Jumelage Créteil/Cotonou : maraîchers

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

maraîchers


 

Dernière étape : les maraichers de Cadjehoun (prononcer Cadion).
Les jardins se trouvent non loin de l’Etoile Rouge un peu à l’écart de la grande route.

latrines

Encore une fois, le premier objet de notre visite se trouve être des latrines décorées au nom de la ville de Cotonou 2002 et de la Ville de Créteil. Les peintres ont fait une erreur sur le prénom de Laurent Cathala, notre Maire, qu’ils ont baptisé Denis. Ces latrines sont indispensables  pour l’état sanitaire des légumes.

–    « autrefois les gens dispersaient partout des sachets »
–    « des sachets ??? »

Je ne comprends pas tout de suite qu’ils y faisaient leurs besoins.
Ici aussi le prix des WC est de 25F.
parcelles très soignées

Les jardins sont entourés de murs délimitant un vaste espace vert avec des bosquets d’arbres des petites mares avec des bananiers. Les parcelles sont cultivées avec un soin méticuleux. Les longs rectangles sont limités par de toutes petites allées en creux, très propres elles aussi. Tout est cultivé à la main « avec la roue ». Je prends cette « roue » pour une charrue.
–    « qui tire la roue ? »
L’incompréhension me met sur la piste de la houe ou de la bêche.

légumes

Les salades sont magnifiques. Ici, on les appelle « les feuilles », ce sont des batavias comme celles de chez nous. Les carottes viennent de lever. Les aubergines donnent de petits fruits blancs. On cultive plusieurs sortes de poivrons tuteurés, attachés, taillés. Certains légumes nous sont inconnus : solanum ou véronia.

Arrosage

Le sol est très léger et très sableux. Il est amendé avec des fientes de volaille mais aussi avec des engrais chimiques. L’arrosage doit être permanent. Quand nous arrivons, vers midi, des hommes se promènent avec deux arrosoirs, un dans chaque main, qu’ils remplissent dans un trou d’eau , humidifiant salades et carottes.
L’arrosage mécanique n’a lieu qu’une fois par jour à 13heures. Cet horaire m’étonne. Chez nous, ce serait une hérésie d’arroser quand l’évaporation est maximale. Mais ici, on n’économise ni l’au (gratuite venant d’un forage) ni le travail humain. Ce qu’on veut épargner, c’est le carburant des motopompes. On ne peut les mettre en marche qu’une fois par jour.

rencontre avec les maraîchers

JP Agohoubo nous conduit sur la terrasse d’un bâtiment comprenant le bureau et le magasin. Plusieurs hommes  y font la sieste. Nous préférons emporter les sièges sur la terrasse que de nous enfermer dans le bureau.

Ici, encore, même cérémonial. D’abord, nous nous présentons. Puis je pose des questions. Enfin, ils disent ce qu’ils souhaitent que nous rapportions en plus haute instance.

Les maraîchers se sont associés en coopérative pour former la COMAC (Coopérative des maraîchers de Cadjehoun). La coopérative élit un Bureau et se réunit une fois par an en Assemblée Ordinaire. Chacun est arrivé avec sa parcelle individuelle, la coopérative ne s’est formée qu’après. S’ils mettent le matériel d’irrigation et les outils en commun, la culture est individuelle ; Il existe même la possibilité d’embaucher des manœuvres à la tâche (environ 1000F par jour). Créteil a financé les deux motopompes qui exploitent l’eau de la nappe située seulement à 4m en profondeur.

Après ma séance de questions, les maraîchers énumèrent leurs attentes :
Ils attendent des « raccords ». Je ne comprends pas tout de suite qu’il s’agit de tuyaux de plastique jaune. Le moteur de la pompe doit être remplacé. Il faudrait aussi pouvoir financer la maintenance des équipements. Un mécanicien (plombier ?) devrait être affecté à l’entretien. D’autres revendications surprennent : ils souhaiteraient des voyages d’échanges et l’intervention d’un spécialiste. Je les interroge au sujet de Songhaï à Porto Novo, l’institut ne les impressionne pas,  ils en savent autant qu’eux !

mise en  action de la pompe

Il n’est pas encore 13h, pour écourter notre attente on avance un peu la mise en action du moteur. Nous verrons donc les doubles pommes d’arrosages montées sur les tuyaux jaunes. Il n’y a pas d’aspersion mécanique  ce sont les maraîchers qui se promènent avec leur tuyaux.

