Pointe du Raz – Baie des Trépassés – Goulien

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Pointe du Raz

Le vent a chassé la pluie mais la tempête annoncée avec des rafales à 79 km/heure me fait hésiter. Est-ce bien raisonnable de faire le tour de la Pointe du Raz sur le GR ? je m’en vais demander conseil à la Maison de la Pointe du Raz. Les hôtesses sont dubitatives. Le vent vient du Nord. Le côté sud ne devrait pas poser de problème, en revanche le côté nord est exposé au vent , partir seule ne leur semble pas conseillé. 

Au passage, dans l’espace d’exposition de belles photographies en Noir & Blanc : des portraits de gens de la mer, marins-pêcheurs et goémoniers. Une exposition d’Henri Rivière : »un regard japonisant, la Bretagne dans les yeux d’un admirateur d’Hokusaï » .

Henri Rivière

Le sentier vers la Pointe, le long de la côte sud n’est pas un sentier, c’est une piste très confortable – enrobé et cailloutis clair, bien large et éloigné du bord de la falaise. Même une tempête n’arriverait pas à déstabiliser le promeneur. La Pointe du Raz  labellisée Grand Site – et très bine équipée avec parking payant, bien à l’écart 8€ la journée qui sert à financer les investissements. Les touristes sont canalisés sur cette route confortable ou dans une navette. Des fils métalliques interdisent le piétinement et la végétation mise à mal par la fréquentation a pu se reconstituer. Pour l’aventure, vous repasserez! Pas l’ombre d’une déception, la nature, le vent les vagues sont tellement grandioses qu’on oublie les installations. j’avais eu la même impression aux Chutes du Niagara. je mitraille photo après photo pour immortaliser cette vague, puis la suivante.

Nous sommes allées en voiture Baie des Trépassés et avons déjeuné enfermées dans l’habitacle de la 2008. le sable balaie la plage et le parking. De véritables aiguilles volent horizontalement. Le sable s’insinue partout, même bouclées, vitres fermées, il se dépose sur le tableau de bord. Personne ne se hasarde sur la plage. Pourtant, des intrépides descendent sur le GR auquel j’ai renoncé. 

Un nuage noir couvre le ciel quand nous arrivons à Goulien. Pour la Réserve ornithologique du Cap Sizun, il est recommandé de prendre les billets et de se procurer un petit guide au bar-épicerie de Goulien. Samedi 15h, c’est fermé! Pourtant c’est un lieu convivial où on est même invité à venir tricoter et où des animations sont organisées en soirée. ouverture à 16h  on n’attendra pas sous la menace de la pluie. L’averse tombe dru quand on atteint le parking. Ce n’est qu’un grain qui s’arrête dix minutes après lorsque je sors en ciré. Le parcours est fléché sur un sentier bien entretenu qui conduit à la falaise où se tiennent (théoriquement) les craves à bec rouge, mouettes, goélands et guillemots de Troïl. Le vent a dû les chasser, personne en vue ans les jumelles apportées exprès pour cette excursion. 

Nous nous arrêtons au soleil dans la petite crique de Théolen  

Goulien Pors Téolen

Sur la route nous découvrons la chapelle Saint Laurent, surprise qui me ravit toujours.

Nathalie de Chez Mark et Marcel a regretté le beau temps :lire ICI

 

 

 

La Nécropole des Gens Heureux – Souvenirs d’Antioche – Bahar Kimyongür – Ed Poussière de Lune

MASSE CRITIQUE BABELIO

 

J’aime les surprises que nous offre Babélio. Auteur inconnu, éditeur inconnu aussi, c’est le sous-titre Souvenirs d’Antioche qui m’a fait cocher la case dans la liste. Antioche me fait rêver : Antioche, hellénistique, romaine, chrétienne, croisée, syrienne ou turque? 

j’ai donc ouvert ce livre sans aucune idée préconçue. Il commence par une fouille archéologique menée par deux adolescents belges Haydar et Albin. Référence à Indiana Jones. Roman d’aventure? Haydar dont la famille est originaire de la région fait visiter la Turquie. Road trip? J’ai d’abord cru à une lecture jeunesse.

