Notre chambre est libre : elle est magnifique. Des moustiquaires forment des baldaquins sur les lits couverts d’épaisses couettes blanches. Les lits ainsi que tout le mobilier sont faits de fines baguettes de nervures de palmier travaillées à la manière du rotin ou du bambou. Elles donnent des meubles légers. Le sol carrelé est recouvert de très beaux kilims. Les murs sont en torchis. Des rideaux fins et soyeux rouge brillants avec de longues franges égayent la pièce. Au milieu du mur une curieuse cheminée à foyer arrondi très bas avec une lisière ? Le plafond est fait de palmier, des poutres de palmier soutiennent de fines baguettes, au dessus du torchis. La salle de bains est carrelée avec des motifs mauresques, entrelacs de bleus et de verts. Un lavabo surmonté d’une belle glace, la douche est toute simple, des WC. Au mur des photos anciennes et une reproduction d’aquarelle de David Roberts. Sur les étagères des livres en français. La pièce fait environ 6mx4m.la fenêtre donne sur les champs on perçoit au lin les colosses de Memnon. Nous avons aussi une charmante terrasse avec du mobilier en palmier, une table basse et un fauteuil.
Lune légère collation, salade et fromage pour moi . J’ai’ hésité avant de commander de la salade mais une Française habituée des lieux m’a assuré que tout est tellement frais qu’on ne risque rien. Contrairement aux grands hôtels qui préparent les repas à l’avance. Cette française vient ici depuis 20 ans. Elle nous conseille pour nos visites et nous recommande d’aller voir les tombes des Nobles
Au village aux maisons peintes, un jeune en galabieh avec un long bâton qui lui sert de canne, nous escorte. Sa peau est très foncée. Il a une belle prestance. Il parle bien français. Il a vécu en Alsace. Il nous conduit à la tombe de Khaemkat où des bas reliefs sont finement sculptés. Les coiffures sont rendues avec un soin extraordinaire ? Puis nous voyons la tombe de Ouserhat peinte avec des couleurs très vives. Le gardien A un système très simple pour éclairer les fresques : il capte le soleil avec un gros miroir rond puis brandit un plateau recouvert d’une feuille de papier aluminium qu’il oriente vers les fresques.
Nous voyons les travaux des champs, chez le barbier et une belle scène de chasse. La dernière tombe est celle de Ramose, beaucoup plus grande dans laquelle le culte d’Aton est représenté avec les rayons du soleil terminés par de petites mains, .
Le Ramesseum est de l’autre côté de la route.Toute la bataille de Kadesh y est représentée.Les épisodes racontés par Christian Jacq sont gravés là : celui où Ramsès réprimande ses chefs militaires qui on fui devant les Hittites et les Syriens, la scène où, seul sur son char il pourchasse les ennemis, la fuite des Hittites, leur noyade dans l’Oronte qui fait un coude autour de la forteresse…. La vie dans le camp militaire et même le lion du roi. Un couple de faucon niche entre les pierres du pylône, ils sont très colorés, roses. Leur présence me ravit.
Un gardien, en galabieh bleue enturbanné me poursuit en répétant « Holy tree », je me demande bien ce qu’il me veut et fais semblant de ne pas comprendre l’anglais.
Finalement je le vois, l’arbre sacré. Le gardien se tient derrière nous. Je lui montre que j’ai compris. Pour pouvoir me demander son pourboire il me fait visiter les magasins avec leurs voûtes arrondies construites en briques de terre crue.
Promenade dans les champs
Nous rentrons « par l’agriculture » dans les champs d’alfafa. Des paysans récoltent leurs bottes de fourrage assis. Ils coupent sans se presser des poignées de luzerne qu’ils entassent. Plus loin, les ânes attendent. Nous suivons de très petits sentiers autour des parcelles le long de petits canaux d’irrigation que nous enjambons, entre luzerne et canne à sucre.
Un petit garçon juché sur son âne vient nous voir pour nous remettre dans le bon chemin. Nous lui offrons un chewing gum. Plus loin, son père nous dit qu’il est un cousin de Mahmoud et que ses ânes sont à notre disposition si nous avons besoin d’une monture. Nous passons devant les colosses de Memnon.
Eléonore, la française, en turban rose et veste à fleur, genre baba très chic,Paris 6èm, nous bâtit un plan de campagne. Je bois un kerkadé.
