J’ai retrouvé avec plaisir Avraham au commissariat de Holon. J’avais apprécié Les Doutes d’Avraham non pour l’intrigue trépidante, en fait pas trépidante du tout, mais pour le policier consciencieux et très humain.
Dans La Violence en embuscade pas de course poursuite ni de découvertes sanglantes ou gore. Tout est caché. Une disparition inquiétante. Une machine infernale (bombe dans une valise) est placée aux abords d’une crèche. C’est un jouet – pas de risque d’explosion. La violence peut elle survenir dans un jardin d’enfants?
L’enquête commence la veille de Rosh Hashana, se déroulera pendant Kippour. Les fêtes ralentissent le travail…Réunions de familles, familles dysfonctionnelles.
Avraham a plutôt raté sa dernière affaire. Il a des doutes (encore). Ce drame le poursuit et le pousse à être encore plus rigoureux…
Résumé comme cela, on ne devinerait pas un polar addictif, et pourtant les pages se tournent toutes seules.
« C’était une créature toute petite, toute mignonne, toute déliée; une beauté de salon que la lueur vive des bougies rendait féerique et qu’un rayon de soleil eût ternie. En dansant, elle était si légère, qu’un souffle eût suffi pour l’enlever; mais elle était légère sans vivacité, sans plaisir. Assise, elle se courbait comme si son corps trop souple n’eût pas eu la force de se soutenir; et, quand elle parlait, elle souriait et avait l’air triste. »
Indiana, jeune créole de l’Île Bourbon a suivi son vieux mari, colonel de l’armée de Napoléon, industriel dans le domaine de Lagny à proximité de Melun.
Elle n’aima pas son mari, par la seule raison peut-être qu’on lui faisait un devoir de l’aimer, et que
résister mentalement à toute espèce de contrainte morale était devenu chez elle une seconde nature, un
principe de conduite, une loi de conscience.
Premier roman publié sous le nom George Sand en 1832 après des publications en collaboration avec Jules Sandeau.
Indiana, est entourée par sa servante créole, Noun,et son cousin Ralph, personnage falot. Elle tombe amoureuse de Raymon de Ramière, son voisin, jeune homme brillant, qui la séduit facilement mais à qui elle résiste longtemps,. Pieuse et vertueuse, elle a des scrupules à tromper son mari, que par ailleurs elle craint, jaloux et violent. L’amourette traîne jusqu’à ce que la belle cède. Après la conquête, Raymon ne ressent plus l’intérêt de ce qui va devenir un scandale. Il se lasse et la chasse. C’est bien écrit, finement analysé, mais je m’ennuie . Indiana est bien naïve. Le dénouement est prévisible.
Indiana, oie blanche, ne m’enchante pas . En revanche la charge très spirituelle contre l’ « honnête homme » son contemporain est passionnante. On voit toutes les ruses, les faiblesses des séducteurs.
Savez-vous ce qu’en province on appelle un honnête homme ? C’est celui qui n’empiète pas sur le champ de son voisin, qui n’exige pas de ses débiteurs un sou de plus qu’ils ne lui doivent, qui ôte son chapeau à tout individu qui le salue; c’est celui qui ne viole pas les filles sur la voie publique, qui ne met le feu à la grange de personne, qui ne détrousse pas les passants au coin de son parc. Pourvu qu’il respecte religieusement la vie et la bourse de ses concitoyens, on ne lui demande pas compte d’autre chose. Il peut battre sa femme, maltraiter ses gens, ruiner ses enfants, cela regarde personne. La société ne condamne que les actes qui lui sont nuisibles; la vie privée n’est pas de son ressort.
La fortune tourne, Le Colonel Delmare est ruiné . Il va tenter sa chance à La Réunion (Île Bourbon). Indiana suit son mari mais aime toujours Raymon…
Cette deuxième partie de livre est plus aventureuse avec des rebondissements inattendus. J’ai aussi aimé l’évocation de la nature dans ce décor exotique et je me suis laissé emporter par cette lecture avec plaisir.
Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), l‘histoire des Juifs. Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert: le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever ce mystère.
A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo, Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.
Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.
La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!
Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est un peu laborieuse. .
Pierre Michon, dans son style époustouflant nous emmène au Louvre découvrir le célèbre tableau Les Onze peint par François-Elie Corentin représentant les onze membres du Comité de Salut Public. Roman historique faisant revivre la Terreur .
«Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les Commissaires. Le Grand Comité de la Grande Terreur. Quatre mètres virgule trente sur trois, un peu moins de trois. Le tableau de ventôse.»
Connaissez-vous le grand peintre François-Elie Corentin ?
Il convient de le présenter sa généalogie, ses origines. Né en 1730 à Combleux, où des bataillons de Limousins ont remué la terre boueuse de la Loire pour creuser le canal d’Orléans à Montargis pour l’enrichissement du grand-père du peintre, Corentin-La Marche Ingénieur des turcies et levées de Loire. Enfant, il a rêvé devant les paysages, les hérons de la Loire….
Avant de revenir aux Onze, faisons un détour dans la peinture par l’Italie, Véronèse et Tiepolo qui ont inspiré François-Elie qu’on a surnommé « le Tiepolo de la Terreur ». Pierre Michon nous éblouit dans la description d’un magnifique Tiepolo
C’est toute l’Italie mythologique qui vous regarde de son haut, toutes les trois marches. C’est large comme un boulevard pour monter à ce ciel que Tiepolo peint mais qu’il n’a pas inventé : le projet, le canevas mental, deux savants jésuites le lui ont versé dans le creux de l’oreille, deux Germains de Rome. Le page qui monte quatre à quatre ce boulevard céleste vient de France, le page irrésistible qui deviendra ce peintre que nous savons. […] Tiepolo là-haut riait en jurant que Dieu est un chien, Dio cane, comme jurent les Vénitiens, ce qui en l’ occurrence était une façon de dire, évidemment ; car que peut-on demander de plus à Dieu que cela, des contrats et des devis célestes entre peintres de très haute stature et princes nains, les uns toutes couleurs et mythologie, les autres tout sequins – qui étaient peut-être des thalers dans ce fond de Germanie, ou des guinées –, mais les peintres dans les formes rendant hommage aux autres, les Monseigneurs, avec de la révérence : les princes n’ont pas besoin d’être grands, ils n’exercent pas et jouissent. Dio cane. Vous imaginez cela, Monsieur ?
Pierre Michon nous étourdit avec son style ; il anéantit notre sens critique. Et si tout était une fiction, le tableau et le peintre?
Ce tableau que je n’ai jamais vu au Louvre est une commande :
« un piège en forme de peinture, un joker politique«
« Tu vas donc nous représenter. Prends garde à toi Citoyen-Peintre, on ne représente pas à la légère les Représentants »
Lu à la suite de Jules Verne contre Nemo de Céline Ghys qui avait lancé une allusion transparente :
« Disons que je prendrai un époux quand je verrai un rayon vert à la place du soleil couchant. «
En effet, le personnage principal est – une fois n’est pas coutume – une jeune fille intrépide, Miss Campbell, jeune écossaise que ses oncles veulent marier à un jeune scientifique Aristobulus Ursiclos qui, outre son nom ridicule, est parfaitement ennuyeux.
Tu ne veux pas te marier ? dit le frère Sam. – A quoi bon ? – Jamais ? … dit le frère Sib. – Jamais, répondit Miss Campbell, en prenant un air sérieux, que démentait sa bouche souriante, jamais mes oncles… du moins tant que je n’aurais pas vu… – Quoi donc ? s’écrièrent le frère Sam et le frère Sib. Tant que je n’aurai pas vu le Rayon-Vert. »
Et voilà Miss Campbell, ses deux oncles Sam et Sib, ainsi que leurs fidèles serviteurs, partis pour le littoral écossais, côte ouest bien sûr. Nous allons les suivre dans leur périple qui va les conduire dans la station balnéaire d’Oban, dans les îles de Mull, Kerrera, Seil, Staffa…îles Hébrides. Périple touristique sur des vapeurs puis sur un yacht loué. Vacances écossaises classiques. Rien à voir avec les aventuriers de certains romans et encore moins 20.000 lieux sous les mers ou de la Terre à la Lune. Vacances tranquilles où ‘on s’occupe à de belles promenades ou au jeu de croquet. On surveille le baromètre qui promet (ou non) un beau coucher de soleil.
Du tourisme plutôt que de l’aventure! Mais avec beaucoup d’humour. On sourit beaucoup. Pas de technologie révolutionnaire, encore moins de science-fiction. D’ailleurs la science, en la personne d’Aristobulus Ursiclos, est ridiculisée.
C’était un « personnage » de vingt-huit ans, qui n’avait jamais été jeune et probablement ne serait jamais vieux. Il était évidemment né à l’âge qu’il devait paraître avoir toute sa vie.
