Chios : musées de la ville de Chios et baignade à Kardamyla

fontaine ottomane

Le samedi est le jour des révisions, et visites que nous avions négligées dans la ville de Chios.

Marché

Les guides avaient vanté le marché pittoresque.  Ce qui nous avait étonnées. Depuis que nous sommes dans les îles nous n’avons jamais vu de marché. Des supermarchés, des épiceries, des commerces ambulants… jamais de marché. Nous nous faisons une fête  de cette visite à l’avance. Derrière le minaret d’une mosquée introuvable et inaccessible, transformée en musée byzantin malheureusement en restauration, se trouve un quartier piétonnier de rues étroites bordées de petits restaurants, de boutiques variées, poissonniers, bouchers, mais surtout de téléphones… une sorte de bazar oriental très vivant mais pas un marché.

Musée byzantin

Le musée byzantin est installé au Kastro : dans le Palataki : la maison des Giustiani, famille génoise qui a règné sur l’île pendant des générations. Ce palais du 14ème siècle est vraiment de taille réduite: une pièce à chaque étage et une loggia. Au premier étage des fresques des prophètes provenant d’une église. A l’étage des petits objets. Les fresques sont remarquables mais sorties de leur contexte.

Musée archéologique

Le musée archéologique de Chios nous réserve une belle surprise.

C’est un établissement tout neuf, très bien agencé sur trois niveaux présentant des objets provenant de Chios et de Psara.

On commence par les poteries d’époque mycénienne trouvées à Emporios, un  peu frustes et peu décorées mais avec des formes originales. Vers le 11ème siècle viennent aussi des vases décorés avec des scènes de chasse et des animaux spécialement réussis. Les korês sont bien abîmées.

Une collection de têtes en marbre blanc retient notre attention : ce sont des Romains. Les portraits se veulent ressemblants ce qui les rend différents les uns des autres. Dans les vitrines nous voyons des figurines en terracotta. Les tanagras sont toujours intéressants, plus vivants moins solennels que les marbres. De nombreuses stèles racontent l’histoire de Chios. Il faut être grec ou épigraphiste pour comprendre les textes gravés. Au premier étage divers objets. Au deuxième ; le contenu de tombes fouillées à Psara avec divers ustensiles et de beaux colliers.
Ce musée est récent, très bien présenté avec de nombreuses explications et les photos des objets tels qu’ils ont été trouvés lors des fouilles. Cette plongée dans l’Antiquité me plait. Les sites ne sont pas ouverts à la visite mais ils sont riches et variés.

Baignade

A midi, fin du programme culturel. Les longues plages de galets bordant la route vers le nord n’ont pas le charme des petites criques. Hier, vendredi, elles étaient tranquilles, aujourd’hui elles sont bondées (à la grecque, rien à voir avec la France) – Quand il y a plus de 5 familles installées, on dit qu’il  y a foule ! – En tout cas, elles ont perdu leur attrait.

A l’entrée de Marmaro: une plage de galets, un banc de pierre sous un tamaris. Il y a bien, un peu plus loin un bar et quelques parasols mais nous sommes très tranquilles. Sur le fond, des posidonies, très peu de poissons mais des sacs de plastique. Non loin de là, les villas de Kardamyla et une marina où mouille un magnifique 2 mâts. Les sacs viennent-ils des maisons ou des plaisanciers ?
Nous pique-niquons des feuilletés achetés à Chios.
Bonne pioche ! Orange crédite mon compte de 60€ après avoir vidé mon forfait par un envoi radoteur du même SMS des centaines de fois à Maman.  Geste commercial apprécié !

Ferry de Chios à Lesvos : Samothraki

 

Le Samothraki est un grand bateau bleu moins élégant que le Ierapetra. Il a deux niveaux de cales à voitures et le pont supérieur est au 8ème niveau. Les ponts ne sont pas aménagés pour un séjour prolongé- le plus haut est équipé de rangées de sièges en plastique mais n’a pas d’auvent,sur celui du dessous les chaises sont fixées le dos au paysage, au niveau des canots de sauvetage il y a de l’ombre mais pas de siège. En revanche les salons sont vastes et luxueux. Fauteuils beiges en cuir ou simili cuir, canapés profonds, tables avec des chaises de bistro ou fauteuils d’avion. Nous préférerions rester à l’extérieur mais il faut choisir : assis au soleil ou debout à l’ombre.

