Mourad Merzouki est chez lui à la MAC de Créteil où il fut le directeur jusqu’à l’an passé. Il conserve tous ses fans et c’est devant une salle conquise qu’il a présenté ce nouveau spectacle. Mourad Merzouki nous a habitués à des surprises et ce spectacle en fut une merveilleuse.
Le titre est celui du film de Serguei Paradjanov : Sayat Nova dont on célèbre le centenaire. Quelques images du film sont projetées sur le rideau de scène en introduction. A l’invitation de la metteuse en scène arménienne Saté Khatchatryanse rendit à Erevan, en Arménie et le spectacle est le résultat du dialogue entre le chef d’œuvre arménien et le hip-hop du chorégraphe.
Conception musicale de Hogh Arghun musicien arménien et électro. Costumes de Edgar Manoukian et accessoires et tapis venant d‘Arménie.
Nous partons pour un voyage merveilleux, sur des tapis volants, parmi les manuscrits anciens et livres arméniens (les Arméniens sont très fiers de leur écriture millénaire) . La princesse orientale est inspirée par le film et la bande annonce ci-dessous montre clairement les inspirations du spectacle de danse. On retrouve les livres ouverts, les costumes des prêtres, les grenades.
Ce n’est pas une simple copie de l’œuvre de Paradjanov. Merzouki nous propose des trouvailles dansées comme les jeux de l’échelle et du cadre de tableau.
Les ombrelles tchékoviennes, elles, sont dans le film!
Dragon de danse . Pour la parade de Nouvel An chinois. prisonnier de l’exposition, il ne dansera pas dans les parades sur le pavé parisien
« le dragon est né en Chine il y a plus de 5000 ans au Néolithique. C’est à l’âge de Bronze que le dragon prend la forme qu’on lui connaît. «
« il règne sur les mers, les montagnes ou les cieux, dans les nuages chargés de pluie, là où se concentre l’énergie universelle »
Il contrôle les eaux terrestres et céleste. Il incarne les forces naturelles aussi bien bienfaitrices que destructrices. En effet, il apporte la pluie vitale pour les hommes mais il peut entraîner tempêtes et sécheresses
Entre le dragon-cochon et la vidéo 5000 ans !
Peut-on lire sur le dépliant de présentation de l’exposition – très bien fait !
Dragon dans les nuages (vidéo)
5000 ans, c’est énorme! d’autant plus que l’art contemporain n’est pas oublié avec des vidéos bluffantes de dragons dans les nuages.
Dragon de jade
Le visiteur pourra se perdre (avec délice) dans les thèmes abordés. Symbolique du nombre 9 en Chine : le Dragon est une chimèrecombinant 9 animaux, avec des bois de cerfs, une tête de chameau, un cou de serpent, un ventre de mollusque, des écailles de carpe, des griffes d’aigle, des pattes de tigre et des oreilles de boeuf.
Dragon d’encre sur un rouleau calligraphié
Ou suivre les métamorphoses filmées
ou les rechercher dans ce palais
Une autre visite serait celle des dragons comme symbole de l’autorité impériale, brodés sur des vêtements d’apparat
Broderie d’or sur cape
Le visiteur peut aussi s’attacher aux merveilleux objets de porcelaine, de jade, d’or …le thème du dragon est partout et à toutes les époques.
Il y a aussi des visites pour les enfants qui semblent fascinés. Corollaire, il y a foule le dimanche après-midi (éviter aussi le mercredi).
Prévoyez une belle plage de temps et laissez-vous guider par le hasard des rencontres
Crocodile sarchosaurus imperator galerie de paléontologie
De 1985 à 1990, Philippe Taquetfut le directeur duMuséum d’Histoire Naturelle. Paléontologue, il eut la chance, dès la fin de sa thèse de partir en mission au Niger, dans le désert du Ténéré et d’y découvrir un gisement de vertébrés fossiles. De cette mission il a rapporté un crane de crocodile géant, Sarchosuchus imperator, âgé de 100 Millions d’année. C’est par le récit de cette expédition que commence le livre.
