Përmet : la route, arrivée

CARNET DES BALKANS/ALBANIE

La ville de Permet, la rivère Vjosa et le rocher

Tout le monde s’accorde à affirmer que la route de Përmet est mauvaise. 96 km, Koço annonce 3h30, nous en mettrons 4 avec les arrêts. Je m’attendais à des nids de poule mais pas à des épingles à cheveux vertigineuses. Parfois il y a  un muret de ciment, parfois une glissière, souvent il n’y a rien. Heureusement la route n’est pas passante, on croisera deux minibus qui effectuent le service régulier entre Korçë et Përmet, un camion et très peu de voitures.

La route d’Eerzeke à Permet

Autour de Rehove,(1142m) c’est un paysage d’alpages de montagne sous le mont Gramos (2400m)célèbre pour des batailles pendant la seconde guerre mondiale et après avec les partisans de l’ELAS. Hier, sous les nuages, le paysage était sévère. Après Erzeke les pentes sont couvertes d’une sorte d maquis de genévriers assez ras. La végétation ressemble à celle des Hautes Alpes, les roches aussi. Des falaises calcaires barrant l’horizon ou des alternances de marnes noires et de petits bancs. Quand on descend plus bas on trouve une association de chêne kermès, de pistachiers lentisques, arbousiers et d’arbres de Judée qui poussent naturellement ici ; Il y a aussi un buisson avec des inflorescences très légères, cotonneuse que je connais mais n’arrive pas à nommer. Les virages sont interminables parce qu’on descend mais qu’on monte aussi.

Route de montagne proche de la frontière grecque

A Leskovik, deux itinéraires possibles, une boucle au sud qui passe près de la frontière grecque une plus courte qui coupe la montagne ; je demande à un policier quelle est la meilleure route. Le policier parle grec, son compère coupe en anglais : »left », au croisement la route est neuve, avec une belle ligne blanche au milieu et même sur les bords, du goudron lisse. Le confort ! Je reconnais le poste frontière. C’était donc la boucle sud.

Vjosa

La route SH80 suit le cours d’une très jolie rivière bleue turquoise la Vjosa qui prend sa source dans le Pinde et se jette dans la mer à Vlore s’écoulant vers le Nord Ouest parallèlement à al chaine de Mt Nemërleis et Mt Dembelle qui forment des falaises verticales un peu comme dans le Vercors. Des névés sont encore accrochés près des sommets.

Des ponts, plutôt des passerelles, suspendues permettent aux piétons de franchir la rivière mais les planches sont branlantes, je ne m’y risque pas. Les villages ont des noms grecs, les panneaux sont même écrits en grec.

Piscine naturelle

Une dizaine de km avant Përmet, une pancarte signale des sources thermales à 6km. La route suit els eaux grises de la rivière Langarica .A l’employé qui prélève le péage (50lekë), je demande : « Que peut-on faire ? » « Banja ! ». Plus loin il y a des piscines naturelles, un bassin carré débordant en petites cascades, un pont ottoman du 18ème siècle avec une haute arche et deux petites pour alléger l’ensemble, formant une courbe élégante et une arête caractéristique. Un  petit café a installé ses tables à l’ombre, des œillets d’Inde poussent le long du grillage. Nous déjeunerons  après un bain dans l’eau tiède et limpide où je nage sur le dos ce qui me détend plus que ma brasse laborieuse. La dame st gentille, pas de menu chez elle. Elle m’emmène dans sa cuisine. Dans le four cuisent des légumes , pommes de terre, courgettes, aubergines avec de la tomate et des herbes. Dans des casseroles mijotent trois soupes une aux haricots, une blanche granuleuse avec des petits morceaux de viande, et une troisième pas appétissante du tout. On commande les légumes « verdura ».

Déjeuner sous les platanes en face des sources thermales

Përmet – 14 heures, ville déserte, vide, brûlante. A l’office de toursime, un homme somnolent appelle une jeune fille qui parle anglais. Que faire à Përmet ? IL y a un très gros rocher, deux églises. Pas de quoi occuper deux jours ! Elle propose un guide de randonnées 5€, puis propose d’appeler un guide local qui surgit quelques minutes plus tard . Il veut organiser nos sorties, mais pas ici, le stationnement est interdit.

La grande place de Permet et l’hôtel Permeti

Nous allons à l’Hôtel Ana. Bizarrement, il n’y a pas de réception, il faut s’adresser à l’épicerie-bazar désuète et poussiéreuse.  Pour l’hôtel, on doit grimper un escalier géant sans rampe, près de deux étages, et, selon le guide, il y a encore des marches à l’intérieur. Impossible ! Après maints conciliabules et coups de téléphones en Albanais, nous allons à l’Hôtel Alvaro sur la grande place, il y a un ascenseur panoramique. Le patron, très sympathique est francophone. Il est au courant de notre réservation. Chez lui,  c’est complet, il attend un grand groupe ce soir. L’Hôtel Permeti, juste en face est moins chic, mais il y a de la place et il est équipé d’un ascenseur. Nous n’en demandons pas plus ; La chambre est grande mais rudimentaire : pas de rideau de douche, pas de climatisation mais un beau courant d’air et assez de prises de courant pur recharger tous nos accessoires. En attendant 18h, le rendez vous avec le guide, c’est lessive et douche. A Përmet, il fait chaud et sec, le linge sèche très vite.

18h, visite de la conserverie « secrète » de glyco. Rien n’indique une activité commerciale. Au sol, des bassines où trempent des noix dans leur bogue – liquide secret – dans une lessiveuse, des bocaux sont stérilisés à l’ancienne. Fabrication artisanale. Ces conserves de Glyco (fruits au sirop) sont pourtant destinées à l’exportation, jusqu’en Australie, assure le guide. On confit les noix qui sont les vedettes mais aussi les cerises, les écorces de pastèque, les aubergines et des concombres. J’aurais aimé goûter ces derniers mais seules les pastèques sont en dégustation. J’achète un bocal de noix, j’en avais acheté en Arménie et rapporté la recette – très compliquée.