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Nous regardons Chios s’éloigner : le Rocher d’Homère. Le monastère sur le rocher est plus beau vu du large. La petite église Ag Yannis Tholos parait encore plus minuscule sur son îlet. Jolies vues de Langada. Nous sommes proches d’Imousses. Une grande Croix est plantée en son sommet.

Le Samothraki s’éloigne en pleine mer. La mer s’agite un peu. Le vent souffle davantage. Au bar : tyropita et croque-monsieur. Nos téléphones mobiles bipent : un opérateur turc nous souhaite la bienvenue.

Sieste.

Lorsque nous nous réveillons les côtes turques sont toujours présentes. Une île immense se rapproche : Lesvos, nous la longeons pendant une heure et demie. L’arrivée sur Mytilène nous surprend. La ville est beaucoup plus étendue que Vathy ou Chios. On distingue des immeubles. Même à Rhodes les maisons et hôtels dépassaient rarement deux étages. Le port est en retrait. Nous avions l’habitude d’accoster au milieu des terrasses de café. Ici, parkings, hangars et camions.

Lesvos : de Mytilène à Skala Eresou, volcanisme

Lorsque nous nous réveillons les côtes turques sont toujours présentes. Une île immense se rapproche : Lesvos, nous la longeons pendant une heure et demie. L’arrivée sur Mytilène nous surprend. La ville est beaucoup plus étendue que Vathy ou Chios. On distingue des immeubles. Même à Rhodes les maisons et hôtels dépassaient rarement deux étages. Le port est en retrait. Nous avions l’habitude d’accoster au milieu des terrasses de café. Ici, parkings, hangars et camions.

De Mytilène, nous ne verrons presque rien : une forteresse imposante au sommet de la colline, des murailles ruinées que la route franchit, un hammam avec ses coupoles percées.

Nous traversons les faubourgs, longeons la mer et obliquons dans les montagnes. La route est beaucoup plus large que dans les autres îles. Les distances plus grandes aussi. Nous franchissons un premier massif boisé pour découvrir le Golfe de Kalloni bordé de marais salants.

Après Kalloni nous quittons la grande route pour nous élever dans la montagne : changement de décor. Les pins sont remplacés par des chênes. De hauts fenouils roussis bordent la route. On voit des genêts, des peupliers et des platanes dans les creux. Les sommets sont  couverts d’une végétation rare et jonchés de grosses bombes volcaniques rondes. Sur le bord de la route, des panneaux explicatifs.

Après le col, nous nous arrêtons au dessus du village de Skatohori : maisons de pierre volcaniques cubiques coiffées d’un toit à quatre pentes. Pas de fantaisie ni balcons, ni encorbellement. L’église est toute simple sans coupole ni dôme. Le désordre des toits, les maisons sont entassées, blotties les unes contre les autres dans cet endroit désolé. Au détour d’un lacet, on devine la mer brillante et bleu pâle sous le soleil déclinant ; Nous frôlons un autre village de montagne : Andisa et traversons toujours une contrée marquée par le volcanisme avec des chicots gris qui dépassent (sans doute des dykes)

Lesvos arrivée à Skala Eresou


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Nous arrivons à Skala Eresou, un peu ahuries dans une ambiance de vacances-au-bord-de-mer. Une foule inhabituelle en tenue légère déambule dans les rues.

Des chambres à louer, il n’y a que cela à Skala Eresou ! Front de mer : des terrasses de restaurants, dans la rue parallèle: magasins de souvenirs et d’articles de plage.

« Sappho Estate » et « Sapphotravel ».  La femme chargée de notre dossier me tend la facture : 660€, c’est trop! beaucoup trop! Le prix de la voiture figure sur la facture on ne va pas la payer deux fois!


On recalcule 45€x8 = 360€ pour la chambre, elle demande 2% de commission pour la CB, j’accepte, pressée de me débarrasser des formalités.
Si j’attendais des conseils, des prospectus j’en suis pour mes frais.


Comme par enchantement, une dame en robe de plage bleu marine surgit : c’est Maria. Comment a-t-elle été prévenue de notre arrivée ? Son anglais est très réduit, mon grec aussi, mais nous bavardons en cours de route. Nous arrivons dans sa cours dallée, deux parasols, des tables rondes. A l’arrière, un bâtiment moderne ceinturé d’un long balcon et couvert d’un toit en terrasse.

