un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant
La fileuse
Une chaleur brusque nous accable. Ce matin, j’étais blottie sous la couette sans faire l’effort de sortir à cause de la fraîcheur et de l’humidité. Les vitres étaient couvertes de buée.
Nous préférons rentrer plutôt que de visiter le Musée de Plein Air de Sighet. En général ces visites nous plaisent. A Maramures la vie traditionnelle est encore tellement vivante que les reconstitutions paraissent superflues ; Il est beaucoup plus amusant de découvrir un arbre à pots avec ses faitouts et ses casseroles émaillés multicolores, une fileuse à l’ombre de son portail, le balancier d’un puits dépassant d’une barrière….
17H, Ana rentre des foins pour soigner les vaches, les deux cochons, les innombrables poules et poulets blancs enfermés sous un grillage. Seul le coq et certaines grosses poules ont le droit de se promener dans la basse-cour. On craint les rapaces. Le matin le lait et tiède de la traite. Les œufs sont du jour.
Menuiserie et charpente : construire un monastère neuf
Ana prépare devant nous le pique-nique ; elle monte à la neige les blancs d’œufs, mélange 4 jaunes avec 4 cuillères de farine et un peu de lait. Cela donne une pâte mousseuse dans laquelle elle trempe des escalopes très fines et très tendres qu’elle a décongelées et battues énergiquement hier soir. Elle fait aussi frire de la branza, fromage de vache sec ajoute une tomate et un concombre. Cela fera un repas fameux !
A 8H30 Ion me conduit à un petit pont qui enjambe le ruisseau. Un sentier argileux bien glissant va à la source. Une femme et des enfants remplissent des bouteilles avec un quart émaillé et un entonnoir en corne. Cette eau est précieuse. On n’en perd pas une goutte.
Nous grimpons tout droit dans la colline dans les herbes hautes sous des pruniers sans prunes. En revanche, il y a des framboises et une belle récolte de mûres se prépare. A l’occasion, Ion cueille aussi des champignons mais ceux que nous voyons ne sont pas comestibles.
La vue est très étendue : vers le nord, l’Ukraine, à l’est la Bucovine où nous irons demain. Au sud, les sommets sont couverts d’une épaisse forêt. C’est là que vivent les ours.
– « Est-ce que les ours attaquent les moutons ? « je demande
– « pas seulement les moutons, les vaches et le cheval. A Brasov ils vont même manger dans les poubelles »
L’ours inspire de la crainte mais aussi du respect. Ion est fier que la Roumanie en compte encore beaucoup. Il a voyagé en France et connaît les déboires des ours pyrénéens (slovènes ?). Les loups, en revanche, d’après lui, viennent d’Ukraine. C’est étrange que le loup vienne toujours d’ailleurs. Dans les Alpes, il viendrait d’Italie. Selon la législation européenne loups et ours sont protégés. Maintenant la Roumanie fait partie de l’Europe.
En route, Ion raconte ses voyages en France qu’il a parcourue en compagnie d’autres musiciens : Grenoble, Toulouse en passant par Bordeaux, Caen et Cherbourg. C’est la Normandie qui est la plus chère à son cœur. D’après lui, elle ressemble à la Transylvanie et il apprécie le calvados et le camembert. Autant Maramures, avec ses maisons de bois, ses techniques d’un autre âge, aux confins de l’Ukraine, nous semble isolée et enclavée. Autant ses habitants sont ouverts sur le monde. Nombreux sont ceux qui sont partis en Espagne, en France et même en Amérique pour y faire fortune. De retour au pays, ils construisent de grandes maisons prétentieuses. Certains ont aussi à cœur de retaper les maisons traditionnelles en utilisant les techniques des charpentiers de Maramures.
monastère de bois
En moins d’une heure nous sommes dans la vallée de Sassou au sud de Botiza. Ion a promis la visite d’un monastère : nous arrivons dans un chantier au pied d’une église en bois toute neuve. Un homme et un apprenti façonnent des bardeaux. Utilisant un établi à pédale, ils pincent une fine latte, la rabotent, faisant de beaux copeaux qui, s’enroulent à leurs pieds, puis ils sortent une forme et évident en quelque traits de ciseau pour faire une sorte de pointe, retournent la latte, l’amincissent au rabot. L’opération dure à peine quelques minutes. Mais les gens de Maramures prennent le temps de se parler, de plaisanter. Les bâtiments monastiques et l’hôtellerie sont également neufs. La carcasse est en brique et en ciment. A l’étage les galeries sont en bois massif. Trois charpentiers s’activent, mesurent dessinent. Aucun engin moderne, aucune précipitation. De la belle ouvrage que Ion admire.
