Les vies de papier – Rabih Alameddine

LIRE POUR LE LIBAN

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« La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construit mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur qui me pose problème. Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métaphore sableuse, si la littérature es mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier – un sablier qui s’écoule grain par grain. La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue. »

Aaliya est un personnage singulier. Orpheline de père à deux ans, mariée à 16 à un « insecte impotent », répudiée à 20, elle a passé très vite les étapes assignées à une fille libanaise.

« Le féminisme au Liban n’a pas encore atteint les espadrilles ou les chaussures de course à pied ; les talons plats, voilà où on en est. Le choix de ne pas se marier ne figure pas encore  au tableau. Il est possible qu’il soit en train d’apparaître maintenant, mais je ne le saurais pas… »

Sans chercher un mari plus convenable elle a préféré une vie solitaire et un travail : libraire. Les livres sont devenus les compagnons d’une vie. Non seulement elle lit, éventuellement  vend des livres mais elle entretient avec certains une relation plus intime : elle traduit – pour le plaisir, pour la beauté du geste – des auteurs traduits en français et en anglais,  en arabe. Chaque traduction – chaque projet – est réalisé selon un rituel immuable : elle commence la traduction le premier janvier après avoir allumé deux bougies en l’honneur de Walter Benjamin, puis elle enfermera les feuillets manuscrits dans une boite en carton en compagnie de la traduction anglaise et française, sans chercher à publier son travail.

Au début du récit, Aaliya, a 72 ans.  Par erreur a teint ses cheveux en bleu et elle doit décider quel sera le projet de l’année qui commence….

Sa  vie est  vouée à la littérature,  une vie à Beyrouth à travers guerres civiles et étrangères. J’ai beaucoup aimé cette évocation de la vie à Beyrouth. Amine  Maalouf,  Madjalani et le 4ème Mur de Chalandon, m’ont donné une certaine familiarité avec le Liban  mais leur vision des conflits est plutôt masculine, et politique. Aalyia ne prend pas parti. On devine qu’elle est musulmane et sunnite, cependant elle ne s’engage nullement. Sa seule participation guerrière est l’acquisition d’une kalachnikov qui lui tient compagnie au lit et qui lui servira une fois à chasser des intrus dans son appartement. En revanche, les détails de la vie quotidienne me charment.

Aalyia choisit de traduire des auteurs très variés, elle est familière de Spinoza , de Pessoa qu’elle cite souvent, de Kafka auteurs singuliers et solitaires…Ses horizons sont très variés d‘Anna Karenine (son manuscrit préféré qu’il faudra sauver à tout pris) à Saramego qu’elle trouve facile à traduire alors que je l’ai trouvé difficile à lire. Impossible de lister tous les auteurs et les ouvrages croisé dans la lecture des vies de Papier. J’ai eu des envies de découvrir des auteurs que je n’ai jamais lus :W G Sebald mais vais-je choisir Austerlitz ou Les emigrants? J’ai même commandé Séfarade de Antonio Munoz MolinaJ’aimerais aussi essayer Javier Marias …. et 2666 – drôle de titre! J’aimerais encore visiter cette bibliothèque et noter d’autres lectures. En tout cas, je vais chercher les autres livres de Rabih Alameddine et les télécharger en VO (anglais) sur ma liseuse. J’adore ces livres qui donnent envie d’en lire d’autres!

« Ah splendide Microcosmes, le délice de découvrir un chef d’oeuvre. La beauté des premières phrases, le « qu’est-ce que c’est que ça? », le « comment cela se peut-il? », le coup de foudre, le sourire de l’âme[…]Lire un bon livre pour la première fois est aussi somptueux que la première gorgée de jus d’orange qui met fin au jeûne du ramadan. »

Je me suis attachée à cette vieille dame pas toujours aimable et je suis bien triste de la quitter.

 

8. Santiago – Cidade Velha : forteresse, foot et fête le dimanche.

CARNET DU CAP VERT 2002

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Le matin au village

Pour atteindre la forteresse, nous traversons tout le village. Au passage, on se salue «bom dia». C’est tranquille, nous sommes connues ici. Les petits cochons bruns lâchés cherchent leur nourriture comme les poules et les poussins qui picorent n’importe quoi, y compris les crottes de chien.

au village le matin
au village le matin

En haut du village, c’est le domaine des chèvres, des chevreaux minuscules et des boucs perchés qui ne se dérangent pas à notre passage.
Les femmes sont toujours actives, des seaux de lessive, d’eau ou même du sable sur la tête. Nous avons élucidé le mystère de la caravane des fillettes qui descendaient à la plage la nuit. Elles volent le  sable pour faire du ciment. Comme c’est interdit, elles le ramassent la nuit. Le matin les hommes font le ciment pendant que les femmes portent les charges. Ici il y a peu d’ânes, ce sont les femmes  les bêtes de somme.
Dans une cour, on pile le manioc et le maïs avec des pilons de bois dans des mortiers en bois ; les hommes assis regardent faire.

les femmes au travail!
les femmes au travail!

Visite de la forteresse

une rampe monte sur le plateau
une rampe monte sur le plateau

Une rampe en pavés en mauvais état, parfois complètement écroulée monte vers le plateau. Il est encore tôt et le ciel est couvert, la montée est facile. La forteresse intacte, possède encore ses canons rouillés qui pointent dans toutes les directions. Nous regardons une vidéo en portugais dans un petit centre d’interprétation présentant des gravures anciennes et des cartes marines…

église ou château?
église ou château?

