Fuori film de Mario Martone – L’Université de Rebibbia Goliarda Sapienza

UN FILM/UN LIVRE

Portrait de Goliarda Sapienza, l’autrice de L’Art de la Joie. Martone a choisi la période suivant sa sortie de Reb. ibbia, la prison de Rome où l’écrivaine fut incarcérée pour un vol de bijoux. Goliarda ( Valeria Golino)déclassée, a perdu son aura et ses relations mondaines , elle cherche n’importe quel travail pour assurer sa subsistance.  Rendez-vous avec Roberta, une ancienne codétenue (Matilda de Angelis) mystérieuse et fantasque, promenades dans Rome pour notre grand plaisir. Joyeuse sororité, amitié amoureuse et souvenirs de Rebibbia. A la sortie du film j’ai chroniqué « à chaud » .CLIC dans mon blog Toiles Nomades. Et j’ai téléchargé le livre en rentrant.

L’Université de Rebibbia 

Entre ces murs, sans en avoir conscience, on est en train d’essayer quelque chose de vraiment nouveau : la fusion de l’expérience et de l’utopie grâce à la rencontre entre les quelques vieux qui ont su comprendre leur propre vie et les jeunes qui aspirent à apprendre, la formation d’un cercle biologique qui rassemble passé et présent sans fracture, sans mort.

Antidote aux pleurnicheries de Sarkozy ! Un livre joyeux, d’une liberté folle. Récit du séjour à la prison des femmes de Rebibbia en 1980. Après le traumatisme de l’enfermement , l’écrivaine vit son incarcération comme une expérience enrichissante. Elle décrit les impressions, les sensations de son corps dans la cellule  d’isolement, la perception du dehors quand, à sa première promenade, elle voit le ciel, sent le soleil.

La surprise du peu de temps écoulé(il faudrait une étude de plusieurs années et des centaines de pages rien que pour étudier à fond le “temps carcéral”) me bloque, tout le corps en alerte. Le ciel est là, exactement du bleu d’avant, avec ses nuages élégamment distants les uns des autres, trompeurs : je ne dois pas les regarder,
ces formes, elles ne sont que le travestissement momentané des sirènes carcérales. Me bouchant les
oreilles à leur chant, au lieu de me jeter dans le mouvement – mes muscles piaffent exactement comme
ceux d’une jument – je m’avance lentement en regardant pour commencer où est assise la femme de tout à l’heure et quelle est son intention, la guerre ou la paix.

Apprivoiser le mode de vie en prison, rencontrer des femmes qu’elle n’aurait jamais croisées, mais toujours avec la finesse d’analyse et le regard de l’écrivaine. Des images surgissent, une femme en robe à motifs de marguerites devient une prairie fleurie, une gardienne sicilienne a un regard de lave…une Marilyn vieillie, une James Dean qui se la raconte….Des personnages très vivants et pittoresque peuplent le récit. Humour et bienveillance. Et toujours, la classe. Elle est une dame. Quand elle utilise le dialecte, on lui reproche gentiment : cela ne lui va pas!

L’impatience est une ennemie en prison comme sur les bateaux,

Je note avec quelle impatience, justement, la gardienne a rouvert la porte, et c’est comme un coup de
poing dans l’estomac pour moi : elle vit à moitié dehors à moitié dedans, et par conséquent l’impatience
qu’elle apporte avec elle du dehors nous blesse, nous qui avons déjà pris un rythme hors du temps.

Transférée dans les coursives des cellules collectives, elle doit s’imposer apprendre les codes et les coutumes. Elle se fera respecter, devra prouver qu’elle n’est pas une moucharde. Et gagnera l’affection de ses camarades de cellule. Intellectuelle, elle analyse les rapports de classe, les rapports de force. Bienveillante, elle apprécie la sororité, la solidarité de ces femmes, la chaleur humaine et fait de l’emprisonnement une expérience de liberté

Je me suis depuis si peu de temps échappée de l’immense colonie pénitentiaire qui sévit dehors, bagne
social découpé en sections rigides de professions, de classes, d’âges, que cette façon de pouvoir
brusquement être ensemble – citoyennes de tous milieux sociaux, cultures, nationalités – ne peut que m’
apparaître comme une liberté folle, insoupçonnée.

