Je suis toujours là – Marcelo Rubens Paiva

BRESIL/ UN LIVRE/UN FILM 

J’ai découvert le film en janvier 2025. Walter Salles  a réalisé Central do Brasil et Carnets de voyages racontant  la traversée de l’Amérique latine par Guevarra  avant qu’il ne soit le Che. Ce film a été multirécompensé

J’ai beaucoup aimé ce voyage au Brésil. Ambiance années 70, plage et joie de vivre avant le drame : l’arrestation de Rubens Paiva, sa disparition et la lutte constante de Eunice Paiva jouée par Fernanda Torres pour mettre en lumière la vérité. Je l’avais chroniqué sur mon blog Toiles Nomades CLIC 

J’avais ressenti l’urgence de rétablir la vérité historique sur la dictature qui a régné sur le Brésil entre le coup d’Etat de 1964 et le rétablissement de la démocratie dans les années 80. La présidence de Jair Bolsonaro montre que les forces d’extrême droite sont encore puissantes. 

j’ai donc coché dans la liste de la Masse Critique de Babélio le livre de Marcelo Rubens Paiva : JE SUIS TOUJOURS LA d’où est tiré le film. J’ai eu peur de m’ennuyer puisque je connaissais l’histoire et les personnages. Cela n’a pas du tout été le cas. D’abord, j’avais fait un contresens : je m’étais imaginée que, dans « je suis toujours là » , « je » représentait le père, arrêté, disparu, mais toujours présent dans les démarches de la mère pendant des années afin de retrouver des preuves de vie, d’abord, puis de son décès. 

« Je suis toujours là » , le « je » est mis pour Eunice, personnalité remarquable. Le livre lui est donc consacré. Femme au foyer, mère de 5 enfants, maîtresse de maison, épouse d’un ex-député. Rien ne la prédisposait à mener la lutte qu’elle a menée. Epouse d’un disparu, elle n’est pas « veuve », elle ne joue pas les victimes et refuse ce rôle avec  fierté et dignité. La photographie montre la famille souriante et non pas abattue. Pour sa lutte, Eunice n’a pas choisi la vengeance ou la clandestinité. Elle a commencé des études de Droit, et a choisi la profession d’avocate pour faire valoir ses droits. Avocate des Droits de l’Homme, pas seulement des disparus. Elle est devenue l’avocate des minorités indigènes, des Indiens Pataxos contre les grands propriétaires terriens soutenus par la dictature. 

Ce livre sous-titré « Roman » est plutôt un témoignage. Témoignage des tortures, des disparitions, de la chape de plomb de la dictature. C’est un livre de mémoire, mémoire de l’histoire brésilienne, mémoire de sa famille. Un livre de mémoire alors que la mémoire quitte Eunice. Alzheimer s’installe et bouleverse sa vie. Au moment où elle pourrait profiter de l’hommage rendu à son mari, où grand mère elle peut tenir son petit-fils sur ses genoux, la maladie la gagne.

« Son orgueil était plus fort que son oubli. jamais elle ne s’apitoierait sur elle-même. Elle ne voulait pas que nous ayons pitié d’elle. jamais elle n’a demandé de l’aide. Ces derniers temps, une nouvelle phrase, pleine de sens, est entrée dans son répertoire, en particulier quand elle est prise dans un tourbillon d’émotions […]Cette phrase signifie un moment de bonheur ou une mise en garde « Je suis toujours là. Je suis toujours là »

Oui maman tu est toujours là. A 85 ans, ma mère n’est pas entrée dans la quatrième phase, la pire de toutes . Sa vie est composée de nombreux actes. Il y en aura encore un. Tant que la mort de mon père n’aur pas pris fin« 

Ainsi s’achève l’histoire.

C’est donc un voyage au Brésil, une leçon de vie. Lecture agréable, bien menée.

Et comme le sujet est loin d’être épuisé, un nouveau film est sorti sur la dictature L’Agent Secret de Kleber Mendoça Filho qui se déroule en 1977 à Recife en plein Carnaval. il dure 2h40 mais vous ne vous ennuierez pas. CLIC

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

Une réflexion sur « Je suis toujours là – Marcelo Rubens Paiva »

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