Le squelette porte comme il se doit sa carte d’identité : Sarcosuchus imperator – Broin et Taquet – 1966 – Aptien du Niger. Des milliers de visiteurs dont de nombreux enfants contemplent ébahis cet énorme reptile ressuscité du passé. Souvent, parmi les commentaires une voix malicieuse s’écrie : « Ah ! Sarkozy, l’empereur des crocodiles ! »
Que les lecteurs ignorants de la Paléontologie des vertébrés se rassurent : cet ouvrage n’est pas destiné aux spécialistes. Il est de lecture facile et surtout très amusante.
Une quinzaine de chapitres courts racontent sa vocation de savant, ses rêves depuis l’enfance. Il nous offre une promenade dans le Jardin des Plantes en commentant les arbres remarquables : le Robinier de Robin, planté en 1636, le Sophora du Japon dont on fit cadeau des graines à Bernard de Jussieu, le Cèdre du Liban qui fit le voyage dans le chapeau de Jussieu….
Histoire de la Grande Galerie de l’Evolution, je ne savais pas qu’elle avait fait partie des Grands Travaux de Mitterrand!
Les coccinelles, c’est une autre paire de manches! Un des rôles du Muséum d’Histoire Naturelle est de veiller à la biodiversité et aux zones Natura2000, coccinelles et pique-prunes, firent l’objet d’études savantes pour préserver leur habitat. Histoire cocasse pour les coccinelles qui vivaient sur le Plateau d’Albion
gendarmerie d’Apt : « Allô, monsieur le directeur, pouvez-vous nous éclairer sur la présence de prétendus chasseurs de coccinelles du Muséum dans un lieu hautement stratégique ? – Affirmatif mon brigadier ! Il s’agit bien de chercheurs naturalistes, en mission officielle, qui luttent pour éradiquer les pucerons à l’aide des coccinelles françaises.
Rencontre avec deux savants prestigieux : Théodore Monod et Claude Lévi-Strauss…
C’est un livre distrayant, charmant, et fort instructif que je vous recommande sans aucun bémol.
Pour rester dans le Jardin des Plantesvous pouvez écouter le podcast de Radio France: Le Muséum d’Histoire Naturelle a 400 ans interview de son Directeur actuel ICI
Sheila Hicks est née au Nebraska en 1934, depuis 1964 elle est basée à Paris. Artiste textile, elle a fait de nombreuses expositions. Le Fil voyageur présenté à l‘Atelier Martine Aublet(mezzanine, 3ème étage) présente un nombre restreint d’œuvres, surtout des petits formats. Elle célèbre aussi une collaboration, entre la plasticienne et Monique Levi-Strauss , spécialiste des cachemires et auteure d’une biographie de Sheila Hicks. Une vidéo montre les deux femmes filer le fil voyageur de leur amitié .
La mer – à l’origine horizontale, cette sculpture évoque plutôt une cascade
On entre dans l’exposition en passant devant les cordons soyeux de la Mer – à mon grand regret rien n’indique que la sculpture qui se trouve dans les collections permanentes ne fait partie de l’exposition.
Minime
Les Minimes, comme un carnet de voyage en Amérique Latine tissés au fil des jours, des rencontres avec les tisserands des Andes. A leur côté elle apprend à filer et tisser.
minime
Elle inclue aussi des silex, des pointes de flèche ou les piques du porc-épic
minime porc-épic
Ses œuvres sont présentée en résonnance avec des tissus authentiques : un poncho, une broderie, de bizarres sphères aplaties à fonction funéraire.
Ses techniques sont variées, du tissage sur un métier, simple cadre ou nouage avec ses doigts, utilisant des outils traditionnels, à « quatre lisières« , Sheila Hicks se sent libre pour toutes les expérimentations.