En 1980, juste après les années de plomb, les politiques sont nombreuses dans les prisons italiennes. Goliarda se revendique voleuse, prisonnière de droit commun mais elle est vite repérée par les politiques. Et encore sujet de critique :

Seul le prisonnier politique s’attarde à raconter la prison, mais la raison pour laquelle il y est allé est trop
honorable pour pouvoir donner la mesure de la véritable prison : celle des voleurs, des assassins, pour
parler clairement : des maudits. Le politique en sort renforcé dans son orgueil et son récit est faussé par
ce qu’il a d’épique

Analyse féministe aussi. Les prisonnières ne réagissent pas comme les hommes.

Le fait est, Goliarda, que nous les femmes nous supportons mieux le système carcéral. Évidemment, ça
nous est possible parce que nous avons un passé de coercition et ici, au fond, nous retrouvons une
situation qui n’est pas nouvelle pour nous
[…]
Mais je dis : est-ce que nous avons raison, nous les femmes, d’enterrer toutes les qualités que des siècles d’
esclavage ont développées en nous ?

Ne croyez surtout pas que ce texte soit ennuyeux. Je me suis vraiment amusée à le lire. Tant d’anecdotes sont drôles et si bien racontées. Je ne l’ai pas lâché. Aussi addictif qu’un thriller. Et une formidable leçon d’optimisme

De fait, quand on met le pied sur le rivage du “tout est perdu”, n’est-ce pas justement alors que surgit la
liberté absolue
Page

PS le livre qui aurait plutôt correspondu au film ne serait-il pas Les Certitudes du doute? 

 

Le Câble C1 a pris son envol entre Créteil et Villeneuve-Saint-Georges

TOURISTE DANS MA VILLE

Le 13 décembre 2025, a été inauguré le téléphérique urbain long de 4.5 km reliant La Pointe du Lac (et la ligne 8 du métro) à Villeneuve-Saint Georges- Villa-Nova. En passant par Valenton, Limeil-Brévannes. Inauguration festive avec des jeux pour les enfants, des ateliers, visites naturalistes et même carnaval. La foule était au rendez-vous, surtout les familles, enfants venant des communes mal reliées par des autobus et même complètement enclavées dans des zones ferroviaires, industrielles. 

Je me suis précipitée pour un survol du territoire . On comprend vite pourquoi la solution aérienne s’est imposée pour relier les communes.

RN 406 – SIAAP (assainissement) – ligne haute tension

Les premiers obstacles évités par le téléphérique : la 4 voies RN 406 puis le terrain occupé par le SIAAP (traitement des eaux usées)malheureusement les gros yeux peints par JR que l’on découvre de la route ne sont pas visibles sur les citernes . En revanche on découvre les plans d’eau, les zones naturelles entourant les installations d’épuration. Passe le TGV. Encore un obstacle terrestre à la circulation;

Lignes SNCF à l’approche de Villeneuve-triage

l’emprise de la SNCF est impressionnante. On pourrait deviner les parkings et les endroits de déchargement des containers. Les autobus doivent contourner ces obstacles, ce qui allonge considérablement les temps des trajets.

La plage bleue.

La première station du C1 se trouve à quelques centaines de mètres de la Plage bleue, parc entourant une pièce d’eau. Lieu de mes promenades que je découvre vu du ciel. 

La seconde Valenton se trouve au pied de la pente plantée d’un agréable parc Le Parc Saint Martin traversé par la coulée verte, ou Végétale (anciennement TGVal) des arbres anciens sont complétés par de nouvelles plantations. La station La Végétale. La grosse boite argentée  de la station est perchée sur le plateau de Brie, toute proche de la nature : au dessus du Parc Saint Martin et des Bois de Granville traversé par la belle piste piétonne ou cycliste . Le Câble est coudé et fait un angle pour se diriger vers Villeneuve. Sous les cabines, le territoire est alors peu attrayant, entrepôts, constructions diffuses pavillons mais aussi caravanes, même des sortes de cabanes de jardin puis  des cimetières très étendus. De grands immeubles se succèdent ensuite. Seul attraction : du street art a été réalisé sur une façade aveugle : un magnifique héron fantaisie et plus lins un grand panneau en camaïeu rose orange cubiste moins réussi. 

Il y a foule à la station Villa-Nova, une grande queue attend pour descendre à Créteil, toujours les mêmes jeux pour enfants, une troupe de danseurs et percussionnistes, et surtout une maquette du quartier des Castors, des cheminots ont construits eux même leur pavillon dans une sorte de cité-jardin, initiative tout à fait étonnante. 

