Saint Denis, sont le sujet du livre, c’est tout à fait réussi et intéressant. J’aime explorer les coins reculés du Grand Paris, son histoire, ses mutations. J’aime bien les références géologiques des carrières, l’histoire maraîchère un peu ancienne maintenant, les tours et les quartiers du 9-3,  avec les chantiers des Jeux Olympiques, grues, darse de Haropa, le port Havre-Rouen- Paris qui exploite  également des darses à côté de chez moi à Bonneuil. 

En revanche, en ce qui concerne l’intrigue policière j’ai été déçue. Les personnages d’abord ne m’ont guère intéressée. Nora, brillante élève, reçue première de sa promotion est écartée de l’enquête. Est-ce à cause du machisme de ses collègues et de son chef, elle est reléguée à des patrouilles de routines et même placardisée quand elle se rebelle. Son personnage est peu crédible, naïveté adolescente dans sa foi catholique, puis casse-cou et redoutable batailleuse sur le terrain. Ses collègues sont tout aussi schématisés, des flics ripoux, vulgaires. peu de finesse.

L’irruption du fantastique et les invraisemblances m’ont rebutée. Je suis mauvaise cliente pour les maléfices.

Malgré ces bémols, ce polar se lit bien, on tourne les pages pour savoir comment cela va se terminer même si l’intrigue se dévoile assez tôt.

Grand Paris Express – Ligne 15 Gare Saint Maur Créteil

TOURISTE DANS MA VILLE

Le chantier de la Gare Saint Maur Créteil

Il faudra encore patienter une bonne année avant que le Métro du Grand Paris Express, Ligne 15 sud ne soit mis en service. Comme on a retiré la palissade et les Algécos au coin de l’Université de Créteil, j’imaginais que l’ouverture de la ligne était imminente. Mais  non! La gare Saint Maur Créteil est encore en chantier. C’est la gare la plus profonde de France (55 m) et son creusement  a retardé d’une bonne année la mise en route.

La géologie explique ce chantier titanesque : en superficie on a implanté le RER A, en dessous, le sous-sol est d’abord très humide du fait de la proximité de la Marne et en dessous une épaisse couche d’argiles plastiques ne se prête pas au creusement d’un tunnel. Il a fallu creuser dans la craie . Creusement d’un puits vertical avec 9 niveaux horizontaux tandis que  le tunnelier forait horizontalement. J’imaginais un tunnel horizontal, il fait plutôt des montagnes russes! L’emplacement d’une gare à Saint Maur est nécessaire pour l’interconnexion avec le RER A en direction de Boissy-Saint-Léger,  une autre gare relie le RER A à Champs sur Marne, mais il s’agit de la branche qui va à Marne la Vallée.

Puits et escalier monumental : Sculpture de lumière

L’aménagement de la Gare a été attribuée par concours à l’architecte Cyril Frétout (ANIMA) . Les 68 gares du Grand Paris Express sont conçues en Tandem, un architecte et un artiste. Suzanne Fritscher. Le problème était de meubler le puits de 42 m de profondeur et d’y amener la lumière. Un escalier monumental se déroule « comme une pelure d’orange en spirale. Et pour meubler et sculpter la lumière des câbles fins blancs et transparents se déploient comme une nébuleuse lumineuse. En périphérie, une batterie de 11 ascenseurs (25 personnes) dessert la galerie. 

Dans le tunnel, pas d’affiches publicitaires géantes comme dans le métro parisien mais des décors imaginés par des plasticiens qui font allusion à l’environnement en surface. 

 Un dernier mot laissé à l’architecte (trouvé sur le site du Grand Paris Express)

Les Passages couverts du Sentier

TOURISTE DANS MA VILLE

les caryatides à l’entrée du Passage de Bourg l’Abbé

C’est une visite guidée par Monsieur Bac trouvée sur le site Explore Paris. Bien que parisienne de naissance, j’ai parfois besoin qu’on me fasse découvrir des endroits un peu secrets que je n’ai pas exploré seule.