Sheila Hicks improvise sous nos yeux (vidéo)
Symbolique aussi ce cadeau de mariage de son mari chilien, Enrique Zaffartu, un petit cadre et des outils traditionnels
boîte à ouvrage andine
Tapis, poncho, ou tissu arachnéen, le fil voyage et nous fait voyager et rêver
« L’existence c’est formidable, paraît-il. C’est surtout long, estime Simone Guillou. A 85 ans, elle pense heureusement avoir fait le plus gros. Il ne peut plus rien lui arriver.
peut-on lire sur la 4ème de couverture.
C’est donc l’histoire un peu extraordinaire d’une vieille dame d’un village tranquille de Loire Atlantique, qui passe une retraite un peu trop tranquille dans le bourg vide hors saison. A 85 ans, elle se porte plutôt bien, de l’arthrose au genou la fait souffrir, mais c’est l’âge. Son fils la délaisse, il est occupé. Sa petite fille est plus attentive, mais elle est loin. Elle a bien des copines de son âge, mais l’entrain n’y est plus.
Et pourtant, il suffit de si peu pour que la curiosité de la vieille dame, l’imagination ne se mette en branle. L’histoire démarre comme un roman policier, avec constatation du gendarme… l’enquête de police n’ira pas loin. Si je ne veux pas divulgâcher il va falloir que je m’arrête bientôt!
marais salants
C’est un roman très agréable à lire, les pages se tournent toutes seules. Gentil dépaysement dans les Marais salants près de Guérande. Nostalgie pour les commerces de centre-bourg, remplacés par les grandes surfaces. Un bouquet de roses trémières. Et un espoir pour tous : l’aventure se présente à tout âge!
merci à l’éditeur et à Babélio qui m’ont fait ce cadeau!
Hier, rencontre dans les locaux de Babélio avec Alexia Stresi qui nous a livré quelques secrets de fabrication de son livre. C’était passionnant, mais attention « spoilers »! Autrice très sympathique, très bon contact avec les lectrices-eur. Et buffet excellent, encore merci Babelio
Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci ont choisi un témoin pour angle d’attaque et non des moindres : Primo Levi. Pour s’adresser aux ados, il a choisi de présenter la visite de Primo Levi dans une classe de collège. Point de vue acceptable même pour une lectrice susceptible.
« Vous savez les enfants quand j’avais votre âge j’aimais beaucoup les chiffres. Mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais en porter six sur le bras pendant toute ma vie »
Lecture jeunesse, donc. S’adresse à un public très ignorant de l’histoire.
115 pages , annexes comprises
Noir et blanc, j’ai bien aimé le graphisme, le propos très humain.
Il m’a donné envie de revenir aux livres de l’écrivain.
J’ai découvert Eva Jospin en 2021 au Musée de la Chasse et je me suis fait un plaisir de la retrouver dans ce Grand Palais tout rénové et tout propre. Je suis venue à 10h à l’ouverture et m’en suis félicitée : les sculptures sont monumentales mais les détails sont minuscules. Si trop de monde circule on ne peut pas goûter au raffinement des ornementations.
Panorama : une forêt de carton
Une seule galerie, très claire, avec 16 pièces de tailles diverses conduisant au Panorama qui est une sorte de forêt.
chef-d’oeuvre : Arche
Nous passons 4 « chefs d’oeuvres » : Crayère et bassin, Arche, Ninféo, Capriccio et Gloriette qui sont de petite taille et que le visiteur étonné contourne
Crayère et bassin
pour arriver à des monuments de plus grande taille : Cénotaphe et Duomo qui brodent tous les deux sur le thème de la grotte et de la coupole. Une grotte d’aspect naturel, avec rochers, végétation accrochée est surmontée d’une coupole.