Au retour une étape à La Végétale j’emprunte la coulée verte, découvre un verger pédagogique, un champ – curieuse incursion de la vraie campagne – et la Végétale s’enfonce dans le bois. Une promenade rejoint le RER A  à Boissy Saint Léger. Un autre itinéraire va rejoindre le Bois de la Grange et le château du Maréchal de Saxe, au km 7 de la voie verte qui rejoindra au km 17 Santeny puis le Chemin des Roses, 20 km rn Seine et Marne. Le Câble est donc le moyen de faire de très belles randonnées-nature et aussi des circuits-vélo puisqu’il est possible d’emporter sa bicyclette dans les cabines. 

 

Berthe Weill 1865 – 1951 -La petite galeriste des grands artistes – Marianne Le Morvan

EN REVENANT DE L’EXPO DE L’ORANGERIE

J’ai parfois un gros coup de cœur pour un personnage découvert lors d’une exposition. Une découverte! Je n’avais jamais entendu parler de la galériste. Et je n’avais plus envie de la quitter sans mieux la connaître.

Disponible sur Kindle, j’ai téléchargé la biographie que lui a consacré Marianne Le Morvan. Elle est la Directrice et fondatrice des archives de Berthe Weill, elle a aussi été une des commissaires de l’exposition de l’Orangerie. La moitié du livre contient des annexes, bibliographie, liste  et chronologie des expositions que Berthe Weill a organisé, préfaciers des catalogues etc… Du sérieux, une mine pour les chercheurs en histoire de l’art (que j’ai zappé). 

Donc courte biographie qui se lit très vite et avec beaucoup de plaisir.

Kars Portrait de Mademoiselle Berthe

Des illustrations, Montmartre 1900, bals masqués, dessin de Picasso. Des correspondances : lettres  de Dufy qui l’a surnommée « La petite mère Weill »(la petite merveille), lettres de Berthe Weill à Picasso, des extraits de textes très amusants de Berthe Weill dans diverses occasions. Et plein de détails sur la vie des artistes à leurs débuts, à Montmartre.

Elle répond aussi à mes interrogations : comment a-t-elle pu être oubliée? Pourquoi ne s’est-elle pas enrichie?

Maintenant, il ne me reste plus que de lire Pan!… dans l’Oeil que la Galériste a publié en 1933. 

Vous pouvez aussi écouter les podcasts de RadioFrance : CLIC

Et CLIC

Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde à l’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au 26 janvier 2026

Georges Kars : Portrait de Berthe Weill (1933)

Deux bonnes raisons d’aller à l’Orangerie voir cette exposition :

  • voir de la belle peinture, : toute une rétrospective des meilleurs artistes de la première moitié du XXème siècle : de Picasso à Chagall, en passant par Dufy, Derain, Modigliani et j’en oublie…
  • Dufy – Trente ans ou la Vie en Rose. A l’occasion des 30 ans de la Galerie B Weill

Faire une très belle rencontre avec une personnalité très originale de l’histoire de l’Art : une femme  juive d’origine modeste qui a eu l’audace d’ouvrir une galerie de peinture sans fortune ni grand nom et dès 1898, d’exposer le tableau Zola aux outrages de De groux. Elle a eu le flair de découvrir Picasso à son arrivée à Paris et être la première à vendre ses tableaux, qui a organisé une rétrospective Modigliani en 1917, la seule avant la mort de l’artiste. Elle  a exposé des styles aussi différents que les Fauves, les Cubistes, les peintres cosmopolites de l’Ecole de Paris. Féministe, elle a défendu des femmes que les critiques hommes faisaient mine d’ignorer, entre autres Suzanne Valadon.

J’achète les trois premiers Picasso

Picasso : La Chambre bleue(1901)

les Picasso sont en très bonne compagnie avec une nature morte de  Matisse et la clownesse de Toulouse-Lautrec. 

Meta Vaux Warrick Fuller
Les Malheurs

Je découvre la sculptrice Meta Vaux Warrick Fuller afro-américaine venue compléter sa formation à Paris qui subit de retour aux Etats Unis de nombreux rejets du fait des préjudices raciaux. Autre découverte pour moi Paco Durrio avec de très beaux bijoux en métal : boucle de ceinture, broche…

Notre Dame des Fauves

La seconde salle montre côte à côte un beau Metzinger – Champ de pavots à côté du paysage aux vaches de Delaunay. Voisinent aussi des Marquet et Dufy, ainsi que le magnifique Pont de Charing Cross de Derain

Delaunay : Le Paysage aux vaches

j’ai aussi bien aimé le cultivateur de De Vlaminck et le Restaurant de la machine à Bougival éclatant de couleurs

De Vlaminck – Le cultivateur

Moins connu Béla Czobel qu’elle expose en 1908

 

Bélà Czobel – L’homme au chapeau de paille.

