Jumelage Créteil/Cotonou : Centre social

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

Au centre social, un accueil de ministre!

Un accueil de ministre!

Nouvelle étape imprévue : nous dépassons le centre de santé Ahogboué, tournons dans une impasse. Des femmes attendent dans de belles tenues avec des chants et des danses. Elles secouent des assiettes métalliques garnies d’anneaux. Au fond de la cour, à côté d’un moulin à faire du gari un homme tape sur un grand tambour et un enfant sur un petit tambour. Une sono réglée au maximum corne dans nos oreilles.

Bibliothèque et pédagogie

Arrive une jeune femme mince et élégante qui nous fait quatre bises à chacune. Elle se présente : Madame Léonie Wotto épouse Soglo, nous ouvre la bibliothèque où des ventilateurs à grosses pales tournent rapidement, meublée de belles tables lourdes en bois foncé. Dans les étagères il y a plein de livres mais empilés à l’envers et pas répertoriés.il manque sans doute la bibliothécaire pour le faire. Léonie Wotto soupire, ce ne sont pas les livres qui conviennent. Ce sont des bandes dessinées et des romans. Elle voudrait du matériel pédagogique, des livres de classe. Je saisis la balle au bond : des livres de classe, nous en avons ! Le problème c’est le fret. Je lui raconte le Jumelage avec le CEG1 de Pobè et la galère chaque fois qu’il s’agit d’expédier les cartons de livres. Pour elle, le problème semble mineur. Il suffirait d’une assise avec le Maire, Monsieur Soglo.
–    « on pourrait arranger cette assise » propose-t-elle
Je proteste :
–    « notre temps est compté, j’ai tellement de choses à faire, de gens à voir pendant notre court séjour ! »
–    Nous passons dans son bureau équipé de matériel informatique. J’en profite pour lui laisser mon adresse électronique
–    « nous pourrons rester au contact par email, pour la réunion, je n’ai vraiment pas le temps »

Elle aimerait faire de ce lieu un centre de documentation pédagogique ainsi qu’un centre informatique. D’après elle l’ADSL est en attente.

la méprise

Nous rejoignons une salle de conférence encore très bien ventilée. Sur la table, un vase avec des fleurs artificielles et un micro. Nous comprenons ici la méprise. Elle attendait une autre délégation  de gens bien plus considérables que nous. C’était pour eux qu’on avait organisé les festivités, les danses qui m’avaient étonnée. Léonie Wotto ne nous laisse pas partir. Elle aussi a des doléances : ses ordinateurs sont en panne. Mais elle a également de l’imagination et des idées qui pourraient m’intéresser. Elle voudrait sensibiliser les enfants du quartier à l’hygiène. Pourquoi ne pas confectionner un CD pour leur explique qu’il faut se laver les mains à la jarre ? Dans cette ville bâtie sur des zones marécageuses et souffrant de problèmes d’assainissement et de parasitose, le nœud du problème c’est encore l’eau ! Et nous revoici dans le vif du sujet ! Ce serait effectivement une belle idée ! Nous prenons congé avec des embrassades. Léonie est décidément une personne charmante.

Jumelage Créteil/Cotonou : noix de cajou

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cuisson des noix de cajou


 

Hors programme de l’eau, on nous conduit devant une unité de torréfaction des noix de cajou.

Sur la voie, un petit feu de bois est allumé sous une grosse bassine ou les noix cuisent. Par terre d’autres bassines contiennent des noix carbonisées. La femme a également une passoire  et des bassines contenant du kaolin. On  vend les noix de cajou pour l’apéritif dans des bouteilles au prix de 2500F d’après la dame, 2000F selon Thierry. Ici, nous sommes aussi sur un site du Jumelage. 26 femmes travaillent mais aujourd’hui elles sont au marché.

Les doléances sont nombreuses : les foyers sont HS, il faudrait les refaire, c’est trop petit et mal agencé, il pleut à travers la tôle qui est gâtée ; il y a de la fumée. Il faudrait agrandir le site, cimenter la dalle.

