Exposition temporaire à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 02 novembre 2025
Un patrimoine en exil 2006, 529 œuvres rejoignent Genève pour une exposition. Elle devaient constituer le futur musée archéologique de Gaza.
Cette exposition s’inscrit dans une démarche de préservation des trésors culturels du monde. Dans le même esprit, j’avais beaucoup apprécié l’exposition Cité millénaires – Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul à l’IMA en 2018 ICI
Dromadaire chargé d’amphores
Les images de Gaza sont désolation et ruines, on n’imagine pas que sous les décombres une histoire très riche se cache. Gaza, oasis, à la limite du désert et de la mer, fut selon Strabon la plus grande ville de Syrie. Elle est entrée dans l’Histoire avec Thoutmosis (1504 – 1450). Au mur, une immense carte incluant la Méditerranée et l’Arabie montre les routes commerçantes convergeant vers cette cité maritime.
Des ancres de pierre, des anneaux d’amarrage témoignent de cette vocation maritime dès l’Age de Bronze. Egyptiens, Hittites, Philistins, Nabatéens y convergèrent. Alexandre de Macédoine livra bataille pour la conquérir. De la période hellénistique l’exposition présente une série d’amphores et une jolie statue d’Aphrodite (ou Hécate)
97 av. JC, Gaza est conquise par un royaume Juif puis laissée à l’abandon. En 61 av. JC, Pompée s’en empare et construit une cité romaine. De cette époque témoignent de très fines lampes à huile
Cupidon lance ses filets dans les vagues
Au IVème siècle s’installent. le monachisme se développe avec le monastère de Saint Hilarion, l’église Saint Porphyre.
Une belle mosaïque occupe le centre de la pièce avec des motifs d’animaux exotiques, girafes, éléphants, béliers, aigle et des grappes de raisin séparant les médaillons.
631 : la ville est conquise par les armées musulmanes, la population étant majoritairement chrétienne avec de petites communautés juives et samariennes.
Gaza : une ville commerçante balance romaine, pièces de monnaie et trésor de pièces agglomérées
Les Croisades 1149 et 1187 induisent une nouvelle période de violence.
Les Mamelouks l’occupent (1260 – 1279).
En 1516 Gaza devient ottomane
Gaza au début du XXème siècle
La deuxième partie de l’exposition contient des photographies anciennes de l’Ecole Biblique et Archéologique française de Jérusalem (1905-1922). Elles montrent les monuments et surtout une campagne paisible ainsi que les monuments.
Au centre de la pièce, des photos récentes en couleur (2022 à 2025) Certaines témoignent des destructions récentes. Le Qasr al Basha, siège du pouvoir mamelouk était le musée depuis 2010. Bonaparte y a passé trois jours;
Photo émouvante de la cérémonie de Noël célébrée dans l’église orthodoxe Saint Porphyre le 7 janvier 2025.
Une vidéo en images de synthèse reconstitue le monastère Saint Hilarion.
Enfin au mur on voit la cartographie des sites archéologiques bombardés.
Merci à Babélio et à l’éditeur La collection noire pour l’envoi de ce livre.
Je suis toujours à l’affut de polars et de nouveaux détectives, même si la compétition avec mes préférés Montalbano, Brunetti et Erlendur met la barre très haute.
Le Piège de l’ours se déroule dans les environs de Lyon, dans un village du Beaujolais où les gendarmes Dominique Deschamps et Stéphanie sont appelés pour un crime particulièrement sanglant : une ukrainienne et son bébé sont retrouvés sauvagement poignardés. Ce double meurtre est suivi de cambriolage, deux hommes sont carbonisés à bord de leur voiture dans les environs immédiats. Sans parler des autopsies….Bien Gore.
L’enquête enchaîne les clichés. Le légiste est bizarre (il faut être bizarre pour aimer les autopsies), le jeune juge d’instruction veut se faire mousser, la hiérarchie ne veut pas de vague. Stéphanie est une geek, et même une hackeuse…l’informatique fera des miracles.
Rien de bien original, ni de bien passionnant. On se croirait dans une série de France3 « meurtre à…« .
Pourtant cela fonctionne bien. Lecture facile et distrayante.
Parfaite pour un Créteil Université/Balard (1h08 de métro) et aller/retour (2h16) Terminé à la maison pour avoir le fin mot de l’histoire.
