Soirée à Thessalonique Ladadika

CARNET MACÉDONIEN

ouzeri 1901

Sieste aux heures chaudes obligatoire.

18heures, le jour décline mais les Saloniciens ne sont pas encore ressortis. Nous parvenons à la grande place Demokratias aux immeubles contemporains sans intérêt. Dodecanisou descend vers le port dont les constructions début XXème siècle barrent la vue su la mer. Après Politechniou nous entrons dans le quartier de Ladadika, anciens entrepôts et huileries, seuls restes de la Salonique d’avant l’incendie de 1917, convertis en quartier de bars et restaurants. Les terrasses occupent les rues piétonnières. Nous choisissons l’Ouzeria 1901 au coin de Katouni et de Mitropoulos. Maison jaune à un étage, stores crème, tour des fenêtres en briques, tables beiges, chaises marron et beige. Sur chaque table un petit arrosoir peint de style naïf porte un pot d’herbes aromatiques, brin de romarin sur la nôtre, basilic, thym, lavande,  sur les tables voisines. Chic discret. Cuisine excellente. Sur la carte, du poisson. Nous commandons un risotto végétarien très riche en herbes, poivrons, oignon vert, lanières de courgette et fromage fondu. L’aubergine est divinement cuite, légère avec une touche de vinaigre, fromage blanc frais chaud, ciboulette et poivrons rouge.

La nuit tombe. D’épais nuages noirs s’accumulent. Les hirondelles sillonnent le ciel. Leur activité frénétique nous inquiète un peu, annonce-t-elle l’orage ?

Un petit mendiant s’approche de notre table. Il demande 50 centimes. On ne lui donne rien (on a appris au Maroc et en Egypte) Ici, cela serre le cœur. Jamais depuis 45 ans que je viens en Grèce, jamais je n’ai vu d’enfant mendier, des vieillards aux portes des églises peut être, des drogués place Omonia, mais des enfants jamais ! Sa petite sœur arrive, puis un tout petit. Etonnamant, le paton du restaurant appelle la grande avec son accordéon. Kalinka, un air français. On lui donne les 50c qu’on a refusés à son  frère. Elle ne demande pas plus. Le serveur a apporté du melon sucré – du miel – et des cubes de pastèque sans qu’on n’ait rien commandé. En écrivant je picore. La petite fille vient réclamer. Le garçon lui laisse bien volontiers nos restes. Ils ont faim. Ce spectacle m’attriste.

Le quartier s’anime. Samedi 20h30, c’est l’heure de la promenade. Certains ont fait des efforts de toilette. Pas tous. Les restaurants commencent à se remplir, mais pas trop. Sur la table à côté de la nôtre les deux parents et leurs deux enfants se partagent une salade grecque et des frites.

Rue Mitropolou,  l’imposante banque de Grèce a une colonnade monumentale aux chapiteaux corinthiens. Nous arrivons à la place de la Liberté est plantée d’arbres mais c’est aussi un parking. C’est là que furent rassemblés les Juifs de Thessalonique, humiliés et battus.

les docks au coucher du soleil

Au bout des docks et du port – vide – su les quais se presse une foule. Les entrepôts sont convertis en restaurants, hall d’exposition et Musée du Cinéma. Intuition ou imagination ? Je crois reconnaitre les décors d’Angelopoulos dans l’Eternité et un jour et l’Embarquement pour Cythère.

Des fils affectifs se trament. Salonique et les Séfarades. Angelopoulos. Je tombe littéralement amoureuse de cette ville accueillante, gaie, rafraîchie par l’Egée. J’ai l’impression d’y être déjà venue. Images d’Alexandrie, bazar d’Istanbul, architecture Art Déco…