A l’intérieur : des hauts murs en bloc bien taillés, une belle cour avec une curieuse citerne recouverte d’un dôme sur le modèle des citernes andalouses Arabes. Des explications détaillées permettent de retrouver la maison du gouverneur, artistiquement dallée de petits galets, comme les Portugais savent le faire, et la petite chapelle carrelée. Les salles des casernes et les magasins sont aussi reconnaissables.

les canons portugais
les canons portugais

 

Le panorama vu des remparts

Le panorama est très étendu. En bas, le village. A l’opposé les crêtes et les pics se détachent en silhouettes déchiquetées dans la brume.
Le plateau est fendu d’un canyon très vert : une oasis de cocotiers, de canne à sucre et de jardins, qui s’étire profondément ; ce paysage nous rappelle le Sud -Marocain. La culture en terrasses est limitée. L’agriculture se concentre au fond de la vallée. Des citernes carrées retiennent l’eau d’irrigation. L’alambic fume encore. La côte découpée est frangée d’écume blanche sur les rochers noirs ?
Je dessine deux esquisses au crayon noir. Je peux tricher un peu et resserrer le cadrage. Je ne suis pas très habile, mais en m’exerçant tous les jours, j’espère progresser.
Dominique explore pendant ce temps les fortifications et trouve une porte et le chemin du retour.

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Dimanche, foot et fête

Comme c’est Dimanche, Abel et Joseph tiennent le bar. Abel me sert un jus de bissap confectionné par Mama. C’est rouge, acidulé cela ressemble un peu au kerkadé mais c’est fait à partir d’une fleur qui vient de Dakar.
Dans le lit de la rivière à sec, se déroule un match de foot avec spectateurs, arbitres et applaudissements.

Dimanche à la plage

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Après un déjeuner de sandwichs sur le pas de notre porte et une sieste, nous retournons à la plage de Canisse, le dimanche est envahie par les familles, véritables tribus, et les bandes de jeunes. Certains ont apporté des glacières et même une guitare. Les Capverdiens se tassent à l’ombre des rochers. Les femmes se baignent en short et en Tshirt. Seules les petites filles sont en bikini. Dans l’eau ils jouent au ballon. Dominique  essaie les lunettes de plongée neuves. Elle est la seule à s’éloigner un peu du bord de la plage. L’essai est concluant, les lunettes sont bien à sa vue et ne se mouillent pas, mais il n’y a rien à voir, que du sable.
Avec l’affluence nous nous relayons pour garder les sacs. La mer monte, il faut déménager sur les galets. C’est moins confortable. L’aluguer vient spécialement chercher les clients à la plage…
Il semble que les gens sont venus de Praia pour le dimanche, la place est pleine de voitures. Un petit orchestre anime le restaurant, devant la mer. Les instruments sont électrifiés et le synthétiseur pas très typique fait surtout beaucoup de bruit.. Des hommes dansent seuls, même les vieux. Nous y cherchons Papa et Mama. Nous voulons leur offrir un verre avant notre départ. Nous les trouvons à leur bar avec Joseph. Je reprends un verre de calabaceira, Joseph et Abel de la bière et Mama une glace.

Le fils d’Abel et de Mama : Joseph

La place du village : pilori
La place du village : pilori

Joseph a 37 ans. Il a fait des études d’économie. C’est un type intelligent et bavard, un peu agaçant parce qu’il prend des airs importants. C’est intéressant de bavarder avec lui. Il y a trois jours, il était venu avec un agronome fin saoul, ce qui rendait la conversation pénible. Samedi, c’était un avocat très gentil et timide. J’essaie d’apprendre le plus possible de ces conversations de bar.Le Cap Vert est il africain ? Pour eux qui ont vécu à Dakar, c’est une évidence. Ils se sentent africains (d’autant plus qu’ils parlent français entre eux). Joseph me fait un résumé de l’histoire des îles de l’archipel, plus compliquée que je ne soupçonnais. Le Portugal n’a pas toujours été le seul colonisateur. Mindelo était anglaise, une île a même été allemande un moment.
Une caravane d’aluguers chargés de tous les jeunes de la région rentre bruyamment de Tarrafal où a eu lieu un  festival de musique. Ce matin Mama nous en avait parlé mais 19nous n’avions pas bien compris et cru qu’il s’agissait d’un pèlerinage.
Nous devions manger du poisson grillé au restaurant du bord de mer mais l’affluence nous rebute. Dominique demande si Mama peut nous cuisiner des nouilles. Elle nous les sert dans notre chambre avec du poulet.
Après dîner, nous tenons compagnie à Mama qui déballe les photos de ses enfants restés en France. Elle nous parle aussi des autres touristes. L’entreprise de Joseph a pour but de gagner de l’argent mais elle a aussi l’avantage de distraire ses parents qui ont laissé leur famille en France.

Desorientale – Négar Djavadi

TÉHÉRAN/PARIS

 

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Désorientale : quel beau titre! Orient comme exotisme, désorientée comme exilée, désorientée dans ses identités de fillette persane qui quitte sa tribu pour Paris à 11 ans, qui cherche son identité sexuelle, alors qu’en Iran elle est assignée, promise à une vie d’épouse et de mère, désorientée dans ce service de Procréation Médicalement assistée où elle attend enfin une insémination artificielle….

Le titre m’a tout de suite accrochée.

C’est un roman passionnant abordant de nombreux  thèmes . L’histoire contemporaine de l’Iran au cours de tout le 20ème siècle est racontée avec la saga des Sadr, famille aisée, cultivée et francophone. On voit vivre à l’iranienne cette grande famille où les oncles sont si nombreux que les enfants les nomment par leur numéro dans la fratrie.

On voit aussi le couple que forment les parents de la narratrice, couple de militants, d’opposants qu’elle compare même à Bonnie & Clyde, tant l’action politique est plus forte même que la prudence.

Roman de l’exil, du douloureux voyage, de la réception bien décevante des autorités françaises, alors que la France et sa culture étaient idéalisées…. les réactions des parents et des trois sœurs sont variées. L’exilée peut choisir de vivre dans un Iran rêvé ou de s’intégrer complètement, une option est aussi le cosmopolitisme…

Roman de la maternité, renoncer à faire des enfants paraît impensable à l’héroïne, même lesbienne. Récit détaillé des procédures et du protocole que doivent subir les candidats à la Five…

Ce roman est donc très riche et complexe. L’auteure a compliqué à plaisir le récit avec des flash-backs, retours en arrière dans le temps et l’espace, tournant autour de l’EVENEMENT qu’elle n’ose pas aborder de face.

