De Siwa à Bahariya : nummulites

EGYPTE 2010 / OASIS ET DESERT BLANC

NUMMULITES

Le sol est jonché de rondelles blanches, de la taille de pièces de monnaie : des nummulites. Je m’enthousiasme à cette récolte inattendue et m’évertue à convaincre Samer de l’importance des nummulites pour la stratigraphie.

La route, n’est plus la belle chaussée neuve. Une relique de route la double en  un trait foncé. Plutôt de la tôle ondulée. Sayed préfère rouler sur le côté, il a gonflé ses pneus pour le sable. Sur le cailloutis il risque de crever. Cette piste est pleine de pneus éclatés.

On a « perdu » la route, tout au moins on en a l’impression parce que le chauffeur, lui, sait très bien où il va. Les cahots m’amusent, j’éclate de rire. Petite culpabilité : est-ce bien écolo de rouler ainsi dans une grosse 4×4? Sentiment de péché. Les chrétiens voient le péché dans le sexe, les musulmans dans l’alcool, les écolos dans la voiture ! Et la transgression est aussi source de plaisir.
De temps en temps le sol est blanc : crissement des nummulites à notre passage. Parfois des petits cailloux noirs colorent le paysage. Que sont-ils ?

A un  check-point, un très gros rognon de silex est debout contre la cahute des militaires. Dans les arrondis j‘imagine deux seins, un ventre et une cuisse. Torse féminin. Les jeunes soldats ont l’air de gamins. Rêvent –ils à cette Vénus du désert ? Eux qui ne voient que des silhouettes grises ou noires, le visage entièrement caché.

Dans le sable, surgit comme un pilier, une demi-arche d’une vallée insoupçonnée. Nous roulons parallèlement à une paroi blanche. Mirage du désert, je crois voir une ville qui sort de l’eau. Puis on retrouve la vieille chaussée noirâtre et caillouteuse qui traverse une étendue plate, jaune vide. L’esprit vagabonde. Je pense à mes élèves, au planning du trimestre à venir…

Deux rochers isolés comme de gros champignons bruns se détachent du sable clair. On essaie de les capturer avec les appareils-photos. Ils seront flous.

Du blanc saupoudre le beige et le rose, à la manière de la neige quand quelques flocons qui ne resterons que quelques heures au petit matin de septembre dans le Dévoluy. Il a neigé des nummulites !

Sur la piste de Siwa à Bahariya

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désert entre Siwa et Baharya

 

De larges étendues noires tranchent sur les roches fauves du désert. Des cailloux noirs parsèment le sol. Des collines semblent cuirassées. J’imagine du volcanisme. Sans en être sûre. Je ramasse un  caillou, très lourd. Du fer ?

sable blnc et cailloux noirs près de Baharya

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A l’hôtel, à Bahariya, je découvre dans le jardin  une collection minéralogique : des échantillons de fer oxydés, des troncs d’arbres fossilisés, de grosses boules, des rognons de silex, des roches noires et vertes. La présence d’une source thermale est aussi en faveur de l’hypothèse du volcanisme bien que je n’ai vu ni bombes, ni coulée.
L’oasis bien cachée dans une échancrure du relief. A première vue, les arbres, le vert ne m’étonnent même pas. Je me reprends : nous sommes arrivés ! Voilà l’oasis et je m’en veux d’avoir réagi avec tant de passivité comme si j’étais blasée. C’est pourtant extraordinaire le vert dans le désert ! Seulement, en voiture, nous allons trop vite, nous venions de quitter une autre oasis ce matin.

Bahariya : notre hôtel Qasr Bawity

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hôtel Qasr Bawity Baharya

La petite localité de Bawity n’a pas le charme de Shali,  parcourue par la route avec des motos et des voitures.