Toutes ces plaintes sans aménité agacent un peu. On  aurait pu avoir au moins l’idée de nous faire goûter aux noix de cajou bien appétissantes

 

Jumelage Créteil/Cotonou : Borne-Fontaine

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au puits l'eau est gratuite - mais - sale


 

Kiosques à eau et puits:
Nous trouvons le puits à quelques mètres d’un kiosque à eau potable. Ce n’est pas la borne fontaine financée par le  Jumelage de Créteil. Le kiosque a été financé par la Banque Mondiale dans le cadre du PGUD (Projet de Gestion Urbaine Décentralisée). C’est une construction carrelée de bleu. A l’intérieur le kiosquier (e) a accès au robinet et de sa guérite prélève sa dîme. Les tuyaux recourbés vers le bas sortent de l’édifice à plus de 2m de haut. La femme vient avec sa bassine sur la tête et a remplit sans avoir à la poser. Malheureusement le fontainier n’est pas là aujourd’hui et nous ne pouvons pas photographier la manœuvre.

Au kiosque, eau payante et aujourd'hui, pas de kiosquier!

An l’absence de ce dernier, il y a de l’animation autour du puits où l’eau est en accès libre et gratuit. L’eau du robinet est propre, celle du puits, non. Au début, les jeunes filles qui tirent la corde refusent de se laisser photographier. Heureusement notre accompagnateur les persuade. Au bout de la corde, point de seau mais une sorte de poche souple de faible capacité. Pour remplir sa bassine, il faut de la patience.
Entre temps, la nouvelle de notre venue s’est répandue dans le quartier ; Une petite fille en uniforme beige de l’école m’aborde :
–    « Yovo, cadeau ! »
Je lui montre mes poches vides :
–    « Tu veux mon mouchoir ? «
–    « non, le stylo ! »
–    « mais je ne peux pas te le donner, j’en ai besoin pour travailler ! »
Les enfants se sont approchés. Ils sont très nombreux autour de nous.
–    « que faites vous ici ? «
–    – « c’est la récréation ! »
La présence de JP Agohoumbo et de Thierry les dissuade. Ils s’éparpillent rapidement.
La voiture se faufile dans des ruelles étroites manquant d’écraser volailles et canards qui se promènent sur la voie. De la voiture, je remarque les WC publics : 25F.
25F c’est justement le prix de la  bassine d’eau à la borne fontaine, 30F pour la grande bassine. Quel sera le budget pour une famille qui n’a ni robinet ni cabinets à la maison pour l’hygiène, la boisson et la cuisine ?
A cela s’ajoute le problème des ordures. Sur les bords de la lagune les décharges sauvages causent la pollution de l’eau. Dans les rues on balaie mais les immondices se retrouvent en tas que le vent disperse.
Notre guide se lamente :
–    « ici, les gens ne veulent pas payer l’abonnement au ramassage des ordures. Ils préfèrent les utiliser comme remblais pour les crues »
Peut être (hypothèse personnelle) les gens ne voient pas la nécessité de payer encore une taxe ?

la borne-fontaine et les bassines

Nous n’avons pas pu photographier la borne fontaine de Créteil mais nous passons devant plusieurs kiosques à eau bleus. Il y en a 13 pour 7 quartiers.

Jumelage Créteil/Cotonou : La fumerie des crevettes

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fumerie de Crevettes

De l’autre côté de la place, nous découvrons le premier site au programme de la visite : la fumerie de crevettes. Quatre dames de « constitution traditionnelle » (comme l’aurait écrit Alexander mac Call) nous accueillent. Six foyers en terre alignés forment une sorte de comptoir abrité sous un auvent. Les crevettes sont déposées crues sur des grilles métalliques. Elles cuisent et sont fumées Ces grosses crevettes sont pêchées soit dans la lagune soit plus loin. Quand les crevettes manquent à Cotonou les dames peuvent voyager jusqu’au Ghana avec leurs bassines métalliques pour en acheter. Il faut quatre heures pour fumer les crevettes qui se conserveront jusqu’à  quatre mois après le fumage. On peut donc les stocker pour attendre de les vendre à bon prix dans le petit « magazin » attenant à l’atelier. .
19 femmes font partie du Groupe Féminine AIDOTE de DOWITA 1 du quartier de Sainte Cécile. Elles travaillent à temps plein selon une technique traditionnelle. Elles vont chercher la marchandise, la fument et commercialisent  elles-mêmes et se partagent la marge bénéficiaire en mettant en commun le reliquat dans une tontine.
Après une visite des installations, nous prenons place, alignées sur su banc.
Elles me laissent la parole et je pose mes questions que notre accompagnateur traduit. La plupart du temps il est inutile de traduire.