Ce cinquième épisode boucle pour le Voyage Métropolitain le Tour du Périphérique. Il semble que le sujet soit à la mode. J’ai écouté un podcast passionnant de France Culture : Le périph, après tout en 4 épisodes de 60 mn ICI en convoquant les souvenirs des 4 marches avec le Voyage Métropolitain.
Prologue : pour rejoindre le point de rendez-vous j’ai choisi d’emprunter le tramway T3, de Porte de Charenton au terminus. Il suit les boulevards des Maréchaux, de porte en porte, je révise et anticipe la marche.
Au Pont du Garigliano, nous avons rendez-vous sur la terrasse dominant la gare du RER C . Le soleil fait miroiter les vitres des buildings de France.tv et de l’immeuble Safran. Le groupe s’engage dans le quartier d’affaires d‘Issy les Moulineaux, désert le samedi matin. on passe devant Microsoft. Premier passage sous le périf : une station-service avec lavage-auto y est coincée .
héliport et ministère de la Défense
Retour Paris XVème : nous entrons dans le grand Parc Suzanne Lenglen, grand Parc de sport de la Ville de Paris et parc de promenade avec vue sur l’Héliport et l’Hexagone Balard, Ministère de la Défense, équivalent du Pentagone américain. Il y a aussi une ferme pédagogique, qui a dû fermer pour garantir le bien-être animal, l’enfer est parfois pavé de bonnes intentions! Cette grande plaine de Grenelle a été attribuée à l’armée en compensation de la construction de la Tour Eiffel sur le Champ de Mars qui était alors un terrain de manœuvres. Ce terrain a été un lieu d’essais aéronautiques . La toponymie du quartier garde le souvenir des exploits des pionniers de l’aviation. Cette plaine facilement inondable a aussi donné des idées pour la construction d’un canal droit qui relierait Paris à la Mer, drôle d’idée, la Seine remplit déjà cet office. On a aussi pensé à y faire des naumachies. Si le bassin des naumachies n’a pas été réalisé le complexe d‘Aquaboulevardse dresse à la sortie du parc.
le tobogan d’aquaboulevard
Porte de Versailles
Nous passons devant le Monument Farman : stèle commémorant l’exploit de l’aviateur sur Biplan Voisin le 13 janvier 1908. Le chantier de laTour Triangle est en pleine activité. Alors qu’on bétonne les étages supérieures, la muraille de verre penchée est déjà posée. Sous certains angles la tour apparait comme une seule arrête coupante
la Tour Triangle en construction
Le Parc des Expositions a pris un coup de vieux à côté de l’insolente « modernité » de la Tour. Est-elle vraiment moderne ou est-ce une relique de l’ancien monde qui bétonne à tout vat?
par des Exposition et Tour Triangle
Rue de Vaugirard, un escalier nous mène à la Petite Ceinture près de l’ancienne gare aménagée Ligne 15 . La Petite Ceinture a été ouverte aux voyageurs de 1854 à 1934. la friche a été réhabilitée en une promenade piétonne sur des planches. Occasion pour Jens de nous signaler le Projet Aramis, qui a expérimenté un transport par petites rames autonomes. Bruno Latour a analysé l’échec d’Aramis dans son livre Aramis ou l’amour des techniques faisant d’Aramis le personnage principal de l’ouvrage.
Le parc Georges Brassens occupe l’emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard. C’est un joli parc bien en pente, nous descendons le long d’une sorte de ruisseau jusqu’à un beffroi, clocher pointu et horloge sonnant les heures rythmant le travail des abattoirs. Des porches monumentaux ornés d’un bœuf et plus loin d’un cheval rappellent le passé. Vaugirard (1814 – 1976)était connu comme abattoir hippophagique. La mort animale, comme à la Villette était rejetée aux limites de la ville. les animaux arrivaient par train ; La rampe qu’ils descendaient était marquée de reliefs arrondis pour que les animaux ne glissent pas, est encore visible.
Sous les anciennes halles métalliques se tient un marché aux livres d’occasion très bien fourni.
Jens nous signale le film Le Sang des Bêtes de Franju et nous fait la lecture d’extraits du livre de Murielle Pic, En regardant le Sang des Bêtes. Sujet trop dur!