Le mouton de l’Aïd
Nous dînons tôt. La police a fait cuire le mouton de l’Aïd dans le four de Mahmoud. Ce four est une jolie coupole de terre. A côté des galettes de terre cuite et des pelles pour sortir le pain. Le mouton cuit avec de l’ail et sent délicieusement bon. Mais les policiers sont nombreux, et fort corpulents, il ne reste plus de mouton pour nous. Nous nous contenterons de poulet grillé. On nous sert d’abord en entrée une délicieuse salade parfumée au sésame, du riz de la ratatouille et en dessert deux mandarines.
Avant de nous coucher, nous observons un curieux phénomène : la lune est entourée d’un halo d’un diamètre impressionnant. Il y a même de petits nuages à l’intérieur du halo. Un voisin propose l’hypothèse de la diffraction de la lumière par la poussière du désert. Nous nous couchons épuisées après une si longue journée, commencée à 4heures du matin avec tant de visites.
Le petit déjeuner est servi à 8h : œuf au plat, fromage de bufflonne crémeux et peu salé, pain de campagne en tranches, de la confiture d’orange et du thé.
Eléonore et une autre française nous prodiguent leurs conseils pour la visite à Karnak. Nous ne trouverons pas à manger sur place, il vaut mieux emporter des vivres. Eléonore me donne son fromage pour que je confectionne des sandwiches. Le serveur propose d’aller chercher de la taamyia, mais le vendeur n’est pas arrivé. Taxi
Les taxis collectifs, les capotes, sillonnent la route. Ils s’arrêtent quand on leur fait signe de la main. Le tarif est de 25 piastres. A l’arrivée je n’ai malheureusement pas la monnaie. J’arrive avec des gros billets, on nous réclame 5 livres chacune (c’est le double du taxi privé). Je proteste et nous nous en tirons à 5 livres pour deux. Dix fois le prix pour les Egyptiens.
Encore une fois l’application de cette précaution fondamentale : avoir de la monnaie.
Traversée du Nil
Au bac, les bateliers se précipitent vers nous. Nous demandons une traversée pour Karnak et obtenons le prix raisonnable de 20 LE. Eléonore avait dit qu’il fallait demander « Karnak ten pounds » et que si nous avions de la chance on négocierait à 15 LE.
Nous voici dans un étroit bateau à moteur pour nous toutes seules. Les enfants du felouquier sont en vacances pour l’Aïd, distribution générale de chewing-gum. Je savoure cette traversée tranquille. Au débarcadère, rien de bien appétissant à se mettre sous la dent et compléter le pique-nique,ruelles misérables
Temple de Karnak
Le temple de Karnak est précédé d’une allée de sphinx à tête de béliers formant le dromos.
Le premier pylône, muraille massive cache le temple. Franchie la porte, nous arrivons dans une belle cour carrée où il nous faut d’abord s’ orienter, il manque la boussole. Sur les bords, nous trouvons les chapelles, encore des sphinx, au centre le « pavillon » ruiné et un gros bloc d’albâtre : le reposoir de la Barque Sacrée.
Trois chapelles sont consacrées à la triade de Thèbes : Amon, Mout et Khonsou leur fils. Nous apprenons à reconnaître ces divinités qu’on rencontrera partout. Khonsou est parfois représenté comme un faucon qu’il ne faudra pas confondre avec Horus. De l’autre côté de la cour, un temple bâti par Ramsès III, des colosses, des barques gravées. A l’entrée des vestiges romains, des souvenirs de Ramsès III, Ramsès II et de Séthi 1er, pharaons que je connais déjà bien par la littérature.
Le deuxième pylône est l’œuvre de Horemheb, encore un personnage connu. Après celui ci nous découvrons la salle hypostyle qui est vraiment très impressionnante avec ses colonnes géantes, ses chapiteaux floraux, corolle épanouie au centre, fermée vers les côtés.
Il y a vraiment beaucoup de monde, très peu detouristes français (j’avais espéré glaner des bribes des exposés des conférenciers) mais des Indiens, des Polonais, des Japonais (tous parasites gênants puisqu’incompréhensibles). L’essentiel des visiteurs est tout simplement composé d’Egyptiens, soit en famille – très nombreuses – soit en bandes d’adolescents effrontés, soit en groupes organisés. En effet il y a un « pont » pour l’Aïd du vendredi au dimanche et les Egyptiens, comme nous, font du tourisme .Ils n’arrêtent pas de se photographier les uns les autres, pire que les Japonais. !
