le Ventre des Hommes – Samira El Ayachi

ENTRE GERMINAL ET ZAGORA

« Marre de Zola à l’école. Germinal, on nous donne le livre à lire. Germinal, le nom de la nouvelle rue qui conduit vers la mairie. J’ai rien compris à cette histoire, à part des pauvres qui se tapent dessus et qui se battent contre une main noire invisible. Après ça chante à pleins poumons la chanson de Pierre Bachelet, Au Nord, c’étaient les corons, la misère, la misère. »

 

Je viens de terminer Germinal et nous sommes en partance pour le sud marocain. J’ai écouté Samira El Ayachi un peu par hasard sur un podcast de France Culture à la suite d’un entretien avec Rosie Pinhas-Delpuech et elle m’a convaincue de lire Le Ventre des Hommes. Je ne l’aurai sans doute pas acheté autrement, parce que le titre ne me disait rien, je le trouvais vilain. j’ai des problèmes avec les titres!

Hannah, l’héroïne du roman est née à Lens, a été à l’école primaire Emile-Zola, bonne élève, elle va réussir les concours de l’éducation nationale et devenir professeur de lettres. Non conformiste,   elle préfère être instit, mais va se heurter aux injonctions et aux directives académiques….

« Hommage aux mineurs qui ont reconstruit la France après la guerre. » Il dit des choses comme ça d’une voix solennelle. « Après deux cent soixante-dix ans d’exploitation dans le Nord-Pas-de-Calais, la mine tire sa révérence. »

Son histoire se mêle à celle de son père que l’on a fait venir du Sud marocain en 1974 pour liquider les mines qui doivent fermer à terme. On recrute des ouvriers dociles, si possible illettrés qui ne poseront pas de problème quand on n’aura plus besoin d’eux.

« On organise de recruter des Marocains, avec pour objectif que nous ne resterions pas. On était là comme un point-virgule, pour faire la transition. »

[…] je n’avais pas le droit de dire que je savais lire, écrire, un tout petit peu le français, une personne apte à lire pourrait être une menace. Je devais faire attention qu’on ne me prenne pas en flagrant délit de connaître un peu la langue. »

Deux histoires se mêlent, celle de Hannah, enfant puis adolescente, enfant des corons, qui va lutter contre les préjugés de classe, vivre la vie d’une jeune fille dans le Nord qui n’a plus guère d’attaches avec le Maroc de ses parents mais qui a grandi entre deux cultures, entre sa mère qui parle berbère et son père qui rêve de s’intégrer.

J’ai pleuré, pleuré à cause de toi Bourdieu

L’histoire du père, histoire secrète que Hannah va découvrir sur le tard, est l’histoire d’un militant qui s’engage pour que les mineurs marocains obtiennent le statut de mineur qui garantie des droits sociaux, au logement, à la santé, la retraite…statut que tous les autres mineurs possèdent et qui est dénié aux mineurs marocains. Pour cela, ils feront grève, comme dans Germinal. Le père passera même à la télévision!

après quand je suis rentré ils disent rien Ils disent pas que les mines allaient fermer ou non On savait pas que tout le monde il a un contrat à vie avec la gratuité du logement à vie et tout ça Et pas nous On a confiance en la France c’est nos amis on a été sous protectorat on pense pas la France qui nous trahit nous ses amis.

Des accords avec le Maroc, et des complicités feront que les activistes sont très mal vus au retour au pays, ils risquent même d’être emprisonnés. Les vacances ne seront plus au bled mais sur les plages du Nord.

Hannah, la rebelle, va se trouver mêlée à une sale histoire « l’histoire de l’institutrice »…elle va être arrêtée et va comparer son arrestation à celles que son père a subi…j’arrête là de peur de divulgâcher!

Mais, sans rien spoiler j’insiste après le vote de la loi scélérate sur l’immigration, sur les conditions qui ont fait importer de la main-d’œuvre étrangère, bien racontées dans ce roman.

“Tous les bicots que t’as regardé droit dans les yeux, que tu as fait venir jusqu’ici, maintenant, tu vas aller les
voir un par un, et les regarder à nouveau dans les yeux pour leur dire que c’est fini. C’est pas compliqué. Tu
étais ‘Chef du département de la main-d’œuvre étrangère’, maintenant tu es ‘Coordinateur du retour au pays’. C’est la même chose, à l’envers. Tiens, voici tes nouvelles cartes de visite, monsieur le Haut Fonctionnaire”.

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

10 réflexions sur « le Ventre des Hommes – Samira El Ayachi »

  1. Le titre n’est pas très heureux c’est sûr, mais le reste m’intéresse bien. Ma bibliothèque ne l’a pas, par contre il y a deux autres romans.

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    1. @aifelle : il vient tout juste de sortir en janvier 2024, c’est sans doute pour cela que la bibliothèque ne l’a pas encore. Pour les autres romans, je ne sais pas je découvre dette autrice.

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    1. @ingannmic : Tout à fait pertinent pour le monde du travail : la liquidation des Houillères du Nord! Je ne mettrai pas le logo parce que j’économise chaque Go de galerie qui est bientôt pleine, je ne sais pas ce que mon blog va devenir.

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  2. La citation m’a interpelée parce que Germinal était au programme du Bac (l’enseignement se faisait en français) quand j’enseignais à Ouarzazate. Comme si le gouvernement français s’intéressait aux mineurs qu’ils soient marocains ou non ! SI économiquement ils sont rentables oui ! Quand ils n’en ont plus besoin, exit !

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