Les romans compliqués ne me posent pas de problème. Le style, oui. Il manque un je ne sais quoi pour me convaincre et me séduire pleinement. Témoignage ou roman? Fiction sans doute largement autobiographique.

 

6- Santiago – Cidade Velha : levada

CARNET DU CAP VERT 2002 

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Abel et Mama  ont apporté le petit déjeuner sur des plateaux dans notre chambre. C’était mieux sur la terrasse !  Pap, qui avait travaillé le jour de la fête, avait réclamé son week-end. Joseph voulait, le forcer à travailler.

Premier baobab

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Derrière l’église, au détour de la route, il y a un très vieux baobab. Comme en Asie, ce vieil arbre fait l’objet de la vénération du village : un autel y est installé avec des fleurs artificielles, des images de la Vierge et une croix blanche cloué sur le tronc. Je suis très excitée : c’est notre premier baobab ! Pour moi, c’est un symbole de l’Afrique. Malheureusement, les caisses formant un autel défigurent la photo.

Promenade le long de la levada

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Au dessus du baobab, nous découvrons une levada. La libellule rouge venue nous visiter pendant le petit déjeuner, était annonciatrice de la promenade le long de l’eau. Nous suivons le ruisselet en marchant sur le rebord cimenté du canal d’irrigation en
surplombant  le village.  Nous reconnaissons nos toits de chaume et notre cour. Nous marchons à l’ombre des manguiers. En contrebas, de petites terrasses sont aménagées avec soin. Pour l’instant rien n’y pousse. Les semis attendent la saison des pluies qui ne vont pas tarder (?). Plus loin, des ouvriers travaillent à rehausser d’un étage une maison au milieu des terrasses. La maison, les murettes en basalte, même les troncs des arbres sont chaulés… Drôle d’idée de chauler le basalte… C’est courant ici. Notre maisonnette de la Rua Banana, en belles pierres taillées, est aussi blanche ainsi que d’autres dans la rue. Cela donne un air de richesse, les maisons misérables n’ont pas eu de badigeon depuis longtemps. La levada irrigue en cascade, les terrasses en aval. Elle sort d’une piscine rectangulaire, citerne qui retient l’eau… Avant d’arriver à la source captée, nous trouvons plusieurs citernes pleines. La source est invisible, enfermée dans un bloc cubique en ciment. Une série de tuyaux conduisent l’eau vers d’autres champs.
Au dessus de nous, tout proche, le bloc épais de la coulée basaltique forme une falaise où seules les chèvres grimpent. Leurs bêlements sont presque humains. Au retour nous suivons la levada dans une autre vallée qui fait une encoche dans la falaise  mais la promenade tourne court : la levada enjambe un précipice sur un pont étroit d’un trentaine de cm. Pas téméraires, nous n’osons pas nous y aventurer.
En chemin, nous croisons un couple assis près de l’eau. Dans leur seau : un téléphone portable, une brosse à dents et du savon. L’homme se lave nu, ignorant notre présence. Un peu plus loin trois enfants  se baignent dans un petit bac en ciment. Les oiseaux ont des  ailes bleues métalliques. Dans le petit canyon se trouvent des fermes, les porcs sont installés en terrasse sur le toit. On élève aussi des vaches, un âne est attaché à un arbre à l’ombre ainsi qu’un chien qui aboie à notre passage.
Assises sur le rebord de la lévada, nous contemplons la mer : une plage de galets est bien tentante. Les ouvriers qui gâchent du ciment à l’entrée du chemin qui y descend nous interdisent l’entrée : c’est privé.

Ruines de la vieille cité portugaise

Cidade Velha s’étend aussi sur la colline près des ruines de l’ancienne cathédrale ruinée. Les hauts murs de basalte noirs sont décorés de grès jaune finement travaillé autour des portes et des fenêtres, la plupart des blocs gisent puzzle pour archéologues en attendant d’être remontés.
Nous trouvons des yaourts dans une épicerie. Une femme portant sur la tête un plateau de fruits et de légumes, nous choisit ses plus belles bananes. Il nous reste la moitié du poulet du dîner. A la manière des Capverdiens  nous déjeunons assises sur le pas de la porte rua Banana.

La plage des Canisses

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Après une sieste, nous partons à la plage de Canisse. Aux heures chaudes, les aluguers sont rares. Enfin un accepte de faire un détour pour nous conduire à la Praia Canisse, belle plage de sable noir dans une anse à 2km de Cidade Velha. Une femme et sa fille se baignent, une autre famille arrivera plus tard ainsi qu’un 4×4 avec deux blancs  et trois noirs. C’est donc un endroit très tranquille.
Enfin une belle baignade ! Je reste longtemps dans l’eau, rejointe par Dominique. Puis lecture sur la plage. Il fait maintenant frais et nous avons presque froid après le bain. Trop tard pour commencer une aquarelle, d’ailleurs nous avons de la lessive à faire.

Picasso/Giacometti au Musée Picasso

EXPOSITION AU MUSÉE PICASSO JUSQU’AU 5 FÉVRIER 2017

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Picasso et Giacometti dialoguent dans cette très belle exposition. « Picasso, le Peintre, Giacometti, le sculpteur? » ai-je entendu dans les commentaires. C’est plus complexe! De nombreux points réunissent ces deux artistes.

Giacometti autoportrait
Giacometti autoportrait
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Picasso autoportrait

Fils d’artistes,  ils fréquentèrent l’atelier paternel et leur talent fut reconnu à un âge précoce. Tous deux eurent pour modèle Rodin.  