Un collier de barbe encadrait ses joues et son menton – ce qui lui donnait une face quelque peu
simiesque. S’il avait été un singe, c’eût été un beau singe – peut-être celui qui manque à l’échelle des
Darwinistes pour raccorder l’animalité à l’humanité.
[…]
risible, mais peut-être s’en riait-on, parce qu’il était ridicule. Personne n’eût été moins digne que ce faux
jeune homme de s’approprier la devise des francs-maçons anglais : Audi, vide, tace. Il n’écoutait pas, il ne
voyait rien, il ne se taisait jamais.
Rayon vert ou pas, comment la pétillante Miss Campbell pourrait le prendre pour époux? Surtout qu’elle est très romantique. Etrangement, Jules Verne écrit le Rayon Vertun roman d’amour romantique avec nombreuses allusions à Walter Scott,Ossian et les légendes folkloriques écossaises.
Romantisme du gouffre de Corryvrekan
« Le gouffre de Corryvrekan, justement redouté dans ces parages, est cité comme l’un des plus curieux endroits de l’archipel des Hébrides. Peut-être pourrait-on le comparer au raz de Sein, formé par le rétrécissement de la mer entre la chaussée de ce nom et la baie des Trépassés, »
Romantisme aussi de la Grotte de Fingal où ils vont bivouaquer.
Romantisme de la tempête qui s’y déchaînera….mais je m’arrête ici de peur de spoiler.
C’est une lecture facile, distrayante, différente des romans que Jules Verne a livré. Et en plus cela se lit vite!
J’ai rencontré l’autrice Céline Ghys à Créteil en poche et ce roman policier mettant en scène Jules Verne dans une enquête policière m’a semblé tout à fait à sa place dans le Challenge initié par Ta d loi du Ciné le squatteur du blog de Dasola CLIC
Evidemment, je ne vais pas divulgâcher en vous racontant l’intrigue!
Je ne déflorerai pas le suspense en précisant que l’action se déroule à Amiens en 1882. Jules Verne a donc 57 ans, et qu’il un personnage considérable à Amiens. Sa notoriété lui ouvrira des portes, facilitant ainsi l’enquête. Occasion de faire le portrait de l’écrivain.
Elle l’examina et trouva qu’il avait vieilli depuis leur dernière rencontre. Ses cheveux avaient presque tous blanchi. Sa moustache poivre et sel, au-dessus d’une barbe immaculée, lui donnait l’allure d’un patriarche, bien qu’il ne fût âgé que de cinquante-cinq ans. Cet air, il le devait aussi à son petit chapeau rond, un peu démodé, auquel il demeurait attaché. Claudine observa alors attentivement son oncle. Son œil gauche était légèrement fermé à cause d’une paralysie faciale qu’il avait contractée dans sa jeunesse, mais son regard restait toujours aussi bleu et intense.
Un tueur en série sévit dans la ville, ses meurtres sont organisés avec des mises en scène théâtrales. Il se joue de la police et de l’auteur prenant pour pseudonyme Némo. Némoest un personnage de 20.000 lieux sous les mers, c’est aussi sous ce nom qu’Ulysse berne le Cyclope. Némo c’est aussi personne.
D’autres allusions à l’œuvre de Jules Verne sont dispersées dans le roman :
Disons que je prendrai un époux quand je verrai un rayon vert à la place du soleil couchant. — Un rayon
vert ? Mais quelle idée ? Où as-tu entendu cela ? — Nulle part, je viens de l’inventer ! Je trouve l’
expression plus jolie que « quand les poules auront des dents ».
Justement le Rayon Vert a été publié en 1882. Est-ce un hasard? Je ne l’ai pas encore lu. Je vais le télécharger!
Cet aimable polar sans prétention est une agréable lecture que je vous recommande, occasion de mieux connaître le grand auteur et de vous promener dans Amiens.
A l’ arrivée dans ma boîte aux lettres de Anima, j’ai chaussé mes chaussures de randonnée, pris le bâton télescopique pour suivre Kapka Kassabova dans ses montagnes bulgares du Pirin sauvages, avec un enthousiasme renouvelé après la lecture de Lisière, Elixir et de l’Echo du Lac qui se déroule un peu plus loin.