« Ton bled est complètement fou. Des villes grecques peuplées d’arabes chrétiens et alaouites. Une montagne porte un nom juif avec des villages arméniens ou turkmènes. on en perd son latin.

-Attend demain. Il y a tout près un village arménien où les gens de toutes les religions rendent visite à un arbre. 

-qu’y a-t-il de si extraordinaire?

-on dit que c’est le platane de Moïse… »

Le « mont juif » c’est Musa Dagh dont Franz Werfel a raconté la tragédie  pendant le génocide arménien ; je le relirais volontiers.

Son ami rentré en Belgique, Haydar retourne dans sa famille et nous présente ses cousins et toute sa famille qui habite autour de Samandag. Ils sont alaouites. On découvre leurs traditions et  croyances pourtant gardées secrètes empruntant des fêtes aux chrétiens, proche du chiisme, éloigné du sunnisme turc. Une tradition de persécutions de la par des sunnites a renforcé le secret et la résistance des alaouites qui se réfugiaient dans la montagne.  Population arabophone, mais qu’on a alphabétisé en turc avec des lettres latines. Quand la famille d’Haydar est allée en Syrie voisine il était incapable de lire l’arabe. Son père l’enverra à la mosquée pour apprendre à lire l’arabe. 

Roman d’apprentissage, les jeunes étudient à l’université et se politisent. A gauche. En 1980 le putsch de Kenan Evren a mis les militaires au pouvoir. Le jeune Haydar les compare dans le livre à des scarabées. Puis opposition à la Premier Ministre Tansu Ciller dans les années 90. Je ne savais pas que la Turquie avait eu une femme à la tête du gouvernement. J’apprends beaucoup de choses dans ce livre!

Le roman d’Haydar, ses allers retours entre la Belgique se termine en 1999. Son engagement militant contre la torture le conduit  au tribunal et même en prison. Il lui ferme les portes de la Turquie. Antioche et Samandag deviennent « l’inaccessible Ithaque » . Le séisme de 2023 va anéantir 90% de la ville d’Antioche : l’Apocalypse, titre de l’avant dernier chapitre du livre. 

Ce témoignage est très riche, la lecture agréable. J’ai essayé de me documenter sur l’auteur. Wikipédia présente Bahar Kimyongür comme un journaliste belge militant qui vit sous la menace des poursuites d’Erdogan. Il a même subit un attentat en 2018. Cependant, certains lui ont reproché de relayer les positions de Bachar El-Assad, favorable en Syrie à la minorité alaouite. merci encore à Babélio et à l’éditeur qui m’ont offert 

Quimper – Musée de la Faïence

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Musée de la faïence

A l’écart du centre, de l’autre côté de l’Odetle quartier de Locmaria autour de l’église Notre-Dame-de Locmaria et du Prieuré (joli jardin médiéval le long de l‘Odet) est le centre de la Faïencerie de Quimper. La faïencerie Henriot se visite également. 

Le Musée de la Faïence – rue Bousquet retrace plus de trois siècles de faïence à Quimper. Les techniques de fabrication de la faïence y sont présentées. Enfin, de belles expositions temporaires s’y tiennent. Un menu copieux pour occuper une demie journée. 

Potiers bretons

Les premières salles nous initient au travail de la faïence et surtout au décor sous-émail. Pour décorer, les artisans s’aident de poncifs qui sont des  calques perforés de petits trous. La poncette est la poudre de charbon. Les pinceaux sont faits de petit gris de Kazan (un écureuil). Pour les contours, on utilise des poils d’oreille de bœuf. 

Jean-Marie Bousquetoriginaire du Var s’installa à Locmaria en 1699 apportant avec lui la tradition de Moustiers et le « vieux Marseille » à fond jaune.