Nous terminons l’après midi sur la terrasse de l’hôtel sur la grande place à vider bouteille sur bouteille de Tépelené(eau minérale). Il y fait une température délicieuse. A 19 heures, la place est nire de monde qui déambule sur la promenade entre la Mairie(qui héberge trois partis socialistes différents, les banderoles sont étalées pour les élections dimanche 25), trois banques avec distributeurs de billets, et notre hôtel Permeti. Un héros de bronze sous une colonne à l’avant du jardin public. En famille, entre copines, beaucoup d’hommes de tout âges entre eux, un très vieux couple  lui avec canne et casquette, elle tout en noir avec un fichu noir….

9h30, la place se vide, nous allons manger un morceau au restaurant tout proche : soupe orientale et spaghetti bolognaise.

CETTE CHOSE ETRANGE EN MOI – Orhan Pamuk

BABELIO : MASSE CRITIQUE

Merci à Babélio et aux éditions Gallimard pour ce livre que j’ai lu d’un trait, tant que c’est possible pour un pavé de 685 pages !

 

 

 

 

Orhan Pamuk est un auteur que je lis volontiers.

Toutefois, le titre, un peu bizarre, ne m ‘aurait peut être pas attirée. Le sous-titre est beaucoup plus explicite :

 La vie, les aventures du marchand de boza

et

l’histoire de ses amis et tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012 vue par les yeux de nombreux personnages

Présenté ainsi, le livre correspond à toutes mes attentes, et ne m’a pas déçue.

Ce livre choral met en scène une famille : deux frères arrivent d’un village d’Anatolie dans le début des années soixante, à Istanbul pour chercher fortune en vendant du yaourt et de la boza.  Leurs fils,  trois cousins, tombent amoureux des trois filles d’un marchand de yaourt revenu dans leur village….années d’apprentissage , service militaire, mariages….Amours agitées, enlèvements ou fugues. Les mariages arrangés sont-ils plus heureux que les mariages d’amour? La jeune fille qui porte foulard est elle plus sage? Pendant une quarantaine d’année la famille s’agrandit, des enfants naissent en ville, s’éloignent du village, mais la communauté reste soudée. La solidarité des anciens villageois reste très forte.

Pamuk raconte  la vie du peuple des marchands des rues venus de leur village d’Anatolie chercher fortune en vendant du yaourt le jour et de la boza le soir. De bonne jambes, une perche et des plateaux pour livrer jusque dans les cuisines des client,  la marchandise fraîche. De la psychologie aussi, un bon vendeur doit savoir bavarder, se mettre en valeur.

Au fil de la saga la vie quotidienne se transforme, les marchands des rues subissent la concurrence des produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Les yaourts sont conditionnés dans des pots, les glaces se vendent partout dans des congélateurs et Mevlut doit renoncer à fabriquer et vendre ses glaces artisanales..Les autorités font aussi la chasse aux vendeurs de rue. La charrette où il vendait du pilaf aux pois chiches est saisie et détruite….

Certains villageois ont quitté le commerce des rues pour celui, beaucoup plus lucratif, de la construction immobilière, de la spéculation des titres de propriété, devenant des personnages considérables qui s’entouraient d’associés, cherchant des appuis politiques ou religieux.

C’est aussi le récit de la construction des quartiers périphériques d’Istanbul, les villageois s’installaient sur des terrains inoccupés, sans titre de propriété, construisaient une cabane, puis une maison de parpaing qui, au fil du temps s’élevait sur plusieurs étages….en 2012, sur ces collines on construit des tours de 20 étages.

Mevlut et son père, arpentaient tous les quartiers de la ville. Le lecteur les suit dans leur course quotidienne. Au fil des années le centre de la ville se modifie. Les immeubles où vivaient les Grecs chassés en 1964 puis avec la guerre à Chypre, se dégradent, une nouvelle population remplace Grecs, Arméniens et Syriaques. En 1999, le séisme met dehors les habitants. Ce sont 40 ans d’histoire turque qui défilent.

« Mevlut se rappela que cette vue sur la ville était exactement celle qu’il avait observée du sommet de la colline lorsqu’il était arrivéà Kültepe. D’ici, il y a quarante cinq ans on apercevait les usines, les autres collines qui se couvraient rapidement de bidonvilles du bas vers le haut. A présent Mevlut ne voyait plus qu’un mer d’immeubles de hauteurs diverses?-…. »

La richesse de ce livre tient  dans les détails : on assiste à la fabrication de la boza, du pilaf. On imagine les odeurs, les saveurs, les cris des marchands de rue. On entre dans les intérieurs des héros du livre mais aussi des clients. Pamuk fait vivre tout un monde au quotidien.

 

Rehove, village de montagne

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Rehove : village à l’écart du 21ème siiècle

Nous avons trouvé la bonne route pour rentrer à Korçe alors que l’aller s’était effectué sur de mauvais chemins. La route d’Erzeke est bien indiquée. Elle traverse une contrée riante avec dees champs de blé et surtout des vergers. Je remarque au flanc des collines des anciennes terrasses colonisées maintenant par l’herbe que paissent les troupeaux, témoins d’une période meilleure ; Que cultivait-on sur ces terrasses ? Il semble que l’abandon soit déjà ancien.

le tumulus de Kaminça

A Kaminça, le tumulus est facile à trouver. On a construit un Centre d’interprétation avec des gloriettes pour le pique-nique si on est touriste ou pour travailler si on est archéologue. C’est un très grand site de 30 mètres de diamètre qui a servi de cimetière pendant sept siècles. Au centre se trouve la tombe primitive, tout autour, décrivant des anneaux, les tombes recélant plusieurs squelettes qui font l’objet d’études très poussées expliquées par un vidéogrammes : étude des dents, études génétiques. On a même retrouvé une femme enceinte avec son  fœtus, et des traces d’opération du crâne réussies. Les spécialistes peuvent faires des statistiques de la démographie et de l’état de santé d’une population pendant sept siècles.