 

Giacometti fut formé à l’atelier de Bourdelle. Ils se rendent compte de l’impossibilité de sculpter la « vérité » il choisirent des chemins de traverse. L’exposition présente dos à dos le Fou (Picasso)et la Tête d’Otilia. Souvent les oeuvres se répondent, dialoguent. Parfois, je suis incapable de reconnaître l’auteur. Les deux artistes étaient amis, des croquis et études d’oeuvres de l’un par l’autre montrent qu’ils travaillaient ensemble.

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Le fou de Picasso
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Tête d’Otilia

 

 

 

 

 

 

 

Tous deux firent des recherches du côté du cubisme et du surréalisme. 

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giacometti : femme cuillère

Influences lointaines : Cyclades, Afrique ou Océanie.. La femme cuillère est-elle cycladique ou océanienne?

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La salle suivante s’intitule Passage au plan (1927-1929), une vitrine regroupe encore des figures anthropomorphiques Homme Apollon et Figure.

20170122_100046Au centre de la pièce un grand cristal blanc rhomboèdre tronqué ne porte pas la signature de l’auteur? Deux femmes plates sont de Giacometti qui n’a pas toujours sculpté des figures longilignes.

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Les thèmes D’Eros et Thanatos sont exploités aussi bien par Giacometti que par Picasso qui peignent ou sculptent des crânes.

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Crâne oursins et lampe sur la table
L'homme qui marche
L’homme qui marche

A la base de l’escalier qui mène à l’étage suivant L’Homme qui marche accompagne un tableau du peintre, sur le palier on voit deux groupes, les Baigneurs de Picasso se déploie sur un vaste espace tandis qu’une Forêt de Giacometti occupe une vitrine(arbres ou personnages?)

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Baigneurs de Picasso

 

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Forêt de Giacometti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les années 50, une salle appelée Retour à la réalité présente des animaux, un magnifique singe et une chèvre de Picasso avec le chien et un chat de Giacometti.

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Dans un film Alberto Giacometti parle à Igor Stravinsky de ses rapports avec Picasso, étroite amitié avant et pendant la Guerre qui s’est étiolée au départ de Picasso dans le Midi. On voit aussi une longue séquence du film de Clouzot : Le Mystère Picasso et celui de Scheidegger montre Giacometti au travail.

5. Santiago – Praia, la capitale

CARNET DU CAP VERT 2002

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Dans notre maisonnette de la rua Banana, il fait bien noir la nuit. Je n’avais pas prévu que la campagne serait si bruyante. Au lever du jour, nous sommes réveillées par un vacarme incroyable : aboiement des chiens qui se répondent, puis les coqs donnent de la voix. Grondement des vagues, imperceptibles le jour. Quelle heure peut-il être ? A six heures, je sors dans la cour sous le regard suppliant de Croquette, le chien, qui gémit pour réclamer des caresses.
Il fait très beau, encore frais. Sur l’antenne de télé la plus proche, un couple de très beaux oiseaux s’est posé. Ils ont le bec rouge, la tête et le cou blanc les ailes noires sur le dessus et bleu métallique vers l’arrière. Ce sont les Passerinhos, oiseaux endémiques de trois îles du Cap Vert : Santiago, Fogo et Brava.

Petit déjeuner – Bab Kader, notre cuisinier

A sept heures et demie, petit déjeuner sur la terrasse du magasin de souvenirs. Le cuisinier écoute RFI. Il est sénégalais et a habité Neuilly. Comme il ne comprend pas le créole cap-verdien, il écoute la radio en français. Nous découvrons que le propriétaire ne se nomme pas Joseph mais Abel. Pourquoi il se fait appeler Joseph? Ici, c’est la coutume d’appeler le père du nom de son fils. Je lui demande comment il s’y retrouve, cela le fait sourire. Lui s’appelle Bab Kader.

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Le marché de Praia
Le marché de Praia

Abel-Joseph, en plus d’accueillir des touristes, est chauffeur d’aluguer. Il nous conduit à Praia dans son minibus et nous débarque au pied du Plateau construit sur une épaisse coulée de basalte. On y accède par un escalier. Sur les murs, des fresques colorées à la gloire de l’amitié des peuples, une carte d’Afrique avec des symboles de la paix : « tous égaux, tous différents ». Les beaux quartiers de Praia occupent le plateau quadrillé de rues qui se coupent à angle droit. Deux jolies places sont aménagées avec des jardins publics. Les bâtiments officiels ont deux ou trois étages et datent du début du XXème ou fin du XIXème et ressemblent à leurs homologues portugais. Cela forme un ensemble charmant, propret, coloré et animé, évoquant plus une sous préfecture qu’une capitale. Le palais présidentiel forme un bel ensemble de bâtiments peints en jaune entourés de jardins fleuris de bougainvilliers ; à l’arrière une caserne est installée dans un petit fort jaune avec une tourelle carrée plus kitsch que militaire. Moins kitsch, les tanks garés au dehors.
Nous avons vite exploré le Plateau avec une attention particulière pour les supermarchés. Nous comparons les prix avec ceux des petites épiceries : deux fois moins cher. On finit par trouver une bouteille de Pernod hors de prix dans une boutique de spiritueux. Pour les journaux français, il faudra renoncer, ceux-ci sont en consultation au centre culturel français, mais pas en vente.

Le marché est la curiosité particulièrement recommandée par les guides. Sur un très petit périmètre sont installés de nombreux étals où on vend toutes sortes de légumes : carottes, oignons, choux de toutes sortes, pommes de terre, patates douces, betteraves, haricots verts, tomates, poivrons courgettes. L’exotisme vient plutôt des fruits : mangues, papayes, anones, amis, aussi, raisins, oranges, pommes, poires… Nous achetons 4 avocats. Le sac en plastique coûte aussi cher qu’un avocat (40$). Ici, les sacs plastiques sont récupérés, lavés et sèchent sur les cordes à linge du village. Cela n’empêche pas le désert d’en être jonché.
A 10h30, nous avons fini la visite et nous installons devant le palais présidentiel pour écrire les cartes postales qui arriveront dans une semaine. Nous sommes à l’ombre, sur le rebord de la corniche qui domine la mer : les plages, le port et les quartiers de Praia construits sur les collines et en bas un stade monumental.

