Le dîner de trop – Ismail Kadaré

LECTURE COMMUNE EN HOMMAGE A KADARE 

Gjirokastër se voit de loin

L’histoire se déroule à Gjirokastër, la Cité de Pierres où nous avions visité la Maison de Kadaré, la Maison d’Enver Hoxa, la Citadelle fortifiée par Ali Pacha (cf Alexandre Dumas et le comte de Montecristo) et d’autres maisons-tours impressionnantes. Je revisite les souvenirs de voyage avec grand plaisir. 

L’action commence pendant la Deuxième Guerre Mondiale. L’Italie fasciste, impériale, envahit l’Albanie en 1939, avec des déboires (résistance, guérillas et incursion des Grecs). En 1943, l’Allemagne nazie remplace l’occupation italienne et tente de rallier certains nationalistes albanais qui rêvent d’une grande Albanie. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu « Le Dîner de trop« .

Les deux chirurgiens réputés de Gjirokastër étrangement portent le même nom: Gurameto. Gurameto le Grand a fait ses études de médecine en Allemagne tandis que Gurameto le Petit a étudié en Italie. Le commandant des troupes allemandes, le baron von Schwabe, est un ancien condisciple de Gurameto le Grand. Il se présente au nom de leur ancienne amitié. Au nom de l’hospitalité traditionnelle, le chirurgien l’invite à un dîner:

qu’était-ce en vérité que ce dîner que d’aucuns surnommaient encore « le dîner de la honte », et d’autres « le dîner de la résurrection » ?

La nuit se déroule dans une atmosphère étrange : l’invasion allemande a été accueillie par une embuscade. Les Allemands prennent un certain nombre de citoyens en otage sous la menace de leurs mitrailleuses pendant que les chefs festoient accompagné par la musique d’un gramophone fou que toute la ville entend. Ambiance presque surnaturelle, correspondant à des contes albanais où la mort se joint à un festin. Le décor des mitrailleuses me rappelle celles qui sont encore aujourd’hui exposées dans la maison d’Enver Hoxa

Le régime va changer, le communisme s’installe en Albanie.

Ce n’est qu’en 1953 que le souvenir de ce dîner va ressurgir, dans un contexte très tendu de Procès des blouses blanches et de conspiration sioniste à la veille de la mort de Staline. les deux Gurameto sont arrêtés, torturés dans les sinistres cachots d’Ali Pacha. Gurameto le Grand doit s’expliquer sur ce dîner…

Ce n’est pas le roman le plus facile de Kadaré. Très peu de folklore, des notions géopolitiques un peu embrouillées. Et surtout, peu de faits établis, des rêves, des contes et même les chansons que compose l’aveugle de la place principale. Des doutes s’instillent. Des conspirations fumeuses. Mais une ambiance balkanique très dépaysante.

l’ex-Empire ottoman, quatre ex-surveillants du harem impérial, trois vice-directeurs de banques italo-
albanaises, quinze préfets à la retraite, tous régimes confondus, deux anciens étrangleurs professionnelsde princes héritiers, une rue baptisée « ruelle aux Fous », deux péripatéticiennes de luxe, sans parler des
trois cents fameux juges et quelque six cents simples d’esprit. Tout cela faisait beaucoup pour une ville
médiévale visant à devenir communiste.

Je suis retournée à Gjirokastër avec grand plaisir.

 

Avatar de Inconnu

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

15 réflexions sur « Le dîner de trop – Ismail Kadaré »

    1. Ton billet et tes photos me font très envie. J’ai d’ailleurs longtemps hésité à lire celui-ci pour ce rendez-vous. Quant au voyage en Albanie, je crois que je ne vais pas repousser à trop longtemps. Ce pays me fait de plus en plus envie.

      Aimé par 1 personne

      1. @cleanthe il y a tout un carnet Albanie sur mon blog si tu veux voir plus d’images . En tout cas une destination très sympathique. Quand nous y sommes allees il n’y avait pas du tout de touristes et nous avons fait de très belles rencontres

        Aimé par 1 personne

    1. Tes photos donnent une idée du décor. On retrouve apparemment l’ambiance particulière des romans de Kadaré. (surnaturelle comme tu le dis).

      J’aime

Répondre à Miriam Panigel Annuler la réponse.