Malakoff : pavillons et jardin au fond très grand ensemble
Malakoff est une commune récente qui s’est détachée de Vanves en 1883. Son nom provient d’un parc d’attraction au thème de la Guerre de Crimée qui possédait une tour : la tour Malakoff. Finalement, le village a pris le nom du parc. Banlieue de la ceinture rouge, la toponymie en garde le souvenir, elle est en voie de boboïsation. Ses rues tranquilles avec les petites maisons dans les jardins, les sentes, les cafés sympas, boutiques de thés et centres d’art en font un environnement prisé. Nous sommes invitées dans le jardin du Centre d’Art où nous piqueniquons.
Ce Centre d’Art se livre à une expérience écolo : « sans fluides », sans eau et sans électricité, ni téléphone, ni ordinateur, peut-on encore vivre? Nous sommes invités à visiter l’exposition en cours Les Moulineuses ayant pour thème les grèves des travailleuses ainsi que la visite de la Cuisine sans fluide. Des panneaux de toile de jute marron portent des champignons, la culture des pleurotes comme œuvre d’art? ou comme culture sans eau ni chauffage? A vrai dire, je ne suis pas très convaincue par la composante artistique ni par le vocable de « chercheureuse » comme féminin de chercheur. Pourquoi pas chercheuse? A moins qu’il n’y ait un point au milieu. L’écriture inclusive se lit mais se prononce mal.
le Beffroi de Montrouge
Montrouge se distingue de Malakoff, en passant d’une commune à l’autre on perçoit la différence. Surtout que nous longeons tout un quartier enclos dans d’élégant grillages, mais grillages quand même qui interdisent de profiter des jardins qui entourent les bâtiments du Crédit Agricole. L’emprise foncière de cette banque est telle que la municipalité a dû la limiter. Le Centre de Montrouge comporte des bâtiments imposants comme le Beffroi de briques – centre culturel construit en 1933. Un autre monument remarquable est l’église Saint-Jacques-le-Majeur. Nous avions d’abord remarqué les coquilles Saint-Jacques emblème des pèlerins de Compostelle sur le trottoir. La grande église de béton n’a pas de campanile, on ne l’identifie pas de l’extérieur comme église. Elle fut construite de 1934 à 1940 mais fut rapidement détériorée. Une restauration a été effectuée en 2013.
Saint jacques le Majeur
Une fresque de 300m2 occupe tout un côté de la nef, elle a été réalisée par un collectif d’artistes ce qui est assez étrange parce que l’ensemble est très cohérent
fresques de Saint jacques le Majeur
une frise de vitraux en coquilles saint jacques borde toute la nef et illumine l’ensemble.
Halte devant l’entrée d’une cour des HBM en briques construites dans les années 30 le long des boulevards des Maréchaux. Marion nous raconte la vie dans ces immeubles, appartements vastes et traversants, rencontres et jeux d’enfants dans les cours. Des logements bien conçus!
cité universitaire sous les cerisiers
Nous traversons la Cité Universitaire Internationale, campus dans un parc aux cerisiers en pleine floraison. Les bâtiments, derrière les frondaisons, sont variés, certains de style anglosaxons. En cette belle après midi, une grande pelouse est envahie d’une foule paisible comme en plein été.
Eglise du Sacré Cœur de Gentilly
La passerelle du Cambodge enjambe le périphérique jusqu’à la grande église du Sacré Cœur de Gentillyà l’aplomb de la route. Cette église néo-byzantine avec ses grands anges verts m’a toujours étonnée. Construite en 1933-1936 pour les étudiants, elle a été désertée surtout après la fermeture de la passerelle dans les années 60. En 1979, elle a été affectée à la communauté portugaise qui l’anime. Nous franchissons la passerelle du Cambodge, longeons l’église et découvrons une autre passerelle au-dessus de l’autoroute A6. L’église est donc un îlot entre deux voies de circulations majeures.
Gentillyest une ville très pentue. Après avoir descendu un raidillon dans des quartiers très tranquilles et silencieux malgré la proximité des axes majeurs. On arrive sur la Place Doisneau, puis par le passage des Lavandières de la Bièvre sous la médiathèque, à la Maison de la Photographie où se déroulent des expositions de photographes (en ce moment Harold Feinstein).
Nous retournons vers Paris par le Parc Kellermann construit en terrasses arborées d’où on a une belle vue sur le périphérique et au delà sur la banlieue. Panorama idéal pour une vue d’ensemble sur la géologie de Paris et de sa région.
