Adieu Shangaï – juif Angel Wagenstein – Ed. l’Esprit des péninsules

BULGARIE 

Angel Wagenstein est un écrivain bulgare auteur de Abraham le Poivrot, loin de Tolède et de Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, que j’ai beaucoup aimés et qui mettent en scène des Juifs séfarades bulgares à Plovdiv pour le premier et un tailleur ashkénaze de Kolodetz- Galicie  (à côté de Lviv) qui, sans quitter sa ville a changé 5 fois de nationalité et a été déporté avec son beau-frère le rabbin. Ces deux livres, florilège d’humour juif m’avaient beaucoup fait sourire, même rire. 

Adieu Shanghai est le dernier volet de cette trilogie racontant l’histoire des Juifs d’Europe au XXème siècle. C’est un roman historique et  un roman d’espionnage : l’histoire vraie, mal connue, de la communauté juive de Shanghai entre les années 30 et la fin de la guerre en 1946.

En introduction et en conclusion : la Symphonie des Adieux de Haydn. Les héros du roman sont des Juifs allemands : un couple de musiciens de Dresde et  Hilde, une jeune Berlinoise, figurante de cinéma qui a été repérée pour un tournage à Paris. Juifs assimilés, éloignés de la tradition juive, ils n’ont pris conscience du danger dans l’Allemagne nazie que très tard quand toutes les portes de l’exil se sont refermées.  L’Angleterre ferme ses portes, l’Amérique ne donne plus de visas comme dans l’épopée du paquebot Saint Louis avec à son bord près de 1000 juifs allemands qu’on a renvoyé à Hambourg.  Le 10 novembre 1938, Nuit de Cristal, Theodor Weissberg et les musiciens juifs du Philharmonique de Dresde sont arrêtés et conduits à, Dachau… Seule destination encore ouverte : Shanghai! 

A Shanghai la Communauté Juive est composé de trois groupes  : les plus anciens, les Bagdadis, riches commerçants sont installés au coeur de la Communauté internationale, un autre groupe vient de Russie ayant échappé aux pogroms et aux persécutions, et plus récemment des réfugiés venus d’Allemagne s’entassent dans un quartier pauvre, dans des dortoirs de fortune de la fourmilière humaine de Hongkew. 

Cosmopolite, Shanghaï était une ville portuaire avec des Anglais, des Français, des Allemands, des marins , vivant séparés du peuple chinois. Depuis juillet 1937 les Japonais sont maîtres de la ville. Les Allemands alliés des Japonais comptent bien étendre les mesures antijuives à Shanghaï et concentre les Juifs dans un ghetto à Hongkew.

Shanghaï est aussi un nid d’espions, entre services secrets japonais, allemands, russes, anglais et américains. Les gouvernants n’écoutent pas toujours les indices que leurs renseignements font circuler. Pearl Harbour aurait-il pu être évité? Pour qui espionne Vladek- le polyglotte, alias Vincent le journaliste? Tout un jeu trouble dans les vapeurs d’opium ajoute à la tension du livre.

Ces jours-là, on attribuait à Joseph Staline le mérite personnel du retournement de situation sur le front russe. possible. Si la rumeur et l’Histoire aiment à simplifier et personnifier les évènements afin de les rendre  plus digeste. il serait cependant par trop simpliste de mettre toutes les victoires et tous les naufrages au crédit d’un seul homme. Il est ainsi peu probable que le message codé par le journaliste suisse Jean-Loup Vincent ait joué à lui seul un rôle décisif dans cette épopée si dramatique pour Moscou. Attribuer la prise de Troie, au terme d’un infructueux siège de dix ans, à un cheval en bois creux, la destruction de l’inexpugnable Jéricho à des trompettes ou le salut de Rome à des vols d’oies. Autant de procédés littéraires, mais bien loin de restituer toute la complexité et la barbarie de la vérité historique….[…]Semblables supercheries douanières se comptent par dizaines ; Pearl Harbour est du nombre.

On ne sourit pas(ou très peu) à la lecture de ce livre contrairement aux deux précédents, on est en pleine tragédie. Et pourtant, l’auteur sait repérer le cocasse de certaines situations comme cette synagogue dans un temple chinois meublé d’un énorme Bouddha ou l’orchestre des carmélites accueillant les réfugiés en musique

Cet exotique tableau avec nonnes chinoises embouchant trombones et trompettes pour magnifier le Danube bleu à l’embouchure du Yang-Tseu-Kiang lequel brassait les eaux d’un brun trouble, recelait quelque chose de grotesque et de touchant à la fois. un tel accueil, aussi solennel qu’ inattendu, insufflait du courage dans l’âme des réfugiés désorientés et exténués après ce long voyage, il ravivait l’espoir génétiquement enraciné au cœur de la tribu d’Israël, si souvent persécutée, que la situation n’était pas si tragique et qu’au bout du compte, tout finirait par s’arranger. Frêle espoir qui serait bientôt mis à rude épreuve. 

Livre d’autant plus émouvant que rien (ou très peu) a été inventé!

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

4 réflexions sur « Adieu Shangaï – juif Angel Wagenstein – Ed. l’Esprit des péninsules »

  1. Off topic:C’est bien que Radu Mihaileanu a quitte la Roumanie dans les annees ’80…j’aurais dû faire pareil, mais, bon, « je ne regrette rien »… 🙂 en special apres ma presence (2016 -2021) en France

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