Pierre Bellevaux (1704-1748) venu de Nevers, épouse la fille de Bousquet, important un décor en camaïeux bleu et blanc>.

En 1734, Caussy originaire de Rouen épouse Marie-Jeanne Bellevaux et amène les traditions de Rouen.

Faïence de quimper : motif paysan traditionnel

Chaque faïencier a apporté son savoir-faire, ses couleurs, ses moules, ses modèles. La faïence de Quimper est donc la résultante de toutes ces influences. A la fin du XIXème siècle le décor « au petit breton » voit le jour. Au XXème siècle avec les Expositions et l’essor du tourisme en Bretagne on produit des souvenirs. Décors folkloriques mais aussi « assiette parlantes« comme ces assiettes-Zola fustigeant l’écrivain ou beaucoup plus tard les assiettes-Libération.

Assiettes Zola

Les salles suivantes offrent des parcours variés : je retrouve les 7 frères, ou plutôt 6 autour de Jeanne Malivel (1895 -1926) avec des objets et des motifs proche de l’Art Déco comme je les avais découverts ce matin au Musée Breton. Ce mouvement artistique a pris ce nom en référence à un conte breton illustré par Jeanne Malivel, les artistes n’étaient pas 7 mais plus nombreux (d’après Wikipédia). 

Une promenade à travers l’exposition coloniale de 1931 fait découvrir d’autres horizons. 

Autre rencontre : Mathurin Meheut céramiste et peintre que j’aimerais mieux connaître. 

poissons japonisants

L’exposition Géo Fourrier CLICun aventurier explore la faïence  a été prolongée et offre un voyage exotique . S’inspirant du Japon il a aussi réalisé des céramiques sur des motifs africains, n’oubliant pas les thèmes bretons. j’ai beaucoup aimé.

Geo fourrier maroc

Le monde de la faïence de Quimper est beaucoup plus divers que je ne l’avais imaginé dépassant largement l’idée folklorique que j’en avais : bols à prénoms ou motifs colorés paysans.

Nathalie de  chez Mark et Marcel m’a précédée dans cette visite; lire ICI son avis.

 

La Cabane dans les arbres – Vera Buck – Ed. Gallmeister

FEUILLES ALLEMANDES

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Pour commencer ce mois de Novembre 2025 j’ai choisi ce thriller qui m’a tenu en haleine un bon moment, maintenant que l’été indien est terminé et que les après-midis de lecture confortablement dans mon fauteuil remplacent les balades en forêt. 

Justement, La Cabane dans les arbres embarque la lectrice dans la forêt profonde près d’un lac suédois pour des vacances de rêve loin de la civilisation urbaine : une maison isolée, un ponton, une barque en pleine forêt pour des vacances en famille. Dépaysement total. Un jeune couple allemand Nora, plongeuse pour des éoliennes offshore, Henryk écrivain et leur fils Fynn emménagent pour un été écolo dans la maison du grand-père d’Henryk. Henryk retrouve la cabane de son enfance. 

Si, il y a quelque chose. Au-dessus de ma tête, bien haut, quelque chose de sombre est perché au milieu des branches du frêne dont le large tronc est planté comme une patte de dinosaure dans la clairière. Je plisse les yeux et m’approche un peu. C’est une cabane. Mais pas une petite maisonnette pour enfants joliment sciée comme on en trouve dans les magasins de bricolage. C’est un abri fait de lattes en bois, de bâches en plastique et de branchages. Les oiseaux construisent leur nid de la même manière, à partir de ce qu’ils trouvent, de déchets.

Père et fils vont-ils jouer dans cette cabane qui semble construite exprès?