Les deux lits jumeaux occupent toute la place. Il y a deux tables de nuit mais une seule lampe de chevet, une coiffeuse, un frigo tout neuf et une petite armoire. Derrière une porte coulissante, une minuscule salle d’eau. Pas de déco, peinture crème, rideau crème. Sur le balcon une table ronde et deux chaises plastiques. Privilège : une corde à linge et des pinces.

J’essaie de cacher notre désappointement.  J’avise le prix affiché : 35€. Sapphotravel encaisse 10€ chaque jour ! C’est exagéré ! (nous ne savions pas que SaphoTravel taxait aussi Maria de 5€) Si au moins le logement avait été économique nous aurions peut être sacrifié de bonne grâce charme et pittoresque. Mais nous payons plus qu’à Samos et à Chios pour beaucoup moins bien ! Encore une fois contre mauvaise fortune, bon cœur ! C’est dans l’adversité qu’il faut faire preuve d’intelligence. L’abondance tolère la négligence et la bêtise. Pas l’exiguïté ! Donc, je déballe, j’organise ; Ne sortir des valises que le strict nécessaire, ranger provisions et couverts dans la coiffeuse, se débarrasser du sac à dos trop encombrant dans le coffre de la voiture.


A 20h 30 tout est rangé, je file chez l’épicier. Peu de choix, prix « touristes ». J’avais pris l’habitude des sacs en plastique généreusement distribués, pas ici. L’épicier est il écolo ou radin ? Deuxième descente pour un plat chaud. Au coin de la rue je trouve gyropita et souvlakis à emporter. Pratique et bon. Je prospecterai un autre jour les tavernes.

Première soirée sur le balcon. Moroses. Impression de s’être fait arnaquer par Sapphotravel.

Lesvos : premier matin à Eresou, plage

Lesvos- Eresos Terrasse

 

Curieux temps, nuageux et venteux. Sommes- nous remontées tellement au nord que l’éventualité de pluie existe ?

7h, je descends sur la plage, panta-court, chapeau et tongs.

La plage est colonisée par les terrasses des restaurants qui ont installé des pilotis sur le sable. Devant les restaurants la bande de sable sec est réduite à deux ou trois mètres, je passe ensuite à la plage « organisée » avec plusieurs rangs de lits et de parasols bien tassés. Je marche vers l’ouest dans la frange d’écume qui me  lèche les pieds.

Le sable est grossier. Je m’enfonce. Autrefois, la granulométrie m’avait paru ennuyeuse. J’en mesure l’utilité. A partir de quel diamètre les grains font-ils une couche assez compacte et solide sous les pieds ? S’ajoute aussi la pente qui rend le cheminement malaisé. J’ai expérimenté la marche sur ce type de sable à Plimmiri et il y a longtemps à Chypre. Marcher en s’enfonçant sur un plan très incliné devient rapidement fatigant. Expérience que j’associe (à tort ou à raison) aux îles. Ce type de gros grain correspond il à un transport limité par les courts cours d’eau des îles ?

Après la plage « civilisée », j’arrive dans une sorte de « camping à la plage ». Des gens dorment dans leurs sacs de couchage. Certains ont monté leur tente. D’autres ont perfectionné des abris de fortune avec des roseaux, des feuilles de palmes,galets entassés pour abriter l’entrée de la tanière,  galets empilés en rond pour faire un foyer, galets sur les serviettes, autour des parasols….L’usage des galets n’est pas choquant. Beaucoup plus laid, l’utilisation des bouteilles d’eau, certaines sont vides abandonnées et donnent un aspect sale à la plage, la plupart remplies de sable ou d’eau. Leur fonction est de stabiliser les parasols, d’immobiliser les matelas pneumatiques, empêcher les serviettes de s’envoler, version artificielle des galets. Impression de survivance des hippies. Déjà vu en Crète à Matala il y a dix ans. Eresos est il une survivance des années 70 ou une renaissance de l’esprit hippy ? Je marche toujours dans ma frange écumeuse. Un jeune barbu chevelu, slip petit bateau et marcel blanc, pisse dans l’eau. C’est un peu gênant. Dois-je  ralentir le pas pour le laisser terminer ?

Au bout de la plage à la peinture blanche on a tracé deux symboles femelles – féministe ? – qui ne sont pas du meilleur effet. Je croyais les peintures géantes sur les montagnes à la chaux réservées aux militaires.

La baignade du matin, dans l’eau paisible est toujours aussi agréable. Comme je suis seule dans l’eau je reste près du rivage et je nage le long du front de mer. Il n’y a pas une vague, nager est aussi facile qu’en piscine.