Cénotaphe
Des éléments architecturaux sont ajoutés : colonnes, niches, et décors intérieurs comme les stalactites à l’intérieur de la coupole du Duomo
décors de la coupole : stalactites, colonnes, frises…
Sur les bords on découvre des broderies, une cascade de soie
Cascade de soie
si la première promenade de découverte des objets est relativement courte, la visite ne se termine pas au Panorama : une déambulation commence avec la découverte des détails, des textures, des trouvailles sans cesse renouvelées. Ne pas hésiter à venir avec des enfants même petits : à leur hauteur il remarqueront des éléments que les adultes ne voient pas.
grotte marine?
je me suis émerveillée de la variété de textures du matériau unique employé par l’artiste : le carton ondulé en jouant avec les surfaces lisses ou les empilements, les déchirures ou au contraire le découpage en marches, escaliers ou cubes pour construire des édifices qui semblent de brique
unmur : briques ou pierre, edscaliers et colonnes
Comme le jeu des textures ne suffisait pas, Eva Jospin nous offre des surprises : coquillages et éponges pour un milieu de grotte marine
Grotte marine?
on découvre des plantes, des escaliers. J’aurais pu rester des heures à jouer à me perdre dans ces circuits minuscules. Malheureusement à mesure que la matinée s’avance, la galerie se peuple et la foule commence à devenir gênante.
Dans la galerie voisine sont exposés les cartons des vitraux de Claire Tabouret lauréate du concours pour la réalisation des vitraux d la nef de Notre Dame. Je n’avis aucun a-priori sur cette ajoût moderne. J’ai découvert et aimé nombreux vitraux contemporains . Là, déception. Des couleurs criardes. Des grandes plages avec de grands personnages, trop grands, trop réalistes.
C’est au camp de concentration de femmes de Ravensbrück que nous nous sommes rencontrées. Milena avait entendu parler de mes mésaventures par une allemande arrivée au camp par le même transport qu’elle. La journaliste Milena Jesenskà voulait donc me parler. elle voulait savoir s’il était vrai qu’ l’Union soviétique avait livré à Hitler des militants antifascistes qui avaient émigré en URSS »
Depuis leur rencontre le 21 octobre 1940, jusqu’à la mort de Milena le 17 mai 1944, une remarquable amitié a lié ces deux femmes. Margarete Buber-Neumann, a écrit seule le livre qu’elles devaient publier ensemble. Elle y raconte la vie de Milena et la vie à Ravensbrück.
Ce livre était depuis longtemps sur mes étagères. Pour l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier, il m’a semblé opportun de l’en sortir.
Milena est surtout connue pour sa liaison avec Kafka et le livre Lettres à Milena. D’ailleurs Buber Neumann donne à de nombreux chapitres une citation de Kafka. Cependant Milena est beaucoup plus que l’amante d’un écrivain célèbre et leur relation date de 1920 – 1922 .
Le récit de la vie de Milena nous fait rencontrer tous les cercles intellectuels de Prague et accessoirement de Vienne où elle a vécu avec son premier mari Ernst Polak, vie intellectuelle intense, vie de cafés. Vie militante aussi quand Milena en compagnie de Xaver Schaffgotsch vit en Allemagne à Buchholz et à Dresde. Débats sur le marxisme. De retour à , Prague elle rencontre, puis épouse en 1927 l’ architecte Jaromir Krejcar (dans la mouvance de Le Corbusier, Gropius, Perret…). la lecture de cette biographie est très instructive pour tous ces aspects.
Milena avait un caractère bien trempé et surtout un don pour l’écriture. C’est par le journalisme qu’elle s’est affirmée. Journalisme de mode, traductions, livres pour enfants, billets d’humeur mais aussi publications politiques dans la presse communiste. Elle entra au Parti communiste en 1931 pour s’en faire exclure en 1936, alors que son mari était parti en URSS.
Après 1937, journaliste politique, elle perçoit le danger nazi aux portes de la Tchécoslovaquie avec les minorités des Sudètes. la lecture des prémisses de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme, les compromissions des alliés français et britannique a un goût très amer quand on les lit aujourd’hui avec les échos de la Guerre en Ukraine et l’affaire du Groenland. L’histoire begaye-t-elle? Assez rapidement, elle réalise le danger que courent les Juifs tchèques et s’organise avec d’autres compagnons à les exfiltrer avant l’invasion nazie. Son appartement devient un véritable centre d’émigration et de résistance. Elle multiplie les provocations ironiques dans ses articles. Humour extraordinaire quand elle fait passer un texte de Brecht de l’Opéra de 4 sous pour une chanson de soldats allemands.