Roman choral ou trois femmes et Henryk prennent la parole dans de courts chapitres. Alternent les trois récits qui désarçonnent la lectrice. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire qui m’a d’abord semblé décousue. Un malaise s’insinue, je comprends vite que les vacances ne seront pas idylliques. Les personnages ont chacun leur faille. Nora a trompé Henryk et son amant la harcèle ; c’est pour le fuir qu’ils sont partis en Suède. Henryk est un menteur pathologique. Rosa a une étrange fascination pour les cadavres et Marla, la petite fille de la cabane, entretient un rapport très malsain avec « l’homme » qui la retient prisonnière.

Le drame se noue avec la disparition du petit garçon Fynn. Des personnages louches gravitent autour du chalet. L’attente est insoutenable. Chacun a son hypothèse, son suspect. Du côté de l’enquête, des crimes sanglants sont inexplicables.

La lectrice est ferrée, il devient impossible de lâcher le bouquin. la vraisemblance est malmenée, peut-être, mais ma curiosité est trop forte.

Evidemment, je ne vous en dirai pas plus. Prévoyez un bon week-end il y a quand même 445 pages qui se tourneront toutes seules;

Quimper – Musée Breton

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Quimper maisons pans de bois

Nous garons la voiture sur les bords de l’Odet que des passerelles fleuries franchissent. Non loin, les murs de la ville ancienne, tout près la grande cathédrale. Le Musée Breton, logé dans le Palais Episcopal, séparé par un cloître de la Cathédrale Saint Corentin. 

On entre par les salles de Protohistoire : Âge de Bronze représenté par des haches, des poteries et des bijoux en or. En face de très gros objets de pierre : une stèle gauloise de l’Âge du fer présentant 4 dieux remplacés ultérieurement par 4 dieux romains Mars, Mercure, Hercule et Apollon. L’étain, présent en Bretagne a permis l’essor de la métallurgie, les objets en bronze étaient exportés dans toute l’Europe. 

La salle suivant s’organise autour du Tépidarium de la Villa de Kervennec (Pont Croix), dans des vitrines une collection numismatique comprenant de statères gaulois en or, et toutes les monnaies ayant cours dans l’empire romain.  Parmi les urnes cinéraires en poterie, pierre je remarque des urnes en verre bleu comme des carafes.

Nous arrivons au Moyen Age avec des chapiteaux romans, deux vitraux. 

Gisant cuirassé

Les gisants cuirassés en kersanton sont plus récents Yves le Bervet (1640) .

On peut aussi voir l’épée de Guy Eder de Fontenelle (1572-1602) dont j’avais entendu les exploits à Pont Croix. Sous prétexte de défendre la Ligue il avait engagé des brigands et dévasté la Bretagne entière.

Parmi les statues polychromes je remarque un saint portant sa tête comme Saint Denis, c’est Saint Trémeur.

Ernest Guérin

Sur les pas d’Ernest Guérin est une exposition de peinture atypique : les œuvres sont dispersées dans plusieurs salles parmi d’autres signalées par une pastille jaune dialoguant avec les objets des collections permanentes pour une Bretagne rêvée. J’ai eu un gros coup de cœur pour ses aquarelles de processions colorées avec une grande attention aux ciels nuageux et aux personnages en mouvement, le vent gonflant les jupes et faisant voler les coiffes. 

Quillivic le vœu des Naufragés

Les grandes statues blanches de René Quillivic (1879-1969) m’ont bien plu.

Modes et clichés présente toute une collection de costumes bretons d’une grande diversité : soixante six modèles et coiffes. Les mannequins sont aussi accompagnés de belles photographies anciennes et d’un film : le Marché de Morlaix un autre montre les goémoniers au travail. 