Malgré toute cette foule, la grande salle ne perd pas son charme. Nous sommes si petits auprès des colonnes. Le plafond est si haut, les murs tellement vastes que finalement, on ne se gêne pas. Nous pouvons nous asseoir sur une marche très haute à l’ombre et lire paisiblement. Il ne fait pas trop chaud .Malheureusement le ciel voilé se couvre de plus en plus et les colonnes ne se détacheront pas sur un ciel bleu.
Le plan du temple se complique ensuite, il reste deux obélisques qui feront bien en photo avec les palmiers, des statues colossales d’Hatshepsout (encore une figure connue). Nous allons de salle en salle, nous perdons un peu et arrivons près du lac sacré qui est encore en eau. Ce lac était indispensable pour les barques sacrées, aujourd’hui, il dispense de la fraîcheur.
Il est midi, il commence à faire très chaud et l’ombre se fait rare.
Dans cet endroit bien compliqué, nous sommes arrivés en remontant le temps à la XVIIIème dynastie (1550-1530). Thoutmosis a essayé d’effacer l’œuvre d’Hatshepsout, ce qui complique notre repérage, la chapelle de la Barque Sacrée est intacte, il y fait bien frais et les parois sont très décorées.
Une grande cour témoigne du Moyen Empire, mais l’ensemble du sanctuaire en calcaire a disparu dans des fours à chaux. Encore une fois, nous avons loupé le Moyen Empire ! Déjà au Musée du Caire, j’avais oublié cette période. Il reste une autre belle salle hypostyle l’Akhménou très décorée avec des cartouches colorés, de nombreux animaux, abeilles chouettes et serpents.
Nous cherchons un coin propice pour un pique-nique. Les guides nous appâtent avec le « jardin botanique », déception, pas de végétation ni d’ombre, ce sont des bas reliefs d’une grande finesse et très originaux mais rien de rafraîchissant ! Finalement, nous nous installons en dehors du temple à l’ombre de ses murailles. Nous ne passons pas inaperçues des sentinelles dans des guérites qui surveillent le site. Un gradé fait le déplacement, nos sandwiches le rassurent. Il a la délicatesse de ne pas s’approcher.
Tout ce dispositif policier destiné à rassurer les touristes est parfois très pesant. Les policiers désœuvrés prennent leur mission au sérieux. Ce n’est pas très agréable de déjeuner sous le regard d’au moins une dizaine de militaires.
Je suis déçue par le temps. Le ciel est blanc, couvert de nuages qui ne suffisent pas à réduire l’ardeur du soleil de midi mais qui donne une lumière blanche et sans ombres pour les photos.
Nous retournons d’un regard distrait. Nous sommes saturées. Karnak est tellement grand qu’il nous a fallu cinq heures pour découvrir ses trésors, tout au moins ceux qui sont ouverts à la visite. Nous n’avons plus envie de voir des antiquités à Louxor !
En calèche
Nous trouvons facilement une calèche. Comme pour les bateaux et les taxis, nous marchandons le prix avec un homme sou le regard d’une dizaine d’autres. Une fois fixé le prix, c’est un autre qui nous prend en charge
Le cheval trottine sur la corniche du Nil plantée d’arbres, c’est reposant .il nous dépose devant le ferry. Nous faisons un tour au souk mais aucun objet n’attire ma convoitise. Les marchands nous hèlent mais sans trop d’assiduité. nous achetons des cartes postales, des reproduction d’aquarelles anciennes et
Ce matin, le vent a apporté une fine poussière beige qui s’est déposée sur mon cahier. Le soleil s’est levé dans une curieuse lumière jaune.
Au petit déjeuner? François, résidant à Assouan, nous donne des conseils . Que choisir ? Les tombes de la Vallée des Rois ? C’est un must, le lieu est grandiose, les tombes impressionnantes. Son coup de cœur: le village des artisans de Deir El Médineh. Nous visiterons donc les deux. Faut-il faire l’impasse sur les Reines ? Non, dit-il, « vous êtes des femmes, ce lieu devrait vous inspirer, la vallée est comme un vagin, l’utérus de la Terre ! » Il ne faut pas être effrayé par le prix exorbitant de la tombe de Néfertari dit- il.