la Gestapo finit par l’arrêter et la déporter à Ravensbruck. la deuxième partie du livre raconte la vie des deux amies déportées. Prisonnières, affamées, mais toujours dignes et extraordinairement libres malgré les privations et les règlements. Pendant les 4 années, elles trouvent toujours le temps de préserver leur intimité, et aussi de se consacrer à soulager les autres déportées plus démunies qu’elles. Elles inspirent le respect même des allemands. Curiosité de la journaliste qui analyse les différentes attitudes des prisonnières. Envie aussi d’écrire un livre pour témoigner
« je retrouvai la liberté et exécutai le testament de Milena. j’écrivis notre livre sur le camp de concentration. Peu avant sa mort, elle m’avait dit un jour: »je sais que toi au moins, tu ne m’oublieras pas. Grâce à toi, je peux continuer à vivre… »
Et comme je voulais connaître sa voix (ou plutôt sa plume) j’ai téléchargé ce livre sur ma liseuse. Dans les lettres à Willi Schlamm, journaliste juif exilé ayant pris la fuite devant l’entrée des Allemands en Tchécoslovaquie, elle témoigne de ses activités de Presse, traductrice vers le Tchèque des articles de Schlamm (germanophone) journaliste et même éditrice, tentant de motiver le journaliste en exil à envoyer encore des articles pour la revue de Prague. On lit son style épistolaire vif, plein d’humour et d’affection.
D’ailleurs, je ne peux écrire en allemand que quand je suis de bonne humeur, mais vu de Bruxelles, je suis
méchante. Comment résoudre ce problème ? En allemand, je suis posée, mordante, de bonne humeur.
Čechiš, je suis sentimentale et « abominablement éprise de vérité ». Qu’est-ce que tu préfères ?
Jérusalem, 1947. Les britanniques s’apprêtent à quitter leur mandat. L’ONU n’a pas encore décidé du partage de la Palestine.
3 nouvelles, ou trois parties, dans ce court roman (253 pages) qui se déroule dans un même quartier de Jérusalem. Dans la dernière partie Nostalgie les personnages des deux premières se retrouvent.
Tous les voisins sortirent pour accompagner du regard le docteur Kipnis et sa femme qui se rendaient au bal de la Nuit de Mai donné par le haut-commissaire, sur la colline du Mauvais-Conseil.
La Colline du Mauvais Conseil a pour héros, Hillel, jeune fils d’un couple assez modeste : le père est vétérinaire qui a l’occasion d’être invité au bal du gouverneur anglais, sur la colline du Mauvais Conseil. Un honneur, peut- être mais pas partagé par leur fils qui écoute plutôt Mythia, le locataire russe qui est très anti-britannique.
Ce roi-là, je ne l’envie pas. Il sera bientôt puni par le Bon Dieu ; Oncle Mythia l’appelle Kedorlaomer1, roi du pays d’Albion, et dit que l’armée secrète l’attrapera et le fera exécuter pour tout ce qu’il a fait aux rescapés des camps. »
La seconde nouvelle, M. Levy, a aussi une enfant narrateur, Uri, fils d’un imprimeur. Uri, ses proches, ses voisins sont impliqués dans la lutte pour bouter les Anglais de Palestine.
La dernière nouvelle, Nostalgie. est rédigée sous forme de roman épistolaire. Emmanuel Nissenbaum, médecin, écrit à sa bienaimée, une psychanalyste, partie aux Etats Unis. Il va mourir. Ses lettres racontent sa vie à Vienne et plus tard à Jérusalem. Il donne des nouvelles de la situation en Palestine à la veille de la guerre d’Indépendance qui se profile.
