Medinet Habou au petit matin

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C’est un privilège immense d’être la seule visiteuse à Médinet Habou!

J’ai toute l’attention des gardiens.
–    « Where do you come from? »,  sempiternelle question!
Un vieil homme s’attache à mes pas.

Devant le Pylône, « Ramsès III ». Le pharaon a triomphé des ennemis, il s’élance, brandissant un fouet. An tas, à ses pieds, les mains coupées des vaincus. Les énormes gravures ressemblent à celle de Ramsès II dans la bataille de Kadesh : même attitude du pharaon sur son  char, même cheval empanaché. Je commence à réviser mes idées quant à la bataille de Kadesh. Ce que j’avais pris pour une narration exacte se trouve transposé ici. Il faudrait être égyptologue pour faire la part du symbolique et de l’anecdote.
L’anecdote, je vais la trouver plus tard, après être passée dans une autre cour avec les colosses et les chapiteaux en bouton de lotus colorés. Le gardien me montre des scènes très colorées. Je ne trouve pas la bataille navale : elle est à l’extérieur du temple dont il faut faire le tour. Le gardien me montre aussi une scène avec des poissons, un taureau debout et un autre aux pattes liées.

Dernières images d’Egypte

10h. Le petit car emprunte la route  le long du canal bordée de maisons aux façades colorées et aux picots de dentelle autour du toit. Tant de maisons restent inachevées en Egypte, celles-là, avec leurs finitions, sont presque exceptionnelles.

Vol agréable au dessus du désert qui, vu d’avion, raconte une autre histoire qu’au ras du sol : histoire de canyons et de rivières, d’inondations, érosion puissante de l’eau. Quand ? Est-ce le travail d’orages isolés et violents ou une histoire ancienne quand, il y a 25 000 ans et que le Sahara était encore vert ? Je guette les pyramides. L’avion  survole des quartiers neufs d’immeubles de brique rouge, plantés serrés.
De grosses chutes de neige à Zurich ont retardé le trafic aérien. L’avion a 1h30 de retard. Irruption cocasse de l’hiver au Caire.

Another Year – Mike Leigh – l’année commence bien au cinéma!

TOILES NOMADES

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Quatre saisons de la vie de Tom et Gerri, une année de plus !

Ils ont peut être soixante ans, une  maison victorienne chaleureuse à Londres, un jardin ouvrier qui vit au rythme des saisons, un fils gentil et attentionné. Elle est psychologue, lui, géologue  « creuse des trous », des amis de longue date un peu paumés qu’ils savent réconforter…

Mike Leigh sait dépeindre la vie telle qu’elle va dans la plus grande sincérité et authenticité. Les personnages ont de l’étoffe, ils sont vrais, sans glamour ni artifice, sans misérabilisme non plus. La chaleur humaine est communicative, la générosité fait chaud au coeur. Même si Mary sombre dans l’alcoolisme et la dépression, même si Ken se laisse complètement aller, si le deuil a rendu Ronnie mutique…Heureusement, le jeune couple est d’une fraîcheur qui revigore.

Est-ce le jardinage qui donne tant de bonheur? Image merveilleuse du couple réfugié dans l’abri de jardin lors d’une averse?

Ou la tranquillité d’un voyage en Irlande : le géologue regarde la falaise et la femme du géologue regarde la mer.

Lire pour l’Egypte : Eça de Queiros : Les Anglais en Egypte –

 

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Le 11 juillet 1882 Alexandrie est bombardée par la Royal Navy. L’auteur analyse la mainmise de John Bull sur l’Egypte. Il raconte les circonstances de l’intervention britannique. L’impuissance du khédive, les velléités de réforme du colonel Arabi. La diplomatie trouble de la Turquie qui ne sait plus bien si le khédive est un vassal ou un souverain indépendant, la passivité de la France qui laisse faire. Et surtout l’importance stratégique de l’Egypte sur la route des Indes.

c’est un livre charmant contemporain des faits racontés, vivant et très agréable à lire

Eça de Queiros : Les Anglais en Egypte – Mille et une Nuits (100p)

 

j‘ai eu envie de sortir cet articles des profondeurs du blog pour le Challenge Victorien : la route des Indes est le pivot de la politique coloniale de l’Empire britannique et sur la route des Indes se trouve l’Egypte et surtout le Canal de Suez nouvellement creusé.

