la Palmeraie de Tioute

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTIATLAS

Casbah de Tiout

38 km du gîte, au pied des contreforts de l’Anti-Atlas.

Après avoir quitté la route Agadir-Ouarzazate,  la route P109 traverse une plaine déserte puis une zone caillouteuse petite route vers Tioute  5km .

Le gros village masque la palmeraie. Les touristes sont attendus. Au premier croisement, un homme vêtu de l’habit bleu des hommes du désert qui semble être l’uniforme des guides touristique, s’approche. Son insistance nous déplait. Je n’ai pas envie d’un guide, j’ai juste envie d’être tranquille. J’aime le calme des jardins de la palmeraie ; D’un autre côté, les petits jardins et les champs appartiennent à un propriétaire et c’est délicat de se promener chez des particuliers sans leur être présentée. S’il faut marcher sur les petites levées entre les cultures un guide est nécessaire.

Au village suivant (il y en a 7) un homme sur une mobylette nous indique la direction de la Casbah. Il ne fait pas que nous l’indiquer, il nous accompagne jusqu’au sommet de la colline au parking d’n énorme restaurant en ciment. Il ne reste qu’à négocier le prix ; « ce que vous voulez » est très agaçant. Je fixe 200 dirhams pour au moins 2 heures de promenade.

Tiout palmeraie casbah

Je suis donc le guide au pas de course dans la casbah authentique mais bien ruinée. On ne voit plus rien de sa splendeur ; on devine des citernes, une tour de guet. Pas grand-chose si ce n’est une belle ruine dans le paysage. Au pied de la colline des parkings sont aménagés près d’un bassin stockant l’eau d’irrigation. On peut s’y baigner à la chaude saison. La palmeraie est très touristique : on passe par un restaurant sous une tonnelle de bignone rose. L’eau fraîche coule dans de petis canaux. Plus loin un restaurant de plein air, des coussins alignés pour de grandes réunions.

Des murets de pierre, des allées dallées offrent une promenade facile et confortable d’une terrasse à une autre. Un moulin à eau est encore en état de moudre de la farine. Plus loin, il y en a deux autres mais plus ou moins ruinés. Des bougainvillées fleurissent un autre établissement.

Tiout aiguillage de seguias

Des familles marocaines portent des sacs de victuailles et des couvertures pour le pique-nique. Tourisme local du Jour de l’an férié aussi au Maroc. Cette palmeraie est aménagée, je n’avais vraiment pas besoin d’un guide. Ce dernier justifie sa présence en donnant des explications : ici, les gens vivent 50% de l’agriculture, 50% du tourisme, il faut bien que le village vive !  Mohamed fait des efforts pour m’être agréable. il tresse pour moi une feuille de palmier en étoile. Il me montre l’aristoloche avec sa feuille en forme de cœur et ses fleurs en cornet très creux. Dans son verger, il me cueille trois citrons petits mais doux, ce n‘est pas une exagération, il ne sont pas du tout acide et on pourra les déguster à la petite cuiller. Trois récoltes par an pour l’orge, deux pour la luzerne. Ils élèvent des vaches à l’étable. Le labour est fait avec des fait avec des bœufs. C’est un plaisir de voir une palmeraie si bien tenue.

Aristoloche

La promenade n’a duré que 1h45, j’ai donné les 200dh convenus mais pas plus puisque le contrat de 2 heures n’a pas été respecté.

Nous pique-niquons dans un verger d’arganier. Mohamed m’a assuré qu’ils ne sont pas morts et qu’à la prochaine pluie ils « reverdureraient »

A 15h15, nous sommes au pied des remparts de Taroudant. Plus le temps d’en faire le tour (8 km/2h) mais je peux en faire une partie en choisissant un tronçon ancien (Saadiens). J’entre dans la médina par la Porte de la Kasbah qui fait une encoche dans le tracé de l’enceinte pentagonal avec des décrochements. J’arrive dans un quartier tranquille de rues désertes ; je ne prolonge pas trop la promenade de peur de me perdre.

A l’Orient désorienté – Errances Israël – laure Hoffmann – L’Harmattan Poésie(s)

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Quelques semaines après le 7 Octobre, j’ai coché sur la liste de Babélio cet ouvrage dont le titre correspond à mon état d’esprit. Sidération!

Le parcours de l’autrice, de Jérusalem à Tel Aviv, en passant par le Kibboutz me parle. Le poème A mon Orient Désorienté – daté 7 octobre 2023

A l’Orient Désorienté

Ce cri résonne

raisonne puis déraisonne

un cri soleil noir

qui chante en moi

*depuis que j’ai commencé

à comprendre

qu’on ne comprend rien

par petites étincelles

par ouverture béante

de la faille

la blessure originelle

A l’Orient désorienté

ce cri d’impuissance

qui s’élève contre toute intolérance

contre la haine de l’autre

si contre nous tout contre

contre la malédiction de frères ennemis

contre tout racisme toute xénophobie

tout apartheid toute guerre

de religion – le pire obscurantisme

au nom de la lumière

….

Comment ne pas souscrire à ce cri!

Mais est-ce poésie? Est-ce le temps de la poésie? J’ai plus envie de hurler que d’élégies, de fleurs de soleil. Comment dire le déchirement?

Taroudant – Souk du Dimanche – place Assaragh

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – ANTI-ATLAS

Les remparts de Taroudant

Dimanche : jour du Souk à Taroudant qui se tient à l’extérieur des remparts de l’autre côté de l’Oued. On vend tout ce qu’on peut imaginer : des vêtements, fripes mélangées, des épices, des dattes, des graines, des légumes frais en vrac ou bien disposés en bottes d’oignons ou en  tas de carottes, des animaux vivants, poussins tassés dans des enclos en carton ondulé, chevreaux attachés ensemble par deux ou par trois, moutons debout ou couchés pattes liées(mauvais présage), un âne à l’arrière d’un pick up…Et un vacarme ! Certains vendeurs nous assourdissent, une sono installée dans la camionnette.