Mina, nous devons nous préparer à la guerre. Quelle tristesse, Mina, quelle tristesse. Et quel affront pour
un homme paisible comme moi. J’ai pourtant essayé d’empêcher cette guerre. Au début de l’été, j’ai eu de
longues conversations avec un collègue arabe, le docteur Mahadi. Je me demandais comment un abîme
pouvait soudain séparer deux hommes tels que nous, modérés et pacifiques. Nous avons échangé tous
les arguments possibles : historiques, moraux, objectifs et subjectifs. Mahadi était convaincu, je doutais
On retrouve Uri qui prend soin du malade et que ce dernier « adopte » comme un fils de substitution. Il compare l’enfant à l’enfant de la Diaspora
Ils ont peut-être le sentiment qu’une fois bronzés ces enfants de Juifs deviennent des Hébreux. Une race nouvelle croîtrait ainsi au soleil, ignorante de toute peur et de l’obligation de fuir. Une race audacieuse, qui n’aurait plus dans la bouche des dents gâtées serties d’or et d’argent, les mains moites, et les yeux fous derrière des lunettes aux verres épais. Le hâle du soleil les endurcirait et ils ne seraient plus jamais un peuple aux abois. En bronzant, ne deviennent-ils pas de bronze ?
Dans ce contexte nostalgique, on peut se permettre de douter que le médecin n’adhère complètement à cette théorie.
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui décrit cette période d’expectative avant l’Indépendance, et la guerre qui a suivi le départ des Anglais. Avec beaucoup de nuances et d’appréhension.
Le challengeLes deux George de la littératurevous invite à vous joindre à nous, Miriam et Claudialucia, et à partager nos lectures sur George Sand (1804-1876) et George Eliot ( 1819- 1880).
Vous pouvez lire leurs romans, leurs biographies, ou leur autobiographie, leur correspondance avec les personnalités de leur époque. Le choix est riche et variée
Ces deux écrivaines, française et anglaise, ont beaucoup de points communs, et d’abord le choix du même pseudonyme masculin, George, dans une société qui ne permettait pas aux femmes de s’affirmer comme telles lorsqu’elles écrivaient ou lorsqu’elles cherchaient à sortir du cadre étroit qui leur était assigné, foyer et maternité. Il s’agit donc d’une contestation de cette société dont les lois maintenaient les femmes sous la dépendance masculine tant au niveau juridique qu’intellectuel. Le prénom George ? Courant à l’époque, il permet de se libérer du carcan social.
Toutes deux vivront de leur plume. Toutes deux ont choisi d’être indépendantes, en bravant les interdits de leur société, selon une conduite jugée scandaleuse pour l’époque.
Amantine Aurore Dupin, baronne Dudevant, a secoué « l’affreux joug du mariage » en se séparant de son mari et en vivant de sa plume. Elle affiche ses amants dont Jules Sandeau à qui elle emprunte, par la suite, son pseudonyme Sand.
Mary-Ann Evans a d’abord eu une période de ferveur religieuse. Puritaine, elle observe une vie austère mais dans les années 1840 sa rencontre avec des intellectuels libres-penseurs vont faire évoluer sa pensée. Plus tard, elle vivra avec George Henry Lewes, un homme marié et père de famille, dont elle prendra le prénom pour écrire. Elle aussi connaîtra le succès littéraire.
Mais les différences entre les deux écrivaines sont aussi nettes et le challenge Les deux George nous permettront de les découvrir.
George Sand commence à écrire dans les années 1830 et illustre la seconde génération du romantisme. Son oeuvre est marquée les thèmes propres à ce mouvement, lyrisme, idéalisme, exaltation des passions, sens de la nature. Elle met la littérature au service de ses idées féministes puis de ses idées socialistes. Ses romans du monde rural dans les années 1840 sont réalistes dans la mesure où elle connaît bien ce milieu mais elle ne s’interdit pas l’idéalisme dans les descriptions des personnages. Ses romans sont engagés dans les débats sociaux, elle décrit les conditions de vie des paysans, elle prône l’égalité sociale. Elle est républicaine et socialiste et elle prend position lors de la révolution de 1848.