L’étape suivante dans la randonnée est la visite de maisons traditionnelles . J’admire le montage des poutres en queue d’aronde « antisismique » ajoute Ion. Un joug pour les bœufs, un baril de sel décorent la galerie de bois.
Un kiosque en bois au toit de bardeaux abrite une source. Un tronc d’arbre évidé et écorcé imite la margelle d’un puits ; L’eau ferrugineuse a rougi les galets et les graviers. Un garçonnet remplit avec soin ses bouteilles puis Ion les nôtres. La promenade m’a donné soif. L’eau est excellente, fraîche mais aussi gazeuse. Les monts Maramures sont d’origine volcanique ce qui explique la présence de gaz. Les bulles se pressent à a surface à intervalles irréguliers.
Le pique-nique d’Ana est fameux. En franchissant la colline nous retrouvons les jeunes nonnes qui fanent en compagnie de gamines fort dévêtues et du vieux qui nous a fait visiter l’église. Toutes les terres de la colline appartiennent au monastère, plus loin, au monastère de Budesti. Ion prononce « bouddhiste » , j’ai cru un moment qu’il y avait un centre de méditation bouddhique et j’ai rectifié ma méprise.
– « du temps des communistes est ce que les monastères ont été nationalisés ?, je demande
– « ils étaient fermés. »
– Est-ce qu’il y avait des kolkhozes ?
– «Non, dans les montagnes, la petite propriété n’a pas été touchée »
Cela ne lui rend pas Ceauscescu plus sympathique. Il visse son index sur sa tempe.
L’église de Poenil Izei est classée au patrimoine de l’UNESCO les fresques intérieures sont très bien préservées mais interdit de la photographier. Encore une fois nous sommes captivés par la représentation de l’Enfer. Les diables sont vraiment très réussis. Ils font subir toutes les tortures aux damnés. Un diable violoniste empêche une femme de dormir, d’autres donnent la fessée…
Ion a perdu avec nous une bonne demi-journée de travail aux champs. Nous l’y conduisons et proposons d’aider aux foins.
Leur pré est vraiment très en pente. Y grimper est une épreuve par cette après midi de canicule. Ana et sa mère ont déjà tout ratissé. Quand j’arrive il ne reste presque plus rien à faire. Ion m’embauche pour déplacer un tas de foin près de la meule. Sous le tas il a placé deux perches, chacun empoigne le bois et soulève
– « transport médiéval ! » dit il
La construction d’une meule est un exercice passionnant pour nous. Nous avions émis de nombreuses hypothèses en observant les trépieds, les arbres dont on avait gardé les branches, les piquets doubles…Nous ne pouvions pas imaginer que le foin tienne tout seul.
La meule que nos amis s’apprêtent à monter tient sur un seul piquet, lisse. Rien ne retient le foin. D’abord Ana et Ion empilent un tas avec une fourche. Quand la meule est déjà haute 3ou 4m à l’amont et au moins 6 à l’aval (la meule est adossée à une pente raide) Ion tresse avec Ana une sorte de couronne qu’il suspend à un buisson en attendant. Ana installe une grande perche et aide Ion à grimper au sommet. Il tasse le foin pendant que les autres étayent avec des bâtons ordinaires. Ana lance de beaux ballots que Ion installe ; La grand-mère, D et moi, ratissons ce qui s’est détaché du ballot ou qui est tombé. Quand la meule atteint une belle hauteur, ils la peignent. A nouveau, il faut ratisser, ramasser, lancer des paquets, tasser, peigner la meule…Finalement Ana lance la couronne. Ion tasse et finir au râteau le chef d’œuvre.
ion au sommet
On enfile les râteaux et fourches par la fenêtre ouverte de la Logan. Seul Ion rentre à pied.
Les adieux sont déchirants. Ana nous a fait cadeau d’une pochette tissée à carreaux noirs et blancs.
