Taroudant : Les Trois paons

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Googlemaps nous conduit dans les faubourgs de Taroudant sur des routes défoncées dans des quartiers improbables. Les blocs de maisons sont séparés par des terrains vagues qui seraient des terres cultivées si la terrible sècheresse n’avait pas anéanti la végétation. On voit des séguias, canaux de ciment en tubes coupés par moitié, reposant sur des supports. L’eau ne circule plus depuis longtemps. La route est en mauvais état avec des nids de poule énormes, le goudron disparaît même sur des tronçons. Et pourtant, sur le bord de cette route était l’hôtel mythique de la Gazelle d’or où Jacques Chirac avait ses habitudes, Catherine Deneuve et d’autres membres de la jet-set. Piscine, écuries, courts de tennis, rien ne  manquait. Il est fermé depuis de nombreuses années. On devine derrière le mur rouge le vaste domaine.

Nous nous laissons guider   jusqu’à un grand mur, un portail de fer : notre nouveau gîte, les Trois Paons.

Abdou, très grand, de type africain, nous conduit à notre gîte par des cheminements sinueux de ciment laqué de rouge à travers un grand jardin qui fut précédemment une oliveraie  structuré par un paysagiste et un architecte dans un très bel ensemble du bâtiment des propriétaires, de deux villas et de petites dépendances. Aloès, agaves, cactées forment des massifs tandis que les bordures des chemins sont faites de romarin et autres feuillus.

La grande maison aux hautes et larges baies s’ouvre sur une étroite et longue piscine à l’eau claire et à la mosaïque verte. C’est la maison de Claude et Isabelle, nos hôtes. Deux pavillons accueillent les clients. La nôtre « les Oliviers » est précédée d’une terrasse couverte par des canisses meublée d’un canapé profond et d’une table basse pour le thé. Une table métallique avec d’élégantes chaises en fer forgé se trouve un peu plus loin, à l’écart, au soleil, deux lits de plage sur lesquels on a posé des chapeaux de paille bienvenus sous le soleil du Sud marocain. Dans le pavillon, il y a une grande chambre avec un grand lit au couvre-lit vert, un tapis vert, un pouf vert. Toute l’huisserie et les boiseries sont en bois tourné et travaillé,  laqué en vert olive. Deux paniers contiennent serviettes et pagnes pour la piscine pour une saison plus chaude. La porte arrière est en palmier.

Dans la salle d’eau,  tadelakt vert, très classe pour les murs, la douche et même le lavabo qui semble creusé dans la pierre. Une profusion d’accessoires : shampoing, savons, lait pour le corps. Une curieuse poterie joue le rôle de pierre ponce.

Il y a aussi une deuxième chambre que nous n’utiliserons pas, possibilité pour une famille de venir avec des enfants, ou un groupe d’amis.

Dans le jardin, trois paons en liberté, le paon bleu et deux paonnes une grise et une blanche ont donné le nom au riad.  Il y a aussi des tortues qui ne sont pas aussi discrètes qu’on l’imaginerait, bruyantes quand elles se cognent pour se battre ou pour copuler ?

La salle à manger se trouve dans une sorte de cabane en canisses. Un « petit souk » est aménagé où l’on peut acheter des poufs, sacs, poteries, souvenirs variés. Trois tables avec des nappes de couleur vive et de la vaisselle en céramique très jolie.

Nous n’avons pas l’impression d’être « à l’hôtel », plutôt invitées dans cette maison d’hôtes qui n’a que deux pavillons. Le personnel est très stylé, Abdou et deux femmes se déplaçant pour la moindre chose par trois mais l’ atmosphère est familiale. Nous fêterons le Réveillon de la Saint Sylvestre tous ensemble, avec Claude, Isabelle et sa mère, leurs amis, la famille d’Abdou, les enfants…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas de Ajar – monologue contre l’Identité – Delphine Horvilleur

LITTERATURE FRANCAISE

Rothko – rouge

« À travers Ajar, Gary a réussi à dire qu’il existe, pour chaque être, un au-delà de soi ; une possibilité de refuser cette chose à laquelle on donne aujourd’hui un nom vraiment dégoûtant : l’identité. »

Depuis que j’ai lu Vivre avec nos morts   je suis fan absolue de Delphine Horvilleur dont je connais la voix avec les podcasts de Radio France. 