La route butte sur un chantier monstrueux avec des énormes engins, des énormes tubes, la montagne est entaillée, on voit des gros tas de remblais. Que construit-on ici ? Une route c’est sûr, mais à quoi servent les gros tubes ? un barrage ? J’ai demandé au guide de Permet il s’agit en fait de la construction d’une autoroute.

autour de 1000m d’altitude, un paysages alpin

Il faut quitter la bonne route pour prendre une ancienne qui tortille. Le paysage est grandiose, au loin, on voit de nombreuses crêtes de hautes montagnes ? A chaque tournant, on se croit arrivé, puis cela remonte. Le trajet d’une vingtaine de km paraît interminable. Belles fleurs, sauge bleue, vipérine et autres fleurs roses que je n’arrive pas à identifier.

A Erzeke, un chantier barre la route, on aménage une belle place au centre qu’il nous faut contourner. Le GPS s’affole. Comment trouver le village de Rehove ? J’entre dans un supermarché avec le Road book. Dialogue de sourds, soudain une jeune femme me demande « Ellenika ? Nai ! » Bien sûr ! Avec le Grec on se comprend ! elle m’explique la route, tout va bien ! Jusqu’ici c’était l’Italien, maintenant il va falloir que je convoque la langue grecque, cela vient de loin et mon vocabulaire est pauvre.

Nos hôtes à Rehove : Koço et Lavdje

Malheureusement le grec de nos hôtes à Rehove n’est pas tellement meilleur que le mien, pourtant leurs enfants vivent à Athènes. Est-ce qu’il y a des grecs au village ? Non tous sont partis en Grèce, c’est de l’autre côté de la montagne. Rêve grec, rêve européen, même si la crise y sévit, c’est toujours l’eldorado des Albanais.

En attendant, à l’arrivée au village, il faut trouver la maison de nos hôtes. On continue la route carrossable jusqu’au lavoir ou la fontaine. Après, c’est la montagne. Un jeune berger nous dit de garer la voiture et de descendre « kato » kato ? où précisément ? il ne sait pas expliquer et me plante là. J’appelle avec le téléphone albanais, juste après Armand m’appelle. Enfin, je trouve quelqu’un dans le village, je lui tends l’appareil. Nous voilà retrouvées, ou presque dans le dédale des ruelles. Comment Dominique va-t-elle descendre sur les galets et les marches ? Il y a un chemin plus facile qui arrive dans la cuisine.

par les ruelles de Rehove

Koço (Konstantin) et Lavdje sont des retraités très sympathiques, très affectueux. Comme nous n’avons pas de langue commune, ils parlent avec les mains. Pour meubler la conversation je sors le Rad book qui les intéresse, puis leur montre les photos qu’n a prises à Korçë, Voskopojë et Tusheisht, puis je cherche dans la galerie du téléphone des photos de famille. Finalement on a plein de choses à échanger !

Le village est construit de belles maisons de pierres aux toits de lauzes ou de tuiles romaines, aux rues étroites avec de la vigne qui déborde, cerisier, pommiers et pruniers qui dépassent.

j’ai aimé les porches avec les pierres qui font des sièges et le petit auvent

J’ai aimé les entrées avec les petits auvents à deux pans au dessus des porches et surtout els deux sièges de pierre de part et d’autre de la porte. N peut s’asseoir sur le « pas de la porte ». J’ai aimé les portes vermoulues où le temps a creusé le vois jusqu’à ne laisser que les veines dures en relief. Parfois sur la porte rustique je trouve un heurtoir de cuivre ou de laiton, une main délicate qu’on imaginerait citadine. Ou un graffiti de chat, naïf. Derrière les hauts murs se cachent des jardins, des plants de tomates déjà hauts, ou des haricots ramés.

amis des chats?

Les chats se faufilent, les chiens surveillent, sans agressivité ; je découvre deux chevaux, des vaches qui broutent attachés à la longe. Quand vient le soir, le troupeau, chèvres devant moutons tondus derrière, passe devant la maison poussé par deux bergers.

20h, on se met à table, un morceau d’agneau trône sur une sorte de flan jaune. Il y a aussi du börek aux épinards, un bol de yaourt de brebis très épais et crémeux, un peu acide, excellent, de la feta, des tomates, des concombres. Au dessert une génoise très jaune et très sucrée.

Lavdje et Koço sortent les photos de famille et montrent leurs enfants. On parle des fruits des routes, du village. . Pour les courses, ils vont à pied à Erzeke, ils n’ont pas de voiture. Pour Athènes, ils prennent l’autobus, c’est long. Il ne reste plus que 250 habitants à Rehove, 900 du temps du communisme, le village se vide « il n’y a pas de travail en Albanie » soupire Ladje.

Korçe : icônes – Voskopojë : églises.

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la cathédrale neuve de Korçë

De Pogradec à Korçë une route facile traverse une verte campagne, cultivée. Vergers et cultures maraîchères, de la vigne aussi. Impression d’agriculture prospère à l’abri des hautes montagnes.

Korçë est une ville agréable . A l’entrée, deux grandes cheminées d’une industrie lourde obsolète et des barres d’immeubles de ciment accueillent le visiteur, mais on parvient facilement au centre-ville. Une belle place est dominée par la cathédrale orthodoxe toute en coupoles et clochers, blanche et brique, trop grande, trop neuve (1992) à mon goût. Le  boulevard Fan Noli, planté de tilleuls et de marronniers, est bordé de maisons soignées. Alors que j’essaie de me repérer sur le plan un jeune couple s’arrête :

« Puis-je vous aider ? » – « je cherche le Musée Médiéval »

Le mur doré et les nmbreuses riches icônes

Ils m’y conduisent ; le Musée Médiéval a déménagé récemment dans un bâtiment neuf construit exprès pour ses collections, près de l’Hôpital, non loin du Musée Bratko. Justement le jeune homme est le conservateur du Musée ; il me fait une présentation des collections.