J’étais passée la semaine passée par le Passage Brady en allant à la Galerie Martel Art Spiegelman et Joe Sacco signaient leur BD Never Again!..And Again… (jusqu’au 10 janvier 2026) et cela m’avait donné envie d’en savoir plus sur ce quartier très vivant, cosmopolite et dépaysant. 

Théâtre Antoine boulevard de Strasbourg

La promenade commence au  métro Réaumur Sébastopol pour s’achever une station de métro plus loin à Strasbourg-Saint Denis dans un périmètre très restreint limité au sud par le métro Sentier et la Place du Caire. 

passage de Bourg l’Abbé

Nous découvrons les passages couverts. Ces passages furent aménagés à la fin du XVIIIème siècle : 1785 pour le Passage du Prado, 1798 passage du Caire,  et dans les années 1830 . Ils permettaient aux Parisiens de faire leurs achats dans des boutiques fermées sans se salir dans la boue des rues, raccourci entre les artères passantes et lieux de promenade agréable. Ces passages furent amputés par les travaux d’Haussmann et le percement du boulevard de Sébastopol (1854) puis concurrencés par l’essor des Grands Magasins. 

Nous entrons dans le Passage de Bourg l’Abbé sous le porche dessiné par Blondel avec ses deux cariatidesa, allégories du Commerce, et de  l’Industrie pour découvrir des boutiques sous une verrière très haute. Ce lundi 29 Décembre n’est pas très propice au shopping, nombreuses enseignes sont fermées. Ce passage est privé, l’accès n’est autorisé qu’en semaine et aux heures ouvrables. Aux étages supérieurs des résidents disposent d’une clé. 

L’entrée du Passage du Grand Cerf est moins spectaculaire. Reliant le 145 de la rue Saint Denis au 10 de la rue Dussoubs, il doit son nom à l’ancienne « Maison de roulage » du même nom, terminus des diligences. Des merceries et boutiques de laine sont encore très actives

lilweasel, boutique de laine et mercerie

ainsi que des brocantes  et boutiques d’articles religieux ou décoratifs

Et encore plus pittoresque cet opticien vintage « Pour vos beaux yeux »

Pour vos beaux yeux lunettes vintage

la place Goldoni en l’honneur du dramaturge qui a vécu 21 rue Dussoubs et qui y mourut « pauvre » comme le rappelle une plaque de marbre commémorative. Non loin, la petite Rue Marie Stuart rappelle le passage de l’éphémère reine de France, petite rue mal famée à l’époque, Rue Tire-boudin ou Tire-vit comme on n’avait pas osé le prononcer devant la reine. 

Notre conférencier  pianote sur un digicode pour nous faire découvrir un très élégant hôtel particulier caché aux yeux des passants. Il appartenait au gouverneur de la Bastille, de Launay. Des merveilles sont ainsi invisibles et secrètes. Un guide est bien nécessaire.

vitrine du Café Royal à l’entrée du passage de Bourg l’Abbé

Des constructions récentes ont été bâties à la place de l’ancienne Cour des Miracles souvenir littéraire dont il ne reste plus rien. Rue Réaumur, près du métro Sentier, Monsieur Bac nous parle de l’ancien quartier de la Presse et nous montre le siège de l‘Indépendant, évoque Paris-Soir, puis France-Soir, Pierre Lazareff….temps révolu, il ne reste plus d’imprimerie de Presse maintenant. Heureusement qu’une visite guidée peut me rafraîchir la mémoire. Nous sommes dans le Quartier du Sentier, quartier du textile et de la passementerie et arrivons Place du Caire

passage du Caire

Le Passage du Caire a été construit après l’expédition de Bonaparte. Sur la façade des figures d’Hathor sont surmontées d’une frise ressemblant aux bas relief de RamsèsII et au sommet de l’immeuble des hiéroglyphes fantaisistes intègrent une caricature du profil d’un professeur des Beaux Arts.

Verrière Passage du caire

Le Passage du Caire a été construit dans l’esprit d’un bazar oriental sur un plan en Y avec 3 différentes allées rejoignant la rue du Caire, et la Rue Saint Denis. Les boutiques ne sont guère jolies, ce sont plutôt des entrepôts et des ateliers de textiles. L’endroit ne respire pas la prospérité. Discrétion des grossistes ou crise du textile?