Souk bottes d’oignons

Tout autour des centaines de vélos. Ils ne sont pas à vendre, ils sont cadenassés. C’est le parking ! Très peu de voitures. Le long de la route de Tamaloukt cela continue. On a étalé tout un fourbi : outils de jardinage neufs, vieilles serrures, filets de toute maille et de toute couleurs. Nous aurions besoin d’une sangle pour la valise ; il y en a tant qu’on veut sauf que ce sont des sangles pour le chargement des ânes. Les vendeurs des rues sont venus avec leurs charrettes à bras chez les « grossistes ». On se cogne, on se pousse, au milieu des allées « Balek ! »

Souk épices

 

nous faisons une incursion dans la Médina en voiture jusqu’à la place Assaragh. Le GPS nous y conduit. Mais le parcours en labyrinthe est stressant. Il y a, certes, des voitures, mais aussi des carrioles tirées par des ânes, des calèches et des chevaux, des vélos et mobylettes, des portefaix, des charrettes à bras couvertes d’oranges ou d’oignons ? Sur les trottoirs des marchandises sont étalées si bien que les piétons marchent tranquillement sur la chaussée déjà bien encombrée. Le GPS claironne « à gauche à 150 m » « à droite à 20 m » on ne voit même pas de rue, cauchemardesque. Et pourtant un vaste parking est prévu, très bien organisé : placiers en gilets jaunes, consignes pour les vélos et colis, même des toilettes. Payant mais très raisonnable.

Taroudant les calèches place Asseragn

La place Asseragh est un vaste rectangle. En son centre des arbres touffus donnent de l’ombre sur les bancs très occupés. Assis par terre, des musiciens. Sur les deux grands côtés, les terrasses des cafés et des restaurants. Les petits côtés sont occupés par des boutiques et des banques. A l’ombre les cafés sont bondés. Au soleil personne. Public masculin exclusivement, pas une femme. Sur els ardoises les menus sont écrits en français, pour les touristes, je suppose. Les calèches tournent.

Pour le Réveillon de la Saint Sylvestre Claude et Isabelle ont invité des musiciens. Au dîner, tous sont conviés, les clients(nous), les amis de nos hôtes, le personnel au grand complet avec leurs enfants. Tous à la même table. En face au fond, un buffet. Près de l’entrée des coussins, pour les musiciens. Il reste même de la place pour une piste de danse.

A l’apéritif, champagne, foie gras et pizzas coupées en petits carrés. Verrines de mousse d’avocat, mousse de betterave -une découverte – avec du citron vert et des feuilles de menthe, c’est à la fois acide, sucré parfumé et très joli, verrine d’aubergine grillées.

Les musiciens arrivent, djellabas jaunes brodées, calots assortis. Ils devaient être quatre, ils arrivent à huit. Première prestation sans instruments, seulement voix, frappant des mains et des pieds. Ils dansent en ligne et nous invitent à participer. Je me lève et me ravise, c’est un peu incongru, ces hommes dansent entre eux (et très bien) je ne me sens pas à ma place. D’ailleurs, les autres femmes resteront assises alors qu’hommes et enfants se défoulent.

Dîner : autre buffet poulet grillé, la harissa est dans des demi-citrons verts, briouates minuscules, seffa : vermicelle sucré-salé décoré de cannelle et d’amandes . Petites pastillas rondes individuelles, le poulet aux amandes est emballé dans des feuilles de brik très fines, légères délicieuses.

Je  n’ai vraiment plus faim, j’ai négligé les lentilles alors que j’adore cela et je laisse les tartelettes très appétissantes pour terminer par la mousse au citron rafraîchissante.

Entre chaque service les musiciens mangent entre eux.

Réveillon : gnaouas

Ils reviennent avec leurs instruments. L’un d’eux accompagne le repas avec son oud. Puis els autres arrivent avec des crotales qui suppléent aux applaudissements. Un guembri est même électrifié : c’est un instrument à corde avec une caisse de résonnance rectangulaire. Plusieurs tambours. Musique et danse, au début? nous ne prêtons aucune attention aux paroles. Nous appelons Brahim 10 ans le fils d’Abdou pour traduire. « C’est du français ! » Ce Labalaba répété comme une incantation c’est tout simplement « là-bas ».

Ils dansent, le sol vibre, nos chaises aussi. Ils grimacent s’amusent. Tous se prêtent volontiers à leurs jeux très bon enfant. A propos d’enfants, le petit de 5 ans fait une démonstration de danse très amusante puis se prend au sérieux, joue sérieusement à la vedette, il devient suffisant et prétentieux.

Quel beau Réveillon ! Claude et Isabelle ont vraiment bien fait les choses. Tout a été parfait.

 

 

 

Taroudant : Vallée des Cédrats

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNE DE L’ANTI-ATLAS

Vallée des Cédrats

Nous nous laissons guider jusqu’à la route d’Agadir, une 2×2 voies, presque une autoroute.  Selon le GPS nous devrions trouver la P1714, introuvable. Même les policiers qui tiennent le barrage à la sortie de la ville ne la connaissent pas.

6.3 km de la sortie de Taroudant sur la gauche dans un village à travers  une plaine presque vide, très poussiéreuse, très sèche parcourue par un oued invisible. Des cultures entourées de bâches : contre le vent ? la poussière ? le sable s’accumule à la base du tissu. A l’intérieur de ces enclos, des vergers, oliveraies, orangeraies.

Vallée des Cédrats charbonniers

La plaine fume, des cônes aplatis sont brûlés par des charbonniers. Ils préparent des tas de bois. Cette quantité de bois mort m’attriste : ce sont les arbres morts de la sécheresse.