Ses prises de position sur l’Identité vont à contrario des tendances actuelles où chacun se définit selon un séparatisme inquiétant justifiant les censures les plus inquiétantes quand ce ne sont pas les pires violences.

« Qui veut réaliser la volonté de Dieu ? Qui ? Qui veut venger l’honneur du prophète ? Qui veut évangéliser
l’Amérique ? Qui veut poser des petites maisons en Cisjordanie ?… Qui ? Et soudain, on est entouré de gens qui ne manquent pas d’air : une foule de gens hyper-connectés à la volonté de Dieu, qui savent parfaitement te l’interpréter comme s’ils faisaient partie de Sa garde rapprochée. »

Delphine Horvilleur a choisi un angle d’attaque original : le cas Ajar/Romain Gary  pour démontrer les identités multiples. Romain Gary lui parle personnellement 

Depuis des années, je lis l’œuvre de Gary/Ajar, convaincue qu’elle détient un message subliminal qui ne s’adresse qu’à moi.

Personnellement j’ai aimé La Vie devant soi et la Promesse de l’Aube, mais je ne fréquente pas avec autant de constance les œuvres de Gary/Ajar. J’ai donc suivi Delphine Horvilleur avec beaucoup d’intérêt mais il faudrait que je relise Gary.

Ensuite, sûrement je reviendrai à Il n’y a pas d’Ajar qui est un texte concis mais très profond. Et même si on ne lit pas Romain Gary, tout ce qui traite de l’Identité ou plutôt « contre l’identité » est absolument essentiel par les temps qui courent. 

La vérité sort de la bouche du cheval – Meryem Alaoui

LIRE POUR LE MAROC

Amateurs de chevaux, courses hippiques, fantasias, ou galops sur la plage, passez votre chemin, ce roman n’est pas pour vous.

En revanche, c’est une bonne lecture à glisser dans la valise ou à télécharger sur la liseuse avant de partir pour le Maroc.  Vous aurez un point de vue très décalé, la vie dans des quartiers de Casablanca que les touristes ne visitent pas.

« je m’appelle Jmiaa, que j’ai trente-quatre ans, une fille, et que pour vivre, je me sers de ce que j’ai. »

L’héroïne du roman, Jmiaa est prostituée. Les conditions matérielles dans lesquelles elle vit laissent à désirer, sordides, qu’elle partage avec d’autres filles. Jmiaa fait face et ne pleurniche pas. Elle fait preuve de force de caractère, d’ingéniosité.

Jiaa, jeune fille, est tombée amoureuse d’un garçon de son âge, elle a fait un mariage d’amour, qui a très mal tourné. Alcool, drogues, abandon…Malgré les souteneurs, malgré les addictions, Jmiaa affronte la vie avec un appétit de vivre étonnant.

« Les gens, ils disent que ce n’est pas bien de rire autant. Ils disent que si tu ris comme ça, c’est que Satan n’est
pas loin. Qu’il a profité de ton inattention pour t’approcher. Qu’il se tient prêt à bondir. Moi, ce que je dis, c’est que ceux qui racontent ça, ce sont des complexés à deux balles. Ils font ça parce qu’ils s’emmerdent dans leur vie et qu’ils veulent que tout le monde vive comme eux, dans la misère. »

Un jour, une cinéaste, lui demande de raconter son histoire, et c’est une histoire passionnante. les deux femmes deviennent amies….

 

Les tribulations du dernier Sijilmassi – Fouad Laraoui

LIRE POUR LES MAROC

Incipit :

« Un jour alors qu’il se trouvait à trente mille pieds d’altitude, Adam Sijilmassi se posa soudan cette question  » Qu’est-ce que je fais ici? »

Adam Sijilmassi, rentre de mission commerciale en Asie du Sud-Est à  bord d’un Boeing ; il a une sorte d’épiphanie.