C’est à l’occasion de la visite de l’exposition Art Dégénéré au Musée Picasso ICI que j’ai découvert de roman graphique : un véritable chef d’œuvre!
Un podcast à signaler : les Midis de Culture « Deux filles Nues » de Luz ICI
Deux Filles Nues est le nom d’un tableau peint en 1919 par Otto Mueller(1874-1930) qui a subi les tribulations des tableaux de l’Art dégénéré selon les critères nazis. Il est actuellement accroché à Cologne.
C’est donc une histoire vraie.
La BD commence avec le making-of du tableau qui s’élabore sous nos yeux : plus de blanc que de couleur sur les premières pages. Il faut l’intervention d’un ramasseur de champignons. Au premier tiers du livre, Otto Mueller meurt…mais le livre est loin d’être fini. Le sujet, c’est le tableau et non le peintre. Acquis par un collectionneur juif, il se retrouve avec d’autres sur les murs.
La vente aux enchères de l’Art Dégénéré
Là, il faut être très attentif , la BD est beaucoup plus sophistiquée qu’il n’y paraît au début. Tous les éléments du décor ont leur importance : les autres œuvres accrochées correspondent à de réels tableaux. Il y a même les titres à la fin, sauf que Luz nous a fait une sorte de blague : il a supprimé les numéros des pages. On sait qu’il y a un Emil Nolde p. 101, mais on ne sait pas où est la page 101 et ainsi de suite. Avec un peu d’efforts, on a une véritable exposition de la peinture allemande, expressionnisme, die Brücke etc
Autre lecture : l’histoire de la montée du nazisme ne se trouve que très partiellement dans les bulles de texte. C’est dans la rue, par la fenêtre qu’on voit se dérouler manifestations, violences et déprédations.
Fond noir : la nuit, la rue est éclairée et les incendies de la Nuit de Cristal l’illuminent. Ces pages noires sont d’une grande force et d’une grande beauté.
Le même procédé se retrouve quand le tableau est exposé dans les expositions d’art dégénéré. Regardez bien par la fenêtre.
Les voyages en train sont aussi très impressionnants. Comme l’invasion des cafards…
Ce n’est pas un livre d’une seule lecture. Il faut le feuilleter, y revenir, l’étudier.
Je vais avoir beaucoup de mal à m’en séparer et à le rendre à la médiathèque.
Depuis le 7 octobre, je suis saisie de « Judéobsession » comme l’a écrit Guillaume Erner dont je suis justement en train de lire le livre. Ecoute compulsive de podcasts sur l’antisémitisme, les Juifs, la Shoah. J’ai découvert Toutes les vies de Théoen même temps que L’Annonce d’Assouline sur Répliques : la Littérature face aux attaques du 7 octobre.En même temps que l’Annonce, j’ai téléchargé Toutes les vies de Théo. Autant le livre d‘Assoulinem’a parlé, autant j’ai été agacée par celui d’Azoulai.
Théo, à moitié allemand par sa mère, à moitié breton, rencontre Léa à une séance de tir sportif, en tombe amoureux et l’épouse. La mère de Théo pour vaincre sa culpabilité d’allemande vis à vis de la Shoah, est ravie de cette union avec une juive, une sorte de rédemption par son fils. Ils ont une fille Noémie. le 7 octobre va déchirer cette union.
« Elle dit que l’histoire l’avait prise par le col, qu’elle l’obligeait à retourner dans sa niche. »
Léa se sent renvoyée à son identité juive, solidaire d’Israël. Théo se sent exclu. Il rencontre une plasticienne libanaise, en tombe amoureux et épouse la cause palestinienne sans réserve. Mais la belle est volage et il va se retrouver abandonné
La fracture que le 7 octobre peut induire dans un couple mixte, je la comprends ; son analyse m’aurait passionnée. Fracture réelle pour de nombreux juifs s’éloignant d’amis proches et de relations, de militants, et surtout de toute une gauche qui maintenant les rejette. Je pensais trouver cela dans le livre.
« On aurait voulu inventer ta vie, Théo, qu’on n’aurait pas osé, dit Léa. Tu auras passé la première moitié à
vouloir être juif et la deuxième à vouloir être arabe. – Et toi, à vouloir oublier que tu étais juive puis à t’en
vouloir d’avoir voulu l’oublier, dit-il du tac au tac. – Au moins, moi, je me débrouille avec ce que je suis.