J’ai lu récemmentLes Cent frères de Manol d‘Anton Dontchev et malgré le grand saut chronologique j’ai retrouvé l’univers des bergers et Anima m’a éclairée sur les différents bergers, bulgares ou Yörüks déjà présents au XVI ème siècle. Il me semble d’ailleurs que leur mode de vie a peu changé.
Anima raconte la vie pastorale dans ces montagnes des Balkans. Vie pastorale où le nomadisme est encore très prégnant : nomadisme des origines, nomadisme des Roms, et tout simplement transhumance annuelle à la recherche des pâturages d’estive. L’autrice situe les différentes tribus nomades dans cette mosaïque de populations qui constitue les Balkans. Bulgares, mais aussi turcophones, hellénophones. En filigrane, le souvenir des tapis, des yourtes venus d’Asie Centrale ou d’Anatolie.
Anima raconte la relation très forte aux animaux. Ovins, caprins et bien sûr les chiens nécessaires à la protection des troupeaux. Chevaux presque sauvages pour le portage du matériel là où les jeeps et 4×4 ne peuvent accéder. Prédateurs : loups et ours, invisibles, mais bien présents. Les animaux domestiques sont de races locales, adaptées aux conditions difficiles de la haute montagne : karakachan que la modernité a fait presque disparaître au profit de races standardisées peut être plus productives mais que des passionnés tentent de maintenir au nom de la biodiversité génétique, richesse du vivant. Les animaux ont une très forte individualité, surtout les chiens. Chaque chien a sa place dans la meute et le troupeau, son caractère, son nom. D’ailleurs, au début du livre je n’ai pas toujours fait la différence entre les noms humains et canins. Même les brebis, les béliers, les agneaux sont individualisés. Je me suis attachée à ces personnages-animaux comme aux personnages humains.
Le titre Anima fait-il référence à ces animaux? Pas sûr, parce que animaserait aussi l’âme, le souffle, l’essence de la vie. Dans la solitude de la montagne les bergers deviennent-ils philosophes? l’autrice rêve de symboles vivants « je suis animus » faisant référence à la psychologie jungienne, à une psyché collective. Je suis très ignorante de Jung. En revanche, je suis réceptive au dialogue entre civilisés et nature sauvage personnifiée p.366 par l’apparition de 4 chamois sur un épaulement, ou de « dix chèvres alignées, tels des démons barbus aux yeux jaunes »
Anima raconte le quotidien des hommes dans la situation extrême de la transhumance, quand le berger est seul face au troupeaux et aux éléments, tempêtes ou brouillard. L’entraide nécessaire entre les bergers, la relation biaisée au patron, à l’éleveur qui apporte avec les vivres, les croquettes pour les chiens, la rakia, l’alcool que les bergers vont consommer à l’excès. Relation très forte entre les partenaires que l’alcool va abimer. Histoire d’amour ou d’amitié qui ne résistera pas à l’addiction.
J’en ai déjà trop écrit, à vous de lire Anima, de vous dépayser, de découvrir toutes les richesses cachées du livre.
P.S. J’ajoute que l’objet-livre, comme les précédents, est très beau, belle couverture, beau papier, composition originale.
Toujours avec l’aide du Guide Vert Michelin (p.74-79) itinéraire Cote Nord du Val de Saire
Château de Tocqueville
Château Alexis de Tocqueville
Alexis de Tocqueville(1805-1859) fut une figure politique de la Manche – député de la Manche depuis 1839, ministre en 1849. Auteur de la Démocratie en Amérique (1835). Son château est tout à fait remarquable. Nous faisons un tour devant la façade .
Le Val de Saire possède des moulins, il y a même un circuit pédestre de la Vallée des moulins. Nous visitons le Moulin de Marie Ravenel à La Coudrairie, Réthoville sur le petit ruisseau le Varouville
Le Moulin à eau de Marien Ravenel
Construit en 1750 pour moudre le grain à l’aide de deux paires de meules il a été restauré par l’intercommunalité et transformé en petit musée dédié à une poétesse locale Marie Ravenel. (1811-1893)
On peut voir la grande roue à aube, les engrenages et la pièce à vivre proche du moulin ainsi que le grenier. Joli musée rural. C’est surtout une rencontre avec Marie Ravenel, fille du meunier qui publia des recueils de poème sur les thèmes de la nature, des fables et de la mythologie normande. Elle reçut même les encouragements de Lamartine. Rencontre émouvante. je ne résiste pas à recopier un poème :
Le voyageur et la violette
Au fond d’une étroite vallée
Où le printemps brillait dans toute sa fraîcheur,
par un beau soir, un voyageur
Se reposait sous la feuillée,
Admirant ces aimables lieux
Où règnait une paix parfaite.