Jumelage Créteil/Cotonou : Borne-Fontaine

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

au puits l'eau est gratuite - mais - sale


 

Kiosques à eau et puits:
Nous trouvons le puits à quelques mètres d’un kiosque à eau potable. Ce n’est pas la borne fontaine financée par le  Jumelage de Créteil. Le kiosque a été financé par la Banque Mondiale dans le cadre du PGUD (Projet de Gestion Urbaine Décentralisée). C’est une construction carrelée de bleu. A l’intérieur le kiosquier (e) a accès au robinet et de sa guérite prélève sa dîme. Les tuyaux recourbés vers le bas sortent de l’édifice à plus de 2m de haut. La femme vient avec sa bassine sur la tête et a remplit sans avoir à la poser. Malheureusement le fontainier n’est pas là aujourd’hui et nous ne pouvons pas photographier la manœuvre.

Au kiosque, eau payante et aujourd'hui, pas de kiosquier!

An l’absence de ce dernier, il y a de l’animation autour du puits où l’eau est en accès libre et gratuit. L’eau du robinet est propre, celle du puits, non. Au début, les jeunes filles qui tirent la corde refusent de se laisser photographier. Heureusement notre accompagnateur les persuade. Au bout de la corde, point de seau mais une sorte de poche souple de faible capacité. Pour remplir sa bassine, il faut de la patience.
Entre temps, la nouvelle de notre venue s’est répandue dans le quartier ; Une petite fille en uniforme beige de l’école m’aborde :
–    « Yovo, cadeau ! »
Je lui montre mes poches vides :
–    « Tu veux mon mouchoir ? «
–    « non, le stylo ! »
–    « mais je ne peux pas te le donner, j’en ai besoin pour travailler ! »
Les enfants se sont approchés. Ils sont très nombreux autour de nous.
–    « que faites vous ici ? «
–    – « c’est la récréation ! »
La présence de JP Agohoumbo et de Thierry les dissuade. Ils s’éparpillent rapidement.
La voiture se faufile dans des ruelles étroites manquant d’écraser volailles et canards qui se promènent sur la voie. De la voiture, je remarque les WC publics : 25F.
25F c’est justement le prix de la  bassine d’eau à la borne fontaine, 30F pour la grande bassine. Quel sera le budget pour une famille qui n’a ni robinet ni cabinets à la maison pour l’hygiène, la boisson et la cuisine ?
A cela s’ajoute le problème des ordures. Sur les bords de la lagune les décharges sauvages causent la pollution de l’eau. Dans les rues on balaie mais les immondices se retrouvent en tas que le vent disperse.
Notre guide se lamente :
–    « ici, les gens ne veulent pas payer l’abonnement au ramassage des ordures. Ils préfèrent les utiliser comme remblais pour les crues »
Peut être (hypothèse personnelle) les gens ne voient pas la nécessité de payer encore une taxe ?

la borne-fontaine et les bassines

Nous n’avons pas pu photographier la borne fontaine de Créteil mais nous passons devant plusieurs kiosques à eau bleus. Il y en a 13 pour 7 quartiers.

Jumelage Créteil/Cotonou : histoires d’eaux : question des latrines

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Histoire de latrines – qualité de l’eau!

 

sur la lagune : latrines et immondices

Les latrines et les cochons

Un étrange monument qui domine  la place. Sur un haut socle de ciment, trois cabines ont perdu leurs portes et leurs équipements : des latrines.

Comment les gens montaient-ils ? Notre accompagnateur nous fait remarquer que Février est en saison sèche mais qu’à la saison pluvieuse le site sera inondé.

Les latrines sur pilotis en bois ont la faveur des habitants. Les excréments tombent directement dans l’eau de la lagune. Les installations sont les mêmes que dans le film indien Slumdog Millionnaire. Autour des latrines, un tas d’ordures impressionnant  sert de soue à cochons.  Thierry nous avait dit que la peste porcine avait décimé ces animaux.

Si la construction des latrines est le début de l’assainissement on peut dire qu’ici c’est mal parti !