« Adam se rendit compte que son père non plus n’était jamais allé plus vite que le pur-sang du hadj Maati. »

« Pourquoi cette hâte grands dieux? »

Et il décide de ralentir, d’aller à pied chez lui, de l’aéroport à Casablanca, il démissionne de son poste de cadre prometteur puis rentre dans son village natal d’Azemmour.

Ce livre publié en 2014, primé Goncourt des Lycéens et prix Giono à sa parution, était passé sous mes radars. C’est plutôt le Confinement qui m’a fait réfléchir sérieusement à ralentir et plus précisément à réfléchir avant de prendre l’avion.

Cette remise en cause de la vitesse du monde contemporain s’accompagne d’une recherche d’identité. Avec la perte de son emploi, il est mis à la porte de son logement de fonction ce qui entraine aussi la séparation d’avec son épouse.

 

Ce n’est pas toi que j’ai épousé, ô âne, c’est l’Office des bitumes du Tadla ! »

Mais ce n’est pas toi que j’ai épousé, crétin ! Ce n’est pas toi ! C’est ton salaire, c’est l’appartement, le gardien,

Sa famille le croit fou, dépressif. La consultation chez le psychiatre est très amusante deux ancien élèves du Lycée Lyautey, s’expriment en français, citent les meilleurs auteurs, cela commence par Knock dit par Jouvet, puis

 « Si je comprends bien, vous vivez dans une sorte de purée de mots… ou, plutôt, il y a une grille de mots ou
d’expressions, tous tirés de la littérature française, entre vous et le monde ? En l’occurrence, entre vous et votre
pays, votre famille… »

Dans sa recherche d’identité, ce marocain post-colonial va chercher dans la tradition arabe de nouvelles références 

« en tant que Marocain postcolonial qui rejette l’Occident et la vitesse ?… qui veut revenir au rythme de vie de ses ancêtres »

Oublier Matisse et Delacroix, oublier Voltaire... et retourner à Azemmour dans le Riad des Sijilmassi, où ne vit qu’une vieille tante qui a recueilli une orpheline. Dans une pièce sont entassés des livres anciens tout le savoir arabe que ses ancêtres ont accumulé. Hayy Ibn Yaqzân d’Ibn Tufayl (XIIème siècle) Averroes….Tout un programme de philosophie….

Un ingénieur cloîtré dans un riad en ruines attire la curiosité, la méfiance des autorités. Il se voit épié par les voisins et la police. Le retour aux origines est hautement suspect! Un bruit court que le Dernier des Sijilmassi serait une sorte de saint, que l’eau du puits (à sec) serait miraculeuse. Tout un trafic s’organise avec la bénédiction de la police….Et si on pouvait aussi en tirer un bénéfice pour les élections…

C’est un livre très amusant, une satire des mœurs du Maroc. Je me suis retrouvée riant à haute voix . Autant les deux autres livres de Fouad Laraoui lus lors d’autres vacances au Maroc m’avaient bien diverti sans laisser de souvenir impérissable, Autant Les Tribulations du dernier des Sijilmassi est une vraie réussite!

 

De Tafraout à Taroudant par les petites routes : rencontres

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Nous avons repris la route de la Vallée des Ammeln; Comme nous ne réussissons pas à visualiser  la Tête de Lion Dominique demande à la policière du barrage routier t : elle photographie le sommet et nous le montre sur l’écran de son téléphone.

Nous quittons la route d’Agadir (R105) pour la R106, route de Tata jusqu’à Ait Abdallah où nous trouvons la très petite P1723, très étroite, très tortillante.

Nous allons y rencontrer beaucoup plus de piétons que de voitures. Le plus souvent des femmes courbées sous un fagot plus haut qu’elles qu’elles portent avec un bandeau sur leur front. Caravanes d’ânes bâtés, chargés de bidons allant ou revenant du puits. Chargés d’énormes ballots de foin que je prends de photo de dos de l’intérieur de la voiture. Photos volées, mais comment faire autrement, elles ne parlent pas français et souvent pas arabe non plus.