les dames de la coopérative

Je demande si leurs maris sont les pêcheurs des crevettes. La question du travail des maris leur semble déplacée. Non les femmes des pêcheurs vendent poissons et crevettes. Elles leur achètent la marchandise. D’ailleurs seulement six femmes habitent le quartier. Pas question de salaire non plus, c’est une coopérative. On partage les bénéfices.
Après l’interview, c’est leur tour de parler. Elles ont des choses à dire et comptent sur nous pour les transmettre.
D’abord, elles nous montrent leurs yeux rougis par la fumée. Elles mettent du collyre mais souhaite quelque chose de plus efficace.
Elles attendent du Jumelage de gros investissement : un congélateur et l’installation d’un compteur électrique (il y a déperdition d’énergie à cause de la distance et l’installation électrique est précaire avec tous ces fils emmêlés dans la rue). D’autres foyers en maçonneries devraient être ajoutés aux six existants. En ce moment elles travaillent avec des bidons sciés : foyers métalliques provisoires à l’air libre.

Fumerie de crevettes

Elles aimeraient également que le Jumelage leur procure une autre occupation à la morte-saison quand il n’y a pas de crevettes qu’elles appellent la Rupture de Septembre à décembre pendant la période des crues.
Quelle sorte d’activité ? , je demande
– « un débat participatif permettra de retenir une autre activité ! » est la réponse.
A défaut de polyvalence professionnelle elles ont bien intégré la langue de bois.
Dans la liste des souhaits, elles ajoutent 20 ou 30 bassines métalliques importées du Ghana coûtant 5000F.
Des bassines ! Quand même ! Elles pourraient peut être les acheter elles-mêmes ?
Je pense, silencieusement, dans mon for intérieur.
J’admire le dynamisme de ces femmes. Le groupement en coopérative réjouit l’ancienne kibboutznikit. Mais l’attente de l’extérieur est immense. Je promets d’être l’écho à Créteil de leurs souhaits. Je leur explique que nous ne sommes que des professeurs et que nous ne disposons d’aucun argent à distribuer. La seule chose qui est en mon pouvoir est de demander à mes élèves de calligraphier un panneau expliquant leurs besoins et accompagnant les photos de l’exposition.

Jumelage Créteil/Cotonou : histoires d’eaux : question des latrines

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Histoire de latrines – qualité de l’eau!

 

sur la lagune : latrines et immondices

Les latrines et les cochons

Un étrange monument qui domine  la place. Sur un haut socle de ciment, trois cabines ont perdu leurs portes et leurs équipements : des latrines.

Comment les gens montaient-ils ? Notre accompagnateur nous fait remarquer que Février est en saison sèche mais qu’à la saison pluvieuse le site sera inondé.

Les latrines sur pilotis en bois ont la faveur des habitants. Les excréments tombent directement dans l’eau de la lagune. Les installations sont les mêmes que dans le film indien Slumdog Millionnaire. Autour des latrines, un tas d’ordures impressionnant  sert de soue à cochons.  Thierry nous avait dit que la peste porcine avait décimé ces animaux.

Si la construction des latrines est le début de l’assainissement on peut dire qu’ici c’est mal parti !

 

Jumelage Créteil/Cotonou : Histoires d’eau

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Jumelage Créteil/Cotonou : problèmes liés à l’eau

la lagune, les immondices côtoient les habitations,

Mairie de Cotonou

La Mairie de Cotonou est située à proximité de l’Etoile Rouge.