Lesvos : crevaison (vocabulaire grec au garage)

Eresos -Le rocher de Sappho

 

Lundi est jour de fermeture des musées et des sites, exploration des environs.

L’exploration tourne court. Un pneu avant est à plat, sans doute crevé.

Je vais à l’agence  Sapphotravel chercher de l’aide.

–    « si vous roulez sur la jante, cela risque de vous coûter cher. Vous avez un pneu de secours dans le coffre. Changez la roue ! »

Plus facile à dire qu’à faire ! Le cric de la Hyundai est rudimentaire et sans manivelle. La clé à boulons peut remplacer une manivelle, c’est fort malcommode. Quand enfin, nous avons atteint la hauteur désirée, notre opération se bloque:  les boulons ont été serrés au compresseur, indéboulonnables. Au pays de la naissance de Sappho les mâles font piètre figure. Ils passent dédaigneusement laissant les filles entre elles se débrouiller avec leur problème de mécanique. Si on leur demande de l’aide ils font mine de ne rien entendre. Heureusement il y a un peu de sororité chez les lesbiennes. Une fille assez dévêtue et fort tatouée passe à vélo et s’arrête à notre hauteur :
–    « avez-vous essayé de sauter sur le manche ? »
–    « sauter ???? »
Elle joint le geste à la parole, descend de vélo saute sur le manche de la clé. Miracle! un boulon bouge, puis un deuxième. Les quatre, enfin. On pourra aller au garage.

Entre-temps notre ange gardien nous invite à « La Muse » c’est elle qui organise une party. Nous sommes donc invitées en boîte. Nous n’en ferons rien. Les boîtes, c’était bon il y a 25 ans quand nous étions jeunes !

A la station service on nous envoie chez le « vulcanisateur ». Cela se dit comme cela en Grec. Le pneu c’est le « Elastiko », la roue de secours « reserva » et l’air « aera ». Le vocabulaire des pneus est finalement très simple. Le vulcanisateur gonfle la roue et la passe dans un baquet. Il y a bien une fuite mais elle est irréparable. Le pneu est complètement lisse. Si on le répare ici, il va céder là. Et l’autre ne vaut pas mieux. Il faut changer les deux pneus avant.

Pas question d’offrir à une voiture de location deux pneus neufs!

Nous laissons le vieux elastiko chez Vulcain et retournons à l’agence.

Je pourrais téléphoner avec mon mobile. En passant par la France, c’est hors de prix et hors de question!. Sapphotravel a pris assez de commission (15€ par jour, nous l’apprendrons plus tard) pour pouvoir, au moins, nous rendre ce service. La fille est plus coopérative. Il faut dire que je n’ai pas du tout envie de céder.

– «  en Afrique, je vérifie l’état des pneus des taxis-brousse. Ici, je ne l’ai pas fait. C’est de ma faute ! Mais enfin, nous sommes en Grèce, en Europe et pas en Afrique de l’Ouest ! »

L’argument a frappé.

Elle téléphone à Molivos au loueur de voiture et raconte notre histoire. Là-bas, ils sont très occupés et ne pourrons venir à Eresos que demain soir. Cependant, nous pouvons toujours apporter le véhicule à leur bureau.
–    « combien de route ? » je demande
–    « 50 minutes, moins, s’il n’y a pas de trafic » (ce n’est pas vrai on en mettra le double)

Lesvos : en route vers Molivos, paysage volcanique

Lesvos route du nord : cratère

 

Molivos est décrit comme une localité très pittoresque avec un château génois, de jolies maisons.
La route est la même que celle d’hier : volcanisme, forêt de chênes, oliveraies. Sauf qu’à 14h le soleil écrase tout, les couleurs sont passées. Le voyage durera beaucoup plus que 50 minutes, le double ! Nous traversons Skatahori : route dallée, maisons de basalte treilles aux lourds raisins. A l’écart du temps. Si nous n’étions pas pressées d’arriver nous nous serions volontiers arrêtées.
Le village avant Molinos s’appelle Petra. Sans doute à cause du piton rocheux coiffé d’une belle construction rappelant Monolithos à Rhodes ou les monastères des Météores.

Lesvos route du nord fenouils

Enfin Molivos apparaît : une colline pointue avec une forteresse génoise parfaitement conservée (restaurée ?)

Au bureau d’AKTI, personne ne nous attend. Notre affaire prendra une bonne heure. Le château est fermé le lundi mais on peut en faire le tour des remparts.
A notre retour, la lumière s’est adoucie, les couleurs sont revenues. Le paysage volcanique est impressionnant.