Encore un  passage : Le passage du Ponceau et la découverte d’un autre hôtel particulier ravissant.

Nous passons Rue Blondel, puis Rue Saint Denis très animée depuis des temps très anciens : voie qu’empruntaient les rois de France pour aller à la Basilique Saint Denis. L’arc de Triomphe est élevé en l’honneur des campagnes militaires de Louis XIV et de la victoire sur la Hollande, érigé en 1673 par Blondel. Nous traversons ensuite le Boulevard Bonne Nouvelle pour un dépaysement certain : nous sommes en Turquie! Cette petite Turquie est très animée avec des commerces de bouche et de nombreux restaurants.

passage du Prado

Art déco ou indien, le décor métallique qui soutient la verrière du Passage du Prado ? nous continuons le voyage en Orient, Pakistan ou Afghanistan, des officines de traducteurs sont décorées de l’ancien drapeau afghan. Barbiers à prix dérisoires, commerces exotiques. 

passage Brady

Passage Brady, ,nous sommes en Inde avec des restaurants très appétissants, des épiceries exotiques et des coiffeurs. Perruques, extensions, teintures…Un peu plus loin, après le Château d’Eau nous arriverions au Château Rouge, concentration de coiffeurs africains….mais nous ne ferons pas le voyage ce jour. 

Bouillon Julien

Dernière découverte : le Bouillon Juliennombreuses tables dans un décor Art Nouveau  (ouvert en 1906)verrière à motifs végétaux, mosaïque de Trezel sur des motifs de Mucha, stucs et un comptoir en bois précieux de Cuba. Les prix sont tout à fait raisonnables et j’ai prix la carte pour réserver à la prochaine occasion. 

Pekka Halonen : un hymne à la Finlande – au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 22 février 2026

1911 Rochers couverts de glace et de neige

Très belle exposition du peintre finlandais Pekka Halonen (1865-1933) qui nous fait découvrir la nature de son pays en plus d’une centaine de tableaux. Au tournant du XIXème siècle et du XXème, Paris a aussi attiré Edelfelt CLIC à qui le Petit Palais avait consacré une belle exposition et Gallen-Kallela CLIC Exposition à jacquemart-André

L’exposition Pekka Halonen rappelle le contexte de l’indépendance compliquée de la Finlande, Grand-Duché sous la tutelle de la Russie, dotée d’un parlement mais dont l’indépendance ne fut proclamée qu’en 1917. peintres et musiciens étaient inspirés par l’élan nationaliste. Pekka Halonen est représenté jouant de l’instrument de musique typiquement finnois : le Kantele et avec Sibelius

1891 Eero Jarnefelt : Pekka halonen jouant du kantele

A l’Exposition Universelle de Paris 1900 la Finlande avait un pavillon qui est reproduit dans l’exposition  où Pekka Halonen exposa avec d’autres peintres finnois. 

1900 – La lessive sur la glace Pekka Halonen

Venu à Paris en 1890 il fut formé par Jules Bastien-Lepage , peintre naturaliste à la suite de Jean-François Millet mais en 1893, il devient l’élève de Gauguin. Il peint les hommes de son pays au travail, bûcherons, ou pêcheurs 

Homme goudronnant sa barque

Mais son inspiration principale est la nature : lacs, nuages et surtout la neige.

1907 Fin d’hiver au lac Tuusula

Sa maison-atelier Halasenniemi à Tuusula qu’on découvre sur le tableau est reproduite dans une grande salle de l’exposition : large baie vitrée donnant sur le lac et chaudes boiseries à l’intérieur. Dans cette salle, on voit la vie se dérouler de-dans comme dehors, les saisons passer avec les couleurs vives succédant aux blancs bleutés de la neige et de la glace

La lessive qui sèche

Couleurs vives de l’automne aussi. Reflets sur l’eau, sur la glace qui fond pendant la débâcle

la Débâcle

Bouleaux et pins de la forêt

1916 Grand pin Kotavuori

mais l’éblouissement, l’émerveillement se trouve dans la dernière salle où la neige est peinte sur tous ses aspects. On pourrait y rester longtemps en contemplation.