Sucupira
Sucupira

Le Musée (minuscule) est fermé  à midi, nous passons devant le lycée et descendons une rampe pour arriver à Sucupira, le marché africain. Je m’attendais à plus pittoresque. Des fripes, vraies marques ou contrefaçons de jeans, sont suspendues. Monceaux de baskets, Nike ou imitations, des sous vêtement de couleurs violentes. Oh, le beau soutien gorge vert pomme ! Et le string orange ! Je voulais acheter un chapeau et un paréo. Ils proviennent tous d’Indonésie, batik avec trois couleurs au choix. Les beaux tissus africains sont vendus au mètre à l’intérieur des petites échoppes. Quant au chapeau qui remplacerait celui que j’ai perdu à Sal, je ne vois que des casquettes de base ball ou des bandanas… Les plus beaux articles sont de belles chemises colorées à larges motifs, mais réservées aux hommes. Nous ne nous attardons pas dans Sucupira, finalement déçues.

Retour en aluguer
Le trajet est plus long que prévu. L’aluguer part quand il est plein, et même bourré.Heure de la sortie de l’école : les lycéens forment l’essentiel des passagers. Il part donc rapidement. Ce qui n’était pas prévu, c’est qu’il s’arrête au sommet de la côte pour permettre aux femmes de terminer leurs emplettes. Elles descendent toutes et s’en suit un va et vient de bassines de poissons. Chacune a du mal à caser ses paquets. Comment ferons nous avec nos valises pour aller à Tarrafal ? Au bout d’un quart d’heure, le Hiace reprend la route et dépose ses passagers à tour de rôle. Chacun va à la fenêtre avec ses pièces. Dominique fait passer la monnaie.
On achète une boite de thon au village et déjeunons sur le pas de notre porte d’anone et de thon.
C’est le premier jour ensoleillé, beaucoup plus chaud (28°C) que les premiers jours. Nous préférons faire la sieste avant de nous baigner..
La baignade tourne court. La plage sert de terrain de foot. Seuls se baignent de très petits gamins. Le plus vieux doit avoir sept ans. Je suis gênée de m’exhiber devant tout le village.

Après-midi rua Banana, aquarelle en compagnie des enfants

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les enfants de la Rua Banana

Retour  rua Banana, je sors mes aquarelles. J’aurais aimé peindre la rue elle même mais je commence par la montagne dominant le paysage encadrée par les hauts cocotiers et quand je dessine les maisons il n’y a plus la place que pour trois. Je travaille sous l’œil attentif de deux petites filles, surtout de Sarita qui m’indique les couleurs en créole.
Peindre n’est pas photographier.

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Avec les photos, j’engrange des souvenirs, des preuves, et parfois il sort quelque chose de beau. Je conçois la photo comme du reportage. J’essaie de faire un cliché même si l’endroit visité s’y prête mal. Comme ce matin à Praia. Mes panoramas, les vues dégagées sur les lointains, font rarement de belles photos. Dominique réussit mieux les siennes parce qu’elle n’a pas le souci du témoignage. Elle ne prend la photo que lorsqu’elle a un bon sujet ; en ce moment elle fait uniquement des portraits d’enfants.
Pour la peinture, la fidélité est secondaire. On peut élaguer, recadrer, recomposer. Mais il faut compter avec ma maladresse !

Promenade dans la campagne

Promenade dans le lit sec de la rivière occupée par une vallée cultivée entre deux falaises. Les arbres sont immenses, magnifiques manguiers et cocotiers. A l’ombre, poussent canne à sucre, bananiers et légumes. Les cannes à sucre s’étagent dans la montagne sur des terrasses minuscules et assez rudimentaires. On restaure les vestiges de l’ancienne ville de Cidade Velha, son ancien couvent, la Pousada.

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La promenade ombragée est très agréable sauf quand on passe à côté d’une distillerie de grogue : l’odeur est pestilentielle. Sur les rochers les chèvres se battent et poussent des cris humains. Les passerinhos volent au dessus de nos têtes avec leur éclat bleu métallique.
Joseph, le fils d’Abel, est le véritable patron de l’entreprise familiale de tourisme. Il a fait des études d’économie en France où il a vécu longtemps, il s’exprime plus facilement en français qu’en créole et prend ses grands airs de jeune cadre dynamique. Ce soir, il est venu avec un ami ingénieur agronome qui aurait pu nous raconter des choses intéressantes s’il avait été en meilleure forme. Il est saoul.
Le dîner se termine mal : la feijoada est mal passée.

Yeruldelgger – Ian Manook

POLAR EXOTIQUE

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Yeruldelgger est un roman policier qui se déroule en Mongolie. 

J’ai dévoré en trois jours ce pavé de 630 pages haletantes et addictives  en moins de trois jours avec appétit mais aussi mauvaise conscience parce que c’est un policier vraiment très violent. Pour  certaines lectures, je consulte mon smartphone, pour voir un tableau, consulter une date ou une carte de géographie, pour Yeruldelgger j’aurais dû prendre un carnet et un crayon et noter le nombre de victimes, de tirs dans les jambes ou les genoux, de viols…. je serais arrivée à un total impressionnant. Je n’aime pas la violence gratuite encore moins les meurtres d’enfants, deux petites filles en sont victimes dans le livre.

Je n’aime pas non plus que l’enquêteur use de rapport de force, de l’intimidation, de la torture, ni des coups superflus.Je préfère généralement qu’il utilise son intelligence avec subtilité. Les machos invincibles ne me font pas rêver, ni les superman, batman et autres tarzan. Voilà pour ma mauvaise conscience!