Des bâtiments carrés très bas, en pisé, sont dispersés dans la plaine. les champs autour sont bien poussiéreux, abandonnés depuis longtemps. Les fermes sont vides.

Une curieuse montagne est surmontée d’un cube évidée par une carrière, sur les flancs traînent des blocs inutilisables.

Vallée des Cédrats : vu du col, les gorges

A Assads, une route grimpe dans la montagne au-dessus d’un ravin impressionnant. Où mène-t- elle ? Toute neuve, Googlemaps ne la connaît pas .  En haut, elle s’arrête net et devient une mauvaise piste. Deux mobylettes descendent à notre rencontre, venant  de Toufelaazet – nous y sommes passées en venant de Tafraout sur la P1723 . Au col la vue est saisissante sur des gorges étroites, des montagnes très resserrées. Est-ce cela la Vallée des Cédrats ? De cédrats je ne vois rien du tout, seulement quelques arganiers. Les cédrats sont des espèces de citrons à peau très épaisse et à forme bizarre qui poussent sur des citronniers (on en a vu au Cap Corse) Rien ici qui évoque des agrumes.

Vue de la route : le village de Tamguimsift ,

Je descends à pied cette route, découvre les villages blottis dans la vallée avec leurs petites mosquées roses et blanches, leurs imposantes kasbahs aux tours crénelées, les maisons de terre. Une piste les relie à Assads , au bout le dernier village est Tamguinsift. Côté montagne, un agadir coiffe un piton inaccessible. Imprenable, mais comment les villageois y apportaient-ils leurs richesses ? Il a au moins trois étages, peut-être quatre. La descente est une promenade très agréable et facile. La montagne est si haute que la route est dans l’ombre même à midi. Au village d’Assads, nous empruntons la piste qui conduit au fond de la vallée. Arrêt pique-nique près de la kasbah, haut édifice aux murs de pisé et aux quatre tours crénelées carrées plutôt trois parce que la quatrième s’écroule. Le portail est fermé, visite impossible mais de belles portes à admirer.

Un kilomètre plus loin, la piste est encore carrossable Dominique me rejoint avec la voiture. Petite mosquée rose, murs des maisons blancs. A la base ils sont enduits de ce bleu répandu au Maroc et jusqu’en Egypte réputé faisant fuir les insectes. Pratiquement pas de parpaing. Silence, jusqu’à l’appel du muezzin.

Assads mosquée et kasbah

La piste continue jusqu’à Tamguinsift. J’avais remarqué une installation de panneaux solaires sur le toit d’un bâtiment rouge sang. C’est le poste de traitement des eaux. Une porte a un écriteau : « station de pompage », une autre « javellisation ». A l’entrée un grand panneau aux couleurs Amazigh souhaite la bienvenue. Le village est tout en pisé, très beau. Plus loin, des bergeries contre la falaise, les murs coiffés de fagots épineux. A la sortie du village, la piste devient sentier. C’est sans doute le chemin du « Parc » indiqué par GoogleMaps ; peut-être nous y trouverions-nous les fameux cédrats ? Seule, je n’ose pas continuer.

La Débâcle – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART (t. 19)

Avec La Débâcle se termine cette Chronique du Second Empire, commencée avec La Fortune des Rougon à Plassans à la suite de la Révolution de 1848. 

Nous retrouvons Jean Macquart, le fils d‘Antoine, le frère de Gervaise, le Caporal de La Terre, jeune apprenti menuisier, puis soldat de Solférino, paysan à Rognes qui a échappé aux tares des Rougon-Macquart, alcoolisme et folie, personnage sympathique et droit. Réengagé dans le 106ème régiment. 

La Débâcle commence près de MulhouseDans l’escouade, Lapoulle, un colosse, Chouteau le peintre , Pache le calotin, Loubet, le cuistot, Gaude le clairon et Maurice Levasseur, un jeune avocat qui détonne un peu parmi ces rustres. Pendant le premier quart du livre, le 106ème marche sans combattre, ordres et contrordres, de Belfort à Mulhouse, d’Altkirch à Reims et finalement à Sedan, pas un Prussien, pas une cartouche tirée, des marches épuisante et souvent pas de ravitaillement. L’optimisme du début s’épuise. La légende napoléonienne, Solférino, ne tiennent plus devant l’organisation des Prussiens. De reculades en défaites, le ventre creux, l’escouade se traîne et la lecture me paraît bien longue. j’ai bien failli les abandonner. 

« Justement, j’en ai assez !… Est-ce que ce n’est pas à pleurer des larmes de sang, ces défaites continuelles, ces
chefs imbéciles, ces soldats qu’on mène stupidement à l’abattoir comme des troupeaux ?… Maintenant, nous
voilà au fond d’une impasse. Vous voyez bien que les Prussiens arrivent de toutes parts ; et nous allons être
écrasés, l’armée est perdue… »

C’est autour de Sedan que se joue la bataille. Dans les villages des environs et dans la ville pour les civils, des relations de Maurice qu’on apprend à connaître : sa sœur jumelle Henriette et son mari Weiss, monsieur Delaherche, le patron d’une fabrique qui abritera avec le carnage une ambulance. C’et aussi à Sedan que l’Empereur va capituler. Le roman prend un rythme nouveau et la lectrice est captivée.

C’est aussi l’histoire d’une amitié, de deux frères d’armes Jean et Maurice qui se soutiennent

« N’était-ce point la fraternité des premiers jours du monde, l’amitié avant toute culture et toutes classes, cette amitié de deux hommes unis et confondus, dans leur commun besoin d’assistance, devant la menace de la nature ennemie »

Et cette amitié soutiendra le cours du roman.