Bouleau japonisant

j’aurais aimé tous les photographier : les pins, les rochers, les bouleaux,

 

Surtout dans cette grande exposition gardez du temps pour rester longtemps dans cette salle!

Soulages, une autre lumière au Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

J’ai découvert Soulages, chez lui, dans son musée de Rodez. Découvert l‘Outrenoir sur des toiles où le noir appliqué au pinceau, au couteau, griffé gratté joue avec la lumière qui transforme le tableau selon l’angle d’incidence. De grands tableaux noirs et tant de variété…une visite passionnante. CLIC

J’ai suivi Soulages à Conques et observé comme la lumière modifie les vitraux selon le temps qu’il fait, l’angle d’incidence… Et toujours la sobriété des abbayes cisterciennes CLIC

Soulages, peintre du noir ou de la lumière.?

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs lorsqu’il illumine les plus obscures il leur confère une grandeur sombre »

Soulages 2005

 

Quoique… Soulages n’a pas toujours peint du noir. Quand il s’est installé à Paris à la fin des années 40, il a surtout utilisé du brou de noix à la riche teinte brune.

 

L’exposition présente des papiers marouflés sur toiles. Ordre chronologique, on peut deviner l’évolution du travail. Bou de noix, gouache noire, encre. Peinture abstraite : ne pas chercher d’intention, les titres donnent une date, et les dimensions de l’œuvre. Rien pour guider le regardeur qui se fera son interprétation personnelle. Ou pas.

On découvrira des séries qui se répondent,

Intrigué, je zoome :

surprise! une timide apparition de la couleur

il y a aussi une exposition « immersive » avec casque numérique mais j’ai horreur du casque, je ne peux donc pas vous en parler.

Le mystère Cléopâtre à l’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

La mort de Cléopâtre jean André Rixens (1874)

Cléopâtre, figure historique

Cléopâtre voit le jour à Alexandrie en 69 av. JC et se suicide par une piqûre de serpent en 30 av JC après la bataille d’Actium. Cléopâtre VII, reine intelligente, fine diplomate a restauré le lustre que son royaume avait perdu, devenant protectorat romain. Elle noue des liens avec César dont elle a un fils Césarion (Ptolémée XV), le suit à Rome en 46.  Après l’assassinat de César, elle va négocier avec Marc Antoine ,  accroit ses territoires, modernise sa flotte. ils auront ont 3 enfants. Vaincue à la bataille d’Actium, elle préfère se suicider que de se soumettre à Octave. 

La bataille d’Actium

La première partie de l’exposition est archéologique avec des objets originaux : un vase en forme de canard m’a bien plu, des bagues et sceaux, et toute une collection numismatique avec des pièce à l’effigie de Cléopâtre qui ne ressemble pas du tout à Liz Taylor, ne porte pas de perruque de pharaon mais dont le nez fameux est bien marqué. La dynastie des Ptolémées est d’origine macédonienne et l’Egypte est très hellénisée : des statuettes montrent les dieux égyptiens  très différents de ceux du Nouvel Empire. On reconnait Isis, Osiris, Horus, et Bès. Photographies anciennes  de Denderah, temple hellénistique. Et même une réplique de la Pierre de Rosette

Buste de Serapis

Une visite virtuelle  d’Alexandrie provient d’un jeu vidéo Ubisoft. Je n’aime pas tellement cette esthétique et surtout les personnages que je trouve laids mais c’est très instructif : on voit la Grande Bibliothèque, le Musée, l’île de Pharos…

Cléopâter mourant debout. Sculpture en marbre de Jean Baptiste Goy pour les jardins de Versailles

La Légende de Cléopâtre

La suite de la visite se déroule au deuxième niveau et raconte les légendes de Cléopâtre.

Les Romains, et surtout Auguste, le vainqueur d‘Antoine ont noirci le mythe. Virgile, Horace, Plutarque la décrivent comme un monstre séduisant les hommes, une sorte d’obsédée sexuelle, même parfois de prostituée. 