La salle « dorée » voit son mur couvert d’une collection d’innombrables icônes dont les couleurs brillent sur le fond jaune. Impossible dans une courte visite de s’intéresser individuellement à une œuvre en particulier.   Impression de richesse et de variété.

Dans une salle blanche les icônes sont rangées chronologiquement les plus anciennes 14ème , les plus récentes 17ème .

Une pièce noire met en valeur les fonds dorés parfois travaillés en relief avec des entrelacs comme les tissus précieux ou les brocards. La plupart des icônes anciennes sont anonymes, certaines sont de peintres reconnus comme Maître Konstandinos Onuphrios,.

La salle rouge est occupée par une iconostase entière portant de petites icônes carrées au fond doré à plat, les vêtements rouge et verts sont rehaussés de traits d’or marquant les plis. Les icônes du 18ème de Celeri ont des visages très expressifs. Un très étrange Saint Christophe à tête de chien se trouve sur un fond bleu. Je n’ai jamais rien vu de semblable..

Tout un mur est dédié à Konstantinos Zografi (1770) qui prête à ses personnages une très grande expressivité ainsi que de mouvement aux corps.

La conclusion de la visite est donnée par la mise en vedette de deux très belles icônes d’Athanas Zografi  exposées vis-à-vis, dans une salle blanche ; Elles représentent le 1er Concile Œcuménique (Concile de Nicée 324 sous Constantin) et la bataille de Milvius (victoire de Constantin 312).

On quitte le musée par une salle noire, une porte très usée, très ancienne, émouvante fait face à quatre icônes de Konstantinos Zografi.

J’ai rarement vu une mise en scène aussi réussie, un musée conçu pour une collection, architecture, couleurs, une telle richesse aussi. J’aurais aimé y rester toute la matinée.

Derrière la monstrueuse cathédrale neuve se trouve un quartier ancien de rues pavées et vieux murs qui souvent s’écroulent. La plus grande maison loge le Musée Archéologique dans une ancienne auberge. Le jeune homme qui y travaille fait visiter en anglais les collections de Préhistoire locale. La région recèle de nombreuses évidences d’une occupation très ancienne 6000-2100av.J.C. (Néolithique) avec les artefacts habituels : silex taillés, haches polies. Plus originaux les outils en os. Les épiphyses sont encore bien visibles, les gros os permettent même de travailler la terre. Poids pour les filets de pêcheurs.

musée archéologique de Korçë

La céramique chalcolithique  comprend de la vaisselle (simple) et des idoles, idoles féminines de la Terre-Mère, deux sont enceintes.

Une maquette du village lacustre découvert dans un lac de la région de Maliq après qu’on ait drainé le lac pendant la période communiste.

Autre maquette d’un site majeur : le Tumulus de Kaminça que nous verrons cet après midi puisqu’il est sur notre route.

Plus que les collections, c’est la maison qui me plait : maison-tour sur trois niveaux. Dans la grande pièce de l’étage supérieur on voit encore l’estrade où se produisaient les musiciens. Une  deuxième maison du 19ème siècle est très belle mais ne se visite pas.

Nous avons malheureusement peu de temps à consacrer à Kor9e si séduisante. Il faudrait chercher le Bazar, le Tekke, et les monuments musulmans. Notre programme de la journée est chargé.

Voskopoje : église de la Vierge

Nous avons rallongé le circuit prévu en faisant le détour par Voskopojë, 20 km à l’ouest de Korçë. Au temps de sa prospérité, au 18ème siècle,  Voskopojë, était une ville de 60.000 habitants. L’unique imprimerie de l’Empire Ottoman en 1720, s’y trouvait, avec une bibliothèque, un lycée « la nouvelle Académie » et une vingtaine d’églises somptueuses. An 1796, elle est brûlée par les Turcs et par les troupes d’Ali Pacha et d’Ibrahim Pacha de Berat. En 1805, il n’en reste plus que « 200 cabanes habitées par des pauvres gens ». Maintenant c’est un village. Desservi par une bonne route, Voskopojë fait l’objet d’une vaste campagne de restauration, les cantonniers pavent les routes de la même pierre que celle des maisons et des murets ; L’homogénéité du matériau confère une grâce particulière à l’ensemble. Le conservateur du Musée Médiéval de Korçe nous avait expliqué comment se faire ouvrir les églises : commencer par Saint Nicolas, puisque le pope habite à côté et chercher Pétrit pour les autres.

Voskopoje : campanile de l’Eglise de la Dormition de la Vierge

Nous avons de la chance, la Télévision interviewe le pope à l’extérieur de Saint Nicolas qui est donc ouverte. Elle est couverte de fresques, sur le registre inférieur, une rangée de saints orthodoxe qui ont la taille humaine, au dessus deux navires racontent l’histoire de  Saint Nicolas. Le prêtre nous montre la crucifixion de Pierre – à l’envers -, le Baptême avec Saint Jean Baptiste. Malheureusement les fresques du plafond sont obscurcies et un peu effacées.

Les autres églises sont fermées sauf l’Eglise de la Dormition de Marie. Son haut campanile est récent (1877) l’église a été construite en 1699. Précédée, comme souvent ici, d’une galerie à arcade sur le mur sud, c’est une basilique à trois nefs vaste et couverte de fresques ? Un panneau signale l’hymne acathiste que je n’ai pas trouvé. Encore une fois, pressées par le temps nous n ‘irons pas chercher toutes les églises – probablement fermées.