Puis, le lendemain, c’était le 4 septembre, l’effondrement d’un monde, le second Empire emporté dans la débâcle de ses vices et de ses fautes, le peuple entier par les rues, un torrent d’un demi-million d’hommes emplissant la place de la Concorde, au grand soleil de ce beau dimanche, roulant jusqu’aux grilles du Corps législatif que barraient à peine une poignée de soldats, la crosse en l’air, défonçant les portes, envahissant la salle des séances, d’où Jules Favre, Gambetta et d’autres députés de la gauche allaient partir pour proclamer la République à l’Hôtel de Ville, tandis que, sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois, une petite porte du Louvres’entr’ouvrait, donnait passage à l’impératrice régente, 

C’est la fin de l’Empire, l’avènement de la République, le siège de Paris et la Commune. Maurice et Jean se retrouve dans les camps opposés, Maurice qui a passé l’hivers et le printemps à Paris se bat sur les barricades des Communards tandis que Jean est dans l’armée régulière du côté des Versaillais. Ils se retrouvent dans Paris en feu

« Paris brûle, rien ne restera… Ah ! cette flamme qui emporte tout, qui guérit tout, je l’ai voulue, oui ! elle fait la bonne besogne… Laissez-moi descendre, laissez-moi achever l’œuvre d’humanité et de liberté… »

Zola est vraiment un conteur, de ce roman de guerre qui aurait dû me rebuter il a fait un une

Promenade à Afensou – Haut Atlas

PLAGE DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ATLAS

Haut Atlas : sous les maisons de terre blanches les baches cachent les abris des sinistrés du séisme

Claude a téléphoné à Tami, le guide qui travaille avec les clients des Trois Paons, et a conclu pour 800 dh une promenade de la journée dans le Haut Atlas.

10h30, nous quittons Les Trois Paons par l’allée couverte de bambous formant un tunnel le long des murs de la Gazelle d’Or – hôtel prestigieux où Chirac, Catherine Deneuve et d’autres étaient des habitués. Nous contournons Taroudant par ses remparts : les plus anciens datent des Saadiens (vers 1515) protégeaient la citadelle des armées espagnoles et portugaises. L’enceinte complète comporte 19 bastions et 130 tours. Certaines parties ont été restaurées récemment (subventions françaises Chirac) . le récent séisme de septembre 2023 a fragilisé la muraille et on a édifié des échafaudages.

Nous reprenons la grande avenue bordée de palmiers et d’immeubles récents, passant devant le Centre Culturel et l’Université, quartier destiné aux Roudanis plutôt favorisés et aux fonctionnaires qui ont un salaire fixe. La route de Tamaloukt file plein nord le long des vergers de Domaines (royaux), puis d’une mine de phosphate exploitée par des Espagnols, on voit des camions et de la poussière blanche.

Au village de Tamaloukt nous constatons les destructions du séisme : une maison en béton a glissé de ses fondations.

La route monte ensuite en lacets vers le Barrage Sidi Abdellah dont le remplissage récent n’est pas terminé.

Les couleurs du Haut Atlas sont extraordinaires : les couches se succèdent en passant du rouge à l’ocre puis au blanc et au rose. A l’horizon, les crêtes sont bleues ou grises. De petits arganiers plutôt de la taille d’un buisson sont verts tandis que les grands arbres sont morts. La sécheresse est très préoccupante. Tami ne minimise pas la tragédie pour les paysans. Que deviendront-ils sans leurs olives et leurs arganiers ?

Nous avons pris de l’altitude et dans le creux de la vallée je découvre une palmeraie. Sous les hauts palmiers, les petits champs de luzerne ou d’orge sont vert vif. Miracle de l’eau et des oasis !

La route a aussi beaucoup souffert du séisme et du passage des camions. Par endroits, le goudron a disparu. La piste poussiéreuse est constellée de rochers éboulés de toutes tailles qui ont dévalé la pente. Deux véhicules peuvent à peine se croiser Un groupe d’hommes avec des seaux en caoutchouc de pneus tente de déblayer les bas-côtés. Ils ramassent les pierres, poussent les rochers. Ils travaillent bénévolement, tentent de rendre service. La solidarité n’est pas un vain mot chez les Berbères. Quand nous redescendrons, il ne restera plus qu’un vieil homme à qui le guide donnera quelques dirhams, je viderai le porte-monnaie de mes pièces. « Il faut aider ce vieil homme » dit Tami. « il n’a rien et vient travailler pour son village »

Haut Atlas, après le séisme

Sur la route des femmes cheminent avec leur bourricot qui transporte toutes sortes de chargements dans des paniers bien remplis. Elles sont enveloppées de voiles colorés. Toutes ont les cheveux couverts d’un foulard mais personne ne se cache comme autour de Tafraoute. Je suis étonnée de l’extension de la zone berbérophone ainsi que par leur langage mélangé. Tantôt je capte un mot français ou arabe, tantôt rien du tout. Etonnée aussi de la proportion de femmes dehors ; les enfants sont à l’école, certains vieillards aux champs ou au café, on voit très peu d’hommes en âge de travailler. Sauf quelques jeunes sur des mobylettes.

haut Atlas palmeraie

La route surplombe la palmeraie. Pour la touriste c’est toute une fête des couleurs : vet foncé des palmiers, gris-vert des oliviers, jaune et orange des grenadiers et même de quelques peupliers sur els bords de la rivière.