Mais qui sait, un jour, tu seras peut-être toi-même… »
Mais non, plutôt une caricature. Je n’ai pas pu m’attacher à la personnalité de Théo réduite à son attraction vers les Juifs puis les Palestiniens. Il est dessiné en creux, amoureux de l’autre différente, puis retourne à son identité. J’aurais aimé voir vivre la famille de Léa, comprendre les réactions différentes au départ des deux soeurs Léa et Rose qui vivent un mariage symétrique et un divorce aussi prévisible. Cette symétrie me semble bien artificielle. Quant à la conversion de Noémie au catholicisme puis son retour au judaïsme, cela m’ a paru bien superficiel.
« C’est notre homme qui est mort pour nos idées dans une époque qui ressemblait cruellement à la nôtre ».
Zweigest inépuisable. Je reviens à ses romans, ses biographies, le Monde d’hier.Aujourd’hui, quand la peste brune se répand, ressemble terriblement au monde dont il parle.
Cette courte biographie, moins de 100 pages, se concentre à la fin de la vie de Cicéron, autour de la mort de Jules César, qui est aussi la fin de la République romaine. Ce n’est plus l’avocat des procès douteux l’accusateur de Catilina dont la phrase apprise au lycée est restée fichée dans ma mémoire
« Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? »
C’est un homme aux cheveux gris qui appelle le peuple romain à se montrer digne de l’honneur de ses ancêtres. Il pressent la fin de la République :
Mais à présent, le coup d’État de César, qui l’écarte des affaires publiques (la res publica) lui donne enfin l’ occasion de faire croître et éclore sa vie personnelle (la res privata), qui constitue ce qu’il y a de plus important au monde ; Cicéron se résigne à abandonner le Forum, le Sénat et l’imperium à la dictature de Jules César.
Il fulmine contre Antoine dans les Philippiques. il choisit Octave, mais les trois bandits s’unissent dans le triumvirat. Octave, Lepide et Antoine se partagent le monde mais Antoine réclame la tête de Cicéron.
Pour sauver sa vie, Cicéron pourrait s’exiler en Grèce, au-delà des mers.
Mais Cicéron s’arrête toujours au dernier moment : celui qui a connu un jour la tristesse de l’exil ressent même en plein danger le bonheur que lui procure la terre familière, et l’indignité d’une vie passée à fuir. Une volonté mystérieuse, au-delà de la raison, et même contraire à la raison, l’oblige à faire face au destin qui l’attend.
Comment ne pas penser à Zweig, à ses exils jusqu’au Brésil où il se suicidera.
Merci à Dominiqueivredelivres qui m’a donné envie de le lire ICI
Joie collective sur les Champs Elysées, années 70, manifestations heureuses.
Bandes portées au Carnaval de Sao Salvador de Bahia
Joie collective du Carnaval!
Le Palais de Tokyo est un lieu très cool. L’art contemporain n’est pas du tout rébarbatif ou difficile d’abord. On y est très bien accueilli. Des médiateurs.trices prennent en charge les visiteurs pour une visite de 30 minute personnalisée.
Moki Chery : textile
Des espaces invitent le public à participer dans une expérience collaborative. La couleur violette indique qu’on attend une participation active du public. Sur une petite scène une adolescente joue à la vedette. On peut colorier une œuvre qu’un plasticien, Dimitri Milbren a dessinée
Babyfoot panafricain de Bocar Niang (Sénégal)
Le babyfoot panafricain de Bocar Niang invite au jeu collectif . pas de boules pour jouer mais on peut voir de près les personnages, reconnaître Rosa Park ou Nelson Mandela.
Cosmorama Montreuil
Oeuvre collective que le Projet participatif à Montreuil dans le quartier Morillon où les habitants ont suspendu un maillot de foot de l’équipe malienne . Et où les enfants ont décoré la porte bleue
les enfants devant la porte bleue
Musique en vidéo sur un très grand écran des tubas cuivres et contrebasses se répondent à la Nouvelle Orléans. On regarde, on écoute, on commente on bavarde avec des inconnus;
Cindy Bannani – manifestation marche de 1983
Notre visite se termine en broderie. la brodeuse Cindy Bannani a imaginé une installation avec ses tableautins brodés des marcheuse en manif. sur une table une banderole doit être brodée : il y a du matériel, coton à broder, cercles de bois ajustables, aiguille, j’ai réclamé un dé. Chacun, chacune plutôt peut mettre son point à la création collective. En brodant on échange, on bavarde, on se lie. La plasticienne n’a pas pu afficher de keffieh, cela fait débat!
on nous a tant promis. on nous a menti
je ne vous ai pas parlé des expos photos, des vidéos, de la musique….