Lesvos : Monastère Upsilon

Lesvos Monastère perché

Pour aller à la forêt pétrifiée de Sigri il faut passer par Eresos et prendre la route que nous connaissons bien jusqu’à Andisa, où plutôt, tourner juste après l’arête où tournent deux séries de huit éoliennes.
La route court à mi-versant dans une vallée où pointent des chicots de lave, des rochers aux formes tourmentées, des plateaux soutenus par des orgues …toute la panoplie du volcanisme. De temps en temps, un panneau du Géoparc explique une formation particulière. Hier j’avais vu le vaste cratère de 6km de diamètre du volcan Vatoussa. Ce volcanisme Miocène de 20 à 16 MA est déjà ancien. Les séismes, l’érosion, d’autres éruptions ont rendu méconnaissable l’ancien volcan. Déjà le Plomb du Cantal, beaucoup plus récent,et le Sancy présentent une morphologie difficile à mettre en évidence pour le profane.

Lesvos Monastère forêt pétrifiée

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A l’embranchement de la route pour Sigri, le Mont Ordymnos est surmonté d’un monastère. D’après les explications, le matériel pyroclastique a été lessivé par l’érosion et il ne reste plus que le dôme sur lequel on peut observer des prismes de refroidissements.
On  peut accéder au Monastère Upsilon par une route en ciment qui dessert aussi des installations militaires. Défense  de photographier. Au sommet de la colline le panorama est exceptionnel. Encore une fois, le monastère a une allure de forteresse. Souvent en Grèce, les monastères sont construits sur des positions stratégiques. Mentalement, je passe en revue les monastères perchés, à Samos surtout. Est-ce par goût de l’isolement ou pour des considérations stratégiques ?

Lesvos monastère

Le portail est ouvert. Nous entrons dans une première cour fleurie d’hortensias roses. L’entrée du monastère est décorée d’un mélange de basalte et de briques. L’église, elle, est décorée par endroits de carreaux de céramiques d’Iznik collés de place en place, contrastant avec la roche grise.

Un escalier conduit à un petit musée : belles broderies, icônes mais aussi parures sacerdotales, chasubles et croix ornées de pierres précieuse. Le cloître est entouré de deux niveaux d’arcades.  Le mélange pierre et brique permet des motifs simples, des frises de brique allégeant la sévérité de la lave. En observant en détail on découvre des blocs de marbre sculptés provenant d’édifices antiques. L’antique Eresos, ville de Théophraste et de Sappho  n’est pas loin. Deux moines arrosent les hortensias et ne prêtent pas attention à nous. Nous sommes transparentes. A l’extérieur du monastère : des bergeries basses. Les moutons s’enfuient à notre approche.

Lesvos : route de Sigri — Epineux et vent

 

Le paysage est austère. Pas un arbuste, pas un arbre. Les épineux forment des coussins arrondis qui empiètent sur la route donnant une impression de douceur fallacieuse. Camaïeu de beige à roux.  Seuls, les chardons ont encore un peu de vigueur. Ils sont vert tendre presque jaune citron, grosses boules évoquant les oursins aux pointes acérées ou les radiolaires. Seules les murettes rompent la monotonie de cette lande venteuse. Certaines ont été construites dans le sens de la plus grande pente. D’autres suivent les arêtes des sommets. Un carré délimite un parc à moutons. Les bergers qui les ont édifiées n’ont pas eu de mal à trouver les pierres ou à les tailler. Les bombes volcaniques jonchent la montagne. Les murettes nous font penser à l’Irlande. Murette, moutons, mer… Le vent fait oublier le soleil implacable. Je remplace mon chapeau par le foulard turc que j’attache fermement. Il faut être vigilante parce qu’il ne fait pas chaud. J‘aurais vite fait d’attraper un coup de soleil.

Lesvos : la forêt pétrifiée

Lesvos forêt pétrifiée

 

La forêt pétrifiée occupe un vaste secteur dans la montagne sur la route de Sigri.

Des escaliers et des sentiers ont été aménagés. On circule à sa guise sans explication ni sens de la visite imposé.  Il aurait fallu acheter le petit livre vendu à l’entrée pour identifier chaque fossile. Cassés net, les arbres fossiles, ont été recouverts de plusieurs mètres de matériel pyroclastique clair qui a été dégagé. Combien de temps la gangue protectrice a-t-elle été laissée intouchée ? la forêt a-t-elle attendu la curiosité scientifique? Sans doute pas. Le vallon est en pente. Le ruissellement a dégagé les premiers troncs.