Musée Breton : costumes villageois

Dans la Salle des Fresques de nombreux meubles et objets en bois sont exposés ainsi que les poteaux décoratifs d’une maison quimpéroise. A côté du mobilier traditionnel breton une collection de design Art Déco. Les 7 frères, un groupe formé en 1923, ont exposé au pavillon breton de l’Exposition Internationale de 1925. Je les retrouverai l’après midi au Musée de la Faïence.

jacques de Thézac plongeurs

Je retrouve Jacques de Thézac le fondateur des Abris du marin dans une nouvelle facette de son œuvre : le photographe de la mer et des marins dans une grande exposition temporaire : Objectif mer où ses photographies sont associées à un photographe contemporain, Valentin Figuier. Avec un siècle d’écart, les deux photographes illustre « Vivre la mer : Apprendre, Pratiquer, Se dépasser ».Les clichés les plus spectaculaires sont ceux de concours de plongeons . Jacques de Thézac avait remarqué que nombreux étaient les marins qui ne savaient pas nager, il avait organisé près des Abris des marins des activités et des concours de natation et de plongeons. Valentin Figuier présente des images spectaculaires de sports de glisse. 

Ernest Guérin

Une matinée n’a pas été suffisante pour épuiser ce musée breton.

Qui annule quoi? Laure Murat – SeuilLibelle

SUR LA CANCEL CULTURE…

Posons cette hypothèse. Et si la cancel culture n’était que l’avatar logique, inévitable, d’une démocratie à bout de souffle, dite désormais « illibérale » ? L’enfant illégitime de la pensée occidentale et du capitalisme débridé, dans une société supposément universaliste, aveugle à ses impensés et incapable de reconnaître les crimes et les conséquences sans nombre de l’esclavage et de la colonisation

Dans ce court essai (38 pages sans les notes) Laure Murat, avec son expérience d’universitaire aux Etats Unis, analyse le concept de Cancel Culture qui, avec la Pensée Woke est jetée en pâture dans le débat politique français et dans les médias,  termes péjoratifs, polémiques, qu’on ne comprend pas toujours, nouveaux épouvantails. 

Comme dans l’essai : Toutes les époques sont dégueulasses CLIC Laure Murat s’applique à clarifier le débat en bon français. Dans ce dernier ouvrage il était surtout question de censure, récriture, réécriture. Dans Qui annule quoi? c’est plutôt de déboulonnage de statues qu’elle analyse. 

Quel est le sens de la monumentalité aujourd’hui ? Et de la monumentalité personnifiée ? Qu’implique-telle
en termes de hiérarchie, d’échelle et de culte ?

Quand il s’agit du Général Lee, défendu par une marche « sous la bannière Unite the Right rassemblant  néonazis, néoconfédérés et suprémacistes blancs » ou de Léopold II en Belgique dont le retrait des statues avait recueilli 80.000 signatures ou Théodore Roosevelt ouvertement raciste, et en France Faidherbe, Bugeaud ou Gallieni, on est en droit de s’interroger de la.  pertinence de leur présence sur leurs piédestaux. 

Car, à rebours des réactions scandalisées, à chaque fois que la cancel culture s’est manifestée quelque
part, j’ai personnellement appris quelque chose.

Ecrit l’écrivaine.

Et bien moi, chaque fois que je lis Laure Murat j’apprends des tas de choses et surtout je prends le temps de la réflexion

Audierne, promenade tranquille

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

le Port d’Audierne

Du Parking du Sémaphore, je marche à pied le long du quai  attentive à relire les panneaux historiques qui racontent l’histoire de la ville.

L’Abri du Marin de Douarnenez

Une passerelle pour piétons relie une autre partie du port. A l’abri d’un mur un joli jardin exotique prospère à l’abri du vent. Sous l’Abri des marins, œuvre de Jacques de Thézac, un panneau présente ce philanthrope. yachtman, il s’est intéressé à la vie des pêcheurs, a fondé l‘Almanach du Marin puis l’Œuvre des Abris des marins . l’Abri d’Audierne ouvre en 1901. Il est conçu comme un foyer d’animation au rez de chaussée avec une salle de jeux, une bibliothèque, une infirmerie tient lieu de dispensaire et à l’étage des dortoirs. J’avais remarqué l’Abri des marins de Douarnenez peint en rose avec la devise « Aimez-vous les uns les autres « 

