Manduria et farniente à la piscine

CARNETS DES POUILLES


les animaux de la ferme au petit matin

J’aime profiter des heures fraîches du petit matin. A 6H30, il fait déjà chaud, je dois me cacher à l’ombre de la cheminée coiffée d’une pointe tant le soleil brûle. Les animaux sont actifs à l’aube.Je découvre les deux chevaux qui se promènent dans leur enclos. Ils sont rejoints par un couple de cochons, la truie plus grise avec de larges taches le mâle tout rose. Ils agacent les chevaux qui les poussent. Je vais chercher les jumelles pour mieux profiter du spectacle.

Fortunato vient de remplir la mangeoire des chevaux. Ces derniers font tomber des copeaux de nourriture que les porcs viennent glaner. Je descends les restes de la salade de pâtes que je répands par terre, je ne suis pas rassurée – les cochons peuvent être agressifs. Ils ont vite fait de faire disparaître la nourriture.

Du haut du balcon, j’élabore la théorie sur la disparition totale des ordures ménagères grâce aux cochons. Cette théorie sera infirmée sur l’heure : si Roméo et Juliette apprécient les pâtes, se régalent des carottes, ils dédaignent les pelures d’orange que je leur propose. Il me faudra ramasser. Les vaches israéliennes en étaient friandes.

visite de Manduria

zone archéologique : fontaine plinienne et murs messapiens

Manduria, le dimanche vers 9h est un désert. Seuls quelques cafés et les kiosques à journaux commencent à ouvrir leur porte ?

 

Nous  commençons par la vaste zone archéologique. Le Guide Bleu promet des murs messapiens (V à IIIème siècle av JC) d’ont l’un cyclopéen. Nous trouvons un enclos bien fermé, un panneau détaillant les sommes allouées par l’Union Européenne pour le développement du tourisme. Une passerelle a été construite d’où on a une vue panoramique. Quelques bannières rouges décorent un édifice- la billetterie ?- fermée. Un jeune promène son chien. « Quand est ce ouvert ? » il n’en sait rien « Des fois, cela ouvre… ». Nous suivons alors une flèche qui conduit à la Fontaine Plinienne (Pline l’Ancien) : un puits avec une jolie margelle. Deux colonnes antiques encadrent une porte. Le kiosque, en face, est ouvert. Pour 5 €, le patron ouvrira la porte. En  plaisantant, je demande si pour le prix la visite est guidée? »Les guides sont tous morts » répond le cafetier-« Il ne faut pas venir par une « . Le site fait 15ha=15OOOm2 «  précise – t-il. Il laissera la porte ouverte pour qu’on puisse sortir.

Nous descendons dans une sorte de caverne circulaire qui suinte l’humidité. Au centre, une grosse citerne cylindrique, au dessus un ouverture carrée, puits de lumière. Des canaux creusés dans la pierre et des canalisations de plomb conduisent l’eau jusqu’à une fontaine à trois marches. La fraîcheur est saisissante. On aimerait rester plus longtemps quoiqu’il y ait si peu à découvrir. Au dessus, un panneau délavé pratiquement illisible décrit les lieux et désigne un amandier,poussant là déjà au temps des Messapiens qui y auraient accroché une chaussure avant de partir à la guerre.

La piazza Garibaldi est barrée par un Palazzo immense : le palazzo Imperiali; tout à fait remarquable par sa taille tout à fait exagérée dans une aussi petite ville et par la splendeur de ses ferronneries : balcons aux rambardes arrondies pour les belles robes des dames comme nous l’avions vu en Sicile à Syracuse ou à Palerme. Comme un restaurant s’y est installé, on peut entrer sous l’arche très haute et admirer le double escalier de pierre magnifique et la loggia.

A l’ombre du palais, les vieux se réunissent. Ils sont venus à vélo. Certains se servent de la selle comme d’un siège. D’autres sont assis plus confortablement sur des bancs. Un vélo a son cadre renforcé par un tasseau de bois.

De l’autre côté de la rue un terre-plein planté d’arbres, plus loin une église à façade baroque. C’est la messe, les portes sont grandes ouvertes. On peut jeter un coup d’œil. Les grands tableaux noirâtres, râpés, même crevés sont peu attrayants. En revanche les moulures, draperies de stuc, angelots peints de jaune et de blanc font ressembler l’église à un boudoir. Au plafond, les fresques un peu effacées semblent jolies. Nous ne pouvons pas nous attarder en plein baptême. Il faudra revenir en semaine quand les boutiques sont ouvertes ou le soir pendant la passeggiatta pour avoir une impression plus animée de Manduria.

Sur le Corso Garibaldi, encore une église baroque avec un portail très espagnol. Le moine, dans sa niche a perdu sa tête. En quelle occasion ?

Sous un arc de triomphe, une plaque raconte l’histoire de la ville détruite vers l’an mil par les hordes de Goths et de Sarrasins, reconstruite sur l’ordre du roi Roger sous le nom ? Elle n’a repris son ancien nom de Manduria que sous les Bourbons. Les Italiens ne sont pas chiches de belles plaques commémoratives que je m’efforce de lire et de traduire. L’évènement gravé dans le marbre est souvent de peu d’importance mais cela rend vivante la visite autant que les anecdotes du guide Bleu.