Exposition temporaire jusqu’au 8 juin 2025 à la Grande Bibliothèque
Anne Imhof – 2022 – huile sur toile dimension XXL
La toile d‘Anne Imhof– l’affiche de l’exposition – m’a induite en erreur. Je m’attendais à des documents sur la fin du monde, guerres, inondations, cyclones, ce que l’actualité télévisée nous sert quotidiennement et qui devient apocalyptique.
Kiki Smith – tapisserie – guide l’aigle du malheur
Les conservateurs de l’Exposition mettent dès l’entrée les pendules à l’heure. Dans le monde contemporain, l’Apocalypse évoque des catastrophes, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Au sens étymologique, elle correspond plus à une révélation ou un dévoilement et annonce le Royaume de Dieu.
jean le visionnaire – tapisserie – Angers
Les premières salles vont donc raconter l’Apocalypse telle que l’a écrite Jean de Patmos, comme la Tapisserie de l’Apocalypse du Château d’Angers. Des œuvres modernes illustrent cet effroi comme l’aquarelle de Gustave Moreau ou la petite peinture d’Henri Michaux, la lettre du voyant de Rimbaud ou les textes d’Antonin Artaud.
Unica Zürn
N’oublions pas que l’exposition se tient à la Grande Bibliothèque, qui présente naturellement de merveilleux manuscrits enluminés
BEAtus de Saint Sever
Collection merveilleuses de gravures de Dürer qui a dessiné toute une série
Dürer les quatre cavaliers de l’Apocalypse
Sans parler de celles de Goya, j’ai eu bien du mal à choisir mes préférées , bien grinçantes fantastiques
Goya
Etonnantes aussi celles d’Odilon Redon. L’ordre chronologique adopté par l’Exposition
Odilon Redon
Au XXème siècle, l’Apocalypse n’est plus le texte de Jean mais la Grande Guerre. Otto Dix s’en est inspiré
Otto Dix – Errinnerungen an die Spielsale von Brüssel
On voit également des photos de Brassai, une grande tapisserie de Lurçat
La fin de l’exposition présente des œuvres contemporaines intéressante comme les aquarium d’Hicham Berrada que je retrouve avec beaucoup de bonheur
Hicham Berrada
Je découvre l’énorme tapisserie d’Otobung Nkanga sur des thématique marines : surexploitation des fonds océaniques
« De quoi s’agit-il ? D’un pogrom. Le premier depuis 1945, date qui pour l’Histoire sonnait en principe le glas des massacres de masse des Juifs. »
[…]
« Fin de l’innocence pour tout le monde. Et dire que tout cela arrive au moment où disparaissent les derniers témoins de la Shoah… »
La sidération du 7 octobre ne s’efface pas. A l’horreur du massacre, s’ajoutent les manifestations antisémites. Mon effarement devant la vengeance sans limites de Netanyahou sur Gaza, la découverte qu’il existe des fascistes juifs, des racistes juifs et qu’ils sont en capacité de nuire, capables d’oublier les otages et de saboter toute solution raisonnable.
Au réveil, je dépouille le Monde, les posts de La sur Facebook, et tout ce que la Presse écrite veut bien délivrer.
Et bien sûr la littérature!
La pensée magique ne m’a pas imposé de me lancer dans ce projet de livre. Un autre l’a déclenché bien en
amont après une dizaine d’années de ruminement, de maturation, de décantation : Une femme fuyant l’
annonce.
Pierre Assouline a placé ce livre sous le patronage de Grossman. Le titre L’Annonce fait penser à Une Femme Fuyant l’AnnonceEt le livre commence avec une citation de Grossmanen épigraphe . J’aimerais tant lire Grossman depuis le 7 octobre!