Ce roman foisonnant est  complexe! Yeruldelgger est un policier d’exception,incorruptible, homme blessé, il poursuit ses enquêtes en cours malgré toutes les intimidations. Ses partenaires, le médecin légiste et sa plus proche collaboratrice, sont des femmes douées et belles, parmi les premières victimes, trois chinois et deux prostituées, presque la parité! Elles sont loin de n’être que des faire-valoir aux machos.

Ce polar exotique nous emmène en Mongolie entre Chine prédatrice des terres rares et des richesses du sous-sol, et Corée capitaliste où les touristes coréens se paient des treks dans les steppes encore sauvage.  Le souvenir de l’Union soviétique est encore très présent. la corruption des politiques et policiers  et les luttes d’influences de ces riches voisins seront la toile de fond de l’intrigue.

Exotisme encore, la vie dans les yourtes avec les traditions des nomades qui perdurent. Gastronomie mongole : les raviolis d’agneau frits, et la marmotte rôtie., sans  parler des tartines de confiture de myrtille et de crème!

Mystères aussi des chamans nomades et des bonzes combattants qui sont dignes des meilleurs films chinois.

Tout ce mélange fait que la lectrice se laisse emporter dans la steppe et les montagnes de l’Altaï….à cheval, en moto, en quad et en voiture.

Polar ethnographique? Pas sûr, l’auteur Ian Manook est un écrivain français :Patrick Manoukian, journaliste et grand voyageur.

4. La grande île de Santiago : Cidade Velha

CAP VERT

Rua Banana
Rua Banana

Vol pour Praia

Nous nous levons sous un beau soleil. C’est le premier beau jour depuis la tempête de sable de dimanche. La mer est calme.
Mon chapeau de paille s’est envolé quand nous sommes montées avec nos valises dans le taxi
Le vol pour Praia est prévu à 11h50 .

10h15. On nous annonce que nous avons raté l’avion qui  embarque ses derniers passagers sous nos yeux. Il faudra patienter 3 h  pour le suivant. Nous prenons ce contretemps avec philosophie.
L’avion survole les nuages. Nous n’apercevons l‘île de Santiago qu’au dernier moment à la descente sur Praia, rivage découpé, bordé de hautes falaises.

capvertsantiago1-copie

Arrivée à Praia

A la réception des bagages, les chauffeurs  de taxi monopolisent les chariots. Pas de taxi, pas de chariot. Je commence à marchander avec les chauffeurs qui se disputent entre eux. Pendant ce temps là, Dominique aperçoit un panneau à nos noms,  l’agence a envoyé un taxi. Un moment, j’espère que ce transfert est compris dans le forfait payé à Destination Cap Vert. Ce n’est pas le cas. Il faudra débourser 2600$.

Sabino, nous présente sa ville : très sale et très misérable. Le Caire, par comparaison, c’est Neuilly ! La « rivière », à sec, est jonchée d’ordures. Les rues sont défoncées. Des cahutes en parpaing sont dispersées dans les collines. Les constructions sont anarchiques. On a du mal a imaginer l’existence même d’une ville dans le chantier des routes défoncées, des bidonvilles, des buildings en ciment plantés sans logique apparente. La concentration de camions et la foule sur le bord de la route témoignent de la présence d’une ville quelque part.
Sabino arrête le taxi à la station Shell. Ce n’est pas pour faire le plein d’essence, c’est pour que j’aille au ravitaillement. Je ne sais pas trop qu’acheter : deux bouteilles d’eau et des yaourts. Qu’allons nous trouver au village ?
L’université Jean Piaget est en construction au bord de la route. Le choix de Piaget m’apparaît sympathique.

Cidade Velha, vieille ville portugaise

Rua Banana
Rua Banana

La route pavée conduit à Cidade Velha, la première ville fondée par les Portugais au XVème siècle, malheureusement ruinée par les pirates. La forteresse domine la falaise. Au village, il reste peu de chose de l’ancienne ville à part le beau pilori où on attachait les esclaves.

Chez papa et mama

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La cour de Papa et Mama

 

Le taxi emprunte une ruelle. Nous sommes arrivées. Sabino s’adresse à nos hôtes en les appelant Papa et Mama. Pourtant il ne les connaît pas.
Nos propriétaires Joseph et sa femme sont des personnes âgées ayant vécu 29 ans à Chalons-en-Champagne.

Notre gîte se trouve au fond d’une courette cimentée dans une maison basse en basalte chaulée recouverte d’un beau toit de chaume de canne à sucre refait à neuf. A l’intérieur, un grand lit métallique orné de boules en cuivre, une table, une tapisserie avec des chevaux. Au sol le carrelage étincelant imite le parquet. Il fait très sombre. Une petite fenêtre donne sur la rue Banana ainsi que la porte Joseph nous donne les clés : « vous les gardez, vous êtes chez vous ! ». La salle de bain est dans la cour décorée par quatre bananiers qui poussent en pleine terre ainsi qu’un petit rectangle de canne à sucre. Dans les seaux et des bidons, toutes sortes de plantes tropicales, des impatiens, de la misère, du pourpier du basilic et du romarin.
La femme de Joseph  assise sur le banc contre le mur,trie tranquillement des haricots pour la fejoada de demain d’un mélange de haricots divers et de graines de maïs.
Après une bonne douche, Joseph nous emmène faire le tour du village. Le prétexte est de nous montrer la cabine téléphonique. Il nous fait entrer dans les deux épiceries, nous présente à tous les villageois, à l’instituteur. Il nous montre aussi les maisons dans lesquelles il loue des chambres quand les siennes sont complètes. Le petit port est aussi la plage de sable noir sur lequel reposent des barques et des filets. Les enfants viennent se baigner là.