Dans un village, je suis descendue pour photographier de vieilles maisons. Une femme descend avec son bébé à califourchon sur l’âne. Je lui demande la permission de la photographier, étonnamment elle est d’accord, mais pas avec l’âne qu’elle repousse violemment de côté. Aux puis trois femmes puisent de l’eau pour remplir des bombonnes. Elles me montrent le puits mais pas de photos ! Le berger qui conduit ses moutons est ravi quand je lui montre son portrait. Il rigole puis demande « chouia » pour manger. Si j’avais su j’aurais pris mon temps pour mieux cadrer et le prendre de plus près.

La route traverse des collines pierreuses où il ne pousse rien. Des terrasses portent des amandiers  plantés régulièrement taillés, mais défeuillés< ; Avec cette sécheresse qui dure des années j’ai bien peur qu’ils ne meurent.

A Souktine Toufelaazet nous trouvons une épicerie ouverte et demandons du pain ; l’épicier n’en vend pas. Il charge un jeune qui trainait dans le coin d’aller à la boulangerie. Pendant que j’attend son retour je regarde les marchandises vendues à la hanout. Sur les étagères il y a un choix étonnant : des olives au détail, des conserves de thon et sardines, des pâtes, de l’huile de moteur, des télécommandes de TV, même des téléphones. Il n’a pas de pain mais il vend de tout. Comme il faut bien lui acheter quelque chose je prends des sablés dans une barquette au chocolat, au coco, glacés de sucre de différentes couleurs.

Pique-nique vers 13h : je fourre le pain de thon en boîte, un peu sec mais le pain est tout frais, délicieux. Deux mandarines. Les arganiers ici ont des silhouettes de bonsaï. Pas de cimier en forme de parasol mais des branches tordues avec des touffes vertes.

A 50 km de Taroudant, nous touchons le rebord de l’Anti-Atlas au-dessus de la plaine du Souss ; la descente est beaucoup plus longue que je ne l’imaginais avec des lacets serrés. Sur ce versant, les arganiers sont tous desséchés, un incendie géant les a-t-il tous cuits ? spectacle désolant.

Qui-vive – Valérie Zenatti – Ed de l’Olivier

Valérie Zenatti est la traductrice d’Aharon Appelfeld que j’apprécie beaucoup. Elle est aussi l’autrice de Une bouteille dans la mer de Gaza, et Dans le faisceau des vivants.

Depuis le 7 octobre, j’ai écouté sa voix sur l’appli Radio-France sur  Totemic de France Inter et sur France Culture dans La Nuit Rêvée, voix familière amicale d’une femme dont je partage la culture française, l’hébreu et le goût de la musique de Leonard Cohen.

Acheter Qui-vive dès sa sortie m’a paru une évidence.

J’ai donc suivi avec empathie le voyage de Mathilde, mariée, mère d’une adolescente, professeur d’histoire qui part sur un coup de tête en Israël.  Le décès  de Leonard Cohen quelques jours après la victoire de Trump (2016), les confinements puis la perte de son grand père, autant d’évènements démoralisants se cumulant, l’ont déstabilisée. 

En Israël, elle retrouve son cousin Raphy, qui évoque deux concerts de Léonard Cohen, en 1972 et  1973 disponibles sur YouTube : à Jérusalem,le chanteur a quitté la scène, avouant sa faiblesse, pendant la Guerre de Kippour devant des soldats au Sinaï. Occasion pour moi de réécouter Like a bird on a wire et Who by fire, loin enfouis dans ma mémoire. J’ai recherché sur Youtube les vidéos et les ai visionnées avec attention. 50 ans ont passé l’émotion demeure.  Les images violentes me semblent prémonitoires . Les paroles de Who by fire renvoient à la prière de Kippour. Rien n’est explicité dans le livre, mais tout est sous-jacent. Merci à Valérie Zenatti pour ces révisions; 

Au volant d’une voiture de location, Mathilde entreprend une virée vers le nord, Tibériade, au pied du Golan…road trip un peu limite .  Même en temps calme, la guerre n’est pas loin.