Les Egyptiens, plus tard (VIIIème – XIIème siècle) lui brodent une toute autre légende, de reine bienveillante, de philosophe érudite, même une alchimiste, de femme préférant la mort à la soumission.

Mort de Cléopâtre

Les classiques, Dante ou Shakespeare  reprennent la légende, s’inspirant des romains, Plutarque entre autres, en font une héroïque tragique, entre passion amoureuse et politiques. Le suicide au serpent a inspiré sculpteurs et peintres.  Après l’expédition de Bonaparte en Egypte, la découverte des décors , l’Orientalisme  inspire peintres et hommes de théâtre. Sarah Bernhardt lui prête son visage

Sarah Bernhardt en Cléopâtre

Puis vient le temps du cinéma, déjà Méliès en 1899 et une véritable Cléomania va traverser l’histoire du cinéma: Claudette Colbert (1934), Vivien Leigh(1945) Sophia Loren (1953); Liz Taylor (1963) (c’est ell. e qui est pour moi la figure de Cléopâtre) suivie de tant d’autres. Asterix et la BD s’emparent de Cléopâtre

Liz Tayor : cléopâtre fait naviguer dans son bain un des navires de sa flotte

Je n’ai pas apprécié la scénographie avec la projection de trois films en même temps sur un immense mur-écran, n’arrivant à en suivre aucun.

Cléopâtre reine du marketing

je vous laisse deviner à quelles marques sont nom est attaché. C’est toujours l’image des péplums qui est alors utilisé, glamour et exotique.

Une dernière partie de l’exposition est surprenante. Le nationalisme égyptien, entre autres du temps de Nasser a repris à son compte Cléopâtre. Plus loin, les mouvements des luttes africaines-américaines l’ont adoptée comme héroïne refusant la soumission, Barbara Chase-Riboud sculpté son trône vide : force et fragilité du pouvoir féminin.

Le trône vide Cléopâtre par Barbara Chase-Riboud

Dernier avatar : l’icone féministe. Des plasticiennes contemporaines mettent en scène la misogynie qu’a subi Cléopâtre de la part des hommes qui ont minoré son rôle de souveraine, qui l’ont diabolisée et hypersexualisée. Esmeralda Kosmatopoulos CLIC a réalisé une installation de trois tableaux de la reine de profil (profil retrouvé sur les monnaies) I want to look… et à côté toutes les prescriptions de chirurgie esthétiques sur une ordonnance fictive, en particulier rhinoplastie (on connait la citation « si le nez de Cléopâtre… » clic

Esmeralda Kosmatopoulos : I want to look like Cleopatra

Et pour finir une image de Cindy Sherman : Cléopâtre ou Méduse?

Georges De La Tour – Entre Ombre et Lumière – Musée Jacquemart André

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 22 février 2026

George De La tour – Le Nouveau Né

Entre ombre et lumière on pense tout d’abord à Caravage, la vidéo de l’exposition préfère ténébrisme . La visiteuse s’amuse à chercher la source de lumière, est-ce une bougie cachée par la main de la femme qui fait écran, ou le nourrisson est-il l’enfant Jésus rayonnant de lui-même? J’aime beaucoup le visage doux de la mère. 

Ici la chandelle est bien présente, éclairant le livre de compte (soigneusement peint, j’ai vérifié) et comptant la monnaie. J’ai pensé sur place au tableau du Caravage à Saint Louis des Français : La vocation de Mathieu. Après examen,  ils sont bien différents.

Job raillé par sa femme

Plus spectaculaire encore l’éclairage par en dessous dans le Job raillé par sa femme. Et dans la femme à la puce, on devine la puce écrasée entre les ongles.

La Femme à la puce.

le Peintre des infortunés

j’ai aimé les représentations des misérables Mangeurs de pois

et le vielleur aveugle qu’il a peint tantôt avec sa sacoche, tantôt avec son chien

Le vielleur

Répliques et variations

montre deux versions de Saint Jérôme pénitent . Ici un autre jeu pour la visiteuse joueuse : jeu des 7 erreurs, le sujet plaisait puisque un tableau avait été commandé par Richelieu, et l’autre se trouve en Suède. Celui au chapeau rouge était-il destiné au cardinal? 