Deux tableaux spectaculaires de Raoul de Mathan rappellent encore l’Affaire Dreyfus =. le peintre a assisté en 1899 au procès et peint deux toiles en écho : La cour d’Assise et le Cirque

Raoul de Mathan – La cour D’Assise

« Le cubisme soulève les passions » 

André Lhote – Port de Bordeaux.

Sa galerie les expose : Gleizes, Metzinger, Fernand Léger, Lhote. J’ai aimé aussi la tour Eiffel de Diego Rivera (mais je ne peux pas tout montrer). 

« mais qu’ont-ils donc ces nus? »

Modigliani – Nu au collier de corail

Quatre nus de Modigliani font scandale, le commissaire de police demande de les retirer à cause des poils pubiens pour « outrage à la pudeur ».

Groupe plus éclectique

Montre des artistes cosmopolites comme Pascin

Pascin – Portrait de Madame Pascin (Hermine David)

Sans oublier que Madame Pascin était aussi une artiste reconnue, dont quatre dessins sont exposés. Chagall, avec une cage à oiseaux. 

Féministe?

Berthe Weill peinte par Emilie Charmy

Berthe Weill découvre Emilie Charmy en 1905. Leur amitié perdurera à travers les années et c’est cette dernière qui abritera Berthe pendant les persécutions antisémites nazie et prendra la galerie à son nom quand il sera interdit aux juifs de tenir des commerces. 

Portrait d’Emilie Charmy par Pierre Girieud

 

la Petite Dernière – le livre de Fatima Daas – et le film de Hafsia Herzi

UN LIVRE/UN FILM

aux Cinémas du Palais en avant-première

Hafsia Herzi est venue présenter son film La Petite Dernière aux Cinémas du Palais à Créteil la veille de la sortie en salles. Je n’aurais voulu rater  cette occasion de rencontrer la réalisatrice que j’admire beaucoup. Surtout qu’elle n’est pas venue seule, elle était accompagnée de Nadia Meliti et de l’actrice qui joue la mère. 

j’ai beaucoup aimé ce film qui semblait jouer très juste. Sujet délicat: l’homophobie est très présente dans les quartiers mais pas dans le film. Les garçons tolèrent très bien cette fille « garçon-manqué », cela m’a étonné. Côté Paris, bars lesbiens et Gay Pride, très belles images quand Fatima porte sa copine dans le défilé. j’ai consigné mes impressions, sortie de salle, dans mon autre blog Toiles Nomades CLIC

Bien sûr, j’ai voulu lire le livre.

« Ca raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni
clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec
une homophobie intégrée. Quoi d’autre ? Je pense très

fort. »

J’ai été surprise par la forme. Roman en prose ou vers libres? Chants murmuré en confidence ou chanté avec l’affirmation « Je m’appelle Fatima Daas. », comme un refrain.  Elle décline ses identités multiples, sa place dans la fratrie, son asthme, les origines de son prénom Fatima la plus jeune fille du prophète, la « petite chamelle sevrée ». 

Je m’appelle Fatima

Je suis une petite chamelle sevrée.

je suis mazoziya, la dernière

Avant moi, il y a trois filles

Mon père espérait que je serais un garçon

Son destin dès sa naissance, ses origines algériennes, et sa religion très assumée, très importante. Sa ville Clichy. Mais aussi son dilemme

Je m’appelle Fatima Daas

Je suis une menteuse

Je suis une pécheresse. 

Je lis d’un trait ce chant.

Je n’y retrouve pas tout à fait la Fatima du film. Et je trouve cela très bien. Les adaptations trop littérales affadissent le texte et l’histoire. La réalisatrice a choisi une période courte dans la vie de l’héroïne : la dernière année au lycée et ses premières expériences d’étudiante à Paris avec la découverte de la sexualité, de l’amour, du milieu lesbien. Elle  fait de Fatima une sportive, fan de foot. Ce n’était pas dans le texte et pourtant c’est très bien. Elle a montré la jeune fille faire ses prières, une visite à la mosquée mais n’a pas donné à la religion toute la place qu’elle tient dans le livre. Peut être plus difficile à mettre en scène.

j’ai aimé les deux, le film et le livre et j’ai apprécié qu’ils ne soient pas identiques. Quoique fidèle.