 

 

 

 

 

 

Inextricabilia – enchevêtrements magiques à la maison rouge

EXPOSITION TEMPORAIRE du 23 juin au 17 septembre 2017

Judith Scott(1992)

Inextricable, les objets pelotonnés de Judith Scott, la laine enroulée emmêlée :  Art brut, l’histoire de Judith Scott est bouleversante : fillette trisomique séparée de sa jumelle, puis la retrouvant 36 ans plus tard.

Fétiche d’Afrique de l’Ouest

enroulé, liés les objets magiques, vaudou loin de l’art contemporain et pourtant si proche! enroulements magiques. Ceux de Judith Scott ne l’étaient ils pas aussi?

Fétiches ou création contemporaine?

cornes magiques? entrelacs complexes de matières et d’objets. si par mégarde les objets se trouvaient mélangés il faudrait appeler le conservateur pour les ranger!

Objets de culte que ce mur de la Maison de Marie d’Ephèse où les pèlerinsontaccroché des lambeaux de tissus, des rubans ou des papiers…

Que dire des reliquaire, le papier enroulé a remplacé le tissu mais quels entrelacs!

reliquaire

Qui dit entrelacs dit aussi broderie, textile couture ou tricot. Comme il est beau le Manto daApresentaçao d’Arthur Bispo do Rosério  vêtement cérémoniel pour être digne de se présenter devant le Créateur : Art brut que ce travail obsessionnel réalisé à l’hôpital psychiatrique avec des matériaux récupéré.

Les tenues de Guiseppe Versino réalisées avec les serpillières après nettoyage de l’hôpital psychiatrique de Turin sont de toute beauté

A côté des fétiches et talismans, desproductions d’Art brut réalisé en hôpital psychiatrique, des plasticiens reconnus comme Annette Messager ou Louise Bourgeois ou Pierrette Bloch  ont réalisé des oeuvres qui trouvent leur place.

L’oeuvre de Michel Nedjar m’a  beaucoup impressionnée. Nouages symboliques d’objets liés à ses voyages en Afrique ou en Iran mais aussi ces poupées de tissu tout à fait effrayantes qui clôturent l’exposition juste avant la projection de vidéos où les artistes racontent leur travail. Michel Nedjar – dans Les chantiers interdits – livre une clé pour comprendre : il voit dans sa vie un avant et après Nuits et brouillard – tombé dans une profonde dépression il s’enferme pour fabriquer ces poupées qu’il trempe dans un »bain rituel » il les exhume comme s’il exhumait les morts…

Michel Nedjar

Une autre vidéo du Suisse Marc Moret explique comment avec divers objets pris dans une pâte de verre pilé, il fabrique des compositions étranges collage à maman intègre les aiguilles à ouvrage, des tissus redonnant « vie » à ces objets…

Exposition très émouvante!

Un dimanche à Tushemisht

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parc Drilon

Sous le soleil, j’ai envie de découvrir « le paradis communiste où Enver Hoxha avait sa villa ». Au Parc Drilon de grands panneaux proclament « Ici on vit en paix avec la nature ». Le parc est planté de très grands arbres et parcourus de canaux  d’une eau très claire qui se déverse dans le Lac d’Ohrid.. C’est là que je cherche une promenade : pas de sentiers, des cheminements cimentés qui vont d’un restaurant à un autre. Les emplacements sur pilotis sont prévus pour manger à l’ombre dans la fraîcheur. Des barques roses, bleues ou violettes attendent le client. Avant que les premiers visiteurs n’arrivent, une musique sonorise le parc ? Je ne sais pourquoi, ces restaurants flottants sonorisés me font penser à l’Asie, au lacs d’Hanoï, même la musique me paraît vaguement asiatique. Le repos du travailleur (ou des apparatchiks) dans une nature fortement urbanisée, est-ce cela le paradis communiste ?

Des bunkers dans le parc?

Je sillonne toutes les allées dans l’espoir de trouver ma randonnée et découvre un nombre impressionnant de bunkers en forme de champignon, soit à l’abandon, soit repeint avec des points noirs pour faire une coccinelle, ou à bande blanche…La proximité de la frontière ou la présence des dirigeants expliquent-elles cette concentration ? Je suis ravie de cette leçon d’histoire récente (le communisme est quand même tombé en Albanie en 1991 !)

Terrasse de l’Hôtel Millenium sur le lac d’Ohrid

A Tushemisht, un panneau, « mosaïques » attire mon attention, il indique un parking où je ne trouve pas de mosaïques,13 mais je découvre une belle rue piétonnière entre des maisons basses dans des jardins fleuris de roses ou de lys, sous des tonnelles exubérantes. Aux grilles des jardins chacun a fait son petit étalage : quelques sachets de haricots ou de céréales (gruel ?) ; des bouteilles remplies d’un liquide jaune un pue trouble ( ???) des copeaux mystérieux, des pommes séchées ? Plus explicites les bocaux de confitures ou de fruits confits appelés ici « glyko » comme en Grèce.  On confit un peu tout : cerises, figues, même les carottes ! On peut aussi acheter des haricots beurre 50 lekë/kg. En plus de ce marché-paysan, les femmes tricotent. Sur la place, sous des parasols, se négocient dentelles, nappes brodées ou couvre-lits au crochet. La petite place est occupée en son centre par deux tables de la taverne, encadrées par 4 petits arbres. Un petit canal passe, au pied de la statue d’une solide paysanne. Une pancarte indique la promenade à la Rivière Kulles et au Parc Drilon. La voici ma promenade !