Son voyage se termine à Jérusalem, dramatiquement…non je ne spoilerai pas à vous de le lire. Et cette fin dramatique me renvoie à la réalité actuelle. 

Même si ce n’est pas le meilleur livre de cette autrice, cet ouvrage me parle. Et cela me suffit!

 

la Vallée des Ammeln et la Maison Traditionnelle berbère d’Oumesnat

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNE DE L’ANTI-ATLAS

maisons berbères

Suivant le Guide Vert p 446

A la sortie de la ville, route d’Agadir. Nous passons devant Tandilt où nous avions logé autrefois. A notre droite un massif granitique, le djebel Lkest culmine à 2374 m au dessus de Tafraout, surnommé La Tête de Lion.

Je passe un moment à dessiner la montagne. Ce n’est pas le résultat final qui compte. Le plaisir réside dans les observations consignées. Prendre le temps d’observer, chercher le cadrage, dessiner le plus exactement possible ou en raccourci, rajouter un arbre ou une maison pour combler un vide…Chercher à capturer un lieu, à me l’approprier, l’analyser, le saisir. Jouissance du paysage.

Lekst

Après le village d’Oumesnat, le haut minaret d’une mosquée monumentale dépasse du paysage. Un peu plus loin, un hôtel, tout aussi monumental loge le bureau des guides. Dans la Vallée des Ammeln, on voit grand : les maisons neuves peintes en rose, ont deux, parfois trois étages tandis que les maisons traditionnelles tombent en ruine.

Nous continuons la route dans un environnement quasi-désertique jusqu’à un col. Le relief change, s’adoucit. A un rond-point, la route de Taroudant que nous emprunterons demain ?

Le panneau « Maison traditionnelle » à Oumesnat nous indique une petite route jusqu’au cimetière. Sur la pente, les ruines du vieux village en terre qui s’effrite inexorablement. Un petit sentier y monte raide, je me perds dans les broussailles puis trouve l’entrée du musée.

Une visite guidée est en cours, je m’intègre à un groupe qui monte au premier étage.  J’ai loupé le rez de chaussée, étable ou bergerie, outils traditionnels. Au centre de la maison, la cuisine, surélevée et ouverte sur 4 côtés et au plafond. Surélevée, pour la sécurité des tout-petits qui ne s’approcheront pas du feu. La fumée du kanoun s’échappe par le plafond, on peut obturer l’ouverture en cas de pluie ou pour faire circuler la fumée pour faire fuir des insectes ou assécher les murs. La vaisselle est en poterie, plat à tagine simple rouge au couvercle bombé pour tous les jours, conique et vernissé de Tamgroute pour la présentation. Un bol incongru blanc orange t jaune vient de Sarreguemines, il a sa place au musée parce qu’on l’a soigneusement réparé avec de fines agrafes. La réparation est presque invisible. Les contenants tenant lieu de bouteille sont des courges. Il y a aussi une outre en peau de chèvre entière dont on voit les pattes pour garder le lait frais. Une outre pouvait aussi servir de baratte. Un trou communique avec le rez de chaussée : on y jetait les épluchures ayux animaux. Il n’y avait pas de poubelle. On ne jetait rien : on utilisait les os, une omoplate de mouton servait de spatule. Tous les jours, la famille consommait du couscous d’orge récolté sur place. La cuisson se faisait en trois étapes de 20 minutes dans la passoire de terre cuite sur la grosse marmite de terre en forme de jarre. Entre chaque cuisson, la graine était roulée dans un grand plat rond. Pendant le repas traditionnel, chacun mangeait sa part devant soi, le partage ressemblait à la pizza partagée en parts. « tu dis bismillah et tu manges sans parler » explique le conférencier.

maison berbètr : sèchage des dattes sur la terrasse

L’hiver, toute la famille comprenant trois ou quatre générations, dort dans le couloir autour de la cuisine sauf les enfants qui ont une pièce réservée. Filles et garçons chacun de chaque côté et au milieu la grand-mère pour les surveiller. Des berceaux garnis de laine sont suspendus au plafond du couloir. Le sol en terre battue était balayé et arrosé régulièrement pour éviter la poussière. Pour dormir, on déroulait les nattes et les tapis. Une pièce servait de réserve qui était un grenier collectif.