Monet/Sécheret – Dialogues inattendus à Marmottan

PAYSAGES D’EAU/TROUVILLE

Le Musée Marmottan Monet invite des artistes contemporains à dialoguer avec les œuvres de Monet. Sécheret (né en 1957) qui peint souvent à

Trouville a fait se rencontrer deux tableaux de Monet : Camille à la plage et Sur la plage de Trouville avec une collection de ses œuvres

Cherchez Camille!

En face de cet accrochage, plusieurs grands tableaux avec les Roches Noires au premier plan montrent la lumière changeante de Normandie, les nuages toujours différents et à l’horizon Le Havre et ses installations portuaires

Plage de Trouville

j’ai beaucoup aimé cette découverte!

l’Empire du Sommeil et au Musée Marmottan Monet

Exposition temporaire jusqu’au 1er mars 2026

Paula Rego – la Prisonnière des Sargasses

Dans le cadre toujours charmant du Musée Marmottan Monet se tient l’exposition thématique sur le Sommeil, point de chronologie ou d’école, les tableaux sont regroupés autour de différents thèmes.

Le sommeil dans la Bible : Les manuscrits enluminés avec la Création d’Eve pendant le sommeil d’Adam, Jean s’endort pendant la Cène sur l’épaule de Jésus tandis qu’en face les trois fils de Noé contemplent leur père endormi . On saute les siècles 

La Pisana – Arturo Martini

Peinture et sculpture. Affalée endormie la Pisana occupe le milieu de la salle suivant. Rapide recherche sur le net, La Pisana est interdite de Facebook( raison pour moi de la montrer!) mais son auteur Martini était un sculpteur fasciste officiel (raison de la censurer). Dans une vitrine, de petite taille, un Rodin, un Maillol, très petit, très joli, et d’autres petits chefs d’œuvre comme un dessin de Matisse. 

Gravures des petits formats de dessins plus ou moins célèbres, dans les célèbres, un Dürer, un Goya, plusieurs dessins de Victor Hugo, plus loin deux Picasso. Des illustrations des Contes de Perrault, Gustave Doré

Baillements de Beckmann

Hypnos et Thanatos 

De nombreux tableaux évoquent le somnambulisme , dont un Courbet spectaculaire, une Ophélie dont j’ai oublié l’auteur. L’ensemble est assez déprimant. Les Préraphaélites ont été inspirés, pluie de coquelicots, pavots, inspirant le sommeil dans la toile d’Evelyn de Morgan 

Evelyn de Morgan Nuit et Sommeil (1878)

Le Sommeil et les Rêves

Munch – autoportrait en somnambule

Evidemment,  un livre de Freud dans une vitrine

John Faed – Le rêve du poète (dans le brouillard on distingue l’Acropole)

Beaucoup de belles choses dans cette exposition trop fourre-tout à mon goût mais qui m’a permis de voir des tableaux inattendus. En revanche, le détour par Marmottan m’a permis de découvrir un peintre Sécheret en dialogue avec Monet au sous-sol.

 

Chroniques d’une Exploratrice – Alice Gozlan et Zacharie Lorent – à La Maison des Arts de Créteil

THEATRE

L’exploratrice c’est Alice qui a construit avec Zacharie Lorent un spectacle  autour d’Internet. Seule en scène, avec quelques accessoires basiques : un écran, un smartphone, un micro et un siège, elle raconte son exploration dans le côté sombre d’Internet

« Dans le spectacle tout est vrai »

 » C’est drôle et terrifiant »

Affirment ils dans une interview sur Facebook.

De liens en liens, Alice débouche chez les complotistes, les Qanon, les platistes, les complètement barrés. 

Son monologue est prenant, elle semble essoufflée devant ces découvertes inattendues.

Le plus drôle c’est que c’est un lapin, avatar d’un de ses nombreux followers, qui lui envoie les liens vers des endroits les plus glauques, derrière le miroir. Un lapin, Alice, cela ne vous dit rien? Mais c’est vraiment son nom!

Le spectacle tourne encore la semaine prochaine au 104. Courrez -y ! 

 

Manga – tout un art ! au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 9 mars 2026

Je suis toujours bluffée par la richesse et la sophistication de l’art japonais. Bluffée mais toujours un peu perdue « lost in translation ». Il me manque les codes, les mythes, la manière de lire, et bien sûr les textes.

