Les cavaliers – Joseph Kessel

LA ROUTE DE LA SOIE

cavaliers 

« …Il parlait de Zarathoustra comme s’il avait été son disciple, d’Iskander, comme s’il l’avait suivi de conquête en conquête, de Balkh la mère des villes, comme s’il en avait été citoyen; et des carnages de Gengis Khan comme s’il avait trempé dans le sange des peuples massacrés et enseveli sous les cendres et les ruines des forteresses… »

Quel merveilleux conteur que Kessel !

Il entraîne le lecteur sur les sommets de l’Hindou Koush et dans la steppe dans des aventures haletantes à la suite d’un  cavalier, de son merveilleux cheval Jehol et de son palefrenier. Parti jouer pour le roi à Kaboul le bouzkhachi – jeu équestre afghan – Ourouz, le champion est blessé et rentre par  des pistes vertigineuses. De tchaïkhana en bivouac ou sous la yourte, ils font des rencontres hallucinées avec  des princes ou des nomades, en transhumance, avec une djat, une gitane et son singe,ou dans un incroyable cimetière… L’épopée tourne mal.

Et je les suis, fascinée dans ce récit hors du temps même si camions et automobilistes me rappellent qu’il se déroule au 20ème siècle tandis que ces cavaliers auraient pu être ceux Tamerlan.

Récit viril. Pendant le premier tiers du roman nous ne croisons qu’une seule femme : l’infirmière étrangère qui a soigné Ourouz à l’hôpital et dont l’intervention déclenche l’aventure d’Ourouz et du palefrenier Mokkhi. Puis dans un bivouac, une vieille gitane, à moitié sorcière, qui entraîne son singe – apparition fugitive. La tragédie se nouera avec la rencontre de Mokkhi et de la petite nomade Zéré. Histoire d’amour ou d’intérêt?

Chevaux_en_Mongolie

On ne sait ce que pense l’auteur

« ...Alors il était juste, il était bon que Zéré fût dehors comme une chienne assoiffée, affamée, tandis que eux, les hommes…?Non pas Zéré…Mais pourquoi elle seule? Mokkhi derrière celle qu’il aimait aperçut la file sans fin de ses soeurs déshérités et se sentit coupable d’une faute dont il ne savait rien saur qu’elle avait la moitié de la race humaine pour victime... »

Dénonce-t-il l’injustice faite aux femmes? Pas sûr.

Le rôle de Zéré est d’introduire le trouble dans le monde des hommes, pas seulement le désordre,  de pervertir le naïf Mokkhi, de le pousser jusqu’au meurtre. Chez les hommes règnent l’ordre, et  la coutume faite de hiérarchie, d’honneur et de dignité. De violence aussi. 

« Dans un jeu – et celui-là était le jeu essentiel, mortel de la dignité et de l’honneur – la vraisemblance ne comptait point, pourvu que fusse respectées la règle et la coutume. « 

C’est un monde violent, un monde d’hommes et de chevaux, de combats de chameaux, de béliers, de paris. Un monde où la cravache peut blesser sans remords le visage d’un enfant, tuer un étalon. Où le sexe se traduit par un viol. Seule l’extrême vieillesse apporte une note apaisée. 

La nature, les montagnes, les lacs, les étendues de la steppe sont magnifiquement décrits.

« C’était la steppe dans son élan sans limite et son fleuve d’herbes qui ondulait aussi loin que portait la vue, et son soleil plus large et plus fier, et son ciel plus haut et plus vaste qu’ils n l’étaient ailleurs dans le monde et ses nuages ailés qui filaient sous le vent, et son parfum, son parfum surtout, la fleur de l’absinthe amère et d’une liberté merveilleuse et sauvage. « 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

7 réflexions sur « Les cavaliers – Joseph Kessel »

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