A mesure que j’avance les spécimens sont impressionnants : les troncs géants rappellent ceux des séquoias. Le plus grand mesure 8 m de circonférence. Ces troncs énormes sont restés sur place couchés. Comme des énormes colonnes, ils sont parfois découpés en tambours. Plusieurs dressent encore leurs fûts, très colorés se détachant sur un ciel très bleu. Les teintes sont surprenantes. Des marrons rappellent l’écorce, des gris,  la roche encaissante, le jaune citron, le soufre, des roses irréels, des blancs éblouissants.

L’accumulation des troncs  impressionne et justifie pleinement l’appellation de forêt. L’absence d’explications me fait gamberger. J’imagine la luxuriance de la nature d’alors  à la place de la lande rase. Où était la mer il y a 20 millions d’années ? Lesbos était sans doute rattachée à l’Anatolie. Difficile d’imaginer le climat, sûrement très différent du climat méditerranéen qui ne favorise pas la croissance de tels géants.

Dans la roche encaissante, je cherche les traces des branches, des feuilles. Comme j’aimerais découvrir un petit fossile à côté des troncs géants. Une petite brindille me contenterait. Je regarde attentivement les taches noires dans la roche claire. Quelque chose de carbonisé quand la lave a tout enseveli. D’ailleurs, on doit en trouver. La preuve : on interdit aux visiteurs de porter des sacs à dos. Le mien a échappé à la vigilance du gardien parce qu’il est juste bon à receler un téléphone, des lunettes et un porte-monnaie. Une surveillante m’en a fait le reproche. Le site les trop étendu pour être gardé efficacement.

Je remonterai une heure plus tard sans la moindre trouvaille personnelle. Je ne l’aurais d’ailleurs pas emportée, seulement photographiée.

Lesvos : Sigri

Dans la lande se cachent des bergeries très basses. Les tuiles sont retenues par de grosses bombes. On arrive enfin au bord de la mer à Sigri. Le vert surprend. Des îles allongées, très proches du rivage abritent le port.

Lesvos route de Sigri toit

A Sigri, se trouvent une église byzantine minuscule, un fort turc et un vrai petit port de pêche avec des barques colorées. Le village est tout blanc avec des toits rouges. Maisons modernes de ciment peint, assez grandes, un étage, toutes identiques ou presque. Comme le village est en pente cela n’engendre aucune monotonie. Au contraire, l’ensemble est très harmonieux. Le tourisme tapageur n’a pas encore fait ses ravages comme à Skala Eresou. Les restaurants sont simples et discrets disperses côté ort et côté plage.

le fort

Le fort turc (1752, 200 canons, 100 hommes- explications glanées sur une fiche plastifiée en grec attachée à la porte). Autour d’une vaste cour, des pièces aux ouvertures arrondies : des magasins ? les logements des soldats ? Il ressemble aux khans turcs. Mais ces derniers sont carrés. La place est un polygone irrégulier, on s’est adapté au relief local. Lave sombre. Gros blocs vers l’extérieur, mélange de petits mœllons et des briques côté cour. Seule l’entrée a fait l’objet d’un souci décoratif : belles arches arrondies et en flamme. Une plaque de marbre gravée en caractères arabes avec la belle calligraphie de la signature du sultan. Du fort, la vue est belle. L’eau drapée de bleu turquoise incite à la baignade.

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image fugace, dessin inachevé

Courte promenade dans les rues. Sur les terrasses des maisons, la végétation est exubérante : je photographie les massifs de fleurs aux teintes violentes  Une vigne protégée du vent par un écran de roseaux, un figuier qui s’accroche au rocher violet, une barque beige et verte sur l’eau, les îles à l’horizon. Tableau coloré. Je sors le carnet moleskine. Je ne terminerai pas le croquis, vaincue par le soleil brûlant.

Lesvos : Sogri vue du village

la plage

La plage est bordée de tamaris. Près du village, on a planté des parasols bleus, installé une douche une cabine et un auvent. Mais la taille des installations est raisonnable.
Nous nous installons à l’ombre d’un tamaris. Le sable est fin (c’était bien la peine d’établir des théories granulométriques aussi superficielles que fausses). L’eau est fraîche.
Nous déjeunons de feuilles de vigne farcies et d’un œuf dur.