Mon téléphone sonne : nous sommes attendues. Il faut entrer dans la cour. Thierry connait les usages : son taxi ne peut pas y pénétrer. Les gardiens nous envoient dans une ruelle sableuse. Enfin notre guide à moto, nous fait signe de le suivre jusqu’à une annexe un peu plus loin, toujours dans un dédale de ruelles sableuses. Sauf quand nous allons à Sandotours voir Sébastien, nous ne nous sommes jamais écartées des grandes voies goudronnées et bordées de commerces. Dès qu’on quitte le goudron, la physionomie de la ville change : les maisons basses sont derrière des cours. On devine mal la vie qui s’y déroule. Il y a des arbres, des enfants qui jouent, des animaux qui divaguent. Les fils électriques s’enchevêtrent. La Mairie Annexe est un grand bâtiment blanc à étage, propre et simple, entouré de grands murs. Comme au CEG1 de Pobè, des feuilles photocopiées en noir et blanc sont scotchées sur les portes.

Notre guide nous présente à un homme plus âgé que je prends pour le chef et à qui j’offre le calendrier du ClubPobèCréteil qui est ma carte de visite. C’est une méprise : on nous conduit immédiatement chez le grand chef et je regrette de m’être séparée trop tôt de mon sésame.

Je lui explique en quelques mots l’objet de ma visite : le jumelage avec le CEG1, le Festival de l’Oh, l’exposition sur les réalisations du Jumelage Créteil/Cotonou qui doit être en rapport avec l’eau.

Monsieur Michel Makpenon ; qui se présente comme économiste, nous délivre un exposé magistral illustré par des photos sur l’écran de son PC :

Les problèmes liés à l’eau à Cotonou

Deux sortes de problèmes se posent aux édiles : la rareté de l’eau potable et la pollution des sols et de la nappe phréatique.

La géographie de Cotonou complique encore le problème. La superficie de la ville se divise en un tiers de zone marécageuse, un tiers seulement de zone asséchée et un tiers de zone inondable. De plus elle est située à 1m au dessous du niveau de la mer ce qui explique que la nappe affleure et que les contaminations sont alors immédiates. Une étude datant d’il y a 25 ans avait conclu à l’interdiction d’occupation par l’habitat de certaines zones. Mais ne fut pas suivie d’effet. Un schéma directeur pour l’aménagement serait souhaitable mais actuellement inexistant.

La pollution la plus préoccupante est la pollution fécale. Les évacuations des collecteurs, quand ils existent,  se font dans la lagune. Seules les « boues humaines » sont traitées. Les pollutions des eaux pluviales sont également préoccupantes. L’eau de pluie est collectée à ciel ouvert dans des canaux charriant toutes sortes de saletés. Des huiles de moteur des poussières arrivent à la lagune causant des nuisances aux espèces halieutiques et la nécessité de drainage.

L’accès à l’eau potable est un indicateur de pauvreté  Seulement 46% de la population possède un robinet à la maison pour les autres l’accès peut être problématique en saison pluvieuse. Monsieur Makpenon nous montre une photo d’une maison complètement entourée d’eau, pour aller au robinet, une sorte de gué a été aménagé avec de grosses  dalles e ciment ou de parpaing.

Si j’avais pris une clé USB j’aurais pu emporter ce document. Monsieur Makpenon me fait cadeau d’un épais rapport en 2 tomes.
Je suis impressionnée par cet exposé clair et par la personnalité de Michel Makpenon qui est très chaleureux et connaît bien Créteil.

Dans la cour, une 4×4 attend. A son bord, des Français et des Béninois. Petite méprise, je crois que nous allons nous joindre à eux.
Notre guide, Jean Patrice Agohoumbo monte dans la Toyota de Thierry qui s’engage dans des ruelles où la voiture passe tout juste sous des fils électriques entremêlés. Après une courte distance nous arrivons au bord de la lagune où sont construite des maisons sur pilotis comme à Ganvié.