Challenge victorien

 

lire pour Naples : Erri de Luca – Montedidio

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Très joli livre composé de courts textes très poétiques. Certains chapitres ne font qu’une dizaine de lignes.

Un « conte de Noël » :  l’essentiel se déroule  dans un court laps de temps et se termine à la Saint Sylvestre.

Unité de lieu, un quartier de Naples, Montedidio.

Un récit initiatique : le héros un jeune apprenti devient un homme en trouvant l’amour et perdant sa mère, sa parole est encore celle d’un enfant. Un curieux personnage traverse le récit : un cordonnier juif bossu à qui il pousse des ailes pour rejoindre Jérusalem. Comme Camilleri, Eri de Luca utilise le dialecte pour enrichir l’Italien, le traducteur n’a pas adopté la même technique que le traducteur de Camilleri et préfère laisser les phrases en dialecte telles quelles. C’est sûrement le livre le plus poétique que j’ai lu depuis longtemps.

Ce livre m’a incitée à partir à Naples. Je n’ai pas visité Montedidio mais la parole de l’auteur a résonné longtemps.

Lire pour Naples : Valeria PARELLA : Le ventre de Naples

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Valeria PARELLA : Le ventre de Naples SEUIL 167p.

Six nouvelles,  cinq femmes et un homme. Tous pris dans la vie quotidienne napolitaine. Rien de touristique, rien de pittoresque. Je reconnais quelques lieux. Pas les plus spectaculaires ! Les banlieues traversées par les lignes de Métro Circum-Vesuviana ou la Cumana. Les quartiers les plus défavorisés du vieux Naples. Petite Canaille rêve de devenir une dame. Elle choisira ses amants pour s’élever dans l’échelle sociale, le premier, un voyou, lui paye un appartement pour s’établir, qu’elle louera à des étudiantes quand un caïd la prendra sous sa protection et lui achètera une boutique, elle s’élèvera si bien qu’elle ira jusqu’à faire les élections municipales.

L’héroïne d’une autre nouvelle, luttera contre la spéculation immobilière et essaiera de faire respecter le plan d’occupation des sols..

Une autre, femme de convoyeur de fond mafieux sera contrainte à dealer.

Dans chaque nouvelle, l’ombre de la Camorra est sensible. Energiques ces femmes cherchent à s’en sortir dans une cavalcade éperdue, avec ou sans compromission. Comme elle le peuvent…

Une écriture prenante, vigoureuse, des caractères.

Valeria PARELLA : Le ventre de Naples –  SEUIL 167p.

Lire pour Naples :GAUDE : La Porte des Enfers –

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Sur le thème d’Orphée, Gaudé  propose une descente aux enfers.
Non pas pour remonter Eurydice, mais Pippo, 6 ans, tué sur le chemin de l’école dans une rue du vieux Naples, par une balle perdue.

Quelle riche idée, une évidence, de choisir la ville de Naples comme porte de l’Enfer ! Naples si proche du Vésuve, de la Solfatare, de la grotte de la Sybille, manifestations infernales… Naples et ses souterrains datant de l’Antiquité ! Naples et sa violence. Violence de la terre qui se manifeste par un séisme au cours du roman. Violence des hommes, camorra.

Matteo, le père de Pippo est chauffeur de taxi. Conduire dans Naples n’est ce pas une introduction infernale ?

Et pourtant, Gaudé ne choisit pas les volcans pour pénétrer aux enfers mais un édifice minable au milieu d’une voie rapide près du port…Il ne convoque ni Charon ni Vulcain mais un curé aux paroissiens peu orthodoxes, travestis et prostituées. Il n’évoque pas Orphée mais plutôt Frédéric II, celui qui a construit châteaux et forteresses dans les Pouilles. D’ailleurs le roman se termine dans le Gargano où il a situé un autre de ses romans le Soleil des Scorta .