Le village de Tushemisht

 

La rue se continue par un sentier qui parcourt des jardins et des champs. Dans un verger un couple fauche ; ils ont des faux et non pas ces horribles machines rotatives bruyantes. La dame consulte ses messages sur le smartphone. Smartphone et faux, télescopage des technologies….je rencontre de nombreux ânes attachés à la longe, attentifs, gentils. Dans un champ de maïs, une dame conduit deux ânes harnachés de grenat, son mari laboure derrière. Ils s’éloignent puis se retournent et l’attelage vient à ma rencontre ? Je continue les photos. La dame me demande si je suis allemande ? Son mari ironise en montrant sa charrue « mecanisatzia ! »

labourer avec une paire d’ânes

Les deux pays où j’ai vu la traction animale sont aussi ceux où j’ai mangé les meilleurs tomates : Cuba et l’Albanie, peut être le crottin y est-il pour quelque chose ? Dans les champs il  y a surtout des cultures maraîchères : oignons, pommes de terre, maïs, tomates, poivrons et haricots. Les tomates sont attachées à de solides bâtons mais une autre technique m’a intriguée : entre deux piquets o a tendu une cordelette et chaque pied est suspendu par une sorte de lacet en chiffon. Les haricots sont ramés. Les champs sont très propres, désherbés à la main. Souvent les différentes cultures sont mélangées, poivrons et oignons, oignons et haricots.

koran en casserole sur un lit de gruau

Pour déjeuner, nous sommes retournées à la Taverna « Koço » , hier j’avais pris du Koran, aujourd’hui belushka (plus petit poisson moins cher), frit pour Dominique : 4 petits poissons ressemblant à des truites mais plus petits et plus plats (délicieux). Mes belushkas sont servis en cocotte en terre sur un lit d’oignons, parfumés au romarin, le plat est parsemé de cerneaux de noix grossièrement concassés. C’est excellent et différent du gruau. On nous apporte un melon dans un saladier, offert par le restaurant.

L’après midi s’est écoulée sur les tables de la taverne du village, au soleil et à l’abri du vent parce que l’orage d’hier a sérieusement rafraîchi l’atmosphère ; On a perdu 10° et les baignades dans le Lac d’Ohrid agité de vagues ne sont pas de saison. De la musique s’échappe d’un restaurant. Je pars à sa recherche et découvre tout un quartier bâti sur la colline. Je trouve aussi l’église dans son enclos envahi par les plantes, église orthodoxe avec une coupole bleue.

La musique vine du plus grand restaurant de Tushemisht : Hôtel-Restorant Korani qu’on atteint  par une allée le long d’un canal où nagent des truites ou des belushkas. Les tables du restaurant sont réparties autour d’une belle piscine d’eau courante avec des poissons plus gros : korans  ou carpes. Sous des guirlandes et des ballons de baudruche, sont installés les musiciens. Tout le monde est endimanché : mariage ? anniversaire ? je m’éclipse . Dans un autre restaurant on danse en rond une hora comme sur le ferry de Komani.

sur les bords du lac d’Orhid

Je marche sur le bord du lac d’Ohrid avec grand plaisir sous le soleil qui baisse et qui fait briller la surface de l’eau.

Pur dîner, je suis revenue seule chez Koço et m’installe dans la salle fort bien décorée avec des objets anciens dont un poêle à bois que j’aimerais presque voir allumé. On m’apporte la soupe de poisson avec du pain (du vrai gâteau) et un börek que je n’avais pas commandé. C’est le cadeau de la cuisinière qui lève son verre de vin pour trinquer avec moi. Je refuse le vin proposé, « alors du raki ? ». « je ne bois pas d’alcool ! »  « mais les Albanais en boivent tous » me répond-il ! Avec l’addition, le patron apporte un autre börek emballé dans du papier alu pour Dominique. Encore un cadeau ! Je repars avec la chaude impression de la gentillesse albanaise ;

Tushemisht et la Macédoine

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE -MACEDOINE

Monastère CV Naoum Macédoine

Nous décidons d’aller en Macédoine. La frontière n’est qu’à 1.5 km.1 Au poste frontière, il n’y a personne, c’est déjà cela ! Les contrôles sont tatillons. Les Albanais s’inquiètent surtout de l’autorisation de sortie du véhicule. Au poste macédonien, la policière fait du zèle. Elle vérifie inlassablement toutes les pages du passeport puis tarde à lever la barrière. Arrive un personnage en civil mal embouché qui frappe la voiture du poing. Je descends.  « open bagage ! », le coffre est vide. C’était le douanier.

Monastère Saint Athanase

Le petit monastère Sv Anasthasis se voit de la route. Il se trouve au milieu d’un très joli jardin fleuri. Les romarins sont taillés en boules de toutes tailles. L’église est chaulée de blanc, fermée. Il y aussi un petit clocher aux moellons apparents et plus loin, une maison, un ermitage peut être. C’est bien entretenu et semble habité.

Fleurs exubérantes

Une petite route traverse des vergers très bien taillés, nettoyés : pruniers avec des prunes encore vertes, pêchers, abricotiers aux abricots presque mûrs, pommiers. Surtout des prunes, les moines distillent-ils la rakia ? Une pancarte indique une promenade balisée, marquée en rouge et blanc comme les GR, à 700 m et 10 minutes l’Eglise de la Vierge. La pluie s’est  calmée, le soleil point par intermittence. J’entreprends une très charmante et mouillante promenade qui me mènera à une rivière à l’eau claire puis dans des prairies fleuries de magnifiques fleurs blanches et violettes inconnues de moi. Nous sommes dans le parc National de Galichitza dont la flore est réputée. La petite église dédiée à la Vierge a une iconostase de marbre blanc et des fresques très colorées mais sans doute modernes à dominante bleu.