Au village d’Afensou, Tami gare la voiture à la fin du ruban de ciment qui tient lieu de route. Franchissant une porte, nous sommes dans la cour d’une grosse maison rouge – inhabitable après le tremblement de terre. Les gens vivent dehors sous des tentes en tout genre : blanches carrées, des abris cubiques faits de bâches plastiques renforcées par des roseaux et des canisses. On a aussi installé des préfabriqués en dur (genre Algéco). La terrasse du restaurant est en plein air : canapés tables. La cuisine est dans un cubé évidé auquel il manque la façade. C’est là que Tami emmène les touristes déjeuner. Mais je n’ai pas prévu de m’arrêter et cela arrange bien le guide qui a des clients plus tard dans l’après-midi. Après les salutations d’usage, nous quittons les femmes du restaurant, jeunes et souriantes, passons au ras des algécos et traversons un verger d’oranges. Tami m’en cueille une pour m’en faire cadeau. Nous cheminons sur de petites levées qui limitent les champs de luzerne. Certaines parcelles ne sont pas cultivées. Je remarque des rangées de piments (pour la harissa) un rang de des rangs de pois et des pommes de terre. L’eau court dans de petites rigoles. Le séisme a fait naître de nouvelles sources. L’eau est partout, joyeuse effaçant un peu le tragique des ruines. J’avais imaginé des rangées de tentes comme dans les camps de réfugiés, ici on bricole un abri dans son jardin, ses champs ou les oliveraies et la vie continue. Ils doivent avoir bien froid la nuit !

Le sentier passe sous des oliviers centenaires. Une trace de peinture bleue indique que les olives de cet arbre sont à la disposition de la communauté en l’absence de son propriétaire. Encore la solidarité villageoise s’exprime. On ne peut pas imaginer qu’il en soit autrement : comment vivre si la maison est écroulée dans les deuils et les ruines s’il n’y a pas d’entraide entre voisins.

Le circuit de la promenade arrive à un point de vue au-dessus de l’oued. L’eau est canalisée à mi-hauteur dans des seguias cimentées ressemblant aux levadas de Madère. On descend ensuite dans le lit du torrent tapissé de galets colorés – mes préférés sont les verts. Dans l’eau des plantes à feuilles rondes ressemblent à du cresson : Véroniques des Ruisseaux selon Plantnet. A mon habitude, je rcense les plantes rencontrées : la vigne qui a grimpé sur les branches d’un grand arbre, des caroubiers, des grenadiers avec de minuscules grenades séchées, des figuiers bien verts près de l’eau. Un pistachier lentisque – le premier vu depuis notre arrivée (à nos autres voyages au Maroc, ils étaient très communs), des ronces, de la salsepareille. Les villageois ont abandonné de très grosses courges de près d’un mètre de long sur le bord des chemins.

Haut Atlas oued séguias

Trois jeunes gens sont venus pique-niquer sous les oliviers ; Ils montent une caméra sur un trépied. Tami les interpellent. Ils préfèrent parler Anglais plutôt que Français, l’un d’eux apprend l’Allemand pour étudier en Allemagne. Tami prend des cours de langue en ligne. Encore une fois, je constate la régression de la langue française, pas Tami qui voit la solution des études  au Canada. Je butte sur un emballage rouge : du malathion. On a beau cultiver à la houe ou faire tirer la charrue par un âne, les légumes et les fruits ne seront pas bio pour autant !

Fin de la randonnée : nous retournons au restaurant. Les deux femmes nous offrent du thé à la citronnelle, froid mais délicieux.

Sur la route du retour, Tami prend en stop une veuve dont le mari a trouvé la mort dans le séisme qui va à Agadir chez sa fille pour réclamer les aides qui tardent à arriver. Je ne comprends rien de ce qu’elle raconte mais elle a l’air très remontée.

Retour au gîte à 15h15, Tami va prendre en charge ses autres clients. 8oo dirham pour une demi-journée c’est quand même bien cher !

 

 

 

 

Métro – Le Grand Paris en Mouvement – Cité de l’Architecture

Exposition temporaire du 8/11°2023 au 2/6/2024

maquette de la Gare de Saint Maur Créteil

Le chantier de la Ligne 15 passe tout près de chez moi. Derrière les palissades, impossible de deviner tout le remue-ménage  A la station Créteil-Echat les travaux sont gigantesques, mais bien cachés. J’attends avec impatience la mise en service de la ligne qui me permettra de rejoindre en 15 minutes le Pont de Sèvres et l’Ouest de Paris. Actuellement il me faut près de 2 heures. On nous l’avait promis pour les Jeux Olympiques, mais il ne faut pas rêver! 

Partisane des transports en commun, détentrice du Pass Navigo, je milite depuis longtemps pour l’évitement des déplacements en voiture individuelle en ville (sauf pour ceux qui n’ont pas le choix, handicapés ou secours d’urgence, médecins…)

Très motivée donc pour aller voir l’exposition au Trocadéro.

la partie 1  est historique et nous renvoie 150 ans en arrière, aux pionniers du métro à Londres 1863, à un très curieux métro pneumatique à New York 1870-1874, aux projets variés de métro suspendus ou Elevated Railway d’Edison …

A Paris, c’est l’Exposition Universelle de 1900 qui a lancé le Métropolitain de Fulgence Bienvenüe, la ligne 1, alors Porte Maillot-Vincennes fur mise en service en juillet 1900. L’exposition présente alors photos des travaux, plans, maquettes. Des prouesses techniques sont expliquées comme le franchissement de la Seine avec la méthode du bouclier(1927-1931).Le sous-sol de Paris est déjà très occupé par les égouts mais surtout par de nombreuses carrières. Les ingénieurs ont du composer avec les difficultés. 

les travaux du creusement de la ligne 1 rue de Rivoli

Les carrières de Gypse autour des Buttes Chaumont exigèrent des prouesses techniques pour la Station Danube : des piliers furent alignés le long de la Rue du général Brunet pour asseoir la ligne sur des sédiments solides. La station Abbesses si profonde qu’on l’a surnommée « abysses ». A Opéra 3 lignes passent dans des alluvions imbibées d’eau des plafonds métalliques doivent séparer les lignes, jolie maquette.