L’été on dormait sur la terrasse. Un voile protégeait les dormeurs de « coups de lune » ; le guide affirme que la lune fait saigner du nez. On faisait également sécher sur la terrasse les légumes et les dattes. Tout était conservé même les noyaux de datte qui favorisaient la conservation des restes de soupe ou des plats de la veille. Dans un coin, un abri pour le métier à tisser loin de l’agitation de la maison. La terrasse était l’espace des femmes. On y faisait également monter les invités pour montrer aux voisins qu’on recevait du monde, signe d’ouverture et de prospérité de la famille.

Les réceptions se faisaient dans une très belle pièce décorée de tapis et dont les coussins étaient disposés tout autour. Nous nous y installons pour la cérémonie du thé. L’au bout dans une bouilloire en cuivre sur un kanoun (aujourd’hui camping gaz) ; Sur un  plateau : les accessoires : la théière en argent, une boîte en argent pour le thé (Gunpowder, Chine). Un enfant apporte de la menthe fraîche mais le thé se boit aussi nature (pout les hommes) ou avec de l’absinthe. Le sucre est un gros cône qu’on casse avec un marteau. Ces pains de sucre pouvaient être des présents de mariage, cadeau toujours apprécié qui pouvait être troqué ou revendu à l’épicerie. La théière est rincée à l’eau bouillante une première fois au cas où de la poussière ou des insectes se seraient introduits. Puis c’est le thé lui-même qui est ébouillanté et purifié. Selon le guide ces purifications seraient des survivances chez les Berbères des coutumes des Juifs de la région. Le thé est ainsi versé mais on ne le boit pas, il est mis de côté. Le maitre de cérémonie du thé tapote chaque rameau de menthe sur le dos de ssa main, égouttant ainsi les feuilles qui ont été préalablement lavées chassant ainsi les insectes qui pourraient encore s’y trouver, aussi pour mieux exhaler le parfum.

Pendant que le thé infuse : démonstration de mode féminine. A Tafraout le voile est noir, brodé pour les fêtes, blanc pour le deuil. Les femmes mariées portent un bandeau sur le front. Des parures traditionnelles avec des cônes métalliques font ressembler la femme à la statue de la Liberté.

Le thé n’est pas encore prêt ; le maître de cérémonie y goûte pour être sûr de ne rien avoir oublié puis il « oxygène » le thé en le versant de très haut dans un verre qu’on reversera dans la théière. La mousse joue un rôle en capturant la poussière, elle filtre le thé.

Cette salle sert dans les grandes occasion, les mariages, les naissances, l’Aïd…

 

Le guide profite des demandes en mariage pour parler de la polygamie ; la femme est d’abord une aide pour le travail des champs, les soins aux bêtes, la cuisine, le linge. Pas étonnant que le mari ait besoin de plusieurs femmes !

Le soleil baisse, bientôt il fera nuit. Je laisse 40 dh et m’éclipse. Ce n’est pas poli mais il reste une bonne dizaine de km . Quand nous arrivons à Tigmi Ozro on allume les lampadaires

Bouchra a mis la clim réversible en chauffage. Pour dîner, soupe orange pommes de terre- potiron qui va bien nous réchauffer et des keftas dans de la sauce tomate.

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Le Poète de Safi – Mohamed Nedali

LIRE POUR LE MAROC

« Peuple borné peuple ignare,

À quoi sers-tu sur la Terre ?

Quel est ton rôle en ce monde ?

Tu n’inventes pas,

Tu ne crées pas,

Tu ne penses pas,

Ne vis même pas,

Ne laisse même pas les autres vivre en paix.

Ne vaut-il pas mieux que tu disparaisses,
Que tu redeviennes poussière?

Le monde n’en sera que plus beau,

L’Humanité plus heureuse.

Peuple borné peuple ignare,

Réveille-toi !

Sors de ta léthargie !