Dans les ruelles, il faut lever les yeux pour apercevoir un balcon ancien, une porte ciselée, l’encadrement d’un portail à la pointe de diamant. Les vicoli sont si étroits qu’il fait bon circuler à l’ombre tandis que le thermomètre de la pharmacie annonce 32° à 10h3O . Mais dans les ruelles on n’a pas de recul. La surprise de découvrir un palais, un patio fleuri, des plantes vertes en pots… est un enchantement.

Le porche de la cathédrale est précédé de quelques marches et gardé par deux beaux lions de pierre. Malheureusement elle est fermée et le campanile roman est caché par des échafaudages. Nous faisons le tour du Duomo pour découvrir l’arche derrière laquelle s’ouvre une petite cour : le ghetto des Hébreux. Petites maisons aux façades aveugles. Peut être vivaient ils autour de patios comme à Fez ou en Andalousie ? Combien étaient ils ? Quand étaient ils établis ?

Il n’est pas midi ; nous faisons un crochet par San Pietro. L’animation d’un dimanche à la mer bat son plein : rues embouteillées, boutiques, pizzerias prises d’assaut. A la boulangerie, on enlève sous mes yeux tous les cornets feuilletés remplis de crème que je convoitais. A la place, je commande deux babas et deux canoli à la ricotta et aux fruits confits comme ceux que nous mangions en Sicile. Les abords de la plage sont inaccessibles : la plage grouille de monde.

Quand nous rentrons à La Fortuna, la piscine est aux trois quarts remplie. L’eau n’a pas eu le temps de se réchauffer. Elle est glaciale. Nous passons une après midi tranquille sur le bord de la piscine à l’ombre de grands arbres. Puisque nous n’avons pas la télé j’ai acheté le Corriere della Sera que je lis avec autant de plaisir que le Monde.

Après les attentats du 7 Juillet à Londres, le terrorisme est la préoccupation principale. Une femme kamikaze s’est faite exploser « en l’air » (c’est l’expression italienne) dans un car de touristes en Turquie. La mondialisation n’est pas uniquement celle du commerce et des marchandises. C’est aussi celle des conflits. Il ne suffit pas d’éviter le Moyen Orient. L’Italie se place au niveau 3 d’une échelle de risque de 5 degrés. Tout ce que trouve Sarkozy c’est de suspendre les accords de Schengen ! Cette fermeture de la France sur elle-même me désole/ d’abord, la mesure est absurde : les terroristes de Londres étaient sujets britanniques. Ensuite, elle est purement démagogique. Elle assure les partisans du NON du 29 mai de la bienveillance du gouvernement qui alors faisait campagne pour le OUI. Opportunisme étroit. Le NON « de gauche » bien aggloméré au NON de la Droite souverainiste !Aussi inquiétantes, les mesures préconisées en Italie de surveillance du courrier électronique et des conversations téléphoniques. Les vidéos des caméras de surveillance anglaises ont permis  de filmer les terroristes : preuve de leur utilité. Big Brother est déjà parmi nous.

Calme et sérénité à la piscine. Nous nous étonnons de tant de luxe juste pour nous. Géraniums et lauriers roses égaient les abords. L’impression d’abandon d’hier est oubliée. Et tout cela rien que pour nous ! Ou presque, Marianna et Fortunato sont rentrés de la mer. Marianna a mis la sono, musique gaie en Espagnol. Elle a déplié une chaise longue et apporté trois pliants de plage en plastique. Tous les deux plongent du plongeoir.

Marianna est très bavarde. Elle nous promet la Tivou pour ce soir. « La Tivou ? » Je mets un certain temps à comprendre qu’il s’agit de la télé.

La nuit tombe, cochons et chevaux se promènent. Je descends leur porter des épluchures des haricots verts et les photographier. Je suis un peu ridicule : deux chevaux et deux cochons qui me font un cortège sans parler des trois chiens qui nos ont adoptés. Deux d’entre eux boitent, ils se sont faits écraser par une voiture.

Après dîner, nous prenons le frais sous les étoiles. Je n’ai pas envie de me coucher. Il est près de dix heures quand Fortunato et Marianna débarquent sans la Tivou mais avec un grand piège lumineux violet et vert pour les moustiques.

On les invite pour la Mandorli ; ils ont apporté de la « tarte aux pommes » qu’a faite la mère de Fortunato. Nous leur montrons les photos de Naples et du Gargano. Marianna est intéressée. Fortunato ne réagit que devant les rues pauvres de Naples. Je ne suis pas sûre qu’ils apprécient que les touristes rapportent de tels souvenirs. Il n’aime pas les visites touristiques ni les châteaux ni les églises ou les musées. Sa passion c’est la pêche sous toutes ses formes.

Je fais des fautes en Italien qui les font éclater de rire. Je ne comprends pas bien ce qui est drôle mais je ris de bon cœur avec eux.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

3 réflexions sur « Manduria et farniente à la piscine »

  1. Toi qui aimes tant l’Italie as tu lu un jour Ferdinando Camon, je te recommande « jamais vu soleil ni lune  » un livre sur les paysans italiens magnifique qu’on trouve en folio
    et aussi « Noir toscan » un très beau et noir roman (j’ai fait un billet)
    je continue sans trève mon voyage avec toi et en plus sans souffrir de la chaleur !

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  2. Chez nous, « disparition totale des ordures ménagères grâce aux cochons » et aux poules c’est pratique courante depuis longtemps, dans chaque village…on evite l’accumulation et plusieurs d’autres choses qui peut etre sechees sont utilisees pour allumer le feu en automne et pendant l’hiver.

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