L’hôtel Qasr Bawity est construit à flanc de colline en belle pierre jaune.  Jeux de dalles jaunes ou blanches, galets, toits en terrasses ou dômes ronds, voûtes nubiennes demi-cylindrique chaulées. Les chambres s’étagent sur plusieurs niveaux. Partout des marches, de la pierre mais aussi des bougainvillées fleuries, des portiques de palmier, des cordes enroulées. Jolie architecture pleine d’inventivité et de fantaisie.

décoration du plafond de notre chambre

Notre chambre est en gros moellons beiges. Une arcade la traverse. La voûte du dôme est peinte d’un décor naïf : dans une palmeraie un homme travaille avec une houe, un autre plante un petit palmier, un dromadaire blanc attend. Les seuls meubles sont les lits. Deux niches sont aménagées, l’une en penderie, l’autre forme un banc sous la fenêtre. Un kilim à bandes rouges aux motifs géométriques sur fond blanc  couvre le sol. La salle d’eau est aussi originale : la cabine de douche dans un angle, est délimitée par un muret de pierre. Les serviettes sont posées sur une sorte de balançoire : un rameau de palmier retenu au plafond par deux ficelles. Malgré la chaleur extérieure, il fait très frais dans la maison aux murs de pierre épaisse.

La piscine se trouve en contrebas d’une montagne hérissée de blocs noirs. Juste en dessous, une source thermale est captée. Dans une maison sombre, d’un gros tuyau sort un jet d’eau chaude assez malodorante dans un bassin de ciment très creux. La salle évoque un hammam avec ses ouvertures et sa pénombre.

Un jardin minéral et fleuri renferme une collection de bois fossiles, de concrétions ferrugineuses, des blocs noirs et verts autour d’outils agricoles pittoresques : un banc de bois assez bancal surmonte une rangée de disques en fer.  De grosses boules de pierre blanche d’un diamètre d’une vingtaine de centimètres m’intriguent. Comment se sont elles formées ? Peut être une vague parenté avec les rognons de silex ou les boules d’agate que nous avons récoltées au Canada ? Les bougainvillées roses tyrien éclatant  tranchent sur les pierres. D’autre buissons bordent les allées et grimpent sur des pergolas de croisillons de palmiers.

Pour dîner, nous préférons nous installer en terrasse sous des moustiquaires. Le dîner est plus « oriental » qu’au Shali Resort. En entrée: trois assiettes  de salades : caviar d’aubergine avec beaucoup d’ail, excellente tehina épicée, pois chiches mélangés avec des tomates et des concombres. Le pain est chaud, parfumé au thym et au cumin. Curieusement,  Samer appelle la pita « le pain du gouvernement ». On sert aussi un bouillon clair au vermicelles, haricots et légumes. Sur de grandes assiettes, du riz jaune moulé avec de belles cannelures, des légumes sautés variés accompagnent du poisson frit. Pour dessert : une sorte de blanc-manger avec des raisins secs.

Sous la tente bédouine on a allumé un feu odorant, les touristes suisses bavardent avec leur guide.

Une musique égyptienne nous parvient du café de l’autre côte de la route. Le patron propose de nous faire accompagner par quelqu’un de son personnel. Timidité idiote ? je décline son offre.

Baharya matin pluvieux

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Bahariya : matin pluvieux

hôtel Qasr Bawity

 

Au lever du soleil, la lumière est bizarre. Je monte sur la plus haute terrasse dessiner. De grosses gouttes  s’écrasent au sol. Je retourne à la piscine pour gravir la petite montagne qui domine l’hôtel.

La palmeraie paraît prospère, touffue. Plus loin, on voit des lacs. Le rebord nord du plateau forme un mur clair entaillé par de vagues échancrures.

Petit déjeuner sobre : tomates concombres, fromage blanc salé, omelette et un genre de cake.  Samer a apporté son café moulu, il se fait préparer un café turc. Comme cela me fait très envie (et que cela doit se voir) il demande au serveur de m’en servir un.  Délicieux, merci Samer.!

Un  groupe d’israéliens est arrivé pendant la nuit. Leur présence n’étonne que moi. Ce sont des randonneurs en voyage organisé.

hôtel Qasr Bawity

 

Bahariya : Momies dorées et tombes antiques

Le musée des momies dorées

Malgré ses trésors, le musée ne paie pas de mine : vitrines poussiéreuses sans aucune explication. Six ou sept momies dorment sous la garde d’un gardien vénal.

–    « si vous donnez quelque chose il fermera les yeux sur les photos
»

Nous ne photographions rien mais donnons 5£E quand même.

Le guide du  groupe italien  montre une toute petite momie à tête d’oiseau elle  referme un jeune enfant. A côté, une  momie d’une petite fille a un masque en cartonnage qui porte des seins et le visage doré d’une dame romaine. En comparant sa taille avec celle d’une troisième momie, on comprend que c’est celle d’un enfant.