Pour moi, jusqu’à hier les mangas c’était cela :

Dragon boy

Mes élèves étaient fous du Japon, fans de mangas et j’avais assimilé cet engouement à une culture adolescente d’âge collège qui ne me concernait pas. Petits albums à la couverture souple bon marché, dessins animés de Goldorak, je n’avais guère de curiosité pour les suivre. J’aurais dû!

mode manga

Au dernier pique-nique de Babélio, début septembre,  au parc de Bercy, tout un défilé de jeunes gens et jeunes filles costumés en personnages de manga, m’avait interpellée. Perruques roses (ou cheveux teints), tenues militaires, débordements de dentelle ou attitudes stéréotypées, ils m’avaient fait flipper. J’ignorais l’existence d’une mode manga – décidemment j’ignore tout!

journal satirique

Plusieurs origines aux mangas actuels : la rencontre avec l’Occident vers 1850 quand le Japon s’ouvre et l’introduction de la presse satirique avec un Japan Punch, des caricatures et plus tard des bandes dessinées.

kamishibai : théâtre de papier

Une autre source des dessins animés actuels peut être attribuée au kamishibai : des histoires illustrées sur des cartons étaient présentées par des castelets dans des boites de carton pour les gamins des quartiers populaires. 

Dans les années 30, norakoru, officier de l’armée des chiens était inspiré de Félix le chat américain et traduisait le militarisme japonais. 

 

Tezuka Osamu avec la Nouvelle Ile au Trésor, Phenix et Astro Boy (1952) révolutionne la bande dessinée et plus tard le dessin animé en faisant entrer une mise en scène cinématographique dans les cases de la BD avec des plongées, zoom et gros plan

Le dynamisme du dessin, sa sophistication me surprend malgré que je n’y comprenne rien.

de Mizuki Shigaru j’admire la finesse des dessins. En regard l’exposition présente des estampes et dessins anciens de l’époque Edo.

 

album ancien XVIIIème siècle

On devine une belle continuité entre les manga, les estampes et œuvres anciennes

renarde

Il me manque aussi les clés des légendes et mythes anciens que les Japonais identifient d’emblée.

Les mangas sont très diversifiés, mangas pour les filles qui me laissent perplexes. La violence est moins fréquente mais sont-ils féministes? Une série met en scène Marie Antoinette à Versailles.

Admirative de la finesse des tracés, de l’inventivité des cadrages, il me reste encore beaucoup à voir avant de tenter de comprendre!

Troubetzkoy (1866-1938) à Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

Troubetzkoy

Troubetzkoy sonne vraiment russe ! Je le découvre italien, né en 1869 en Italie, enfant illégitime d’un diplomate russe et d’une mère américaine pianiste et chanteuse. Plutôt cosmopolite, dans son ascendance et dans sa carrière.

Milan (1886 – 1875)

Bugatti

Sa formation artistique se déroule à Milan où il fréquente les artistes anticonformistes

Moscou – Saint Pétersbourg (1897 – 1898)

Moscou – l’hiver, traineau Le tsar Alexandre III

En 1900, il remporte le concours pour la statue équestre du Tsar Alexandre III. Il rencontre Tolstoï 

Moscou calèche
Tolstoï

1906 installation à Paris

Robert de Montesquiou

Il se promène au bois de Boulogne avec ses loups apprivoisés et fréquente les élites de la capitale. Il parfait le genre du portrait-statuette on découvre dans l’exposition les statuettes de Anatole France, Rodin, Bernard Shaw, Roland Garros aux commandes de son avion, 

Anatole France

ainsi que de belles dames souvent en compagnie de leurs animaux familiers

la marquise Luisa Casati

j’ai bien aimé la série de danseuses

 

danseuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Troubetzkoy l’américain

Il fait plusieurs séjours aux Etats Unis (1911 – 1912 et 1914-1920)

Cow boys

Fasciné dès sa jeunesse par le Wild West Show de Buffalo Bill qui s’est produit à Milan en 1890 il représente cow boys et indiens

indien

 

Troubetzkoy et le monde animal

Comment pouvez-vous me manger?

Il représente volontiers les hommes ou les enfants en compagnie de leurs chiens et à la suite de Tolstoï ou Bernard Shaw s’est engagé pour la cause animale comme le montre le diptyque des dévoreurs de cadavres

Dévoreurs de cadavres

Strictement végétarien, Troubetzkoy s’éteint d’une grave anémie.

j’ai beaucoup aimé les bronzes de petits formats plus que les grands portraits . j’ai été surprise de lire que nombreuses statues proviennent du Petit Palais, je me propose de leur rendre visite quand l’exposition sera terminée.