Le Réseau Express Régional (RER) entre en service en 1965

la partie 2 : Le Grand Paris Express

en projet 200 km de lignes automatiques et 68 gares

Un travail titanesque avec une quantité de déblais de 47 millions de tonnes Nous voyons circuler ces camions bâchés remplis de sédiments. Où vont-ils?

L’exposition présente deux projets : une œuvre de Land art : Les Yeux vus du ciel à Villeneuve-sous-Danmartin (77)  Immense Géoglyphe que les passagers des avions atterrissant à Roissy peuvent déjà deviner. Vous avez dit Land Art? 

La Fabrique Cycle Terre à Sevran utilise les déblais pour fabriquer des matériaux de construction géosourcés en fabriquant des blocs de terre comprimés destinés au bâtiment.

Les escalators de la Gare deVitry, on descend dans une grotte

L’Archipel présente une sélection de 16 gares avec maquettes, panneaux, photos. Chacune a été conçue en tandem Architecte-artiste, intégrant la gare dans le paysage, dans l’activité et l’histoire du quartier. j’ai cherché celles des stations proches Saint Maur-Créteil, Vitry, Créteil l’Echat

Vitry fresque

J’attends avec l’impatience le moment où je pourrai découvrir toutes ces gares avec les œuvres d’art associées!

En attendant je vous propose une lecture : Les Passagers du Roissy-Express de François Maspéro.

 

 

La Vallée des Lazhars -Soufiane Khaloua – Agullo

LIRE POUR LE MAROC

Amir, fils d’immigrés marocain arrivés en France dans les années 60, raconte à sa petite fille l’histoire de la famille marocaine de son père : il choisit une anecdote : l’histoire d’Haroun Ayami, son cousin préféré, son presque jumeau.

Amir n’est pas retourné au bled depuis 6 ans. Jeune adulte, il retourne dans la Vallée des Lazhar, non loin d’Oujda, près de la frontière algérienne. ll comprend assez d’arabe pour la vie quotidienne mais est incapable de soutenir une conversation. Il a aussi perdu les codes sociaux qui régissent les rapports familiaux, qui saluer, qui embrasser…

« C’était une des incohérences de notre situation, quand nous allions au pays, l’été. En un mois, on s’habituait aux gens, on devenait proches d’eux, comme s’ils faisaient partie de nos vies, comme si on faisait partie des leurs.
En réalité, ça n’était pas le cas. Chaque été, on les retrouvait changés, ils avaient évolué, nous aussi, et l’on devait s’adapter comme si l’on rencontrait de nouvelles personnes. Je ne pouvais pas faire entièrement partie de la vie des Lazharis, parce que la vie, c’était ce qui s’écoulait entre mes séjours ici, en mon absence. »

Sa cousine Farah se marie, ce mariage va réunir les deux clans ennemis : les Ayami et les Hokbani qui se partagent les terres de la Vallée des Lazhars. Ayami et Hokbani se jalousent se haïssent, rivalité dont la raison s’est perdue dans la nuit des temps. Les fêtes réunissant ces deux clans se déroulent sous tension. L’hospitalité traditionnelle dicte ses lois, mais la moindre étincelle risque de déclencher la catastrophe.

« Cette hospitalité est notre unique titre de noblesse. Elle nous permet de haïr sans jamais en venir au meurtre. Les Ayami ont cette noblesse, et les Hokbani aussi. C’est ça, être lazhari. »

L’arrivée d’Haroun, disparu depuis 3 ans, frère de la mariée, le cousin préféré d’Amir, va transformer les vacances pour Amir. Fasciné par le jeune homme séduisant, beau garçon, danseur, souvent provocateur, le jeune franco-marocain va retrouver sa place dans les rapports familiaux à la suite de son cousin.

Amir est aussi fasciné par une jeune fille Hokbani, Fayrouz. Il devient le rival d’Haroun amoureux de Fayrouz depuis le lycée. Je vous laisse découvrir cette histoire d’amour sans divulgâcher…

Recherche d’identité pour ces franco-marocains, transmission familiale, histoire d’amour, traditions rurales. Des thèmes forts qui forment la trame de ce roman très agréable à lire.

L’Argent – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t18

Si je ne m’étais pas lancé le défi de lire tous les livres des Rougon-Macquart dans l’ordre j’aurais abandonné au milieu L’Argent qui n’est pas à la hauteur de La Bête Humaine (t.17) ou de Germinal que j’ai lus récemment. 

Le héros est Saccard, le frère du puissant ministre de Napoléon III (Son Excellence Eugène Rougon).  J’ai assisté à son ascension dans La Curée spéculant sur la construction du Paris haussmannien, maître d’un hôtel particulier au Parc Monceau, mari de Renée qui a pris pour amant son fils Maxime. Je le retrouve ruiné, veuf à nouveau, locataire de la Princesse d’Orviedo, rue Saint Lazare. 

La princesse, dévote, dilapide sa fortune (mal acquise par son mari) en œuvres de charité. Elle loue un appartement à Madame Caroline et son frère, l’ingénieur Hamelin qui reviennent du Proche Orient.

Saccard, à l’affut d’un nouvel élan  pour rebondir, va se saisir des projets de l’ingénieur :  développement des transports (compagnies de paquebots unies dans la Méditerranée, réseau ferroviaire dans l’empire ottoman, exploitation d’une mine d’argent au Carmel. Et pour financer cette entreprise colossale : il fonde une banque La Banque Universelle.

Saccard organise une énorme spéculation boursière. Occasion pour Zola de nous expliquer en détail comment fonctionne la Bourse de Paris, bâtiment, corbeille, coulisse, boursiers, agents de change, remisiers, coursiers, mais aussi toute une faune « pieds humides » récupérant les valeurs déclassées. Le lecteur apprend tous les mécanismes haussiers, baissiers, le « jeu » des spéculateurs. Ce serait passionnant, mais c’est aussi long, répétitif.