Les visages sont touchants, plus romains qu’égyptiens avec barbes et coiffures. Les masques, très expressifs. Les grands yeux préfigurent les représentations coptes, expression  de la tristesse  de  quitter ce monde.

Tombes

Creusées assez profond, peintes de couleurs fraîches. Tout le panthéon égyptien défile : Amon, Osiris, Isis, Nephtys ; Hathor….  Embaumement : Anubis a l’air bien affairé. Scène de la pesée des âmes. La taille des personnages étonne.
La qualité de l’exécution pèche un  peu par maladresse, aucune comparaison avec la maîtrise des artisans de Gournah ou des gravures de Saqqara. Nous sommes dans une province lointaine, l’élite des peintres exerce plutôt à Memphis ou à Alexandrie !
Visite commentée par le guide des italiens, qui,comme  il y a peu d’originalité dans ces tombes, en profite pour raconter des généralités.

–    «  Pourquoi la tête est elle de profil, les épaules de face, et à nouveau les pieds de profil ?

–  On représente ainsi le nez en entier au lieu de l’écraser dans les vues de face. Le nez est un organe essentiel puisqu’il permet à l’air d’entrer. Selon sa théorie, le nez cassé qu’on observe souvent sur les sculptures de pharaon n’est pas un accident fortuit de l’érosion mais un acte de jalousie de la part de son successeur. En revanche, le torse vu de face, fait valoir les muscles et la force des hommes. Pour la partie inférieure, le profil est de rigueur pour montrer la marche vers la vie.

Vent de sable

Remontant à la surface, une bourrasque me mitraille de sable. Je descends la capuche de mon coupe-vent, utilise mon foulard pour me protéger le visage ; On mange de la poussière.

Baharyia :Ein Meftellah et Temple d’Alexandre

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Bahariya : Ein Meftellah

source ein meftellah

une source chaude : l’eau s’écoule fumante dans des bassins. On vient y remplir des bouteilles. Un jardin a été aménagé avec des « coins pique-nique ». pas de bain possible, l’eau est beaucoup trop chaude, avec les bassins en longueur cela ressemble plutôt à un  canal.

Bahariya : Temple d’Alexandre

Le Temple d’Alexandre se trouve en limite du désert. On pénètre dans un bâtiment couvert qui abrite des chapelles où l’on peut voir des gravures. Les pieds bien visibles appartiennent à de mystérieux personnages usés. En revanche, dans les salles du fond les bas-reliefs ont gardé leurs couleurs. Là aussi, les divinités se succèdent, les tables d’offrandes sont chargées de pains et de victuailles. Pas de guide italien, nous sommes livrés à nous même. C’est parfois amusant d’exercer son  imagination pour interpréter les scènes qui s’offrent à nous.  Après tout, nous ne sommes plus tout à fait novices !
Le paysage est dégagé, occasion de dessiner un panorama avec le rebord du plateau tabulaire, les buttes de sable, les palmiers et les épineux et la cahute des gardiens ?
Vers 11h30, notre programme de visite est terminé. Nous achetons des yaourts et des biscuits au village et rentrons à l’hôtel. Le patron nous a « à la bonne », il offre des salades qu’on vient nous porter sur la terrasse de notre chambre. Pour cause de vent, pas de baignade à la piscine.

Bahariya : promenade dans la Palmeraie

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PALMERAIE

 

J’ai  d’excellents souvenirs des palmeraies marocaines. Nous avons toujours goûté l’ombre, la fraîcheur de l’au et le vert vif des petits jardins.  A Siwa nous n’avons pas eu le temps d’en profiter, je ne veux pas quitter Bahariya sans cette expérience !

Timidement nous suivons d’abord la route où roulent quelques charrettes à ânes mais aussi beaucoup de pickups et de motos. Sous les dattiers les parcelles ne sont pas cultivées. Je regrette un peu les jardins marocains. Nous enjambons les rigoles à sec et arrivons sur une voie carrossable mais non asphaltée, piste de course pour les ânes ! Souple et élastique sous la semelle, très agréable pour la marche.

Baharyia : tempête de sable

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Coucher du soleil sur un petit sommet au programme.

La 4×4 tourne dans le village à un carrefour invisible et grimpe vers la montagne.