Promenade sur la route pavée

Palmier et citadelle
Palmier et citadelle

Une plus belle plage se trouve à 1.5km du village.
Nous sommes ravies de nous échapper et prenons la route pavée qui passe d’abord par des jardins en terrasses un peu anarchiques sous les manguiers portant des mangues, les goyaviers, citronniers cocotiers et flamboyants. Un peu plus loin, les cultures sont irriguées en goutte à goutte : le manioc pousse avec divers légumes: courges ou concombres (?) en feuilles, tomates et poivrons. Les gens  qui travaillent dans les jardins nous saluent au passage : « boa tarde ! ». Rapidement nous parvenons dans un désert de pierraille, coulées volcaniques presque à nu. Curieusement, de grands bâtiments modernes sont dispersés dans la campagne (des restaurants, des résidences secondaires, des maisons d’immigrés ???)
En bas, la mer se brise en écume blanche sur les rochers.

Soirée tranquille au village

Retour à 19h au village. Tout le monde est dehors. Les enfants jouent au ballon. Les femmes font du crochet. Certains dînent,  un bol à la main, sur le pas de leur porte. Je redoute surtout les moustiques. Santiago n’est pas exempt de paludisme comme l’ont rappelé les panneaux à l’aéroport. Il faut donc éviter de se faire piquer. On s’habille de la tête aux pieds, manches longues, on se passe sur le cou, les avant-bras, le visage de la citronnelle. Précaution inutile ! Rien ne vole ! En revanche, il y a des araignées, pas dangereuses, mais qui me répugnent. Dominique les écrase sans façon.
Nous dînons chez le fils de Joseph sur la terrasse, protégée de canisses : trois tables et un bar à jus de fruits. Notre table est « réservée » avec un papier plié à la manière des élèves de sixième à la rentrée, collé sur la toile cirée. Nous sommes les seules clientes. On nous sort salière et piment, moutarde et ketchup.
Près du bar, des adolescents boivent des jus de fruit en écoutant à la radio des variétés internationales : Bob Marley, Céline Dion…
C’est le meilleur endroit pour passer la soirée : il fait frais, c’est bien éclairé et nous sommes installées confortablement sur des tables. J’apporte nos guides pour préparer notre exploration de Santiago. Joseph se joint à nous, ravi de nous conseiller. Dans ses mains un livre relié (livre de prière,). Nous commandons dès maintenant le menu pde demain.

3. Sal -Espargos, Palmeira

CARNET DU CAP VERT 2002

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Nous avons renoncé à louer une voiture et préférons essayer l’aluguer : un minibus qui part de la station devant la pharmacie quand il est plein (100$ chacune pour Espargos). Le chauffeur met une chouette musique cap-verdienne à tue tête.17 km de désert : du sable blanc, près de Sal puis une étendue caillouteuse ocre rouge. L’île n’est pas aussi plate que je le pensais.

Espargos
Espargos

Espargos est un gros bourg avec des maisons peintes, une placette cimentées avec des volumes colorés avec soin, quelques supermarchés modernes et bien achalandés. Le tourisme n’a pas envahi les boutiques comme à Santa Maria.
Après une promenade tranquille dans les rues animées nous montons sur la butte qui domine le village pour découvrir le panorama, reconnaissons Pedra do Lume, l’aéroport et Palmeira.
Au supermarché nous trouvons du concombre, de la charcuterie et des yaourts, la caissière parle français.

Palmeira, le port de commerce, les pêcheurs

Palmeira
Palmeira

Un chauffeur de taxi nous  conduit au port de commerce de Palmeira dont les abords sont gâchés par les citernes de carburant. Autour des docks, les nombreux containers viennent du monde entier. De grosses caisses de bois sont empilées, rangées par destinataires : les complexes hôteliers de Santa Maria. Un gros bateau est à quai.

Le port de Palmeira
Le port de Palmeira

Un peu plus loin, le port de pêche est plus intéressant. Des pêcheurs portent des maquereaux en bouquets dans chaque main. Une petite fille armée d’un gros couteau vide les poissons et tranche les têtes. Des hommes calfatent une barque avec une sorte de toile en tissu blanc. Un homme pose complaisamment avec ses poissons pour la photo.
Nous flânons dans le village aux maisons basses aux façades multicolores. Certaines sont fleuries avec des mimosas, des hibiscus ou des lauriers roses. Nous entrons dans plusieurs épiceries bien cachées dans les maisons à la recherche de pain. Il n’y en a pas. Une petite fille nous emmène chez une amie qui pourra peu être nous dépanner.
De très petits enfants jouent seuls dans la rue. Un chien dort sur la chaussée. La voiture de la sécurité de l’aéroport le heurte. Le pauvre chien pousse un petit cri et se lève en boitant. Impuissantes et désolées, nous préférons décamper.

nettoyer le poisson
nettoyer le poisson

Retour à Santa Maria

Retour en taxi : 800 $. Je n’ai pas de monnaie, le chauffeur non plus. Il propose de faire le change au Cocorico, le bar situé sous les Alizés.
Au dessus de la boulangerie Dado, la voisine fait grand ménage au jet, elle arrose les clients. La boulangère pousse grands cris.