Apostolados

Vient toute une série de saints (deux saint Jacques, le majeur et le mineur) . Ces thèmes religieux m’attirent moins mais je me suis arrêtée longuement devant les deux tableaux de Saint Pierre repentant . Celui à la larme est bouleversant se tordant les mains.

Saint Pierre repentant à la larme

Autre repentante : Madeleine

Madeleine repentante

Georges de La Tour a peint de nombreuses toiles, il était célèbre en son temps. La Lorraine a vécu des années troublées avec la Guerre de Trente ans puis des épidémies dont il a d’ailleurs succombé en 1652. Le peintre est tombé dans l’oubli et seulement une quarantaine d’œuvres ont été retrouvée. On ne connait certains tableau que par des copies.

Encore une belle exposition, dommage qu’elle attire tant de foule!

 

1925 -2025 – Cent ans d’Art Déco au Musée des Arts Décoratifs

Exposition temporaire jusqu’au 26 avril 2026

Centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels moderne de Paris 1925. Paris célèbre les Arts déco au MAD et à la cité de l’Architecture. Qui dit « arts déco » dit mobilier, mode, bijoux, accessoires pour la maison, mode…A la Cité de l’Architecture, plutôt pavillons de l’Exposition. Plus que jamais, architectes et décorateurs, ferronniers, verriers, stylistes ont travaillé de concert.

paravents en ferronnerie et robe assortie

L’exposition est très fournie, chacun.e y trouvera son trésor. Créations de bijoux prestigieux de Cartier éblouissants de diamants et de matériaux précieux (j’ai aimé le corail). Tissus et modèles de mode. 1000 objets promet le catalogue.

Grilles ferronnerie .Brandt Cherchez le paon et les baigneuses!

Il faut donc faire ses choix. Je vous présenterai uniquement mes préférés, au feeling, sans jugement de valeur. Effet de théâtre des paravents que j’aurais bien tous photographiés. 

paravent paysage

Les vases m’ont aussi beaucoup plu : Lalique, évidemment

vase avec les perruches

Tout un mur présente les motifs, colorés, géométriques, stylisés ou exubérants, tissus, papiers peints…

Quel tissu choisirez vous pour tapisser les fauteuils? Choix au Galeries Lafayette dans tous ces échantillons.

Grande sophistication des techniques et des matières parfois insolites comme le galuchat (peau de raie) de ce  chiffonnier anthropomorphe qualifiée de « Joconde »

Chiffonnier anthropomorphe

Laque avec des coquilles d’œufs, incrustation d’ivoire, broderies.

incrustation de nacre

Les meubles sont présentés dans des salons : salon de Nelly de Rothschild, décoré par Clément et Mère. Ou hôtel particulier de Jacques Doucet…

Coiffeuse toute en arrondi et en spirale

Une « Ambassade française » est meublée pour l’Exposition. plusieurs projets sont mis au concours.

Bureau de l’Ambassade

Il faudrait aussi citer les Artistes décorateurs les plus éminents comme Jacques-Emile Ruhlmann;Jean-Michel Frank ou Eileen Gray.

Il me faudrait aussi m’attarder sur l’Orient Express dont les wagons meublés sont reconstitués au rez de chaussée. Avec la vaisselle, les velours des sièges…

Enfin, je comprends comment Matatoune eu l’idée d’approfondir chaque motif chaque détail dans son calendrier de l’Avent. 24 articles pour présenter l’Art Déco. Chaque matin, j’attends son billet! CLIC Je la remercie encore de m’avoir donné quelques clés pour visiter cette exposition foisonnante.