Reviens à la vie ! »

15 heures, ce n’est pas l’heure de l’appel à la Prière, et un curieux discours sort des haut-parleurs du minaret. Tandis que sur la place trainent deux bandes de jeunes « Les Egarés » et « Les Homo islamicus ». 

Moncef, le poète, a déclamé son poème et les homo islamicus commencent à le lyncher. Il doit sa vie aux policiers qui l’embarquent et le mènent à l’hôpital.

Le roman raconte comment le fils d’un marin pêcheur, mis au chômage par la raréfaction des sardines a quand même réussi sa licence en Lettres arabes, chômeur diplômé, tente de publier ses poèmes et de faire connaître ses œuvres.

« vue de la mer, Safi est une ville magnifique, avec ses remparts en moellons et ses donjons dominant le plateau de la ville ancienne, ses chemins de ronde, Bab Agrour, Dar Soltane avec, au beau milieu, son arbre amazonien, plusieurs fois centenaire, la colline des Potiers, ses fours en terre cuite et ses chapelles
sépulcrales, le Palais de la mer, ou plutôt ce qu’il en reste, les silos cylindriques du port, la falaise Amouni
érodée par les vagues, le quartier Sidi Bouzid surplombant la ville comme une forteresse inexpugnable »

C’est aussi une ode à sa ville, Safi, que nous avions inclue dans notre circuit. Circuit trop ambitieux que nous avons dû raccourcir, les distances sont longues au Maroc et il faut scrupuleusement respecter les limites de vitesse. Ce livre m’a fait regretter!

Ode aussi à la sardine,

« la sardine est à Safi ce que l’eau est aux plantes : un aliment vital, indispensable à son existence. »

Un roman très plaisant que je vous recommande!

Tafraout : les gorges d’Aït Mansour

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTIATLAS

Chaos granitique derrière le chapeau de Napoléon

9h30, arrêt-photo au chapeau de Napoléon. La route d’Aït Mansour est sur la gauche presque en face de la piste des Roches peintes. Elle s’élève très apidement en lacets très serrés sur la montagne granitique aux reliefs arrondis. Les grosses surfaces polies rondes sont ravinées de rigoles et ressemblent à de grosses écailles. Très peu de végétation à part les amandiers défeuillés. Je suis bien inquiète pour eux. La sècheresse les a-t-elle tués ? De rares bourgeons qui commencent à fleurir me rassurent. La floraison a lieu normalement en février. Le soleil est éblouissant. Impossible de cadrer les photos, je photographie au hasard et j’effacerai tout après.

Canyon gorges Aït Mansour

Nous parvenons sur une sorte de plateau avec des bosses proéminentes. Deux ou trois villages se tassent dans un creux. Puis la route redescend comme à la montée en épingles à cheveux. Heureusement nous sommes seules sur la route. Nous descendons dans un étroit canyon. Les lauriers roses soulignent le cours de l’oued avant qu’on ne voit de l’eau. Quelques palmiers aussi.

Gorges Aït Mansour

Dominique suit la route en voiture tandis que je marche, elle m’attend. Dans la palmeraie cette promenade est un enchantement dans la verdure, à l’ombre des palmes. La végétation est variée : palmiers, grenadiers, figuiers, caroubiers, arganiers qui donnent de l’ombre à de petits jardins clos. Les oiseaux et le murmure de l’eau m’accompagnent. Cette palmeraie est habitée : les maisons s’accrochent discrètement aux parois du rocher. Un restaurant panoramique est annoncé par un panneau mais il est bien caché. Au deuxième village, en face d’une petite épicerie tenue par des femmes en noir, il y a quelques tables d’un restaurant de plein air sous une tonnelle dans un jardin. Je commande une omelette berbère pour 13h.

La voiture fait un vilain bruit en sortant d’un parking. La roue avant droite est complètement à plat. Par chance, survient un jeune couple. Le jeune homme, Mohamed, grand et débrouillard change la roue en 5 minutes. Cette panne met fin à ma promenade enchantée. Nous rentrons directement à Tafraout au garage.