 » il avait contre le juif l’antique rancune de race, qu’on trouve surtout dans le midi de la France; et c’était
comme une révolte de sa chair même, une répulsion de peau qui, à l’idée du moindre contact, l’emplissait de
dégoût et de violence, en dehors de tout raisonnement, sans qu’il pût se vaincre. Mais le singulier était que lui, Saccard, ce terrible brasseur d’affaires, ce bourreau d’argent aux mains louches, perdait la conscience de lui-même, dès qu’il s’agissait d’un juif, en parlait avec une âpreté, avec des indignations vengeresses d’honnête homme, vivant du travail de ses bras, pur de tout négoce usuraire. Il dressait le réquisitoire contre la race, cette race maudite qui n’a plus de patrie, plus de prince, qui vit en parasite chez les nations, feignant de reconnaître les lois, mais en réalité n’obéissant qu’à son Dieu de vol, de sang et de colère; et il la montrait remplissant partout la
mission de féroce conquête que ce Dieu lui a donnée, s’établissant chez chaque peuple, comme l’araignée au
centre de sa toile, pour guetter sa proie, sucer le sang de tous, s’engraisser de la vie des autres. Est-ce qu’on a
jamais vu un juif faisant œuvre de ses dix doigts? est-ce qu’il y a des juifs paysans, des juifs ouvriers? Non, le
travail déshonore, leur religion le défend presque, n’exalte que l’exploitation du travail d’autrui. Ah! les gueux!
Saccard semblait pris d’une rage d’autant plus grande, qu’il les admirait, qu’il leur enviait leurs prodigieuses
facultés financières, cette science innée des chiffres, cette aisance

 

Surtout, cédant aux préjugés de l’époque, de longs paragraphes antisémites sont insupportables. Comment, Zola, l’auteur de J’Accuse, le défenseur de Dreyfus a-t-il pu écrire de telles horreurs? Et moi, lectrice du XXIème siècle, même en contextualisant dans l’époque, suis-je obligée de m’infliger de telles lectures? J’hésite à poursuivre la lecture. Mais je veux comprendre.

Chronologie : L’Argent a été publié en 1891, Dreyfus condamné en 1894, J’accuse 1898. Dès Mai 1896 il avait publié un article Pour les juifs.

Zola, écrivain naturaliste, ne met pas de gants quand il raconte une histoire, il fait parler les blanchisseuses crûment ou les ouvriers comme des ouvriers, les prostituées  comme des prostituées, soucieux de vérité. Si l’antisémitisme caractérisait le vocabulaire des contemporains vivant autour de la Bourse il ne va pas édulcorer leurs propos. 

Par ailleurs, l’opposition entre  la « banque juive » la Banque Universelle de Saccard se présentant comme banque catholique, même catholique-ultra quand Saccard s’oppose à son frère est le ressort de l’action, le ressort de la bataille boursière qui va conduire à la spéculation effrénée puis à la faillite de la Banque Universelle. Le dévot et naïf Hamelin voit dans l’entreprise au Proche Orient une sorte de Croisade avec pour but final le couronnement Jérusalem du Pape (rudement secoué à cette période par les guerres italiennes et l’unification de l’Italie) . Pour réunir des actionnaires modestes, Saccard va jouer sur la fibre catholique et l’opposition aux financiers juifs. Les petits porteurs qui seront finalement ruinés croyaient faire acte de dévotion en consacrant leurs économies à la Banque Universelle. 

C’était la nouvelle Croisade, comme elles disaient, la conquête de l’Asie, que les croisés de Pierre l’Ermite et de Saint Louis n’avaient pu faire
,

 

Et la croisade des femmes surtout triomphait, aux petites réunions intimes de cinq heures, aux grandes
réceptions mondaines de minuit, à table et dans les alcôves. Elles l’avaient bien prévu Constantinople était prise, on aurait bientôt Brousse, Angora et Alep, on aurait plus tard Smyrne, Trébizonde, toutes les villes dont l’Universelle faisait le siège, jusqu’au jour où l’on aurait la dernière, la ville sainte, celle qu’on ne nommait pas,

L’histoire, c’est celle de Saccard, personnage odieux, mais c’est surtout celle de l’Argent corrupteur, l’Argent et le « jeu » qui dénature les relations humaines qui fait refuser aux Maugendre de donner à leur fille Marcelle quelques centaines de francs qui empêcheraient la saisie par les huissiers du mobilier du ménage, qui fait rater le mariage de Nathalie par son père espérant un gain plus important…qui fait perdre toute raison critique à des personnes pourtant incorruptibles comme la Princesse Orviedo ou l’ingénieur Hamelin.

Madame Caroline, garde un moment ses distances avec l’Argent corrupteur

« Ah! l’argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur, qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse,
l’amour des autres! Lui seul était le grand coupable, l’entremetteur de toutes les cruautés et de toutes les saletés humaines. A cette minute, elle le maudissait, l’exécrait dans la révolte indignée de sa noblesse et de sa droiture de femme. D’un geste, si elle en avait eu le pouvoir, elle aurait anéanti tout l’argent du monde, comme on écraserait le mal d’un coup de talon, pour sauver la santé de la terre. »

la réponse de Saccard aux objections de Caroline :

« Comprenez donc que la spéculation, le jeu est le rouage central, le cœur même dans une vaste affaire comme la nôtre. Oui! il appelle le sang, il le prend partout par petits ruisseaux, l’amasse, le renvoie en fleuve dans tous els sens, établit une énorme circulation d’argent qui est la vie-même des grandes affaires »

Il compare la spéculation boursière au sexe, nécessaire à la reproduction humaine…

La fin est inéluctable, le lecteur attend que la bulle boursière éclate, il y a peu de suspens, on se demande seulement comment cela arrivera!