– « pour mettre mon téléphone et mes lunettes que je perds tout le temps ! »
A partir de Borsa la montagne est très belle. La route suit un torrent puis s’élève jusqu’au col de Prislop (1416m) dans des forêts de résineux de taille impressionnante.
Un lecteur roumain m’a signalé que :
le col de Prislop est décrit aussi par Bram Stoker dans son livre ”Dracula”.
Nous rencontrons beaucoup de camions de bois. Au col, je fais une courte promenade : on a construit un monastère avec tours et tourelles, trop de croix… nous regrettons les modestes églises de bois.
Côté Bucovine, le versant est aussi boisé ; la route suit encore une rivière. Dès premier village, l’architecture des maisons est bien différente de celle de Maramures. Cirlibaba est un joli village de montagne. Ses églises brillent avec leurs toits métalliques aux tourelles et bulbes compliqués.
un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant
Ciocanesti est un village- musée.
Ses maisons sont décorées de motifs géométriques : frises sous le toit ou autour des fenêtres, souvent des frises florales qu’on les croirait brodées au point de croix.
les puits couverts de bucovine
Les éléments métalliques ont été travaillés avec un soin particulier: gouttières, bordures de toit. Le fer est découpé, plié, ouvragé comme de la dentelle. A côté des maisons, les édicules abritent un puits sont très originaux. Certains sont coiffés de toits en pagode compliqués, d’autres portent des pinacles. Les auvents des portails reprennent les motifs décoratifs et les pliages métalliques.
Décoration intérieure traditionnelle
Souvent , une date est peinte sur la façade. Date de construction ou du dernier ravalement du crépi ? En tout cas, je lis ici sont des dates autour de 1965.
Explication d’u lecteur roumain:
Ciocanesti- oui, la date écrite a la maison c’est toujours la première date de construction.
Certaines maisons transformées en musée se visitent. Une vieille dame me fait entrer chez elle : toute la maison est remplie de coussins brodés, d’écharpes blanches au point de croix, de tapisseries colorées, de cadres pyrogravés, de photographies anciennes. La dame me déguise avec une belle tenue moldave : une blouse très bariolée, elle m’enroule autour de ma taille un lourd tissu et le fixe avec une ceinture brodée. Comme ma coiffure n’est pas du tout assortie, elle complète avec un fichu. Photo !
un mois autour de la Roumanie en logan chez l’habitant
la maison de Viorica
La route très large, très fréquentée, est pleine d’énormes camions. D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Je croyais que la Bucovine était le bout de l’Europe coincée entre l’Ukraine et la Moldavie.
Journée de canicule, il fait plus de 35°. Le soleil écrase tout. Nous sommes abruties de chaleur quand nous arrivons à notre nouveau gite de Moldovita.
La maison crépie de blanc est au fond d’un petit jardin entouré de barrière de bois à clairvoie, les fenêtres se distribuent symétriquement. Le cerisier porte encore quelques cerises. Une allée mène au perron, séparant le potager du jardin à fleur. Les ombelles jaunes aériennes de l’aneth dépassent du carré de carottes. Les oignons sont en fleur, les salades ont monté. De l’autre côté, les soucis ont bien chaud tandis que les roses trémières résistent.
A l’arrière la maison est recouverte de bardeaux de bois. Dans une petite maison de bois Viorica a sa cuisine. Le gîte est plus modeste et plus petit que les autres mais notre hôtesse est très accueillante et parle très bien français. Petite surprise : je peux me servir de son ordinateur sur le pallier devant notre chambre. Au lieu de sortir dans la chaleur j’entreprends le nettoyage de ma boîte à lettres électronique.
La route très large, très fréquentée, est pleine d’énormes camions. D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Je croyais que la Bucovine était le bout de l’Europe coincée entre l’Ukraine et la Moldavie.
Journée de canicule, il fait plus de 35°. Le soleil écrase tout. Nous sommes abruties de chaleur quand nous arrivons à notre nouveau gite de Moldovita.
La maison crépie de blanc est au fond d’un petit jardin entouré de barrière de bois à clair-voie, les fenêtres se distribuent symétriquement. Le cerisier porte encore quelques cerises. Une allée mène au perron, séparant le potager du jardin à fleur. Les ombelles jaunes aériennes de l’aneth dépassent du carré de carottes. Les oignons sont en fleur, les salades ont monté. De l’autre côté, les soucis ont bien chaud tandis que les roses trémières résistent.