Sur le rebord de la falaise se tiennent les silhouettes de nos collègues touristes. Le vent forcit, la tempête soulève la poussière. Nous nous arrêtons sur une étendue plate très grise. Autour de nous de gros blocs noirs, une épaisse coulée basaltique  s’est refroidie en   prismes caractéristiques. La voilà la preuve que je cherchais !

Le sable jaune vole. Les petits éclats noirs roulent. Il faut s’envelopper. Je regrette de ne pas avoir pris ma caffiyah. Je plie le carré roumain en triangle devant ma bouche, serre les cordons de la capuche du coupe vent. Ahmed, le chauffeur de la 4×4 a son chèche posé sur le tableau de bord; Il porte jeans et anorak mais le chèche  n’est pas pour la frime !

Dans toute cette poussière qui vole,  à la promenade prévue dans le village est annulée.

Que ferons-nous demain ? L’expédition au Désert Blanc est mal partie !

Pour chasser la morosité due au mauvais temps le patron organise une fête dans la tente bédouine avec des musiciens : tambourins, derbouka, flûte double bizarre. Les bédouins dansent entre hommes en se déhanchant de manière très suggestive.

Désert blanc : une rencontre à la source

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Où l’on découvre que les touristes sont parfois indétectables

Ahmed prépare le pique-nique sous un bosquet de palmiers. D’autres 4×4 sont arrêtés. On se partage l’ombre et la fraîcheur  avec de grands paravents en toile de tente.  De l’autre côté de la toile des « bédouins » habillés de galabieh et coiffés de caffiyahs à damier rouge, peau mate, parlent grec. S’ils bavardaient moins fort je les aurais pris pour des natifs. Le pique nique est servi sur une natte, très abondant, tomates concombre, thon,  chips en abondance.

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  une jolie photo : encadrées par les frondes des palmiers deux femmes, de dos , l’une en rouge l’autre en bleu sont assises sur la margelle de la source.

Nous allons les rejoindre. Jambes ballantes, pieds dans l’eau, elles nous invitent à les imiter :
–    « C’est une source thermale, l’eau fait du bien ! »
Elles sont du Caire, touristes comme nous,  bivouaqueront  – comme nous .
–    « avec la pleine lune ce sera merveilleux » remarque la plus jeune qui parle très bien anglais
–    « Savez-vous parler arabe ? »
–    « un peu », j’énumère mon maigre vocabulaire
–    « que voulez vous apprendre ? »
–    « je trempe mes pieds dans l’eau »
Elle traduit, cela  nous amuse toutes les deux.

Des chameaux s’approchent pour boire. La jeune femme remet prestement ses chaussettes, moi aussi. On se lève pour un tour à dos de chameau. Justement Samer se rapproche au volant de la voiture et nous appelle. Photo avec le téléphone portable. Je donne aussi mon numéro. Elle doit effectuer un voyage à Londres et voudrait faire une escale à Paris. On ne sait jamais…

Entre Baharia et le Désert Blanc :Ein Heiz

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Source ein Heiz

Quelques arbres, des touffes d’herbe annoncent une source qui s’écoule dans un bassin de ciment. Autour de l’eau, la végétation s’est installée avec un petit village agricole, une cafétéria et même un campement « moon garden ».
Le long de la route des petits arbres ont été plantés régulièrement. Des champs sont parcourus de tuyaux noirs de goutte à goutte. Il y a aussi des tunnels de plastique. Loin du Caire, entre deux oasis, les investissements en irrigation doivent être énormes alors que dans le voisinage, les cultures dans les palmeraies me semblent négligée au profit de cette agriculture ultramoderne.

Désert noir

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désert noir

Au petit matin, le ciel est encore tout jaune comme pendant le vent de sable. Le vent a l’air calmé mais ce jaune ne prélude rien de bon. Nous bouclons la valise sans conviction. Dès le petit déjeuner, le soleil est revenu.

Épisode paperasse : trente minutes perdues devant la police touristique.

La route de Farafra est bien neuve et bien droite. Ahmed bifurque sur le plateau constellé de cailloux noirs. Une grosse coulée coiffe les sommets. La surprise d’Ahmed est un petit volcan aux très jolies couleurs : sur le ciel bleu se détache le basalte noir surmontant la base de la montagne en grès orange. Passée la surprise nous découvrons toute une série d’appareils volcaniques coniques parfois avec la pointe très effilée. Les éclats de basalte jonchent le sol : c’est le désert noir !