Vallée des Rois
Vallée des rois : Thoutmosis
Quinze livres pour la Vallée des Rois, pas plus. Pour ce prix, on nous dirige vers une voiture privée, Hyundai blanche. Les chauffeurs des taxis officiels sont furieux, altercation bruyante entre eux.
Le site est magnifique, les falaises toutes proches. L’endroit est très organisé, il y a même un petit train que nous négligeons pour relier le parking et la billetterie. Avec l’aide du guide Bleu, il nous faut choisir trois tombes.
La première est celle de Ramsès VI- Le couloir est légèrement incliné, les salles sont hautes de plafond et assez larges. Pas de problème de claustrophobie. La tombe est entièrement peinte. Le couloir d’entrée est peint de hiéroglyphes : les litanies du soleil, le livre des cavernes, noms évocateurs mais peu parlants pour le profane. Ce qui nous plaît le plus c’est le plafond de la salle avec la déesse Nout qui avale le disque solaire avec des formules astronomiques (hiéroglyphes). Sur les murs de nombreux cobras. Un monsieur qui a l’air très savant, nous explique que certains serpents sont gentils d’autres agressifs crachent et tirent la langue.
Nous passons devant plusieurs chantiers de fouilles (interdiction formelle de photographier), les ouvriers sont emballés dans toutes sortes de voiles et de turbans pour se protéger de la poussière. Certains creusent avec de grosses binettes d’autres remplissent des seaux en caoutchouc noir comme celui des pneus, et font la chaîne, seau sur l’épaule. Certains chantent. A part le costume (on ne voit pas de galabieh aux temps pharaoniques) ils travaillent sans doute de la même façon que ceux qui ont construit les tombes.
Aménophis II. D renonce devant le puits profond. Je suis donc seule avec le gardien et j’ai le plaisir de m’enfoncer dans les profondeurs de la terre. Un peu la même impression qu’à Khephren. Les murs sont juste dégrossis et pas décorés. Je remonte à temps pour entendre un conférencier libanais faire l’article de la tombe (en anglais et un peu en arabe) : « Quatre raisons pour choisir cette tombe : c’est le plus beau sarcophage, c’est la tombe la plus profonde … »
D a dû subir les assauts des vendeurs de scarabée et de chats sculptés. On regrettera ensuite de ne pas avoir pris la statue de Bastet.
Atombe de Ramsès III, il y foule. Ce qui gâche un peu la découverte. Le gardien confisque les appareils des maladroits ou des culottés qui ont laissé se déclencher le flash. Il enlève le film et demande 100 livres d’amende. Photographie d’ Osiris, Isis et ses ailes qui protègent son mari, Anubis.
Des gens grimpent dans une fissure conduisant à la tombe de Touthmôsis III. Les escaliers raides sont bondés d’écoliers égyptiens accompagnés de leurs enseignants qui les font pousser pour me laisser monter. A l’intérieur, je descends beaucoup de marches pour arriver dans une salle ronde couverte de figures stylisées comme un papyrus déroulé (dixit le Guide Bleu). C’est tout un livre : le livre-de-ce- qu’il a – dans – l’Hadès ; les personnages sont peints en noir quelquefois rehaussés de rouge très stylisés.
Notre chauffeur nous invite chez lui mais nous déclinons son invitation.
Pause de midi sur notre terrasse. Nous aimerions rester plus longtemps à nous reposer et à écrire en regardant les paysans rentrer des champs, les enfants sur leurs ânes et les oiseaux sur les toits.
Village des Artisans
Deir El Médineh est tout près derrière la colline où est construit le village actuel.
Le site du vieux village des artisans est assez étendu. les petites maisons sont entassées.on devine les courettes, les cuisines… trois cars attendent, le gardien de la tombe de Sennedjem nous demande de patienter, la tombe est petite. Quand nous descendons, nous avons la tombe pour nous seules. C’est un enchantement : elle est entièrement recouverte de fresques aux couleurs vives. Sur un mur : le Paradis, les champs d’Ialou qui sont de véritables champs de céréales avec des arbres verdoyants. Le mur du fond est occupé par Osiris et Anubis qui préparent la momie. En face Isis et Nephtys sont représentées sous forme d’oiseaux. Nous restant un moment éblouies. Le gardien nous suggère de prendre des photos (en principe c’est interdit) avec un bakchich il surveille l’entrée.