 

Jumelage Créteil/Cotonou : Histoires d’eau

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Jumelage Créteil/Cotonou : problèmes liés à l’eau

la lagune, les immondices côtoient les habitations,

Mairie de Cotonou

La Mairie de Cotonou est située à proximité de l’Etoile Rouge.

Mon téléphone sonne : nous sommes attendues. Il faut entrer dans la cour. Thierry connait les usages : son taxi ne peut pas y pénétrer. Les gardiens nous envoient dans une ruelle sableuse. Enfin notre guide à moto, nous fait signe de le suivre jusqu’à une annexe un peu plus loin, toujours dans un dédale de ruelles sableuses. Sauf quand nous allons à Sandotours voir Sébastien, nous ne nous sommes jamais écartées des grandes voies goudronnées et bordées de commerces. Dès qu’on quitte le goudron, la physionomie de la ville change : les maisons basses sont derrière des cours. On devine mal la vie qui s’y déroule. Il y a des arbres, des enfants qui jouent, des animaux qui divaguent. Les fils électriques s’enchevêtrent. La Mairie Annexe est un grand bâtiment blanc à étage, propre et simple, entouré de grands murs. Comme au CEG1 de Pobè, des feuilles photocopiées en noir et blanc sont scotchées sur les portes.

Notre guide nous présente à un homme plus âgé que je prends pour le chef et à qui j’offre le calendrier du ClubPobèCréteil qui est ma carte de visite. C’est une méprise : on nous conduit immédiatement chez le grand chef et je regrette de m’être séparée trop tôt de mon sésame.

Je lui explique en quelques mots l’objet de ma visite : le jumelage avec le CEG1, le Festival de l’Oh, l’exposition sur les réalisations du Jumelage Créteil/Cotonou qui doit être en rapport avec l’eau.

Monsieur Michel Makpenon ; qui se présente comme économiste, nous délivre un exposé magistral illustré par des photos sur l’écran de son PC :

Les problèmes liés à l’eau à Cotonou

Deux sortes de problèmes se posent aux édiles : la rareté de l’eau potable et la pollution des sols et de la nappe phréatique.

La géographie de Cotonou complique encore le problème. La superficie de la ville se divise en un tiers de zone marécageuse, un tiers seulement de zone asséchée et un tiers de zone inondable. De plus elle est située à 1m au dessous du niveau de la mer ce qui explique que la nappe affleure et que les contaminations sont alors immédiates. Une étude datant d’il y a 25 ans avait conclu à l’interdiction d’occupation par l’habitat de certaines zones. Mais ne fut pas suivie d’effet. Un schéma directeur pour l’aménagement serait souhaitable mais actuellement inexistant.

La pollution la plus préoccupante est la pollution fécale. Les évacuations des collecteurs, quand ils existent,  se font dans la lagune. Seules les « boues humaines » sont traitées. Les pollutions des eaux pluviales sont également préoccupantes. L’eau de pluie est collectée à ciel ouvert dans des canaux charriant toutes sortes de saletés. Des huiles de moteur des poussières arrivent à la lagune causant des nuisances aux espèces halieutiques et la nécessité de drainage.

L’accès à l’eau potable est un indicateur de pauvreté  Seulement 46% de la population possède un robinet à la maison pour les autres l’accès peut être problématique en saison pluvieuse. Monsieur Makpenon nous montre une photo d’une maison complètement entourée d’eau, pour aller au robinet, une sorte de gué a été aménagé avec de grosses  dalles e ciment ou de parpaing.

Si j’avais pris une clé USB j’aurais pu emporter ce document. Monsieur Makpenon me fait cadeau d’un épais rapport en 2 tomes.
Je suis impressionnée par cet exposé clair et par la personnalité de Michel Makpenon qui est très chaleureux et connaît bien Créteil.

Dans la cour, une 4×4 attend. A son bord, des Français et des Béninois. Petite méprise, je crois que nous allons nous joindre à eux.
Notre guide, Jean Patrice Agohoumbo monte dans la Toyota de Thierry qui s’engage dans des ruelles où la voiture passe tout juste sous des fils électriques entremêlés. Après une courte distance nous arrivons au bord de la lagune où sont construite des maisons sur pilotis comme à Ganvié.