Eglise de la Vierge

Le monastère Cv Naoum est sans doute très réputé en Macédoine au vu du nombre de voitures et de cars qui se pressent au parking (payant 100 denars) nous n’avons pas de denars, 1€ fera l’affaire ! Pour arriver à l’église il faut passer devant les marchands de souvenirs installés dans des chalets de bois « type marché de Noël » qui vendent un  peu n’importe quoi, des parapluie jaunes et rouges aux couleurs macédoniennes (je serais bien tentée aujourd’hui), des chapelets, de la poterie en deux versions, rouge « nature » et multicolore un peu comme la céramique roumaine d’Horezou, des souvenirs … Autour du monastère il y a tout un complexe touristique. Des restaurants sont installés sur des petits pontons au dessus de l’eau, où on peut manger au frais – bien inutile aujourd’hui. Le monastère fait aussi hôtel…

L’église Cv Naoum est peinte à fresques, certaines scènes sont faciles à reconnaître : la Cène, Dormition de la Vierge,  Constantin et Hélène, d’autres sont énigmatiques.

Nous nous engageons sur la route d’Ohrid distante de 27km et roulons dans une épaisse forêt. Les échappées sur le lac sont rares. Après le premier village (un peu touristique) nous faisons demi-tour.

A l’heure du dîner, il pleut encore. Nous choisissons le restaurant qui a la terrasse la mieux couverte  la Taverna « Koço » et commandons du koran en casserole (Tavë). En Albanie on ignore la nourriture industrielle dans les restaurants. Il faut attendre le temps qu’on cuise le plat exprès pour nous. Nous profitons de la terrasse plantée de Bignonias qui grimpent partout, les magnifiques lys blancs et rouges sont très parfumés. Le Koran ou truite d’Ohrid arrive dans un plat creux en céramique, la sauce est parfumée au thym et le plat est décoré de laurier, il est cuit sur un lit de « gruel » (gruau d’avoine est- la traduction que j’obtiens avec Google). Avec une petite bouteille  de vin blanc macédonien Alexandria l’addition se monte à 1500lekë pour nous deux (10€)

 

 

 

 

 

Balkans-Transit – François Maspéro photogaphies Klavdij Sluban

LIRE POUR LES BALKANS 

C’est une relecture : lu une première fois à l’occasion d’un voyage en Bulgarie, plutôt qu’une critique j’avais fait une citations dans mes INVITATIONS AU VOYAGE et comme j’avais visionné(encore!)  le Regard d’Ulysse d’Angelopoulos j’avais mêlé film et livre.

Au départ en Albanie, le relire était une évidence d’autant plus que notre circuit sortait d’Albanie pour 6 jours au Kosovo, une semaine au Monténégro et une excursion en Macédoine. Quel meilleur guide imaginer?

Portrait de l’auteur en européen : « Touriste peut-être même si je récusais instinctivement le mot, mais alors dans la solitude du touriste de fond. mon modèle était Gérard de Nerval.. »  plus loin « A l’époque, découvrir le monde, si on de voulait pas se limiter au paysages de Connaissance du Monde; cela devenait politique….. »

Premiers départs : « j’ai fait ainsi entre 1992 et 19ç4, cinq voyages balkaniques qui m’ont conduit de Sofia à Ohrid, de Salonique au Danube, de Missolonghi à Tirana… »

J’ai téléchargé le livre dans la liseuse pour pouvoir l’emporter sur place et j’ai pris de nombreuses notes que je ne peux pas recopier toutes, bien entendu!

Je me suis surtout attachée à la partie albanaise et macédonienne de leur périple, même si j’ai relu avec plaisir le reste. Beaucoup de choses m’avaient échappé. Je me suis aussi plus attaché au personnage du photographe dromomane, slovène – donc ancien yougoslave – polyglotte et capable de décrypter les informations parfois codées d’un discours qui en tout cas serait incompréhensible au touriste.

J’ai aimé leur récit du passage à Dürres, lu quand j’y étais, de la recherche des autobus à Tirana. Ces récits sont datés toutefois, vingt ans ont passé et heureusement l’Albanie n’est plus ce champ de ruine, on trouve facilement des hôtels, le réseau routier est encore vétuste mais il est souvent acceptable, les arbres massacrés ont repoussé…. Les deux compères ont saisi un moment précis, du passage du communisme à l’économie de marché, heureusement les choses semblent se normaliser.

J’ai aimé les rappels historiques à propos de Skanderbeg ou d‘Ali Pacha….ou du Congrès de BerlinBismarck a dénié à l’Albanie le statut de nation.

Un grand livre que je relirai sûrement, surtout que j’ai deux exemplaires, papier et électronique!

Vers le Lac d’Ohrid arrivée à Tushemisht

CARNET DES BALKANS / ALBANIE

L’orage menace sur le Lac d’Ohrid

La route de Pogradec suit la vallée du Shkumbin dans des montagnes escarpées. Dans la vallée resserrée il y a juste la place pour la route, la voie de chemin de fer  qui apparait et disparaît. Deux gendarmes nous arrêtent. On n’avait sûrement pas fait d’excès de vitesse ! Tandis que je sors les papiers de la voiture, l’un d’eux passe sa main par la fenêtre et règle els phares. Il convient de rouler feux allumés. « Tunnels ? » demande-t-on « Non, tout le temps ! » Les policiers sont très présents et nombreux, cela ne dissuade pas les Albanais de conduire n’importe comment.  C’est la première fois que je devine l’averse à l’odeur ! Avant que les premières gouttes ne s’écrasent sur le pare-brise, nous avons perçu l’odeur de la pluie. La route s’élève en épingles à cheveux jusqu’au haut col de Thanes. La vie ferrée est spectaculaire, elle surgit de tunnels pour s’élever sur des ponts aériens. Alors qu’avant Elbasan, marnes et grès alternaient, les roches sont devenues pourpres, avec parfois des conglomérats. A part les troupeaux de moutons on ne voit pas d’activité agricole. En revanche on passe à côté de combinats en ruine dont un à Prrenjas, évidemment on pourrait penser aux usiines sidérurgiques de Lorraine !

combinat de Prrenjas

Après le col, la descente est spectaculaire. Le lac est entouré de ses montagnes bleues, les nuages accrochées, le petit village de Lin est coincé sur un cap, ses champs sont bien cultivés. La route suit le rivage. Une promenade a été aménagée (il y a même des souterrains pur traverser la route en toute sécurité) Ils ont oublié les parkings !la route est à deux voies, impossible de laisser la voiture pour aller faire un tour près de l’eau. Des pêcheurs vendent de gros poissons, certains sont vivants dans des aquariums. Un enfant brandit un énorme poisson, je traverse la route pour le photographier. Il fixe non prix 1€ la photo. Son air agressif me coupe l’envie. D’ailleurs son poisson est pourri, il sent mauvais !