La deuxième tombe est aussi belle avec ses couleurs fraîches et ses animaux fantastiques : un lièvre, curieux carnassier, deux lionnes, le phœnix représentant Osiris ? Je donne cinq livres au gardien ce qui est le prix du permis de photographier dans la vallée des rois. Il est tellement content qu’il nous propose une promenade en felouque à Louxor, « demain inch’Allah ».Troisième tombe, celle de Pachedou, pas de photo, nous achetons la carte postale.
Deir el medineh temple d’Hathor
Nous redescendons à flanc de montagne dans les tombes avec de curieux pyramidions et dans le village et le village en ruines jusqu’au temple d’Hathor complètement caché par un mur de briques de terre crue bizarrement ondulé. Le temple est tout petit mais en très bon état. Il a gardé son plafond, ses colonnes campaniformes d’un très joli bleu turquoise et ses fresques dans les trois chapelles… Il y a des têtes de vache partout, ce qui est normal pour temple consacré à Hathor, mais d’autres divinités ont une tête bovine. Le gardien nous montre la pesée des âmes avec Thot l’ibis et la Dévoreuse.
Plus loin, le puits des Ostraca est creusé dans des argiles colorées en mauve, vert et rouge. Sur les bords des tessons de céramique, les ostraca.
Pour rentrer du village des Artisans, nous coupons par le village et sommes rapidement rejointes par l’aquarelliste hongrois que nous avions déjà rencontré au Ramesséum avant hier. Nous aboutissons au sommet d’El Gournah. On ne peut pas redescendre sauf en traversant les maisons. Le Hongrois appelle les gens, des jeunes filles nous montrent un passage couvert entre deux habitations. Le grand père sort. On photographie un peu. Bien sûr suit une distribution de chewing-gums. Une petite fille nous invite chez elle « venez photographier l’âne, pas de bakchich », sa mère sort sur le pas de la porte et nous invite pour le thé. Nous refusons d’abord en remerciant beaucoup puis nous nous ravisons. Je suis très curieuse de voir l’intérieur des maisons et comment ces gens vivent.
Quand on visite un pays on aime rencontrer ses habitants. C’est quand même plus vivant que les tombes et les ruines.
La maison est rose avec un étage. la façade est décorée avec des créneaux. Un reptile, sorte d’iguane séché, est fixé au dessus de la porte comme décoration. La femme a l’air très jeune. Elle est vêtue d’une robe longue blanche. Son mari, en short, enfile une galabieh verte en notre honneur.
Chez eux, c’est très sale. Le mobilier se compose de lourds canapés de bois. Sous nous asseyons sur un, l’autre est plein de vêtements entassés avec un bébé couvert de mouches. On commence par photographier le bébé. La mère allume la lumière. Ils ont l’électricité : un énorme réfrigérateur antique, un ventilateur au plafond et un petit poste de télévision. Mais les murs sont très écaillés. Sur une natte, il y une crotte que la femme enlève bien vite avec un papier. Elle est très fière de montrer sa cuisinière pendant que l’eau chauffe. Dans une bassine mijotent des haricots aux tomates (les mêmes que nous avons mangé à l’hôtel hier) et dans un faitout une soupe au poulet. Nous nous installons à boire le thé avec des petits gâteaux.
J’explique que nous sommes professeurs de collège. La petite fille est très impressionnée et va sortir son « workbook » d’anglais. Il est soigneusement complété et bien plus compliqué que ceux de mes 5ème6 alors qu’elle a le même âge. Nous le lisons ensemble. Le petit frère est très fier de compter jusqu’à 9. Comme elle parle très bien, nous pouvons nous raconter bien des choses. Elle montre Paris sur la carte de l’Europe. Nous lui demandons de nous raccompagner jusqu’à l’hôtel. Sur ces entrefaites toute la famille endimanchée arrive en visite, nous nous éclipsons. La mère m’embrasse plusieurs fois, refuse le cadeau de 10 livres puis finit par accepter. Son mari nous raccompagne et nous conduit à l’étable photographier la vache, il y a aussi une petite génisse rousse.