Paris 1925 – l’Art Déco et ses architectes à la Cité de l’Architecture

Exposition temporaire jusqu’au 29 mars 2026

 

Le titre aurait dû être L’Exposition Internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris 1925 . L’exposition de la Cité de l’Architecture se concentre sur cette Exposition Internationale et présente quelques pavillons réalisés par des architectes de renom. 150 pavillons dont une centaine français et de nombreux étrangers, l’Allemagne exclue, les USA empêchés. 

Jiriart Tribout Pavillon des Galeries Lafayette

Ces constructions se devaient être des créations originales et modernes. Plusieurs contraintes pesaient sur leur conception :les pavillons devaient être démontables, la hauteur imposée 5 m, et les arbres et la végétation ne devait subir aucun dégât.

MALLET STEVENS : pavillon des renseignements et du tourisme

Robert Mallet Stevens (1886-1945) a intégré les arts appliqués et  a travaillé en collaboration avec des sculpteurs, vitraillistes .

Albert Laprade – Pavillon eu magasin du Louvre

Albert Laprade a commencé sa carrière au Maroc, réalisé aussi le palais de la Porte Dorée. C’est un des premiers inventeurs des jardins contemporains

Le Corbusier (1887-1965) a construit le Pavillon de l’Esprit Nouveau avec un arbre inclus dans la terrasse-jardin (pas facile à photographier j’ai loupé la photo)

PERRET GRANET Théâtre de l’Exposition

Auguste, Gustave Perret et André Granet ont conçu un théâtre très épuré, très clair 

Favier décor pour le pavillon de l’Intransigeant

Favier et Brandt ont aussi fait des grilles pour la Porte d’Honneur de toute finesse

Favier et Brandt grilles

Il faudrait aussi citer Süe et Mare parmi les fondateurs de l’Art Déco ainsi que Marast qui a aussi imaginé l’église de Vincennes des Jardins, de conception méditerranéenne 

Exposition très pointue, pédagogique mais uniquement centrée sur l’Exposition. J’attendais aussi des constructions Art Nouveau dans les environs…

Ce qui se trame – Histoires tissées entre l’Inde et la France – Manufacture des Gobelins

Exposition temporaire jusqu’au 4 janvier 2026

 

Somptueux Kalamkari au cyprès et aux paons

Les textiles, cotonnades, indiennes voyagèrent de l’Inde à la France en nombreux allers-retours, influences s’entrepénétrant, comme chaîne et trame d’un tissage métissé. J’avais déjà vu ces influences à Orange à la présentation de la fabrique Wetter où étaient manufacturées des « indiennes » et au Musée de la Toile de Jouy.

L’Exposition « Ce qui se trame «  se déroule  sous  le patronage des Manufactures nationales, de l’Institut Français, de l’Ambassade de France en Inde mais aussi de Louboutin, directeur créatif de l’exposition, de la Maison Lesage Intérieurs et 19M, et enfin, du programme de résidences artistiques à la Villa Swatagam. 

L’Antichambre

La visite commence dans l‘Antichambre, exemple parfait de métissage : le mobilier, la cheminée et ses bûches, le lampadaires sont tapissée de cotonnade aux motifs et couleurs indiennes . Tendues, au-dessus de nos têtes, des lanières de tissu figurant la toile d’une tente moghole. Sur le mur d’entrée aux arcades indiennes on a tendu de la toile de Jouy aux motifs bucoliques, images de France…métissage inversé.

Nid contenant une tente moghole

Rouge indien, rouge voisin du corail et bleu de l’indigo, les couleurs indiennes de base. Le nid inversé sur un miroir où est posée une tente moghole est l’œuvre de Lesage, contemporaine et surprenante. 

madame de Pompadour et un caraco d’Indienne

Quand Madame de Pompadour faisait la mode à la Cour, l’indienne était de tous les accessoires, ici en caraco sur une jupe de coton. Le coton venait d’Inde.