A l’arrière la maison est recouverte de bardeaux de bois. Dans une petite maison de bois Viorica a sa cuisine. Le gîte est plus modeste et plus petit que les autres mais notre hôtesse est très accueillante et parle très bien français. Petite surprise : je peux me servir de son ordinateur sur le pallier devant notre chambre. Au lieu de sortir dans la chaleur j’entreprends le nettoyage de ma boîte à lettres électronique.
Un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant
Voronet jugement dernier
L’église de Voronet est cachée par une enceinte de plus de 5m de haut. On découvre ensuite l’église et ses fresques extérieures abritées par un large auvent de bois. Toiture en petites lattes formant des losanges crantés. Autour de l’église, un pavage de pierre. On ne peut pas s’approcher. Une pelouse permet d’avoir du recul et ce n’est pas plus mal.
La façade Ouest de l’exonarthex représente le Jugement Dernier comme dans toutes les églises orthodoxes. Le registre du haut figure la fin des temps, il est très original. Je lis le livre de Dominique Fernandez, m’aidant de mes jumelles pour les détails.
La façade sud est la plus colorée avec l’Arbre de Jessé sur un fond bleu le « bleu Voronet » caractéristique. Cet arbre de Jessé montre les ancêtres du Christ mais aussi des saints et même des philosophes antiques. On voit aussi le tableau de Constantin et Hélène rapportant à Constantinople les reliques de la vraie croix.
La façade nord est plus effacée mais on distingue Adam et Eve chassés du paradis et le contrat d’Adam avec le diable.
L’intérieur est aussi entièrement peint. Les fresques du naos, plus anciennes plus délavées me plaisent plus surtout les portraits des donateurs offrant la maquette du monastère. C’est un classique mais les visages sont moins stéréotypés que les images des saints. Sur les narthex et l’exonarthex : ménologe, en petites vignettes. Il y a trop de monde et je ne reconnais rien.
Humor est distant d’une dizaine de km de Voronet. Le monastère a gardé une tour carrée mais une palissade tient lieu de mur d’enceinte. Les couleurs des fresques sont plus passées qu’à Voronet. Le programme est le même : Jugement dernier à l’ouest, Hymne Acathiste à la Vierge et à Saint Nicolas sur le mur sud. Il y a quand même quelques différences. L’arbre de Jessé, peint au nord est exposé aux intempéries, donc moins bien conservé. Le style diffère aussi, le Jugement Dernier est moins riche qu’à Voronet. En revanche les fresques du naos paraissent plus brillantes et encore, je remarque l’offrande du monastère par les donateurs.
Les moniales s’affairent autour de nous. Elles sont étonnamment jeunes et jolies sous leurs voiles noirs qui sont très seyants. En Grèce, nous avions plutôt rencontré de rares centenaires ? Une nonne tond la pelouse, modernité incongrue dans un pays où les prés sont fauchés à la main.
Un mois autour de la Roumanie en Logan chez l’habitant
Moldovita
Promenade à Moldovita : village-rue. Rue interminable. Les magasins sont bien cachés dans des maisons d’habitation. Nous entrons pour le plaisir dans un bazar qui vend aussi bien de l’alimentation que de la quincaillerie. On peut aussi bien acquérir une nouvelle fourche qu’un e robe de fée en tulle rose suspendue à un cintre. La Poste est difficile à trouver. On pousse une porte pour arriver dans un bureau d’un autre âge à l’abandon. Dans une annexe, la receveuse vérifie que nous avons bien timbré les cartes et déclare qu’elles partiront lundi. Quand arriveront-elles ? Mystère.
Je m’installe dans le jardin pour dessiner. Dessin de face, symétrie, peu d’intérêt esthétique. Le principal est d’observer.
Viorica dîne avec nous. Délicieuse soupe légère avec de la betterave, céleri, tomate, carottes poivron et de la crème fraîche. Grillades de porc marinés aux herbes accompagnées de patates sauce à l’aneth, chou en salade pour dessert pastèque et crêpes aux myrtilles et à la crème.