50 ans séparent les deux parties du livre :
6 Octobre 1973, guerre de Kippour dont Raphaël, le narrateur, 20 ans alors, apprend le déclenchement à la synagogue. Comme de nombreux jeunes juifs, Raphaël part volontaire. Il se retrouve dans un moshav à remplacer un agriculteur mobilisé pour s’occuper des dindons. Belle histoire d’amour de jeunesse, au hasard d’une partie d’échecs, il rencontre Esther, une jeune soldate de son âge
7 octobre 2023, Raphaël se trouve en Israël. Il est confronté avec l’évènement
Je suis revenu seul avec mon paquet de souvenirs, sans imaginer que mon in memoriam serait percuté de
plein fouet par un bis repetita.
Raphaël va confronter ses souvenirs
Je ne reconnais plus le pays. Plus je le dévisage, moins je le retrouve. Nous nous sommes tant aimés, mais
c’est loin. Deux générations ont surgi.
Pour le reportage gore, rembobiner les images . Tout le monde les connaît. Idem pour les combats, les bombardements, même les alertes. Ce n’est pas le propos du livre. Raphaël raconte la vie des civils qui se mobilisent, rencontre des manifestants de la Place des Otages, analyse les réactions des parents, des endeuillés et de ceux qui ne savent rien de leurs proches.
« C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de comparer 1973 et 2023, ne serait-ce que pour des
détails anodins.
[…]
1973, c’est le triomphe du système pileux en liberté, on croirait une bande de hippies ; 2023, la boule à
zéro ou presque pour tout le monde »
Dans les couloirs de l’hôpital Tel Hashomer, le passé vient télescoper le présent. Devant un échiquier, il rencontre Eden, la fille d’Esther. L’histoire bégaie.
Esther, en 1973, avait pour mission d' »Annoncer« . » Annoncer » c’était rencontrer la famille pour annoncer le décès de leur mari, enfant. C’est cette « Annonce » que la mère du livre de Grossman fuit, pensant protéger la vie de son fils. C’est une mission difficile et Esther en a eu le cœur brisé, une attaque cardiaque simulant l’infarctus. Le « syndrôme du coeur brisé » est aussi désigné sous le nom de « syndrôme de mawashi-geri« . Nurit, la petite-fille d’Esther en est victime. Et pour la même cause. Elle aussi « Annonce« la mort.
« Cette fois, ce n’est pas comme en 1973. Il n’y a pas que la mort des soldats à annoncer. Il y a des
disparitions. Il y a des otages. Annoncer, des mois après le 7 octobre, que l’on a enfin pu identifier les
ossements de ce qui fut un corps. Et parfois annoncer l’inverse et oser dire en face que le corps que l’on
croyait être, en fonction de la dentition, celui de leur fils ou de leur fille et qui a peut-être déjà été
inhumé n’est pas celui que l’on croyait »
L’Annonce est un roman très personnel, pas un reportage, peu d’analyse politique. Quand il évoque le triomphalisme, l’hybris, dans le début de la guerre de 1973 au début du roman, il pourrait recopier le paragraphe pour expliquer l’absence de l’armée en octobre 2023.
Y a aussi l’esprit. Je ne sais plus comment tu appelles ça, tu l’as dit l’autre jour… — L’hubris, ce satané
orgueil israélien qui s’est endormi sur sa réputation de supériorité (réelle) et d’invincibilité (ça se
discute). Jusque-là, Israël paraissait bourrelé de certitudes. Il ne craignait rien ni personne. Aveuglés par
un narcissisme collectif, une surestimation de soi et un excès de confiance, ils se sont laissé enfumer par
les fausses nouvelles de la propagande, sans parler de l’obsession du terrorisme international qui a tout
focalisé aux dépens de la vigilance. Leur triomphalisme de la guerre des Six-Jours, ils l’ont payé cash
Quand le narrateur évoque le roman qu’il va écrire, on lui demande s’il parlera des Palestiniens. Et bien, non! parce que vus d’Israël, les Palestiniens sont bien absents :
« Les Israéliens semblent parfois s’être enfermés dans une bulle cognitive qui les rendrait insensibles au
sort des Palestiniens. »
Cette histoire m’a parlé : à l’inverse de Raphaël, j’étais en Israël, au kibboutz Yekhiam le 6 Octobre 1973, et à Créteil en 2023.Pour moi aussi, la bande musicale sera de Leonard Cohen. Et Grossman un de mes écrivains favoris. Terminant d’écrire cette chronique je suis retournée à relire l’oraison de Grossman.
Ecouter aussi le podcast de Répliques Radio France