Mercredi, jour du souk à Tafraout. Il y a beaucoup de monde. A côté du souk j’avise un réparateur de cycles et de pneus. « Revenez dans une demi-heure » dit le vieux monsieur. Le prix ? cela dépendra de la crevaison. » 50 dh par trou ». Dit Bouchra notre logeuse. Effectivement « un trou, un clou, 50 dh » dit le vieux monsieur à qui je tends 100 dh qui m’en rend 50 dh. Le prix marocain !

La route d’Amtoudi à Tafraoute, Roches Peintes

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

La piste a été goudronnée, c’est une jolie route déserte dans la montagne où personne ne passe qui traverse des montagnes désertes. Nous passons sous deux greniers fortifiés les ruchers sont bien visibles, en dessous il y a juste un village de terre abandonné.

Juste après le village abandonné, vous avisons un terrain de foot et caché, un village de ciment bien habité. Sur le bord de la route les marchandises d’un droguiste sont étalées par terre.

Village abandonné

Nous montons dans un canyon, de plus en plus étroit. Sur le plateau des femmes avec des hottes et des baluchons portent des fagots de bois. Le GPS nous aide à trouver la bonne direction sur une route plus large passant par des villages entourés de terres labourées.

Village neuf

Igli a de grosses maisons en ciment. Nombreuses possèdent une éolienne et un petit château d’eau cubique, un mur entoure les vergers. Les arganiers ont disparu, à la place poussent des oliviers irrigués au goutte à goutte.

On se rapproche des montagnes pourpres, presque violettes, déchiquetées, pittoresques. Je m’arrête pour dessiner à Dar-el-Manouzi .

Des grosses maisons sont peintes en rose avec de jolis auvents de tuiles vernissées.

La P107 descend avec de nombreux virages. D’anciennes terrasses abandonnées.

En altitude, les arganiers ont disparu. Les amandiers sont défeuillés, est-ce leur tenue hivernale ou la sécheresse ? Les genets font de grosses touffes vertes.

Tafraoute

Tafraout

Je reconnais Tafraoute à ses roches granitiques, on passe près d’un vaste chaos avec d’énormes boules roses sur l’arène blanche et brillante.  Les rochers ont des formes bizarres. Le « chapeau de Napoléon » ressemble à un doigt levé de l’amont et à un bicorne côté de la ville

L’arrivée en ville est très soignée : haie d’honneur de palmiers et luminaires. Je suis un peu déçue par le centre-ville. Dans mon souvenir, c’était un village tranquille. Maintenant c’est une petite ville très touristique avec de nombreux hôtels, trois stations-service Afriqiah, 4 banques, des supermarchés puis tout le bazar habituel de quincaillerie et matériel de construction.

Notre maison d’hôte Tigmi Ozro est à l’écart. C’est une belle maison à l’arrière d’une courette fleurie. Bouchra, notre hôtesse me montre l’appartement qui est bien en rez de chaussée mais qui a des marches dont une à l’entrée de la salle d’eau mesurant 25 cm. Infranchissable. Le petit appartement est chaleureusement décoré avec de nombreux tapis dans les teintes rouge-orange. Une cuisine, une salle à manger et la chambre.

A peine installées, nous gagnons une des attractions de la région : Les Roches Peintes.

Roches peintes

Route P107, devant le Chapeau de Napoléon puis à la sortie de la ville prendre à droite une piste. Un chaos granitique a été recouvert de couleurs criardes : bleu intense, rose bonbon jaune, orange. Land art : une intervention du plasticien belge jean Veramme en 1984 avec l’aide d’une brigade de pompiers. Des cacas rose et bleus défigurent le chaos granitique. Tous les beaux empilements ont été saccagés et comme il pleut rarement à Tafraout cette peinture n’est pas près d’être délavée. J’ai bien peur qu’elle y reste pour l’éternité. Autant les labyrinthes de maïs ou les moissonneuses près de l(A6 dans l’Yonne écrivant DISTRIMIX m’amusent, autant ce saccage permanent me choque.

Nous sommes retournée à Tandilt Chez Yasmina voir la maison d’hôtes où nous avions séjourné autrefois.