Audierne église Saint Raymond

Je comptais trouver à l’Office de tourisme un itinéraire de promenade touristique; mais le bureau est fermé. J’improvise donc. Dans la rue parallèle aux quais, de nombreuses vitrines de magasins et galeries, des bars, un cinéma mais tout semble fermé en semaine à 14h30 en octobre. L‘église Saint Raymond est perchée en haut de la colline. Venelles, escaliers, murs fleuris. Une venelle fait le tour du sommet. la toponymie Venelle du Chastel suggère un château disparu. L’église est fermée. Elle risque de s’écrouler. Une restauration est en cours. Joli clocher baroque (1731). Un navire surmonte la fenêtre au dessus du porche tandis que deux fines colonnes aux motifs en losange font penser à des cordages. un peu plus loin, il y a une grand église: Saint Joseph qui ne m’inspire guère.

Thierry Benzaïd

En descendant la Rue Danton, je pousse la porte de la Galerie Cobalt. le peintre Thierry Benzaïd m’accueille aimablement et commente ses tableaux colorés. De loin, on dirait un damier en examinant dans les détails on devine la silhouette d’un phare, la carcasse d’une barque. jeux de bleus et de jaune. C’est beaucoup plus figuratif qu’il ne paraissait.

Agnès Thurnauer – Correspondances – Musée Cognac Jay

 marie Thérèse de SavoieExposition temporaire jusqu’au 8 février 2026

Emmanuelle Kant « Portrait Grandeur Nature « et Angelica Kauffmann Autoportrait en bacchante

Le Musée Cognac Jay réunit les collections XVIIIème siècle des fondateurs de la Samaritaine.  Rue Elzevir, non loin de Carnavalet dans un joli hôtel particulier, l’hôtel Donon. Les pièces d’exposition sont particulièrement soignées avec des boiseries d’époque. Les tableaux et bibelots sont présentés avec des meubles précieux . Même hors exposition la visite des collections permanentes vaut la visite. 

Salon Boucher une des plus belles pièces du musée

Dans Correspondances, Agnès Thurnauer projette un éclairage contemporain sur l’art du 18ème siècle et plus particulièrement sur cette période-clé où les femmes peintres, comme Vigée-Lebrun, savantes La marquise de Chatelet ou Madame de Staël ont su s’imposer dans un monde masculin. Deux « Portraits Grandeur Nature » EMMANUELLE KANT et FRANCOISE BOUCHER  gros badges comme des pins monstrueux donnent le la. Exposition radicalement féministe. 

Un merveilleux Canaletto est accompagné de 7 petits tableaux de nuages avec l’inscription NOW.  Commentaire de  Agnès Thurnauer :

« une œuvre est plus contemporaine du regard que l’on pose sur elle que de l’époque où elle a été produite »

La plasticienne va orienter le regard du visiteur, établir des Correspondances entre les œuvres du 18ème S. et son travail exposé. 

La salle suivante aura pour thème : Le Corps à l’Œuvre 

Sleepwalker – Vénus de Poncet et au sol matrices de lettres

 Il faut aussi confronter cet ensemble à l‘Odalisque de Boucher où le corps de la femme est livré comme objet de désir. Sleepwalker accumule les mots de l’artiste acrylique … académique … composition… dyptique… et par dessus le texte, le corps de l’artiste, nue de dos apparait sujet et non pas objet . L’artiste s’affirme créatrice et n’a pas peur à se représenter nue. 

Perrette et le pot au lait (détail)

Performance au féminin occupe la salle suivante .

La figure centrale est Perrette et le Pot au Lait de Fragonard présenté ainsi par les Frères Goncourt

« La laitière du pot au lait montre ses jambes et pleure comme une naïade sur son urne brisée »

Regard masculin érotisé. Perrette pleure-t-elle ses rêves de fortune ou sa vertu perdue?