Voilà, dit-il, pour la nuit, ma retraite.
Il se couche sur l’herbette
et bientôt ferme les yeux.
Quand un parfum délicieux,
Qu’emportait une brise indiscrète,
Atteint le voyageur, esprit judicieux,
Coeur sensible, âme de poète.
Il s’étonne, se lève, explore le gazon,
Et trouve enfin sous un buisson
Une touffe de violette. Il se trouble de plus en plus…
Bercé des rêves de la fable,
Il fixe des regards émus,
Sur ce riant buisson, sur cette fleur aimable
Si petite et pleine d’attraits
parfumant ce recoin si frais
De l’odeur la plus agréable.
Charmante fleur, dit-il, enfin tout transporté
Ne cacherais-tu pas, en ce modeste asile
Sous cette apparence fragile.
les traits d’une divinité?…
Non, répond-elle, en vérité. je suis une chétive plante
De ce vallon simple habitante.
Violette est le nom qu’ont porté mes aïeux:
il me l’ont transmis pur avec indépendance
Ils habitaient ce lieu ; je l’habite comme eux.
C’est ici que j’ai pris naissance
C’est le berceau de mon enfance.
Y mourir inconnue est l’objet de mes voeux?
Ah dit le voyageur, ému de ce langage
Qu’on est heureux d’être si sage!
Vous goûtez les vrais biens, du monde méconnus
Vivez, aimable solitaire
Vivez inconnue à la terre,
Loin de vous les coeurs corrompus!
Ces parfums, cette fleur si chère
Sont le partage des vertus
Cap Levi, Port Pignot
Nous retournons à la mer pour explorer le Cap Levi ses rochers découpés , sa côte sauvage et ses petits ports. Premier arrêt au Port Pignot qui doit son nom à l’ingénieur carrier qui l’aménagea pour le transport du granite rose extrait sur place . Le brouillard cache le sémaphore et le phare du Cap Lévi, 28 mReconstruit en 1952. (Ni Lévi, ni Cohen, cette dénomination vient du viking Vik (cap) )
Cap Levi les rochers à marée basse
Le brouillard s’est levé et nous déjeunons en regardant la mer se retirer et les rochers granitique sortir de l’eau. Je reprends mes déambulations sur le GR 223 au plus près de l’eau, je passe le vieux fort aménagé en hôtel, le petit portet continue jusqu’à ce que le sentier quitte le rivage.
Château de Carneville
Château de Carneville (1755)
Le parc se visite et offre une belle promenade dans ses compositions diverses, jardins exotiques ou roseraie.
Nous avons combiné deux circuits du Guide Vert Michelin : p.110 à 119 de Landemerà Ormonville-la-Rogue et Cap de la Hague. Nous sommes déjà venues dans le coin en été 2020.
Nous passons Cherbourg sur une rocade, pas d’embouteillage mais une traversée interminable de zones commerciales hideuses.
Landemerà la sortie de la ville.
Landemer : les roches de Castel Verdon
Nous avons raté le Manoir de Dur Ecu avec ses tours étonnantesde l’autre côté de la route. Sans regrets puisqu’il est ouvert de Juillet à septembre seulement. Premier arrêt dans les villas dispersées sur la falaise. Difficile d’avoir une échappée sur la mer, les maisons sont bien encloses. Une petite merveille toutefois : un ruisseau cascade à l’ombre. A l’hôtel Landemer on nous chasse sans ménagements : le parking est privé et réservé aux clients. Il y a pourtant une très belle vue. Mes compliments n’adoucissent pas l’hôtelier.
landemer : sur les pas de Jean François Millet
Le Belvédère de Landemer est un peu plus loin après quelques tournants. parking bien aménagé avec toilettes et tables d’orientation. Très fréquenté : il se trouve sur le GR 223 et sert de point de départ aux randonneurs. Sur un panneau : la reproduction d’un tableau de Millet peint sur place. Un parcours permet d’atteindre en 30 minutes la maison natale du peintre au Hameau de Gruchy, je suis avec enthousiasme cette proposition. Le GR court à flanc de falaise dans des fougères plus hautes que moi, descend assez bas sous le Rocher du Castel Verdon. De là, un sentier très escarpé monte à la maison de JF Millet, tellement pentu que je renonce à mi- pente parce que c’est beaucoup plus que les 30 minutes annoncées.
hameau de Gruchy maison de JF Millet
C’est en voiture que nous rejoignons Gruchy après un arrêt devant la jolie église deGréville, ouverte, j’ai pu voir les statues de bois peint. Sur la place, assis, le peintre en bronze nous attend. En 1942 la sculpture a été fondue sur ordre des Allemands ; le buste, scié a été caché et sauvé. La statue a été remplacée par la suite.