Dans la préface de la Mare au diable elle écrit : « Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (…) . Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale… »
George Eliot décrit avec réalisme la vie provinciale de l’Angleterre victorienne. Ce qui l’intéresse c’est la justesse de la description psychologique des personnages et elle présente une critique de la société et de ses hypocrisies. Elle critique la condition féminine et les interdits moraux de la société victorienne. Mais elle n’a pas l’engagement politique de George Sand. Elle veut réformer la société par une approche morale et philosophique. Dans un lettre de 1968, elle écrit : « Le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui les lisent soient davantage capables d’imaginer et de ressentir les peines et les joies de ceux qui sont différents d’eux. »
Leurs oeuvres
George Eliot
George Eliot en a écrit 7 romans et des nouvelles :
Adam Bede (1859),
Le Moulin sur la Floss (1860),
Silas Marner (1861),
Romola (1862–1863),
Felix Holt, le radical (1866),
Middlemarch (1871–1872)
Daniel Deronda
Scènes de la vie cléricale : trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil’s Love-Story et Janet’ Repentance paru en 1857
George Sand
Théodore Rousseau intérieur de la forêt du grand dormoir
George Sand a écrit plus de 70 romans et 50 volumes d’oeuvres diverses, nouvelles, contes et légendes, correspondance, pièces de théâtre, essais, articles. Impossible de les citer tous ! Voici les oeuvres principales classées par thème :
Féminisme, amour et mariage
Œuvres qui dénoncent le mariage imposé, l’inégalité entre hommes et femmes et défendent l’émancipation féminine.
• Indiana
• Valentine
• Lélia
• Jacques
• Lucrezia Floriani
Romans champêtres : Nature, ruralité et idéalisme
Inspirés du Berry, ils mettent en valeur les qualités du peuple, leur sagesse, leur dignité.
• La Mare au Diable
• François le Champi
• La Petite Fadette
• Les Maîtres sonneurs
Justice sociale, peuple et politique
Sand prône l’égalité sociale et la valeur des travailleurs.
• Le Compagnon du tour de France
• Le Meunier d’Angibault
• Horace
• La Ville noire
Art, musique et création
Réflexion sur le rôle de l’artiste, la création, la grandeur de l’art en particulier de la la musique.
• Consuelo
• La Comtesse de Rudolstadt
• Les Beaux Messieurs de Bois-Doré
• Les maîtres sonneurs
Philosophie, idéalisme
Œuvres marquées par le romantisme.
• Lélia
• Spiridion
• Gabriel
Autobiographie et écrits personnels
Histoire de ma vie/correspondances
Fantastique, Contes et Légendes
le château de Pictordu
légendes rustiques
Contes de grand-mère
la fée aux gros yeux
la fée poussière
Théâtre dont 31 pièces
Le roi attend (1848)
Claudie (1851)
Le Marquis de Villemer (1864)
**************
Biographies
George Sand
George Sand Martine Reid
Lélia ou la vie de G Sand André Maurois
George Sand ou le scandale de la liberté Joseph Barry
George Sand Audrey Pennel
George Sand Danielle Netter
George Eliot
L’autre George de Mona Ozouf
Une passion pour George Eliot de Kathy o’Shaughnessy
George Eliot Rosemary Ashton Édition en Anglais
Comment participer ?
Le challenge durera un an : Du mois de Février 2026 au mois de Février 2027
Vous pouvez participer en lisant librement un livre de George Sand et/ou de George Eliot de votre choix et en publiant un billet le 30 du mois (pour Février le 27).
Ou /et nous rejoindre dans des Lectures communes.
Pour le 27 Février
George Eliot : le moulin sur la Floss et un livre de Sand soit Le Moulin d’Angibault, soit La Petite Fadette au choix
Pour le 30 mars
Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand au choix
pour le 30 Avril
La ville noire de Sand et Felix Holt le radical d’Eliot
Pour le 30 Juin
Une biographie de George Eliot (en français ou en anglais) et une biographie de George Sand.
Pour le 30 juillet et le 30 août: Liberté de découverte pas de LC.
et l’on verra par la suite pour la reprise des LC.