Agnès Thurnauer : Le Corps à l’œuvre

Ce n’est plus une petite fille éplorée mais une femme puissante dont les seins gonflés rappellent le lait perdu. Elle montre ses jambes bien campées au sol. Seules les couleurs sont celles de Perrette!

Lire, Ecrire, Se Représenter

Emilie e Breteuil Marquise du Châtelet

Cette salle met à l’honneur des femmes majeures du Siècle des Lumières. la figure centrale est Emilie de Breteuil, marquise du Châtelet, mathématicienne, physicienne, traductrice de Newton, représentée ici avec un compas. 

Madame de Staël citée sur la cimaise :

Les femmes : « tantôt elle sont tout, tantôt elle ne sont rien. Leur destinée ressemble à quelques égard à celles des affranchis chez les empereurs, si elles ont du pouvoir, on leur rappelle, si elles sont esclave on opprime leur destinée… »

Prédelles entourant Marie Thérèse de Savoie

Agnès Thurnauer expose les portraits d’autres femmes savantes intercalés entre ses Prédelles noter l’homophonie prédelle/près d’elles.

Le Goût du 18ème siècle

Bonheur du jour

nous entrons dans les collections permanentes avec toutes sortes de bibelots, tableautins, médailles, porcelaine de Meissen. Coup de cœur pour les meubles marquetés et surtout les joli Bonheur du Jour. 

Il faudrait aussi montrer les statuettes, les tableaux d’Hubert Robert, de Boucher, Fragonard…..Je ne pouvais pas fair l’impasse sur l’âne de Balaam de Rembrandt

Rembrandt Ane de Balaam

 

Si je n’ai pas été convaincue par toutes les œuvres d’Agnès Thurnauer abusant de procédés répétitifs avec les lettres, en revanche le regard féministe décalé en fait une merveilleuse pédagogue. Elle guide notre regard, nous apprend à interpréter une œuvre. C’est aussi une féministe résolue qui met en avant des artistes un peu oubliées. 

Le sentier d’Esquibien et les goémoniers

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Esquibien base nautique

Dominique m’attendra sur le parking de la base nautique dans le cliquetis des mas. De l’autre côté de la route la chapelle Sainte Evette a été édifiée près d’une stèle gauloise christianisée par gravure d’une croix.

Esquibien, chapelle Ste Evette et stèle gauloise

Je trouve le GR34 au Centre nautique qui longe une petite plage et arrive à l’embarcadère pour l’Ile de Sein; le bateau vient de partir et s’éloigne sous mes yeux. La station SNSM de la Baie d’Audierne est un bâtiment blanc et bleu passé sur pilotis. Sa rampe descend au loin. Je note – amusée – qu’il est âgé de 4 jours de plus que moi. L’entrée du port d’Audierne est très dangereuse ainsi que la Chaussée de Sein. Les canots d’Audierne ont effectué de nombreux sauvetages  depuis 1866.

Le sentier suit tranquillement le rivage, parfois protégé par des arbustes. Les prunelliers sont envahis par le lierre et les ronces. Les prunelles commencent à se friper. J’en croque une et recrache aussitôt. pas encore mangeables. Les fougères sont toutes sèches, les extrémités des branches de genêts sont grillées. Le paysage est presque hivernal.

A l’approche du petit phare de Lervily on a installé des bancs peints en bleu et un décor. Des ardoises avec des inscriptions en breton sont dispersées dans les touffes de graminées. l’une d’elle « Korreg Beuzec, naufrage de l’Estrid 1933″ est la seule compréhensible. L' »Île aux vaches » est une chaussée rocheuse brune sans une seule touffe d’herbe capable de tenter un ruminant. Drôle de nom. Le sentier de terre est très confortable et plat. C’est un plaisir de marcher sans peine. Le vent se lève et quelques crêtes blanches se soulèvent sur la mer. Les vagues se brisent avec beaucoup d’écume.