La petite fille a disparu, elle revient en courant avec un âne pour D qui clopine. Elle préfère encore marcher que de chevaucher le baudet. Nous traversons le village avec notre escorte de gamins, la fille en robe rouge et fichu vert, une autre fillette en rouge son frère en galabieh marron auxquels viennent s’adjoindre d’autres garçons. Nous devons passer devant un chien méchant « no problem ! » chacun s’arme d’un caillou pour parer toute éventualité. Nous sommes invitées par une autre femme, magnifique très noire dans une robe de velours violet avec un très beau foulard bleu. On promet « demain ! »Nous arrivons sur le « terrain de foot » juste devant chez Mahmoud. Les enfants crient « Mahmoud Fondouk ! Mahmoud Fondouk ! » On offre encore des chicklets, d’autre gamins délaissent le foot pour la distribution. Avant de se quitter, je promets d’envoyer les photos mais je n’ai pas l’adresse. Le gamin de l’âne du premier jour est là, je le charge de distribuer les photos qu’on enverra à Mahmoud.
Le ciel est couvert ; on dirait même qu’il va pleuvoir. Il fait frais, nous rentrons dans nos appartements. Pour dîner je mets ma polaire.
On sous sert la salade et du fromage délicieux le même ragoût de bœuf du riz et de délicieuses courgettes sautées presque crues avec des lamelles de carottes des pommes de terre et des oignons. Ashraf, le serveur propose de me réveiller à six heures moins le quart pour acheter les billets pour Néfertari.
Le muezzin me réveille. Il chante très bien. Son appel est très différent de ce qu’on a déjà entendu au Maroc ou en Turquie, beaucoup plus mélodieux.
6 heures, il y a déjà la queue au Ticket Office. . Le soleil se lève dans les écharpes de nuages avec toujours une ambiance dorée. Comme de grosses bulles de savon? les montgolfières décollent du temple d’Hatshepsout et dérivent lentement dans le ciel se détachant à contre-jour. Les colosses de Memnon sont silencieux. S’ils chantaient encore on les entendrait d’ici.
Après le petit déjeuner Ahsraf propose une cure-miracle : un ami lui a creusé un trou et l’a enterré à moitié dans le sable chaud et cela l’a guéri. Il faut attendre les heures de midi pour que le sable soit assez chaud et que la cure soit efficace.
Tombes des Reines
Nous allons tranquillement à pied aux tombes des Reines. Maintenant que les enfants sont nos amis, nous ne redoutons plus leurs tracasseries. D’ailleurs, les vacances sont finies pour eux ! Ils retournent à l’école. Le bus de ramassage scolaire s’arrête à notre carrefour.
A la tombe de Néfertari, Il n’y a qu’un Egyptien avec deux voilées qui ne s’éternisent pas. J’ai donc la tombe pour moi seule ! C’est vrai que les couleurs sont magnifiques et la finesse du dessin exceptionnelle. La belle Néfertari est vraiment belle ! Des ventilateurs et des extracteurs d’air permettent de respirer normalement. J’ai tout le loisir de profiter de ce moment idéal ? C’est un peu comme dans la salle des momies au Caire. On rend visite à la reine défunte dans le recueillement.
L’émotion et la surprise étaient plus grandes hier dans les tombes des artisans.
Nous visitons ensuite sans nous presser trois tombes au prix de deux. L’une d’elles est celle d’un prince adolescent et d’un fœtus, son petit frère. Le prince a été initié au rôle de pharaon, il porte l’éventail du pharaon en plumes d’autruche, et son père le présente à chaque divinité. L’histoire, très lisible, est touchante. Les fresques un peu défraîchies, mais le dessin est précis. La tombe de la reine Titi est plus décevante. La dernière, en revanche nous offre une visite très plaisante. Maintenant nous sommes plus initiées et nous reconnaissons toutes les divinités. Un enfant avec sa natte est souvent présent c’est le fils de Ramsès III. Sa femme est représentée complètement nue, ce qui, inévitablement, entraîne les commentaires du gardien. Nous terminons très bien notre visite chez les reines et rentrons tranquillement.
A côté du parking, se tient une sorte de bazar, j’achèterais bien la chatte Bastet que nous avons ratée à la vallée des Rois mais celles qu’on nous propose sont trop grossières et la plupart ont des défauts. En revanche, je trouve une écharpe brillante pour 3 Euros.
Les Egyptiens sont passés à l’Euro avec plus de facilité que nous. Ils jonglent avec le change et nous offrent de meilleurs prix.