Taroudant : Palais Claudio Bravo

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Loggia avec vue sur le Haut Atlas

Sur le conseil de Claude, notre hôte aux Trois Paons, nous allons visiter le Palais Claudio Bravo, proche de Taroudant. Ignoré par nos guides, c’est une belle découverte à une petite demi-heure de route.

Nous contournons les Remparts de Taroudant fortifiée par les Saadiens au XVIème siècle, maintes fois restaurés, endommagés récemment en septembre 2023 avec le séisme. Ils valent à Taroudant le surnom de « petite Marrakech », beaucoup plus calme, cependant. Nous prenons la direction du nord sur une large avenue bordée de palmiers qui traverse des quartiers neufs. Le palais se trouve à 8 km sur la route de Tamaloukt, un peu à l’écart.

Le palais a été construit sur un domaine de 75 ha, entre 2002 et 2004 par le peintre chilien Claudio Bravo (1936 Valparaiso – 2011 Taroudant).

La visite est guidée (200 dh) et dure deux bonnes heures.

Pavoisée aux couleurs de l’Espagne, du Maroc et du Chili,le  palais aune silhouette de Kasbah, une grosse tour carrée et de hauts murs de pisé.  Dans l’entrée, deux grands portraits de Hassan II et Mohamed VI accueillent le visiteur. Ce ne sont pas des photographies mais des dessins de Claudio Bravo (fac-similés, les originaux sont à Rabat). A s’y méprendre. Ce premier contact avec le plasticien donne une idée de l’artiste : portraitiste virtuose, hyperréaliste.

Claudio Bravo ; autoportrait

Après le décès de Claudio Bravo, le palais a été transformé en hôtel de luxe qui se visite. Je ne verrai pas la Suite Farah Diba, ni la suite Chirac qui sont occupées par des clients. Farah Diba et Jacques Chirac ont été des hôtes du peintre, ainsi que Tahar Ben Jelloun…Suites, chambres s’organisent autour de plusieurs patios, l’un d’eux contient une belle piscine, dans les autres des fontaines jaillissent me faisant penser à l’Alhambra, avec des massifs fleuris en ce moment des lantanas mauves. On peut loger dans ce Palais des Mille et Unes Nuits pour un prix presque raisonnable si on choisit les chambres que le peintre destinait à son personnel (dignes d’un 4*), une piscine presque olympique (40 m) était aussi conçue au personnel.

 

Visiter un hôtel ? Plutôt un musée. Dans chaque pièce sont présentées les œuvres du peintre (souvent des copies, les originaux ont leur place dans des musées).

claudio Bravo : Paul Bowles

Claudio Bravo était un portraitiste hyperréaliste mais aussi inspiré de Velázquez qu’il a étudié au Prado à Madrid, influencé par Dali dont on retrouve par flash la parenté. Il s’installe e, 1972 à Tanger où il fréquente Paul Bowles dont le portrait est exposé. Du Maroc, il exalte (comme beaucoup) la couleur.

Etonnant contraste entre ses dessins de précisions aussi vrais que des photographies, les planches anatomiques ou études d’animaux, ânes, mouton de l’Aïd aux pattes liées et ses tableaux de natures mortes rappelant Morandi. Etranges tableaux grand formats de paquets ficelés, emballages ou sacs de papier kraft qu’il décline seuls ou par diptyques et triptyques. Sans oublier ces marocains, en djellabas, burnous, capuchons, en prière…Tout cela me fait aussi penser à l’a peinture espanole et à Zurbaran, en cherchant sur Internet je découvre un Agnus Dei (1640) pattes liées, comme l’agneau de l’Aïd, les burnous ressemblent aussi au Saint François encapuchonné.

C’est donc une œuvre très riche et très variée que je découvre aujourd’hui.

Claudio Bravo,  collectionneur, m’a encore plus séduite que le peintre. Son palais recèle des trésors : meubles marquetés, incrustés de nacre ou d’ivoire des meilleurs artisans marocains, syriens, iraniens ou indiens. Miroirs prodigieux dans lesquels se reflètent les tableaux du maître ou d’autres trésors ; perpétuelle mise en abyme dans les arches marocaines des fenêtres, les perspectives de couloirs, de patios. Curiosités comme cette chaise de circoncision juive, ces sculptures dogons, les têtes romaines, même des colonnes provenant de Volubilis. « Comment peut-on prélever des colonnes de Volubilis ? », je m’indigne, « quand on est riche, on peut ! » me répond le guide. Collectionneur de fossiles.

meulbles indiens

A l’étage, la vue sur l’Atlas est extraordinaire. Un salon est installé pour le contempler à l’aise ;

Le séisme de septembre 2023 a fait des dégâts. Les ouvriers sont encore au travail, les fissures visibles ; C’est un miracle que tous ces objets merveilleux n’aient pas été cassés.

En 2006, Claudio Bravo a fait construire un mausolée. Il avait prévu d’abriter une collection de céramique. Après son décès dans son atelier (qu’on a visité tel qu’il était le jour de son trépas) il repose dans le mausolée.

Claudio Bravo : mausolée

Plus loin, dans les jardins – agrumes et oliviers – comme autour de La Menara de Marrakech, il a fait une réplique du bassin et du pavillon de La Ménara. C’est ici que les clients du restaurant sont servis. C’est aussi là qu’on nous offre le thé.

Retour dans la médina de Taroudant : j’achète des kakis, bananes et clémentines.
Nous profitons de la fin de l’après midi aux Trois paons.

Pour dîner, sardines grillées, poivrons, aubergines haricots verts sautés. Gâteau à l’orange et salade de fruits