La campagne est morcelée par des murets de pierre sèche comme en Irlande. Les parcelles étaient ainsi protégées du vent. maintenant il n’y a plus de cultures seulement des fougères, des ronces et des prunelliers.

treuils pour remonter le goémon

L’intérêt de la promenade : la récolte du goémon la cuisson dans les fours à goémon. Plusieurs poteaux de levage et un four à goémon se trouvent au site de Lennac’h. Plusieurs treuils permettent de remonter les laminaires qui s’accumulent après les tempêtes dans la crique sur les rochers à la base de la falaise.

Goémoniers André Jolly Musée de Pont Aven

Un film au Musée breton de Quimper montre hommes et femmes armés de gros râteaux, dans l’eau jusqu’aux mollets qui tirent sur les algues.  Ils les transportent sur l’estran sur des civières. les fours rectangulaires creusés dans le sol permettent le brûlage pour obtenir des « pains de soude ». les algues sont séchées au préalable sur les murets. le feu allumé le matin doit être modéré, alimenté au cours du brûlage et malaxé à l’aide du pifoun. L’iode est séparé de la soude.

Esquibien batterie Pen anemez

Sur une pointe, je découvre la Batterie de Pen An Enez deux canons protègent l’anse de Cabestan. A côté des fortifications des grands ports, Vauban a imaginé une chaîne de postes de garde surveillant le littoral. Seize hommes servaient la batterie. Ce n’étaient pas des soldats de métier mais des cultivateurs, artisans et pêcheurs. Selon le panneaux ils s’appelaient Saouzannet, Pichon, Cudennec… à qui on a imposé le service de garde-côte. L’un d’eux écrit : « Il est cruel pour l’espèce humaine d’être obligé de passer des nuits dans une maison aussi dure sans feu, couché dans le corps de garde sans lumière. Un seul un mauvais sujet pourrait le détruire sans qu’ils puissent opposer la moindre résistance » (1794)

Goémonières au musée de la Faïence de Quimper

 

Nos cœurs invincibles – Correspondance entre une étudiante à Gaza et une étudiante en Israël

APRES LE 7 OCTOBRE 

Présentation de l’éditeur :

De mars 2024 jusqu’à aujourd’hui, au milieu des tirs de roquettes, du chaos de la guerre et de la mort de leurs proches, elles se parlent de leur quotidien, de leurs études de droit; de leurs peurs, mais aussi de leurs livres préférés, de leurs rêves, de leurs projets d’avenir.

Cette correspondance inédite proposée par Dimitri Krier, journaliste au Nouvel Obs n’est pas seulement un document exceptionnel sur la vie de ces deux étudiantes,: elle ouvre un dialogue entre Gaza et Israël, entre deux jeunes femmes, entre deux « coeurs invincibles » qui ont préféré les mots aux armes pour résister

Après une longue préface de Dimitri Krier justifiant son initiative, la conversation épistolaire entre Tala et Michelle raconte le quotidien des deux jeunes filles. Le journaliste pointe l’impossibilité de raconter ce qui se passe à Gaza. Les journalistes étant empêchés de faire leur travail, cet échange de lettre apporte un regard décalé par rapport aux images de la télévision.

Certes, ces jeunes filles ne sont peut être pas représentatives des populations respectives. Michelle « a grandi dans le camp de la paix » et a fréquenté la seule école « mixte » où enfants juifs et palestiniens s étudient ensemble. Tala travaille avec une ONG pour faire du soutien scolaire et psychologique auprès des enfants déplacés. Tout ce qui peut encourager le dialogue est  bon à prendre! Il faut toujours encourager ces initiatives.

Se souvenir malgré toutes les atrocités, des êtres humains sont face à face. Mettre des visages, donner des voix. Rappelons l’orchestre de Daniel Bareboim West-Eastern Divan Orchestra. Aussi l’histoire vraie racontée dans le roman Apeirogon.