GAUDE : La Porte des Enfers - Actes sud

Lire pour l’Egypte : Khaled Al Khamissi -Taxi

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Le meilleur moyen de sentir battre le pouls d’une ville, c’est probablement de la parcourir en taxi et d’écouter le chauffeur. Le Caire est une métropole embouteillée, et vaste. Chaque parcours est l’occasion d’une conversation ou d’un monologue donnant la parole aux Egyptiens pauvres, aux prises avec la bureaucratie, la corruption ou la difficulté de joindre les deux bouts….Élections, grands travaux sont le sujet de blagues égyptiennes qui déclenchent parfois l’hilarité. Prêches religieux terrifiants  peuvent aussi sonoriser le parcours.

Le Caire, sans les Pyramides, sans l’exotisme des souks, loin des petits métiers, dans la pollution étouffante dans la gentillesse et la grande humanité du peuple des chauffeurs de taxi.

 

lire pour l’Egypte : Alaa EL ASWANY : j’aurais voulu être égyptien

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Alaa El Aswany est l’auteur de L’Immeuble Yacoubian que j’ai beaucoup aimé.J’aurais voulu être Egyptien est un recueil de nouvelles.

La première, Celui qui s’est approché et qui a vu, est longue d’une centaine de pages. Point de vue très pessimiste, presque désespéré sur une Egypte enlisée dans la corruption et la médiocrité. Dans la préface, l’auteur raconte ses démêlés avec la censure et explique la différence entre l‘art du littérateur qui peut créer des personnages abjects et la vraie vie.

Oscillant entre fascination de l’Occident, conformisme ou hypocrisie pseudo-religieuse, les héros des différentes nouvelles ne sont pas épargnés. Difficile d’accorder notre sympathie à  celui qui écrit une lettre fleurie de formules pieuses pour refuser de payer la facture de la clinique pour sa mère au prétexte que l’hôpital public est aussi bien, à celui qui découvre le décès de son père alors qu’il a avalé une première cuillerée de fèves à la tomate et qui est marri de pas avoir le temps de finir le plat avant  que ne reprenne le jeûne du Ramadan….

Ce livre très noir ne laisse que peu de place pour l’empathie comme dans l’Immeuble Yacoubian  ou dans Taxi de Khaled Al Khamissi.

Alaa  EL ASWANY : j’aurais voulu être égyptien ACTES SUD

Monica ALI : Sept mers et treize rivières

Lire pour voyager? Dacca ou Londres? peut-être? Mais j’ai choisi la grille féministe pour lire ce livre!

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Beau roman-fleuve évoquant l’histoire de deux villageoises bangladaises. Nazneen est mariée à Chanu, de 20 ans son ainé, pas beau, diplômé mais sans ambition,  vivant à Londres. Hasina, sa sœur fuit le village avec son amoureux et s’installe à Dacca. Lees deux sœurs resteront très proches et s’écriront.

A la naissance de Nazneen, on l’a crue morte et sa mère a invoqué le Destin « Quoi qu’il arrive, je l’accepte. Mon enfant ne gaspillera pas son énergie à lutter contre le Destin «  On imagine donc l’existence de soumission à laquelle elle est promise. Elle débarque à Londres et découvre Chanu, mari gentil et diplomé mais pas beau et velléitaire .La vie de la communauté bangladaise et surtout celle des femmes est racontée ici, des commères, des amies, une usurière Mme Islam. Certaines  vivent enfermées,  Razia au contraire arbore l’Union Jack sur un sweat-shirt avec son passeport britannique, elle s’émancipe. Nazneen s’intègre progressivement à la vie londonienne. Son mari lui achète une machine à coudre et elle commence à prendre sa vie en main et tombe amoureuse de Karim, l’intermédiaire qui lui apporte le travail à domicile. Ce dernier fonde un groupe d’activistes islamique les Tigres du Bengale. Nazneen participe aux activités du groupe. 11 septembre, vu à la télévision.

Chanu, déçu par son échec londonien veut rentrer au Bengladesh. il repartira seul. Nazneen a conquis seule assez d’autonomie pour, enfin dire non et s’affirmer, malgré son attachement à sa soeur qu’elle devait retrouver à Dacca. Elle refusera aussi d’épouser Karim.

Nazneen enfin patinera avec ses filles sur une patinoire anglaise, libre!

Monica ALI : Sept mers et treize rivières – domaine étranger 10/18 – 573p