Pause de midi
Le couple de jeunes français est parti sur des vélos. Mahmoud et Mohamed ont disparu. Les femmes sont chez elles et les enfants à l’école. Ashraf a balayé et arrosé la cour et la salle à manger extérieure. Il a l’air de s’ennuyer. Après le déjeuner, Ashraf nous propose sa cure contre les rhumatismes.
Le « light meal » est servi sur la terrasse. Quelques temps plus tard Ashraf remonte avec un joli bouquet de bougainvilliers puis il revient avec deux colliers de petites perles bleues qu’il passe au cou de chacune.
Héliothérapie
Rendez vous à 13h30 au ticket office. A l’heure dite un « taxi égyptien » (pick up bâché) s’arrête, nous montons, Ashraf arrive plus tard avec son téléphone mobile et s’installe à côté du chauffeur. Le pick up traverse le village de Medinet Habou puis la campagne cultivée. Nous voyons de nombreuses vaches dans leurs curieuses étables rondes en terre noire surmontée de feuilles de palmes et à ciel ouvert. Enfin nous sommes dans le désert sur une piste ! Nous ne savons pas où nous allons. On pourrait nous enlever. Moi j’ai confiance mais l’angoisse est communicative.
La promenade est inédite. Un peu plus loin, une série de petits dômes, un couvent de bonnes sœurs coptes, isolé dans le désert. Au retour nous entendrons leurs chants « le Coran chrétien » commentera Ashraf.
Le taxi s’arrête au milieu de nulle part, nous croisons des camions chargés de pierraille. Puis on s’éloigne une dizaine de mètres de la piste dans un endroit bizarre crevé de trous, une vieille carrière d’argile. C’est plutôt sale, du pied Ashraf éloigne un caca de chien ou de chacal. Que sommes nous venues faire ici ? Il creuse avec ses mains et nous enterre à moitié. La serviette c’est pour la tête. Il faut rester une demi-heure sous le sable brûlant pour guérir. Après 20 minutes il fait des massages des cuisses aux mollets. Une demi- heure plus tard, nous rejoignons le taxi qui attend à quelques centaines de mètre de là à l’ombre. Ashraf me demande l’argent du taxi, 7 livres. C’est lui qui donnera l’argent. Il nous explique maintenant que notre présence ici est illégale. Ni le taxi ni lui ne veulent des ennuis avec la police. Pour le taxi, c’est Ashraf qui nous a invitées et qui paie. Pour la police, c’est nous qui avons pris le taxi pour nous promener. Son portable sonne, je l’entends répondre qu’il est à Medinet Habou.
J’arrête une capote,3 LE pour deux.
Le ciel est à nouveau gris. Le petit temple est décevant. Ses colonnes sont très abîmées. Beaucoup de visages des divinités ont été martelés. Les couleurs sont passées. Nous sommes un peu déçues, sans doute blasées. Le gardien est collant; Nous essayons de décourager ses tentatives de commentaires en nous asseyant fréquemment pour lire à haute voix le Guide Bleu. Il continue à nous escorter. On lui montre le guide Gallimard et sa belle carte à déplier illustrée, les dessins des oiseaux. Pour gagner sa pièce il fait un effort d’imagination et me conduit sur le toit du temple en sautant comme un cabri de bloc en bloc. C’est vraiment de l’escalade et je dois m’aider des mains. Je l’admire, il est vieux, corpulent en longue galabieh et chaussé de savates.
Du haut du temple la vue est magnifique, on voit le Ramesseum, le temple d’Hatshepsout, tous les petits villages.
Nous rentrons à pied à travers le village. Des femmes toutes voilées de noir de la tête aux pieds passent en groupe. Le chemin est long, on arrête un taxi collectif.
Voyage en convoi
Le convoi pour Assouan part à7h. Il est formé d’une voiture militaire, de trois microbus, d’une voiture particulière et de trois cars. Il est tout sauf discret. Il brûle les feux rouges en ville, roule sans se soucier des bandes blanches … Avantage : on roule vite. Ce n’est guère plaisant de payer un taxi sans pouvoir lui demander de ralentir pour prendre une photo. Nous passons plusieurs barrages, le dispositif policier est impressionnant. Un convoi à heures fixes ne me paraît pas être la meilleure garantie contre les embuscades. Nous sommes annoncés par une sirène.