Pogradec, à l’heure du déjeuner. Il nous reste de la pizza d’hier, j’entre dans un supermarché acheter des yaourts. Il y a de l’ouzo ! On sent la proximité avec la Grèce. Pique-nique sur le bord du lac sur un banc le long de la plage de Tushemisht sous quelques gouttes. En face sur la Macédoine, l’orage gronde.

Monter une meule de foin

Quand on arrive à l’Hôtel Millenium c’est le déluge, il faut même attendre un moment avant de sortir les valises. L’Hôtel se veut très luxueux avec des petits salons en simili-cuir beige à chaque étage, son épaisse moquette la literie King size. Nous n’aurons pas de balcon « vous aurez vue sur le lac ! mais de la fenêtre » proteste le réceptionniste. De toutes les façons, il a plu toute l’après midi nous n’aurions pas pu nous y installer.

Que faire à Tushemisht ? Les réceptionnistes sont gentils mais leur niveau d’anglais ne leur permet pas de jouer les guides touristiques. Le plus dégourdi nous recommande de nous promener dans le village. Pour le coup, c’est nous qui ne le prenons pas au sérieux, nous avons tort ; le village est charmant.1

 

A travers l’Albanie d’ouest en est, de Dürres à Elbasan

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE

les portes de la citadelle d’Elbasan

Nous traversons l’Albanie, d’Ouest en Est, de la côte adriatique à la Macédoine.
Madame GPS a encore sévi : au lieu de nous envoyer sur la route de Rrhoghozhine comme prévu et conseillé par le Road book, elle nous guide vers Tirana. En route je reconnais les hôtels délirants proche de l’aéroport, celui qui a des statues vertes géantes sur sa corniche, celui qui ressemble à un château fort. A l’entrée de Tirana, nous devrions trouver l’autoroute d’Elbasan et nous heurtons au chantier de l’autoroute qui barre la route. Le GPS ignore le chantier et nous fait tourner dans les rues de Tirana pour retrouver le chantier ! Après presque une heure d’énervement, les policiers et les chauffeurs de taxi nous aiguillent et nous finissons par trouver l’autoroute dans un paysage très vert et accidenté. Un très long tunnel traverse une montagne.

Elbasan est une grande ville de 141 000 habitants. L’arrivée est gâchée par un combinat métallurgique construit avec l’aide de la Chine dans les années 1960-1970 qui a pollué toute la vallée du Shkumbin (d’après Wikipédia). Au centre une place rectangulaire très verte est plantée d’u  jardin dans lequel se trouvent les restes d’une basilique paléochrétienne du 5ème siècle sous un platane géant ; les mosaïques ne sont pas visibles.

les rues tranquilles de la citadelle d’Elbasan

De l’autre côté de la route, les murailles de la citadelle se détachent sur une pelouse bien verte où l’on a installé les  statues d’Aqil Pasha (???) et de Kostandin Kristoforidhi – (1826-1895) traducteur qui fia les base de la langue albanaise. Deux lions gardent les portes de la ville close. Cette citadelle est habitée avec des maisons, des écoles, des mosquées et églises. A l’écart de la circulation automobile, les ruelles tortueuses ont gardé le calme des temps jadis : pavés de galets polis par le temps, tonnelles de vigne, toits de bois et avant-toits qui débordent des murs de pierres blanchies à la chaux. Je flâne avant de trouver la « Mosquée du roi » un des édifices religieux les plus anciens de la ville, datant du sultan Bayazit (1492), elle fut fermée en 1967 ré-ouverte en 1990. Je quitte mes sandales dépose mon voile turc pour couvrir ma tête et mes épaules. Deux hommes et un enfant prient. Le plus vieux, barbe grise et lunettes épaisses,  se lève : « vous êtes italienne ? « il va me chercher un dépliant « Breve presentazione dell’Islam… ».

la mosquée du roi

Je traverse la Via Egnatia qui part de Dürres pour Constantinople. Je regrette de ne pas avoir trouvé le départ à Dürres. A Thessalonique, elle traverse la ville de part en part et nous l’avons trouvée en Thrace et en Macédoine.

Eglise Sainte Marie

200m plus loin, l’Eglise Sainte Marie 1486 est bordée d’arcades formant une galerie ombragée avec des bancs. Sur l’abside, une  gargouille bizarre est un croisement entre chat et grenouille. On descend une volée de marche pour se trouver dans une église orthodoxe avec une iconostase dorée. Une dame passe avec une bouteille d’eau dans la partie consacrée derrière l’iconostase où les femmes ne sont pas censées pénétrer. Je l’ai fait une fois en Crète dans une église que je croyais déserte, je me suis fait tant rabrouer que j’ai appris la leçon. En réalité elle s’occupe du prêtre cloué sur sa chaise par la maladie de Parkinson. Il veut me voir, et se présente : » père Nikola, prêtre orthodoxe« , précise-t-il. Il est ravi de ma visite et veut tout savoir de moi, mon nom profession…le Petit Futé l’intrigue. « quel numéro vos lunettes ? » il me les emprunte pour lire ce qui concerne l’église et corrige la date c’est 1483 et non 1486 . Distraite par cette rencontre, je n’ai pas vu les icônes de Zografi qui sont les  vedettes de l’église.