Broderies de Sumakshi Singh

La salle suivante est blanche, blanche comme la dentelle d’Alençon, ou la mousseline brodée. Dentelle de France, broderie indienne, s’épousent s’échangent. Le blanc est la couleur de deuil en Inde. Une merveilleuse installation Blueprint of Before and After de Sumakhsi Sing CLIC est composée de très fines broderies sur des modèles végétaux, feuilles de lotus ou d’herbes aquatiques suspendues par des fils presque invisibles. Légèreté, transparence. Les broderies étaient sur un support que la brodeuse a dissous chimiquement pour qu’il ne reste que ces nervures. la disparition de la matière pour ne garder que le squelette correspond à ce thème du deuil. A la fragilité de la vie. Je suis revenue contempler cette oeuvre qui me plaisait beaucoup à la fin de la visite. De la fenêtre venait une lumière rose du coucher du soleil éclairant les motifs et leur donnant un aspect nouveau. 

au coucher du soleil la lumière rose colore les broderies de Sumakshi Singh

Rouges panneaux qui se répondent : tentures napoléoniennes de la salle du trône du Palais de  Versailles avec les pans  des tentes mogholes. Sari brodé, caftan contemporain.

Pan de tente moghole

et au plafond des fils d’or tendus d’un tissage d’une finesse évanescente tandis qu’au milieu de la salle Lakshmi Modhavan CLICa installé une 96 navettes de bois chargées de fil d’or sauf certaines contenant des cheveux noirs de son fils,  symbolisant la transmission de la tradition et de son savoir de tisseuse. Le tissage à la main de ces fils d’or est si fin que des mots se lisent par transparence EVERYBODY /ANYBODY/NOBODY:

Fil d’ors fins comme un cheveu et leur ombre portée

suspendus le Kalamkari au cyprès (voir ci-dessus) imprimé au bloc, découpé, appliqué sur un fin voile de coton puis rebrodé au point de chaînette pour dessiner les deux paons, deux tigres et des antilopes. 

motifs floraux garance et indigo

Des tissus indiens de légende comme le Chintz peint et teint à la main de délicate fleurs garance et indigo. Shantush si fin qu’il passe à travers un anneau, pashmina

Un escalier monumental conduit à l’étage : sur un écran un film montre les différentes façons de porter le sari. A Varanasi des pèlerins de toute condition vont vers le Gange, des jeunes élégantes le plissent, le replient, en font un voile ou une étole…

Défilé Haute couture

Nous sommes arrivées dans la salle du défilé Haute Couture où des couturiers européens ou indien ont interprété le thème du sari. La robe satin rose est de Christian Dior, The golden Ascendant de l’Indien Gaurav Gupta, la robe du soir d’Yves Saint Laurent. Tandis que Chanel est en organza orange (tunique et bermuda). Spectaculaires anneaux de saturne de Schiaparelli

Anneaux de Saturne de Schiaparelli

Le décor est une immense tapisserie à fond vert et motifs végétaux The flower we grew de Rithika Merchant, Chanakya, CLIC

motif de la tapisserie

réalisée pour le défilé de Christian Dior au Musée Rodin. Elle est composée de 37 panneaux et a nécessité 144000 heures de travail par 306 artisans.

la salle suivante est sur le thème « Sculpter le corps des femmes »

Made in India – Leila Alaoui

la photographe a réalisé les photographies des ouvrières du textile en faisant leur portrait en pied dans une cabine à fond noir. Elle a gagné leur confiance  puis monté 18 photographies de leurs mains ravagées par le travail manuel. (la Haute couture et le Luxe sont loin!)

Dans les sculptures du corps, une très dérangeante Vénus ouverte de Jeanne Vicérial CLIC

Un très grand panneau indigo clôture cette séquence. Indigo de l’Inde. Cascades de fils.

indigo

On entre dans la salle DENIM, denim, la toile des jeans, qui intégre la ville de Nîmes qui lui a donné son nom et l’indigo de l’Inde. Dans cette salle des poufs, canapés invitent à se poser pour regarder le film qui détaille les techniques de teinture au bloc, les broderies avec des paillettes, des perles, les incrustations….

Et pour terminer un retour à la Manufacture de Gobelins avec la grande tapisserie du Corbusier. Le Corbusier a dessiné la ville futuriste de Chandigarth en Inde. 

en conclusion : une exposition merveilleuse qui ne restera que jusqu’au 4 janvier. Courrez aux Gobelins!