Nous traversons donc la campagne, le Nil est le plus souvent caché par une digue de remblais. Les écoliers vont à l’école en uniforme soit bleu marine pour les plus grands, beige pour les petits souvent en tabliers. Ils sont très soignés. Les écoles sont construites sur le même modèle : un grand immeuble de brique rouge d’environ quatre étages avec une grande cour, un peu genre caserne, sur les vitres on voit des dessins d’enfants.
Les luzernes sont vert très vif presque fluo. On récolte en ce moment la canne à sucre. On en fait de grands tas un peu desséchés que l’on charge sur des wagonnets qui circulent sur une voie à rails peu écartés. En passant à la sucrerie de Kom Ombo, on verra des hommes qui se jettent sur les chargements des camions entrant à l’usine, pour arracher des tiges à pleines mains. Personne n’intervient pour empêcher ces larcins.
Les villages sont construits en bordure du désert pour ne rien perdre de la très mince bande cultivée verte. Certains villages sont tellement pauvres qu’ils ressemblent aux villages antiques, murs bas, courettes et toits plats encombrés de sortes de branchages de palmes et saletés diverses. Sur le bord de la route on voit des cafés de plein air ombragés par des bâches.
Il y a très peu de circulation, pratiquement pas de voitures particulières, surtout des ânes tirant de petites charrettes, portant de la luzerne ou des cavaliers.
Edfou
Edfou
Nous passons à côté d’Esna sans nous arrêter. A Edfou, nous traversons le Nil. Edfou est une grande ville ; il y a des embouteillages de calèches et de véhicules divers traversant le marché. Le temple d’Edfou est rempli de groupes de touristes et nous n’avons qu’une heure pour le visiter.
C’est dommage qu’on soit si pressé, il est énorme et bien préservé. D’énormes faucons en granite en gardent les entrées du temple d’Horus. Pour la photo il faut prendre son élan. Chacun veut se faire photographier en compagnie du faucon,
.
Sur le pylône d’immenses Horus, le Pharaon et d’autres divinités sont gravés. Nous n’avons pas le temps de sortir le Guide Bleu, pas non plus la possibilité de suivre un groupe. Nous arpentons donc les cours et la salle hypostyle au pas de charge. Les chapiteaux hellénistiques me plaisent beaucoup, les bas reliefs moins. Le style des bas reliefs est plus « baroque », plus surchargé, moins lisible que dans les temples du Nouvel Empire. Les pharaons me sont inconnus, les corps sont plus gras les chairs plus molles.
Achats
C’est l’occasion de faire des achats. Ici tout se marchande en Euros. Une belle galabieh bleue me tente ainsi qu’une chemise blanche toute simple.
Je cherchais des nappes damassées. Dans la queue des tickets, j’entends une guide conseiller des touristes : 3 m, 12 serviettes doivent se négocier autour de 100 livres. Les coloris ne me plaisent pas. Celles qui sont imprimées sont jolies. Le vendeur prétend les vendre 50 Euros, il veut bien baisser à 40 Euros. Je sors de l’échoppe, à 40 LE je prends. Le vendeur nous poursuit jusqu’au taxi. En route, je me suis exercée à compter avec le chauffeur (jeu que j’ai déjà pratiqué au Maroc avec les femmes) je prends donc à témoin le chauffeur en comptant en arabe, 40 livres lui paraît un bon prix, le vendeur cède. Je suis ravie. Je commence à bien me débrouiller : deux règles, ne marchander qu’un objet qu’on est décidé à acheter et ne tenir aucun compte du prix initial puis éconduire fermement mais avec le sourire toutes les propositions pour des objets qui ne conviennent pas. D’un geste de la main ou d’un claquement de langue cela suffit.
Kom Ombo
Koum Ombo sobek
Le convoi s’ébranle à nouveau. La plaine du Nil a pratiquement disparu, nous roulons dans le désert. La ville de Kom Ombo est précédée par une grande sucrerie. A l’écart dans une boucle du Nil, le petit temple dédié au dieu-crocodile Sobek et à Horus est beaucoup plus tranquille, plus petit et plus charmant que l’énorme temple d’Edfou. Nous n’avons que trente minutes.
Je cherche des crocodiles et les instruments de médecine, un jeune militaire nous les montre, ainsi que le cartouche de Cléopâtre ; il demande discrètement son dû dans un couloir tranquille.
Avant d’atteindre Assouan les villages changent complètement, ils sont tout blancs avec un curieux toit en demi-cylindre: voûte nubienne.