La maison de Jean François Millet, est un peu plus loin au hameau de Gruchy. Belle maison de pierre, sur la façade court un rosier grimpant. Le musée n’ouvrira qu’à 14 h (en juin). Comme nous l’avons visité récemment nous renonçons et cherchons un bel emplacement pour la pause apéro.
Pour voir la mer, nous nous dirigeons vers le Port Racine, port minuscule et charmant, malheureusement envahi de touristes. Le pique-nique sera un peu plus loin. Nous essayons les petites routes qui descendent vers la mer. La deuxième tentative sera la bonne au Havre de Bombec.La marée descend gentiment découvrant des rochers ocre rouge qui se détachent sur l’eau d’un bleu profond.
Bocage et Cap de la Hague
Je pars explorer le sentier côtier, d’abord vers le Phare de Goury, retour au Sémaphorepuis jusqu’au Port Racine.
Pour rentrer, nous faisons un grand détour pour éviter Cherbourg par des routes de campagnes très agréables.
Barfleur est à 5 km de Saint Vaast-la Hougue où nous logeons. Le lundi matin à 9h30, le port est presque désert. Deux gros chalutiers sont à quai, quelques camionnettes croisent et attendent le retour de la pêche.
Dominique trouve facilement une place de parking au pied de l’église Saint Nicolas, église trapue, au clocher carré et à la nef courte. Une plaque apposée au coin de la rue nous informe que Seurat habitait là.
Barleur : église Saint Nicolas
Le port a gardé son authenticité avec un équilibre entre bateaux de pêche et plaisance sans yachts tapageurs. Au Moyen Âge c’était un port important. La « Blanche nef » qui emportait les enfants du fils de Guillaume le Conquérant pour l’Angleterre fit naufrage non loin de là (1120). La Cour Sainte Catherine rassemble des maisons médiévales en granit très bien conservées. Je retrouve le GR pour un petit tour sur une belle plage blanche.
Phare de Gatteville
Après le tour de la ville j’emprunte le GR vers le Phare de Gattevilleà la Pointe de Barfleur.Il commence derrière l’église et court au bord de l’eau sur une digue-promenade moins impressionnante qu’à la Pointe de la Hougue, moins haute mais toujours bien étroite. Deux piétons se croiseraient difficilement, encore moins avec un gros chien tenu en laisse! A la sortie de Barfleur le sentier continue dans les dunes. le phare me nargue, il semble tout proche mais il me faudra trois quarts d’heure pour l’atteindre par un chemin sablonneux.
Le Guide Vert Michelin signale les curiosités du Val de Saire:
Chapelle de Gatteville : la grande place de Gatteville est presque déserte, au pied de l’église monumentale à deux clochers et au toit moussu. Des maisons grises bordent l’esplanade. La petite chapelle est construite sur des ruines mérovingiennes. Elle est ornée d’ex-votos. Une colonne brisée rappelle le naufrage du luna en 1860. Un grand autel se trouve collé au mur latéral de la nef. Un cartel raconte que les marins y ont caché la statue de la Vierge pendant la Révolution pour la protéger. Ces anecdotes me ravissent.
L’Eglise de Montfarville est renommée pour son décor intérieur de 19 toiles marouflées peintes par Guillaume Fouace (1879) peintre originaire de Réville. On dit que les gens du village ont servi de modèles. (prévoir 1€ pour illuminer les peintures) . Bien que ce peintre soit renommé et reconnu par de grands musées comme Orsay j’ai été déçue par ces décors.
Landemer : j’ai des envies de plage par cette belle après-midi. La marée est basse, les rochers découverts, la baignade compromise mais il y a une petite plage de sable . Je retrouve le GR 223 qui me ramène à Barfleur.
La Pernelle : perchée sur une colline, on peut admirer la vue. Près de l’église un restaurant « panoramique » est installé près des restes d’une batterie allemande qui dominait toute la région jusqu’à Utah Beach.