Plage des surfeurs

Une plage. C’est la plage des surfeurs, déserte en cette saison. Nous installons deux lits sous un parasol en l’absence du plagiste. Je me baigne à l’avant d’un beau rouleau qui se brise quelques mètres devant moi. C’est amusant : il faut guetter la vague et ne pas la quitter des yeux. Elle est assez forte pour me soulever mais pas assez puissante pour m’emporter.
Une plage déserte, c’est merveilleux pour se reposer mais la baignade est hasardeuse. Je ne retournerai à l’eau que quand un groupe de touristes s’arrêtera.
En attendant, nous faisons un beau pique-nique. Le ciel est couvert, il fait presque trop frais. Dominique se cache sous la grande serviette de plage. Étonnant, sous les tropiques, au mois de Juillet,  d’avoir la chair de poule ! Le vent est moins fort que les autres jours, les nuages se dissipent un peu, un faible soleil apparaît. Je vais à la recherche de coquillages. C’est un plaisir de m’enfoncer dans le sable fin, pieds nus. La récolte est maigre : des patelles très aplaties, quelques bigorneaux, des oursins cassés (mangés par les estivants) un morceau d’écaille de tortue. Les détritus, mégots, chaussures ne manquent pas. C’est attristant d’être dans une île du bout du monde et d’y trouver des saletés.
Une Capverdienne en combinaison très élégante orange se baigne toute habillée avec sa fille en short par dessus le maillot. Elles jouent à ramasser des galets dans l’écume de la vague.
Le vent est tombé, les vagues mollissent, je retourne à l’eau pour une deuxième baignade.

le ponton de Santa Maria
le ponton de Santa Maria

La plus belle photo est toujours celle qu’on n’arrive pas à prendre !

Dernier jour à Sal.  La plage est très animée : une partie de foot endiablée se déroule sur le sable près du ponton. Des pêcheurs laissent pendre leurs lignes entre les planches disjointes.  Je vais seule au bout de la jetée emportant l’Olympus. Sur la plage une curieuse scène se déroule : onze hommes poussent une barque à l’eau : un petit garçon préside à l’opération. Cela aurait pu être La photo des vacances.

Du balcon des Alizés

Aux Alizés, je dessine du balcon la jolie placette  entre le centre culturel orange et le café Matéus bleu vif. Au milieu de la place, des volumes géométriques variés, alignement de cubes aux couleurs vives : jaune, vert orange, bleu soulignés par une bande colorée. Un bizarre édifice en gradins et quelques plantations donnent un effet pittoresque. Le rasta m’interpelle. Il me demande de passer le bonjour à son ami : Patrick de Fogo. Je lui demande alors son nom : « Cubano ». Est ce vraiment son nom ? Ou une référence au Castrisme, à Che Guevarra, honoré ici ? C’est un personnage curieux et un artiste. Ses sculptures à la plage sont très originales.

Nha terra, notre cantine

Nous terminons la soirée au restaurant Nhéa Terra près de la piscine sous les frondes des palmiers.

 

 

Jade, des empereurs aux arts déco. au Musée Guimet

LE MONDE EN EXPOS

Exposition terminée le 16 janvier 2017

affiche-jade

Le Jade est à l’honneur au Musée Guimet, principalement le jade chinois qui fut collectionné par les empereurs de la dynastie Qing (1723-1795)

montagne avec un arbre et deux cervidés
montagne avec un arbre et deux cervidés

Trois minéraux existent sous cette appellation :  jadéite, trémolite et kosmochlor. Ce sont des silicates Ca et Mg du groupe des Amphiboles pour la jadéite nephrite, Na et Al du groupe des Pyroxènes pour la jadéite. Le kosmochlor est le Jade de Birmanie. Sa dureté sur l’échelle de Mohs est de 6.5 à 7(diamant =10) en fait une pierre qu’on taille assez facilement. La première salle est ornée de très belles illustration d’un manuel de taille du jade, découpé à la corde et au foret, poli ….Son contact est très agréable:  on incite le visiteur à toucher l’échantillon. 

A l’époque des empereurs de la dynastie Qing la Chine atteignit sa plus grande extension vers l’Ouest, ayant alors accès à de nouveaux gisements de jade  aux frontières du Turkestan.

En introduction : un crapaud-presse papier.  André Breton en avait placé deux sur sa table. Des anneaux, disques polis trouvés en Bretagne et datant de 4500 av.JC témoigne de la fascination qu’exerce ce minéral au delà des frontières chinoises…

feuilles de lotus et tortues
feuilles de lotus et tortues

Les objets des collections des Empereurs chinois sont de toute beauté, la finesse du travail est époustouflante. Les usages du jade sont très variés : tablettes officielles, coupes et vases décoratifs ainsi que tout le matériel des lettrés : « lave-pinceaux », « repose-bras » pour les plus anecdotiques. A l’occasion on montre le goût naturaliste du cabinet du lettré au 18ème siècle. De nombreux objets sont ornés d’animaux et de plantes finement rendus en plus des thèmes typiquement chinois de dragons. Les objets les plus spectaculaires sont sans doute ces « montagnes » avec rochers, végétaux mais aussi animaux.

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Les couleurs du jade sont beaucoup plus variées que je ne l’imaginais : vert, bien sûr, mais aussi presque blanc, avec parfois des nuances de rose ou brun. La géologue remarque que certaines oeuvres taillées comme du jade sont faits de cornaline(jade de feu), d’opale ou même de lapis-lazuli ou de cristal de roche. (jade d’eau).

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Au delà des frontières chinoises le jade fut travaillé et apprécié par les Mongols, en Asie Centrale ou en Inde, une section montre l’art islamique du travail du jade. On voit les objets de jades offerts à Tamerlan.

 

tigre
tigre

A côté des objets très précieux et très sophistiquées une salle présente des jades très anciens avec des anneaux polis du

j'ai beaucoup aimé ce petit cochon
j’ai beaucoup aimé ce petit cochon

Néolithiques analogues aux anneaux bretons  et des plaques à motifs animaliers qui m’ont beaucoup plu.

 

Le jade était un cadeau prestigieux. Une salle est intitulée « jade à Fontainebleau« , y est présenté un rosaire géant ayant appartenu à Eugénie et les cadeaux de l’empereur de Siam à Napoléon III me rappellent le tableau de Gérôme immortalisant la visite des ambassadeurs de Siam, exposé en ce moment à Orsay.

Une salle Art Déco montre des objets, nombreuses pendules et bijoux de Cartier utilisant cette matière.

pendule Cartier
pendule Cartier

L’exposition se termine avec le magnifique paravent de Coromandel 12 panneaux magnifiques que je n’ai pas réussi à photographier parce qu’il était dans l’ombre.